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Full text of "Histoire de la mission des peres capucins en l'isle de Maragnan et terres circonuoisines ov est traicte des singularitez admirables & des meurs merueilleuses des indiens habitans de ce pais auec les missiues et aduis qui ont este enuoyez de nouueau"

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A LA REYNE 




'tADÀMÉi 



Le long temps qu'il j a , qitevoflre 
ires florijjante maijon deMEDiCis, 
a donné heureujement des Reynes 
Mères à la France.promettoit bien a 
ïefiat parle moyen deVofire Ma- 
ie sr eW<? bonne & heur eufe paix 
& à lEglife Gallicane vne fainffe 
reforme : y mais nonpasnjne nouuelle 
cbajje au Pagamjmt dans les Jjles 
les plus barbares de la Mer , <vne 
MiJJion Jpoflolique plus esloignee 
de France, que n'efloit France & 
Rome y delkdee. Ce font des grâces 
'qui peuuent sefperer du Qel * ^f 

4 if 




I 



EP 1ST RE. 

ÏÏënpas mériter;^/ que V'oflrelÀk- 

ieste' ^ Nous moiffonnons fans les 

auoir femèes; ç^/quifuppofem que 

FOSTRE NOM ET TOSTRË 

Regîïe font efcfit s engroffes lettres 
dans les cayersde la Trouidence de 
Dieu,puifque fouT^Iceux ; > corne fou^ 
l'obred'vnfainél lierre, Dieu f ait re- 
foferNofireR o r,Dieufaitflorirfa 
bkn aymée Fleur , le lis, **§) lemef- 
me Dieu donne courage aux Capu- 
cins vospauures, mais fidèles fujetls, 
d'aller pafer les Zones toujîours bru- 
flees àuSoleil^poury planter ïefieh- 
dart de noflrefalut.Le Diable qui re- 
fie encore couuert four les cendres 
demi-mortes des anciennes diuifîons 
dcvofire Rojaume^pourrapenfer que 
Vofire M a i E s T e' luy faifi la , 
guerre dehors ^our lejaiffer en paix 
au dedans: mais il ne 'voit pas que ces 
ç^fpoftres infiruments de vofire Pie- 
té^'aurotpasfi tofi rauy àfa tyrannie 




^ EPISTRE. 

et peuple demi-brut al y qu ils fer otplm 
dignes & capables de rautr afin he- 
refieles Ames fi bien nées des Fran- 
çois; que cette guerre efloignee e!iï feu- 
lement flatter le makdomeftique & 
non-pas l abandonner. Qui ofera dans 
1/oflre, Efiatrefufer F hommage acetr 
te Croix qui aura vaincu le Diable 
dqns Ja propre maifon & aura fait 
naiftrenjne nauuelle France dedans la, 
ÀierïQui ofera calomnier Jadoéïrine 
de ces Appfires qui la pourront faire 
ijoirfignée dme fi. riche conquefie 
de nouueaHxChrefîies&peut eflre de 
kurproprefang;qujpourrotdire auec 
S. Taul Signajculum Apoitolatus, 
njei vos cftjsin Domino IFaffz 
DieuiMAj) à MEtyue cesfignaUes 
nxiBokes du r P aganifme fur la Mer, 
de bherefiefur la Terre & du Diable 
p<$r tout y feruent de riches perles pour 
enrichir la Couronne deVo s tre 
,Vj DViT ^i&quç les Fracais ayet 










EBISTR £. 

mprimeï Image de fa vertu y leleue* 

ray lesjeux auCielpour reconnotjlre 

que Dieu veut faire voir que cette 

JUifionefifonœuure^ & non celles 

des hommes: Et mille fois plus obligé 

du %ele de Fostbje M aieste' 5 <^ 

riefîoit le peuple de Bethulie k la v£- 

fue luditb, leconuieray^ toute No (Ire 

Religion de combler les 'Autels de 

ljœux y à ceqHeZSosT&R M aieste* 

comblée de bmçdiéfions du Cielpuif 

fevoirleKoY VostreFils 7fe± 

gner Très- Heur eufernent^enTreflan* 

gue &y Très- heur eufe Santé ^ (p mç 

tenir toute ma vie. 

£) E Y.OSTRE MllESTE # ^ 

Le très- humble Seruitcur 6§ 
l\f ** très - fidcjé Subjed 

*•• ' 

|,^Giavdï d'Abbevilii 

ÇAPVÇINo " ■' 




& 



*• 



PERMISSION ET APPROBATION 
dit Reuermd Père Honoré de Paris 5 Provincial 
des Pères Capucins de cette Prouince\ & Comrnif: 
fare General de ta Mifîion des Indes Occiden- 
tdes* 



I'À Y S O V S - S I GN b'" P ROVINiCJAL DES 
Frères Capvcins de la Province 
^£ Paris, Et Commidaire Général de la Million 
des Indes Occidentales. De lautljorité du très ReueiedL 
Père General^ moycornmife fur les affaires de ladite Mif. 
fion,ayat fait lire & examiner par deux de nos Religieux 
Viçà\czxç\\ï$ 3 l H iftoire de la Mijfion des*TeresCapncins en 
rijle de Maragndn & terres circontioïfines ,ok efi traicié 
des fwgularitez, admirables & des mœurs mcmeïlUufes des 
Tnàiens habit ans de cepa'isanec Us miffines traduis qui &nt 
efîécnuoyey^denouueaU, Cprnpofé par le Vénérable Père 
Claude d'AbbeuillePredicateur retourne dufufditvoya- 
^permets qu'elle foitmife çn lumière pour l'édification 
que ie m'arteure qu'en receuront tous les lecteurs af- 
fc&ionncz à la gloire de Dieu 6c au falue des âmes. En 
teimoignage dcqupy ay donné les. prefentes fîgnées de 
ma propre main. Fait en noftrc Conuent des Capucins, 
dp Paris ce 17. lanuier 161 4. ^ 



F. |i o n o r t' .Piouinçigl, 







de Pans Premier Bijfiniteur & Cjardiendu Contient 
des Pères Capucins de farts. 

MO y F. Léonard de Paris, Prédicateur Ca- 
pucin, Premier Deffiniceur & Gardien de Paris» 
Certifie auoir !eu le iiure intitulé /' H ifloire de U Miffion 
des Pères Capitcins'cn ï \Ifle de çjïîaragnm & terres circon- 
mifmes* parie R. P. Claude d'Abbcuillc Prédicateur 
Capucin, dans lequel n'ay rien troaué contraire à la foy 
de l'Eglife Catholique Apoftolique & Romaine, tef- 
nàoing mon figne mis ce 23. de lanuier 16*14. 

F. Lbonari>. 



de Pmhroes] 1>effi?nt€Hr & Cpmmijfaire Promncial 
de la çj'hhjfion des Indes Occidentales 

MO v s Frère Arc h.a n g e de Pembroc cm 
Ptcdicateur ck l'Ordre des R.PP.Capucins,Com- jj 
mSkiïc Prouindal de Sa Miffion des lùdes & Dcffï- 
tiiteur delà Prouince de Paris , Certifions auoir veu Sdeu 
ce ptefènt. liure intitule Hifloire de}la Miffion des P. P^ 
Çapmins çn l'f fie, de, Maragnan & terres virconuoifines? j 
Compofcparle R. P. Claude d'AhbeuilJe Prédicateur | 
Çapucin 5 auquél nous n'aiions rien trouué qui foi t con- 
traire à la Religion Catholique Apoftolique & Romai- 
ne, ains très digne d'élire mis en lumière, pour l'édifica- 
tion & vtilicé du public Faiden noftre Contient de Paris, 
ce 23. de I an nier 1^14. 

F. Archakge Cpnimifn. Prouinc. 






EXTR^JCT VV PRIVILEGE 
du Roy. 

PA R grâce Se priuilegeduRoy^leftpeimisaFrançoisHuby 
maiftre Imprimeur & marchand- Libraire en l'Vniuerfité de 
Paris, d'imprimer, vendre & difrnbuerpar toutnoftre Royau- 
metantdefois qu'il luy plaira, & en telle forme & charactere 
quebonluvlembleia, vnliure intitulé Hijloire de la MtfïiOH des 
Fercs Capucins e'nl'ljle de Maragnan , par le R.P '. Claude dAbbeudU 
Prédicateur Capucin , Auec les lettres g/ aduts qui ont efté eriuoyexj* 
nouueau. -Et ceiufquesau terme de dix ans finis Se accomplis, à 
compter du iour que ledit hure fera acheué d'imprimer. Pen- 
dâc lequel tépsaucunsliupnmeurs,Libraires,&: autres ne le puiifét 
impnmerjoufaifeimprimer^bregerjcontrefaiieoaenfommaue 
ou autrement altererfordre ou méthode d'iceluy , ny melme im- 
primer ou faire imprimeries figures cftant audit liure, neles 
contrefaire , foit en gênerai ou en particulier , (oit en taille dou- 
ce ou autrement, nevendretant leditiiure que figures d'iceluy, 
ny cfchanger en noftre Royaume,foit par perfonnes interpofecs 
de quelque qualité qu'ils (oient, ou auec fauecs marques faux 
& fuppofez noms des lieux ou des villes, dequoy nous leur auons 
fait expreiîVs inhibitions & deiFenccs à peine de quinze Cens 
liuresd'amende^plicables moitié a nous cV moitié aux. pauures 
enfermez de noftre due ville de Paris, defpés,dômages& interefU 
dudic expo tant , Se de conhTcation des exemplaires qui fe trouue- 
rontd'autreimpreffionqueduditexpofant, lcfquels Hures ainfl 
imprimez & expo fez en vête, voulos eilrc faifis Se mis en noftre 
main par le premier de nos luges fur ce requis , contraignant 
ceux qui auront eûétrouués faifis d'iceux, de déclarera de nom. 
mer les lieux 8c les perfonnes defqucl ils auront eu lefdits Iiures, 
pour eftrc procédé contre eux extraoïdinaircment. Si voulons 
Se vous mandons par ans p refaites & à chacun de vous qu'il ap- 
partiédra,que du contenu ey deltas vous faites, foufFrcz Se laiiîez 
ioiïirpaifîblemenriedit expofant fansfoufFrir ny permettre qu'il 
îuy foit fait, mis ou donné aucun trouble ou empefchement 2 
au contraire lequel fi fait , mis ou donné luy eftoit,faites le ré- 
parer & remettre au premier çftat & deu, & à ce faire contraignez 



&teites contraindre tous ceux qu'il appartiendra par toutes voyes 
dcues& raisonnables. Nonobfhnt oppoûtions ou ap>>e!!a- 
çons quelconques faites ou araire» pouriefquelicsne&a diffaé 
Clameur de Haro, Chaàic Normande. Jemcs à ce contraires 
voulansfc mettant par vnbrief le contenu en ces prefen tes au* 
commencement ou à blinde chacun defdits liurcs il férue de 
lignification,* foit : de tel effet , force & vertu .& toutainlî que fi 
Ioriginaleftoitparticulieremét%nifié& entièrement infère' Et' 
par ce que des preferites l'on pourra auoir affaire en plu fieurs & 
«ïiucrslieuxi Nous voulons qu'a» vidimuYa'iceilesfaitXbazfcei 
Royal ou par l'vn denosamez & féaux ÇohfeillcK , Notaires & 
Secrétaires , foy foitadiouftée comme au prefent original; Car 
tel cft noftrc piaifîr. Donné k Pans le t 4 .iour de Ianuier l'an de 
grâce 1614. Etdenofrreregaele^. 

r " ' ' ' ' v / 

Par le Roy en foa Coofeil, 



mi$àû 





TABLE DES CHAPITRES 
contenus en cette Hiftoirc. > 

E rentreprifi du voyage de Màrk&nari. 

Cbap.l. f {. l% 

'De nos! te ernba t^uement & des tourmentes 

que nous en/mes iufqiks en * Angleterre- ... 

Chap.ii. foLzu 

Comme nous panifiées d 'Angleterre pour 

continuer hoftre Voyage >& ce qui nous arritia par h chemin* 

Chap. m. ^ f Q i %% 

Comme nous armâmes fous là ligne Equinoclià le^ Chap. y ir» 

fol. 33. — ~ 

"Defcriptiondugiobe^OHil efl parle de la partie Cœlefle , ^ 

principalement delà ligne EquinoBiale, Chap. v.fil. $4. 

Delapartie Elémentaire-, commela Mer ne fait qu'vn Globe 

rend aucclaT erre y ejr la manière quelle fe contient entré 

les limites que Dieu luy apreferites. Chàp.vi. foi ±0 

Dumomement ,fiux & reflux delà Mer: Et de ta difficulté 

.depajferlaligne Squinottiale. Chap.vii. fol. a 7 , 

r DefcriptiodeFernanddeU Rongne,& lapour fuite denofirk 

{ veyagciufqu$s hfljlette. Chap. vin. foLti 

Del 1 ' arrime aVJfettefkinBe ^Anne^cornme elle fut benîfte, 

& U croix plantée. Chap, ix.fol. 57 \ 

De noftre entrée en IJ/le de zMa*d?nkn, & delà âijpoftitk 

4* fort. Chap.x., » ° fii; 60m 

Dijcours notable deJapyOua fou principal de Ijjle dezJMd- 

ragnan>& de quelques que ft ions remarquable s qn* il nous fiu 

Chap. xi. fol. 6-7 

Hifloireiïvn certin perfohnage quifidifoit efîre défichât* 



TABLE r 
âuCieL Chapon- ^ fil 7^ 

Cpmmela croix fut plantée a sJMaragnant&U terre béni? 
fie. Chap.xiu* fil.$$ 

TDes fruicls de la Croix après qu'elle fut platée. Chap.xiv.fip ç 
Lavifite que nous fieifmes aux villages de tffie de *JWara- 

gnan> Chap.xv. fi^-^A 

"Harangnefaicle par lefieurdes Vaux aux Jndiens Topi- 

namba ejîans en leurs Carbet; Les refponfes qu'ils firent. 

j& autres cbofies remarquables. Chap.xvi. fol. ioi 

%a première doBrine Chrefijenne enfieignee publiquement et 

fJ(ledeMaragnan. Chap.Xvu. foUio-j 

Comme les Jndiens bafiirentvne chapelle 3 rjr plantèrent fa 

Croix à Juniparan principal village de ÏI fie de zJMara- 

gnan^Chap.xviix. fil*i?5. 

De ce qui fepajfa en nofire vifitea Camakpio , Itapary eè 

Tymbohu. Chap.xix. fol. ni 

De nofire retour a Juniparan y & de ce qui s'y pajfia de nou^ 

ueau. Chap. xx. fitUny 

DelamortduReHerendTereAmbroife d'Amiens. 
t Chap.xxi. f°l'iy< 

De nofire vifitea Mayoue&àCoyieup.Chap.xxii* fi 137 
D'vn vieillard Jndien qui fut bapîifié aCoyieup}& de fa mort 

Chap.xxm. :. 135 

De ce qui Ce paffa à Eujfaouap pendant noBre vifite* 

Chap. xxiv* fol. 14- 

D "vn enfant miraculeufement guerypar le Baptefine. 

Chap. xxv. x fol. i$6 

Des Émbajfadesfiaicïesà T aponytapere & aComma. 

Chap. xxvi., .fol. \<-\ 

Comme les Sfiendarts de la France furent plantèrent'/ fie dl 
/" sJHaragnan. Chap.xxvn. ; f°l*i5i 

Les loix fondamentales efiablies en tlfie de ^Maragnan. 

Chap.xxviu. fifaà 





DES CHAPITRES 

^quefieprefentee par les François aufuur de kafilly, 

Chap.xxix. foLijo. 

«D'vncefclauedelapyOuaffontrouueèm adultère. Cha.xxx. 

fil. 172. 

JDefcription de VI fie de Maragnan Chap.xxxi.foh 177. 
Des villages qm font dans la grande I fie de Maracnan, 

auecles noms de tous les principaux. Chap.xxxn.fi /8ï. 
Les principaux villages deTapouytaperè.Chap.xxxiii.fiiBc 
Lesprincipaux villages de Comma. Chap. xxxiv fol. iSy 
De la température du 'Brefil, & particulièrement de H fie de 

tJWaragnan. Chap.xxxv* fol.ilj 

"Delafertilitè^ bonté dellfle de Maragnan & autrèslieux 

voifinsau'Brefil. Chap.xxxvi. foLioi 

<Dela beauté de PI fie de Mkragnan & des liée: voifins 

dHicelle. Chap.xxxvn. \ m 1Jo 

Des chofisqutfe trament communément en rifle de zJMa- 

ragnan & lieux voifins^é premièrement des arbres fruiiïkn 

Chap. xxxvm. fii 2I £ 

Tes ammaux qui fe retr ornent en F Me de tJMaragnan & 

lieux vtifim, & premièrement desTïifeaux.Chap? xxxix. 

fol. 230. 
Des poifonsquife trouuent au pays de M ara m an Chap xl 

fil. 14s. r ' 

Des ammaux terrefires qui fe trouuent au vais de M Ara 

gna*. Chap,xli. ^ 

Des ammaux imparfaits qui fi trouuent an y dis de iSW*- 

ragnan. Chap.xHi. y o[ 

VesIndiensTopinamba de H fie de Maragnan &l££x 

voifim V é 'premièrement comme Us ont commencé à U*hu^ 

efdtts lieux Chap. xliii. /£ 

De la ftaturetf de la longueur de vie des Indiens To'pwl 

ba du pdis de Maragnan. Chap. xliv.fol. \ S, 
Dutem des Indiens Jela façon de porter leurs cheueux & 







TAB. DES CHAR 

cornée tlsfe percent la hure & les aureilles. Chap. xli, 

fol. 166. 
Da la nndit ê des Indiens Topinamba & des attours dont ils 

vfent 'quelquefois. Chap. xlvi. f { t z 6k 

Des mœurs des Indiens Topinamba , & premièrement  

leur demeure & de leurmariagë: Chap. %lvU.f l. zyj 
De l Amitié mutuelle des ^Maràgnans > & de la réception 

qu'ils font h leurs amis,, Chap.xlviii. M. z%\ 

De la vengeance & des guerres des zJMaragnans , ou il esl 

traitîè delà cruauté qu ils exercent enuers leurs prifonniers, 

Çhap.xlix. fol iïj 

"Des comportemens & exercices desiMaragnans.CtiUp. h. 

fûLiïj. 
Du naturel & de te/prit des tJMarœgnans. ChÀp. lu fol. 310 
"pela croyance des Indiens Topinamba. Cnap. lii.f.221 
Des loix & polices desjndiew Topinamba* Chap. Inî 

De noflre embarquement a Afaragnan,&dcmftre retour en 

France. Chafcliv. foLiiy 

DewflrearriueeauHauredeÇrace Chap.lv. fol. 334 
r Dz noflre arriuee en la ville de*jParis. Chap. Ivi.fôl. 33$ 
Delà mort de trois Indiens Topinamba quieftotent venus en 

France. Chap.lvii f°^34S 

Des trois Indiens Topinamba qui nom font refle\juiuans en- 

coreàprefent. Chap. hiii fol. $6o m 

Du Baptefme des trois Jndiensfufdits Chap Jix. fol. 3^ 
Comme les trois Jndiensfufdits firent menez, en procejfion a- 
fres leur 'Baptejme y é delà Confirmation qui leur fut donnée ù 
Chap.lx. " > : j^.375 

Comme Dieu vif ta les trois Jndicnsfu faite &fn$ leur Bap- i 

tefme. Chap. Ixi. fihlî ! 

*D'vn autre Indien wmme Pijfrauaua bkpnféeii nètin èglifi 

O appelle Louys François. Chapjxih ■Mijf§ 

F I Ni 





PREFACE 

DV LIVRE. 

(tAltimâo àtHitiaram.pipien-r 
tUt&fiicnti&Dei : quam in- 
comvrshenfîbïlid junt indicia Row. iU 
' eiuSy& wmïiigabiUs via e'msl 
O hauteur des richefièsde 
laSapicncei^fcicncedeDieu,qncfesIuge- 
mes font incomprehéfiblcs,& fes voyes in- 
ucftigables/ Qui fc'adïnirera, qui ne louera, 
qui ne glorifiera là fageffe du Créateur? QuJ 
ne demeurera rauy en la conftderation de la 
profondeur de fes Iugemens$& ne fera tout 
oaigné en larmes en la douce méditation de 
fa d ruine, &: toute paternelle prouidêceauec 
laquelle il régit Se gouuerne fes créatures» 
leur fourniflànt de plus que tres-fuffifans 
moyens pour les c0ncjuire > & quafi comme 
les pouffer ou pluftoft difpofcr > Se attrairç 
doucement à U' fin pour laquelle il les * 
crées? 

SitançdePhilofophès Payons font de- 
meutes tout courts en la curieufe rechercha 





Pré f'a'ce! 
des fccrets de Naturel du bel ordre qu% 
yrecognoiiïbiét,fanstoutesfois cognoiftre 
la première caufe de iësefFai£ks>&lc premier 
Moteur de fesadmirablesrelTortscQjJe peut 
il eftre des Philofophes Chreftiens , qui ne 
s'arreftans pas feulement aux obieâs.mais 
lîiefmc pàflant par le moyen de la lumière 
de la foy , iufques au delà de re que 1 efprit 
hùmain,ny Angélique fçauroit iamais com- 
prendrez profondent les impénétrables def- 
feinsdu Treshaut^&s'eflancentpar deflus 
la foiblefle de kNature dedas l'infinie gran» 
deur de cefle diuine Majefte, ils demeurent 
(comme par trop téméraires) eiblotiis* &C 
opprimez de fa gloire, fi que tout confus 
font cohtrain&s d'admirer ce que la débile 
pointe de leurs efpritsne fçauroit pénétrer 
difantauecle Prophète. Ônam magnificat a 
ïfal. 9 1. ç mt p era tm domine , nimis profttnda facT;<& 
funt ctigitationes tua! O Seigneur que vos 
oeuures font grandes, Ah que vos penfees 
font profondes, Ce font des abyfmes, & 
des torrents queperfonne ne peut pénétrer! 
Qui eft iamais entré dans TOccean des iu- 
gemens incomprehenfibles de ce grâd Dieu 
/ pour puifer ou rechercher la raifon de fes 

Gonfeilsdiuins, qui auffi tort: nef oit venu 
à perdre terre, & ne fefoit noyé dedans le 
large feindeceftcMerfansfond.&fansriue? 
Qm dira pourquoy, & comment faind 
Pierre & ludas l'ayant offence, ilacfleuS. 
Picrre,& areprouue ludas? Deux hommes 



PREFACE» i 

font pendus au gibet de la Croix auec trô- 
ftre Sauueur Iesvs - Christ , tous deux e- 
ftoient larrons: à Tvn raeantmoinsilpromeç 
fagloirejeftanteonuerty par faDiuine Gra° 
Ce, &lauTe l'autre en fon o-brtinatio'n. Qm 
en pourra bien donner la raifon? 

L'eftât du panure Peupl e deM 'arafmmSc 
des pais circomioifins, & antres femblabies 
eftvn pareil fecrèt des Iugcmens înferura* 
blés de ce grand Dku, Teliemét que iî voué 
demandez pourquoy faDiuine Majefte! ne 
les a pas illuminez de la lumière de lafoy* 
aufli bien que la France J'italie & l'Efpa- 
gne, dés lorsque ce Vray Soleil de luftice 
Noftre Sauueurçommença à paroiftre au 
M ode,{àns permettre que r£t & rat d'ames* 
depuis ie ne fçay combien d'années, foienç 
mifcrableméc defeenduës aux Enfers : Et 
pourquoy il a voulu que fon faindEuagile 
îeur fuft annoncé en ces derniers iours par 
ceux que faProuidence a eu agreab le de de- 
ftiner,& les leur cnuoyer pour ce fuied plu- 
(loft qu'au commencement de la loy de grâ- 
ce ? Il n'y a point d'autre refponce que ,*5i- 
ïmWwmo plaçait Jt a fdïïnm eftM a efte fait 
ainfi qu'il luy apleu:Et pour tam il faut que 
toiïTiugemétceflci& que toute langue hu- 
maine foit muette,fors qu'à louer , & bénir 
le no de celuy qui par faDiuineProûidence ^ 
choifî le$ moyens,6c prins le temps oppor- 
tun qu'il auoic ordonné de toute Eternité 
jpoiïr râdcompliffcmcntdc (hs promefles, 

A ij. 





M4tM4. 



Marc. ij. 



! 



A foc K>. 



Préface* 

CegrandDieuauoit promis par tant de 
Prophètes, & principalement par la bou- 
che de fon Fils bien-ay mé » que la conforn- 
mation desfiecles ne viédroic point,quc fon 
faind Euangile n'euft efte prefche par tout. 
Tr&dicabithr hocEnangelium regni in vniuerfo 
erbe in tefUmonwm omnibus gentibus , & tnne 
veniet confommaùo. Cet Euangile du Roy- 
aume ( dit noftrc S eigneur ) fera prefche au 
Monde vniuerfelen tefmoignagcà toutes 
Nations, & lors viendra la confommation. 
Il promet & affeure le rnefme en fain&Marc 
13. Il faut que premièrement rEuangile foie 
prefche (ce dit-il ) en toutes Nations. In 
omnesgenttsprirmtmoportet prœdicafï Suan- 
gelium. Ceft vne neceffité y oportet. Noftrc 
Seigneur le dit, &nousaffeure quesoEuâ- 
gile fera prefche auant la confommation du 
monde, in omnesgentes , à tous les peuples * à 
toutes gens, à tous les pais* & Ifles qui font 
habitées en la Mer, & hors la Mer, tant au 
delà de la ligne Equinodfciale , comme à 
tous ceux qui font au deçà de la mcfme 
ligne. 

N*eft-cepàs ce que cet Aigle des Euange- 
Iiftesnousenfeigne fous le beau hicroglyfi- 
que de cetAnge my fterieux qu'il vit defeen - 
dreduCielf Cet Ange ( ce dit-il ) auoit fes 
deux pieds qui eftoienteomme colomnesdc 
feu, l'vn fur la mer & l'autre fur la terre; & 
tenant vn Hure ouuert à la main crioit com- 
me vn Lyon qui rugif.qui cft cc't Ange>fïn6 




FîtEFÀCE, 3 

l'Ange duTeftament,rA nge du grandCon- 
fcilnoftreSauueurlefus-Chrift, lequel eft 
defeendu du Ciel, & pour Pamour de nous 
autress'eftreueftudelanuée de noftre hu- 
manité, portant deflus fa tefte le bel Iris de 
fimifericorde , en ligne de paix & Ycconci- 
Iiatiô:Ses pieds en forme de côlomne defeu 
qu'il met fur la Mcr,& fur laT erre reprefen- 
tentlc Royaume de fon Eglife,qui eft va 
Royaume de feu d'amour, 8c vnè vraye co* 
lomne de vérité', laquelle fc doit auffi Bien 
cftédre defluslaMer^&aux I fies maritimes, 
que fur la Terre.CetAnge fe fera entédre de 
tous coftésauant la fin du Monde* il criera 
comme vn Lion qui rugit, & fera retentir 
les voix de fes Tonnerres , qui font les Pre- 
'dicateurs,par tout le monde, afin que fon 
fainet Euangile ( reprefente par teliure on- 
uert qu'il tient à la main)foit veu Se entédu 
detousles Pcuples>de toutes lesLangues,^ 
Nations qui fontfoubsleCiel: Cequ'eftat 
faid&accomply. Il iure &proteftepar le 
Dieu viuant,qu'il n'y aura plus de temps de 
pénitence pour les pécheurs, mais que le 
monde finira auffî to&>Jurditit perviuentem 
infâCHlafitcHlonim x quia tempus nom erit am- 
flius. 

MaisfinoftreSauiîeureftçetAigneau fans 
macule, kquel comme dit Ifaie s'eft laifle' 
conduire au fupplicedcla Croix fans fonner 
Kiot .• Pourquoy cet Aigle des Prophètes 
compare il fa voix à celle dVnLion rugiflat^ 

A ii] 



m- 



r. il. 



Préface. 
pluftoft qu'à la voix d'vn petit Agneau? Dl 
fant qu'à la fin du monde il criera , Se te fera 
entendre comme vnLioryqui rugit. 11 y a icy 
biendumyftere. 

LcsNaturaliftesdifentqu'auiTi toft que 
les petitsLeonceaux jour naiz qu'ils dotmét 
Ci fort l'efpace de trois iours.qu ils femblenc 
eftre morts ,& fans vie: Ce que voyant le 
Lion qui les a engendrez,iicommcnce àru* 
gk, ôc crier fi fort qu'il fait tout trembler, iî 
bien qu'en fia il les ef iieille par fes cris &fes 
rugilTemens : Et ainft dit-on que le Lion 
par fa voix relTofcitc fes petits. Les âmes 
cflcu&& predcfl:inecs,fonc petits lcôceaux, 
enfans de ce grand Dieu 3 qui tant de fois en 
TEfcriture fain&ee il: appelle Lion , &conv 
paréauLioncPauurcspetks leonceauxquel 
malheur vous taiône-il de îi près, quenaif- 
fans vous mourez, &venans en ce monde 
^vousfoiez priuez de laviede grâce f 11 eft 
vrayquece malheur ell commun à tous* 
d'autant que nous femmes tops enfans d'ire 
désnoftrenaifTancc; & mourons des le pre- 
mier inftant de laCreation de nos âmes dâs 
ces petits corps or.ganife? au ventre de la 
mère; d'autant que tous auons péché en 
Adam. 

Que -s'il cil: queftion des adultes^&dc ceux 
qui ontattaintl'aageede diferetion, helas! 
n'cft-il pas vray que plus des trois parties du 
monde font morts cnlame^eftanc priuez de 
la] vie de grâce/ Les vns par rhçrefi.Cj.lcs t 



Présagé. 4 

autres par FIdolatrie, les autres par le Paga- 
aifme, Se i'ofedire , prefque tous ou aa 
moins la plus part , par le pèche mortel. 
Mais quand il plaift à ce vray Lion delà 
.Tribu de Iuda , faire entendre fa voix 
à ces pauures âmes par la bouche de fes 
Prédicateurs, qui retentit à leuf s oreilles 
comme la voix d'vn Lion rugiflant^auffi toli 
les âmes eileues&prcdeftinées^ôme petits 
leonceaux,s'e{ueillent du profond fommeil 
du péché, de Thcrefie , de L'infidélité , & dis 
Paganifme.rcfrufcitantdelamortdupechcV 
a la vie de la grâce; qui les difpofe à fuiure ce 
grand Dieu, qui daigne par fabonté h^i? 
lesappeller. 

C'elt ce que le Prophète Ofec auoit prédit 
lors que preuoyant enefprit,la conuer- 
fion de ceux qui habitent dans les Ifics 
maritimes, & au delà de la Mer, il difoic* of ceitï .,, 
Pofl Domimtm ambuUbmt , cjitafi Léo m- 
giet J quia ipfe rugïet , & formidabunt fify 
maris , & auoUbunt quafi mis ex ^Algy- 
fto > dr quafi Cdlumba de terra &4$yHo* 
mm :■& collocafo eos in domibus fiis \dicit Bfr 
minus : Ils chemineront après IeScigncur,il 
criera & rugira comme le Lk>n>car luy mei- 
merugira;& les enfans.de la Mer s'eneipou-, 
uanteronc " $ & s'enuoleront d'Egypte com- 
me l'oHeau 5 . $c comme la coulombs de ta 
terre des 'Afly riens* &ie lescolioqueray en 
leurs maifon3.dk le ScigneurXePere fainâr 

A iiij 



Préface. 
Hieroimc dit que cous les expofïteurs Ca- 
tholiques & Hébreux entendenteefte Pro 
iphecie de la prédication de l'Euangilejqui fc 
deuoit faire par tout le^onde, & qui fe fera 
principalement auantleiour du Iugement: 
D'autant qu'es derniers iours ce grandLkm 
de la Tribu.de Iuda,NoftreSauueurl es vs- 
Christ rugira par la bouche de iesPredica-* 
teurs,&fe fera en tendre par tout le mon- 
de, ôc alors les en fans dcUMer/j'eftà dire 
quihahicentau delà, delà Mer, & dans les 
1 fies maritimes, s'çipouuanteront&s'cflon* 
ncront àla voix de ce Grand Lion'"* &-à la 
Prj||cation del'Euangiie,& fç tônuertirôc 
àlaToy. Et tout ainfî que quelques oyfeaux 
^Egypte>& les Çoulombes des Aflyrics ve~ 
noiét tous les ans en quelques certaines fai- 
sons en la terre de Promiïfion, ne plus ne 
moins que le printemps les hirondelles vié- 
nenr enFrance, des lointaines régions pour 
chercher la chaleur .'Demcfme ces enfans 

«de laMer éfpouuamcz de la voix de ce vray 
Lion,& conuertis par la prédication dcPE- 
uangile, quittant le Paganifme, & les ténè- 
bres de leur infidélité', tous contraints vien- 
dront reconnqiftre la vraye Eglïfe poqr re-, 
ceuoir le fainâBaptefrae J & eftre partici- 
pans de la chaleur de ce Vray Soleil de iufti? 
'TMvfMtte ce * noitre Seigneur. 
JuFrefcice, W £ voYEZ vq.vs pas maintenât Paccorn- 
a^ec quelque pjiflement de cefte Prophétie l Ce grand 
Tnfi$%L Dieu co i n Q ifl ^t bien que nous fgjfrm 



p 



Préface. s 

comme àla veille de ce imitai horrible , &c 
cfpouuentable du grand Iugement>defirant 
affemblertousfeseflcus, comme vn Lion 
rugiflantiafaiâ: ccsiourspafTez retenrir fa 
voix, iufqucs dans les Ifles maritimes cfes 
Indes Occidentales, laquelle a tellement 
cfpouuanté les Indiens > Cannibales & An- 
trovoph/tges^uc maintenant vous voyez ces 
pauures enbnsdela Mer fortir delaGen- 
tilue comme lesOyfèaux de l'Egypte., Se 
abandonner le Paganisme, comme lis cou- 
lombes ,1a terre des A(Tyriens,pourfuiure ce 
grandDieu, cheminer apresle Seigneur qui 
les appelle % 6c fe réfugier encefteterrede 
Promiffion de l'Eglife Catholique, Apofto- 
liquc& Romaine, 

Et de fait la paraphrafe Chaldaïquc expli- Chaldaied 
que celle prophétie delà conuerfiondesln- ,^£ f * 
des Occidentales 5 difant.7^/?^/r«wjD<?»j/^ 
ambulahuntyé'verbiiîneiHs fient Léo erit, qui 
rugit. fUtim enim ac rugiet, congregabUtur exu- 
les ab Occidente , fient auis , qud averti venit, 
fie venient qui in exilium a ttifuemnt in terram 
vËgyptiy&ficHt columbtjquœreuertituradco- 
lumbarefiUum,fie redibmt qui déport ati fiant in 
terram A [fur. Ils chemineront après le culte 
& feruiceduSdgneur,&fa parole fera com- 
me d*vn Lion qui rugit, caraufli toft qu'il 
rugira les bannîs,& exilez feront congregez 
derOccidemjCommeroyfeau qucl'on voit 
venir, ainfi viendront ceux qui (ont exile* 
en la terre d'Egypte, & ceux qui font bannis 




Cd®t* i» 



cnla terre d'Affût retourneront commet 
çoulôbc qui retourne en foncoulomhier. 
Difcoutsàla vérité admirable/ Qui font 
ic vous prie ces bannis*& exilez en l'Occi- 
dent fiaonces pauures Indiens Topinamba 
de Tille de iJWaragnan , & des pais circon- 
uoifinsfLefquelsvoulansfuirla cruauté &C 
tyranie de leurs ennemis ont efté côtrain&s 
de quitter leur patrie,& lieux de leur natiui- 
té pour fe réfugier en ces Ifles maritimes,& 
lieuxvoifinsdelaMeroù ils font mainte- 
nant. Ce font ces pauuses exjlez en l'Egy- 
pte du Paganifme, & en l'Affur definficieli- 
téjlelqueisdesauffitodqu'ilscjnt. entendu 
la voix,rugi(Tante de ce diuinLion,onc com . 
mence acheminer après le culte&leruice du 
Seigneur, fe retirât ainfî que les oyfeaux das, 
leurs vrays nids ,& comme les Coulombss 
danslecoulombier de laVrayeEglife. 

O petites coulombes que vous cûesay- 
mables,& louables] Ouy ce font ces belles 
coulombes fans fieLcoulôbes dedouccinr, 
êc de finiplicité, fans coeur d'opiniaftretc 
lefquellcs eftant inuiteespar la voix de ce 
CœleftcEfpoux des Câtiques* viénent cher» 
cher cefte pierre angulaire mon Sauueurl e- 
.svs-Christ, pour fe nicher dâs les permis 
defesSacreesPlayes: Coulombes lefquelles 
âyat voltigé iufquesà prefent furies eaux 
du déluge delà gentilité,&duPaganifme,ne 
pouuans trouuer où fe repofer * viennent 
maintenant feprefentet auec douceur & m x 



i 




Préface. S 

toute humilité ponreftre introduises de- 
dans l'Arche myftique del'Eglife Catholi- 
que, Apoftolique & Romaine, pour le 
garantir du déluge vniuerfel delà damna- Genef.Ê? 
non éternelle : d'autant que hors d'kellc il 
n'y a point de falut. 

Mais qui fera le No é qui preftera la main 
àeçs petites coulombes, Ôc qui ouurira la 
porte de cefte Arehepour les introduire de- 
dans^ les garantir du naufrage? 

O France! c'eft à toy aqui elles s'addrefTent 
comme à vn autre Noé| ôc à la fille aifnee 
del'Eglife,- Tefupplianttreshumblement 
les geneux enterre^ les larmes aux yeux 
( comme tu les vois au frontifpice de ce li- 
ure) de leur ouuris. la porter ôc leur donner 
la main pour les introduire dedans icelle! O 
fille aifnee del'Eglife , Soleil àcs Royau- 
me?,laFleur despeuples del'Vniuers , n'au- 
ras tu pas compaffion de ces pauurcs âmes 
ptofternées à tes pieds qui te demandée mi- 
fcricorde,&defirét fe fauuer par ton moyé? 
N'entens tu pas les cris de ces petites coulâ- 
mes plorates&gemiflantes, t£ fu pliant auec 
tant de douceu^d'humilité &d amour, de >■ 
leur ouurir la porte f <tAferi mihïforor mea y Cant 
aperi mihifiror mea x O voix amoure ufei Ah 
France qui es noilre fœur aifnee , ouurez 
nous(s'il vous plaiftjk portc^donnez nous 
la main pour nous introduire dans PEglife 9 
ôc nous deliurez de ce déluge delà damna- 
^on eKrnelleo 



PREF ACE- 

Rabbiludasditqucle mot Kebrcu ftWM 
6gmRegemella,*dperimihi gemella mea^On- 
urezmoy ma fœurgemelle.*Nousappellô$ 
vnc chof e gemelle,quad elle cft double, co- 
rne deux enfans dVne mefmc ventrée, foit 
qu'ils s'entretiennent, ou non. 

Gemtrixparms enixagemellos. 
Platon au liure desConuiues*dit que lesAn- 
ciens creurcntqueles premiers hommes fu- 
ren t créez gémeaux : ma^s la Pandore ayant 
defcouuert la pomme de malhcur^furcnt fe. 
parez.il fembleque nos IndicnsTopinamb* 
vueillent dire la mefmc chofe quand ils ra-> 
content ce que i'ay entédu des plus Anciens 
d'entre- eux, qu'auant le déluge , leurnatiô 
& la noftre n'eftoient qu'vne » & que nous 
Tenions tous d'vnmefme père, mais qu'il* 
eftoicntles aifncz,&nous les cadctsiEt qu'a- 
près le déluge nous fufmes feparczfcommc 
il fera dit en fon lieu cy-apres) & faits les ai£ 
nez,eux demeuras les cadetSjParce quelcur 
grand pere ( ce difent-ils} n v auoit pas vou- 
lu receuoir l'efpec du Prophète que Dieu 
leur auoitenupyé. Cela s'approche bien 
près de la vérité. Car fi nous confiderons 
que nous fbmmes tous enfans decegrand 
Dieu,fortisen vn mefme temps, du nie f- 
me ventre de fon éternelle predeftination* 
pourquoy ne diray-ie pas que tous les 
efleus à la gloire font gémeaux vnis & con^ 
ioinâs enfemblc en Dieu par ce noeudGor- 
dien & lien indiffoluble d'amour^ de du* 




Préface? 7 

iît:e ; . ? Ceft ce que reconnoifïbit très- bien 
cefteChafteEfpoufc dcsCantiques, laquelle 
frappant à la porte de l'Eglife en la perfonne 
despauuresAmesSauuages,mais Eflcuës ôc 
Predeftinces>dit parlant à la France, *Apc- 
rimihigemella meai Ouurez moy ma fœur 
gemellc/Bitf w» efigemella mea{ç<ï dit Rabbi *"M* **& 
1 adsLs)qHoniamJicHt hninfinodigemellis cotin- 
git , vtfialiqHid fenferit corpus alter'ms * mox 
ficus ewsturbctHr.Elkïzppçlh fa fœur ge- 
melle ( di£t ce grand Rabbi ) pour monftrer 
qu'elle doit reifcntir fa douleur & fon affli- 
âiô Comme fienne.Ainfi qu'il arriueàdeux 
fœursgemellcsqui s'entretiennent enfem- 
ble , que lors que le corps del'vnc eft affligé 
de maladie ou de quelque bjeffiirc , l'autre 
en eft trouble & la rcffènt auiïi toft. 

O F R an ce, qui as ce bon-heur d'eftre 
FillcAifuecdcrEglife,fi commelafœur gc- 
melle de cefte nouuelle France Equino&ia- 
le ( quoy que Sauuage & pay enne mainte- 
nant , maisEfleuë'j ôc Predeftinée pour le 
Ciel en fon temps) ta es vnieauec elle par 
amour &conioîn&c par chante commeta 
es auec tous les autrcsRoyaumcs& nations 
Catholiques, pourquoy ne reflen tiras -ta 
pas ladouleur quelle endure en cefte fïenne 
(1 longue captiuité du Paganifrne? Pour- 
quoy ne refîentîras tu pas les blefifcures que 
ces pauurcs ames ont receu du Diable , qui 
lesanaurcziufqucsà la mort ? Pourquoy 
n'auras tu pas pitié decespetitesCouIôbes» 




J. 



Préface 
ïcfquclles pour euitcr le naufrage du deîùgè 
de la damnation etertielle,te prient fi amou- 
reufemenclcs larmes aux yeux^e leur ou- 
urirla porte de l'Arche de l'EgIife,&: leur 
donner la main pour lesintroduirededansf 
ç/4perimihigemellamea. 
Joh xt Quoy - ? Nttnqmd coniangere valebis mi* 

cmtes jielUs Pleiad'asf O France qui es 
fipui(ïante, n'auras tu pas le pouuoir de 
conioindre les Eftoillcs luifantes dittes 
Pléiades . ? Les Aftrologues difent que les 
Pléiades fontfept Eftoilles du Ciel diuifee's 
&feparees ,mais neantmoins voifines>fou- 
lèesdçs genoux du Taureau^entre Iefquels 
elles (ont fituees. Les autres difent que ce 
font les filles d'Atlas cbnfibmmee* en pleurs 
êc fubmergees aux eauxpour la perte qu'ils 
firent de leur frère Hyaspat lamorfure du 
Sanglier.CespauuresÀmesIhdienesEfleuës 
&Preddtinees,ne font- ce pas des belles 
Eftoilles capables de la lumière de gloire? 
Eftoilles hehsifeparées de Dieu , efloignees 
duCieLpruiees de la lumière de grâce parle 
péché, Pléiades foulées des genoux d'infi- 
délités du Paganifme de ceTauricau infer- 
nal qui eft leDiable entre lefquels elles font 
capnues. Ouy ce font les filles de ce 
Grand Atlas qui eft Dieu, qui fouftient le 
Cielauec les efpaules de fa toute puiflànce, 
lefquellesfont confommees en pleurs de 
douleur & fubmergees aux eaux de triftefle 



P R E * AC \£ S 

& d'affliilion , de la perte qu'elles font con- 
tinuellement de leurs frères Payens, par la » 
morfure du Diable, lequel comme vn autre 
Sanglier les faifant tous les iours mounrjes 
précipite au fond des enfersv 

O fille aifnee deFEglife. NmqHidcQnim- 
gerevalebismicantesftellas Pleiadas f N'es m 
pas aiïezpuiffante de retirer ces panures a» 
mes de ce maihegr:&les empefeher de tom- 
ber d'auantage en ce precipice?Nas tu pasîè 
pouuoir de deliurer ces Pléiades de la dure 
captiuité,&:dc rcfclaùage où ce Taureau 
infernal les a détenues iufques à prefent? 
Nepourrastupas conioindre ces belles E- 
ftoillesariecce vray Soleil de Iuftice qui eft 
Dieu , par vne viuc foy, par vne entière ef- 
perance.par vneparfai&e charités & parvn 
feulBaptefme,Ies amenant à la connoiffànce 
d'vnfeul Seigneur Iefus-Chrift, & defon 
Vicaire en terre feul Souuerain Pontife, 
Seigneur & Pcre d« tous, afin de partici- 
per vniour auffi bien que toy de celle lu- 
mière de gloire? Ceft Toy à la venté>qu'i fur 
tous lesRoyaumés de laTerre as le pouuoir 
fi tu veux, de les incorporer en ce corps 
myftique de la vraye Eglife, Se de les intro- 
duire dedans f Arche de falut. Ceft à toy 
aufii qu'elles s'adreflènt pour ce fuie'dt, 
comme a la feule Fille Aifnee de l'Eglife, ne 
voulant pas receuoir la Foy, la Loy & le 
BaptefmcquedeToy feulement, ce grand 
Dieu t'en avant en ces derniers iours refer» 



Prefac !• 
uS l'honneur & le mérite > ainfi qu'il fai& la 
. gloire pour Soy. 

O fpleixçlide, Illuftrc & Magnifique Roy- 
aume fur tous les Royaumes de la terre , 
cfiouistoy doc devoir que tcsLysfouslere. 

§ned'vnRoy Loys treizïesme et dé la 
Loyne Régente samerf, foyent de fi 
bon odeur à Iesvs-Christ* parmy ces Na* 
tionsSauuages&Barbares,qucccsAmesC^ 
mbales&çs4ntr4pQphdges ^quittant les ténè- 
bres & Tombre de mort ^ d'infidelité.d'incp 
uilité,& d'inhumanité où elles ontefteplô- 
- gces iufques a prefent viennent maintenant 
à toy,profternees à tes pieds demander roife- 
ricordejallcchces par la fouëfue douceur & 
douce fuauité de tes Lys- 

Leue les yeux es enuîrons & regarde. 
Toutes ces nations viennent à toy en la 
perfonne de IcursEnfans^qu ils t'ont icy en-^ 
uoy ez pour te recoftnoiftre , ôc faire hom- 
mage au nom deTous leurs femblables,co- 
me tu voisrcprefentezau frontifpicefofdit* 
Ccfont ces Peuples que ce grand Dieu t'a 
rcfcrucz en ces derniers temps pour te don- 
Ef**49* ner cn heritage:carr"^a^ (dicit Dominas) 
qiim omnibus his veltit ornement o veftieris , & 
eircundébis tibi eos quafîfponfa, I e te iure par 
moy rnefme qui fuis viuant( dit ce grand 
Dieu) que tu feras reucftuë comme d'vn 
bel ornemét de tous cesPeuples& Nations ; 
Se tout ainfi que l'ornement de TEglife, eft 
la multitude des croyans^& que les fainéfcs 

Prêdieateusf 



Prêt ace." 9 

Indicateurs font ornez d'autant de pierres 
precieufes qu'ils côuertiflet d'Ames à la foy, 
ainfiqucditl'Apoftreefcriuantà quelques Vhilipp.^l 
vns de ceux qu'il auoit conucm y Âf es frères *• Tbejf. i 
bien aymel^y ans efies ma ioye&ma conranne-ySç 
auxautres il àSxVom efies nojire gloire &nofire 
ioye : de meffnc auflî, ô France, eu feras cm- 
belie d'vntres-ncheornemécdegloirejtiiïU 
d'autant de pi errerieS& parfera e d'autant de 
pretteux ioyaux que tu auras aquis d'Amesà 
Icfus-C hn$:Omniln4s his velnt ornamemo ve- 
fiieris & çirCMddbisnbieosqmfîfpûnfœ.Et co- 
rne TEfpoufe enuironne fôn col de pcr!es,de 
chaifnes d'or &de riches careâs: Ainfi ô Fille 
Aifnée de l'EglifeChereEfpoufe de ce Grad 
RoyCœlcfte,tiienuironneras autour de tojr 
toutes ces Ames couertics-Jes incorporât en 
toy,les adoptant pour tes enfiins & les defe- 
dant comme tes vrays fubiets pour ton plus 
grand honneur& merite& pour la gloire de 
ton Efpoux Iesvs-Chrïst. 
Si tu t'eftonnes de te voir enrichie de tant 
d'honneur &: de gloire^eftant toujours de. 
meure e fterile^n'ayat encore couerti aucun 
peupleàlafoy,difantentonçœur aucecet- ^. f * 
te fterile du Prophète Ifaie, Quis gémit mihi / * 
iftos?ego{lerilis>é > nonpariens; & ifias quis enu* 
triait ïegodeflimtœ, &folk?Qm m'a rendu fi 
fecondc,moy qui eftois fterile^Qui m'a do- 
ne tant d'enfans& amené tant de peuples^ 
de nations , moy qui eftois feuk& me con- 
tenues de mon féal Royaume ? Cela s'eft-il 






Pre face. 

hià par ma vertufEft-cc ma feule puiflincè 

qui ©pere telle mcrueille. ? 

Efcoute ce que dit ce grand Dieu ; Scce le- 

uabo ad ventes manU meam,&ad populos exd- 

Jfaî. 49. tabofïgnitm memniVoicy ie leucray ma main 
aux Gentils » leur donnant mes grâces &o- 
perant des œuures furnaturellespar lemoye 
de mes feruiteurs queie leur enuoieray qui 
les conuertirôt à la foy &par eux mefmes i'e- 
xalteray mon fîgnc & feray planter moW e- 
ftendart de la Croix parmi les peuples;& ils 
apporterôt tes fils entre leurs bras & tes fil- 
les fur leurs efpaules, Et afférent filiostmsin 
vlnis^ drfilias mas fit fer humer os porubunt. 

jfaL 45k (2e font donc (ô France )de tes fuieéh En- 
fans dû Seraphique Patriarche sain ex 




uine a opéré ce qu'elle a eu agréable en ces 
païs,qu'ellea arbore ? & plante leftendart de 
fa fain&eCtoix au milieu de cesNatios Sau- 
uages:ce (ont feux auflï qui maintenant à Pi- 
mitatiô de ce vrayPafteurlESvsCHRisTap- 
portét fur leurs efpaules ces pauures Ouail- 
les perduës,poureftre par tô moyéintrbdui 
tes dans la Bergerie de PEglife où élks te rc- 
connoiftrontàiamaii corme fà Fille Aifnée, 
ainfi qu'elles fôt là face baiffee&lesgenoux 
profternez*nterre,honorant&refpcâ;âtlçs 
Yeftiges de tes pieds qu elles defirét fuiwre&: 






V P'RE t À.bE'1 .•• th 

îthïttr dorénavant en toute hurtrilité^cÔmê 
cftant afleurees que c'eftlefeul ôc vnique 
moyen depamenir au Ciel, & de iouir vu 
iouTdela gloire queDicu leur a préparé dés 
la conftitutiondu Monde. i 

• Que fi maimtenatra as fuiecS de ioiier ton 
Dieu& de t'efioiiir pour tat de faueurs qu'il 
•te fait de voir lafouëfueodeurdetesbeaux 
Lyss'efpâdre fi leing, de que tes mçfmesLys 
cômcncécàflpriraucnUieudek chaleur de 
xtfte ZonneTurride qui eft le Royaume dui 
SoleiLcombieneoauras^ûd'âuâugequâdi 
tu verras vn de ces matins qu e par le moy eà 
de tes mefmes fuiets ce grâcLDicu aura con- 
verti à la fo y tous cespcuplesCi^^/^^^ 

Indicnncs^qui habitent les Ides maritimes* 
Se ks terres Fermes au déi de la ligne Equi- 
noâkle^du côfté du Pôle Antarctique , éc 
qu'elles te viendront toutes reconnoiftre 
par leurs EmbaflTadcurs, côme elles ont faic 
cesiours paflTez/pour t'oinr, & trans- 
férer en Toy leur fufoftance de toutes leurs 
richefîis derOccidcnt.quifont principale- 
mentleurs viesick kiurs ames.te proteftans 
rie vouloir autreSbuuerain temporel, ny re« 
connoiftre autre Monarque que ton Prince 
qui eft le Roy des Lys. 

Tmçvidebist&afflHeSiéwirabm^ ifru 6^ 

lAkitfircvrt$iZ.Alôï$m verras les Peuplesln. 
étens comme tes fils venir de lomg , & les 
Amazones qui leur sot voifincs fe leuer cô| 
) S là 



* PREFACE. 

me tes filles de ton cofté , jïty fw de longe tfc, 
■ifai 60 Vient >& fili*tnA.de latere /argent» Alors ta 
auras affluence de ric&efiTcs fpiritueles, & de 
Méfie d'eft>rit,alors tu admireras , & t'efmer- 
ueillcras de la fubitc couerfiô de cesPeuplcs, 
qui fera fai&e en fi peu de ceps par la faueur 
Diuinc , & ta cooperàtionjton coeur (c dila- 
tera &s'ouurira de ioye,& de contentement 
que tu reccuras d'auoit efte caufe apresDieu, 
d'vn fi grand bien,^n t ecompéce duquel tu 
Sturas l'honneur,& ce bon-heur de voir t on 
Roy par la ProuidéccBiuine eftreleRoy du 
Soleih cômetu as ce bien de le tenir &main* 
tenir par la grâce de D ieu,lc Roy des Lys. 

O France n'es tu pas le Royaume des Lys? 
Et lesLys ne décorent ils pas ceRoyaumc de 
Frace. ? De mefrne cefteFranceEquino&iale, 
sft priuatiueméc à cous autres , le Royaume 
duSoleil > & le Soleil embellit fpecialement 
cefte FranceEquinoétialc^puis qu'il np s'en 
retire point>&y prend fô coucher perpétuel- 
lemét.Pourquoy donc ce liure ne percera- il 

pas fur le front ? 
IndisSolfflénàenfplendefcHntLdiagalliu 

CegradDieu (oFrancc)c'a honoré de trois 
belles fleurs de Lys d % or,fur vn beau champ 
d'azur pourlesArmesdetonRoyaume.-auili 
n'a-il pas defagreable que l'ô dôneà ceRoy- 
âumede cefte nouuelleFranceEquino&iale 
YnSoleil de fin or furvn chap azuré afinque 
rvaicederEfTencediumefoit myftcrieufe- 






P&BBÀCfc.. 21 

^ent figurée en iceluy,commcIaTrinité des 
eroisDiuinesPersônes eft reprefétec enToy 
Et comme ta rcconnoisquela beauté de tes 
Lys dei pend de la fplendeur deDieu vraySo- 
léilde luftiçe, tu auras auflR dorenauanc ce 
contétement devoirlafplendcur de ce beau 
Soleil de laFrance Equino&iale releuer dek 
beauté de tesLys^& contempler tonRoy nô 
fculemét pour le Roy du Solcil,côme vraye- 
ment il eft le Roy des LysjMais auffi d'auan- 
îagecommelevrayhicrogliphiquedelaMa- 
jcfteDiuine.CcGrad Dieu neftant qu'vn en 
nature^n'èll-il pas Trine en perfonne 1 Ccft 
corne vne belle trine Couronne en vne feule 
EffencedefaDiuimtp.Ainfiton GrandRoy. 
Très-haut de Tres-puiflant MonarqueLoys 
Trciziefrne,porteinaintcnâtenvnefeiîlcau* 
thorite Royale ce bcau^Thiare Sccefte triple 
Courône deFrance,df Navarre, etdb 
laFrAnceEqvinoctiale pourioindrea- 
U€C la vérité cette belle d^uife ja grauec fur 
les marbres ,&Porphkes. 

Tïriplexinvm* 
Apres laquelle laraifonveut que i'adiouftç. 
en çclieu^comme il eft. 

In tribus vu us. 
Mais ce n'apas efté fans des extraordinaires . 
oppofitions de ia part de ce mauditSatha,en« 
ncmiiuré du (alut denosames.&dela gloire 
de ©ieutCar fi quelquefoisil aio'dé dadouble 
àtoutes lesentreprifes qui fc fôt iamaisfaites» 
ilaiçy couché defoii refte 3 eherchant touslcs 

B iij 





Pît EFACI. 

tû&ycm àluy poflîbles pour rabatre ce coiî^ 
qm luydeuoit confier fi cher /à fçaiioir 1&' 
perte qu'il deuoit faire de tant d'Ames, qui' 
des long temps eftoient efcla^esfous le îoug 
defesloix. 

le ne veuxpoinç défaire en particulier les 
contradidions-queaous auonseu tant de 
la part du Diable 9 que r 4elapartdeshom- 
mes qui eftoiët.ou pour lé i^oins fernbloiét 
eltreles vrays infkuments defes iniques def- 
. feins :Caniîon intentiô ii «fiant point dof- 
fencer pcrfpnne * ains de taconter à tout tç 
raonde, &. notamment ai^deùot peuple de 
PansJcsiBerueiliesqu'ilapleuàNoftreSei- 
gneurnousfaireparpiftreen cette-Million^ 
le me CQntenteray de dke en yn mot que 
nousauons eu tant de trauerfes & de diffi- 
cttltez, qu'il femb loir que les Hommes &les 
Diables fuffent badez contre nous: à ce que 
Nous ayons tonsfuied de rendre grâces de 
sputnoftreçœiuà fa Diuine Majefié .> qui 
voulant monftrer que cette affake eftoit fié' 
ne , & non dçs hommes , nous a toufiours 
donné le deflus^npus conduifant & racoà- ' 
duifant très- heureufemenc durant tant de 
gerilleuxhazaxds.ainfi qu'on pourra voir 5 
ijon fans vn grand contentemen t,par la fui- 
aante narration, de tout No$re Vojmgeo * 



I* 



HISTOIRE 

DELA MISSION 

DES PERES CAPVCINS 

EN LIS LE DeMaKA- 

gnan & Terrescircon - 
i3oi|înes. 

Ou efl traiflé des finguUrtte^ admirables 
& des Meurs mermilleufes des In- 
diens hdbitms de ce j>m. ~4uec Us 
mifîiues &aduis qui ont eflé 
enuoiexie nouueM. 

DE VENTREPRiNSE Dy VOYA r 

G JE DE MaHAGNAK. 

Chapitre I. 

VO vbs l'Heureux -.-& RfU 
'(ïblcRegne de Henry le 

j G R A ND QV AT R I jE S M E D V 

;nom, Roy de France ^ rej)rit7fix 

ET DENAVARFvE,Va Ca- faC'apkaine 

pitaine François nômé RiiFaultayât ^fff b 
cquippe trois namres, fe partit pour r ge ^ Brs fii 
allcrauBr-cfîllc qumzicfmc deMay 

B iiij 






- 



Hi/f. de la ikf //£ des PP. Capucins 
îfan mil cinq cens quatre vingts 
quatorz,e,auGcintentiô dyfaire quel- 
que coquefte:chofe quiiuy (embioit 
facile^pour la grandeintelligéce qu'il 
f auoitauec vn Indien Brefilien nona- 

Qprapme m éOuyrapme^qni figni'fjc en noftrelâ- 
tminàmu gueFran çoife Arbre feç 3 lequel eftoic 
tenu pour aupir grade authorité par- 
m y les Indiens de ce paï$$& qui aucc 
lefcorte d'ynepuiiïante armée d'In- 
diens côioiate à fa valeur^ cftât braue 
guerfierjepopuoit tresfacilemétaui- 
ccr felonfondeffinj n'euffcefté la ai* 
vhifion en- vi ^ on 5£difcorde qui furuint entre les 
tr* /«,*>£' François- & iefchouëment de foa 
P^^principal vailïbau:;lefquelles chofes 
fatit. J eilonnerent tellement le fufdit Capi- 
taine Riffault 3 que perdâjt tout coura- 
ge il fe refolut de retourner en Frâce. 
Mats voyant quelevaiffeau qui luy 
reftoit n'efioit (ujfifant pour contenir 
c^»î^ /Je nombre desFrançois qu'il auoit là 
fimr des menez,, ilfutjcontrainâ d'y en laifTcr 

Vaux de- t • _ ( t 

vne bonne partie. Entre lefquels e- 



mmraaiï 



Êrefiififk~&o\t vn ieune gentil-homme nom 
£&ift*'« Monfîeut des Vaux natif de 



mœurs ttF a ta . 

innguem fain&e Maure en Touraîpe, lequel 
t*ffi auçc d'autres François sacçompa- 



en l'IJle de Maugnan. 13 

gnans de quelques Indiens , marcha J^J iw 
fivaleureufement en guerre contre^,/ 
d'autres Indiens qu'il y conquift plu- 
fleurs infign es vi6toircs,fc façonnant 
toufiours aux m œurs& coutumes du 
paxs,&fe rendant l'vfage de leur lan- 
gue facilerFinalemét après s'eftre ge- 
nereu(emcntc5porté en diuerfes & 
penileufesrécontrcs^pendâclelôgre- 
iour qu'il fit audit païs^Et après auoir 
reconneu la beauté , & les délices de 
cette terre & la fertilité & fœcondité 
d'icellejcn ce que lliomefçauroit dé- 
firent pour le côtentemet&recrea- 
tio du corps humain acaufe de la té-* 
perie de l'air &de i'amœnité du lieu, 
quepourhiquifitiondçtoutplainde 
richefïcs quiauecletépsenpourroiét Dejfrdet 
prouenir aîaFrâce; Outre la promef- tndieùk*- 
fe que ces Indiens luynrent de xece- gneur Franm 
uoir leChriÛianifme, Ils acceptèrent çots ^nrits 
auffiduditdes-Vaux l'offre qu'il leur ^~v 
fît de leur enuoy er de Frâce quelque 
perfonne de qualité pour les mainte- 
nir & deffédre de tous leurs ennemis, 
iugeansrhumetirFrançoifeplus for- 
table àlaîeur qu'aucune autre pour 
la douceur de fa. conuerfatioiv 





UiftJehMifidçs PP. Capucins 
Ce que voyant Je fufdiét Sieur, iî 
*£?*& fedcIibera àctcucnïrcn France. Où 
vaux au eftant heureufemcntarriué 3 il fit vne 
*v>**** fidèle narration à la Majefté Trcs- 
Mtifii $de Chreftienne du Roy Henry le 

Ubonne ^/- G R AN D , de tOUt le fuCCCS de fon 

fife* 1 voyagc&del'honneurquefa Maje- 
fté s aquereroit à l'entreprinfedc ce 
négoce, outre le proufît & vtilité que 
k France en deuok vniour retire^ 
& de Jagïodcufe couronne qui infar 
liblemcntluy deuoit arrîuer du Çid 
pour le gain de tant d'ames lefquel- 
ksfeiercoient entrefes brasaucc in- 
tention d'efpouferla créance du vray 
Dieu. 

Ce q.tf entendant (a Majefté auec 
^n grandiffirne conten remet, & d'au- 
tre pa rt doutant de la vérité de ce difc 
cours pour les mcrueilles qu'il luydi* 
foitdecepaïs $ pour vérifier tout ce>- 
eenimani^ ^EHecommandaau Sieur de IaRa- 
mevtdejk uatdiere(fort expert enfaitde marine, 
^î^^ayaot défia voyagé plufieurs fois en 
faccômf*- ces contrées, &preftdy retourner) 
gner des- de mener auec luy ledit dcs-Vaux au 
^Brefil&en ilflc.de Maragnan pour 
Voir fi tAUt le bien qu'il luy en difok 



tJignan* 



en tljle de Maragnan. 14 

y eftoit en eflfeâ^lc chargeant expre£ 
iîement dtluy en faire à fon retour 
vne fidèle relation \ auecpromefïe 
d'entreprendre l'affaire à fcscoufts&: 
defpens 5 au cas queic dire dudit des- 
Vaux fuft trouuè véritable. 
Q k nouerez- vous icy en paffât vn De*ott9»i* 
admirable effedî de h pieté, deuotiô *£ H f r & 

1 1 Vm n- -> le Grand 

&zeledecetres Cnreftienaoy vers ve rsi'£gUfi 
la fain&e Egliie Romaine, car fça- *«»*'»* 
çJfiantqueleditfieurdes-Vaux eftoit 
de laReligion prétendue, cebô Roy 
fittâc qu'en fin il ramena(àguife d'vn 
bon Paftçur) cette brebris errât edâs 
lèbercaiiEuangeliquederEghTeRo- 
maine, auant qu'il partift pour s'en 
aller aux Indes. ; 

Le fieur delà Rauardieredonc,e~ 
xecute le commandement du Royy 
jpeine des Vaux àMaragnâ ? où après 
auoir demeuré fix m ois,tan t en rifle 
quefurlaterreferme,&reconneu la 
veritédu récit quedes Vaux auoitfak 
auRoy,y appréd de furplus vn moyé 
très facile d'y eftablir vnebelleColo* 
nie^eequ après auoir recôiieujils s'en 
reuindrét enFrâce pour informer Sa 
Majefté de layeritd de l'affaire qu'ellç 




Mifî. deUMiJ?, des PB. Cctpncim 
défirent embraffer.Mais la mort co- 
rne ialoufe des hautes entreprinfes 
desPrinces&Monarquesauoit tran^ 
ché le filet de la vie à ce Tref-Chre- 
£ïiéRoy,ropantpar cemoyéle tres- 
heureuxfuccés des faiii tes entreprin* 
fes qu'il auoitdefignées^qui futcaufe 
que cette affaire fut différée iufqu es à 
l'année fuyuance mil fix ces onze, ré- 
gnât en fa place fon fils Lovystreit- 
ziesme de cqnorn,&laRoyne Ré- 
gente fa Mère. 
Ce pédant le fîeur de la Rauardicre 
j4£^>*'fongeant touficnirs à fan affaire . &c 
Mafdiy âme voyant qu il n auoitpas lesreins aflez 
u%amritere forts pour l'entreprendre feul,il com- 

fonv aller a • r % /y> « - v *. * r> « 

j£ar*gHM. tunique fon deiiein a Monfîeur de 
Rafilly duquel il cônoiffoit l'humeur 
& le courage. Euy defireux fur tout 
delà gloire de Dieu > du falut de ces 
AmesSauuages 5 &:del'honncur delà 
France qu'il voyoit deuoir reuflir de 
cecy.entrepred cette affaire auecque 
peine &: trauaux infinis qu 1 ileiïdura : 
l ? efpace de quinze mois qu'il fut à la 
Cour j recherchant les moyens de 
faire fon voyage. Àquoy quelques 
gens de qualité contribuans duleur£ 



k 






enl\lJledcM*rAgniril i£ 

Monficur le Baron de Sanfi entre au- 
tres fê mit en tiers aueclefdits fleurs 
de Rafilly & de la Rauardiere. 
L b fleur de R afilly n ayant point de ^"* km 
plus puiffant obiet qui le meurt à cet- pwimpour * 
te cna:eprinfe,que le pieux deflîn d y t]*»™ 1 * 
planter noftrefoy,fupphe très -hubre-^, 
ment laRoyne Régente îuy donnera 
ces fins des Pères Capucins , comme 
gés qu'il au oit fort aymez dés Ton en- 
fance. LaRoyne aufïï grandemét de- 
fireufe delà couerfion de ces panures 
SauuageSj&defaire reuffir rétreprin- Cmmd£ 
(e du feu Roy fon Mary: Apres auoir Royneeju- 
eaablylefditsSieurs de Rafilly & de %'£$"£ 
laRauardierepourfesLieutenâts ge- i t uiJLr- 
neraux en cescontrées 3 condefccndit fwj**j* 
librement àla petitiô duSieur de Ra-^J^^T* 
fllly^trouuâtbon qu'il prinft de nos 
Perespouryplaterlafoy D â ce pouf- 
fée non defon mouuement,mais plu- 
ftoftparinfpiration del'cfprit Diuin, 
lequel corne iadis(foubs la proteéliô 
d'Êmanuel fecôd ? Roy de Portugal) 
auoit enuoy édesfreresMineurs enfas 
de SAINCT François es Indes Orié- 
taleSjpourîa conuerfiond'icelles,à 
faiâ auiotf rd'huy le femblable fous la 



. "ZdCrèhe 
$Untee en 
Occident 
foubs la pro- 
tection dé 
Marie de 
Médias. 




Sainftïran 
pis forien- 
ftigne 4* 
Croix» 



la 



2)epms qua- 
tre cens ans, 
les fieras Mi- 
neurs ont 
fiante Ufoy 
prefquepar 
Veut. 



Htfl. de la Riij?. des PP. Capucins 
Régence de Marie de Medicis pout 
celles d'Occidct^car cette Sage & Ma^ 
gnanime Princeffe (fideîle exécutrice 
de ce que le S.Efpritluy difre dans le 
cœur) fe Tentant en (on ame douce- 
ment enclinéeàfeflitedes enfuis de 
ce glorieux Pat riarcheudes Frères Mï* 
neursjietta le fort dciïus iceux. 
Âvssi n'euft-il pas fembié à propos 
que ce bie- heureuxSainâ:,qui feul par 
exceiléce auoit efté depofiraire & hé- 
ritier, de la Croix & des play es que le 
Sauueur du Monde auoit reccu en 
icelle , afin de les communiquer à 
ceux qui n'en auoient iamais ouy par- 
ler, ou pour le moins les auoient ou- 
bliez, s'en rendit tellement proprié- 
taire, que par le moyen de fes enfans 
(héritiers de ce mefmc héritage) il ne 
pjantaft premier & deuant tous les 
autres ces lignes glorieux dans l'hoft 
des tnqèmis, comme ii a fait. Si voua 
prenez la peine de lire les Hiftoiresà 
vous verrez qu'il n'y a coin où FEuan^ 
gile ait efté prefche depuis quatre ces 
ans , que ce n ait efté des Religieux de 
Sainét François qui en ayent fait l'on* 
«crtureaux defpens dektar vie. 







m l'ijle de Alardovan. \6 

Qui furet les'prcmiers entre leslnfî- 
deles depuis ce temps làfinôcesglo- 
ricuxSaints,faint Bernard 3 S.Picrre 3 
S.Accurfe 5 S.Adiute 5 &fainélOtton? 
'QmYHmgloYiojoM^YîyriooYdmhmmorum 
initia Veus conficrauit^ ay an s efté 1 à en- 
noyez par noftre Père S eraphique S ; 
FRANçoispôuryplâterlafoy D ils y 
efpâdirent leur fang& endurèrent la 
mort pour 1 amour de noftre Seigru 
N'y en eut il pas fept autr esfçauoir eft 
fain&Daniel^S.Ange^S. Samuel & 
leurs Copagnons tous enfans deNo- 
ftrePereSeraphique qui dés leviuant 
d'ieduy eftâs enuoyés entre ksSarra 
fins pour leur annocerl'Euangile, ils 
furent cruellemêt traittés iufques àla 
mort,chacun d'iceux remportant là 
couroned'vn fignalé&glorieux mar- 
tyr? Qui eftyce qui planta la Croix es 
IndesOdentales finon desEnfans de 
ce gîorieuxPatnarche Port'enfeignê 
delà Croix?Ie n'entés icy parler que 
tic ceux qui ont eftè les Coriphees &i 
lesPremiers.&ielaiffeà part tarit de 
fignâlésChapios de la milice du Fils 
de Dieu noftre Scign. qui ont fuiuis 
& fi bien fait^mc fuffifan t pour le pre- 



tfii i 



% 



Biji. de U Mifi. des PP. Capucins 
(et d'admirer lesfaueursparticulieres 
que le Roy des Roysafaitàceglori- 
euxChef de nôftreOrdrc&àplufîeurs 
de fesEnfans. le puis dire vray ement 
de ceSain&Pâtriarche cçxeElemuitfi- 
muminnmontbus procùl^ila, efleué &C 
planté ce triornphantEftendar de la 
Croix parmylesNaïions du Mondé 
les plus éloignées. 

Apres qu'il l'a eu plâté par fes E nfâs 
cnOrient,voicy qu'il feprefente en- 
core pour faire le melme en l'Occidét 
par fes meimes Enfans. 
LAReyne toute ioyeufed'vne telle 
i2^ entreprinf^pourmonftrerle defir & 
u Re^. la fainte afFediô qu'elle en auoit , Elle 
tfau m./- donna f es E ftcndars & fa Deuife à fes 
*££.**" dite Lieutenans Généraux^ com- 
manda au ReuerendPereLconard de 
Paris qui pour locs cftoit Prouincial 
de cette Prouince,de députer quatre 
de nos Pères pour les y enuoy er ainfî 
que l'on pourra voir par la lettre fui- 
ùante quefa Maj efté fie l'honneur dé 
îuycfcrire; 



■ 



m tljle de Marignario i f 




V REVEREND PERE 
Léonard Prouincialde l'Or- 
dre des Capucins. 

ËS.E teondrl le SÏeUr de ]- eHre $'% 

Rafillj) Lieutenant General Reyn*.at»jLi 

'pourleRoyMoneûvMon Fils, p "<ï™»' 

faux IndesOccidentales m'afatt Mifiïon Je$ 

entendre tefberance cm il y a d'introduire la Ca ^ m r çf 

in « t" l'hledeM** 

toy Chrejhenne en ces Pays4a ? & me pour y ragnan j 
paruenirUferoit apropos iyennoyerquelques 
Religieux dèvèftreOrdre po^ry demeurer^ 
vaquer autant quils pourront ci l'ejlablijfe- 
ment de laiiEle Foy Chrétienne. Ceïlpour* 
quoyie vous fais celle cy pour vous prier d'y 
muoyeriufques àquàtre defditsReligieux que 
vous en eftïrnére\ plus dignes & capables* 
*s4ufqucls vous ordonnerez àe s'y acheminer 
duec celuy qu il vous enuoyera pour lesrece- 
mir& conduiré.M*aJJeurant que comme ils 
font Perfonnes dégrade fuffisace^ieté^d^ 
notion^ ilsy feront aufsi beaucoup de fvmB^ 
& augmenteront toufionrs damntage à là 
gloire de Dieu, la réputation de vojlredi£î 
Ordre.Etneflant celle cypour antre fubieÛ 




Trières & 
s nuo cation 
dttfamttEf 
frit en l'élc- 
BionàesV?. 
Qapmïns, 
qui detwient 
efîre en- 
uoyexji Ma- 
rAgn/in, 



Bijl. te h Miji. des PP. Capucins 
ït prie Dieu y P ère Léonard , qu il vous ayt eu 
fa fainfte garde. 

Efcrit a Fontaine bleau le vingtitfme ion r 
£*4nrd milfix cens vn%e. 

Signé, MARIE 

&plusbas, Phelype avx, 

L'E ReuercndPere Léonard ayant 
receu la lettre de fa Majefté en fît faire 
la lecture le vingt troiïïefme iour d'A- 
uril deuant tous les Pérès &: frères de k 
Prouince de Paris , pour lors aflera- 
blez au Chapitre Prouincial.lefquels 
furent tous dauïs , auant que décider 
de ce négoce quel oninuoqueroit le 
Sain&Efprit chantant vn VemCreator, 
aUec quelques fuffrages àcet cfFeft,- or- 
donnât outre plus des prières généra- 
les tantennoltreConuent des Capu- 
cins dé Paris,qu ? au Monaftcf e dessil- 
les de la Pafïiô/ace qu'il pleuft àNoftre 
Dieuprcdre en riiain cette afFairc,efli- 
fantdenos Pères, ceuxquiliugeroit 
capables pour l'entreprife d'icelle^fur- 
quoy il fut çonciud d'vn cômun auis 
que i'onaccepteroit cette Miffiôauec 
le contentement duTres-Rcueréd Pè- 
re 5 lePerc HierofmedeCaflelfcrreti 




En FÏJÏe de Maragnanl ÏÈ 

font lors Miniftre General de nofltfe 
Ordre. Lequel aiant eu auis de ce qui 
âuoitefté arreftéeri itoftre Chapitre 
Prouincial, côfirniale tout* cbmïikt* 
tantl'authoritéaufurditRèuereïidPe- 
re L ëo n ârd^par vn e lettre c^uil efcriuit 
fur ce fuiet ,ainïî qu'il appert cy - dièf- 
foubSo 



&L REVERENDO PADRE 
Prouinciale dï jrrati Capu- 
cin! rtella proumcïà 
di î?arigh 

ËVER.EN DO Pactre. Délia CoJ% 
délié MifômcfcrUhuouA Fràn- 
\cufcnu6neU 9 alira mi A ché vient 
'àfSemp conqiïïjiàjuttoqùello ché 
UVÏternlûvàtlrA l^gge: Hopenfatoperè 
difarè corne façcïo queflo Uttr4 appartat* 
fcrtîntentojQ dunquead effètto di mmdare 
frati nelU mouaFrancU do a la Pat émit à 
4/oflrà fmte hmiAAHttoriûsPérttdmqiïe 
cola miàpienà auttoritk Agginfiare il ntfotiâ 
àpfopafîio cém*giudicher%mc(rùo è nelpar~ 
fàiétâï'édi PMri dà miïddrfîje ml participial 

€ ij j 




Hifl. de UMifs. desPP. Capucins 
M numéro^ nel particularéjdelfarevn di /ô« 
>ro Capo, & in tutto il rimanente chefi tira 
dietro quefîo négocia délia Mifsione .Quefto e 
quanto pojjo &deuo fart perl* parte qu'a- 
partteneameX>io nojtroSegnorefi compiac- 
cm ii confoUrla per fempre. Di RomaM 
qmnto dtLuglio. i6n. 
Vi vôftraPatermtàReuerenda. 

^4jfe£Uonàtif$imo 
nel Seprore 
ï\Hieronimo Générale. 







tettrt du> %. 

P. General 
ai» V ère Léo- 
nard Promn* 
àal % pQti>rati' 
thorifer la 
Mifiion d/s 

Indes Occi- 
dent. 



JV REVEREND PERE 

TrouincUÏàes Frères Capucins 

de ïaTrouincs âe Paris. 

E V e s. E n D Père. Pour l'af- 
faire delà Million en là nou- 
ueîle France ,1'efcris en mon 
auTrTqui vient enfemble auec celle cy 
tout ce que voftrc Paternité y lrra.I'ây 

penfé pourtât de faire, comme ic fais» 
lapreséteàpartpourfatisfaiteàvoftrc 
intention/Donc quant à enuoyer des 
Fi ères à la nooueUeFrance.ic donne a 
vo.ftre paternité toute mon authorite. 
Elle pourra doc auec ma plaine autho 




l^ 











en lljîe de MwagnAn. i$~ 

: accommoder l'affaire comme elle 
iugera eftre plus à propos , foit quant 
au particulier des Pères qu'il faut en- 
uoyer/oitquât auparticulier du nom- 
bre 3 foit quant au particulier d'en faire 
vndlceuxSuperieur 5 & quant à tout !q 
reftequel'affairedelaMifïîon pourra 
tirer après foy. Voila tout ce queie 
puis &dois faïrepour ce qui m'appar- 
tient. Plaife à noftre Seigneur vous, 
confolertoufiours. 

De Rome le cinquiefme de Iuillct 
mil fix cens & v.nzc; " 
De voftre paternité R eu crende 5 

Très affectionné m nojlre Seignew> 
Frère Hierofme. General. 
Vev lecontcnuclela fufdite, leRe- 
uerend Père ProuinciaîauecîesPereSj , 
procederet à Fcle&ion àc quatre pour fff^ 
cetteMiffion : .&fure.nre(le.ux'IèVene- % n Ù. Ma* 
table Père Yucs d'Eurcux , Pcrè Ar- **&*!** 
ferre de Paris, Père Ambroife' d'A- 
miens, SonoyX bien qinndigiic)à qui 
pour lors Nos Supérieurs poms oient 
bien dire ces paroles des ApoftresF/- 
fomeJiSpirhM$M.£lo&pobiS)i\ a femblé 
bôh'auS.Efprit &ànous devons efiife 
pouf rexe^utiondu miniftere de TE- 

C.iij. 



N-ornsléi., 
quatre Ca- 
pucins <p* 



Comme les 
"Pères pariée 
dePansPottr 
Aller s em- 
barquer* 
CancaUé 



t)jjcuhc$ 
mtrêîesFra* 
fohd'e Fequi» 



Bift. de h Mfî. dçs PP. Ctyucim 
yangile , puis quelc Bien-Hcurcux S« 
Efpritâuoiteftéfiamourcqkmentiii- 
uoquç: 

Aer.es Feîe&ion fufdi&c , nous 
e{lâ$profteniez cous quatre aux pieds 
duReuerend^ere Prouincial, &ayaft 
rçccu en toute humilité fa bençdidtiô, 
nôuspâçtiftiiesdcPariSjlc vingt hni- 
6lieimcdvAouftmii(îx cens &vnzc,le 
ipur d*eS.Auguftin pour nous achemi* 
ner à Câcale,qui eft vn port de mer en 
Bretagné.,où le deuoit rendre tout i e- 
quipage desSieurs Liegfenans Géné- 
raux de (a fylajefté pour faire voiîe àla. 
première apport onité.Eftant là., nous 
fufmes contraiq&s d'y feiourner quel- 
ques mois tât pour biffer palier l'Hy- 
uer qui eûoit proche 5 que poyr attédçç, 
que ceux de noftre compagnie fuflent 
aÏÏemblez^ioint que nosvaifïeaux n'e-' 
ftoient encore bien équipez. 
C | P e 14 d a NT que fe faifoient ce$^ 
préparatifs 5 cqmmeles hautes entre-; 
prifps font ordinairement agitées de 
plus grandes &da«gercufes trauer/es* 
le Diable preuoy^t la prochaine ruine 
de fon RoyaumeJk l'aççroifTementde 
<eluy de 1 e s v s- C h k i s t que foç 
tout ilredoytoit^ne manqua point dé 







en tljle de Mdragndn.- 2 o 

B0US contrepointer 3 remuâr à ces fins 
& le Ciel & la Terre, femant la mau- 
dite zizanie de la dijuifion dâs lecœu* 
des François pour faiie perdre cou- 
rage au Sieur de Rafiiiy.Mais luy 5 qui 
( comme Fay dt fia dit,) n'auoit autre 
deflinque lefeul honneur de Dieu, 
& le frruioe delcu« Majeftez Trçs- 
Chreftiéncs,dvn courage ipuineible, 
& d'vne ame vrayement noble, & gç~ 
Dereufcjurmonta ces trauerics qui l'a- 
uoient agité l'efpacc defixmois; noiy 
fans vne'defpence telle quÇ vous pou- 
uex croire dvn fi grand Train , atten- 
danttoufiours quetoutfuftprcft. 

Le tout eftant préparé &pteftàfaire. 
voile 3 MôfeigneurrEuefqucdeSainâ3 
Malo fç twnfpprta audit port. de Can- Zffijfî* 
cale dépendit de Con Diocefe , pour y ^uiofetr^ 
benirlcsEftendaitsde France !kï\Q$prt e «G«»? 
vaificauxauflî:Ou après auoiriaiit Vn Wr / ei vd)f , 
fermonrolemnellevingt-cinquierme/e^^^^re, 
iour delanuier.que i Eglife fblernnifc ^f r f 
laConucrfion del'Apoifrçfain&Pau^ 
prenant fuieâ; de la mefme Conucr^ 
fîon.pour nousparler de la conuerfion 
des paqures ames Indiennes que 

nous entreprenions 5 II bénit quatre 

C. iiij 



. p#— — 



Jjf/ïî. dçlaMijl des PP. Capuçim . 
Croix auecgrandc folctnnité nous en 
xnttUût à chacun vnc entre les mains, 
fuyuantenceiales cérémonies du Po- 
tlfîcal R o main : Puis il bénit les E ften - 
dars delà France qui eftoient porter 
parla Nobîciîe de noltre^qiîipagq^ 
finalement les armes du Sieur de Ra- 
filly. Quanta la henediéHon des 
vaifïeauxquna eftoientà la Rade, le 
mauuais temps auec autres certaines 
çommetom raifons ne luy permirent pas , nous 
ciupàeïe- enîaiiTantlacoîiiniiffionpout: la faire 
VTEent de fa parc ? ai n fi que nous fifnus auîfi* 
dunntqmde Toutes Cfc'sceremanièseftât aeheuces^ 
attendant le vent fâuorable pour leuet 
les ancresytous les Catholiques tant 
Geîitils-hômes^Soldats.qucMatelots 
£c difpoferent auât que s'embarquer à 
îa<:onfeliîon 3 &Cômunion,pour par 
ce moyen rendre laDiuineCJemencc 
pIusfàuorableàlcDrs deffeins, &au3£ 
xioftres. 

Et cogn ôiflaas que la feulç vnion en* 
îre la Compagnie , feroit l'vniqite 
moyen pourlereûffiiï'ement dlceqX;, 
les Principaux delà trouppe trouue- 
rerit bon de faire la prbteftation&prc* 
meffc.fuy uante auant que de partira 



fmtiïn 



enjlfle de Mayajwan. 



WèËàMÊmëm 



JS8SSSB. 



PROTESTATION DE 

■iacompagnic,faite& pafïeeà 

Cancaîc.de faire garder &ob- 

feru erreur ce qui fera de bc- 
f'oiog pour le bien, & çftablif- 
fement de la. Colonnic. • 





fïl^fr.uliril 



OvS f'è'tim Iso-nez portans vo- 



W&Ê tonttîtycmmtnos biens. & nos 

VHP»? * ' + ^"S 



ï/i*i pour teflâbhfjemçnt de la 
?o!onme FrancQife > au delà de 
la h pie ÈauinoEliale pour le 
feruicedu Roy [don l'intention defaMmefié^ 
&kUfromeJJe 'qui kpy a efïéfaiEle par nos 
Chefs^RecôgnoiJJans m il ny a que lobeijjan- 
cedeueà nos Chefs ? tvnton entre nous, &* le 
Bonpounemement entre les Indiens Ruinons 
puiffè faire paruemr a vne fi louable Qr ge~ 
nereufe intention^ Trqtefïons défaire pur ces 
trois affilons effentielles de cette entrepninfe y 
tout ce qui defpendra de noscourages^confla- 
çes ? obferuances des loix de France , cbetjjkn- 
ce , fidelitéychmté\ & bonne intelligence, 
& généralement de tout cequiefl neceffaire 
*>our entretenir en pâlx &vnionync bonne 



Hifl. delaMiJ?. des P#. Capucins 
fqcietè^ /eus la charge de MefôreDanieldp 
laTouche Chevalier 'Seigneur de URauardie* 
re, & deMejsire François de Rafilly aufik 
Cheualter Seigneur dudtt hcu,& des*Aumel- 
lesjaifansfohddirementtQfts deux peur haut 
&puiJ]dnfMej?treNicoUs deHarlay y Cheua~ 
lier ^Seigneur de S^nçy^Baron de Molle \&de 
Gros a bots^Confedler de fa Maiefiéenfes Co- 
fetls d*£jlat &priué, Lieutenant Généraux 
pour fa Maieflé aux Indes Occidentales, &* 
terres duBrefil^ que fadite M aiejlè a ordonez^ 
pour ladite entreprinfe tant par Mer que par 
Terre* Entefrnoingdequoj nous amns figne 
de nos mùns la prejente. *A Cancale ceprc~ 
wter iotot de Mars milfix cens douzg 



i>e Pezievx, 
Dv Pkfïï$ 5 Philebert de Brichan* 
■ teau, Hardiuiikrs : le Maiftre 5 Ifaacdç 
Ra(Sjy > Çlaudç_dp,RafiVy 3 Anthoine 
Chaton y Pierre Aubert* de la Barre, 
Pefchannps,Coimicr 5 MOthayc,Fran^ 
|ois,Dcîïiorîd;on 5 & Bernard 



fî£ NOSTRE EMBAR- 

quement^ des tourmentes que 

nous eujmes mfques en 

zAnAeterre. 

o 

Ç.HAPi Ï.B E H b 

M E Lundy dix-neufîefme 

J dcMarsmilfîxcensdcu- %W*>* 

\ ze.quçl Eglircce]cbrcla^ M ii^. 

|v fçfte du bicn-hcurCUX S. tres 9 deCdn* 

crécMcrc djeTioitrc Seigneur î e s v s -£»*»■/ 
Çkf^st^dous fiimcsvoilcfoubs la ce- 
duitc deDieu^de laViergeS^âcrëc^&dc 
noftreSerapbiquc P. S. F r a nço is, 
§f partifmcs ^|pg rade de Cancale à 
fîx heures & demie du matin , aptes 
quelques canonadçs tirées, les trom- 
pettes Tonnants pour raiuer 4 lebourg,& 
dire àDieu a tousnosAmis qui eftoiet 
fur leborddelaMcrpour voir p^tuh Lssfpms ^ s 
flotte de nc>s troi$ yaiiïeaux. Le pre- mhvaijft- 
^icrdefquels cftoit FA mirai appelle f"*^'?i" 
l^%egenr^cauiçqçla RcyO€Regete Jf ^«^ 





HijlJeUMifîMsPP. Capucine 
commandé par lesSicurs de Ràfilîy & 
delaRauardiere Lieutenants Géné- 
raux pour fa MaieftérLe fécond eftoit 
leVice-Amiraîjappeiléb Charlotte^, 
commandé par Moniteur le Baron de 
Sancy.Le troifiefme eftoitla Patachc 
quïfe nommoitla fainâ:eA nne, coro- 
gfïeres'des mandée parMonneurle Cheualierde 
pp^c^w RafîlIy/rereduSieufdeRafiJly.Cpm- 
fatuMcU nienccansainn a voguer cnMer auec 
mmeement vne ioy ;e & âllegreiïe nom pareille de 
ieimrntw- iàGoTOpagnie«chacû fc profter- 

naadeux genoux inuoquant laflilta- 
ce do faind Efprit 5 de la glorieufe 
Vierge Màkîe , & de noflre bon Père 
iain ûFr. A nÇ o js,cbanta n 1 1 cBenediflm 
dominas Deus ifrali^uccîçs fuffrages & 
Oraifons : dénotes qui font contenues; 
enï Itinevanum du Brcuiaire Romain* 
Le Diable enrageât de cecy 3 voyant 
qu'il auok eftévain ciïftir îa terren'ay ât 
iantais fbéu rompre ce courageux dc{* 
zt*»<rfiid» iîncoudbe du tout fur fa Met en peine 

Diable par , t\ fl.~ , - j * 

des de tout perdre, excitant des tempe- 



iemoye, 



ûcstt orages fi cruels & dangereux, 
queldefong tëps on h'eiîauoit veude 
(emfôliblés^ û quele vent qui eftoit à 
l'Eji '0èZ calme îors que nous partit 






m tljle de MM&gnAn 2,$ 

mes >tout à coup fauta au Nordefi fut - 
les onze heures,qui duraiufques à mi- 
nuift; puis fauta au $>$$&*$$& au Sn: de 
façon que nous ne peufmeseftrc lé 
lendemain à fix heures du foir ,qu*â 
douze lieues d'Oeffan du coftédâ. 
Nort. Puis lèvent eftant SuSurom^ 
à caufe delà tourmente qui eftoit 
grande, depuis le Mardy iufqu'au 
.Mçrcredy vingt Se vniefme de Mars 
à liuiâ: heures du matin, nous nefif- 
mes que quarante & huid lieues & 
demie, le vent continuant toufiours 
âuec des orages fi eftranges,que nous 
ne fçauions qu'en penfer iufquà là 
minuid fuiuantequil fe fit Nor otieil^ 
à vne heure, Se ne filmes que vingt 
lieues, iufqu'au leudy vingt &d euX- 
iefme à huiôt heures du marin. Le 
Vendredy vingt & troifieftr e le vent 
deuint Sueji, puis SuSued , & Su. Et la 
tourmente continuant toufiours de 
plus belle, elle s'augmenta tellement t 
auec des tempeftes fi horribles , & 
bouraiques fi efpouuantables ^ac- 
compagnées d'efclairs^ de tonner- 
res (chofequin'eft pas bien ordinaire 
en cette faifon ) que les plus fuffifans 




%i al de Mer 
fiuuentcaufè 
far les tem- 
feftès. 



Cemmel'vn- 
des trois 
njAtfîteux rs- 
UfibdàY+l- 
mue, tautre 
ÀDartmtte 
£2 le dernier 
l àPlm»h 



H'tfl. de U Mifs. des PP. Ctyncîm. 
Pilôtes& experts Matelots en fai<5td¥ 
iiâuigation^e trouuoient bien empef- 
chcz^atTeurantnaUoiriamais veu de 
fi furieufes tourmentes 5 qui ne dure- 
rent pas pour vne heure ny pour vn 
iourfeulcjmentj maïs Bien i'efpacede 
neuf iours tous entiers. 

Cette extraordinaire toUrtiiente 
caufaàtôuséeux de noftre équipage 
le mal ordinaire c| u i aflTàiit ceux qui 
vont fur la Mer y il y cti fcutfort peu 
quien furet preferuez.Etce qui nous 
affligeoit dauantage parmy ces affli- 
ctions particulières , & pcrfonnelesj 
eftoitlaperte de rtoftre Patache que 
nous crdybtts auôir faite durant cette 
témpefte ; car des k nUiâ: précédente 
nousriefçauiôsquelleeftôitdetienuë, 
laquelle toutesfois (ainfi qUe nous 
fçeufmes depuis que nousl'eufrncs re- 
trôuuée) après auoir eftë bien batuë 
des flots, fut emportée du vent tout 
droit en Angleterre i où ellèrelafchà 
auportdeFalmuë. 

Apres cecy 3 mal fur mal nous ârriuâ^ 
car noftre fëcond vaifïeau qui eftoit le 
Vice- Amiral fe voyant à la veille de fà 
perte, & à moitié plein d'eàue^ia gpfe 






en l'IJle de Maragndn. 24 

îerie ayant cfté emportée dvto coup 
de Mer, ietta dehors deufc de {es Ca- 
aons , & bo n nombre de coffres auec 
fon petit bafteau , & fut après con- 
traint: de fe retirer à Dartmuë autre 
port d'Angleterre. 

Ër^fin noftrederniei: vaiffeau , qui 
cftoit , l'Amiral , fe délibérant de tenir 
bon fur la Mer, après y a uoirefté agi- 
té, &c tourmenté tres-cruellement Pef- 
pace de neuf iours , fut, au fli bien que 
les autres , contraind derelafcheren 
Angleterre en Vn autre porc nommé 
Plerriuë,oùrioûsarriuafmes leMardy 
vingt feptîefme de Mars , enuirônles 
fept heures du matin. 

Or les Sieurs Lieutenants Généraux 
quicomandoiét en ce vaiflTeau $ cftâts 
txtremement en peine des deufc au- 
tres , les tenants pour perdus, Ils s'en- 
quirent de toutes parts,(î d'auantureil 
n'eftoit point arridé en quelque port 
d'Angleterre des vaifïeaux François, 
où après auoir entendu qu'il eneftoic témmùm 
arriué deux , à fçauoir vn à Dartmuë, fatroinaip. 
& l'autre àFaImuë,&r fçachât que ce- ^*£^ 
ftoientles noftresjls leurs donnèrent n*mu*. * 
auis de noftre arriuée à Plemuë : ce 




Bift. de h MifîMes PP. Capucins 
qui les confola mcrueillcufcinentV 
croyant auflfî de leur codé que le nor 
ftre eftoit perdu, &fe partirent au fit 
toft tous deux pour venir rrouuer le 
Eegent. 

Il ne faut pas demander la ioye&: 
le contentement que nous receumes 
tous tant d'vn cofté que d'autre, de 
ïious voir encore reunis auec ceux: 
que nous croyons cftre engloutis dâs 
le profond des eaues : nous ne nous 
pouuions contenter de louer Dieu* 
nousentfcnibrâfransrva l'autre auec 
larmes de ioye, tirahs force canon- 
nades en figne d'allegreffe^vn chacun, 
racôtànt la bonne reception,& le bon 
trai&em ent qu'il auoitreceudesGou- 
ùerneurs des Ports où il aùoit abor- 
dé. Nous (eiournafmes audit piemuë 
depuis le vingt-feptiefme deMars que 
nous y eftiôs arriuez iufques au vingt- 
troifiefme d'Auril, pa'fïant le temps 
CMYmfîe aueéàutant de contentement^ bône 
d» GoWr- chère qtuls'en peut fôuhaiter, parce 
%$3$5 q ue Ie Scîgnciîr Gbu«rhcur .àtiâi& 
lesCdfucms plemuë, nomttïé Mafieut de Gorge, 
«| **tr*s de &toutp i c i n acNobleffcdes enuiroris 

leur çqutpa- l , . , 

g* voyait vn iî beau & lefte embarque- 

ment^ 




enl'IjledeMaragnan. a y 

met que le noftre, fe mirét à qui mieux 
aiieuXj&quafiàl'euye l'vn de 1 autre à 
nous feftiuer &: careïïer , ce qui nous fie, 
publier vne partie de nos infortunes 
paffées. 

COMME : NOl~S TJRTIS- 

mes d'Angleterre pour continuer 
noftre'VQyage, &cequinonsarr?ua 
far le chemin, 

Chap. III. 

E vingt-troifîefme d'Auril 
qui eftoit le lendemain de 
Pafqoes/iourdelafeftedu 
Glorieux Martyr Monfieur 
fainâ George Ancien Pa- 
tron de rAnglcterr^nousfilmcsvoile, 
&partifmcs dePlemuë àfept heures du 
fbir 5 les trôpettes sônans; & après plu- 
sieurs canonades tirées de part & d'au- 
trc,touteh ville, & ceux qui eftoietdâs 
leChafteauaueclefufdit Gouuerneur, A rc e[him 
môterenc fur les lieux les plus eminents ^'u^ 
des cnuïrds delà Mer , pour voir pardr & lois t c f^ ûim 
noftre flotte. I c ne doute pas que ccÇKT" 
giâdvignerô dclEsvs-CHRisT,Icnom k*rf*rttmU 
duquel en grec r«» /y i 5 ,fîgnifie fcbou- d ^ imue - 

D 




Hifl.de la Mifî Mes PP.Capucins 
reur 5 ninccrcedaft particulièrement 
pour nous qui eftiôs enuoyez pour plâ~ 
terlafoy &culrilier la vigne de noftre 
Seigneur parmylesSauuagcs&deferts 
dlnfîdelité-Carletéps nous vint lors à 
fouhait 3 fibié que le lendemain Mardy 
vingt- quatrief mt iour du mois 5 nous 
noustrouuâmesà hui& heures du ttoa- 
^linparlctraucrs du Cap de Levait en 
Angleterre. 

Dv depuis ce grad Dieu qui côman- 

deaux vents 5 &ràlaMcr comme il luy 

plaift: voulât faire voie <romeilfauori-' 

fbitnosdeflms, nousfecôda d'vntéps 

iîferain,&dVnvçtficôfoxmeànosde- 

ideidesca- fîrs^qu'ëpeu de tépsilnousfit paiïèrles 

Iflcs des Canaries,no 9 trouuâs le Lun~ 

dyfcpticfracioûrdeMay , àfîx heures 

du matin, entre Fortàdventvre^ la 

grade Ifle de Canarie, que nous vifthes 

fort àdcfcouuert. Des Canaries^nous 

gaignâmes la cofte de Barbarie que 

nous commenceâmes à voir le Mardy 

à mmuift,& eft en la hauteur de vingt- 

fïxdegrez deux tiers : Cemefmeiour 

fur les dix heures du matin, nous pafïà- 

cipde b*. m es le Cap de Baiador 3 5r côtinuant 

t<*Mr. toufioursnoftrevoyage !> nouscoftoyà- 

|Ç. ^"mes les colles de Barbarie , & d'Aftri- 



Collet de 

Barbant. 







m ïljlt de Maragnkiïl • ■ 26 
^ ie,en pefchant; iufques au Vendredy 
vnziefmeiour que nous nous trouuâ- 
imcs fur les huidt heures du matin à la 
pointe ézNorieft, dclariuicre de Lo- &*** % 
RE 5 fbubs le Tropique de CanibWj M Lûre \ 
où nous veifmcs vue barque de pef- 
cheurs ? &:deuxnauire$deBayôneqoi 
eftoient à l'ancre* & pource que la Mer 
(c retiroir, nous ancrâmes auflî comme 
feux, en attendant que noftrePatachê 
les allât recbnnbiftte. 

Le mefmeiour nous fiftn es voile ran- Ant i t€ <il 
geanstoufîours(en pe(<ihahs)lescbûes fi r *'&M 
d'Affnquc.&de l'Arabie defote qui eft fUt * kik 
vn païs plat & fort bas 5 sas môtagnes) - 
oui on nevoid que fable blâc tant que 
laveuëfepeut cftédre.LcSame^y'no* 
nous trouuàmèsparletràuers du Cap 
de Barbes qui eft à vingt; deux degrez f& *?*$ 
dehautèur.LeDhnâcheaumaUD rrcï 
fciefme iouc du mois, nousarnuames 
àuCapblanc^bù nous mouillâmes l'an- 
cre , & y demeuf an? es cinq iourssce 
Cap eftàla hauteur de vingt degrez, , 
vingt cinq minutes , &rrois degrez de 
Variation de Teguille 5 il eft appelle le 
Cap blanCjparce quil eft haut de Falai- Ca , 'j$$ t 
Tes blanches , c'eft vn très-beau port 




Atfcum* 



Hift.de U Milles VPXtpuàm 
pîcïîi de belles & bonnes pefchericSi 

La nous. trouuâmes quelques ba- 
teaux à la voile a qui noftrc Patache 
daonzîâchaireiufqucsài'tfle blanche, 
ouiiy àuoithuiânàuircs Êfpagnols &£ 
Portugais àl ancre,Icfqucls fi toft qu'ils 
apperceurettt ladite Patache quichaf- 
foit leurs bateaux , couppans leurs ca- 
bles , quittan s Se abandonnâtes leurs 
ancres 5 fcire&c incontinent voile , &c 
gaîgnctent la fuitte ,■ la Patache les 
pourfuiuant à la fonde iufques à my 
chemin i^frgsêin^ & riepouuantpafler 
plus auant, pour ne fçaubitle chemin 
cllcçctournaàHflcblanche,bù les co- 
ûtes trouectent force poifïons -appel- 
iez Caffohs^ autrement Chiens de mer, 
& demeurèrent ià iufques au Ieudy. 

Cependant ceux qui eftoient 
dans ooftre Amiral pàffbient le temps 
à pefeher force Strdes ou Targues, qui cft 
targmpoif' vu excellent poiffon reffemblant à la 
fimexcd- Qzfft ^ roaisbeaucoup plus large & 
plus long > y en ayant de deux & de 
trois pieds de long,larges à proportion 
aucc le dos plus haut K plus rond 5 &r 
lesefcaiiles plus blanches : auffi eft>il 
beaucoup meilleur & plus exccjicntà 



Teiffo»* no 
~me\Cajfos 



%ariiS 



h&ê* 



langer jfoiKP prcnoit gratidîflîmc 
quantité, fort facilement 5 principale- 
ment lors quon mettoit es hameçons 
du luran {aie pour amorce. 

L e Vendrcdy dix huiéttefme mût 
de May fur les quatre heures âU foir 
nous partifmes du Cap blanc t &: le 
Samedydix nctifuiénie > nous eûmes 
le Soleil pour zenit, nous donnant à J? i . /f,p L 

11 n a 1 ^ 1 Capucins w 

plomb fur la teir émettant pour lors a la um équipa* 
hauteur de dixneuf degrez & dèmy: ge eurent u 

1 r CU- w, SoUllpQUt 

de forte que tout ce que nous ncnions ^ 
fur le tiilae, comme coufteaux, efpêes 
8c autres chofes femblâbles *>iie nous 
rendoit aucun ombre, ny l'homme 
mclme c fiant debout , principalement 
àm ; dy. 

Avanceaht toulîours no< 
ftre voyage y nous rangeâmes la co- 
fte de la Guinée 5 paflant entre les 
Ifles du Cap verd , & le Cap verd. ifles iuCap 
Ces Ifles qui fonc vnze en nombre vér ^' 
font depuis le dix-neufiefme degré, 
iufques au qimorziefme $ èc auan- 
cent plus de cent îieuës ènMett&de- 
puis les onze degrés iufques au neu- Royaume de 
fiefme eft le Royaume de M an- &fesïîlt 
DïKGVi 5 le$ babilaas duquel font «t».' 

D iij 






La Gmmt, 




Siçyaume de 
Uiopbes* 



Royaume des 



Cap de 
me. 



M- 



* Hift. dehMifs* des PP. CApucinsl 
noirs, & les plus beaux de toute la Gui- 
née chacun ayâc tel Dieu qui luy plaift. 
Depuis le neufiefme degré iufques au 
hui<5Hefme,durele Rayaqmcde I a l o- 
pE s, duquel les habirans font noirs 
aînfï que du précèdent i & font encore 
idolâtres, 

D s p vi s leshufét degrez iufques au 
fîx,eftie Royaume des S a p hz; qui 
eSvnçnatioi^de Neigres qui ont les 
dents pointues, A quatre degrezeftle 
Cap de Palme 3 duquel nous aprochâ- 
mes fiprez que nos Pilotes cfifoient la- 
noir bien veu. Il ne fait pas pourtant 
trop bon n'y trop feur dr s'approcher 
de la Guynée ny de çanger les coftes 
fufdites de fi près , à catife des maladies 
contagieufes qui prennent en cepaïs. 
Geste maladie prend aux genci- 
fwr Us ma- u es de telle fo.rtc que la chaird efditcs gé 
:Wj£lV ae cjuess'enfiant, elle vient à furcroiftre 
les dens& les fait tomber: eftanttom- 
bées.il en fort vne figrande quantité de 
. sâg. des alqeojes^quuft la place où elles 
eftoient, que cela &le mal d'eftomac 
auec Fenfleurc qui prend autfï toft, em- 
portent bien fouucnt leur homme, &c 
bien peu y ena qui refchapem de ceffe 



î*œ Gttynée, 

danger eufe 






mhJlcieMMdgriml a 8 

maladie cauféepar les châleu^exceffi- 
ues qui font en la Zone torrii|e 5 où Sa 
Guinée cftfituée: aux enuirons de la- 
quelle tombent des pluy es fi infe&es &C 
peftilemieufes 5 &prmripalcmentfoubs 
la ligneJErquînodiaîe , comme auffià 
cinq oufix degrez en deçà, que fi elle p/^ M \ n f<- 
tombefur la chair dequclqu'vn , il s'ef ^ ™ $l f 
leueauffi toit des pentes pultuies 3 ainn^ t in uu- 
que l'expérience nous a fait voir en^. 
quelques vns dés noftres lefquels defi- 
reux d'auoir v n peu d'eau c douce pour 
eftancher la foif (d'autant que celle que 
nous auions portée de France s'eftoic 

.. l r . > . Venue qu on 

corrompu e,en iorte que les vers s y en- fgrte deFm~ 
gendroient comme il aduient ordinai- ce fi corrtp* 
rement, principalement approchante^ 
delaZonne torride) ne cifignpient/ W r /*»»<£ 
nullement de s'expofer au danger qu'ils 
tenoientpourcercain. Carvoyansve- InMonda 
nir lespluyes 5 qui lors font ÉÉfSiftcr jnamim 
cmentes vers la Ikne , ils lioient des t 9WtAUQ ^ ie 
draps blancs par les quatre coins aux y^/ fr 
cordages du nauire v mettant au milieu 
vne boule de canon ou autre pièce 
de plomb fort pe(antc 3 qui faifant 
vn creux, aflembloiç toute l'eauc, la- 
quelle par après paflant au trauers du- 

D iiij 



*wer. 



-*m 



Hifl. de Ultiifî.-desPP. Capucins 
dit dra^pftok receuëdansvn vaifîeau 
qu'on ïîttoic deffbus, craignant en 
perdre(commerondic)vneieuIegout^ 
te,tantlanecefïuérend ceux qui vont 
fur Mer auaricieux d'vn eîemët fi corn- 
Marmim H* un r & qu'on prodigue fi Iibrero ent fur 
vraysmfam J a Terre, au grand regret des pauures 

de Tantale. \ A • : ° /- i ^ i 

Manmersjvrays cnrans de Tantale,puis 
qu'eftanc dans les eauës iufques au 
bord des leures^ils n'ont aucun remède 
pour eftancher leur foif, defitans en ce- 
Ltêtl6 : Ja,comme le mauuaisRiche 5 >ne petite 
goutte d'eauë frefche pour rafraifehir 
JeurJangufr, regrettant aucc toufpirsla 
perte que font à leur opinion , ceux qui 
font fur la Terre de tant d'eauë inutile- 
ment employée à laueç les mains, & au- 
tres chofls (cmblables pour h netteté 
du corps humain^qui leur pourroitbié 
feruir en telles extrémités pour la con- 
feruatîondeleurvie. 
La'fapem* E ft pas vne choie auffî ne contr'oi* 
X f"l lent ils les œuurcs de çeGrand Ouurier 

trolUe foie- , ^ 

vum paries de 1 Vniuer$,unon encete-cy;auoiiant 
Mariniers qtf cn ve rit é il a bien & fascinent fait 

pour n'aiïotr * ,., r . « f? , 

faui'emëàe tout ée qui! a fair,vne choie exceptée: 

UmerdoKe. car pourquoy(disët-iïs fôtternét) Dieu 

Tout puiilânt 5 en créant ce grâd Tout, 



L 






tn flJU de MàrtgnM. zp 

au lieu défaire cete Mer fi amere & 
falee 5 qu'on n'en peut feulement aualet 7 
deux cueillcrêcs' fans vomir tripes Se 
boyaux, n'a-ii fait vri Océan très-doux 
& gracieux à boire?CespauUresTanta- 
les donc(ainfi veux-je appellei: les Ma- 
riniers) en rageant de foif fous cetebruf- L > eaa¥ i e 
lante Zonne, voulant ramafïer leauë pfaye. J*»- 
qui diftiiioit de ces draps, lapluye mf^™ 
tomboufurieursmûnsies faifoit auîïi 
lôft cflcucrf«ncftnelcs habits en eftants 
mouillez, s'ils ne ont foigneux de les 
lauer en d'autre eâuë,fe corrompent & 
s'y engendré des vers. 

Qj i plus eft, les chaleurs exccffiucs ^^ 
de cete Zonne torride excitent en là thaUurs de 
moyenne Région de l'air d<*s grands & ^ Zot ! nt 
fréquents ciclairs auec des horribles f e »ttonems 
tonnerrcs,ptincipalemcntversrEqua- &<fii*bh 
teur : Etfortfouuentjtantlanuiâ: que 
le iour, il s'efleo e de fi eftr anges tourbil- 
lons devent^fï violents ^dangereux, 
que sms trouuent va nature appareille j event< u n ~ 
auecfes vodles&hunnieres, il faut ne- £«^*» 
ceffâifemént bon gré mal gré D ou que 
leâ voiiles fe creuent/ouque les mafts 
(tant gros foieat-Us)fe rompent,ou que 




Hi^ de LtMifi. des PP. Cdfmcim 
lenauire fouffbubre, & fç renucrfc en 
la Mer- Ccft jpqur cela qu'il importe 
beaucoup jde faire continuellement 
bon quart ences endroits Ià^rincipa-- 
lemeiy la nui&, craignant d'eftte fuç- 
prins* 
en towhiU V o v s voye2 ces grains de vent(aînfl 
knsdevent les nomme-on) venir de loing, & les 
%S f ° rt entendez iifler agitant & tourmentant 
îaMerparoùilspaflTent : que s'ils vien- 
nent à vous , vous auez encore tout 
loifir d'abaiffér vos hunnieres & voi- 
les (î vous connoiiïez qu'ils foient trop 
violents,- Ils ne durent pourtant pas 
longtemps, à caufe des grandes pltiy es 
qui les accompagnent ordinairement, 
Içfquelles aufll modèrent vn peu l'ar- 
deur & la véhémence des chaleurs de 
Nm&sfiaif- Ç e lieu» Et bien que durant le iour la 
thetésenm- chaleur (oit exceflïuement grande en 
4 % \ ce climat , fi eft-ce ncantmoins que 
foubsla Lignes & es euuirons d'icelle 
les nui&s font fortfrasfchcs, &affez 
froides. 

C e s t princîpalemét cetc mefmc cha- 
leur tjui enrichit teîlemét la Mer enfre 
les deux Tropiques,dvnetclle&fî agréa 



V" 






en l'IJU de MMgnàn* 30 

ble variété de poiffôs, qu'il femble que 
lereftede l'Océan foubslesZonnes të- 
peré es & froides, auflï bien que les au- 
tres mers , {oient fterilcs en comparai- La 2onm 
fan delà Zonne torride, quon voit a- Tmide*- 
bonder de tant de poiflbns de jliuerfës u ^jff^ 
efpeces 5 & incogneus en ce pays de^ w5# 
deçà. Entre-autres vous y voyez des 
Dauphins y ézs Dardes , des *Alhacores % 
les Bonites , les grandes oreilles 3 & infi- 
nis autres poiflbns très - exceilens à 
manger que nous pefchions en al- 
lant. Il y a d'autres poiflbns qu'ils ap- R ^ lensouf 
pellent Requiem qui ont cinq , fïx 5 fept, 5 .*. 7 . g. e>- 
huift..,- Se neuf rangées de dents en la n jfâ£&" 
gueule : les Matelots n'en veulent ' 
nullement goufter, d'autant qu'ils di- 
fent que ce poiffon mange les hommes 
en l£ Mer. Vous voyez des Baleines 
qui font extrêmement grandes-, là Ids SaUhe$ & 
Marfoutns vont par troupe comme uarfimnu 
fangliers, & apperceuans 'quelques 
nauircsfurlaMer,ilsviénent tournoyer 
& roder à Fcntour \ fautant & fe ioiiant 
pour vous dôner mille contcntemëts: 
Il y a auffi vneautte forte de poiflbns 
que les Mariniers appellent ?ros mu- Potf™**?- 

/ .. r F ■ «=>- n peliez Gros 

féaux y pource qu'us ri ont pas la telle m „f eA „ x . 



îoiffîom vo- 
lant dû tout 

tnU Zmnè 
Tmide* 



Talffons no- 



Htfl.idaMiJi]de$PP.CapHck§ 
fi poinétuë quelesManoins y & font 
beaucoup plus gros. 

E t fur tous les poiffbfts qui fe trou- 
vent entre les deux Tropiques , ie nen 
vois point de plus admirables, que 
les poiffons vohns , lefquels volent 
par bande en nombre prefque infi* 
ni, principalement aux enuirons de îà 
ligne : ils ne font pas pli* gros que 
des harës,mais vn peu plus rôds*& ont 
latefteblus platte, approchait la for- 
me dyn petit mulet de Mer. Quel- 
ques vns d'iceux ont deux aides, &t 
les autres quatre 5 qui font de crçir,/ 
comme celles des Chatmès-founs celles 
font neantmoins ordinairement blan- 
ches & fort delicattes ; d^utres en ont 
de noires : Et pour ce qu'ils font très- 
excellents à manger, ils font eftuieE 
de tous les autres poiffons de la Mer* 
Car les Dorades y Bonnes & autres 
grands pt>iffons ne cefîent de leur fai- 
re la guerre. Ceqpe pxèuoyant bien* 
leSouuerainCrcateur de fes petis poif- 
fons , il n'a pas manqué en la ftruâu- 
rê d'iccux y de leur donner des armes 
pour fe garantir de leurs ennemis» leur 
mettant ht ie dos ces petites aiSes» 



pourpouuoîrà leur aife guigner UfutC- 
tes'eflançans hors del^eauc qui eftkur 
élément, pour (e fauuer en l'air 2 leur 
vol durant autant de temps que leurs 
aifies font fraifchesj&quand elles font 
dcfleichecsils retombent en reauc,où. 
après les auQirmouillécs,s'ils font en-* 
cotes pourfuiuis , ils s'enuoient dere- 
chef : vous diriez à les voir que ce (ont 
bandes d'cftourircaux. 

Cequieft de plus remarquable en voijfms^- 
cccy,eft ? qû€ ces pauures poiflons,s'en* *# n %ontr * 
-uoiant en l'air pour euiter la cruauté fZ^^m 
des Bonites , Vortdes , & autres poiflbns t&r> 
<jui les pourfuiuent à mort pour les 
manger, ils fontauifi toft attaquez de 
certains grands oy féaux quifont con. 
rinuclleracnt aux aguets, &fï toft qu'ils 
les voyent voler, ils feiettent fur eux, 
&ic$ deuorent-, û bien qu'ils ne font 
en affeurance a ny en l'Air, ny en la 
Mer- 

Ie nefçayàquiiedoispluftoftcopa- BtiUtwnjà- 
rer ces oyfeauxpoifïbns, ou àl'amedu rùfwuree 
mondain, ou àccllc duiufteiPMifque^/^^ 
ceft levray fymbole&delVne & de u$ d» pe- 
l'autre £ Pour celle dumodaiptoutad- çhmv * 
dôné&c habitué àtoutefortc de vices. 




Ce foijfon. 
eft encore 
comparé * 
Pâme du 

i»fte. 



. tîijlje UMifi. des PP. Capucins 
dont mefmeii fai& trophée, il eft 
tout clair qufc voïcy fon pourtrai&. 
Car tandis qu'il eft plongé dans la 
merdes plaiiïrs, des délices & volu- 
ptc£,foit de richefles/oit de gourman- 
dife ou paillardife, &c autres (emblà- 
blcs 3 il n'eft iamais en aiTeurance , ains 
toufiourS en defïiance, en crainte Se 
enfbuhait , bourelé en fon amepar là 
pourfuitte de mille cuifas femords,def- 
quels fe voulant quelquefois guaran- 
tir 3 tafchant des'enuoler à Dieu pa? îfa$ 
mendement de fa vie, il eft auffi toft 
rabbatu par les Diables : d'autant que 
les aifles de fes defîrs ncfont que fini- 
pies vcllcitez à lefquelles au moindre 
fouffle du Dragon inferrial venant à fa 
deffeicher par la difficulté qu'il s'ima- 
gine accompagner l'abandon de lesvi- 
ces D il f elaifle rechcoir dans le premiet 
boutbier , dont il penfoit eftre for-. 

Il va bien autrement des âmes iuftês 
des feruiteurs de Dieu, lefquels quoy 
qu'agitez dans l'Océan de ce Mon* 
de trompeur qui çà&là les Va tourne- 
boulant, ne perdent neantmoins cou- 
rage & hc défirent fuir ny fortir d'ï- 






mhJledcMaragnàn. $% 

ccluy pourcraindc qu'ils ayent d'e- 
ftr'c atteintes de (es flech es, qui com- 
me celte des petits enfans retournent 
enfonfein: Mais bien auccvnamou^ 
reux defîr de fe voir tous vnis à ceiuy 
qu'ils adorent 5 ils difent doucement a- 
ueele Prophète. Quts dtbitmhi ptnnts v f aîm -i*~ 
fient cohêmh* : ^r-voUbo^^ reqmefcàm} 
Qui fera-ce , ô mon Dieu 5 qui nie don- 
nera des aides, ainfi qu a la Colombe 
pour m'en pouuoir voler iufques dans? 
voftrefein? Etdefaiâ senuolantpa r 
deflus elles mefnnes ( au moins d'affe, 
dion^&Dieuleurfaifantparoiftrepar 
des viues attaques qu'il permet leur e- 
ftre faiftes des oyfeaux infernaux (à 
fçauoir des Démons ) que fa volonté 
n'eft pas encores- qu'ils s'aquitent fi 
toit des trauerfes duMonde,pour iouk 
de fa gloire,ilsrede/cendent tout court 
au milieu des angoiffes qu'ils dcfkoiét 
fuir, s'expofanttout à faift aux plus 
grandes trauerfes qu'il plaift à ce bon 
Dieu leur faire icyfoufFrir, en atten- 
dant qu'après les auoirfaidspafler par 
le feu &parre3uë,illes cônduifetous 
au réfrigère de fa gloire* 
l'A y dit cecy feulement en paflant 



Grandes 
Tortues. 



Hiji. ieUMifë. deçPP. Capucins 
pour le grand rapport que ic trouuc 
entre ces poilïbns, &c les dcuxdiuers 
eftatsdesames^dontie viens de par- 
1er* 

V o v s y voyez auiïî des Tortues de là 
grandeur de deux .& de trois pieds 5 
quelquefois plus grandes. Il s'y trou- 
uc encore beaucoup d'autres fortes &: 
c{pcce$ de poiflbas grands & petits, 
ÎÎK«* Car cette Zonne torride en eft telle 
fimUzone ment remplie>quc lors qu'ils fe font 
tomde, j a g Uerre | es vn $ aux autres ( ainfï 

qu'ils font à toute heure ) vous voyez 
la Mer bouillonner auecvn fï grand 
bruit 3 que vous diriez de loing que 
ee foqjf des battures ou bancs de fà- 
ble qui foient dedans, Ief quels eau* 
fent ce murmure & font ce bouil- 
lonnement: neantmoins ce n'eftrieri 
autrq chofc( ainfï que plufieurs fois 
nous auons veu aux enuirons*deno* 
lire nauire) qu'vne multitude pref que 
infinie de petits poilTons, pas plus gros 
que le petit doigt,cnuirônnez d'autres 
plus grands qui IcspourfuiucHt pour 
manger^de façon quelesgrandspour- 
fuiuans > & les petits fuyants,cau(ent ce 
bouillonnement* 

C'est 






en tljlc de Maragnan. 3 3 

C'est de cette diuerfité fi agréable 
que parloit le Prophète Dauid > lors 
que -tout extatique & plein d'admira- 
tion- des merueilles de cet Elément 
il difok ., Hoc mare magnum , ^ fpa^f^ 10 i* 
tiofum manibus, illic reptiUa quorum non 
eji numerus 5 .AnimcdU pufitU cum ma- 
gnts. C'eft en cette grande &fpaticufe 
Mer,quefcretrouue vn nombre infî- 
ny depoiflbnstant petits que grands; 
jllic naues pertranfibuntyLi les nauires 
pafTeront 5 & loueront l'admirable fa- f 

geffe &puiffance du Créateur de l'V- 
niuers^d'auoirainfi fourni cétEleiment 
de tant de fortes de poiflfons, qui par 
rinduftrieufe ftru&urc de leurs corps 
ne ceffent de prcfcherdelcur langue . 
muette ce Sçauant Ouurier qui les a 
fçcubaftir* 



E 






S«ES5 



--.-,..__._ 







HiflJehMîf. dt$W. Capucins 

COMME MOTS cARRl- 

marnes fouhs la ligne 
Equmoéliale. 

Chap. IV. 

E Mecrcdy des quarte 
temps d'aprcs la Penteco- 
fte(quieftoitIetreiziefmè 
'déluinj àlafaueurduCiei 
nous arriuâmes heureufe- 
ArAmehs m ent àdcux heures âpres midi \ foubs 
pp. cap*- j'Equatcur ou ligne Equino&iale;la- 
fâfe quelle eftant également difhmte des 
deux Pôles &c des deux Tropiques, 
elle faid le milieu &quafi comme l'ef- 
chine du Monde, Oùplufieurschofes 
fe rencontrent à la vericé bien dele- 
ôabies à voir, mais encore plus àg- 
gteablesà fçauoir. Et pource qu'elles 
ne peuuent eftre expliquées qu'auec 
termes obfcurs, qui pour eftre mieux 
entendus requereroient en plufieurs 
lieux , multiplication de difeotirs > 
non (ans confulioni î'ay creu nede- 



éùilwU* 







enhJlcdeMœrdgndn. 34 

uoirpas plaindre vne tueilie d'efcri- 
turc d'auantage , pour vn petit trai- 
te de ce qui eftle plus neccffairedela 
connoiffance du Globe vhiuerfel,quc 
i'ay diftribué es trois chapitres fuiuâts, 
tant pouc l'explication des termes fuf* 
dits 5 que pour l'intelligence plus faei- 
Je de plufîeurs particularité?: qui Te re- 
trouueront dedans cette hiftoire de 
noftre Million, ïoinâ que d'ailleurs 
ie m'y refais par trop obligé pour les 
.diuerfes queftions iefqueiles depuis 
noftre retour, ni ont elle fai&es fur 
ce fuieâ : m'affeurant que le lecteur 
ftudieux en teceura du contente* 
ftient. 




e u 



f 



Hifl. de U Mifi. dès PP. Capucins 

DBSC R ITTION DV\ 

Globe ZJniuerfel) ou il efi parle \ 

premièrement de LpartïeCœleflc;, \ 

&Jpecialement de U ligne Squi- \ 

nocliale. 

Chaî. VL 



êimfém 




Ovk mieux donc enten- 
dre ce que deffus r il faut 
icy remarquer que ce 
gra n d V niu ers : cft diuifé 

tv en deux parties principa- 
les; IVnc ceîcfte , & l'autre Elémen- 
taire; il que toutes les deux enfem- 
* Me ne font quVn feul globe par- 
faitement rond : au milieu duquel 
les Mathématiciens fuppofentvne li- 
ïA**i*u § ne Croître: 3 laquelle trauerfant le 
sphère â® centre dïceluy, eft terminée aux deux: 
extrémités de la fuperficicoucon.uc- 
xké diamétralement oppofée. L'on 
appelle cefie ligner Axe , le moy eu 5 ou 
ellîeo de la fpherc du Monde , & les 
deux bouts, Polcs,du verbe Grccro- 
Aa^quifignifie Tourner: pour ce que 
toute laSphereCœlefte &: mo bile vire 



Ùo<sJe L 



fda 




mers mm$ 



en. Fjjle deMAKtgmrh 3 j 

te tourne autour d'iceux^penefat quSIs 
demeurent perpétuellement en leurs 
mefmes lieyx comme deux tenons 
gonds, ou piuors qui des deux cofteE 
fouftiennentvnerouëouquplquegîo f^. 
be qui tourne. LVn eft appelle le Poîe a^»u 
Ar&ique , d'autant qu'il cft proche 
d'ArâuruSj image cœlefle : quelcjfce- 
fois on l'appelle Septentrionnal 5 pour 
eftreproche delà petiteOjurfé qui con^ 
tient fepteftoilles^jqueiqoefoisBoreaSj 
pour ce que de ce côfté là vient le vent 
Boreas 3 ou vent de Bife, autrement Dhtrs**nu 
vent de Nort. L'aune eft nommé l c *»*f UAn - 
Pole Antarâique, comme eftantop- u 
pofé à rArdiquejon l'appelle auffiMe- 
ridional par ce qu'il tire vers leMidy 5 & 
Auftral 5 pourle vent d'Aufterqui vient 
de cecoftélà. 

Qv.a n t au Pôle Arctique , nous £«?*/*-**■- 
le voyons toujours efleué de quaran- J/J^£* f ' 
tchuid degrez fur noftre h orifon de &*?£?**$. 
Paris 3 & ne fe retire ny approche au* 
ornement de nous; côme aulïîle Pôle 
Autarcique eft continuellement dc(~ 
fous noftre Hemifphere. fansqueia- , 
mais nous le puiflions voir d'icy. aïqmhf- 

Enthe ces deux Pôles toute 'la f om "M.- 

ERemifphert* 







'.J..M 






5???5P 



i^itéi/îon de 
la Sphère en 
emf parties. 



Cercle* po- 
laires ylv.n 
Arttïqw , 
Vautre Ati« 
tartine. 



Tropique de 
Oâncer ^J 
ieQaprkor* 
ne. 



Comme la 
ligne Ëqtèï- 
nattiale dt- 
wfelaSphe- 
te.ccetefte en 
deux parties 
égales. 



HtâJeUMïfidesVP. Capucin* 
S phere Celcfte eft diuifée en cinq par* 
tics, par quatre cercles parallèles, % viv 
eft le cercle Ar&ique^efloigné duPole 
Arôtiquc de vingt & trois degnsz &: 
demy & trois minutes $ L'autre àlop- 
pofite eft le cercle Antar&ique <m mef» 
me diftance defonPolc que le précè- 
de^ lô appelle ces deux Ç^rck^ Po- 
laires 5 chacun du nom du Polc vers 
lequelil eft. Les deux autres cercles 
font plus vers le milieu ; IVn eft le cer- 
cle ou Tropique de Cancer , à quaran- 
te deux degrez &: cinquante quatre 
minutes du cercle A râique j loutre eft 
le cercle ou Tropique de Capricorne, 
en pareille diftance du cercleAntar&i- 
que;& ces deux Tropiques diftans I'vn 
de l'autre de quarante fept degrez &£ 
fix minutes, font les limitas aufquelles 
le S oieil eftât paruenu.il retourne aufïî 
toft de Pv n à l'autre ; donc 011 les appel- 
le Tropiques du nom -*eo7r©$, quifî- 
gnifieconuerfion, ou retour. 

Or. la ligne Equino&iale eft au mi- 
lieu de ces deux Tropiques également 
diftante de I'vn & de l'àutre 5 fçauoir eft 
de vingt-trois degrez & demy, & trois 
miautesstcllement qu'elle diuife toute 




en tljle âeMdngnanl • 3 6 
h §phcre Ccelcfte depuis vn Pôle iuf- 
ques à l'autre , en deux parties égales, 
chacune contenant nonante degrefc* 
On l'appelle ligne Equino&iale ou 
Equateur , non feulement parce que 
ceux qui habitent foiibs icelle,ont con- 
tinuellemcntlesiours aufïigrandsquc 
les nuiâ:s,mais aufli a raifon quele So- 
leil citant foubs cefte lign e ? fait que les 
iours, &c\cs nui&s font pareillement 
efgaux par tout l'Vniuers. 

Les Aftrenomes n'attribuent au- 
cune largeur a ta ligne Equino&iale, 
ny à pas vn delà Sphère Cœlcfte , fi- 
non.au Zodiaque 3 qui eft vn autre Cer- 
cle do Firmament, large en forme dy- 
ne ceinture. 

Ce cercle du Zodiaque contient en fa 
rôdeur les douze fignes du Ciel; Aries, 
TauruSjGemini, Cancer, Léo, Virgo, 
Libra v Scorpius,Sagittarius 3 Capricor- 
nus 5 Aquarius,Pifces v que les Anciens 
Grecs appelloicnt^S^oi, d'où le Zo- 
diaque retirefon nom: Si quetoutela 
circonférence de ce cercle eft diuifée 
en autant de parties qu'il y a de fignes, 
que Ptolomee appelle Ji*?tota?»i/w- 

c>cct. Les douze parties 5 autrement les 

E isij 



Vourqaoy 

die eft appel* 
lée Equino- 
61 taie ou 
Equateur* 



Les tours &* 
les nuitts 
toufiours ef- 
gaux foubs 
{a ligne , & 
efgaux pw 
tjut l'Vni- 
uers , quand 
le Soleil eft 
fuis la li- 



Zodiaque. 



Les doute fi- 
gnes du Ciel 
contenus au 
Zodiaque. 




Vouxg par- 
ties du Zo- 
diaque. 



î 






*» 



Chafquefi 
&ne "x-clcfte 
dimjeen tre 



Mift. de h MifîJes PP. Capucins 
douze chambres , domiciles , ou mai* 
fons Cœlefte^ Proclus & les Anciens 
Grecs, (comme dit eft) les appelloient 
^^fit,ânimaux; Pline les appelle Signa, 
&Sidera :t ûgncs,où affemblees des Etoil 
Ies>& le vulgaire Cofteli<itione$,Conft:cl-* 
lotions» 

Chacvn defdits fignes 5 eftfubdiuifé 
,M tréteparties que nous appelions de* 
grez^vn degré çorrefpôdant à vn iour, 
&vnfigtocàvnmoi$$d , autâtqueleSo-. 
leîl met enuiron tréce iours à parcourir 
chacun defdits Signes, qui fôt en tout» 
trois ces foixâtedegrez (ou peu plus) 
^olâegre^ que leZodiaque codent en toutefa cir 
enia rôdeur côferenee D pour la reuolution annuel- 
À^zod**- le q Ue i e Soleil fait & parfait en douze 
mois. Quant à fa largeur, elle eftdiui- 
Lïgm Edy- féc au milieu par la ligneEclyptiqne en 
p.tq»e. deux parties égales,chacune contenât 
fîxdegrez 3 félonies Anciens 5 ou (pour 
mieux dire félon les Modernes) huid 
Largw dit degrez,qui fôt feize degrez que *e Zo- 
Zodt*qw. diaqu e a de largeur,foubs laquelle tou- 
tes les Pîancttes vagabondes s'éten- 
dent de part & d'autre en leurs reuolu- 
tions^fans excéder aucunement cette 
largeur. 



en.Flfle de Mdugndn] 37 

Il n'y a que le Soleil (eul qui tienne uSoUllfed 
& côtinuë Ion cours naturel & annuel ^^y 
preciiément foubs l'eclyptique du Zo- /.^/^^ 
diaque , laquelle pour cela eft tenue 
pour l'ornière & la voye du Soleil, Or- J^ *V 
biufolis , de laquelle il ne fe forligneia- 
mais. t 

Qve fi quelquefois la Lune errante en 
foncours 5 ferencôtre(oubs cette ligne 
tellemétoppofe'eau Soleil, que la Ter- „,. - ^ 
reioit entre le Soleil & la Lune, aufli u» t uufc 
toft elle perd fa îumiere,elle deuiéttou 
te obfcurc , & ne luy refte qu'vn e trifte 
couleur caulee peut eftre par quelque 
peu de fplendeur des parties circôuoi- 
fines duCiel,rnefleesauecfon oppaci- 
tq &ainfi demeure elle eclypfeerec qui 
n'adulent îarnaisfinô en pleine Lune: 
corne au côtraire feclypfe du Soleil ne 
peut ai;riuer qu a la nouuelleLune 5 lors 
qu'elle fetrouuefoubs cette mefm cli- 
gne interpofée entre le Soleil & Nous, 
Et parce que ces Ecclypfès de la Lune Ligne eedy 
& du Soleil n'arriuent iamais que def- m»'t 0l **r 
ioubs cette Iigne^on laappellee lah- i ff diêe. 
gne Eclyp tique* 

Cette ligne, (&: parcôfequcntleZo- 
diaque,) ceint & enuironne toute la 
Sphère la diuifant au beau milieu ^ non 



*;.:: • . ... r 






"Deux fi* 

serdes afo 
Zodiaqne, 
frvn four 
Pafcendant , 
r^tàtre four 
Uàefiente 
itê Soletl* 



Ze$ deux 
pointes des 
jolfticesdhy' 
Mt $ d'efte. 



Hifl. de U MifsJes P P. Capucins 
fzs à angles droits 5 comme les autres 
cercles preeedés^mais obîiquemét par 
les deux premières poinâes du fîgnc 
de Cancèr 5 & de Capricorne diametra- 
IcmétoppoIcE. En forte que ces deux 
poin&espartiffentreciproquemét/E^ 
clyptique Sde Zodiaque en deux femi- 
eercles cfgaux,lVnpou recédante?» 
Soleiîjors qu'il môte vers riou$ 5 cora- 
manceant au premier degré de Caprî- 
cornc 3 &: finifsât au dernier deGemini: 
l'autre pdur îa defeente diccluy 5 lors 
qu'il fe retire denous , côniençeant au 
premier degré de-Cancer, & finifsât au 
dernier du Sagitaire. Qui fait que le 
premier degré de Cancer 5 & le premier 
de Capricorne font les deux poin&es 
des deux Solftices de Tannée > IVn 
d'Efté&lautred'Hyuer. 
£)*AvrR i part la ligne Equinodiale di- 
uifeauffi lemcfmeZodiaque& laligne 
Eelyptique par les deux premières 
pointes d'Arles &de iibra.(diametrale* 
ment oppofezj en deux parties égales, 
iVne dcfquelicscft depuis l'Equateur ou 
ligne Eqoiriodiale 5 iufques auiropique 
de Câcer^&î'autre depuis lemefmeE- 
quateur iufques au Tropique de Capri- 
corne^ chacune côtenant cent quatre 



mtlJledeMUYAgnm^ l 38 

vingt degreziTellcmétqu'auSemiccr- s;* %»« 
cle "duJZodiaqiïCcndcçàlalignc Equi* Se f ten ^ 
noébajc vers le Septentrion,** y aux 11- mer u $9na ^ 
gnes, qucrôapeîle Septétnonaux,fça- a»Zoi$«p** 
uoir cft, Aries, Taurus , Gemini, Can- 
ce^Lco,Virgo$&audeladelà meiene 
ligne vers le Midy , il y a les fix aurres 
quifontLibra,Scorpius, Sagittarius, 
Capricornus , Aquarius , &Pifces ap- 
peliez Méridionaux. Voila pourquoy 
le S oleilfaifant Ton cours annuel par la 
ligne Eclyptique, vibrant toutes les 
douze chambres de ces Signes Coele- 
ftes 3 ileftfixmoisaudelàdelaligneE- 
quino&iaîe, &: fix mois au deçà: Ce 
qu'on appelle la declinaifon du Soleil, g»*eft<ce 
d'autant plus grade ou plus petite s qa'il 1™ 1 * à f u 
le trouue plus ou moins eiloigne en de- So i etL 
îà,ou en deçà d'tceîle lignes 

Q v a n d le Soleil fe trouue {oubs u Sgleii e „ 
cete ligne, lors, il n'y a nulle déclinai- fiant /Ms 
(on : Or eft-ilqu iis'y trouue deux fois ^g 
Tan , arriuant es deux premières poin- cimâifi». : 
tes fufdites d'Aries & de Libra,qui font ' 
les deux Équinoxcs de rânée,l'vn Ver- 

fi a » t ■ v r Deux Eqm» 

nal & l'autre Automnal, rvn en 1 alcen- noxts j[ t rJl^ 
dant du Soleil, & l'autre au defcen«»e'e. 
dant. 




- 



Uiftjeh Mif?. des PP. Cdpmim. 

L i vingt^vniefme de Mars Je Soleil 

montant S^s'approchant denous, ilfe 

trouue en ce premier degré d'Anes* 

preci r ément foubs la ligne Equino&ja- 

mmai %& comme en ce lourla 5 il n'y a nulle 

dccJioaifon de Soleil, auffi les nui&s 

font elles égales aux iours par tout 

ou*™- l'Vniuers, qui eft lEquînoxe vernal 

wtns Pères . t J . * 1 1 • t-* 

cQKtohnt h ou printanicr, auquel les anciens Pe- 
€omencemet: resprenoient le cômencemét de Tan- 
née, ou bien à la nouuelle Lune la plus 
proche de cetEquinoxe vernal, pour 
ce que ce bel œil du M onde reuenant 
à nous fauorifer d'vn plaifant regard 
&nousrnonftrer vne agréable face, il 
diffipe l'horrible froid , il réchauffe la 
terre toute congelée , commençant à 
luyrcnouueilerla force & la vertu, la- 
quelle eftoit comme morte &: efteindie 
par les gelées rigides D ïl la reftaare,&: 
rend féconde, & non feulement il re- 
créetous les anirnaux,mais encore il re~ 
t met en nature toutes les chofes inani- 
mées. 

E t parce que le S oleil ne s'arrefte Ja- 
mais, il patTe incontinent au deçà de la 
Ligne , & montant en autant deiours, 
cnuiron autant de degrez vers nous, il 




^mtlJledeMArAgnMt 39 

vient à décliner d'icclle de plus en plus 9 Smmt ,*? 

P r j - * . r ,.. Mrs cntjpa 

l elpaee de trois mois ou cnuiron , qu il # deemf- 
met à rouler par les trous premiers Si- t m * 
gnes Septentrionaux, Aries,Taurus,& 
Gemini, nos iours augmentans conti- 
nuellementiufquesàcequîlfoitarriue 
îevingtvnieimedeluinau premier de- 
gré de Cancei^qui eft noftre Tropique 
Septentrional , où la ligne Eclyptique 
eftant terminée, & ne palîant aucune- 
ment en dcçà>c eft le plus bas déclin du 
Soleil delà ligne Equinoâiaîe du ca- 
fté de noftre Pôle. Mais auiïi eft-ce le 
plus haut point de l'afeendant duSolei! 
vers noftre Zeni^que l'on appelle Sol- 
ftice d'Efté, qui fait le premier & le plus 
long iour dEfté, comme auffi la plus LfWfi** 
courte nuiifl que nous ayons & que 
pcuuentau.oir tous ceux qui habitent 
au deçà de langue, vers IeNort.- Au 
contraire c'eft lepremior & le plus petit 
iour de FHyuer, & la plus longue nui& 
qui puifïe eftre à nos Antipodes & k 
tous ceux qui demeurent en delà la li- 
gne versle Sud. Car leurs iours com- 
mencent tout incontinent à recroiftre 
d'autant plus que les noftres viennent à 
diminuer, le Soleil fe retirant tousjes 














HifiMUMi^.dçs PP. Capucins 
îours de dcgrcz en dcgtf z par le ferai- 
cercle de Ion defeendant: ou dedans 
trois autres mois il pafle ces trois autres 
fignes Septentrionaux, Cancer, Léo, 
Virgo, remontant vers la ligne, ibus la- 
quelle il fe retrouue au premier degré 
du figne de Libra,îe vingt &vn de Sep- 
tembre preniieriourdei'Automne,qui 
cftleiourderautreEquinoxcque no* 
a*ZZu appelions Automal. Etle Soleil conti- 
' nuant & paracheuant ainfi ion cours 
parles fix autres fignes au delà de h li- 
gne vcrsrle Sud , ie vingt deuxiefme 
Septembre il commence à s'aduâcer& 
defeendre parles trois premiers fignes 
Méridionaux Libra, Scorpius & Sa- 
gittarius, iufques au premier point de 
SoiftktMy- Capricorne i où il fetrouuélé vingt & 
■ ""' V n Décembre qui efrle plus bas déclin 

du Soleil de ce collé là, comme aufli 
eft-ce le premier 8c plus long iour d'E- 
fté& la plus petite nuicl: que puiffènt 
auoir nos Antipodes , qui eft à nous4c 
premier & le plus petit iour de noftre 
hyuer,& la plus longue nui& , que l'on 
appelle le Solfticed'Hyuer.Nonqull y 
aye quelque fiance ou demeure du So- 
leil en ce Tropique,non plusqu auTro; 




enl'IjledeMaydgnân. 40 

pïquc de Cancer 3 mais parce que TE- Sd fà*» 
clyptique cftantlà terminée & ne paf- 
fane pas plus outre en delà 3 cefont les 
limites & les bornes aufqueltes le So- 
leil eftant parucnu,il commence auffi 
toft à retourner & remonter vers nous 
par les trois autres fignes Méridionaux 
Capricorne, Aquarius & Pifces, qui 
eft le commenceiiient de fon amen- 
dant, auquel t>os iours viennent are- 
croiftreo Tellement qu'après auoir 
parfai&ainfifa reuolution annuelle D il 
fc trouue derechef foubs la ligne Equi- 
noâialele vingt &va de Mars , com- 
mencement du Printemps 3 & va ain~ 
fi perpétuellement continuant fon 
cours. 

I e ne puis oublier l'opinion des plus . . , 
expérimentez Pilotes > lefqucls par vnç j^T 
longue obferuarion croient que le So- tienntntqm 
kil eftant arriué foubs la ligne Equino- f♣£ 
âiale, il s'y arrefte Tefpace de rrois mi- A^s u u. 
nures.comme^ilfe repofoit. JMais'n'e- & mE î^ 
ftant icy le lieu de difputc , il fuffit de re- ***'. 
marquer que le Soleil ne sc|l iamais ar- 
refte fans miracle, & a'uîterromp aucu- 
nement fon cours. Neantmoins quand 
il eft foiibsla ligne, fur le Zciyt dectux 




III, I 






ffifl. de U Mîfî. des PPi Capucins 
quifontdeflbuz^ caufequeles iours* 
les vmbres & les niri&s n'ont fi toft vn 
changement, ou diminution notable, 
loin & que leSoîeil cftant lors plus eflo:<* 
gné versfon Apogée & pourtant que 
l'on difeerne moins la viteffe de fon 
Cêm dté courSj que quand il eft en Ton périgée, il 
£to«7 f femblequ , ilsarrefte& qu'il interrom. 
pe fon cours, bien qu'il aye toujours 
fonmpuuement àTcigal. 



D8 LJTJKT1S ELE- 

mentaire; comme la Mer nefaicl 
qu'englobe rond auec U Terre\& 
far quelle manière elle fe contient 
entre les limites que Dieu luy a 
frefcritesi 

Chaïitrï VU 

! V a n t à l'autre partie du 
•Monde qui eft Elémentaire, il 
' faut fçauoir que tout ainfi que 
le Ciel Erapîrée comprend tous les 
Gieux inférieurs enuelopez l'vn dans 
- l'autre 




en fljte de Mtrdgn&YK 41 

l'autre iufques au dernier qui eftle Ciel 
delà Lune|ainfi le Ciel delà Luneeon- 
ticntfoubsfoy les quatre elemens en 
tel ordre que rdement du Feu eft en la 
plus haute région &eouitonne lelemët 
dtTAir, & l'Air entoure ces deux ele* 
ftiens l'Eau & la Terre, lefquels néant- \ Hr quoyUi 
moinsne font totalement en leur ordre f **«»«»* 

~ * ii n font totale- 

& eftat naturel ï d'autant que naturelle- ^ tttttn ^ , 
ment l'élément de la Terre doit eftre \*p*t n*t** 
eouuert de l'Eau & l'Eau dcrAir 5 com- uL 
ine l'Air eft tout etiuironne de Feu» 

A v s^i ce grândDieufouucrain Ar- 
chitecte les aùoit-il créez en cet ordre 
& eftat. Car au commerfeement de la 
fcreacion, la Terre eftoit toute couuerte 
&cnuironnëcderEau > âinfiqoe laSa- 
piendeDiuinenbusrenfeigneen lEc- 
clefîaftiquè vingt quatre, Ero faut -ne- £ ™^4* 
bnlct texiommmterram. A la vérité l'Eau te$ ^ 
nauoitpas refpciïeur & denfité quelle m»(inif r 
a: elle eftoit comme vne légère nuée ™*W&. 
en forme de vapeur ^tte laquelle la 5a- m ,dU$fm^ 
jnence I)iuineauoit^ôuuert,non vne 
partic,mais toute la TerrciPourquoy le 
Prophète Royal difoit» ^hyj]mficut ve- ^ L ld5? 
flimentti mi£tu*çit4S)Qh en'h tranflarion . 

Hébraïque Mon S. Hierotme il y a T s \^$ * 

F 




$*el thyf- 
me renefteit 
la terre du 
commence- 
ment in mi» 
di. 



La terre n* 

farUt que le 
£ tour de la 
creatan. 



■Qjfandles 
eduè's furent 
efyeÇtiS. 



Ger*. ï. 



&ÎJl.ieUM$Je$VP. Cdpucim 
uihyjfo qmfi vejlimentû opermfti c*m. L'a > 
byfme,qui ncft autre chofe qucla pro- 
fonditéimpenctrable&incomprchen* 
fibledccc léger nuage, eftoit cora me 
yn très-beau mâteau & riche accouftre- 
mène lequel couuroït & reueftoit la 
Terre de tous coftez. 

Elle ne fut gucrc|ainfi voilée, fi- 
îionles deux premiers iours,D a eu vou- 
lant qu'elle monftra fa.belle face pour 
feruicdemarchepied&deponrmenoir 
à l'homme; & comme le veftement ne 
couureque quelques parties du corps 
laiflant les autres nues.cc Ttes-fage Ou* 
urier appropria bien toft & fi bien ce 
veftemet es enuirons de la Terre.qu el- 
le fit incontinent voir (on beauvifage- 
Ce fut dés le iroifiefme iour de la créa- 
tion que Dieu fie cette mcruciîle, les 
Eauës eftoient extrêmement hautes &ç 
efleuëcs.mais Dieu cftant fanscompa- 
raifon plus haut , plus efUué & infini- 
ment pluspuiflant vint à condenier&: 
efpefïir ce nuage des Eauës, leur com- 
mandant de s'affembler & (c retirer 
aux lieux que fa Prouidéce Diuinc leur 
auoit aflignez, Congregentur tqu* <p* f»b 
Cdo font mlocum vmm, <& tppartat mi** 




ïnFljlede Martgnanl 4% 

Voyla le commandement que fît ce 
grand Dieu,& voicy incohtinent Fo- 
DeiflTancede les créatures infenfîblcSj 
EtfaBumeflita. Auffitoftàlavoixdccc 
Tout pui'flTant ~4fcendunt monte* > <@*de* 
fcmdunt campu 

I l eu bien croyable que la Terre en 
fon premier cftateftok mathématique- 
ment & parfaitement ronde, puifquc 
toutes les parties d'icelle tendoient è/* 
gaiement à leur centre commun par 
leurgrauite & pefanteur naturelle, fans 
aucun empcfchcmêt: Neâtmoins pour 
la commodité de Wiommc,Dicu rëuer-» 
fe leftat & Tordre naturel, principale- 
ment de ces deux éléments* Alavoix 
duSeigneur^aTerrefedefpoùille^&les 
Eaux fc fendent, la Terres ouure, & les 
Eaux samaflen^la Terre môte en haut, 
& les Eaux defcëdent en bas, outre leur 
naturel,la Terre s'efleue, & s amaffe en 
certains endroits au deifus de foy, fur fa 
propre circonférence ( dontprouien- 
nent de fî effroyables montaignes, va 
lèes& cauernes que nou^voyQns)&les 
Eaux s'engouffrent dans les recreux & 
abyfmesdelaTerre* 

luj&t & exundictmpQsfub fidtn valict 



PfiLïo^ 



Lç terre en 
fi» premier 
eftat parfai* 
&ementr§9- 
de. 



uerfi l*ordr<È 

naturel de* 
eUmem font 
Vamour de 
Vhommu 



L'origm* ie§ 
montagnes^ 




erwœwres ê- 
èéJe&S i 
& te* fers <$fê£ 



FjkL $7. 



Gmft» 



TJdemm&'Aâ 
ftm$$t -fi*** 



fronde tegifylnM,U^ f 0S l Hr à, €fe monte f- 
Qve llî merueille de tegrâd Dieu» 
heiqne! remuements changement éa 
rVnwtfspourlefeol reipecî del'hom. 
nie? Au commandement de ce grand 
Dieu, toutes créatures mefmeinfenfi- 
blesobtempcrët & obeiflènt, & l'hom- 
me (eut, ratfonnabfe , boufche l'oreille 
comme l'Afpic. 

Avssï toft donc crue ces Eau* furent 
congregées où elles font , félon le bon 
plaifir de Dieu,(aMajefté Diuine leuc 
donna le nom & les appdla mers 5 com- 
aie nous tefrooignele Diuin, Topogra- 
phe Cmn-eg&tiones vero aquarum appellattiC 

i Mais pourquoy font elles appellèes 
CTSers pîultoft au plu rier qu'au fingulier? 
Cctelementdonc,eft ildiuifé, oudif- 
fere-il en foy, ou en Ces parties ? Il y a 
bcaucoùpde terres, de Caps,& de Pro- 
montoires qui s'enftendent fort auant 
-et! là Mer jCommeauflî la Mer fe dilate 
en des feins fort larges & fpatieux bien 
auant en Tetre,laq4î41e elle diuifefou- 
aent,quieftcé que nous appellôs Ides, 
Se pour ce l'on tient qu'il y a beau- 
coup de mets que l'on nomme de di- 
uers noms, plufieurs ay ât diuerfes pro- 



enhfledtMmgndn? 4$ 

ptîetez & vertus^diucrfes faueurs. &c jy^hp^ 
couleurs* au moins par apparence* .nhiesd»** 
Mais cefte diucrfitc ne prpuçnant Heyfi$fï& . 
que des temps ou des lieux & des feins frmt^â** 
oùelle eft miraculeufem ent r etir ée.clle mm ' 
nelaiiïeà eftre vne en foy, toutes les 
eaux tantdelaMcrquedesfleuuesou 
fontaines eftanc d'vne mefme nature 
Se ayât toutes receu es la fécondité d'ê- 
geadrer&nourrir^pafcçtEfpritDiuin 
qui eftoit porté deiïu^comme il eft dit 
en la G e n efe ,Spiritu$ D am im fer ébat u rfa* Gem Wm 
peraquas : où la paraphrafe Chaldaique ^ 
ponCySpimusDei i*fuffl,a.bttfupw faim c T*k" 
dqmrum^ lEfpritdç Dieu fouifloiefur 
la .face des caux^ais mfufflabat>lc-tau£* 
fie diuin entroit dâs icclles:en la vertu 
duquel cet clément de l'Eau feigneurie Veme ^ 
les autres: il tempère le Ciel & le Feu gn^ùeUs 
par (es exalatiôs s il ineprpore l'Air par ZZT** 
iceilesàlfertilifelaTerrerarrouiancde 
toutes parts par le moyen de ce grand 
& efpouuentable Océan, qui vnitaucc ïo«*X*- 
foy & enceint lesrontaines ? lesfieu- tMe granm 
ues 3 les feins, les mers & toutela Ter- <fo*. 
rcauffi depuis vnPoleiufques à l'aorre, r9 ^ 
tellement que cet élément de I bau & tm*p?f*nt 
delaMcrnefaiâ: au vn corps rond oo q»™fi»i 

* -r* ••< globe, centre 





fiùttanujkr 
tediê. 



Hifl.defoMifi. dus PP. Capucins 
Vn fcul globe auec la Terre ïïtué au 
beau milieu du Monde 5 commelc cen* 
rre de ce grand Vniucrs. 
le fçay bien que plufkurs des Grecs 
*2?î?* ^nt l'opinion dVnThalesMiiefius, 
ttoyent qn ont eftiméque la Terre eftoit comme 
Uterneji vn nau j fc flottant au deffusdes eaux, 
mais au contraire,ces deux clcmens ne 
faifant quVnfcul globe au milieu du 
Monde Ja Terre feule demeure immo- 
bile, cofnmc le vray centre de toute la 
fpheredel'Vniuers.Carcc grandDieu 
a tellement ftabilié ^affermy & affeuré 
l'élément delà Terre en fon centre ou 
elle eft,queiamais elle ne peut tatitf oit 
peu branfler ou mouuoir de (on lieu, 
iinfî que dit Dauid,FjV/w<*0*> Demorbem 
ttyr<t qui non commoueUtur.ïin quoy l'ho- 
me doit reconnoiftre la grande bonté 
de noftreDieu^dc luy auoir ainfî dôné 
vne demeure fi ftable & fi affeurécj 
mais non pour eftre permanente: car il 
nous veut donner le Ciel, fi nous nous 
en rendons dignes par fa grâce. 
L a grauité connaturcllc àlaTerrefait 

tZl7pm hîcn ¥ tllc *&*** crcé «i fon centre, 

mowoir. elle tic peut moupoir d'vne part ny 

d autre foit vers l'Orient ou vcrsTOc- 



Tfiim. $%. 



m 



hUt.i* 






en tljle de Maragnanl 44 

•cîdent, vers le Septentrion ou vers le 
Midyrdont ce Poëtédi(oit 5 parlant du 

Chaos. 

JSfec arconfufopcndebat in ton tellu$ y 

Vonàmbu* libratajuis. 

D a vtant que le propre dé la Ter- 
re cft dé defcéndf e par fa grauité fcd'c.. 
ftre au plus bas ou le plus loing que fai- 
re fe peut de la circonférence des 
Gicux, , . • 

EtffreJJd ettgrmititefiiK 

Qvtfîellemouuoitvcrs l'Orientou 
PC ctidétjVers leMidy ou leS epteHtriô, 
elle s -approcherokd autant plus de es- 
te circôferencerde ruefme fi elle mou- 
uoit vers noftre N adirjNadir qui eft le 
point oppoté à noftre Zenit ou point 
vertical) elle môteroit auflï bieqiie fi 
eljc mouuoit ou montoitvers noftre 
Zenit, 

Mais fi particulièrement on defire 
rechercher quel eft le centre ou le fon- 
dement de la Terre; ou comment la 
granité &pefaftteurlaqu elle faid que 
quelque chofe tombe & defeéde^peut 
neantmoins fufpendre & retenir cctE- Grademtr- 
kmerit?Ccft vn des effeûsadmirables jf //^ 
delà grâdeur ineffable de ce très-puif */!/&,* yw 

F m[ 






Urte&» 







L-^ ^4U4H 



m 5$. 



|o£ 2.6. 



Bafedela 
Terre, 



Ifay. 40. 



Mtft.de la Mfà des PP. Capucim 
fant Architecte :C'eft la queftionmcf- 
me que (a Majefté Diuine faifoit à ce 
iain perfon nage lob. Oh eftois-t* (luy 
difo.it-il). quandie mettok les fondemens de 
UTerrelSm > quels pilotisfesfondemesfont^ils 
ejîablts} Etfurquoyfes bafesfont elles fondées? 
Ou qui a mis au defjoubs fa pierre angulaire? 
Chofe admirable ! ^e centre pu le fon- 
dement du çentrç de h Terre n'eft au- 
tre chofe qu vnrien,& en ce rîenlagra- 
uité ou pefanteur fouftient & retient 
cete grande mafie de la Terre , fixe , (ta- 
ble & du tout immobile fans autre ar- 
boutant pourra&ermir D quefon centre 
qyi eft vn rien. Voicy ce qu'en dît le 
Prophète lob. Qui extmdit ^qmlonetp 
fuper vacuum, & appenixt terramjuper ni- 
bditm. Qui çftend l'Aquilon fur le lieu 
vague, &rpendlaTerre(ur le rien. Ou 
pourdireauec le Sage-, ecte bafe neft 
autre que la Sapience , la Prudence , Se 
toute puiflance ineffable de Dieu. Ce 
font les ti ois doigts (comme dit le Pra- 
phetelfaye) aueclefquels cete Maje-" 
fié Diuine fouftient le Globe de h Ter- 
re. 

O Dieu que voys eftes admirable! 
Mais fi vous i'eftes tant fur la Terrç^ 




en Flfîe de Maragnan. 4î 

combien d'auantagelefcrezvousfurU 
Mer? Car il eft vray quc,Mirdileselatio- V* 1 -?*; 
nés mans^mirabdis in dltis UommtM. 

Cet clément delaMereftfifurieux, 
■quefibicqDcierctcnoiwlinnôdcroic'J^^ 
incontinent tout ce grand globe de la 
Terre^&s'efltueroit pa,rdtefïuslc(otn- 
metdesplushautes montagnes, corne 
jl fit au temps de cegrand Patriarche Gm ^ 
Noe pendant lëDclugcvniucrfchmaiç 
pour ne coBtreueniralavoixdc Dieu 
h Greatcur,il fe contient ( fans vn nou- 
veau miracle ) au lieu où Dieu miracu- 
leufemét Ta fait retirerons iamais ou- 
trçpafler dç luy meimejes limites qui! 
luy a prefçrit , comm e Taffeure Dauid, P ^, I0| ; 
Terminumpofuifli fluSUbus mms (où ad» 
iouftela Paraphrafe Chaldaïque)^^ 
non trmsgredientur neque comertentm opç* 
tireterrdm. 

Cet élément eftoit fi furieux , que 
pour i'eropcfcher d'innonder la Terre, 
il a efté ncccfTaire que Dieu aye mis 
des portes & murailles qui l'enuiron- 
nent & luy feruent de limites., à ce qu'il 
ne forte dehors : I'ay enmronnéU Mer de 
mes bornes & limites (dit Dieu parlant; 
à lob ) &<ty mis des verromls^des barres, **'* * 




> 



SHBlEÈsS^?: 



Hift. de laMijt* desW.CapHcim 
&déshtêisj&lt& ay ditju viendras iufqm$ 
ky , & ne pajpras point plus auant 5 &$cy 
tu rompras tes ondes enfiees. 

Les Septante diicnt que ces bor- 
nes, ôdimites font vncloiftre dans le- 
quel Dieu a renferme la Mer,auec de- 
fenec abfole'e de ne fortir jamais de- 
hors , Pofui et terminas etreumponens clan-* 
fir<**<& portasse. La ParaphrafeChal- 
daïque dit que c eft vn Dccret^vneOr- 
donnatice & Ârreftinuioiable^ Conclu- 
fifupereùdecretum meum^ & pofui Uttom 
<ftafipcffulos 9 

/ V av lez vous fçauoir quelles 
Limmtr font ces bornes , ces Kmittes,ceshuis~ 

2y ces vcrrouils , ces barres , ces ferrures, 
ces clôiftrcs qui enuironnent la Mer 
Fenipcfchant qu elfe nepuiffe innon- 
der & fubmerger toute la terre ? Ce 
foc font que fables mouuans qui vo- 
lent deuant le vent , enuironnant la 
plus partdccet élément fi furieux, & 
luyferuam de murailles, ainfî qui! dit 

MUtêm. $. ^ U Y m c ^ m € 5 P°fii Menant terminum mari y 
fYd^ceptumfempite'rnumquadnonpr^tenbk^ 
tycommouebuntur^ <Q* non poterunt<>& 
mtumefeent fiuBusiius^& mm m»fihmi 




en lljle de Mayagnxn. 46 

illud. Fay enuironncla Merde nuages, 
&luyay donne les fables môuuans 
pour limites. 

Et bien que ces fables foientfibas, 
& fi plats qu'ils femblcnt n'eftre que 
vallées 5 en comparaifon delaMcrqui 
paroift comme vnc haut e & efpouuan* 
table montagne cfleuée par dcfïus(ain«* 
fi quenous auons veuprcfquetoutle 
long des coftes de la Barbarie;) Si efl> 
ce neantmoins qu'ils luy feruent dfe 
cloiftre fi fort,&dc murailles fi fermes, 
queiamais cet clément ne pourra (or- 
tir dehors i nypaflcr pardeflus fans U 
permiflion de celuy qui Iny en a faiâ le 
commandement. 

Cet clément gronde, &fetourmcn« 
teinceffammentj aucc autant &plus 
de bruit que les foudres & tonnerres: 
les vagues & les flots d'icelle font ef- 
froyables ^stfcenduntvfque ad Cœlos, & 
defeendunt vfqueddabyjj*s,l\ séble conti- 
nuellement qu'elle menace d'englou- 
tir laTcrrc efleuant Ces ondes furieufes, 
comme fi elles alloientiufquesauCicl, 
&puis elle les raualleiufques au fond 
dcsabyfmes. 

NubtUtAngtèntur vcliS}& terra cmna* i HC4 », f 




'furtm\ f. 



Uift. de h MiJ&ies PPXapucim 
Elle bat à tout moment ces portes & 
murailles qui I enuironnent , aucc fes 
vogues tempeftueufes qtrîîont comme 
autant de pièces de batterie S^deca- 
Bonades capables de rompre les bou- 
leuers, renuerfer les plus forts cha* ; 
ftcaux &Fuinc|les plus grandes villes; 
Et neantmoins elle ne peut & ne pour- 
ra Jamais furmonter ny pafler ces bar- 
rières 3 quine font que fables mols& 
fluides, puis que ceft la volonté &le 
€omm.an4ement perdutable de ce 

^tznàjyxcu^r^çeptumftmpiternimq^à 
wnprmyihtt>0>c. Car les créatures ir^ 
raifônnables r>è font pas defobeififan- 
tes à leur Créateur comme rbommc 3 
qui eft vue créature raifonnabîe. 




énlljte deM*Yfigriiift, 



47 



DF 'M0W8M6NT; FLFX 

£7* reflux de h Mer \ Et de U diffi- 
culté de'gajjer la ligne Squino- 
Siate. 




"Chà*. VIL 

E grand élément qui couure 
de fcs ondes , comme d*va 
beau& riche accouftrèment, 
la plus grande ^partie de la 
Terre, s'eftendant depuis leNort iuÇ- 
iquesau Sud , cft continuellement en 
vn tel & fi admirable mouuement, que 
les plus rares? Efprits du monde y fout 
demeurez confus à rechercher iufques 
à maintenant la eaufed'iccluy. Quia 
iamais peu comprendre les refors et, 
(es flux &reflux? 

âvcvns tiennent pour certain 
qu'Àriftotê Te précipita dans FEùnpc, 
defirant que FEuripe le comprint, puis Eim t* 
'qu'il ne pâiiuôit comprendre les prin- 
cipes & les raifons des mouuëm ens 
d'iceluy. Qui eft-ce qui ^depuis ce 






Hiflje là Mifi. des PP. Capttcim 
grand Philofophe a peu defcouurir te 
moyen de defnoûcr ce nœud Gordien 
fifafchcux,& nous donner vne raifon 
certaine du mouuement admirable de 
v ejêtefpouuantablc Océan? Mouueméc 
qui ne fefaie pas du Pôle Arâiquc, iuf- 
ques au Pôle A ntar&ique , ny du Pôle 
Ântar&ique iufques au Pôle Ar&i- 
que, comme quelques vnsfe font per- 
suadez. Qu c fi cet Elément nefaifoit 
queroulerduNortauSud, &retour- 
ncr du Sud au Norf , il n'y auroit de- 
quoy tant admirer. Mais la merueille 
eft que la Mfr prenant fon cours vers 
wi*x & «* le Pôle Antarctique , au mefmc temps 
fa* de u elle vient vers rAr&iquc* & par ainfî 
■UfifiûÈ. elle a des rpouucmes contraires (bien 
qu'en diuerfes parties,) en mefme tëps* 
Etàrinftant quelle (c retire de noftre 
Pôle Arâique , elle retourne auffi de 
l'Antarctique refluant tant d'vne part 
que d'autre au milieu de la Mer : où les 
^~~ marées & reflux venant à s'entrèrent 
contrer foubs la ligne Equino&iale, 
incontinét laMcr vient à bouffir , s*çn~ 
ûtv Se groffir aufli long temps que le 
reflux fe fait. Et dierechef la Mer eftant 
cftrangement enflée & efleuce comme 



m?!jl€deMmgMn. 4$ 

ic tces -hautes montagnes ,clk com- 
mence auffitoft à fe dilater & abaifler. 
Tant plus qu'elle fc dilate, tant plus cl* 
les'abaifïcaudeflbubs delà Ligne$ & 
d'autant qu'elle s'abaifle en ce milieu 
du Monde, plus elle monîc&fc dilate 
d'vnc part & d'autre vers les deux Pô- 
les fuldits , roulaet deffus les fables» 
brifant les greucs, les riuagts & les 
coftes par les flots mcrueilleux qui 
vont contre les eauës dans les flcuues 
& riuicres , inondans les campagnes, 
rcmpliiTans les foiïcz & recr^ux , fc 
grôflïflans &c eflçuans de toutes parts 
iifqoes à Lçbe venant. Lors quelle (e 
dilate ainfivers nous & autres extre- 
mitczdclaMer.on rappellcflux,- &lc 
rcfi«x,quandellefe retire vers l'Equi- 
aodiale. 

C e flux & reflux fc fait deux fois 
pendant vingt quatre heures. Car en 
cinq heures ou cnuiron,Ia Mer flue vers 
le Non & vers le^j&en quelque fix à 
fepthcures 5 eîlefak (on refluxJEt corne 
Teftat de la lune n'eft égal ou pareil, 
mais irregulicr en sô croiflant & de- 
croifsât, ainfî le mouueraétdcIaMer 
cft du tout inêgaîaiô tantpoiar les cf « 



fiuxdtla 



Comme le 
finx S? r«- 
fiux de U 
Mer ftfdif 
deux fois m 
14 hennir 

Vourqttoy h 
mouvement 
deUMertfè 



' 




&iftJeUMifsJesPP.Capiïcin$ 
peftes&l'Hyucr quilarëdent plus gref- 
fe & furieufe,lcs orages & les vents l«y 
arreftantéuaduanccant Ton cours fé- 
lon qu'ils luy font fauorables ou dp- 
pofez: mais principalement par ce que 
le flux & reflux de cet Océan cftdiucrs 
félon la diuerfité des aages de la Lune* 
Tantoft les eauës font hautes, tantoft 
elles font baffes ; tantoft elles decroif- 
fenr,& tantoft elles croiffent. 

Environ les deux & fciziefmedelà 
Lune , (qui cft quelques deux iours 
après la pleine & là noùuelle Lune,) 
xn^dtlps hous auons icy aux cdftes de France, 
Çfr'ïP* la grande & pleine Mer au jugement 
Wnfi " X ' detous les Maiftres Pilotes: qui ont 
auffi remarqué que ceux de MwgnAh 
&: lieux circonuoifiris ont la pleine 
Mer cnuiron deux iours deuantnous, 
à caufe,peUteftre, qu'ils font proches 
delà Ligne. Le neuf & le vingt-troi- 
fiefmc delà Lune , les eaux font baffes 
ou mortes , que nous appelions mor- 
te-mer ; le douze & le vingt-quatre, 
la mer commence à recroiftre & 
monter :1c cinq, & le dix- neuf, elle 
commence à decroiftre «Tabag- 
ie. Pendant fept Iours elle croilt, qi'e 

nous 




mïJjledeMnugMn. 49 

abûS appelions viue cauë^au contrai- 
re morte eau ^pendant fepeiours quel- 
îedecroift, 

Plvsievrs ont donne diuèrfcscaû- 
ïes naturelles de ce flux & reflux de Dïmrfe 
l'Océan, que les vns ont attribué aux ca f $ > 1 *^, 
eoncauitez de la Terres mais telle 'dit- &r</z«x <{« 
pofîtion réciproque ne pourroiteftre l * Mer * 
ordonnée ny caufée delà. Les autres 
à vné Forme fubftantielle 5 oûmterhe 
propriété : mais vn corps fimple par 
vnç mefmcforme ne peut auoirqu'vn 
iîmplemôuuement. Les autres à lar- 
deur du Soleil: rhàïs le flux de la Mer 
d'où viendroit-il la nuift ? La plus Gr fM d J 

\ r l_- a rd ' r patbh du la 

part voyant la limpatnie&amnite que m«-**« u 
la Meraau&c4aLuneenfonflux&rc- Lt > ng \ 
flux, ils en ont attribué la caufe à quel- 
qùeinfluènce de cette planetce. S'il 
y a quelque probabilité en cette opi- 
nion receuë de pluficurs gràiiës & iî- 
gnalczPerfonnages , elle ifeft neant- 
moinsfans grande difficulté. Car fi 
par l'influence delà Lune 5 ils entendent 
ïcmouuemcritjOU la lumière, ou quel- 
que vertu occulte d'icelle i pourquoy 
aie prodtiit-elle point les mefmeS ef- 
fets faifant Ton cours ordinaire ett 

G 




' 



Mer mcdk er- 
ra née. 
Mer Adria- 
tique. 



Divers mon* 
ucmentdela 
Mer depuis 
le Cap de 
vdme tuf- 
cjues ai* Caf 
des trois 
fomtes* 



Vertu occul- 
te de la ligne 
Eqmnoflta- 
le caufe du 
flux 9£ re- 
flux d% U 
Mer, 



Hid. de là Mifi des PP. Capucins 
tontes l es mers & les feins qui peuuent 
eftredcffbubsle Ciel ? Pourquoy Iva 
des deux Euripcs (ainfi que Tondid) 
en vingt-quatre heures a ilfept flux &: 
reflux 3 l'autre n'en ayant pas : de rne£ 
me que les mers Méditerranée, Adria- 
tique & plufieurs autres qui n'en ont 
qœepeu ou point? Pourquoy l'eau 
de la Mer depuis le Cap de Palme à 
quatre degrez au deçà delà lignc,iuf- 
quesau Cap des trois poinéies (où il y 
peutauoirenuiron cent dnç lieues,) a- 
elle vn cours irregulier & différent ? 
Car (comme quelques excellens Pi- 
lotes ont remarqué) l'eau ës'aualle de- 
puis leCap de Palme quinze ioursd'vn 
cofté & quinzcioursdorautreiufqucs 
foubs la ligne : & quand la Lune croifty 
pourquoy en ce meime lieu pluftoft 
qu'es autres, l'eau ë coure elle à l'Ejl Su- 
defîfâ quand elle decroift^à l'OiieftNort* 
eue]}} Il n'y a pas de doute que la Lune 
nedominefurlaMer, commefur plu- 
fieurs autres chofes: mais il n'y a pour « 
tant apparence qu'elle foit lavraye cau- 
fe du flux & reflux. 

Qv i fçait fi peu eftrela caufe de ce 
mouuement admirable ne feroit pas 



tntlflcdeMdragnan^ 50 

quelque vertu cachée au milieu du 
Cieloù nous nous imaginons laligne 
Equino&iaie pleine detât demerueil- 
les ?(Sif ob nevcutpluftoftattribuerla 
caufe à quelque intelligence, comme 
on faitpour le mouuement desCieutf.) 
Car. comment fe peut- il faire que les 
eauësdela MciVafïcmblent de toutes 
IcscxtrcmitezdeTOcean audeffoubs 
de la ligne,fî ce n'eu quelquevertu ocul- 
te qui les attire là & aflemble toutes 
(ainfi que nous voyons l'Aymant tirer j 

lefcràfoy) où ces eauës cftantfortef- 
leuées, foient contraintes par leur ex- 
trême pefanteur de s'abaiffer^ s'^aif- 
iant fc dilater &auoirfon reflux ? ea 
quoy il ne manque d'vnegrandiffime 
Prouidencc de Dieu pour la co mmo z 
dite de l'homme. 

C je font les concours & recours de La ^ cuhi 
ces eaux,ieflux & reflux fufdj&s de ce de ï*fct& 
grandOcean quife faifant au milieu de ]f f $ €r J a ^ 
ce Globeyfoubs la ligne Equinodiale, mM4*T' 
rendent ce grand élément d'vnaccefc 
tant difficile & fi malaifé à pafler à ré- 
droit delà fufdite ligne, comme il eft„ 
Car il eft vray que vous ne pouuczià- 
mais approcher cette ligne qu'au tëps 





Mifl.de la MifsJesP P. Capudm 
du flux ou du reflux , puis que la Mer 
cftcôtinuellementtantoftenrvnjtan- 
toft en l'autre cftat, bien qu'on nel'ap- 
perçoiue pas beaucoup 5 ou pçefque 
point du tout 5 eftant au milieu de telle 
abyfme d'eau. Que fi vous penfezla- 
border au temps du flux , vous eftes 
battu des flots & des marées > lefqucl- 
les vous font contraires $ & roulant co- 
tre vous D fouuentefois vous repouffent 
d'où vous eftes venus. Si à la fadeur du 
reflux 5 vous penféfc auancer auec les 
eauës quireuontvcrs la îigne^c'efl: cho- 
fc qui fe peut bien: Mais de tirer en ou- 
tre.ceft la difficulté: Parce qu au mef- 
aie temps les vagues du reflux de delà 
laiîgneEquinoétiale venans en front 
contre vous , vous pouffant & repoufl 
fant 3 font comme vne forte barrière 
bienmalajfée à forcer. 

LEsmefmes difficultés qu on trou- 
ve à la paffer ? on les rencontre auffi pé- 
fantîa repaffèr tant d'vn cofté que d'au- 
tre^comme ordinairement les Pilotes 

;?r;:: * Mate !°« r«p «m ^^0* en ai, 

f #r ta u~ lant , foit en retournant. Pour paffer 

^ donc ceteligne ôdarepaffer ,il eftbe- 

foîng d'vn vent qui foie fort fauorable, 




entljle deMaragnan* 51 

qui vous pouffe & vous ayde à monter 
& franchir ce fautji faute dequoy vous 
courez rifque d'y demeurer log tefnps 5 
principalement fi les calmes vous ren- 
contrent: Comme quelques yns qui 
ont eu cçt honneur d'y demeurer iul- 
quesàtrois & quatre mois 5 confonv 
mantlcurs viures.L'on tient aufïi pour 
verité 5 qu'vn certain perfônage y ayant 
demeuré cinq à fix mois, voyant fes 
prouifîons défaillir , fut contraint dç 
faire la retraite fans la pouuoir paf- 
fer. 

S 1 eftant la les calmes vous furuien- La calmes 
nent,vous eftes en péril de périr pour /*"/'«** 
les chaleurs infuportables 5 pour les de- q »>fint en 
bilitez &r maladies > &pour les corru- MeY vmU 
ptions de vos prouifîons 5 vos eauës de- '**'*: 
uenant toutes putrides /les viandes & 
furtoutle pain remplis de ycçs. & de 
petites heftioles rclïemblantcs aux pu- 
naifes qu'on çft contraint daualeren 
quantité. 

Pi iv nous fit la grâce de pâffercc cfawi* 
teligne aflez facilement & fo rt heureu- des matelots 
fement, les calmes n'eftans pas alors ? a P ai 
venus. Ceux qui ne lauoient enco- 
re paflfée^ lors qu'ils furent fous icellc 
, ' G iij 



la 





r 



'Hifl. de UMifiji des PP. Capucins. 
payèrent tous par cette loy irreuocable 
qui veut que vous foyés arroufê d'va 
feau d'eau de la Mer, que Ton vous iette 
fur la tefte, pour la première foi? que 
vous vous trouuez en ce décroît s ou 
bien que foyez plongé par trois fois , la 
tefte en fond>dcdans vne barrique plei- 
ne delà mefme eau , teceuant auffî toft 
le mot 3 que fonvous donne pour fauuc- 
garde à fadueniç , auec prorn effe de ne 
le reueler iamais,fînon à ceux qui Iapaf- 
feront auec cete cérémonie marine Se 
particulière folcmnité. 



DESCRIPTION D S FER- 

nanddela Rongne;f*%/ U pour- 
fuitte denoflre voyage tufques h 
"tl/Ieue... 

Chap. VIII. 

Y ? a n t paffé la Hgnejpaur- 
fuyuant noftre route, le 
Dimanche dix - feptiefine 
de loin à la hauteur de 
*ï uatr ? ^ c § r ^5?H4 c ^> aous rc ncon- 





en Tljle de Maragnan. 5 2 

trames trois grandes Caraqucs Portu- . *«»"»"« 

.- j t 1 ^n • 1 1 de trots Ca~ 

galles venant des Indes Orientales, les raques p«^ 
ayant reconneuës & aprochees pref- *»&*$>• 
que à la portée du canon, chacun re- 
prit fa route Tans fe rien demander l'vn 
à l'autre. Peu de iours après nous gai- 
gnâmes Fernand de U Hongrie que nous ^XXt?/ 
commençâmes à voir, & delcouu-rir, 
le Samedy vingt troifiefmc deluin fur 
les fept heures du màtin 5 enefhns efloi- 
ghez enuiroa de dix lieues , trouuant à 
lors grande quantité d'oifeaux voltï- °yfif x f a f 
geansiurlaMer& taiians lacnaile aux/i *»*fo*f- 
poiflbns. Qui nous faifoit connoiftre /°» s - 
( comme nous auions apperecu le iour 
précèdent) que nous n'en cftions pas 
loing,fuyuant la commune expérience 
que les Pilotes ont de ce lieu. Le met 
meiouraufoir nous y arriuâmes, & le 
lendemain Dimanche (que rEglifefo- 
lemnifoitkfefte du glorieux Prccur- A . < * 

. o Aminé tes 

feurdciEsvsCHRi st fain&iEAN pac^-- 
Baptiste) nous mouillâmes l'ancre chs Àf{*~ 
vis à vis de cette Iflc, laquelle eft à trois j^»*. 
degrez trois quarts cie hauteur, & huiâ: 
degrez & demy de variation de i'Ay- 
mant. 

Cette Ifle à cinq ou fix lieues *le 
Ç iiij 





"Sifi.de UMifi des PP. Cdpucîm 
jyefmptkn cireuit^elle eft très* belle & gracieufe 3 8g 
Temlnâ t eftvnedes meilleures & plus agréable 
u'Kêngnt. ferre qui fcpuifTe dire,forçe dç fa natu- 
re, extrêmement fertile 8j capable de 
rapporter toute forte de biens 3 d'où on 
pourroit tirer de grands reuenus,Nous 
yfeioyrnâmesquinzeiours pour nous 
ra&aifchk & y prendre des eaux fraif- 
ches,nousytrouuâmes force bonsM*- 
lonS) Gyromon $,Pat*tes, pois y erds,feb ucs 
& autres fruiéts excellens, aucc yne 
grande quantité de Maïy&c de Cotton^ 
commeauffi des Bœufs, Cheures fau- 
uages, Poulçs communes plus grofîes 
que celles de France 3 & fur tout vne fi 
oyfeauxi* grande multitude d'oyfeaux de diuer- 
vyàtirnii * cs efpecçs mconneqes par deçà, que 
âeU Rogne* Je nombre en eftoitinfiny , ce qui nous 
çonfolojt d'auantage , eft qu'ils eftoienc 
tressons à manger &facïles à pren dre: 
car non feulement ils fe IaifToient tuer 
en l'air & furies arbres à coups de gau- 
les & baftons, mais encore de plus fe 
laiffbiÊnt- ils prendre à la main dedans 
leurs nids, fans fe mouuoir. Il ny en 
àuoit pas moins en Mlle de f^., qui eft 
auprès de Fermndde U Rongné, lefquels 
çftoienç gros comme les Oyes 8g 




tnïîpieMmgnM. jtf 

Chapppw de par deçà, & d'autres plus ^Jgg 
petits.ainfi que les Pigeons, la plus part tmdec^ 
derquelscouuoiçntkurs oeufs d'anses ^^ 
herbes, & fur terre, d'où ils ne le reÇh herbes&fw 
roient,bien qu an les pouflaft aucc le **™'» **£ 
pied poqr fe faire place craignant de 

marcher ejeflus- 

C e s x a la vérité vne chofeprefque 
incroyable d'entendre parler d'vne fi 
grande multitude d oifeau fi ayfefc à 
prendre , que iamais ie ne Feuffe creu & 
ne le pourrois croire , fi moy-mefme ic 
ne leufle expérimenté- Il s'en mangeoit 
tous les iours,par ceux de noftre equip- 
page , plus de cent douzaines , fans que 
le nombre paruç aucunement dimi- 
nué» 

Entre ces oifeaux , il y en a dyne oiféaux 
efpecequ ilsappellent Fourcades ( pour *°»™&' 
auoir la queue fourchue) lefquels moyeniude. 
n'ayans point de petits qui les rctien- •»««»* log 

r i f* J 1» temps m 

nentfurlaTerrejdemeurentpourlor-^ 
dinaireàdeux'& trois cens lieues fur la 
Mer,faifansvne çontinucllechaflcàcçs 
pauurespoiffons valans(dontnousa- 
uons parlé cy deffgs ) ils font tonfîours 
çn lair, les ailles eftendues , prenant 
mefme leurs repos dans les nuçs- Ce 



"^9 



Arlm re- 
marquables 
a Ferndnd 



Hifl.de h Mifî. des PP. Capucins 
qui me fait croire qu'à cet effet Dieu le 
Créateur (quipar fon admirable Pro- 
uidenceadonné à toutes fes créatures 
des moyens très -for tables pour fe con- 
feruer)apourucu ces oifeaux (dontie 
parle) dvnc certaine groffe bourfede 
cuir orangé, foubs la gorgp , laquel- 
le eftant pleine de vent, les entretient 
en l'air 5 leur feruant aufîi de magazia 
& garde -manger pour leur nourticu^ 
re. 

Entre les arbres plus remarqua- 
bles de cete Ifle,ilycn a vn tres-beau 
deu Rogne. &agreablcà voir ayant lesfucillcs fort 
vertes & affez approchantes de celles 
du Laurier: que fi de cas fortuit vous 
îes touchez dclamain,&: que par après 
vous la portiez aux yeux, il s y en- 
gendre vue telle douleur, que l'cfpace 
de trois ou quatre heures, vous perdez 
ivfagedeiaveuë. Au mefme lieu ilfe 
trouue vne autre efpece d arbres, que 
îadiuine bontéya mis pour antidote, 
les fusilles defqueis ont h propriété de 
vous oiler cette douleur & vous ren- 
dre !aveuë,!orsquc vous vousenfro- 
tez les y eux \ ainfi que quclquvn de no- 
ftre compagnie en feit l'expérience. 



Plufieurs de noftre Equipage îtecon- 
noifïàns la malignité des arbres (uf« 
dits, furent extrêmement tourmentez 
de cette douleur, pouf les auoir tou- 
chez lans y penfet. Entre autres l'en 
visvn de mes amis 5 lequel fe baiffant 
auffi bien que moy p ; pour paffer 
foubs vn d'iceux y toucha pgtr hafard 
vnede ks branches auec le bord de 
/on chappeau; ie ne f£ay comme cela 
fè peut faire , mais aumefme inftant 
en ma prcfence,fans fortir de la place, 
ilfut frappé de cette douleur & aueu- 
glcment. 

C'est à la vérité vnvray hiérogly- 
phique du péché mortel,qui enlappa- J* 1 ™^' 
rence extérieure femble beau à voir, pùkï 
nous riât à la face,eftât ce neantmoins 
touché auec les mains des œuures &le 
confentemcntdVne volonté détermi- 
né e,fait perdre la gracej qui eft la veu e 
de l'ame)dônant auffi toit vneimpatié- 
te douleur & vu cuifant remord de cô- 
feience. 

Le Prophète Dâuid en poudoit 
bien parler; Aufli après auoir touché 
cet arbre maudit, tout confit en dou- 
leur p il difoit en fe plaignant, Cor meum ?fà. sz* 





Lafîtmfte 

Croix vray 
arbre de vie. 



Àpoc.zz. 



Xnàiem exi* 
ie-^das rijïe 
de Fernatid. 



Indiem ha- 
ftife^ 

Croix plan' 
$ee à Fernad 



Hift.de fa MiJ?. des PP. Capucins 
xonturbatum eft , dereliquitme virtw med? 
& lumen oculorummeoYum &ipfum non eft 
mecum. Mon cœur eft tour troublé, ma 
vertu m'a laiiïce > & la lumière de mes 
yeux n'eft plus auccmoy. Cette dou- 
leur cuifante & ce cuifant regret ne 
quittera iacrais celuy qui par l'attou- 
chement de cet arbre maudit s'eft vo- 
lontairement priué de la lumière inté- 
rieure de fon amcjfi ce n eft en prenant 
des fueilies du vray arbre de vie de la 
fainâç Croix, qui font les mérites de 
noftre Sauueur quiaiouffert en icelle; 
nous gucriffant de toutes les blefleures 
de cet arbre du péché fuiuant ce qui 
eft dit en l'Apocalypfe que Folialigm 
funt ad finit âtemgemiums Les fucillcsde 
cet arbre fçauair eft de la Croix 5 font 
pourlafanté& gueri/on des peuples* 
Nous troirûames en cette Iflepour 
tous habitans , vn Portugais auec dix- 
feptoudixhui&ïndiens tant hommes 
quefemmes& petits enfans,tous efcla- 
ues& exilez dans celieu par ceux de 
Fernambourg : vne partie defquels 
furent baptifez;& deux mariez, après 
auoir planté la Croix au milieu dVne 
chappdle quenous difpofâmes pour 






m l'IJÏe de Maugndn. y j 

y célébrer la fak&edMcffe- Ces pau- lW " PK 
mes Indiens , auffibien que lePortu- °^: 
gais , receurem tant de courtoifïes 
des Sieurs de Rafîlly &de IaRauar- 
diere, que leurs ayans defcouuc'rtno- 
ftre defîein d'aller à Maragnan pour y 
planter la foy ôdactoyance du vray 
Dieu^&qiie pour cet effet ils menoienr 
aucc eux quatre PeresCapucins 5 iIs les 
prièrent inftamment de les retirer de 
ce lieu & les admettre enkur compa- 
gnie^ ce que lefdits fleurs firent très- 
volontiets au grand contenteinent 
diceux &c àlaconfolatiô detous leurs 
. parens&amisquidemeuroientà Ma^ 
ragnan* 

Apres auoir demeuré quinze iours 
dans Flfle de Fernand delaRonene, D , farumh 
nous eri partîmes le Dimanche nui- <f«Pp.-c*- 
dicfme de luillet furies fix heures du ¥ cin *4 e f 

r- . ~ -,. Fernand de 

loir, menansaueenous les fufdits In- îaRongne. 
diensauecîe Portugais. 
Le Mccredy n. iour au matin, nous 
commençâmes avoir les montagnes Vïfmt€r \ 
des Cannibales, commencement de duBrïft?* 
la terre du Brefil. Dieu fçait quelle p<riespp m : 
ioye, quelle allegreffc & contente- Ca * Hchs ' 
ment cenouseftoitdedefcouurir de 






Hift. de la Mifi. des PP. Capucins 
nos yeux les terres tant defirées 3 poiîr 
lefquelles trouuk ily auoit prelque 
cinq mois expirez, que nous eftions 
parus de France & flottions fur laMcr, 
Ce mefme iour nous nous trouuâ- 
mes fur le midy à demy lieue par 
le trauers de i'Anfe de Moucouru. y tC 
eoftoyans toufiours la terre , le Ieudi 
au matin douziefme de Iuillet, nous 



vifmes vne haute motagne fort droites 



Arrivée des 
Teres Cap»» 
cms du> Cap 

diUTonui rangeant \me terre halle 5 nous arri- 
uâmes audp delaTam^difïantde ce^ 
ûe môtagnc quelques quinzclieucs>& 
fur les cinq heures du foir nous polâ- 
mes Fancreaudit Cap, qui cftâ deux 
devrez deux tiers d'élcuationr&dc va- 
riation de FAymant, dix degrez &: vn 
tiers. 

Ce Heu eft très-beau & merueilleufc- 
rtJétîts- ment agréable, remply de fort bons 
abondant en frui&s à mâger, y ayant grande quâtité 
vmnu devenaifon 5 & toute autre forte de gi- 
bier. La Mer qui enuironne ces coftes 
( ainfi que quelques eftâgs qui font fur 
la terre, fcrme)eft fi remplie de poiffbns 
d'efpeces différentes aux noftres de 
deçàjquec'eft chofe admirable à voir. 
Nous feiournâmes encelieui'efpace 



enîlJledeMdragnan. %$ 

dedouze ou treize iours attendans la 
pleine mer afin d'aller a UAmgmn. 
Pendant cefeiour ceux de noftre com- 
pagnie paffoicht le temps k chafler & 
pefchen&ent'rautrespohîons qu'ils 
prcnoient,ilycnauoitd'vrfe forte en 
bien plus grande quantité que d'autres 
qu'ils -appellent Grondins^ leur don- TtijfiJ^. 
nent cenom, d'autant que les peu f dk \ Gr "*- 
chans,eftans horsdelaMcr, ils com- % 
m en çoient àgrond er contre l'ordinai- 
re des poiffons lefquels ne crient ia- 
mais j &mefmeIong temps après ne 
ccfîoient de gronder comme petits 
pourceaux. / 

Ayant donc demeure là iufqucs 
au Mardy vingt quatriefme deluiller, 
leventnousfemblâtaffez propre pour 
àcheuer noftre voyage, dés le matin 
«ous leuâroes lçsancres&côtinuâmes 
noftre route rengeâs toufiours les co- 
û es.P aflans par auprès la riuierc deCrf- 51™*/' 
Ktoufi.nous vifmes au bort d ïcclle vne '' 
fortgrande&tres-hautemontagncbié 
auant dans la terre nommée Ibouyapap, 
&pourfuiiaans toufiours au long d' vne f™ ,4 z m 
bafie terre rouge iufques au MccTcdyw.'"' 7 * 1 
vingt cinq, nous vifmcs le commen- 
cement des fables blancs. ~' ■ '" 




fîifîJeUMifîJesPP. Capucins 
En fin ( Dieufauorifant nos defîti 
Mecondantnos cntreprinfcs;nous fit 
lagraced'arriuerau portdefalut, qui 
futenvne petite Ifle à l'entrée de la 
grande Anfe dcMaragrMn,di&ànic de 
Tetftéipa la grande Ifle de douze lieues 3 où e- 
hmreedeU ftoient deux nauires de Dieppe. Nous 
Ttïîf Y mouillâmes l'ancre le Icudy vingt- 
gnan. fïxiefme dudit mois iour de la bien 
heureute fainâe A nne Mère de la 
très facrécVierge Marie- Iour vraye- 
ment remarquable pour eftre vil iouf 
de grace^ puifque le nom dlANNE éri 
"Àm*t»t Hébreu (delà racine de|3nChanan( 
figmfit. veut àitc grâce & gratification bé* 
nigne 3 Dieu nous gratifiant eh ceiour 
{olemnel^ dafriueràbon port 3 figne 
tres-euident de fa gratieufe gratifi- 
cation & bénigne faueur qu'il fai- 
foità cepauure peuple, luy offrant fî 
liberaîemëtlaremiiïiôplenieredetous 
péchez par la réception du (aindl Sa- 
crement de Baptefme que nous luy 
alions annoncer au péril derios vieS 3 
ne cherchans autre recompence en 
cecypourfalaire de nostrauaux, que 
les tirer d'erreur & au lieu d'enfans 
du diable qu'ils eftoient &: héritiers 

"de là 



w 



!■■ 



entlJledçMArdgnAn* 57 

delà gehencjics rendre enfans dcDieu 
par fa fain<5te grâce, & cohéritiers de fa 
gloire en Paradis. 

De Nosme jrritse 

àlïflettefainte Annexe ÎJuis qui 
enfuftdoné aux Indiens de Mara- 
gnaide la benediêlio de ïjjlette Tuf- 
dite & corne la Croixyfufl platée* 

Chap. IX. 

E grand Dieu par fa diuine 
i bonté , nous feit la grâce Amw* 
d'arriueràllflette (quelcS njlst ' € ° 
, Indiens appeIlentF/740»^/-. 
^laquelle n'eft habitée de T t Mf *9 
perfbnnejoù nosvaiiTeaux eftâs cr\ feu- 
reté, Ton fit faire vne belle & haute 
Croix pour la planter folemncllement 
le Dimanche fuiuant. 

Cependant qu'elle fe preparoit 
( afin de ne pôiat perdre le temps ) Ton 
trouua bon d'enuoy cr vers les Indiens 
habitans la grande Iile de wtragmn 
pour leqr faire entendre noftre vtnu^ 

H 






1 






U /demander s'ils continuoient en la 
mefnte'.vo tenté, qu'ils auoient lepaffé 
de receuoirles François^ pour np les 
furprcndfc éc ne rien faire qui hs peuft 
offeûcer. 
Le Sieur des- Vaux ( duquel nous 
é&àiMem auonspar lê au commencement du li- 
ip À urej rue députe parles bieurs Lieute- 

naris Généraux pour faire cette Em-* 
baflade. ïceîuy donc s'achemina le 
iour'fuiuantycn la grandelfle où il con- 
noqua les Carbet , &c aiïembla tous 
les Principaux au ce les Anciens* 
difant que (elon leur defir, il auoit fait 
entendre à noftrc Très-grand & Très- 
puifiant Roy l affection qu'ils aboient 
il cftrc tes foie&s, le reconnoiftre pour 
îeurSouuerain Monarque & receuok 
de la part vn grand guerrier & vaillant 
Capitaine pour Les maintenir &: défen- 
dre contre leurs ennemis 5 d em en- 
cans toufioursàmis & alliés des Fran- 
çoisjaiafiquc de long temps ils auoiét 
clez 5 à ce que trafiquant auec eux, ils 
eontinuaffent de leur fournir & appor- 
ter de France les marchandifes dont 
ils ont befoin t Et d'autant que tout 
ce que deïïus nefe pouuoit faire fans 




en rtjle àt ÛaragftM* 5 S 

cmbrafïer noftre Religion tk connoi- 
ftrele Ditu que nous adorons,il auoit 
aÏÏcurê & donné parole à fa Majefté 
en leurs noms>qullseftoientdiipofe£ 
de fe faire baptifer, &tres-cpntens de 
rcceuoîr le Chriftianifme 5 ainfi qu'en 
efifed ils luy auoient promis 5 dôiït i 
iloftràTrçs-pùiffartt Roy extremcniVéc 
ioyeux 5 rauoitrenuoyèlesaffeurer de 
(a part, quilles màintiendroit comme 
(es féaux amis &t defendroit toujours 
dcleurs ennemis, s'ils voulaient em- 
brafTer noftre Religibn &: (e faire ba« 
^tifer: que pour ce fubie^t^il leur en- t .j- 
uoyoic quatre vtfyêté^ c eft à dire quatre *^ ' 
grâds Prophetcs 5 pourcômehceràles 
inftruire&catechifer \ aûec vn grand 
BoùroMÏchme(ainCi appellent îisleRoy Êouromi. 
& fes Lieutenants Généraux) & force chai "* 
foldats pour les maintenir , confluer 
& défendre 3 mais qu'il les; auoit laif- 
fezàriflettcauécleursnauires &t quâ* 
iitédetnarchâdifes 5 ne les ayant vou- 
lu amener dans la ghnde Ifle, iufques 
à ce qu'il les fuftpremierement venii 
trouuër pour leur en donner aduis>&: 
fçauoir s'ils continuoient toujours eu 
leur bonne volonté de les receuoin 

H ï] 






Refponfeies 
Topinamba, 

amfieur âes- 
Vattx tùtb' 
thantla. ve- 
nue des ?eres 
Capmms & 
d» Sse&rde* 
■ KaJIUyi 



. .Hifl.MdM^JesPP.Ç^uém - 
Qgc.fi cela eft(ieut dit-il ) lie les iray 
tout maintenant quérir, & les vous 
aoieneray: Sinon , il nçft befoin de 
leur donner la peine de venir lufques 
icy: &au cas que vous ayez changé de 
volonté 3 ils ont délibéré de ne paffer 
plus outre &moyauflï, mais nous re- 
tournerons en France tous enfem- 
ble. 

Les Indiens iuy firent cette refpon- 
ce» Nous nous eftonnons qu'ayant 
dçmeuré fi long temps auec nous^tu 
necônois encore noftre naturels fa- 
çon de faire^ pourquoy tu nous tiens 
tels difeours, comme fi nous auions- 
couftyme de manquer à la parole que 
nous ayons vne fois donnée. Nous 
femmes bien ioyeux de ton arriuée Se 
deialeur^nousles attédions dés long 
temps * ainfi que tu auois promis de 
nous ks amener. Et pource nous te 
fupplions tous défaire venir lesP*i'&: 
icBourauukhaaedont tu nous parle , te 
promettant de les reccuoir auec au- 
tant de îcfmoignage de bien veuillan- 
ce,que ledcfirquenous auonsdeks 
voir 6c .obéir à lejirs commande- 
mens 5 eft grand* Le ficur des- Vaux 



ayant reconneu leur volontê^cn don- 
na aduis aux fufdits Sieurs lietstenans 
Généraux , les iup pliant de s'achemi- 
ner en la grande Iflc- 

Pendant que Ton faifoit cette eni- ? updfdt \ m 
baflade, nous eftions demeurez au deUCroix 
port del ïiîetteauecnoftre équipage, ^ ?i^ff 
où nous attendions la réfoluridti des 
Indiens i &: faifions faire vnc grande 
Croix (comme il ëft dit cy-dciïus) la- 
quelle eftant paraché'uéc 3 chacun de 
nous mit pied à terre le Dimanche 
29. de -Tuilier Apre_s atioir faid Teau 
bënifte a Ton chanta le Veni Creator, fur 
la place où la Croix auoit efté con- 
fiante,- &r de ce pas nous alâmes en 
procèflfîon iufques au lieu auquel elle 
deuoit effre plantée . qui eftoit vne pe- 
tite bute ou colline dirtante enuiron 
de mille pas duditpoit^durant laquel- 
le procdfion nous -chàntipns les Lita- 
nies delà Vierge, Le Sieur de Ra/îlly 
& tous les Principaux de noftre équi- 
page portoient la fufdieie Croix fur 
leurs eipaules 3 auec vnc très-grande 
reuererice & dévotion, les yeux bai- 
gnez de larmes > accompagnées dVne 
*oy e Se allegr cfle nompareille. Si t o ft 

H iij 







Hift-t dt h Mîfijes PP. Cdpmim 
que nous fufmes arriuçz, on commen- 
ça 1 e Te D.eum Uuiamu$£ la fin duqu.el.jI4 
BeneMio» Croix f uc benifte (olénçliem«nr,ayan:t 
J*!* croix, préalablement faitvnç petite exhorta- 
JhmfhAn. - 9 Mot\. L'ifierccfut pareillemét bcnifte &c 
pourqmy .nomée par le Sieu r de Rafilly Tlfletcç 
pfi nome, &£fâ Anne, i .caufc que nous y dliôs 

far le Sieur - ~ -, . i - n ' * 

de Raftiiy. arriuezlciour deiafefte &fbléniîéjS^ 
in continent la Croix y fut plantéc 5 pé- 
dant que le Slçurdela Rauardiçrefai- 
foit tirer denos vajfTeaux, force cano- 
nadesenfigned'allegreffej&'quenous 
autres châtions l'Hymne deuot, VexiL 
, la regtsprodemtiCctt à dire les Eftcndars 
& cnleignes de noftre Roy îssvs- 
Çk * ï$ ,t- font rruiïiten<mt miles au iour 
La croix ty ; çomtrn,cerit à paroiftrç. En fin eflant 
planté? g/ efleuëe 5 elle fut ad orée de tous les Ca- 

adorée en ^h Jiq UC $ aUÊC AUtât dcdeUOttô & tÇ- 

fai..ti*A»- flxeflc.de coeuÇjÇjuc/npUisauips deioye 
**'.' & de contentement d'eftre arriuez , ?£ 

de voir les enfeignes de Iesvs-Ghrist 
fi glorieutement arborées dans cette 
terre infideile, qui iufques alors n'ayâl 
produit que des ronces & efpines de 
m^teJidion^deuoir de là en auant pro- 
duire & rapporter les doux fruits delà 
grâce : par les mérites de la PafRon de 




en tljle de Mdrdgnffîl '6o 

aoftre Seigneur qui vit Se règne «ce 
le Perc & le Sainâ: Ëfprit en l'éternité 
des fiecles. 

DE NOSTRE ENTREE 

enïljle de A4aragnan,&de 
la dijpojftion du fort, 

Ch.jïp. -X, ■ 

OvTES les cérémonies tmrhh> 
fofdites achcuées . & le *™r**? 
mur des Vaux nous ayant' ragum. 
fait entendre la fincerité& 
bonne affection des In- 
diens^ I*e Sieur deRaiîlIy s'achemina 
deuâtnous^Sr partit de Hflctte fainéte 
Ann Exprès que îa Croix y fut plantée^ 
pour aller à la grande îfk auec vnç foo- 
ne troupe de nos François y où i il fut 
très-bien receu de tous les Indiens qui 
iuy firent mille carreffes p tefmoignans 
par toutes fortes de bien , veillançç,. le 
contentement qu'ils auoienc de foh ; ar- 
rivée J>ar. tous les villages oui! paJOfoit, 
il leur faifpit entendre par le Sieur des- 
Vaux qu'il eftoit enuoyê vers tim de 
la part de noftre Très grand ScTrés- 

H iiij 







JÛiJiidcU Mifi. des PP. Capucins 
piaffant Roy de France (fuiuant les 
prières qu'ils luy en auoient fait faire) 
pour viure & mourir auec eux, corne 
eftans fesbons amis Ralliez, pour les 
deffendre auffi & maintenir contre 
leurs ennemis; 6c qu'il luy auoit donné 
quatre Pay, pour leur enfeigner quel 
.eftoitlevrayDiexi, a ce que en ayant 
la connoiffance , ils peuffent cftre tes 
enfans par le baptefme. Et d'autant 
(leu r difoit-il)quc les Payfdont ic vous 
parle) ayant entendu la volonté &Ic 
dcfî'r qu'auez dcles voir , doiucnt bien 
toft arriucr à Ieuirée (qui eft vn port en 
X 'ttL% lagrandelfle, où il nous auoit donné 
le rendez-vous au iour qu'il y deuoit 
cftrfe)ilfautqucie m'y achemine pour 
les y receuoir $ & que quelques vns 
des Principaux, & plus anciens des 
voftress'y trouuent auffi pour ce Tu- 
jed, à cequevousfalïiez paroiftrepar 
cffe<fi la ioye & le contentement que 
vous dites auoir de leur venue : ce 
qu'ils troteuerent expédient &bien à 
propos. 
Vtrmcaï». L e Sieur deRafilly ayant luy m efmc 
**« 'P™fi reconneu la bonne volonté d'iceux, 
en la réception faille de fa perfomne, 



à Mdrdgna, 



Al 



ttâtek Ma 
ragnan* 




en tljle de Mdragnan. 6l 

nous efcriuit àl'Idette fain&e Ann e, 
cequis'eftoitpaffé au<xaduis dudcfir 
que les Indiens auoientdc nous voir, 
priant de nous acheminer vers la gran- 
de Ifle& nous rendre à ïeuiroe pour le 
fixielmedAouft,- & qu'il ne manque- 
roitdes'ytrèuuer» 

V e v le contenu de fa lettre , nous 
punîmes deTIflerte fain&e Anne le 
cinquiefmc d'Aouft au matin , dans 
vne barque de feize ou dix hui& ton- 
neaux ^accompagnez du Sieuir de Pe- 
zieu (gentilhomme de Dauphinc au- Arfluèe j €S 
tant vertueux & accompîy qui fepuif- veres cap* 
fcdcfircrdcfa qualité; & de quelques f^ l 
autresFrançoisde noftre équipage. Le g nant 
rendemainfîxiefmedudit mois (iour 
delà gloricufc Transfiguration de no- 
ftre Sauueur Iesvs-Chri st) nous 
arriuâmes (auec l'ayde de Dieu) à le- 
mrèc, qui cft (comme i'ay dit) en la gra- 
de Ifle de Maragnan^ habitée des In- 
diens & SauuagcsTopinamtHi, qui font 
les threfors ■'& pierres precieufes que 
nous cherchions , &c pour lefquellcs 
nous auions tant fait de chemin Secou- 
ru tant de hazards» 

A noftre arriuée nous quittâmes 




Mara* 



Ç&mmtntils 
fi rtt*£ fient 
d'habits plus 
léger*. 



eueil & ré- 
ception que 
les Saunages 
Topinamba 
feirent aux 
TP. Cap* 
én$. 



Hifi* âek Mi/?, des PP. Capucin* 
nos habits de gros drap, pour prendre 
ceux deferge grifequ'auions portez de 
France, preuoyans les grades chaleurs 
decetteZoneTorride:les habits n'e- 
ftoient pourtant aucunement difterens 
quant à la forme de ceux que portons 
ordinairement, excepté qu'ils eftoicnC 
d'vne plus légère eftoffe» 

L E fleur du Manoir qui cftoit à le- 
mitèt auec beaucoup de François tanE 
de fon équipage que de celuy du Ca- 
pitaine Gérard, eftantaduerti dçno^ 
fixe arriuée , fçachant que le Sieur de 
Raftlly n'eftoit encore venu, &n^po^3- 
uoit venir déplus de deux heures , en«* 
upya quelques fîens dom^ftiques dans 
noftre barque, efloignée de terre d 'vu 
grand quart de lieuë, pour nous faluer 
; de fa part , &c apporter d u pain , vi n ",- & 
viande en quantité, L es Indiens aufïï 
fçachans aoffoe venue, & nous apper* 
ceuansd&bôrd de la mer, ncpouuans 
attendre noftre defeente qui leur fem- 
bloit trop longue $ piufîcurs pouffer 
dVne impatiente deuotion Se curiofi- 
té décote, fc mirent dans leurs Canots 
où batteaux fur la Mer pour nous ve- 
nir vifker. Dupremicr abord Hsnaus 



en tljk de Mardgnm. et 

falucrent auec autant dafFe&ionquç 
s'ilseuffcntaGcouftumezdenous voir, 
difcourans fort familièrement aueç 

nous. 

Le SicurdeRafiily^cnfin.eftantar- 
riuéà Ieuim> aduerti qu'il fut de noftre 
vçnuë, nous enuoya quérir par quel- 
ques Canots^dau tant que noftrc barque 
ne pouuoit approcher plus près de ter- 
re.Eftans donc tous quatre Religieux 
que nous efliôs 5 reueftus de furplis blâcs 
pprtansnps battons à la main auec les 
Croix & Crucifix au deflfus 5 nous def- 
icendimes de noftre barque, entrans 
çtans l'vn des Canott^ucc le fufdjyt Sieur 
de Pezieu^ & le refte des François dans 
Ie$ autres.. Alors le Sieur de Rafilly e- : 
ftoit debout (ur le bord de la Mer , auec 
le Sieur du Manoir,nous attendans, ac- 
compagnez dvn bon nombre deFran- 
çois , Gentilshommes & foldo$>tant: 
de noftrc equipage^que de quatre ou 
cinq Capitaines Pieppoisquenousy 
puions trouuez y côme auffi d'vne gran- 
de multitude d Indiens &Sauuages af- 
(emblez pour cet effet. 

Si toft que nous fuftnes entrez dans 
leCanotï&t que ceux qui nous qondui- 




N HiflJe IdMfâëes PP. Cupmîm 
jcmeur te- foient > eurent commencé à ratecr , £$* 

E*!^ îanS VerS !a tcrre * cc fut vnc tncrneillcà' 

^r!^^?P s y«*ydc voirpiufteurs de ces In- 

*»»*«/«sp«- diens & Sauuages feieîter à nagé, pour 

*« c^nciw.up us prcucnir de careffes & venir au de. 

uant denousv&ainfiaccompagnez^en 

fin par la faneur Diuine nousarouà'mcs 

auJicutantdefiré. 

Avfortirdenoftre Cdnot, merrans 

'Commit pied à terre, le Sieur de RafUJy fepro-' 

fzcapucms ftcrnàà geoouxauct tous les François^ 

jurent reçem o- n * * 

****#& & après nous cftre encre faîuefc & em- 
brafïcz* ie commençay à entonner le Te 
Deum Uudiimm^lfans en procèffîon auec 
cette beiîe compagnie Françoife qui 
tmrchoit en ordre ,-fttiuie dVnc grande 
troupe dindiens. Chacun verfoir des 
larmes en abondance, qui dècouloicot 
ielongdcnoftre face, pour là ioye ô£ 
allegreffe que nous reftefttions en nous 

M*n$w'me(m(} i de nous voir les premiers 

^^a^^ ^^ ans ^ cce b° n -^ e "ï , > que d'entrer 
etyépremu- en afTeurance en cette terre infîdclîe^ 
fc?c%»Zs *wtant'que'iwa$ prenions pofleflîon 
&anfê*, d*àcce 1 houuc2Lu Royaume, au nom du 
S^J/^ Roy des Roys le Rédempteur du 
\ J Monde noftre Sâoueur îesvs Christ- 
Ce ne fut fans louer ce grand Bieti^ 



mtlfledeMaragnan, g| 

dhantans à haute voix , des Cantiques 
de louanges par-my ces Peuples^qui iuf- 
ques alors ayanr cftés rebelles à faDiui- 
ac Majefte, alîoicnt proceflionnelie- 
ment iubiians en leurs cœurs.» delà 
ycuëagrcable des diuins rayons de la 
do&rine Euangeiique , que le Sauueur 
du monde vray Soleil de luftice, leur 
©ffroit £ benignemento 

L e TeDettm UndAmus, St quelques au- 
tres dénotes oraifons acheuées v nous 
nous retirâmes tous quatre auec les 
Sieurs de Rafïlly & de Pezieu, chez le 
Sieur du Manoirjequel furie foir 5 no<us 
feitvnfeftinauffi magnifique que Ton 
fçauroit faire en France, où il y au oit a- 
bondance de toutes fortes de gibier & 
autres viandes accommodées k la fa- 
çon des François: il jvy manquoit de 
bon vin, non plus quéide bons entre- 
mets &des meilleures confitures pour 
le defïerr* Cependant les Indiens nefe 
poouans afTouuir de nous voiries Prin- 
cipaux &pîus Anciens (aufqucisieule- 
snent on permettait l'entrée ) nous ve* 
noient falaer a leur façon , auoe tous le« 
cefmoignages de bien-veillancc qu'il 
fc poyuok ; les autres qui ne pouuoienc 



Lehon trah» 
tentent que 
fett le S ttur 
du Manoir 
aux Capu~ 
ans. 



Vifites <&U 

rejpeSi def 
Saunages 

> ;• t ■ • 

a c enar&rt 

des PeresCéSi 
fucin$ Q 





MiJl.deUMiJi.dei PP. Capucins. 
entrcr^regardoient fort artentiueméiiç 
au trauers des bois dont la loge eftoit 
fai&e, fans s'eftonner aucunement de 
nous j ce que nous pouuionsplusfaci- 
Tcmét reçonnOïftre par le refpeft Qu'ils 
flous pôuoient* % \\ 

A v k I i (ouper, ayant pris congé du 
SieurduMahcir^noustrouuâfncs à pro- 
pos de nous embarquer tous quatre 
âuec le Sieur de Râfilly 5 dans les petits 
Bâtteauxdes fuïdics Capitaines Dicp- 
poiSj&paffer de l'autre cofté de la Mer 
àvnelicuëoulieuë&deniiede Teuiree^ 
vn petit au deffoubs de la place qu'on 
auoit défia remarquée pour y eftablir le 
fort i & d'autant qtTil eftoit fort tard 
I quahdnous arriùâmès là, & qu'il n'y 
auoit aucune demeure^ nous fùfmes 
contraints de nous retirer foiis de grâds 
arbres prochéf%la riuagfe de la Mer 
pour pafler là nuid & y .repofer» 

Les Indiens voulans tefmoigner la 
ioye& le contentement qu'ils auoienc 
denoftre venue, plufieurs ne manque- 
rfent dés le lendemain matin de fe ve- 
nir loger auprès du Sieur de Rafilîy U 
jettes de nous D faiiàns des *s4tôup<tues & peti-f 



mi7jlèdeMaragndn. 6% 

tes Cabanes^auec des branches 3e pal- 
mes pour nous ioger,iuiques à ce que le 
Heu qu'on auoû choifî pour faire vn 
fort,fut accommodé, & que nous euf- 
fions rrouuévne place auprès d'iceîuy, 
pour conftruue y ne Chapelle, & y faire 
ïioftre demeure. lis deffricherent auflï 
vne belle place fur le haut dvnc petite 
Colline qui eftoit en ce mcfmeiieu, 
coupant tout le bois des enuions, &la 
rendirent la plus vnie quife potiuoit, 
pour y planter vnpauillon &dreffer au 
deffoubs va autel portatif que nous a- 
tiions. 

Le Dimanche fuyuant^douziefmc 
d'Aouft, chacun de nous quatre celé. 
braleTres-faind Sacrifice Je la M elfe 
en ce lieu, auec le contentement tel, 
que Tayme mieux le vous biffer à pen- 
fer que ie décrire, puis qu'il ne fepeut 
décrire: me contentant feulement de 
dire que ce n'eftoit fans myftcçe, que 
Dieu par fa Prouidence voulut que ce 
iour auquel J'Eglife Romaine , & parti- 
culièrement noftre ordre, folemnifoit 
lafeftedejabien^heurcufe vierge Sain* 
ôcClaue, fut ordonné pour offrir 
ïa première fois en ce lieu ce tres-Au- 



o» petites îû a 
ges que Us 
Indiens fat*» 
/aient pour 
loger Us Pp. 



dp* 



teins. 



Comme les 
Indiens def* 
frtcherent le 
haut d'vne 
petite coUine 
pour y dref- 
fervn otàeL 



tremiere 
Mejfe célé- 
brée en Vljle 
de MaragnM 
le tour de 
famfttClas* 
re. 



Myften dm 
lourde foin* 
âeClàîta 



ordonné de 

DiettfourU 

fremiere 

Mejfe chan- 
tée m l'IJlede 
Maragnan, 



lîadmiraùo 
& dévotion 
des Sattuages 
Maragnans 
' à voir les ee- 
rememes de 
laMeJfe. 



Mtfcontèn* 
tentent des 
Indiens To~ 
finaba voy 
ans qu'à C of- 
fertoire on 
les fegregoh 
dtêS, Sacri- 
j£ce, comme 
les Catecn 
menés. 



Hift. de hMtp.des PP. Capucins 
gufteSacrifîce 5 à ce qu'il éclaira ce mô* 
denouueau parla noue elle lumicrede 
ce vraySoleil Diuin nofire Sauueur Ie- 
svsC H r i s t offert en ce iieu,cômeen 
ceiourlà,ilauoit efclaire ce monde v- 
niueriei parla nouuelie lumière du no, 
de la vie & des miracles de cecte glori- 
eufeSain&e* 

Il ne faut pas demander fi ces pau- 
ures Gens eftoient confolez de voir tes 
belles cérémonies qui fe font en ce Di- 
uin Myfterc, & particulièrement les 
beaux ornemens dont nous cftions re^ 
ueftus à l'Autel, iugeans bien que là 
deffoubs eftoient comprins desmyfte- 
res qu'ils n'entendoient pas': le temps 
qu'ils emploient en l'admiration de ces 
belles cérémonies ne leur tard oit nulle- 
ment. 

Qvandcc vint à l'Offertoire on 
Fermaledeuantdupauillon fuiuant les 
Ordonnances de rÈglileJaquellen ad- 
met à ce Diuin Myfterc que les fidèles 
Chreftiens : dont ils demeurèrent fort 
eftonnez & marris 5 tant pour fe voir 
priuez du contentement qu'ils prc« 
noient à nous voir, que pour l'affront 
qu'ils croyoient leur cître faiéi. Qufi- 

ques 



en fljle de Mtrdgnan. 6% 

ques vns, raefme des Catholiques en 
furent fcandalilcz ,eftans aflfez peu in- 
ftruis de cette feparation des Gatccu- 
menes &infîdeles,feIon quel'Eglifcor* 
dônepour lors qu o viét à TofFertoire&r 
durant le rcfîdu de ceOiuinMyftere 3 nô 
fans grandes raifons.Rn fin nous les ré- 
difmes capables. Et les Indiens enten- 
dans que nous n'y pouuiors admettre 
que ceux qui {ont Baprifez & receus au 
nombre des enfans de ce grand Toup<tn, 
Ils ne leur refta plus qu vn defîr feule- 
ment de fe faire bien toft inftruire & 
Baptifcr^pouràleurcontëtementiouir 
des grâces & participeraux frui&s ad- 
mirables.qu on leur faifbit entendre e- 
ftre conférez par leSauueur du monde, 
qui eftprefent réellement & de fai& en 
ce Tres-fainâ: Sacrement. Delàena- 
uantfetrouuansenlaMefle^aumefme 
temps que Ton abaifîoitles excremitez 
dupauiîlon 5 commeau précèdent 3 ils 
s'en alloîentauffi toft fort librement, fe 
contentans de contempler en leurs ef- 
prits, ce qu'ils ne pouuoient voir des 
yeux 5 excepté les Baprifez qui y affi- 
ftoient continuellement iuiques à la 
Sn^comme les autres François- 

I 



Defîr de* 
Saunages de 
recevoir U 
Baptefme 
affin. de rie- 
ftre flus fe- 
grtge\de la 
Mejfe ny 
fnuej^ des 
grâces qui 
i*y confèrent* 



Maragnam 
Bapttfe^ai- 
mis à U 
Mtffu 



Bifl, âeh M$. des PP. Cdpucm. 

Mm**®* TovTletempsquenousfufmesen 

ek*ritê à» ce lieu logez foubs les arbres,& ^toupa- 

%&fit ms > nous ne manquions de viures î ces 

JL'S*»- pauures Sauuages à qui mieux mieux 

fa»t mmers nous en fournifloient abondamment. 

^r°" Tousles matins vous voyez venirdes 

bons vieillards par troupes auec leurs 

femmes & enfans portans leurs petits 

paniers tiflus defueilles de palmcs,rem- 

plis de poiflons qu'ils auoient pefchez 

la nuia, & autres chofes femblables, 

pour noftre nourriture. 

Cependant les Sieurs de Rafîlly 
SddelaRauardkre defirans de conftrui. 
ce vn fort tant poui[ la feurcté des Fran- 
çois quepoorlaconferuation du pays, 
«fleurent vne belle place, très-propre 
sjtmûmin pource f u bied| d'autant qu'elle eft fî- 
i^l tuée defms vne haute montagne à la 
pointe d'vn rocher innaceffible, lequel 
commande de tous endroits fans eftrc 
aucunement commandé, & defcouure 
de toutes parts à pertede veuë: fi bien 
qu'eftant retranché du cofté de la ter- 
re il eft du tout imprenable ,& d'autant 
plus fort,qu'il eft aréique enuironné de 
deux riuieres fort profondes & fpatieu- 
fes qui fc déchargent dedans la Mer au 



L 




mFffledeMdrcignan. 66 

pied dudit rocher , où eft le Haure de 
l'Ifle de Maragnan.,. n'ayant autre port 
queceluy-là, auquel les vaifleaux de 
mille ou douze cens tonneaux peuuenc 
aborder, & demeurer àTabry &hors de 
tous dangers. 

Les Indiens reconnoilTans la ne- 
ceflîtédcccfort^encequ'il y auoît au- 
tant de leur intereft que du noftre,com- 
ttVcncerentdës auffi toft à y trauaiiler, 
âuec grande allegreffe & gayeté de 
cœur: édifians plusieurs loges pour les 
François 3 faites de petits arbres qu'ils 
coupoient, dedouze 3 quinze^ & vingt 
pieds 5 feIon laiiauteur que vous defirez 
lefdites loges. Lefdits arbres eftansfï- 
chez en terre lVn contre l'autre^Is'les 
lioientauec d'autres pièces de bois par 
le trauers& quelques poutres, & fom- 
miers, ç au deffùs defquels ils efleuoient 
des pièces en forroe de cheuerons 3 & Jes 
couuroicntdefueilles de Palmiers ap- 
pelles en leur langage 7 pmdo qu'ils fça- 
ucntfiartiftcmentaceommoder.quela 
pbye n'y peut entrer en aucune façon, 
&femblepar le dedans qu'elles foieot 
fort curieufement lambriffe'es- 
JENpeude temps, ils édifier ent plu- 

lij 



Haure et* 

pwt âe Ma' 
ragnan* 



Comme tes 
Sasmages 

accQmmoi.it 
leurs loges* 



vinio àoni 
Us -Sauvages 
Maragnam 
couvrent 
leurs loges 
fort arttjle* 
ment* 







Lçges £f/ 

parla Sa*- 
»agesM*rP- 
ghdspà&t les 

"Morts <& itir. 

imfim'des 

Bettes cem- 

■haftir vnt 
ville f t*s 1* 
fartât Ma- 



JSeSis titùer 

tes & fi®~ 

fvrt At M&~ 



tim-âe fl*i- 

fkm* près le 
fitk àa 'Ma- 



Hlfl. deUMifiJes P$ Capucins 
fieurs de cesjoges à vn , & deux eftages 
& vn grand roagazin,dedans lequel ils 
portèrent eux mefna.es toutes les mar- 
chandifes de nos vaifTeaux. Ils trouué- 
rentauflï moyen, auec ïaffiftàncç des 
Fraoçois,dc monter fur ledit fort (bien 
que très haut(virsgt pièces de gros ca- 
nons pour la d cfence d'iceluy. 

ÏLyavncgrandcplacc auprès de ce 
fottaufficomtnodc,commcellccftbel- 
îe : vous y trouuez plufieurs belles 
fontaines, & des riuieres (qui font i'a- 
med'vne ville ) & fi l'on n'y manque de 
toutes les commoditez qu'on fçauroit 
dcfitcr,commcbois,picrrcs,tcrtcs à fai- 
re briques, & autres matériaux pour y 
haftkàpeudefraiz. 
A mille ou douze cents pas de là nous 
trouuâmes vn beau lieu de plaifançe, 
oàîiy a vne fontaine au beau milieu, 
particulière en beauté & en bonté, des 
eaux viues & tres-claites qui rejaillirent 
dicelle,& ruàfïellent dedans la Mer , e- 
ftantenuironnéede Palmiers, Gajacs, 
Myrtes, &. d'autres efpeces d'arbres, 
gros & grands à merueille , fur lefquels 
onvoitfouuent'vne grande multitude 
de Momes ) Gue»ons& Stpaious,^ ordl : 




m Fljle de Mardgnml 6j 

nairemcntviennent boire à la fontaine» 
Estant encelieudelkieXj les In- 
dïcnsTopmamba abêtirent va bon nom- 
bre des arbres luidi&Sj &vn peu plus 
haut de ladite fontaine,- ils firent vne 
grande ôc longue loge à la façon que 
deffus 5 pour nous y loger > &:yne autre 
auprès pour y célébrer le fainâ: façrifîce 
de la MefTe 5 & feruir de Chapelle,ay ans 
nommé ce lieu, le Conuentde fainâ: 
François. 

Qvant aux François qui n'eurent pas 
aggreable de fe ranger au fort pour y 
demeurer tous enfcmble ? fuiuant la pre- 
mière refolution.ils furent difpenfez de 
feretirer 5 comme ils firent 3 par brigades 
ou compagnies dedix,&douze,quiçà, 
qui là dans les villages , chacû s'accom- 
modant auccleslndiensqui lesauoiêt 
demandez. 

liij 



Premier? 
Chapelle 9f 
demeure des 
Veres Cap»" 
(ihs en l'ijle. 
de Mara~ 
gnan y ton- 
flrui&epar 
les Saunages 
& appelée le 
Consent âe 
fain£t Fran- 
çois, 



TrançoU h» 
ge-^che^les 
Samages * 
Maragnœn. 





I 
I 



Uift. de hMiJ!. des PP. Capucins 

3§SSSÊ®E8fêgg8§!3S@3g83S®. 

DISCOURS NOTJBLS DS 
fapy Ouajfouprincipal de l'iflc de 
Maragnan» , & de quelques que- 
filons remarquables qu'il nous fit. 

Chae. XI. 

Endant que nous cftions 
encor logez foubs les ar- 
bres Sc^iaupaues^zn basdu 
fortjpeu deioursapresno- 
ftre arriuée, Upy Ouajjbu 
T?nncipa\dcImtpAraScgvsLdBouroumch<t~ 
u„î^ «edellflede Aia^W, enuoyal'vnde 
fougrani nos truchemés nommé Migun, natif de 
STT Dieppe au Sieur de Rafilly , pour le 
Ma**gntn prier de fa part de fe vouloir trouuer au 
*» su»rde CAybet & f aire ten d r e fon lia C félon 

Rœjtlly. . ° . t r> • 

leurs coutumes ) auec les autres Prin- 
cipaux Indiens qui s'y deuoient affem- 
bler, afin de traiter auecluy de chofes 
d'importance D & que comme il défi- 
roitluy faire entendre fondifeours de 
point en point^àce qu'il n'y eut aucune 
paroleperduëjquillefupplioitauflidc 




L 



m* 



enFlJtedeMâragnml £2 

luy faire la refpôcc fur ce qu'il ky pro« 
poferoit aucc lemefmc ordre. Migm P 
ayât fait le rapport de ce que deffus au 
Sieur deRafîily, ledit fieur fut très- co- 
tent de cet EmbaflTadej&auffitoften- 
uoya tëdre fon lia: de Cotton^dans le- 
quel il fe mit incontinent après ( félon 
l'ordinaire du pays ) au milieu de cette 
côpagnieïndiéne^oùnous eftiôs auffie 
Et peu de têps après le fufdit Iapy Ouaf- 
fottBt la harangue fuiuante en fon lâga- 
ge j adreflant la parole au Sieur de Ra« 

fiily. 

Ie s vis tres-ayfe(Vaiîîant guerrier) 
de ce que tu es venu en cette terre 
pour nous rendre heurcux,&nous dé- 
fendre de nos ennemis. Nous com- 
mencions défia à nous ennuyer tous,, 
de ne voir venir desFrançois guerriers 
fous la conduite d'vn grand Bourauui- 
chine ^ pour habiter cette terre 5 & ja 
nous nous délibérions de quiter cette 
cofte & abandonner eepays , pour la 
crainte que nous auions des Pero (c'eft 
à direPortugais)nos mortels ennemis^ 
& nous en aller fi lomg dans Iaterre^ 
queiamaisChreftien ne nous euft veu.* 
Eflansrefolusdepaïïerlerefte de nos 

î iii) 



Cotnmefe 

Jteur deRa<* 
fdly & Us 
PeresCapw* 
ânsfe Srôifr» 
sttfênt a» 
Cayhzt du 

X>$fcmnrg* 
marqssabh 
de lapy 
Gmajfei* 
principal is 



£$f®» 








tiift.de U Mi fi. des PP. Capucins 
leurs , priuez delà côpagnie des Fran- 
çois bos bons amis/ans plus nous fon- 
cier de ferpes^de haches , de couteaux, 
ny d'autre marchandée ; Se nous fe* 
mettre à l'ancienne & miferable vie de 
nos Anceftres, qui cultiuoient la terre 
& abatoient les arbres auec des pierres 
dures* 

Mais Dieu nous a regardés en pi- 
tié t'enuoyant icy, non comme les DU 
eppois qui ne font que pauures mari- 
niers &: marchans $ mais comme vu 
Grand Guerrier qui nous amené quât 
&foy beaucoup d'autres braucsfoldats 
pour nous défendre; auec des v*y Se 
Prophètes pour nous, fnftruirc en la 
loydeDieu. 

Tvaquerrasvn grand renoparmy les 
Pcrfonnages de qualité, d'auoir quitté 
vn iî beau paysque laFrance,tafem- 
me, tes Enfans & tous tes Parens,pour 
venir habiter en cette terre , laquelle 
encore quelle ne (bit pas fi belle que 
la tien ne 5 & que tu n'y ay es pas toutes 
tes commoditez comme tu fouloisa- 
uoir^neantmoins quand tu auras con- 
fédéré labontédcnoftre terre remplie 
degibier^dcvenairon&dcfruiâsjla 



enVïjleieMAYdgnm. - 6g 

mer& les belles riuicrcs pleines d'vnc 
infinité de _poiiïons,& vnbraue Peu- 
pic qui t'obeira & te fera conquérir 
joutes lesautresNationsvoifîneSjCela 
te contentera; & pour nos viures tu ty 
accouft urne ras fortbien, &trouueras 
/ que noftre farinene cède guereà ton 
painjdonti'ayfouucntesfois mangé. 

Et pour le regard des baftimens, 
fortereffes& autres œuures manuelles, 
nous y trauaiilerons tous 5 à ce que tu 
fois Fort & Puiffant contre tout le 
Monde, & mourrons tousauec toy. 
Puis nos enfans apprendront la îoy de 
Dieu 5 vos arts & (ciencc$ 5 Se fe ren- 
dront auecle temps femblables àvous 
atitrcsralors Ton fera des alliances d'v- 
nepart & d'autre 3 {i bien que dorefna- 
uant l'on nenousprandre' plus que 
pour François, 

A v refte, ie fuis grandement con- 
tent de ce que tu nous as amené les Pay 
& Prophètes: car quand les maudits 
vero nous ont tant faf& de cruautez,ils Reprocheies 
nenousrcprochoientautrechofcque^l^ 
nous n'adorions point Dieu. de « qtm 

Malh'evuïvï qu'ils font , hé! nel r es T 6k 
comment 1 adorerions nous, fi l'on ne 







imant à co- 


J'|: 


wiftre,frier 
& adirer 
Dieu. 




La croyance 
desSauuages 
%u*otle$To» 
finamha y de 
Dtettydela 


ereation, de 
immortalité 
de l'ame , du 
Déluge Çic, 


F 





VelaMtfï des PP. Capucins 
nous enfeigne premièrement à le con* 
noiftre ? lc prier & l'adorer > 

Novs fçauons auflî bien qu'eux 
qu'il y en a vn qui a créé toutes chofes 
qui eft toutbon, & que ç'eft luy qui 
nous a donné l'Ame laquelle eft im- 
mortelle. 

Novs croyons encor que pour la 
mefehanceté des hommes 5 Dieu en- 
uoyale Déluge par toute la terre pour 
les chaftierjEt referua feulement vn 
bon père, & vne bonne M ère ? dont 
nous fommes tous fortis$ Et n'eftions 
quVn 3 Vous&Nous. Mais Dieu>quel- 
que temps après le Déluge, enuoyàfcs 
Frophetes 3 portans barbes, pour nous 
venir inftruire en la loy de Dieu. 

Ces di&s Prophètes prefenterent 
ânoftrePere 3 dont nous fommesdef* 
cendus, deux efpées JVnedebois & 
Fautre de fer , & luy en baillèrent le 
choixJltrouua]'cfpeedc fer trop pc- 
fante&efleut celle de bois. Afon re- 
fus le père dont vous cftes fortis qui 
fut plus auifé, print celle de fer. Et du 
depuis nous fufmes miferables : car les 
Prophètes voyant que ceux de noftre 
nation ne les vouloient pas croire^s'en- 



m îljle de Maragnanl yo 

UQÎerent au Ciel , hlffms les marquas 
de leurs perfon nés & de leurs pieds 
grauéesaueçdes Croix dans la roche 
qui eîi auprès dePotyiou,quctu as vcu 
aufïi bien que moy ,ce dit-il au fufdiâ 
Migan. 

Apres cela , la diuerfité des lan- 
gues fe mit parmy nous , qui n'en auiôs 
qu'vne auparauant. Si bien que ne 
nous entendans plus , nous nous fom- 
mestoufio.ur$ mafTacrez,& entreman- 
gez les vns les autres ,1e diable Ieropû- 
ryfeiouant de nous. Et après tant de 
mifercs, pour nous combler de mal- 
heurs , cette maudite race dcPerofont 
venus prendre noftre pays, & ontef- 
puifé cette grande & ancienne Nation, 
&rontreduitte au petit nombre com- 
me tupeuxfçauoirque mous fommes 
a cette heure. 

Mais maintenant nous ne crai- 
gnons plus rien puis quetu es venu, &£ 
que tu remettras auec ta bonne Na- 
tion^a noftre auflî grande qu'elle a efté 
autrefois. 

A v refte iay grande efperance en ta 
bpnté 5r douceur: Car tu me femblc 
a^oir parmy ta façon guey:iere, vne 



Vefligts ie« 
meurexjn la 
roche près de 
Votytot* y de$ 
pieds de cet, 
tatnes per- 
fsttnes que 
les indiens 
T opinamba 
tiennent a* 
uotr efié 
PrQpk*t*s* 




Wa*ofe »©- 

tables d'vn 
Battu âge r à 
la recomman- 
dation de la 
clémence en 
«j» Chef* 

XnL T&ph 
paba fins 
facile sa ran- 
ger far dotfc 
cew que par 
la violence \ 



Ù suceur des 
~Fraçoi$ efti- 
met de$$a&- 



HïJîM h Mif. des PP. Capucins 
façon douce , Scd'vn perfonnage qui 
nous gouuernera fort fagement^ &te 
dirayïàdeffus, que tant plusvn home 
eft nay grand & aucc de lauthorité fur 
les autres: d'autant doit-il eftre doux,, 
gracieux, & clément. Car les hommes^ 
& principalement ceux de cette Na- 
tion , fe rar gent plus facilement pat la^ 
douceur 5 que par la violence. Pour 
mon regard lay toufiours pratiqué 
cette maxime auec ceux iur lefqucls 
i'ay eu cômandemen^&tnen fuis bien 
trouué. î*ay toufiours auiïi remarqué 
cette douceur parmylesfrâçois.que 
fi nous les euflîohstrouutë autres que 
bons 3 nousnousen fuffioiis tous aies à 
trauers les bois, où Ton n'eut fçeu nous 
fuiure,viuans deplufieurs fruits & ra- 
cines que Dieu nous a données dont 
nous auons la connoiflance. 

Qvànt eft de nos façons de faire^ 
comme de tuer nos efclaues^de porter 
longs Cheueux ; fe percer Iesleure$ 5 



Graftieft*b~ 
mifsio» des 
$dUMgeS 

Tofmamba, danfer .> & autres femblables 3 nous 

ie quitter 



leurs cruau- 
texgffe cor- 
riger âe leur 'i 
mauuaifes 



nous en remettrons tous à toy>& fui- 
uronsencelates volontez, félon que 
tu voudras nous ordonner. Les Pem 
nous ont autrefois mafïacres^exerçans 



ml'IjleâeMardjmdft. ji 

beaucoup de cruautez fur nous autres, 
feulemëc à caufe de nos Icures percées, 
& denoslong cheueux , nous faifans 
rafer en fignedignominicTu nous du 
ras en cela ce qui eft de ta volonté > &c 
après i'auoir entendue , nous nous re- 
coudrons tous à ce que tu voudras. 

Il n'y eut perionne de la compagnie 
qui ne fuft rauy de voir & entendre dif- 
courir ce Braue & Vénérable Vieil- 
lard, auquelle Sieur de Rafilly fît cette 
refponce. 

I b loue grandement ta SagefTe (An- 
cien A my des François)de ce que cou- Jf/f^i 
fiderant la mifere & raueoglement de de Rafdiy 
ta Nation, non feulement en ce quire- T ^ co " r \ 
garde la connoiilancc duvray Dieu, de Mara- 
mais aufïides chofes neceffaires àiVla-s***- 
gc de £ homme , Tu te refioûis de ma 
venue &rdu deffeîn que fay d'habiter 
ton pays: car ç'euft efté vne defolation 
pitoyable que ta Nation qui a eité au- 
trefois fi grande & redoutée,&- mainte- 
nant fi petite, fuft entièrement perdue 
dans des deferts efîoignez 5 en la pôf- 
feffion de leroptry $ priuèe non feule- 
ment de la belle lumière &€ connoif- 
iaacedecegrandTc^^ mais aulïîde 



tlift. de U Mifi.ies PP. Capucins 
îa conuerfation des François , & des 
marchâdiles qu'ils Vous ont toufiours 
fournis durant le temps des perfecu- 
tions que vous Ontfaiéts les Pero. 

Cette co^npaffion a telleiiient 
touché le courage de mon R6y ^quil 
ma enuoyé vers vous autres pour vous 
affifter.tant de ma conduite que de mô 
courage & de celuy de cesbrauesFrâ- 
çois que ie vous ay amené. Cen'eftny 
la beauté 3 nylesrichefTesdeton pays 
qui m'ont amené icy 5 n'y ayant pays 
foubsle Soleil fi beau & fi riche que la 
France -> Mais feulement le defirque 
i ay qu'après voftre vie 5 vos âmes foient 
preleruéesde ladamnation éternelle 
& des tourmens de leropary, & condui- 
tes bien - heureufes dans le Ciel auec 
Dieu & tous les bons Chrefticns qui 
fontfesvràysenfans \ lefquels viuent 
en repos àuec luy : comme auffi pouf 
mettre vos corps,vos biés &: vos famil- 
les hors d aprehenfîon de Hnuafion de 
vos ennemie : voila les deu# raifonâ 
qui mont induit à vous venir trouuer. 

I % n ay eu regret de laiiïeemon pays 3 
3BaFemme 5 mesEnfans.ny mes parés, 

& tant que ie reconnoiftray qu aurei 



m l'Tfte de MÙrtgnkri» j% 

la volonté de fcruir & adorer le Vray 
Dieu, d'eftre fidelles & obeifïansaux 
François , ie ne vous abandonneray 
point» Quantauxcommodnezquetu 
dis que i'ay IaïfTécs en mô pays, à la vé- 
rité elles font grandes & toutes autres 
fans comparaison que celles d'icy^qaais 
ceft affaire aux effeminez Se à ceux qui 
n'ont pas le courage guerrier de pe^fer 
à des chofes fi balles. Pourmoy ic toa, 
couftumerayfort bien à toutes fbjrtcs 
de viures &c d'incommoditez qu'on 
reçoitallant en guerre, eftantmapro- 
feffion. 

QvANTeft du fecours que Toy& les 
tiens me donneront pour ra'ayder àba- 
ftirdesforterefïes , ce fera voftrefeu- 
rcté &retaitte auffi bien que la mienne. 
Etnoftre eftabliffemcntfera le bien & 
la richeffe de voftrepays 3 &devoftre 
pofterité, qui fera dorenauant fembla- 
ble à nous, &fçaura toutes les belles 
chofes que nous fçauons. 

Qv a n t à la cruauté que tu m'as rc- 
prefentée des Ptro ,ic porteray ma vie < 
& celle de tous les François , pluftoft 
qu'ils abordent iamais en ce pays. Et 
pour les façons anciennes que vous 




Bifl.deUMifsJesV]?. Capucins 
prattiquez par vnc folie d'ignorance 3 
corne de tuer vos efciaucs &les man- 
gcr ? vous fçauez ce que vous auez tous 
promis auât que ic vinfe envoftre pays: 
pour cela ie ne demeurerayiamaisfur 
voftre terre fi vous noftez tout à faiâ 
cette coutume diabolique, contraire à 
lavolontédeDicu. Pour vos cheueux 
longs comme les portez, cclanenVeft 
defagreable.&rncvoudroispasqueles 
portaffiés autrement : pour vos leures 
percées 5 ie voudrais bien que de vous 
mefmesvous quittafïiez ce tre foie coû- 
tumc,mais pour cela quand Vous ne le 
voudrés faire, ic ne vous feray aucun 
xtialpourcefujcd 3 bien eft-ilvray que 
ceux <|ui s'en abftiendront pour la« 
mour de moy, ieles aymeray toufiours 
particulièrement: pour vos danfes , ie 
ne les trouue que bonnes quand elles 
fontfaiftes pour fe defennuier,comme 
hôus faifons nous autres. 

P o v k les loix que ic veux eftablir 
entre vous , ie ne vous en donneray 
- point d autres que celles de Dieu, & 
celles que nous pratiquons en noftre 
pays: & pour mon goûuernement en- 
tiers vous autres , ilneferaiamais que 

fort 



en l*IJle de Mtâajmân. 73 

fort doux & raifonnable.Tu n'as point 
nul iugé mon humeur en cela: mais il 
faut auffi que de voftre cofté 5 vous vous 
rendiez trauables 5 & que foyez bons 
aux François 5 car les mefehans qui . 
voudront toufîours eftrenialins&en- 
fans dc'Ieroptiyjt ne fuis pas venu pour 
eux ? mais feulement pour les bons , $c 
ceux qui voudront entendre les Pay, 
& obéir à leurs conimandemens. Les 
voyla qui acheueront le refte du dif- 
eoûrs touchant ce que tu mas allégué 
àcTcmpan^ du déluge, èc des anciens 
Prophètes. 

A vssî toft le Reuerend Perdues Réplique fa 
qui eftoit ià.priqtîa parole & dit à Upy *f££l 4 

Quajjou. de Mar*i 

ToVTce que tu as raconte de Dieu 3 &"**- 
de ce qull a créé toutes chofes, le Ciel^ 
FAirJa Terre^ la Mer 5 & tout ce qui eft 
cy bas , eft vericabk. Sa iufte cokrc 
contrôles pecheurs^ingrats de fes bien- 
faits; la vengeance par le déluge: Ten- 
uoy qu'il fit de Tes Prophètes parmy 
vous autres , les marques rnefme que 
tu en as veu , & beaucoup de François 
auffi D fur les roches de Potyioui la diuU 
fion deslangues entra vous autres ; les 








guerres , ks meurtres & perfecutions 
des Périt , tout cela eft véritable. Ces 
malheurs & chaftimés arriucntà tous 
ceux qui ne veulent entendre la parole 
de Dieu parla bouche de les Prophè- 
tes » 8c qui ayment mieux adhérer àla 
maudite periuafion de Jm^ryennemy 
mortel de l'homme. 

Mais lors que Dieu, qui eft tout 
bon,aîongteropspuny les pécheurs, 
les voyant humiliez &: comme réduits 
à néant, quand ils ont recours à luy , Il 
lesteleue de mifere , les rendant plus 
heureux que iamais L'exemple de vos 
Pères vous doit feruir ; & nefaire pas 
malmenant comme ils firent autre- 
fois. Car Dieu nous ayant enuoyéicy 
pour la dernière £bis,voir fi défi riezd'c- 
flremisaunôbrede fesenfans; fi vous 
eftiez fîimprudés & miferablcs que de 
ne nous eCcouter pas, vous vous trou- 
veriez encoren plus grande raifereque 
iamais,& voftrc Nation feroit entière- 
ment ruinéc.Mais fi vous voulez vous 
remettre à la volonté de Dieu, efcou- 
ter fa parole, & enfuiure fes cômandc- 
meas, vousneferés iamais abandon- 
nez de nous autres qui mourrons tous 



enVîfle dMaragmnl 74 

pouryoftre conferuation, ny des bons 
François auflï qui ne quitterons ia- 
mais voftre terre tant que nous y ferôs* 
Ce vénérable vieillard japyQûaJpw 
fut merueilleufemcnc -attentif, comme 
tous les auttesjndiens là prefens , aux 
difcoursfufdits } àquoyil répliqua ce 
qui s'enfuir, > . 

le nvefîouis extrêmement de 
vous voir, & ne manqueray atout çè 
que ie vous ay promis. Mais ie m'eftô - 
rie comme il le p,eij,t faire que vpus au- 
tres Pay ne, vouliez pas de femmes. 
Eftesvous defeendusdu Ciel ? Elles 
vous naiz de Père & de Mère ? Quoy 
donc! n'eftes vous pas mortels comme 
nous ? D ou vient que non feulement 
vous ne prenez pas d^ femmes^inft 
que les autres François qqî ont trafi- 
qué auec nous depuis quelque quaran- 
te & tant d'années^ Mais encore que 
vous les empeichez maintenant de (e 
feruir de nps filles : ce que nous efti 7 
mions à grand honneur & va grand 
heur 3 pouuans en auoir des enfans? 

Comme de faiâ: iufques alorf > 
ils ont creu que ce leur cftojt vnç 
faueur très-grande : Et voyant qu4 



Queftions 
propofies 
attx Pères 
Capucins 
par U Trim 
ctpal deMa * 
ragnan» 



Capucins 
ddmïrex^ des 
Sauvages 
Maragnaw 
vottr leur 



Refyofe fm 



MpMhMifsJesPP-Cdpttcws ; ;: 
les François de noftrcGompa^nif, ne 
fe donnoient pas tant de liberté com- 
me iadis ceux qui nous [auoient précé- 
dez l ils cftimoiçnc que c'eftoit vn mef- 
pris poor eux , & vn grand mé'contcn- 
fementpourleurs£lks,quelquesvncs 
4efqudlcs côme toutes defclperécs,di- 
ioieotfe vouloir retirer dedâsles bois».' 
.puifque les François 'qui fon fleurs bôs 
compères (ainfiksappeîlent-ils)ne les 
vouloient plus voir. 
Le Reuetcnd'PjBrcIucsJuylfitref- 
£2$ ï ponce. îe m'eftonne de tes paroles lcf- 
UdugnAn. quelles nous feaiblent bien cftranges, 
puifque toy meftne peus bien iuger que 
bous femmes des hommes compofez 
decorps&d'AmeSjnaizdepere &: de 
merecomn>etues, &: non pas dépen- 
dus du Cieh car bien que nos âmes ti- 
rent leur origine immédiatement de 
f^nt Dieo i parla création quïl fai& d'iceU 
LumenUt les dedans les corps organifez auven- 
>*""•; Êredeiamefetfieit-ccneancmoinsque 
Jamais elles n'ont eftéauCiel, &par 
iTami 4 confeqûenc ne peuvent eftre d'efeen- 
}if£$ à$i<w dee$delâ 5 ny moins les corps que nous 
l *ZftêS aa©ns ainfi que tu monftres croire pat 
à*ctdàw%z demande. 



enlîp de Maragmn. 7$ ; 

Q van Va la mort ^ eiïans hommes La mon fol 
CQmmetues 3 nousn'en fommes non emtahu ° 
plus exempts que Toy$ d'autant que 
c'eftvnmaî-heurmeuitable 5 &. yiiar- 
reft du grand Toupm \ fans appel, que 
tout homme en punition de la faute de • 
noftrc premier Père, doit mourir vne 
fois» 

Povr ce qui eft des femmes 5 Dieu 
nous commande, à nous autres,de ne 
nous marier ïamais 5 U nous deftéd ab- . 
folymëtleur côpagriic, afindeîeïeruir ^^ iV 
plus purement ; ne voulant pas que {es e ji cèmmadé 
facremens foient maniez que par ceux a » xVre fl m - 
qui viuent en continuelle chafteté. 

Qv a nt aux autres Chreftiensqui 
fontfes enfansparlc moyen du baptef- ^ AT u gt à 
mejlleslaîffe libres de fe marier s'ils ^mpermh^ 
veulent^ Sdeur perm et d'auoir vne fenv %$£?* 
mefeulement & non daiuntage, com- 
me aux filles d'auoir vn feul mary fans 
iamais fe pouuoir quitter : que s'ils fe 
quittent il n^e v eut pas qu'ils en prennéc. 
d autres:car les hommes qui ont plu- 
iîeurs femmes , & les femmes ou filles 
qui s'abandonnent à plùfieurs maris., *V*/'>* , 

* r "r 1 ■ ii ^ d'homme & 

ne font pas vrâys enraas du grand Tou~ defemme* 
gw^mais ferfs de leropavy qui eft le Dia- &jMȐv 
hk. 

K Jij 






emmes entre 



M/?, de la MiJ?. des PP f Capucins 
Q v e fi queîqu va Centre vous défi- 
Cranté de re cfire enfant âc-Toupm y &*reçeuoirIè 
fainét BapteXmc^Il faut qu'il fcrcfbu- 
àe à quitter la pluralité dés femmes qui 
fe permet entre vous, c eftàvôus àya~ 
mlctz fine nous importe aucunement: 
ïious ne femmes pas icy venus pour 
V#us contraindre à quoy que cefbity 
ihais pour vous enfeigner ( auec le plus 
de douceur qu'il nous ferapoflTîble)quél 
eft le Vf ay ro^»&comme il le faut îer- 
uir& adorer. -, 
Ai*u *m- £ j { es François refufent vos filles ce 
imerUfiu- n'eu pas nous qui Ici'cmpeichbns, trop 
raittéde fe* bien les prions nous de fe refïouuenlr 
/iw ^r /^. c^ti ils font enrans du grand Toupan, qui 
taerUmsfih leur prohibe d'en abûfer,& comme tels 
nedoiûentpas deibbeir à ce qu'iNeur 
cdmmande a Auffieft-cevn€chôfebiefi 
dts-honnefte à mous autres de profti- 
tuer ainfî vos filles ,& à elles de fe don- 
ner à tous vcriàns comme elles fônt^ 
Vous monftrezbicn par 1k que vous e- 
ftes enfaris dcIeroparyiSi donc vous de- 
vrez èuïter les tournions qu'il vous pré- 
pareil faut necpflairement quitter tou- 
tes ces dam nables coutumes 5 &fcraiï* 
fer à celles des vraysenfans de Tottpm\ 



enPlfledeMdrajwm* y 6 

A quoy ce bon Vieillard répliqua , 

^u il eftoit bien aife qu o Ipy auoit parle du PWwd/ ^ 
franchement: & qu'il nefailoii pas nous l% Mat*-. 
eftonnerdeiadcmande;d'au£ant(€edi r ^^ 
foit-il) que parmy les Pero , il y enauoit nwsaneciu^ 
eu autrefois qui fe difans de la côdition 
des Pâleur auoient voulu perfuadçt 
fembIabîeschofes:Et quant à lùy^quil 
ne maâqtreroit de raconter à Tes fem- 
blables,quip6ur lors n'eftoient là 5 les 
grandes m cruci-llès qu il aupk enten du, 
dontil eftoit tout rauy,aufli bien que 
les autres qui cftoient prefens. ^ 

ApREi cela chacun fe retira,nour 
doutansbien que le fuient véritable des 
queftions qu'il nous auoit Fait, n'eftoit 
fondé qqe furvnc certaine Ijiftçire e- 
ftrange^quedcfiaqows aurons apris des 
FrançoiiS5& que du depuis nous auons 
encor entendu des Indiens mefmj^j fé- 
lon qu'il eft déduit au chapitre fuiuant. 

K iii| 








i 



jtiift. de U A4 ifs* des BP.CapMCWsl 




HÏST0 1KE DANGER* 

tâinferfonnagequifedifoitejîre 
deJcepduduCieL 

Chap, XI L 

Ly aenuUofeptansqu vti 
certain perfonnage ( du- 
quel pour plufieurs raifons 
\ ietafray lenom &.la quali- 
té) voyant que les Indiens 
ropinamkMqui aupatauant dermearoiét 
vers le (repique de Capricorne) s'e» 
fiaient réfugiez en Tlfle de'Maragnan^ 
&pays cirqonuôifins pour fuir la do- 
mination des Portugais 5 partit àcFer- 
mwèottrgmccvn fîen compagnon fuL 
uis de quelques Portugais, &: de huift 
çudk milles autres Indiens de mefme 
toation, qui eftoient en ce lieu, tât hom- 
mes que femmes &: petits enfans, 

"L'on nefçait fi quelque bon zèle lé 
pottoity ou vne mauuaife affedion. 
Tant y a que ce neftoit fans yne refolu^ 
tkta' tres*eftraDge ^ &c quelque parti- 



enl'IJledeMdvtgnan. yj 

eulier deffein, puis qui! entreprenok 



enuïron cinq ou fix cents lieues de che- 
min Ja plus part jBKes forefts tene- 
breufes 8£ des defe^Poien affreux, ac- 
compagnez de trcs-grandes incom- 
moditez^ qu'en premici il auoitprins 
tant de peine àapprendre la langue def- 
dits Indiens^ qu'il la parloit auffiparfai- 
temcntjques'ileuft eftédc leur pays. 

Il chemincli: à. fort' petites iour- 
nées,pours accommoder aux plus foi- 
blesdeceux qu'ilauoitàfafuirte. 
P army les chemins,cete grade troup» 
pe ne fe nourriffoit que de racines de la 
terre, dts fruiâs des arbres, des poiffôs 
qu ils pefchoient 3 d'oyfeaux qu'ils pre- 
noient,^ autres efpeces d'animaux, a~ 
uec leur farine qu ils portoient, laquelle 
vtinantà leur manquerlîs s'arrefîoient 
à plarrterleM^/ctf,feiournant à chat 
quefois iufques à ce qu'il fuft bon polir 
énfaircdelafarù^e. La fatigue d'vn fi 
long & (i pénible chemin n eftoit com- 
me rien à ces panures gens, tant ils ay- 
moîent & cherifioient ce perfonnag;e 
qui les conduifqit, ayant acquis vn tel 
çenom entr eux 3 qu'ils le tenoicnt pour 



fÈà 












Hift. de td Mijl. des PP. Cdp$tcins* 

vn trcs^grand Prophète, 

Témérité \ L leur donnait à entendre & les 

lïge P qwfe fàfoit croire ,fojM^rxharmc jfoitpài? 

dt/gif eftre piperie, qu'il n'euoit pas homme né dû 

&f™> d » à» pere,ne de merc eommeles autres, ains 



qu'iîeftoitfbrti de la bouche de Dieu 
le Père, lequel l'auoit enuoyé du Ciel 
icy bas pour leur venir annoncer fa pa- 
role. Il difoit que c'eftoit luy qui fai- 
foit fru&ifler la terre /qu'il leur enuoy- 
ok à cet efifeâ le Soleil & la pluie , bref 
qu'il leur donnoittous les bies & nour- 
ritures qu'ils auoiento 

Fay aprk de ceux qui ont efëéàfâ 
fuitte, qu'ayant befoin de vin,&d*aùtres 
chofes femblables, il fe retiroitvn pe- 
tit en arrière, & leuant les yeux en 
haut, il difoit d'vne voix intelligibles 
Mon Dicu,cespauuresfoldats font ne- 
ceffiteux de vin, ou de telle chofe, ic 
vous prie deleur en donner ïîc incon- 
tinent après il leur apportoit quelques 
bouteilles devin, & ce qu'il auôii de- 
mandé, difant que Dieu leur ennoyoîs 
cela, dont ils demeuroiens tous cfîon* 



tht-ljle de Mdragnm. 7 S 

riez. Ilfaifoitle fcmblable pour auoir 
de l'eau lors qu'on en auoit befoin 
pourlcrafTafîernent de certe trouppe 
qui le (uyuoit; car après qu'il auoit fait 
faprierCjilcommâdoïtà quelqu'vnde 
creUfer la terre en la place qu'il mon- 
troit ,affeurant qu'on y entreuueroit: 
S^ de fait,ceux qui lotit veu > m'ont aP 
fturé qu'on ne rnanquoit d'y ea trou- 
uer, quoyqu'auparauantîln'y en euft 
iamaheu.Ceschofes&rpIuiïeurs autres 
le faifoiéteftimer beaucoup parmy ce 
peupJe,qui ne fçaùoit en quelle maniè- 
re il faifoit tout cela. 

Qy a n d on le priait de boire ou de 
mangerai s'exeufoit, difant qu'il n'a- 
uoit point befoin de nourriture cor- 
porelle pobrfe fuftenter, comme les 
autres créatures : maïs qu'il fe nourrif* 
fô'it d'vhc liqueur que Dieu luy enuoy- 
oit du Ciel 5 aufïï n'y a ► il pas vn des 
Indiens qui l'ayt iamais veu boire ou 
manger, tant qu'ils ont efté auecluy. 
Son compagnon fe nourriffbit aucc 
les autres , beuuant & mangeant com- 
me euxrEt quand ce perfonnage leur 
apportait les chofes que Dieu par fon 
moyen ( ainfi qu'il leur faifoit en ten- 







I 



Comme les 
Cannibales 



Hift. dekMtfi. des Pp. Capucins 
are ) leur enuoyoit miracukufement, 
fcn compagnon/ans fctupulc 5 en pre- 
noit fa part auec les lbldats 3 m.uj ruant 
àluy,ilne vouloir tien ( à ce qu'il du 
(oit) que la viande Cœlefte : que s'il 
prenoit autre chofe, c'eftoit fi fecrete- 
ment ,que pcribnRe- n'en voyoitrien 5 
par Je moyen de l'intelligence qu'il 
po-uuoit. auoir auec (on compagnon: 
& telle eftoit la croyance des plus iu- 
dicieux. 

C e perfonnage & toute fa compa- 
gnie eft-ant-arriuez au pays des Cannî- 
abanàountt baies 5 ils fe campèrent fur vne petite 
cottoua- montagne quis'appelleCWo^.au haut 
~dêssi>rt»g4is dclaqueltcilyauDit (cptouhuit villa- 
g/iwfr«^ g es dlndiens, qui ayaixs iccu la v^ 
nuë dVnc telle trouppe 5 quittèrent 
tout de crainte qu'ils eurent: &: fc ré- 
fugièrent auffi t oftj en la grande mon- 
tagne dlbouyapaj? voifine de Cof/oâ^en- 
uirondVnelîeuë. 

Cette montagne d'iboHydpap eft 
fart haute, y ayant bien pour quatre 
heures de chemin à monter au fom- 
metd'iceîle^ily a vne plaine fort lar- 
ge & fpatieufe 3 agréable à merueilles 
quia plus de quatre vingts heuës de 



Grande mo* 
&4gnedl' 
houyapap .' 
S£/a beauté. 



L 






en tlfle de M<tvagnân 9 y g 

h ngueur , & plus de vingt en largeur* 
quiïait qu'on l'appelle la grande mon- 
tagne, où il y a force belles fontaines, 
& riuieres d'eau douce ( cho(e ad- 
mirable ) remplies d'vne infinité de 
poiffbns de diuerfes efpeccs incôneuës 
par deçàjl y a auiïi de grâdescâpagnes 
&c plusieurs forefts remplies de tant de 
fortes d'Oyfeaux, & d'animaux excel- 
lents à manger, que c'eft meruçille, 
Brefc'efivne demeure extrêmement 
aggreabk àcaufe de la bonne cempe- 
rature del'airquiyeft, nytrop chaud 
ny trop froid^qui fai&quc cette mon- 
tagne eftoit fort habitée ^ & y auoit 
plus de deux cents villages d'Indiens. 
Ceux de Coûomcihntamucz en cet- 
te montagne 5 firent entendre aux 
habitans de ce lieu^Ia caufe de leur fuie-* 
te pour les troupes fufdites 3 qui eftoiéi: 
arriuèes en leur terre. Auflîtoft quel- 
ques vns d'icclle montagne partiren£ 
auecles Français qui eftoient en ce 
lieu 5 & s'en allèrent fur ladite monta- 
gne de Cornm, laquelle venoit d'eftre 
enuahie des Portugais & Indiens de 
Fcrnambourg,qui ne faifoientque d y 
monter* - 




I 



centre les 

Portugais, 



i BiflJeia MifsJesPPXàpucins 
P endant que lefdirs Portugais fe 
fortifioiét dedâs vn des villages qu'ils 
auoiêt trouué vuidçyceux dlbouy^p 
ne firent autre chqfe toute la nui<5t que 
decoupper du bois , & le lendemain 
înatin ils baftirent vafort tout à l'en-* 
tt'J cr tréc -de la Iqfdite montagne àvnclicuë 
dis indiensipres de ctttearmee. La plus part des 
habitons de Cotiôua } qui s'eftinent ré- 
fugiez fur là grande montagne,voyans 
que leurs amis d'ibouyapap auoient faidt 
vn tel effort àlcur occafîon , etpoufant 
leur querelle, fe joignirent aùec eux 
dans ledit fort .où ils fe bàricaderent 
&fortifîerent à bon efeient cotre leurs 
ennemis. 

Qv.elqves iours après iaffeurance & 
les forces leur croiffantauecle coura- 
ge 3 ils délibérèrent de s approcher plus 
près de leurs ennemis, baftifïant vn au- 
tre fort à demie lieue d'ieeux, Sa quel- 
ques autres kifques au nôbre de fix /le 
dernier defquels neftoit qu'à la portée 
d'vnc harquebufe/ du lieu où la fuf- 
ditearmée de Fernâbourg eftoitaulîl 
baricadee , fe faifans cruellement la 
guerre lesvns aux autres i'efpaçe de fisc 
ïepmaines 5 oju quelques Portugais & 



entljlede M&v&gmm %® 

beaucoup des Indiens de Fernâbourg 
furent tuezXarefte de l'armée auecle 
fufdit personnage, fevoyans reduiâts 
en extrême riecelïkédc faim,, n'ayant 
plus de farine ny autre chofe pour 
manger, ny mcfmeefperance cfen a« 
uoir s'ils ne paiToieilt à la grande môfta^ 
gne d'ièouyapdp ( ce qu'ils ne pouuoiét 
faire à caufe des barricades & forteref- 
fesquiles en empefehoier) à demy de- 
fefperez 3 ferçibîurentvn Dimanche a- 
près midy 5 dattaqu er la première for 
tercfïè qui eftoit la plus proche A'eux^ 
çe-qinls firent à coups de fleches^d'har 
quebuzes, &demoiîfquet$ 5) auectant 
de courage qu ils forcèrent non feule- 
ment cette première fortere0e 3 mais - 
auffilafeconde & troifîefqae j où quel- 
ques François furent fort blefïcz, ce 
qui les efpouuenta tellemct 5 que voyât 
ainfî trois de leursplaces priteSj&qu'ils 
ne pourroient ïaniais rëfifter à vue fï **tr*itl'de$ 
grandearméefînôau préjudice deleur 1 ^^ 
vie 5 (c retirèrent en diligence fur la bo*yî f ap.-. 
grande motagne dlhouyap^ où eftant 
arriuezils mirent incontinent le feu 
dans beaucoup de leurs villages qui e- 
>ÛoiçqtJ rentrée de ladite montagne. 




JKifi.delaMifi. des PP. Capucins 
afin que les Portugais ne trouuafTent 
aucun lieu pour le retirer. 

Ils ne furent pourtant fi diligents, 

que leurs ennemis, qui les fuyuoiènt de 

prcs,netrouuaffentencorvngrandvil- 

lage nommé ^Irarenda fïtuê en vu lieu 

haut & efieué , où ils n auoient pas mis 

le feu, dans lequel ils fe logèrent & 

•fortifièrent trcs-bicn.C eux de la mô- 

Trife ^V tagnevoy ans cela édifièrent auffi toft 

¥ flac +*î Im v ls avis d'^rarertda vne forte placé 

far Us Fer- qu'ils appelleren t Èoiîacan ou ils te retl- 

t»gm r gèrent ôc fortifièrent fi bien qu'ils em- 

pefchcrent leurs ennemis de pafler 

plus outre 5 fe faifantpar rcfpace d'vn 

mois fi cruellement la guerre les vns 

aux autres, queplufîeurs Indiens de 

Fernambourg demeurèrent fur la 

place. 

Le fufditperfonnage &Ie Capitai- 
ne de Tannée Portugaife voyans' 
qu'ils neproufitoientde rien 5 trouue» 
tent bon de réuoy er vne femme qu'ils 
£enoientprifonniere 5 luy donnantvne 
lettre, pour les. François qui eftoienc 
auec les Indiens de la montagne, par 
laquelle ils les p ri oy en t que qu el quv a 
d'entr'cyx les vint trouuer auec toute* 

afTeurancç 



entjJledeMaragndn. 81 

aflcurance , pour conférer enfemble 
& auifer les moyens defairelapaix. 

Les François ayans reccu cette let- 
tre, ils en députèrent vn qui alla trou- 
uer les Portugais au fort d'strannda; 
oùeftantarriué, ce perfonnage com- 
mença à luy dire, qu'il s'eftonnoit ex- 
trêmement qu'eflant Chreftien , il s'e- 
ftoit allié auec des Sauuages & Payés, 
pour défendre leur party , faifant fi 
cruellement la guerre contre les Por- 
tugais qu'il fçauoit bien eftre Chre- 
ftiens comme luy, & qu'au refte il luy 
confciiloitdeles quitter pour fe venir 
ranger auec eux, s'il vouloit eftre agré- 
able à Dieu. 

Ci François luy fît refponcc qu'a- 
yant donné fa foy aux Indiens £ïbo»- 
^<*jf 5 infàllibIementiIsferoient mou- 
rir fès compagnons François qui re- 
ftoientaueciceux, fikurmanquoit de 
parole: Et pourtant qu'ils ne fc rçn- 
droicntiamais,fi lefdids Indiens nefe 
rendoientauflï. A quoy les vns & les 
autres ne pourroieht fe refoudre, n'e- 
fioit queluy & les Portugais leur don- 
naient afleusance de ne leur faire au- 
cun mal, croyans qu'ils n'eftoiem là 

L 



Portngais 
auec les 
François d'[ 
boityapdpt, 




m 




J}e te M$. iesPP. Capmim 
venus que pourles mtptendfe .& lcf 
mener «fdaucs à Fcrnambourg, com- 
me ils aaoïenc fait ïepaffé: Ce qui les 
auokoccafîoiîné deprédte les armes* 

• & fe mettre en deffaice. 

AtoïtsleCapitâincluyiura&pro. 

teftâ qu'il ne feroitfatô aucun tort ou 
dôoùgcaux Indiens, non plus qu'aux 
François , «e qu ds ne s'eftoiét là ache- 
minez à autre intention que pour ks 
iafitutrc au Chriftianifme & viurc 
parmi eux comme bons amis. Que s ils 
fe voulaient rendre, il leurSgnetoit de 
fon fang telle promette qu'ils defîrc- 
xoienc de & fidélité, &les affeur croit 
iur&vie. 
Ils parlementèrent tant par enfem- 
Accoti A {,1e qu'en finnsdeaieurerët d'accord, 
''ffi.^.fiqi^niaurdcPaf4uelcfilitsFtan* 
ta^M*. ç i s & quelque trente ou trente cinq 
Z^ * wi villages de lagrande montagne £î- 
£é$u^ fe rendirent aux Portugais. 

Avcvn.s neantmoins n'eftans fi 
crédules, mais de plusbraue courage, 
bc voulurent iamais s'accorder. Entre 
^ï^? { autftsvn nommé /ero/tfi? ( qui lignifie 
ié Diable ) leur .tint telle tres-valeu- 
ïeofement, & leur donnok bien delà 



enï ljle de MdYdgninl 82 

pine, pluficurs de fes confidents s'e- 
ïtantfortifîez comme luy en diuersen- 
droits,auecrefolutiô depfuitoft mon- 
rirqucdetomberenrefclauagede ces 
Portugaisidontl'apprehenfion les ani- 
ma tellement, que les François & les 
Villages fufditsles ayans abandonnez, 
fce delaîlTerent pourtant du depuis de 
leur ùhç vne guerre tresfanglante par 
J'efpaçedvnmois. 

Pendant lequel téps le Perfonnage 
çnqueftiô fajfojtplufîeurs remôftran- 
ces aux Indiens qui s^ftoientrendus 
pour les amadouer Srattrairee Et pour 
fcrendrepîus admirable &sauthorifer 
d'auantageentr'eux.ilfefaifoit efleuer 
deffus vne efpcce de branquart que 
deux Indiens porcoient fur leurs o£ 
paules ne cheminant nullement à 
pied>& al!oit,ainfj par tous ie$ villa- 
ges, , 

Qv\ind il arriuoit en quelque îiçu, f**/îA>-- 
IVn des principaux Indiens qu'il auoit Bnns k™ 
amené 4e Çernambourg nommé Tu^^dèl 
putapouçoitlny ÇcTuoil tomme dtyQ.pre- ******* 1*- 
curfeurou auant-coureuf. CaribSi^t f™*! 1 ^ 
àuffi toft fairevne harangue an tojirdes 
JogeSjdifant quelegrâdP^jeftoit venu 




HlflJthMtfsJes PP. Capucins 
&: qu'il le falloitreceUoir : Qu'il n'e- 
floitpasvnhomme né de Père nyde 
metc comme les autres, ains qu'il e- 
ftoit forty de la bouche deï)ieu5£ des- 
cendu du Ciel pour leut venir annon- 
cer fa parole diurne, & pourtant qu'il 
le falloit croire & luy obéir en tout & 
par tout. 

I l leur difoit auflî que c'eftoit luy 
qui&ifoit luire le Soleil,, qui enuoyoit 
les pluyes en leur temps , qui faifott 
fruaifîer, Scieur donnoit abondance 
detous biens. Quefil'onne croioit à 
£es paroles, il leur enuoyeroit beau- 
coup de maladies, la mort, la famine, 
Sdcsrëndroitefclaues auectous leurs 

enfans. 

Svr le champ que cet auant-cou- 
reur auoit paracheué fa harangue, le 
PetfonnagefuÇdit aflembloit tous les 
habitans du village & les prefehoit, 
confirmâdny mel'me tout ce que l'au- 
tre auoit dit,affeurant qu'il eftoit def- 
cenduduGiel&qu'.leftQit venu pour 
leur annoncer qu'il y auoit vn Dieu,& 
les enfeigner comme ils le deuoient a- 
dorer: que c'eftoit luy qui de fa feule 
parole auoitfaia rendre les F^nçois 



tHÏljle de MdragnànZ §5 

6f tous les villages delà montagnequî 
s'eftoient donnez a luy, & beaucoup 
d'autres chofes femblables qui leur v 
conçoit, paiTant en tels difcours&les 
iours & les nuids toutes entieres,aueç 
tant de zelc & de ferueûr, que ceux qui 
Font veu & entendu^'ont affeuté que 
fouuët la gorge luy enfloit par dehors, 
& luy faifoit grand mal pour la violen- 
ce âuec laquelle il parloir. 
Lis Indiens delà grand e montagne indiens ™- 
eftoienttouseftonnez de la, nouuelle Wmhh des 
do<ârine de cet homme, demandant IZ^dlalt 
fouuent aux François ( aufquels ils fe dejhrUsa- 
refioient&nonaux Portugais)/! cette hui£vnc ;^ 
dochrine eltoitveritable,fi celafepou- nage. 
uoit faire, &(î en France il y en auoit 
de femblables à luy 5 qui cuffcntlepou- 
uoir de faire fru&ifier la terre , & d*en- 
uoier des maladies comme il fe vâcoit 
en auoir le pouuoir. Que quâc à eux ils 
vouloientbien croire tout ce qu'il di- 
foit deDieu:quïl y en auoit vn , qui le 
falloir adorer, feruir & aymen mais 
qu'ils ne pouuoient adioufterfoy à ce 
qu'il difoit de fa perfonne* 

Les François leur rcfpondoient 
tgifauifi bcIc fâliok-ii pas croire,&: 




- 



mft.de UMifî. des PP. Cdpïtcim 
Ijue tout ce qu'il difoic de fby ëftoie 
faux: entre autres, vnieune François 
truchement leur fit entendre qu'il n'y 
auoit qqe Dieu feul qui ayant créé le 
Soleil aïnli que toutes les autres cho- 
fés^le faifoit luire pour noiis efcklrer,&: 
que c'eftoît auiïî luy qui nous enuoyoit • 
despiuyes eri leurs faifons ,-faifant-par 
cemoyenfrudifierlaterre 3 !quesâsIuy 
il eftoit impoffible a atioir aucune cho* 
fcy que luy feul faifoit &: nous dônnok 
tout ce que nous auons; qu'il ne fallok 
point croire ce perfonnage ', d'autant 
qu'il ne difôit pas laverité.n'eftant auflî 
poflfible qu'il peuft viure (comme il 
feinbloitfaire)fans boire ny manger. 
La remonftrancede ce ieune Fran- 
ks cois eut tant de pouuoir fuir ccslndiens 

mdtens con~ => i J • 

trevnqmfe delà grande montagne , que touaam 
difoh eftre \\ s commencèrent à tourner vifage , de 

defeendt* dit !• »•*'. • r 

C U au lieu qujls tenoient ce perionnage 

pour vn grand Prophete 5 ilslercpute* 
rent pour vn fignalé menteur , pour vn 
impofteur&mefchant home, croyant 
que tout ce qu il faifoit 5 n'eftoit que 
pour les affronter. Deflors ils conspi- 
rèrent fa mort , arreftant entre eux 
qui! le falloit faire~ mourir en qualité 



Remhe des 



mtlJ!edeMarœgwml 84. 

ilefcelerat auec fon fïccéïkmTnputœ- 
pucou. Et fur le champ des Principaux 
& les vieillards des villages (qui s'e- 
ftoient rendus àluy) furent intérims 
pour perfuader aux Frâçois de letufr,- 
ou de leur, donner quelque inuention. 
pom rempoifooner & le taire mourir: 
parce fdtfoient-ils) que-c'eft vn- mef- 
chant homme, lequel nous veut trom* 
per&dcceuoirpar fafauficdoâûtié. 

Qy 1 l qv ê s jours après , comme 
il fe falloir porter par deux Indiens fé- 
lon fa couihune, pour aller -prefeher 
parles villages* après aooir tenu quel- 
ques difeours à ceux quiîefuiuoient & 
portoient^ iîieur demanda -ce qui leur' 
femblpitde luy 5 & îuy ayant eftè ref- 
pondu par iceux ? qu'ils le tenoient pour 
vn grand Piophetcdefcendu du- Ciel. 
Il leur demanda de rçehef,s*ils ne le re- 
doutaient points & vfa de pîufîeurs 
autres termes non beaucoup agréables 
à ceux qui Tâccompagnoicnî. Ce qui 
fut caufe que ce peuple (qui n'a rien 
tant en horreur queîes rodemcyutades, 
defirant eftre conduit par amour) cre ut 
à Mnftant que ces paroles ne refen- 
toient rien moins que h douceur 3 ains 

Liiij 




*f 



tiifi. de U Mifi Jes PP. Otpucim 
trainoient quant & foy quelque forte 
de menace. Tellement qu'il n'eut pas 
fi toft âcheué fondifeours, que ceux 
qui leportoientjs'arrefterent tout court 
& luy dirent* Tu nous demande fî nous 
ne te redoutons pas: tien voila comme 
ira us te craignons 5 & le fecouant de 
(on branquar, ils le ietterent dedans 
vn matez, &femoquant de luy ils le- 
laiflerentlà, doù il (e retira, nonfans 
grande peine, par faffiftance dequel- 
quesvns. 
jijfautqm p | y de iouts après ils prindrentre- 
l ^ZTk folu tionauec les Portugais & Indiens 
vnvwuge de leur compagnie 3 aflîftez des Fran- 
iiboiéjfapap. çoisqui s'eftoient rendus à eux, d*af- 
iaîllir le village àélerbpary,qm leur fai- 
foitvne guerre cruelle: &defai& vn 
Dimanche matin enuiron trois femai- 
nés ou vn moîs après Pafques, pendant 
quelesFrançais&Portugaisdoanoiet 
parle derrière duyillage, Ce perfonna- 
ge ayant fon efpée, montoit à Fefca- 
làd%5 &: comme il fut fur le^empars 
de bois qui enuironnoient le ïuldiâ: 
i village, le fils du dit levopary eftant de- 
dans, Ietirad'vn coup defleche, qui 
luy tranfpcrça la gorge, fi que tombant 
à laremierfc, il demeura aocroché & 



tn.tljle de Mmgn&n. %% 

pçndu par vn pied : c*t Indien le voyât 
ainfi, non contant du coup qu'il luya*- 
uoit donné^il print vn TAcomrt, qui eft 
m forte de fleche, ayant le bout d'vne 
efpecc de rofeau fort dur 3 lôg d'vn pied 
& large de quelques trois doigts ^affilé 
comme le fer d'vne pertuifane) &C le ti- 
rant pour la féconde fois luytranfper- 
ça le cofté,doù fes entrailles fortanSj il 
le ietta du haut en bas. 

Incontinent après Tuputœpvu- 
awfutauffi tué, auec beaucoup de Por- 
tugais S>c plufieurs des Indiens qu'il 
auoit amenez de Fcrnambourg, Le? 
autres qui refterent ( en petit nom? 
bre) voyant que le fùfdit perfonnage 
( qu'ils tenoient pour Prophète) eftoit 
ainfi mort,apres l'auoir enterré au mef- 
me lieu 3 ils s'en retournèrent à Fcrnam- 
bourg. 

Et deflors plufieurs Indiens de la 
grande montagne fe retirèrent en Mfle 
de M(tr*gnan,où ayant encore à prefent 
la mémoire toute fraifche des compor- 
temensde la doâ:riae&: de la fin tragi- 
que â dudk perfonnage i qui leur auoit 
caufé tant de mauxjis auoient bien fu- 
i-câ de 4 nous faire toutes les fufdites 
queftionsi 



Mort i'vt% 
certawper* 
fonnage^u* 
fe drfott des- 
cendu dlé 
Ciel. 

Tocouart *f- 
pi t e de flèche 
des Indiens* 



Defaiftedes 
Vortugaisjtp 
U montagne 

d'ibôiïydgap 



Bifttdt h Mi$Me§mXœ$>nm® : 



COMME LA CROL 
fut plantée a zJMaraman y &* 
la terre beni&e* 

Cm av. Xlll 



j&monftrace 
fattt* aux 
Indiens To 
pmamba 
fom les dif 
pQ/erÀplan 
ter la Croix 
tnîUlë&s 
Mdragmw, 




fOvTis ces chofes cûàpte: 
|| ; ainfidifpafees^on fit ente- 
ndre aux ïndiêsques'iisYoy^ 
Joient faire alliance auec les 
François 5 & embrafferkar 
Religion Catholique, Apoftoîique 5 & 
R omaine félon que cane de fois ils leur 
aupient promis ,il£iIloit auant toutes 
ebofes 5 planter & arborer auectrionw 
phe^Eftendartdela faioâxCroix^le- 
quel feruit de tefmoignâge à vn chacun 
du defîr qu'ils auoient de recevoir le 
Chriftianifme^ & dVn perpétuel rpe- 
jmorial 5 & à eux & à toute kurpoften-* 
té^dela fin pour laquelle nous prenlos 
poffeffion de leur terre au nom de I e - 
Sts-Christ, félon . mcftiie la t c-? 
quefte qu'ils en auoieritfaiâ à f>o$rç.. 
Roy Très- Chreûien \x £ qiiepM..lc 



en Pljle.de Mavdgnan, 2ô 

wjoyen & en la vertu de ce glorieux fi- 
gne'i ils faffent rendus criomphans de 
tous leurs ennemis.» & du dur eleiauagé 
du exu cl leropary, qui eftk diable., & mis 
en la glorieufe liberté des vrays enfans 
de Dieii,apres la régénération de 1 eau 
du lainâ: Baptelme. 

C e dïfcours leur fut fi agreable^qu'îls 
prindrenr rcfolution de s affembler le 
hui&iefrne de Septembre, ipur de la 
Natiuité de la tres-fain&e &irhmaculèe 
Vierge Marie. Auquel iourils. ne 
manquerenr defetrouuer de bon ma- 
tin auec les FtançoîSb'Et après auoir cé- 
lébré 'le làmd lacrifice de la Mcffe en 
noftreChapeile.nous partifmes tous de 
ce lieu, âîlans procefïibnnellemcnt au 
fufditfbrt. 

En premier lieu marchoit vnGentii- 
homme portant l'eau benifte > vn autre 
lefuiuoh qui pbrtoit l'encens j vn autre 
rencenfoir, après luy marchoit vn qui 
tenoit en Tes mains vn très beau Cruci- 
fix , qui nous auoit efté donné par le 
Sieur du Manoirideux ieunes fils Indiês 
enfans des Principaux portoient deux 
chandeliers auec les cierges allume^ 
aux deux cofiez de laCrpix^i'vn dïcevax 



des Indiens 
font '.planter 
la Croix* 



Les cenmQ<* 
nies & pro- 
cefào.n file- 
neLfià flan* 
ter la Croix 
à Maragna* 



I 



Hijï. dé la Mif$.des PP. €apu6m 
eftoitappcllé Iouy y (qm depuis fut nom- 
mé Charles en ion bapte(mc) fils de ' ld- 
pjOmffoutpnncip&l de toutel'Iflci l'au- 
tre eftokle pethnlsdeMarfyjtperoJvn 
des plus grands dudit lieu, il fe nom- 
''itoohPdt>ou4.y6ct&oit le plus ieunedes fix 
que nous auons atnené en France 3 le- 
quel fut appelle lacquesau Baptefme 
qu'il receut peu auant qu'il mourut. 
Ces -deux ieunes Indiens eftoient de 
mefmcaagc, & IeSieur de Rafilly les a- 
uak fait reueftk de mefmes Jiurêcs* 
s'eftant dônez à luy d es noftre arriuée à 
Maragmn. Nous autres quatre Reli- 
gieux eftant reueftus de nos jfurplis 
blancs nous fuiuions la Croix par or- 
dre i Et en après marchoit le Sieur de 
Rafilly Lieutenant gênerai pour leurs 
Majeft ez,auec toute la Noblcfie cha- 
cun en fon rang, le refte ic$ François 
cheminant éicc les Indiens en pareil 
eftat. 

C e f en dan t no us commençâmes 
k chanter les Litanies de la Vierge Ma- 
Ei£,ainfi que nous auions fait plantant 
îa Croix an Tïflette fain&t A nni E- 
flans arriués au fort y au lieu defîgné 
pour planter la Croix ( laquelle cftoit 






1 



m tjjte de Marfignan. 87 

fort grande, & toute préparée fur la pla~ 
ceJlVn de nous entonna le TeDeum Un» 
damus^qncl'on continua auec quelques 
oraifons. Apres IcfqUelles l'on fit vne' ^ & 
exhortation auxFrançois^de lagloirc, * f ^ m 
de l'honneur 3 & du mérite qu'ils acque- u propaga- 
roient dcuantDicu& deuanfcie monde, T^^ 
d'eftre comme les premiers Apoftrcs "*'' 
quiauoientfî glorieufement arboré ce 
fain&bois en cette terre infîdelle,& of- 
fert à Dieu le Perc ce facrifîce qui iuy 
eft tant agréable du tres-precicux corps 
&fangde fon fils vnique noftre Sau- 
ueur jenladionque nous auions faite 
delà fainéte^Vlcfre, laquelle perfonné 
n'auoit encore auparauant célébré en 
ce lieu. 

S 1 toft que céte exhortation fut finie, 
îcSicur des Vaux fit pntendre aux prih- f e Tf rAmi 
cipaux des Indiens^ autres de leurNa- S&SS 
tion quiaffiftoientlà^lacaufcde cette ? lanter l * 
a&ion, &lefujetpourquoy nous plan- ***** 
tioqs cettfe Croix, leur difantquec'c- 
ftoir yn tefmeignagc de l'alliance qu'ils 
faifoientaucc Dicu 5 & vneproreftation 
folemnelle d'embraffer noftee Rcligio, 
renonçant entièrement au maudi& h~ 
y^^quiiaraais oc pourrait fubfîftcr 



; Hifl.de h Mifî. dès PP* Capucins* 
dëûant cette fainfte Croix , lors qu'elle 
ferok bcnift*e.,& ferok contrainâ: de 
vuider le pays,y,eftant plantée. Au moi- 
en dequoy, ils s'obligeoient première- 
ment à quiter leur màuuaifc façon de 
viure&principalenientde ne plus man* 
ger chair humaine, fufi-il de leurs plus 
grands ennemis; fecoiidcmenç' d'obéir ' 
ànosloix& atout ce que les Pâleurs 
enfeigneroient, finalement à combat- 
tre 'valearcu-fcment foubs ëe glorieux 
Eftendart^ Sr.p.luftôft mille fois mourir 
que de Jamais permettre que cete fain- 
éfce Croix fuft arrachée de là 5 après 
qu'elle y feroit plantée. 
®e»otiondes . L e s Indiensiurent tellement atten- 
indiens a» t tf $ £ cç djfcours', qu'ils nous faiioienc 
bien paroiftre par le dehors 3 f émotion 
qui leur auoit caufêe en leur intérieur, 
affeurant que volontairement & de leur 
bon gréils receuoient & embraffoient 
tout ce qu'il leur propofoit ; attendu 
meftneque dés longtemps ils defiroiêi: 
connoiftrcleDieuqpe nous adorons, 
&d , apprendrecommentillefalIoitre^ 
xiïr & adorer , prdteftans que iamais nç 
manqueroiçnt à la promeffe que Iprs 



figne de la 
Croix» 



mi'îfle de Mtrtigwkri* • 88 

lîsiaïfoient (olemncllemenr. 

Ce la fait la Croix fat benifte auec 
coûtes les cérémonies qui font portées 
dans le Pontifical Romain : puis elle 
îut adorée, de tot^s* Premièrement de 
nous quatre 3 en après du Sieur de Ra- 
iiliy 3 des Gentilhommes^ & de tous tes 
François les vns après les autres. C'e- 
Itok enofe bien agreabie à voir^ car 
chacun procedoit fi deuotement à l'a- 
doration d'icelle & auec vnfi bel ordre,, 
que cela eftoit capable d'amolir les 
cœurs les plus durs. Durant cette ado- 
radon 5 nous chantionsTHymneF^^ 
Me^lsprodeunt^que nousrepetames plu- 
fieuçsfois iufques au verfer, O Crux aue 
5$e$vmç4 t Et après que les François eu- 
rent adièué/tous les ïhdiens iadore- 
renc âuffi les vns après les autres, auee 
vnereuerence & modeitie nompâreiî- 
le. 

s - Les principaux y vindrent lespre- 
iniersaucc vne particulière d^uonon, 
feruant de bon exemple à tous hs au- 
tres, ils eftoient reuçftus de belles -ca- 
laques d'vn bleu Çœlefte , fur lefquel- 
les il y audit des' Croix blanches de- 



Beneài&hn 
$1 ad 9 ratio** 
dt la Croik 
en Vlflç de 

Maragnaur» 



hU amuttQU 
des T&ptna- 
baen l'ado- 
ration d$U 
Croix» 



F 



Hift* dé U Mifê. des PP. Capucins 
uant S/ derrière , que les Sieurs Lieute- 
nants Généraux leur auoient données 
pour s'en feruir en cefte aétion & autres 
fcmblables folemnitez- Ils furent aufïï 
toftfuiuis des Vieillards & Anciens , &c 
puis de tout le refte des Indiens qui y 
cftoientprefens. Us venoient tous par 
ordre & fans confufion les vns après les 
autrcsjes mains ioinâxs, feprofterner 
les deux genoûils en terre deuant ladi- 
te Croix , ainfi qu'ils nous auoient veu 
faire, Tadorant & baifanc auec autant 
dercuerence, d'humilité 3 & de deuo* 
tion 5 que sils eurent efté nourris tou- 
te leur vie -au Chriftianifmc, Si qu'en 
leur extérieur , on nepouuoitiuger au- 
tre chofe qu'vn effed de cet efprit Di- 
uin qui preuenoit ces pauures âmes 
Saunages, Sdesdifpofoit par l'influen- 
ce de Tes grâces à embraffer la vray eRc- 
ligion. A peine croyriez vous l'abon- 
dance des larmes qui coûtait de nos 
yeux pour la ioye que nous aurons de 
voir des Vénérables Vieillards, & de 
ieuncs enfans ainfi ptofternefc au pied 
de cette Croix. 
r ' »* Mxis.qui pouvoir exprimer la fer- 
ftt»nJ%* ueur deee peuple, aydant à nos Fran- 
çois 



cntljle de Mdrdgnàto. 89 

çoisà planter ce glorieux eftendart au !nd > em *® 

* ... L i r .• ° .. ■ plantant 14 

milieu de leur terre? Vous les voyez Cr@fXt 
tous Te mettre en. devoir pour lefleuer 
eux mefmcs auec vn zèle indicible. & 
courage non pas Payen , mais vraye- 
ment Çhrcftichjtridmpantàinfî viiSto- 
neufementdececruel&maudit/^^i- 
tj 7 auquel deflorsils renonçbient pu- 
bliquement par cette a&ion héroïque 
&: Çhreftienne, le depoiïedant & chaf- 
fant de fon Royaume , pour receuoir & 
y eftablir le Soudain Monarque du 
Ciel&de la terre, I esvs Christ. , 
P £ NI) a n t qi*e les Indiens elle- 
iioic.Dt &plantoieoc û courageufemênt; 
U Croix, nous eftions tous ptofternez 
à genoûilSjChantans Oçrux aue/pesvm< 
ca,m hac triomphiglôri4>é ce qui (u iî 3 i u ec 
l'oraifon à la fin que TËglifc chànfcaù 
iour derExaltation de làiaiiûâcCroix: 
Ainfiquelon peut voir en la figure fui- 
Uânte que hous allons mis en c^ lieu, 
pour remarque de la ferueur & âe'uqv 
tion des Indiens^ le contentement du 
LeéteurChrôftien» 




ml'ljle de Maragnml go 

Σ ncpourrois iamais vous faire en- 
tendre le contentement que nous ref~ 
fentions^ de ceque nous&uions le bon- 
heur de voir de nos propres yeux* Tac- s l 
complément des promets que ce c^l'/ÏÏ 
grand Dieu aùoitfaide$,d*efleuervn fi- ^treUsSa^ 
gneésRcgioftsIo^ 
mefmeparfon Prophète y Ecce!eual?p ad <fcb;«». 
génies manummeam^^ ad populos exaltaho ïfii ' 4 *' 
j!gn*mMeum,Voicyïèkuctaymz main 
aux Genuls 3 &exalteray mon Agneaux 
peuples» Mais combien de louanges &: 
actions de grâces luy rendions nous,de 
ce que fa Diuine Majefté auojt daigné 
parmy tant dépeuples j feferuïrde nous 
pour aller planter fes armes dans Hioft 
de ceux quiiufques là auoieut cfté re- 
belles à (es fainâes loix 5 &où iamais 
ferfonnenauoitentreprins (au moins 
n eftoit venu a bout)deplanter & arbo- 
rerceSignetriomph^nt.ainfi quen ce 
iourremarquableil fur exaké à i'Ifle de 
Maragnan^ au grand contentement de 
tous? 

La Croix cftant plancée 3 commeilefë Bmemim 
dit.riflcfutauffibenïfte, pendantonè 'i'/'J 1 '*' 

u tort & de nos vaineaux on tiroir for- * 
cecanooâdesenlîgnedejrefiouiiïanc^ " 

M i| 



Hift. de UMifs. des PP. Capucins» 
f" m % f Le Sieur de Rafilly nomma ic fort, t i 
&S. joudesaikc t L o v y s , en per- 
ûaragnm. petuclle mémoire de L o v y s t r t z i- 
jsmij Roy de France et de 
Navarre, Et le Hauie,ou port qui 
eftaupieddufortjillappella,LE port 
sainte Marie, tant à caufe de la 
Reyne du Ciellafacrée Vierge Marie* 
laNatiuité de laquelle le celebroic ce 
ioutlà s quepourlerefpe<adcfon Ima- 
ge eh terre , M a r i e d e M e d i c i s 
ReynedeFranceet de Na- 
varre, Merc .& Régente de Noftré 
ITrcs-Chreftié Roy que laDiuineBott- 
té nous veuille longuement cooferuer» 



DES FKriCTS DE LA 
Croix âpres quelle fut plantée. 

Chap. XIV. 

] A Croix eftant plantée en cet- 
ce terre benifte, au grand con- 
Jtentement de tous, elle com» 
rnenea aufïi toft à fructifier comme la 







en Tlfle de Mmgnan] 91. 

Paîmc & dpandre (es vertus admira- 
bles fur ces panures peuples, faifant voir 
que Dieu auoit en ce lieu, des âmes de» 
ftinées pour Top feruice, fur lefquelies 
fon Sang p régie vx deuok eftre 
vtilement appliqué. Car depuis qu'eux 
mefmes fe furent mis en deuoir d'arbo- 
rcrla Croix de noftre Sauuçur Ie s vs ^ iela 
Christ, iterécèureat vne nouuelle 
fonre& vn particulier courage qui les 
pouffoità dcfirerleChnftianiimeauec 
plusdezcle&de ferueurquauparauât, 
ce grand Dieu faifant ainfî rayonner 
(parla vertu d'icelle) la fplendeur de fes 
graces.au milieu des tenebjes d'infîde- 
îitë,beaucoup plus abondamment qu'il 
n'auoit fait* Ce qui eftoitaiTez facile & 
aifé à iuger 5 par le notoire Se vifible fen - 
timenc intérieur de pièce & deuotîon, 
que ces pauuresSauuagesfaïfoient voir 
en leur extérieur, defirans tous d'auoic v 

vnP4y(ainfihow$appèJleni>ils) en cha- ïtsvv. Ca* 
cun de leurs villages, tant pour y plan- t Mtn% à f~ 

i Js • f\ i ter par les 

ter des Croix ( eilans deuenos ama- Toftnamha 
teurs d'elle depuis ou'dîe fut efleuèe enchac » n & 

r « v l A « • n • leurs villa* 

fur leur terre ) que pour les mitçuirc 
auffi &: leur donner le baptefme, efti- 

M iij 




Hifl. detaMijï. des PP. Capucim 
mant, ioubs vne générale notice Se 
confufecognoiiïance qui s'eftoitinfî- 
nuée parmy eux dés noftre abord^qu'il 
eftoitla Porte pour entrer au Chriftia- 
nifme, & le feul moyen pour cftre faits 
enfansde Dieu &c participer au bon- 
heur dont ils nous eflimoieiit iouyf-. 
fans. 
Ajfettio» Ils venoient continuellement par 
des indien troU pp CS DOur aU oir feulement leçon- 

enuers les t • » n 

Pères Ça. lentement de nous voir , s arreftans 
f*chs. auec nous, affis( à leur façon) fur la 
terre r-cfpacc de deux & trois heures; 
les vns à difcourir& nous interrogée 
auec vne modeftie & beaucoup de 
grauitèj les autres auec vn ïïience fe 
conteptoient de nous contempler & 
confia ererattentiucmenr toutes nos 
avions & façons de faire , tant en pri- 
ans Dieu &: difans noftre feruice^u'en 
eftodians & prenans noftre refe&ion, 
ians nous interrompre aucunement* 
D'autres paflbient le temps auec vn 
grand gjtaifîr & beaucoup d'admira- 
lionàregarder lesliures &C quelques 
tableaux que nous auions,pîenans de 
îà fuiet d'entrés en quelques difeours^ 



a$ec grande douceur & familia- 
risé. 

D'auantage ie diray que pîufïeurs ^^ 
Vieillards d>n afpe&vencrable entre- TcpimmU 
uoyans autrauers des nos comporte- rep***»* 

j ' ■. . f * Uun 'vus 

menrs religieux *vne lueur toute autre fa ^ 
que Ja leur feulement naturelle, con- 
uaincuseneux mefmespar la lumière 
qui leur paroiffoit lors , regrettoient 
leurs vies paflees 5 icttâs de leurs cœurs 
mille & mille fatfglots &: fur-clfargeâs 
leurs âmes dvneinfinité deregrets, de 
ce qu'eftans trop Vieils & agez 3 ils ne 
pourroient voir les belles chofes (ce 
dïfoien t ils ) que les Pay deuoient faire 
en leur Terre. 

Lssicunes qui eftoiét tous les iours 
a nos portes y ne demandoient autre marquahie 
chofe que d'efîre inftrui&s & infbr- teuA^* 
mez denoÛre créance 3 pour fe pou- f^utafl 
uoir rendre profeiTeursdelaDodrine ufiy ca- 
Euâgelique > efîre incorporés au corps Clique. 
myftique de l'Bgiifc^ & imiter ceux 
qu'ils admiraient tant ^ , Amourde5 

C isxpiT chofe admirable de voir ™?m W«- 
âuffi \zs mères 3 qui en ce lieu cherif- »««»*«« 
lent Imts enfans h tendrement que &udejirde 
me fme dits ne les peuuenî abandon- u»****™** 



! 





pifîrdes In- 
diens d*imi' 
ter Us PS' 
res Capucins 
tarit cptds 
eottpotent les 
chenet** de 
leurs enfans 
en forme de 
cowonnt de 
Religieux à 
limitation 
des Pères 
Capucins* 



Hift. de h Mtfijes PP. Capucine 
i^er de vcuë, eftre neantrnoins tant de* 
fireufes de leur auàncement, qu'elles 
nerefpiroient autre chofe que fe voir 
priuées de leurs prefences & les laif- 
ler en noftre compagnie pour eftre 
inftruiâs &: fajâs femblables à nous, 
eftimans qu'en cela confiftoit toutleur 
bon heur. Et defaid cette croyance 
eftokfi grande parmy ce peuple, que 
remarquant la façon que nous auons 
de porter les cneueux en forme de 
Couronue ( félon la coutume des Re- 
ligieux ) elle leur fut fi agréable que 
quelques vnes incontinent apres^cou- 
perent les cbeueux de leurs petits en- 
fans en mefme force , tant eftoit grand 
le defir qu'elles auoient de les confor- 
mer à nous.Lorsquei'apperceulespre* 
miers accomodez en cette façô 5 ie de- 
meuraybiéeftonné, doutant en moy 
mefme fi c'eftoit la coutume du pays8r 
d'oùilsiapoutjoiëtauoir aprinle.Pour 
m'etclaircir ie demâday aux mères qui 
tenoient ces enfans aagez de deux ou 
trois an s>fi pour l'ordinaire on portolt 
ainfiles cheueux.EIlcsmèfîrét refpô- 
cequenô.Pourquoydonc(Ieurdifje) 
ceux cy les portént4îsainfi?Par ce que 



* ml % Ijle de Mdragndn. 9g 

vous autres vay (fc dirent elles) les auez 
de mcjme , cftans bien ioyeufes que 
nos enfans foiét comme vous. A quoy 
i'adioutay lors , que i'en eftoh auflî 
tres-ioyeux & content ; 5£ qu'à ces 
mefmes fins nous auions paffe tant de 
dangereufes mers & fait vne fi longue 
nauigation auec beaucoup de peines 
& fatigues y expofans ainfi librement 
nos vies pour les venir voir & leur ap- 
prendre noftre creancej&que fi elles a- 
noient agréable de nous donner Jeurs 
enfâs^u'apresîcsauoirbaprifeZjnous 
les enfeignerions à lire .& efcrire&mô- 
ftrerios beaucoup de belles çhofes qui 
les rendroiét grands perfonnages auec 
te temps. Aceia elles me dirent qu'elles 
levouîoientbien a &quepour cefuieâ 
elles defiroiét des vay en chacun de 
leurs villages. 

Avssi feroit-ce vn bien inefti- 
mable pourl'inftrucftion de la ieuneffe, 
d'eftablir en chacun de ces lieux quel- ££*£ 
que bon feminaire, ainfi que tantde/^r«^»r 
fois nous auons'parle dans le v*v$* r j™ fi rf im ' 

tt r .^> ^ -, S i* des Indtens* 

voyant vne telle moilîon& fi belle dif- 
pofition.Ceft le proied auflî que nous 
auions dés noftte entrée à Maragnan, 




Ikegrefs des 
fores Capta- 


sms voyant 
hs Saunages 
d<smander 
VinfiruÛion 
dt* Chrîftta* 


mfine O* ri y 
amirperfm* 
ne pour leur- 
donner. 
& hato .'-4.. 


1 

1 ' 



'.ififi. defaMifô desPF.Xdptêcim 
s'il nous euft efte poffibîe 5, &< comme, 
Dieuaydarit nous efperons faire lors 
que nous y ferons plus grand nombre: 
éônoiffant eftre îcfeul& vnique moye 
d'attirer tous ces peuples à noftre SeW 
gneurlisvs-CHRisT. 
M'a 1 s helas S que pouuoient faire û 
peed'ouurierSjàu milieu dVne fi ample 
moiffon? Quand nouspenfîonsleuer 
les yeux &que nous voyons les Regiôs 
defîatoutes blanches Stpreâes à moi& 
fonrier^n'eftans làquequatre pauures 
begayaos en leur langueceîa nousaffii- 
geoit infinithët: & ie puis dire vérita- 
blement que c'eftoit alors quelecreue- 
ceeur du Prophète leremie auoit vn 
contrecoup en nous > vamàkï fetierunt 
pmem, &nonepatqmfrangeret ei$>lcs pe« 
tits demandoientdu pain ,& il n'y a- 
uoit perfonne quileurenrompift» Et 

Euis cette difgraee de nous voir vn no- 
re fi petit, fut bien- toft après fecadée 
d'vne autre qui nous fut bien fenfi^e* 
la mort de lVn des noftres qui recula 
beaucoup nos deffeins,îcfquelspour^ 
fat n'ont efté du tout fterilcs, puisquil 
a pieu à Dieu les bénir deplu&ufsbôs 
-elBe^ks» 




ragnam 



en lljle de Mdragnanl g 4, 

En ce contemple accoucha à Matà- 
■gnan vue des Indiennes que nous a- jKjS 
ûions là amenée auec fon marySe au- fiUmmiu^ 
tresdeFcrnanddcJaRongne, &auffi wm * Ma 
toft quelques" femmes de cette Ifle 
pouffées d^vne deuotion nouvelle, s'e- 
ftantreùeftuës de linge blanc D apporte- 
rent l'enfant à la façon de la France, 
pour recevoir le baptefme en noftrè 
Chappeîle de faindF r a n ço is: oui! 
futbaptifé en la prefence de plufîeurs 
Vieillards & autres , t^nt Indiens que 
François^quireccurent grand conten- 
tement devoir toutes les belles céré- 
monies /eftant le premier qui futainfï 
baptifé foJemneîIement. Ce qui leur 
augmenta d'autant plus le defîr d'auoir 
des Pay &Prophetes en tous les villages 
d'ecePaiSo "'. 



Jfi/?» de k Mif$ 9 des PP. Capudm 



L^A VISITE QJTE NOFS 
* fijme s mx villages de îljle de 
Maragnan. 



Chat, XV. 




f^Nco re que le petit nom- 
;|| bre de quatre que nous 
eftions auânr la mort du 
Reuerend Père Ambroife^ 
neno^permitdefatisfaireaudefirdes 
Indiens qui éftoit d^auoir vn Pay en 
chacun de leurs villages j fi eft-cc que 
noustrouuames à propos de nous fe- 
parer & demeurer aux quatre lieux 
principaux de PIfle.pour les contenter^ 
fans pourtant nous eïlongner beau- 
cou pies vns des autres , afin de nous 
entreuoir(ouuent. 

Mais auant que ce faire 5 le Sieur de 
Rafillyiugeatouta faiefc neceflaire de 
vifi ter llfle auec deux de nous autres, 
&paffer par tous les villages d'icelle; 
filages de tant p OUr nouS fe[ tc connoiftre desln- 
aragnan. ^^ & nom mettre en bon odeur 



&eliberdh% 
de< VeresQa- 
fucins attec 
le Sieur de 
'Kafillypour 
<vifiter les 






m 11 fit de Maragnân. ç$ 

jâoprcs cTiceux (la plufpart defquelsnc 
nous auoit encore peu voir) quaufïi 
pourreconnoiftre toutes leurs coutu- 
mes & manier es de viure 5 pour puis 
après leur faite entendre plus facile- 

* mentlafîn pour laquelle nous eftions' 
là venus* Et bien qu'il fut befoin audit 
Sieur de demeurer au fort & yaquer à 
beaucoup d'autres affaires 5 ce néant- 
moins le defir qu'il auoit du fa lut de ces 
pàuure*. âmes & de reftablifïpment du 
ChriftianKmej Iuy faifoit préférer ce 
qvi coachoitla gloire de DifU & de fon 
Eglife D à fon propre intercfL 

Ayant tous enfemble approuué 
fonaduis 5 ilfutrefolu que îeluy tien- 

-^$rois compagnie auec le Reùerend 
iPeie Arfcnejfî bien qu'ayât prins cou* Pifite des 
gé de nos deux autres Pères &reccu la Pere ^K 

benedidion,nous parcifmcsdenoftrc T ' 
lieu de Sainct ^François , le 
yingthuidiefme dt Septembre veille 
du gloricur Archange fainâ Michel, 
auecle Sieur de Radlly^le fîeur deLau- 
nayfon frere & le (leur des Vaux.fui- 
uisde quelques trois ou quatre ferui- 
tcurs dadk Sieur de Raiïlly & de quel- 
ques Indiens» 






Jéarda 



y umum. 



, tiift.delaMifsJesPP. Capucins 
Novs portions] quant & nous 
huiliesfacrées,des furplis blâcs,eftoles 
& autres chofcs requifespour admini- 
ftrer les Sacremens, & exercer les au- 
tres fondions neceffaïres, qui fepou- 
* noient rencontrer.Nous portions aufïi 
nos Crucifix au col par les ch emins$& 
efitrans dans les viIlage%,nous les met- 
tions au bout de nos baftons que te- 
nions en nos mains,. 

Vis avis de noftre loge, nous nous 
mifmes dans desCanots,que les Indiés 
conduirent à la rame fur la riuierc de 
MayoUehï(qucs au foir que nous arriuâ r 
mes fort tard au plus prochain village 

* f TtZoïl nommé Torooup. 

ArinftantleC^^futafTemblépar 
le Principal du village , oùaflîftoient 
tous les Anciens. 

L e Sieur àcs - Vaux s'y trouua & fît 
la harangue, leur donnant à entendre 
quelle eftoitla caufe de noftre venue, 
dontils receurent très-grand conten- 
tement. Et d'autant que nous eftions 
fort hafteZ pour aller à lumparan (qui 
cft le plus fignalé village de rifle.où les 
habitans delà nous attendoient)le len- 
demain matin ? ayancjprirïs congé des 



Rimere de 



feeàTorooup 




, vwl'IJlcdeMarajwœn. • $$ 

ladiens de celieu, nous pattif&és auffî 
«oft eftant accompagnez de quelques 
I vns d entr'eux^ui ne nous vouloienc 
abandonner tant pour leur contente- 
jnentparticulier, que pour nous mon» 
flrernoftre chemin par terre, S^rous 
conduire à ImouArem 9 qui eu vn beau 
Village. 

Oveftans arriuez le mefme iour 
fur Iemidy, les habitans auecle Prin- 
cipal nous receurent fort humaine- 
aient, nous faifant routes ks courtoi- 
ses &careffcs poflibles. 

Quandilsnous curent faluez les vns 
après les autres(feîon leur coûturne)lc 
Principal fit accommoder nos licts 
de cotton auprès du fîendedans la lo- 
ge où il demeure auec toute fa famil. 
Je. 

Il ne fut pas feul qui nous fît cette 
courtoilîe : Tous les Principaux des 
villages où*nous arriuions nous enfai- 
foient aurant ; & cftimoienr à grand 
honneur de nousloger chez eux.çerjâc 
pour affront le refus qu'on leur fait 
pour fe loger chez d'autres. 

A Hoitrearriuée,iIs nousapportoient 
4e l'eau pour nous lauer lès pieds 



Seconde wific 
te y a Zam- 
vanm~ 




Commîtes 
Indien s rece* 
notent le 
fieur de Ke- 
filly:&le$ 
Veres Cap&r 
fins en Uur 
vtfite. 



I 



lie charité 
des Indiens, 
hkn que 
Samages / 
•vers les Ca> 

fHCMS £p 

Jrançèts. 



gfomannê. 



Topinamba 
frompts à la 
chajje. 



Comme les 
Indiens de 
Janottarem 

faccoflent dt» 
fieurde Ra* 
filly &des 



iliJï.deUMifîJesPP. Capucws 
quandnouscn auions befom, Ses' 
froienteuxmefmesauecinftance ; pour 
leslauenfibienque quelquefois nous 
citions affez empefchez de les rendre 
capables de ce que nous ne leurvouv 
lions permettre, 

I l ne fe peut dire combien grande 
cftl*humanicê&r bieiwueiiiance dece 
peuple vers les François > & fpeciale- 
ment enuers nouso Pédaatquc le Prin- 
cipal du village ou quelques vns des 
Anciens nous entretenoient* les fem- 
mes auoient le foin de nous apporter a 
manger , de la faune , des fruiôts.de la 
chair 3 & du poiffon Boucmne (c'eft à di- 
reroftij auec plufieurs autres petites 
ptouifîons qu'ils faifoient. Eftant ad- 
uertis de noftre venuë,les hommes pre- 
nans leurs arcs Se fkfches s'en alloient 
auffitoft àla chafle aux^goum^acs^Ta- 
tous, &£ autres efpeces d'animaux très- 
exccllcns à manger , qui font là en (î 
grande quantité qu'ils les prenoient en 
moins de rien , & nous les apportoient 
fans aucunement tarder, 

CeVX delànouanm nous ay ans re* 
ceusen cêteforte,dés que nous èufmes 
pris noftre refe&ion le Principal &c 

tous 



en l'ifle de AUrdgnan 97 

tous les Anciens s'approchèrent de ? e re$ ç*/»~ 
jaousauecplufieurs autres, tant hom- >^w^ 
mes que femmes , qui saflemblerenc € ° urir ° 
pour tiôys venir voir & nous congratu - 
1er de noftrc Venue. Ce fut alors que 
nous primes l'occafidn de leur parler 
deDieu&desmyfteres denoftrefoy, 
leur faifànt entendre que poureftre de 
iesenfans 5 iliaIloitcftre baptitéj&que jitmtioî 
lefubied de tant dé peines que nous a- dei **""** 
«ions pris en yn fi long & fi périlleux Subpuï 
voyage.n eftoit que pour lesvenir voir 
afin de Jes inftruire & difpofer à vn fi 
grand bien.Nous pafianves tout lapres 
midy à femblablcs difeours qu'ils ef- 
coutoientaucc beaucoup de contente- 
ment 5 '-.& prenoient vn fingulier plai- 
fir à nous interroger & faire des que- 
liions. 

I e crois que Dicu(Ieqoel ne manque 
Jamais à ceux qui je chërchenOopcioit j n jh 
extraordinairemet dedans leursAmes: faLut * 
car dés lors vous les voyez dvn cœur p«» «»**., 
embrazé, nerefpirerque le bapreime UsUtm S^ 
pour eftre enfâns de Dieu. 

Ce qui nous leujr fit promettre que 
nous les baptifcrionsau(fi'tpftquïlsic- 
l:oiènt initruiâs^les affeuranr qu ayant 




Cemme vne 
femme In- 
dienne prie 
Iss PeresCa* 

çucimàeba* 
fttferfon en- 
fant. 



ÇétiteChdp* 
fetie b*fiie 
&fano»arem 
far In San- 



Hift. deÎ4Miji. des PP* Capttdns 
acheué le touHe rifle,va 4e nous qua- 
tre iroit demeurer à Imtparan , pour les 
voir fouuent&: leur enfeigner lescho- 
fesncceffaircs de fçauoif,pourreceuoir 
incontinent le baptefme. Ce qui les 
contenta extrêmement. 

Le foir (félon leur couftume) ils af- 
femblcrent h Carbet , où fe trouua le 
fïeurdes Vaux , qui leur fit la mefme 
harangue qu'au précèdent village. Le 
C^rtacheué, vne bonne femme In- 
dienne nommée Taue &méte nous vint 
prier de baptifet fon enfant aagéenui- 
ron de deux ans. Eftans fort ioyeux de 
cettedemande, nous lùy fifmes pro- 
mette de lebaptifer le lendemain , qui 
cftoit Dimanche trentiefme de Sep- 
tembre : auquel iour les Indiens ac- 
commodèrent degrand matin au mi- 
lieu de leur village , vne petite loge, 
qu'ils appellent *4ioup<tue ; laquelle 
r cftantfai<3e,& tous les Indiens du vil- 
lage affemblez pourvoir cette a&ion 
qu'ils n'auoient iamais veuë , nous 
commençâmes à faire l'eau benifte Sf. 
bénir lachappelle,pourferuir d'oratoi- 
re & defepulture quand il en feroitbe- 
foin,y biffant vne Croix pour mémoi- 
re. 






m l'Ifle de M&ugnm* 98 

, Et ap rçs auQÎr chanté le Verfi Creator 
auec d'autres Oraifons dénotes , nous 
Jbaptifâme* cet enfant, qui eftoit vne l^fZ % 
fîlle,!aquellefut nommée Marie , dont TunZalt 
tous les Indiens furent fi ioyeux &con- 
fents^&demeurerêiit tellement rauû 
en admiration pour les belles ccrçmo- ^ atél Jf em ^ 
nies de ce baptefme y qu'ils difoient ^u\lZL 
tous d vite commune voix, que c eftoit P laikon des 
vnebelle chofV , d'eftre foiténfkntde ^ïï 
Dieu 5 fi bien que le defir qu'ils en a- Baptcfme+ 
«oient auparauant , accreut* merueiî- 
leufcment parla veuëde cette fain&ç 
a&ion: leur rçftan tau cœur vn regrec 
indicible, de ce qu'ils n'cftoient enco- 
re capables de ce bien qu'ils admi- 
roient&defiroientfîardarKinent. 
• Les laiflans en cette deuorio;i ? nou$ 
primes congé d'eux y particulièrement 
du Principal, & partîmes de lanomrenr 
auec quelques vns d'iccux, quji nous 
tindrent compagnie r lioftre chemin 
S'adonna pat \t trauers de Imiparanlc 
petit , fanspousy arrçftcr, pour eftrp 
plus promptemen t iljtmparan le gran d 3 
où Ton nous atfendoit ce iour ja. 
:.Tant que les enfans niçfmc du 
Principal, quieft le premier de tout le 3 *?#* ■*■* 




Comment les 
enfitns des 
principal an 

njonp au de 
mnt dufieur 
de Rafilly , 
Ç£ des Vtws 
Capucins 
ptêrUsrecê^ 
mir. 



Rtceptia» 

i^Pi?. C&» 
p&c'ms œnec 
le fiemâ& 
Rafilly filu- 



BiflJeU MiJ? .des PP. Capucins 
pays.ctoyans que nous ne manquetios 
point 5 ils vindrcnc tous au dcuant de 
nous, accompagnez de quelques au- 
tres Indiens. A la rencontre \ Ils com- 
mencèrent aufïi toft à nous embraffer 
& faire mille & mille carcfles^efiouyf- 
fans extrêmement de noftrc^venuë ; &C 
nous conduirent auec vneallegreflfe & 
vn contentement nompateil dans le 
village,où nous entrâmes tous de com- 
pagnieXe trompette marchoit deuant 
8c fonnoit comme il auok de couftume 
a l'entrée de chacun village:Nous por- 
tions fMon compagnon & moy,) nos 
baftonsàlamain , auec nos Crucifix 
au bout. Et après que nous euf- 
mesfaitle tour des loges auec le Sieur 
deRafilly,nou$ entrâmes au quartier 
où logeait le principal auec toute fa Fa- 
mille, lequel auîE toft vint nous em- 
braffer auec -ync affe&ion incroyable. 
Et fit incontinent tendre nos lifts de 
Cotton en la place des fiens j faifant 
mettre le fien auprès desnoftrcs* 

A l'heure mefme tous ceux du villa- 
ge 3 iufques aux plus petits enfans, nous 
vûidrentfaluer les vns après les autres; 
&puis baifantleur maui.ils nous la pre- 



en îljle de Mdrœgnan] 59 

fentoient difant fort amiablcmcnt Se 
auec vne grande, douceur. Ere loupé^ 
Pay^ eréycobépé) ceft à dire: eftes vous ve- 
«nus Prophètes > ou , vous foyez le bien 
v enu mon P ère : vous portez vous bié? 
Aufïîtoft chacun fe mift en deuoirdc 
nous traitter. Et puis nous commen- 
çâmes à difeouriraueele Principal lapy 
0«^/o«lepîusgranddctoutIe pays & 
qui commande à tous les autres 3 n'y 
ayant personne qui entreprenne aucu- 
ne chofe d'importance fans fon confeil 
&auis. 

Avssi à la vérité eft-cevn homme 
d Vn grand cfprit , fort iudicicux 5 pru- 
dent & de bon confeil , admirable en 
{es difeours, principalement quand il 
parle de Dieu en fa manière, du déluge 
vniucrfel 3 &c de leur croyance qu'ils 
ont par tradition de père en fils: il y a 
plaifiràrentendredifcourir là deflus, 
carilenditdesmerueilles $ comme il 
fait encore quand il vient à parler de 
la dure dominatiô des Portugais,pour 
laquelle ils furent contraints dequit- 
ter leur païs &fe réfugier là où ils lônt. 
Cet homme eft d'vne belle grandeur 
& bien proportionné de corps, aagé 

N iij 



Salutation 
des Indiens 
SauuagesiÇp 
le bon accueil 
qu'ils firent 
aux Captf 
cins à \unu> 
paran* 




B elles quaîî" 
te 7^ de lapy 
Ouaffou 
Principal de 
luniparan s 
& le plus 
grand du 
pays de Ma* 
ragnan* 



Multitude 
-des pttit * en- 
fam IhûtttiS 
à voïrifs Pp. 
Capucins a 
ItiU faran, 
&Uemaitder 
V'mftrtoibiQn 
& Ubdptef- 
me. : ■ 



jîc/tio»yMi- 
Yy''imhe en* 
faut admira* 
Me.: 



Mfl. dekMifîJet PP. Cdpitdm 
énuiron de centans, fort gaillard ne« 
-àntmôïns,&auffi ditpqs, que s'il eftok 
encore à la fleur de (on aage, 

P i n dan t que naus paflîons le 
temps à difeourif au es luy & quelques 
autres vieillards attendahs le ioir,que le 
CarbetfùftalTembléiCe nous eftoitvn 
phifirindicible 3 de voir vn grand nom- 
bre deicunes gens particulièrement de 
petits enfans defix & hulétans, quis'a- 
prochant de nous, nous prioient in- 
ftammeht de les inftruire &: baptifer. 
comme fi cela euft efté faifable en vn 
*nfbnt 3 &difoienttouthaut qu'ils vou- 
îoient croire en Dieu & renoncer au 
Diable. 

I e ne defire pas marrefter aux corn- 
portemens de chacun d'iceux 5 bicnquç 
mémorables D ie me contenteray de re- 
marquer icy feulement quelques parti- 
cùlarûez d'vn ieune enfant nome \Acfa 
îàuy Miry^ fils d'vn des principaux In- 
difchs appelle ^caiouy* Cet enfant aagé 
de neuf à dix ans, beau garçon tout â 
£ai& ? & qui n'auoit encorelaleureper- 
cée comme les autres , eft d Vn cfjphrit fi 
admirabte'pourfonaage,quei'ay tou- : 
iours ereu que Dieu le difpofoit dû 



enFlJledeMArdjmm* ïoo 

îoing 3 pour s'en Ternir vn ioîif en qucl- 
qulcfaofè de grand. 

Ce fut le premier qui à noftre atriuée Amitié d'v» 
nous vint çareiïer , & ne pouuoït s'ab* *»*? en f ant 
sêrer de nous , tât eftoit grade Paffediô ^XTe. 
qu'il nous portok. Quand nous noqs t»Cft*m. 
retirions dans lesbois fcion noftre cou- 
ftume ? pouraucc plusderepos&dc fî- 
kr ce, dire là noftre feruice 3 ilyeftoît 
aulîi toft que nous, & lors que nous pc~ 
fions y eftre Je plus fecrcttecnent & à 
fondefceu 5 il ne manqooit pourtant de 
nots venir trouuer en quelque lieu que 
nous enflions efté 5 comme fi aupara- 
uantil enfuftaduerty. 

L or st qu'il nous auoit trouuè 5 ii de- 
meuroitaupresdenous auecvnfîlence Moie fl te "' 
&modemeincroyabIe 5 (ansnousinter- d'v» u»nt 
rompre par aucun propos ou adionde en f 4Ht s *»? 
legeretèjce qui ne fe voit guère aux en- ***** 
fans de cet aage 5 tant bien naiz & ciui- 
lifez puifîent-ils eftre. Auffi ne pou- 
vions nous nous empefcfaer d'admirer 
vn tel enfant, lequel eftant Sauuage& 
d'vn fi tendre aage* eftoit neantmoins yr ^ ,» 
d'vnefpntfîvifj fiefueiîîéj&fibicn a- exlmpu%l 

pris, àpàkmmt £ 

Il regarde^ contemploït ordi- ÏJ/ - " 
N liij 







Jfcdiouy 
Mïry petit 
&aw?*ge t de- 
firett& (tmi 
ter les affms 
des Pères Ga- 



Comme A- 
caiouy Miry 
peut Sauva- 
ge enfetgnoit 
les autres en- 
fans. 



Varier à 
Dse&i 



AcaiouyMi- 
vypvem eren 

treUïAÎJira* 
gna.-ts bat*" 
u*\ês, <am 
fient tes p fin 
ejpaux arti- 
stes ^aë H 



HiJl<êeUMtJÏJe$"l?P. Capuam 
nairement toutes nos aétîons forçat* 
tentiuement, rafchant de nous imiter 
en touçcequ'iîpouuoitdorsque nous 
ioignjons les mains 5 il les ioigooit auflï 
auec vne granité non petite y il faifoitle 
figne de la Croix quant & nous, & be- 
aucoup d'autres a&es de deuotion.Mais 
ce qui efl: de plus remarquable^ çfl: qu'il 
faifoit faire le femblable à tous ceux 
qu'il amenoit quelquefois par compa- 
gnie auec Iny., & cftant de retour il fn- 
leignoit les antreSjdifant qu'il leur vou- 
loir monftrer comme il falloir parfera 
Dieu (qui eftlcur forme deparler,au 
lieu de dire priçr Dieu, 

iLaUûkvn fi grand defîrd'appren- 
dre,qu*auec fon bel efprit(ouplaftoft 
de la grâce diuine ) il fut le premier qui 
fçëut&apprint en moins de rien/Qtai-* 
fon Dominicale , îafàlutation^ngeli- 
que, le Symbole des Apoftrcf, & les 
commandements de Dieu &^e fEgli- 
fennec les fepr Sacrements, letout en fa 
Lnguelndieone.Et comme fa grâce de 
D tu (laquelle ne demeurMamaisfte- 
nie) s'accroifToit auec i'aad en ce petie 
enhnilamfi cet enfant n'étant comme 
le Ittùitcni inutile , ne perdpic ny le 



en Tïjlt de Mdrdgndn] toi 

temps, ny les o> caftons, pour faire 
èiuinpiicr les talens que Dieu luy don- 
fiôit. 

I l ne fe peur dire combien deplai- 
fîrilprenoiçà enfeigner les autres. De 
fon propre rnouuement (fi ce n'eftoit 
plûftofl* par voe mfpïration Diuine)il 
pafFoitla plus grande parrie du temps,à 
leur faire dire & repeter iouuent ce qu'il 
auoitapris,ledîsâcmefmeaueceuxàfîn infaftm 
de le mieux mepiquer en leur memoi- uny^ut 
re 5 & d'autant qu'en ce payslk ils n'oint enfant sa»* 
aucun nom ou diâion qui fignifïe les ua £ e * en f"~ 

T. b gner aux au- 

to ombres au demis de cinq, ce petit en- tn$ u$ art*- 

fant voulant enseigner aux autres 5 les €l€sieU Jh" 
dix commandements de Dieu ou les 
fept Sacrements , i! auoit bien l'cfprit de 
prendre vnbaftonenfa main, Sfauec 
icduy pu quelquesfois auec fon 
doigt y il faifoit dix marques fur la 
terre, pour conter les dix commande* 
rnciits,&fept,pour les fept Sacrements, 
afin de faciliter à Ces compagnons, le 
moyen de les apprendre 5 &c les retenir 
plusaifément. 

Ce s t ainfî que ce grand Dieu fe 
feruoit de bonne heure de ce petit en- 
fant, attendant qu'il plaife à fa Diuine 




&tjtr &A- 
samuy Miry 
eteftre vejlu. 



'Eàificaù&n 

ittèonexem- 



jijf emblée 
isi Carbetà 
Jumpara® 
<* L*arrïuie 
des PP. C*- 
fnâns, 9£ du 
Sieur de R*- 

mi 3 . 



HijîJe h Mifê. des PP. Capuam 
MajcRëyluy donner des grâces plus fp#r 
ciaîes aucc laage^pour s'en (eruîr en des 
chofes plus grandes. Ex d'autant qu'à 
ooftrearriuéecepauurepetit marchoit 
encore nud comme les/autres, l'vne des 
premières chofes qu'il fit, c'cft qu'il me 
pria de le faite veftir* diiapt qu'il ne, 
voulok plus eftre nud, puis que les Vay 
eftoient veftus. Cela luy fut bien toft 
accordé, car le Sieur de Rafilly ne re£ 
pirant rien plus que la conuerfion de 
ces pauurcs Sauuages, i] n'cfpargnoic 
aucune ehofe pour les attirer au Chri- 
ftianifme aucc toute îa douceur qui fe 
pouuoit dcfirer, & iï Toft qu'il recon- 
neut la gentillefle de cet enfant &fon 
defir fi louable & fainâ:,il le fit inconti- 
nent veftir, à/bn grand contentement* 
Povr reuenir à la fuitte & difeours 
denoftrevifite^apresquenous eufmes 
paiïétoutl'apresmidyen pluficurs dif- 
eours ferieùx auec les Indiens de lunU 
para») lefoireftantyeiîu, ils afTemble- 
rent le Carl>et,oà eftoit Upy OiêaJfouPnn^ 
cipal de l'Ifle, accompagne de tous les 
Anciens & de quelques habkans 
tant de lumparan que âcs autîes villa- 



en Pïjle deMdragnan. ïoa 

ges qui eftoientlàarriuez^oùle fieur 
â es- Vaux prenant la parole, leur fît 
Vneharâgue en leur langue Indienne, 
de la part .dç Meilleurs le^Lieutenants 
Généraux de fa Maiefté Tres-Chre- 
fiiennç,qùi eftbit la melme harangue 
qu'il fouJoit faire par tous les autres 
villagesoù nous auions eftè S^où nous 
allions en cefte lflc de Marae-nan^ ; con- 
tenant en fubftance cequis enfuit. 

HARANGVS FJICTE 

par le fieur des-Vaux auxjndiens 
Topinamba ,eflans en leurs Car- 
bet. Les re/ponces qu'ils firent, 
& autres chofes remarquables, . 

Ghap. XVI. 



Esamis 5 vousfçaucztous ^ÙJZ 
côme ayant çonuerfé plu- des-va»x 
fîeurs années auec vôus^?. /MI "f 

. n Indiens To- 

autres > vous me priait es pinamba «- 
d'aller en France pourfaire entendre à fi ans a Sf emm 
noftregrand Roy 5 Ianecefïitëquevous clY^rX 
auiez de Taffiflance des François non ™« 




J%. 



Ètift. delà MtfsJes PP. Capuctm 
ietftmca- feulementpoufvqus dcffendrcde lin- 
fmms &d» uafîon de vos ennemis rmais auffi pour 
sjemdeRa* vous entretenir toujours le traffic des 
marchandifes dont vous auez befoin» 
Aquoydeflorsievousdonnay parole 
d'y trauailler , pourùeu que vous me 
promïffiez de receuoicla Loy de no- 
flre Dieu 5 fans laquelle ks François 
ne voudroient iamais habiter en vo- 
ftreTerresquevous quittaffiez les mau- 
uaifescouftiunes que le Diable vray 
cnnemydu genre humain a introduit- 
tes parmy vous autres pour vous per- 
dre tout àfait; & que vous receuffiezlc 
Roy de France pour voftreSouuerairij 
vousfoubmettant à fa domination Se 
receuantfes lobe qui font faintes,iuftes 
& propres pour conferuer voftre pays 
5t l'augmenter en toutes fortes de fplê- 
deurs & de profperite2. 

Desiâ tes années paflfées 5 Noftre 
GrândRoy ayant entëdupârmabou- 
che vos bonnes volontez 5 tantenuers 
Dieu pour embrafler le Chriftianifme, 
qu'enuers fa Maiefté pour vous don- 
iier&afïubietur tousàluy :II vous auoit 
enuoyé Moniteur de la Rauârdiere 
feomme découragea de qualite^pour 



- 



mFlJledeMdyajrnan» iM 

.reconnoiftre voftrerefolution Sdafî- 
tuation de voftrepays. Lequel en fin 
ayant veu que J e bien que fen auois die 
cftoittres-veritablc 3 ilena£ait le mef- 
me récit que moy. 

Svr<5yoy ce Puiffant Roy plein 
de grandeur 3 de magnanimité, & de 
valeur, ayant compaffion de vous au- 
tres ^àùroitenuoyeMonfïeur de Ra- 
filly^perfonnage de non moindre cou- 
rage que de qualité auec le fufdit Sieur 
delà Rauardiere, pour vous amener 
quatre p^j ou Prophètes aux fins àt 
commencer toufiours àVous inftruire, 

vous baptifer 7 & vous rendre enfan s de 
Dieu. 

Il vous cnuoye encore des Fran- 
çois pour vous défendre de vos enne- 
mis , &: des marchaûdifes pour traf- 
fîquer auec vous autres. Et au cas que 
vous continuiez toufiours à tenir la 
parole que m'auez donnée, fçauoir eft 
quevousreceurczîa loyde Dieu par 
ie moyen des vay; Sr le commande- 
mentdesFrançois 5 par Je moyen d'vri 
Chef qui demeurera en voftreTerre 3 Ie 
Sieur dcRafilIy(apresauoir remarqué 
Voftre pays & reconneu vqj voiontëzj 



11 



1 



jHift. de la Mi/s* des veres Capucins 
s'en retournera en France auecvn des 
Prfj 5 laiffant icy cependant leSieur de la 
Rauardier c > fes deux ïïeres/es bôs anais 
&foldats:&rcuicndraaupluft6ft qu'il 
luy fera poiïible, afin de ramener vn 
grâd npbre de p^&Prophetes qui de- 
meureront par tous nos villages, pour 
vous iiirtruire& vos enfansaglïî,e.n la 
connoiiïanceduvray Dicuautheurde 
toutbien:& quantité de foldats, pour 
vous deffçndre dp tous vos ennemis, 
auecmuhituded'ArtisâSjpourpeqpler 
yoftre Terre & la rendre du touthçu- 
reufe 5 ne faifànt déformais de la Na-- 
tion Françoife&dcla Voftre, qu'vne 
feule Nation. Et lors il demeurera luy 
& fes Frères pour voilre Chef gênerai. 
AfdnretourleSicurde laRauardie- 
re ayant beaucoup trauaiiié en vo- 
ftre pays 3 s'en retournera en France,où 
îlaura foing d'aflifter toufiours de par 
delà le Sieur de Rafilly& les François 
qui feront de deçà pour faire vn traffic 
continuel de la France auec vous 
tous. 
C ette harangue acheuée I<tpy Ou 
Mefionce de afjau Principal de Iuniparan & detou- 
japy owj- tcl'Ifle^rintlaparoleScditquedetout 




, enflJledeMaragnari, 104 

temps il auoit efté~amy des François W^»»^ 
les ayant reconneu d'vne conuerfatiô ££**" 
beaucoup plus agréable & aymablc ***': 
-que les I-Vrp & autres: & qu'il les auoit 
toufioursdcfîrépour fe mettre en leur 
obeiffance & protection j à raifon de- 
quoy il efeoit bien ayfe& fe refiouifîbit 
extrêmement de leurarriuée,& de ce 
qu'ils eftoient venus pour demeurer 
en leurs pays,pour ne fair equ vne mef- 
meNationdelaFrançoife& delà leur 
comme ils auoient tant de fois defîré: Preme}}iia 
protcitantqu îlsnemanqucroient ia- Mara Saaus 
mais à lapromefle qu'ils auoientfai&e i e """""'- 
de reconnoiftre le Roy deFrance pour itfZ 
Souuerain & de fe foubmettre à Tes t""" lmr 
loix&àfa Di)mination,rous l'autho- ^"""^ 
rite de ecluy qu'il leur enuoyoit pour 
demeurer en leur terre &les deffendre 
de leurs ennemis. 

Qvant à ce qui eftde la Loy 
de Dieu, il dit qu'il cftoit infiniment 
content de ce que le grand Roy de 
France leur auoit cnuoyé des fyySc 
Prophètes, à celle fin de les enfeigner 
& inftruire,& qu'il y auoit longtemps sZZj£ju 
quils defiroient receuoir le Chriflia- ""»»»«• i* 
îiifmcj ainfi que fouuent ils auoient 



Chrtjluinif* 
me. 




Bifttée U Mifi dësFP. Capucins 

promis de taire audit (ïeuirdes Vaux, 

Sw^ei particulierem eut tors qu'ils l'au oient 

Mar*$nam ptié dereueniren France poiir en af- 

feârer le Roy de leur part, Car à II 

, vcrité(cedi(oic-il)nousfçauonsbien 

Reprochées qu'il y a vn Dieu audieur de la nature, 

|Sfe qui a faia leCiet & la terre & toutes les 

pis qmonè chbfesquifanrauMonde.Nouscroy- 

iSsiu ° ns q ue ce Dieu eft b ° n > & c i u Jl n6us 

faj]e,neieHr donnetdut ce que nous auons & ce 
mta^m <Jont nous auons befoin. Mais de le 

corne tl faut . - . i m ' /i 

^orer g/ connoiftre,& dire quehl eit,ou çom- 
ferstïr&te». me iH e faut ïcruir & adorer, c eft ce 
que nous ncfçauôns pas. Nous aupns 
veu beaucoup de François qui Ont de- 
meuré icy aqec nous pour traflfiquçr 5 
mais iamais pas vn d'entre eux nenous 
a appris nyenreigné aucune chofe de 

cela. 
M a i n t en ant nqys ef^rons que 

kegvets des lespajqui fontvenus de la France nous 
$a»t*agssâe l» a p prenc J r ont ; feylemeilt nous fom~ 
iMdedePP. mes marris de ce qu'ils ne font que 
Capuans n U àtge,defirant qu'Us fuflent i'n plus 
ÏTpiZ'l grandnbmbrepourpouuoir demeu- 
re»* S™/- rer par tous nos villages & nous in- 
tejf i ftruireauectbus nos enfans.Mais puif- 

$YlJtTn*Ve tttv ■ ' » . • 

fermçe &% que cela ne fe peut faire maintenant ? 



ml } ljle de Maragnm, 105 

âttédanc que le Bouromichme s'en aille 
en France auecvn des Ptfy pour nous 
en amener d'auantageyie vôudrois blé 
que i'vn de ceux qui refteront, demeu- 
ra auec nous dans ce village de Iumpa- 
vannons Juy baftirons vne loge& vne 
Chappelle auprès au milieu de nous 
autres , & aurons foing de le nourrir Se 
ïuy donner tout ce qui Iuyferâ nedeC 
faire ; nous luy enuoyerons tous nos 
enfans, pour les inftruire- Pour moy 
(dit-il) f en ay quatre que iè leur donne 
tout maintenant à cetefFed, pour eftre 
baptifez & faits enfans de Dieu. 

Il dit en fin qu'il defîroit que les 
deux pay Icfquels l'eftoient Venus voir^ 
plantafTe^it encore vne croix (outre là 
première) au milieu de fbn village de 
limiparan, puis que par là on cefnioi- 
gnoit vne,al!iance pour toufiours auec 
Dieu 3 & quçloa protcftoitfolemnêl 
Jemenc dereepuoit leChriftiani{mc 9 S£ 
de renoncer à Ieropary. 

Les autres Principaux âuec les An- 
ciens qui eftoient alTemblez m barbet, 
ayât entendu la rcfponccqû'aiioit fai* 
iclc Màïi lapyouaffou^ ils la confir- 
mèrent tous^ proteftads qu'ils eftoient 

Ô 



bordels. 
py Ohajjo& 
de votrfes, 
enfans , "en* 
famdiDim, 



py Ot*4flQ# 
baHt*age 9 d$ 
voir vtt$ 
Croix 
plantée m 
fin village 
Àelwwpavi* 



H 



JFeruems re- 
marquables 
desSauuages 
delunspara» 
■pour avoir 
*une Croix 
plantée f$/ 
vnP.CapH- 
cin demeurât 
en leurvilla- 
ge pour lin- 
fin* fit on 
d'eux $/ de 
leurs enfans. 



Saituw m 
fpiré à ïo- 
hUtion des 
prtmkei* 



Hifi.de la Mifs.des PP. Capucins 
bknaifedela venue des François, & 
fur tout des P<*? 5 & qu'ils teursvou- 
Ioient donner tous leurs enfans pour 
eftrcinftrui&s &baptilez:fe vantans à 
I'cnuielesvnsdes autres,àquiferoit le 

mieux. 

Entre autres, ^icaioiiy père de ce 
petit, dont nous parlions tantoft, dit 
qu'il vouloit donner ce fien fils auec 
tous les autres enfans aux Pay été , c'eft 
à dire aux grâds Prophètes qui eftoiét 
venus. Vn autre nommé Iacopem, dit 
que dés lelen demain il iroit dans les 
bois cooppervn grand arbre pour fai- 
re la Croix , qui (eroit plantée dans 
JumparM; &: qu'il prenoit la charge, 
àuec Tes enfans, de la faire , fans que 
d'autres' s'y employaient ; ce qu'il fît 
aufli dés le lendemain. Vn autre vint 
quidit,queluy& fes enfans baftiroient 
Vne Chappelle au milieu du village, 
pour le p<tj«qui demeureroitauec eux. 
L'autre^u'ilferouvnelogetout auprès 
pourle loger. L'autre, qu'il iroit à la 
chaffe prédre des vacs, agoutis &c Tatous 
pour le nourrir.L'autre,qu'il auroitfoin 
de pefcher&luy apporter du poiflbn, 
Vn autre dit,que de tout ce qu'il cueil- 
leroit dans fe$iardins,& de ce qu'il au- 






€n ^Pf ^ € Mtragnané 106 

roit iamais, il en porterait tôufiours 
les premiers au Pay, qui eft vne cfpece 
depremiccs. 

Ettïioy (ce dit vn autre nommé Te- Mer ^ 
çoUareotêhumh) ie veux dorefnauancvi- fi ™*firt 
ure comme les Pay^ie veux porter vn ^ vteiiUr ^ 

nen auoir non plus qu'eux , le veux àtimitattm 
cheminer les yeux &Utcftc baffle* cô- t£T^' 
me ils font, îencvcux plus regarder 
ny filles ny femmes &n 'en veux plus 
auoir ny habiter auec elles non plus 
que les Pay -. en fin, ie veux eftre &faire 
comme eux. 

C o m m e il difoit ces chofes,le petit 
<4caiouyMiry(àoMnoas, auons parlé 
cy défias ) s'eilant trouuè ce iour là au 
Carbet & ayant entendu ce difeours, 
d'vnefprit efacilléaucc&petitc graui- xJmi r *bU) 
te oU:modefticordinaire,fitàrinftanc "^f* 
cettcrefponc C auf U fdiar^4r.o»^«- £ffig 
»w. Tu dis bien que tu veux faire com- s**"g£ 
melcsPay, & que tu ne veuxplus auoir H *?*&* 
de femmes non plus queuxjmais tu ne MU», 
te feras jamais : tu les quitteras bien 
pour vne lune ou deux: mais quand tu " 
te verras deuenir ^«^«^ceftàdire m^u' 
maigre ( n'ayant maladiequ'ils crai. »**4«**- 

9 1} r f 



I 



MJtJeUMiJ$.de$PP:ÇtpUcim 
gnent tznt^ que de deuenir maigre) 
tu les reprendras auffi toft &feras Com- 
me tu auois accouftumé de faire aupa- 
rauant. Tu ne fçaurois continuer à vi- 
ure comme les P^parce que tu es trop 
vieil* Ceft à nous à faire ? qui fommes 
encore ieunes : nous viurons fort bicri. 
comme eux &c les imiterons. 

Les vieillards & Anciens qui eftoiét 
affemblczau Carhet^ comtncncerentà 
rire de la refponce^e ce petit enfant* 
demeurant toutesfois tous eftonnez 
dvn tel difcours, qui refTetaoit plu- 
ftoft fon homme qu va enfant 3 vn 
Chreftien quvn payen ou Saunage: 
&Fefprit de Dieu, que l'humanité. 

L È Catbet eftant ainfi acheué.; cha- 
cun fe retira fort content 3 & nous ex- 
tremement confolez de reconnoiftre 
ladifpofition de ce peuple 5 pourrece- 
uoirle Chriftianifme en l'Eglife de 
Dieu. 



ml'IJledeMAragn&fh ioj 

LA T RSMIERS D O- 

Urine Chrétienne enseignée pu- 
bliquement en ïljle de oJïfara* 




gnan. 



Çh4p. XVII. 



p^wl Eiourfuiuantleslndienss'af- 
Mristl femblerenr envne belle place, j A $ m } l <* 

goy U& JfiM • j t t 1 t* • » des Indiens 

iBi^a vis a vis delà loge du Pnnci- Sam*ge$ 
pallapy Ouajfou. Ses enfans y eftoieot^ w ****** 
les premiers & le petit ^icùouy Miry ££7£ 
auec plufîeurs autres tant fils que filles w/w*». 
enfans des principaux Sc\ des plus an- 
ciens de Iumparan,tou$ affis fur la terre 
félon leur couftume. Il y auoit aulfi - 
plufîeurs François delà compagnie du 
ficur du Manoir & autres. 

O vie Sieur de RafillyJeReuerend 
Père Arfene &moy eftans affis deflus 
vn coffre , nous commençâmes là à 
enfeigner publiquement la do&rinc 
Chrefticnne $ ce que nous n'auions 
encore fait aillcurSaEt nous feruans du 
fleur des* Vaux & dVnautrc nommé 

O iij 



Chtsflienne 
annoncé» 
four la pre- 
mière fpk 
aux Indiens. 
Toymamba 
m Vis. le àè 
Maragntn. 



YnfiulDtttfi 
trmeen pev~ 
fonns» 



Hift* de la Miji 9 des PP. Capucins 
Scbaftien bien verfez en leur langue^ 
pour leur faciliter dauantage ce que 
nous iugions eftre le plus nécefïaire, 
aous donnâmes & en tendre aufdits ln^ 
diens(cfuiêftoient là en grande multi- 
tude) comme nous auions quitté no - 
ftrepays & paffé tant de mers perilleu- 
fes non fans grandes incommodité^ 
p©urles venir inftruire en la cormoif- 
fànce du vray Dieu lequel ctt le Prin - 
cipe de toutes chofes , luy feul comme 
Trés-Souuetaiïî, eftant du toutinde- 
pendante . 

Q y e ce grand Dieu eftant Vn enEf • 
fence ê£Nature > eftneantmoiris Trine 
en Perfonne 3 à fçauoir le Pcre,le Fils S£ 
le Sairid Efprit. Que le Père n'eâfaiâ? 
ny créé ,riy engendré d aucun: que de 
toute eternitéjc Fils eft engendré feu- 
lement du Père | comme auffi de ton* 
te éternité Le S aind Efprit procède de 
tous les deux ] fçauoir du Père & du 
Fils. Etbienquelé Père foit Dieu, le 
Fils Dieu 5 & leSainâ-Efprit Dieu,tou^ 
tesfoisils neforit pas trois Diéux^mais 
vn feul Dieu.On leur donna fur le châp^ 
quelques fïmilitûdes & raifons pour 
ayder à les acheminer plus facilement 



en ïljk de M4Mgnan. î o 8 

à cette créance 3 dont ils receuoient 
beaucoup dç contentement eftans 
merueilleufement attentifs. 
C e s t ce Grand Dieuf leur faifions ^fi™ 

î il „ desVV.Cd- 

nousentendrejque vous appeliez Ton- p minSi f0 „ r 
/?^{ansIeconnoiftre:& nousfommes **un*rj€$^. 
venus vous l'annoncer.Ceftluy lequel ffil}^ 
çftTout-Puiffant: & qui au oommen-«<kD/e*. ' 
cernent créa ie Ciel &c la Terre ] auec T ^P^fi; 
toutes les choies qui (ont eniceux. 

A v Ciel il créa leç Anges, plufieurs Creation 
defquds l'ayant otfencé , il les chaifa ^„g«. 
hors d'iceluy & les précipita en Enfer, 
oùils font &feront éternellement bru- 
fiez dedans vnfeu : & ce font ces mau- ieroparyfi- 
uais Anges là que vous appeliez lero- g ni fi* *>'*- 
pary. 
En la Terre il créa l'Homme cf vn peu 
debouë 5 àfonimage& femblance >&: Gen.i.&t 
le mit en vn beau lieu de délices nom- 
mêle Paradis de volupté : où s'eftant 
endormy,Il print vue de ks coftes, &: 
d'icelleilcnfitvnefemmequi aefté la 
première Mère, aînfi que cetHommc Cr ^ tt j e 
Ik j aefté le premier Père de tous les thomme & 
homm es viuans qui ont efté, font & fe- d T e ! a fi* mt * 

\ * * L homme 

rontiamais. misauva**- 

E s t a n s tous deux dans ce beau dts , de volt *- 

~ .... m. 

O mj r 



Arhrt de 



dejfendif. 



*Gen. 5. 



Cheuté de 
i'k 






H'tft. de U hîifs. des PP. Cdpucim 
Paradis & Iardin de plaifïr ? Dieu leur 
fiïémedtbtk pcriniiGt de mâgerdetousies fruits des 
gy d§ mai arbres qu'il y aùoit créez, finô qued'vn 
feul qu'il excepta, leur defFe^dant d en 
manger* parce quils mourroiçnt de 
mort des le ipur qu'ils en mangeroient. 
Ce quiarriuatoft après: car venâs tous 
deux à en manger par la perfuafion de 
Xeropdry (qui eft l'vn de ces mayuais An- 
ges,) contre lexpreffe deftence déleur 

l'homme par 7V •• r 1 rr 1 ^ ,. 

hpremnr **!$fa ils turent en allez de ce Paradis 
fetM. de volupté 5 forclos du Ciel, & fubiets 
à la more auec tous leurs defçendans. 
Et voyla la caufe de tout noftre mal- 
remmené ^. cu . r &pourquoy nous mourons tous 
Mpasmort hs iours 5 ce qui ne fuft pas arriué 
^^^ s'ils n'èuffent defobey à ce grand 
Dieu. 
Novs leur difmes encore que de- 
S^érï P uis ce nialhcur les péchez des hom- 
maint des mes allans toufiours en augmentant, 
gommes. j)i eu p 0ur l cs chaftier 3 enuoya vn de- 
luge defïus la Terre , qui fubmergea 
toutes les créatures 5 excepté quelque 
nombre qu'il voulut referuef dedans 
rÂrche de Noé 5 lequel eftant Homme 
KoeUmme luft^V D*eule voulut iauuer auec tou- 
_i*># te fà famille , pour repeupler le Mon* 






tn Fljle de MdragnHiï. ïop 

de lors que le déluge feroit ceffé. 
Et après leur auoir fait entendre les 9 ^ ta ^ t 
mauxqueie monde auoit enduré de- detom- 
puis le déluge v lcs tourments & tenta- ma ^' 
tionsquc leropary donnoit aux homes 
àcaufe dqgeché, nous lent parlâmes 
delà Bonté & Mifericorde de Diei^di- 
fans que l'amour qtfilportcà Thoitic, ^ZTcnum 
eft fi grand , que voyant les malheurs ïhomm^fa. 
qui accâjmpasnoient fa vie & les maie* h r onté & m * m 
dictJosquilencouroîtaiamort,IeCiel 
luy jeftant fermé à caufe de fon pechéjl 
en eut compafTion. Et d'autant que cet 
homme n eftott pas fuffifant pour fatis- 
fiireàfaliU^iccDiuinejdelofFéce qu'il 
auoit côm jfe,Il enuoya fon Fils(fecqtl- 
de Perfonnedela Tres-Sainâe Trini- 
té)^ bas enterre, frreueftir de noftre L \ Tils ^ e : 
humanité 3 &fe faire homme comme quyfïxk*-. 
nous,leurdifcourâtdu myfteredeTIn- homme. 
carnation. Nous leur donnâmes àen- 
tendre,ôomme Dieu lePere auoit choi- 
filabien-hcureufe Vierge Marie pour Myfl*r*& 
eftreMere de . fop Fils vnique noftre^^^ 
Seigneur I isys-Chri st Dieu & 
homme; commeilenuoyarAnge Ga- z*^ x. 
briel vers Elle v luy annoncer ces nou- 
velles tant dcfirêesdetout le Monde: 




I 



Katmhl'ità 
Mis de Dit», 



Htft. de h *Mifî. des PP. Capucini 
comme il la falûa > & qu'après ^tioïr 
donnéfon confentement 5 fans aucune 
1 ionnoiffance d'homme 3 Elle conceut 
le Fils de Dieu par la feule opération 
du Sain&Efprit.Que l'ayant porté neuf 
mois dans fpn Vëntrçfâcréj Elle en- 
fanta dans vneeftable,demeurant tou- 
jours Vierge 3 Vierge deuant (on en- 
fantement ^ Vierge en fon enfantcmët, 
& Vierge après fon enfantemét. Qu'e- 
ftantné, Ilfutadorê des Fafteurs qui 
furent aduertisdefà naifïance, parles 
Anges du Ciçlr &: des trois Rois y qui 
furent conduits dans I'cftable où ile- 
ftoitpar vne Eftoille toute nouuelle.Et 
comme puis après cette Tres-Sain&e 
Viergcfut contrainte de s'enfuir auec 
fon Enfant^juiefîoit Dieu $ parce que 
Herodcle pourchaflfoit à mort, faifant 
pour ce fubieâ: mourir tous les enfans 
de Bethléem. 

Davantage nous leur deduifmes 
tous les principaux miracles que no- 
ftreSauueur Iesvs- Christ auoit 
fait en ce Monde iufques à fa Mort, en- 
tre tous lefquels,ils admirèrent fort ce- 
Juy quîl fit aux nopees de Cana m 
Math, i 4 . Q a ii|^ c ^ j ors qu'il changea Tcauë cm 



L'adoration 
itâFils de 
Dim par les 
Pafteurs gj/ 
les Rgys. 



Juitê de la 
Vierge en 



entljle de M4rdjman. no 

VM,& la multiplication des cinq pains, Mare ^ : 
& des petits poiffbns, quand il nourrit iZù. " 
vnc fi grande multitude de gens dansie Les ™** d ** 
defirrt 3 oùilyauoitbien cinq mille ho- £^*fc 
mes, (ans les femmes & petits ênfàns, $*mikge$ 
qui en eftant tous raflaficzâl en refta en- T f»« mh * 

* n j i ■■■"■! admirerait 

Cote a demeurant doiïze corbeilles princifaU- 
plcihes : Et le miracle que noftrcSei- »"***»*" 

c r • t ■* les autres. _ 

gneur ht vue autre tais quand il repeut w ^. 15, 
quatre mille h5mmes,auècreptpains& M*!*'*, 
quelques petits pôifTons,y en demeu- 
rant fept corbeilles derefte- 

E xpuisnous leur cxplicâmcs&m- ^^ 
me I e s v s Christ (cachant que Micu- du/ainûs** 
te eftoie venuëqo'iîauoit fchoifie pour rr€W ^- 
aller à Dieu fon Père & mourir pour ioan.11. 
nous, le foirdeuant qu'il {ouffrift mort 
&pa(ïîon, ii laua les pieds d^ les Ap^ÉÉj^'^« 
ftres, & leur donna fon Corps & ton w 
bang Prcticux, a manger & a boire, i»c*i. 
fôubs les efpeces de pain & de vin ; leur Cor - tu 
commandant & à tous leurs Succef- 
leurs qui font les P^ de faire le mefme 
iufques à la fia du Monde. JBn outre, Myfl€U ^ 
comme Iudas fvn de fes Apoftres Icbïajin*; 
trahit, & comme les Iuifsle vindrent 
prendre au iardin où il au oit prié fon 
Père 5 auec tout ce qu'ils luyfnent en- 





Jean, if. 
Z/tHMtrturé 
ducofléde 
noflre Sei- 
gneur far le 
eoupde lance 
admirée far 
les Indtens. 

Grande ad- 
mira tt on des 
Sauvages en- 
tendant que 
Dieueflm 
moru 



Sauuagei 
fort confole^ 
intendant tes 
wyfleres de 
farefurreftio 
g? Afienfio 
&*fils de 
Jùtet*. 



Hi[t. de IdMiji. des PP. Capucins 
durer en fa PaAion^leflagellant^le coîiS 
ronnant d'efpines, & le crucifiant en- 
tre deux larrons. Et comme après qu'il 
fut mort vn foldat luy ouurit ie Colle 
d'yn coup de lance : ce que ces pauures 
Indiens admirèrent beaucoup. Mais ils 
furenten bien plus grande admiration 
de ce qu'on leur dit que luy quieftok 
Dicu,ce n onobftant il eftoit mort.Tou- 
tesfois leur ayant bien expliqué qu'il 
n'eftoit pas mort quant à fa Dïuinité,Ia- 
quelle eft immortelle 3 ains lentement 
quarft âfoB Humanité, & qu'il eftoit 
neceffàire qu'il mourut pour fatisfaire à 
nos péchez, pour nous racheter de la 
mort & pour nous donner k vierque le 
troificfme iour il refucira Glorieux 8f' 

onta puis après au Gie^où il eft main- 
tenait feant à la dextre de Dieu fon 
Per<% Ilsrcftcrent fort contens&ioy- 
eux, & fur tout de ce que nous âuipns 
di<5fc qui! eftoit reffufcité & monté an 
Ciel- 

E nfin nous leur déclarâmes comme 
Noftre Seigneur eftant monté au Ciel* 
il enuoya la Troifiefme Perfonne de la 
Tres-Sain&c Trinicé^qui eftle Sain& 
E fprit, fur les Apoftres* lefquels eftoîëe 



. 



enrifledèMdYdgnan. m 

fes vrays Payy defcendant fur Eux en My[heT ,j t 
forme de langue de feu, lëurcomm an- ****;/?«»■, 
dântd'allerprefcher partout le Monde %Jj££* 
&annoncerquelEsvs Christ Fils E$riu 
de Dieu eftoit Mort & Reflufcité pour 
nous$ baptifans tous ceux qui vou- 
droieat croire en luy. Et que celuy mef- Mfiion- de* 
me quiauoit enùoye les fufdiôs Àpo- £?JS 
ftres & Pay y nous enuoyoit auffi par fcs f***^ 
Licurenans qu'il auoitlaifïez en Terre, 
comme les Vrays SucceÏÏeurspour les 
Venir trouuer, & voir fi à ce coup ils 
voudroientefeoucer fa Parole par no- 
ftre bouche & la croire affin de les ba~ 
pufer 5 ieur donner la Remiffion de leurs 
péchez & les rendre tous vrays Enfahs 
de Dieu. 

Si toftquccepeuple (quiiufquesà MmiA 
lorsauoit efeouté ce dif cours Tefpace $'&* ^ l * 
de deux grandes heures & demie auec f £t a »tn~ 
vnfilence&attentionincroyable) eut ««-«»* /«*• 
«ncendu ces dernières paroles des èf- di ™ 
feds du Saim^Efprit, incontinent **' 
chacun fe letra de fa place , remply de 
zete & de ferueur comme fi le rnefmc 
SainâEfpriticseuftcnyurédefesSaiiî- 
âes Grâces & embrafé leurs cœurs du 
Fettdefon Amour* O quelle ioye î ô 



diem Z&im&* 




m 



Hiji. de U Mifs, des PP. Câpncïni* 
quel contentement ! Vous les voyc z 
tous efleuer leurs mains auciel auec y ne 
grandiffimelieiTe&yneairegrefle nom- 
pareille,crianç à haute y : oix^robiarTou» 
pan y Pdy,^4rQbiarToHpdfîPay, le croy en 

€ùmernon^ QU > m ® ^ CÏC ^ Cf °y cn Dieu,môpere<> 
Itssatmagts I L y auoit le Fils aifné de : IàpiOuâjJou % 
tntendansU quieft vnbeàu puifîant ieurie homme 

parole de * . , & • « 

j)k». aage de vingt ou vingl-deux ans, nom- 
cenmerfion vncToucmÔuaJJou 9 lequel s'eftoit leué le 
otl^fiis premier auec sô frerel^> ? aagè de quin r 
aifnéd» vrin ze à féizeanS)& le çcth^fcMoUy M/ry;Et 
vpaideMa- a i n fi que nous demeurions tous en ad- 

ravnan* . f ( 

miration de cette nouuelle & inaçcou- 
ftumée ferueur, voila ce ieune homme 
(fuiuy des autre$)qui accourt à nous r &r 
pous embraflant tendrem e nr, fes yeux 
é flans tout baignez de larmcs,il fe mit à 
crier, ^érobïar Toupan y Pay^ ^trobiar Tou? 
panToHHe$ ^Arobiar Toupœn Raheyre, ^4ro- 
hwrToupm S. Efprit. Chémoiafouch yépé 9 
pay> Chèmômfouchyepé^v^j. Ah Prophète 
ïe croy en Pieu 5 monpere, le croy en 
pieu le Père, ie croy th Dieu leHJsyie 
£roy en Dieu le S. Efpritrbaptifez moy 3 
mon pere^baptiiez moy.mon père. 

To vs les autres fe mirent à crier de 
mcfmc, èc n'entendions autre chofe 



ragnan a 



entlfledeMaragnan, îii 

linon Jitohi&r Toupan vay , Chémoiafoufh 
yepéyChémoiafouch yépè,Pày, lecroyen 
Dieu (mbn Perc) b*ptifez moy, bapti- 
fczmoy 5 monpcrc. 

Novs eftions fi eftonnez d'entendre 
ces aouucaux difeours* que nous ne 
pouuionsque refpondreàces pauures 
creatures,pour la grande ioyc qui nous 
auoitfaifîle cœur & nous faifoit tom- 
ber les larmes des yeux, n'ayans iamais 
ouy parler de chofes fembfabîes:ôquel* 
leioyelô quedeiubilation! 

Povr mon regard iediray (comme ^dmrau^ 
I ay toufîours die du depuis)que ien'av % mmr ® 

' L • t *■ « % * ' J émotion des 

Veu en lourde ma vie vnobiedr plus ca- i»di mi T ,f 
pabledeme tirer les larmes des yeux, ?"*"»*«• 
deioye & de contentement, que l'indi- 
cible fentiment de pieté & de deuotion 
que ces pauures Indiens nous faifoient 
voie dedans leur cceur, par leur main» 
tien&a&ions extérieures.! es vns nous 
embraflToient 5 les autres leuât lès mains 
auCiel,demandoient le baptefmc,les 
autres confeflbienc tout haut, qu'ils 
croyoient en vn Dieu, n'y ayant pas vn 
feuld'entr'eux,quinefuftportèàquei«, 
que a&ion auffi admirable, que dcuo- 
ce. 




1 




P on dm S. 
Èftrit e$&- 
)àtt fut les 
Gentils * là 
fredication 
de fairiSh 
Pierre) e» 
Çefarêe. 
Jdtt. 10. 



Similitude 
ieUconttef 
fton des Sau- 
nages à celle 
fa s Genttls 
en Cefarèe 
efcovtans U 
parole de 



BiftJeUMifî.desPP.Capkcim 
lime fouuin t à Imitant de ce qui fe 
paflaauccle Prince des Apoftres r lors 
qu'il fut preicher en Ccfarée par le com- 
mandement de Dieu , poeu ihftruire le 
Centenier-Car l'Ecriture disque faind 
Pierre annonçant à plufieurs qui s'e~ 
ftoient là afFemblez, vn Dieu & vn I £- 
sifs Christ crucifié & reflufeitépour 
l'amour de nous, qu'aûffi tôftlc S* Ef- 
pritdelcendjt far tous ceux qui efeou- 
toient fa parole^ commencèrent au 
ftiefme temps à parler diuer{es langue^ 
loûans & glorifians Dieu. Ainfi cegrâd 
Dieu ayant eu agréable de nous côman • 
dcrparNosSuperieurs.d aller ptefehet 
laFoy Catholique^poftolique & Ko- 

ges t Au mefmeinftant que nous leur fai- 
sons entendre publiquement v pourla 
première foîs,qù'ily auoit vn dîcu Crér 
atcur du Ciel & de laTerrejequel auoit 
cnuoyé en ce Monde fbn Filsvniquê 
Iesv s Christ j auec les autres arti» 
cleidehoftre foy;Le S.Efprit defeen- 
dantfurceuxquinousefeoutoient, les 
fit parler nouueau langage & magnifier 
extraordinairement le S^Nom déi'a dî- 

uincMajefté» 

Comment 



enl'ljle de Maragnan. ni 

C o mm e n t ces pauures Cannibales 
& vdntropopbages , qui depuis tant de 
centaines dannées ne refpiroient que 
la chair & leiàng,le meurtre & le car- 
nage, feraffafians de la propre chair de D^tfl 
leurs cnnemis^pouuoient-ilsconfeffçr mander ie 
publiquement & tout haut vn Dieu^^f 
Tnneen Perfonnc,& Vniqueen Ef. samst zj„ 
fence^fîlcSain&Efpricnefuftdefcen- fnt ' 
du dans leurs âmes , illuminant leurs 
entendements & enflammant leurs 
volontez du Feu de Ton Amour 3 pour 
les pouffer à demander ainfî tout haut 
le Baptc(mc,commeîa porte du Sa- 
lut Eternel qu ils defîroient fi ardam - 
ment? 

A voftre aduis n eft«ce pas la parler c ^ . 
vn bien nouueau langage ?Ouy îlfaut hom^tf m 
confcflcringcnument^veudefiadmi- lnEHan & 
râbles effets 5 que Gratta SpiritmSanSii Aei% 
innationeseffufa eft. Le Sainét Efprit a 
vrayement efpanché fes fain&es grâ- 
ces en abondance, deffus ces Nations 
Sauuages,fauor|fant de fa Diuine Pre- 
fencejes fain&cs paroles que nous 
leurs annoncions. 



vxo, 





Hijl. de h Mifî. des PP. Capucins 

COMME LES INDIENS 
h aft ir mt vneCh appelle &' plan- 
tèrent, la Croix a luniparan ; 
principal vilage de IJJlede Mara- 
gnan. 

Chap. XVIII. ' 




A ioyc & le contente^ 
met que nous reccuions 
de voir les grâces que ce 
Grand Dieu (qui neft ac- 
fçepteur des perfonnes) 
faifoit à ces Ames Canibales Se ^/ntropom 
phages , nous contraignoit quafî dédire 
aucc S. Pierre, fetrouuanten vnefem- 
'a&.io blable rencontre , Nunquid aquam quis 
prohibere poteji^ vt non baptifentur hi qui 
Spiritum Sanëlumacceperunt, peut &nos> 
Ya-ilquelqu vn qui puifTe nous erapef 
cher de prendre de l'eau , & que nous 
baptifions ceux-cy , qui ont receu le S» 
Elprit comme nous? 

La grâce de Dieu auoit opéré de 
tels cffe&s en ces panures Ames ? que 






en l'IJle de MtiMgn&n. 114 

defïus cette confeffion publique & leur 
proteftationde foy, dés lors nous les 
cufïïons bien peu baptifer. Toutesfois uj(udUs°m 
pour ofter aux enuieux de la gloire de fronde 
Dieu & ennemis du falut du prochain, ^lut' 
toute occafion de detrader&murmu- indiens. 
rerd'vnefifainde adion, & pour les 
empefeher de dire (comme quelques- 
vnsdifoient défia) que pour vn petit 
prefent on pouuok Baptifer toutes les 
Indes 5 mefme pour mettre les Indiens 
hors de foupçon d auoir efté circonue- 
nus 3 &leur kiffer îc libre choix derece- 
uoirlamarquc & chara&cre des vrays 
Enfans de Dieu j nous troquâmes à 
propos de leur preferire quelques iours 
de delay,pour leur donner le temps d'y 
longer, &leIoifirdes , y bien dilpoier; 
& à nous autres auffi la commodité de 
les inftruire plus parfaitement , & 
leur faire entendre en particulier ce 
que nous leur auions dit en gêne- 
rai. 

M Ais'vnc fainde impatience leur In ft a ™* fa 
fanant voir le terme par crop long , ils * miv uu„ 
nous preffoient eux mefmcs de vou- t te f m '; 
loir cflfeduer bien, tofï ce tant pieux 
deiïein: à quoy leur ayant rcfpondii 

Pij 



Hifl.delaMifidesPP. (Sapucim 
que cela ne fepouuoit pas fi toft,d au- 
tant que pour le faire fblemnellcmcnt 
(comme nous le defïrions ) il eftoit 
neeeffaire d'auoir vne Ghappelle pour 
y célébrer la Sain&e Meffc, dcflors ils 
le mirent en deuoir de côupper force 
arbres pour nous en conftruircvne, fé- 
lon leur mani ère de baftir. 

En attendât nous cnuoyâmes quel- 
ques Indiens aucc vne lettre 5 trouucr 
nos deux autres PercSjà fçauoir le Re* 
uerend Père Yues & le Reuerend Pè- 
re Ambroyfe, pour les prierde nous 
enuoyer par les fufdits porteurs vn Ca- 
lice , vn Miffel, vne Aube ,vne Chafu- 
ble, des Hofties, du Vin, & tout ce qui 
eftoit neceffaire pour célébrer , aucc 
vn parement, des nappes, feruiettes, 
pierre benifte^queïques images^ au- 
tres chofes pourla garniture de FAu* 
tel; d'autant que nous n auions riea 
porté aucc nous par le chemin, finoa 
des furplis, eftolesSr huylcs fain&es 
pour adminiftrer quelques Sacremens 
fibefoing euft eftéencasde neceflïté. 
Nos Pères ne faillirent pas de nous 
enuoyer tout ce que dciïus. 

Cipendant les Indiens ne râan- 









en ïljle de Maragnan. 1 1 y 

quoient à leur deuoir pour eftre in- 
ftruits. Tous les iours foir & matin, ils IfilleT 
s'affembloyent en vn lieu , où nous mU ^ên- 
continuions de leur enfeigner par le ^ bre fi ,t 
menu la doârine Chreftienne, que 
nous leur auionsprefchée en gênerai, 
leurfaifans apprendre en leur langage, 
loraifon Dominicale , la Salutation 
Angélique, le Symbole des Apoftres, l* dottrim 
les dix Commandemensde Dieu, les e^fl*»»^ 
cinqderEgiiic,SdesfeptSacr^^ 
la connoifTancc defquels eft neccflairc 
auxperfonnes adulres, poureftre in- 
corporez au corps myftique deTEglife 
Catholique, Apoftolique &Romaine. 
Ce qu'on leur faifoit fouuent repeter 
pourles mieux engrauer en leur mé- 
moire, 

E t pendant que les Indiens prepa- 
roient leurs âmes poureftre temple a- 
greablcauS.Efptit, ils ne delaiffoicnc 
detrauailler iournellemcnt, en temps 
oportun 3 au baftiment de la chappelle 
qu'ils nous faifoientau beau milieudc jfâ^ 
IuniparAn. au co»jiru~ 

P l vs i e vrs s'employoient à de- *%fi™ 
mener la place , aucuns a rapplamr, muttcup 
d'autres à abbatre des beaux arbres. & fetttk lm ^ 

P 11J 



r 






Hiji. de Lï Mift. des PP, Capucins 

tailler les bois,d'autrestenoicnt la mai& 

aies dreffer. Ce pendant il y en auoic 

qui accommodoient le Vindo pour la 

couunr.-les .auttes faiibienc des. nattes 

Belles mms auecdesfueill.es dePalraiers 3 fî bien tif- 

iesïamages faes & cntrelallées par carreaux &di- 

* aragnans. uer |~ es fîgq res qu'elles font fort plaifan- 

tes à voir, elles nous feruoient de ta- 

pifleries pour ornenl'autcl &la Chap- 

pelle. Enfin chacun d'iccu'x s'y em- 

pîoyoit félon fon pouuoir &c de toute 

fon affeétion fans y eftre aucunement 

non rmar- Ce neftoit pas pour nous faire vn tc- 
mMejUrU pi ç d e Salomon, ny vne Edife fort 

conuerfio des * r r ' ,..-./ & . 

Topinamba. iomptueuie : ccitoit neantmoins pour 

loger le Roy des Roys 3 qui a daigné 

Naijfance ^ a ^ re pîutoften vneeftable que dans 

jpmtueiie à* vn Louure ou vn Palais RoyaL 

^ydesRoys a lors il naiiïoit fpirituellemcnt 

€vtreles Sau* * 

mges. entre ces pauures Sauuages , qui e- 
ftoient comme belles, non domefti- 
ques v mais très - farouches & ttes- 
iiermhages cruelles. Âufïï n'a-il quvne petite loge, 
têM m" 1 * comme vnc eftable 5 laquelle toutes- 
fois cft bien propre , bien honnefte & 
fort deuote j temblable, peut eftre , aux 
hermirages des faines Pères delapri- 



en l'IJle de Mdrdgnan. 116 

nutiueEgiife. le ne douce nullement 
que noftrePere SeraphijqueS.pRAN- Lattes-haute 
cois, quia tant chery la très-haute & t*»» re *<** e * 

r . *~ t J r r '**rr agréable** 

tres-fairicte pauurete > ne le reiioume f,udeDie* 
grandemetauCiel,de contempler fes <^*s,Fr-r- 
pauurcsEnfan$auecleFilsdeDieu,le- f< " 5 ' 
quel feplaift maintenant en ce pauurc 
petit lieu^aumilieu decesSauuages.La Tetkehge 
terre nauoit encore là porté ne vigne, ^Tdf* 
nyfroment.-ceftoitvnîîeu oùîamaisil vieu&às* 
n'y auoit eu de pain prouenant de Ià> Fran f°^ 
mais à prefent le voila bien châgé. Cet- Cenfideratio 
te terre eft maintenantvn autreBethîéê, naùbud» 
qui fignifie maifon de pain , puis que le £g^JV 
Pain des Anges y eft. Le Froment des Se>gneunm 
Efleusy eft venu auant qu'il y aytereu l * terreies 
aucun autre grain de ble 5 &: fi ron y 
trouue le Vin des Vierges 3 le tout au 9MUm: 
Corps & Sâg de noftr.cS eigneur qui eft 
là au fainâ Sacrement de T Autel. 

I e crois que ceft vnc benedi&ion 
bien remarquable pour ceMondenQU. 
neau,furle déclin du Mode. C'eft pour 
la nourriture de ces pauurcsAmes Sau- 
nages qui iufques à prefent mouroient 
de faim fpirituellement. Audi eft-ce 
'n prefage puifque Te commence- 
lent en eft fi heureux & fi fainfr, 
'y auoir vn iour abondance de 




HiftMLtMijldesPP. Capucins 
pain & de vm , auec les autres richeffes 
temporelles qui y font.Et lorsque cet- 
te nation (laquelie neft encore qu'ea 
;\ fon enfance du Chriftianifmejfera An- 
cienne, elle ne manquera moyennant 
la grâce de Dieu, d'y faire de belles &: 
riches Bglifes,ayant en ce pays là prou 
de matériaux très-beaux & tres-pre- 
cieux. 

carhet du B i e n toft après ils préparèrent vne 

Samtgupo* place proche de cette Chappelle pour 

j»4 r^yi y tenir leur Girirt, ne voulant quelcur 

àiwhamin. Confeil & AfTemblée> fufteflongnee 

de ce lieu de deuotion: comme auflî 

àlinftantilsbaftitent vneloge voifine 

deleurconfcil &de ladite Chappelle, 

pourla demeure du Vay. 

Aumefme temps <jue ces pauures 
loge t*Pdy. Indiens traurailloientauec tant dezele 
& fi grande diligence à la fabrique de 
cette Chappelle, celuyquile Diman- 
chcptecedcnt auoit promis , eftantaù 
ZACmxfd. Carbet , de prouuoirà la Croix, il ne 
t1l7d par ^ emcuroit P as futile. Car auffi toft 
TopwamL. affifté defes enfans,ilfe mita coupper 
un bel arbre qu'il feit apporter au mi- 
lieu du vilage , où la Croix deuoit eftrc 
plantée , & ne cefla iufques à ce qu'il 



etifaJledeMara&nan. uj 

euft fait cette Croix Fort belle 5 &biea 
haute , enuiron de vingt cinq ©u vingt 
fïx pieds. 

C £ tt e Croix eftant paracheuée 
dès le Mardy au foir, & les Indiens 
voyans que nous defirions pafïerplus 
outre en noftrevifite & aUcvzCamâUpio^ 
attendant que la Chappcllc fe parfe- 
ront ; Ils nous prierentinftammentde 
bénir la Croix , & la planter premier 
quenousnous départirions, enquoy 
nous aquiefçames fort librementà leur 
fain&deiïr. 

S i bien que le lendemain matin 
îroifîefmeiourd'O&obre, veille delà 
fefte de noftre Seraphique Père, Sainâ: 
François, Iapy Otiàjjon Principal 
deriflejreueftudefacalaque & eftant 
aflemblé au milieu de la place auec les 
Principaux & Anciens & tout le peu- 
ple de lunipAYdn, fans ceux des autres 
villages circonuoifins/qui ayant en- 
tendu cette nouuelie eftoient venus 
exprès 3 le Sieur de Rafilly y eftant 
prefent auec plufieurs François qui c- 
ftoient pour lors à hmiparan^ le R.Pcre 
Arfene&moy reueftus denos furpiis 
blancs * portans nos baftons & Croix 



Defirâesln* 
diens devoir 
laQroïx^ta* 
teeàlnmpA* 

ran* 




Comme ta 
Croïxfitt he- 
ni fie ô>$lcm 
tesàlunipa- 
ran la veiîU 
de S. lEran^ 



Hift. delà Mifi. des PP. Capucins 

à la main 3 après auoir chanté le Vent 

Creator : >Ane Maris fteïïa^ & quelques 

autres Oraifons deuotes, ayant aufïî 

faitTcauëbeniftc, nouscomracnceâ- 

mesàfaireiabencdi&ion delà Croix, 

ainfî que nous auions fait au fort de 

S. Louys. 

l* croix L Abenedidion acheuée.nous corn- 

ad&rée par ^ „^ * * t» j * 

lessajaps, mcn cczmc$ a I adorer les vus après les 
iW piquée autres , chantans toufîours cependant 
'^«■•l'Hymne VextUaregisprodeunt. Etfîtoft 
queleSieur de Raliily^&les François 
s'y furent prefentez, lapy oiiajjou vint 
-lepremiejr pour l'adorer ^s'eftam mis 
à genoux, les mains iointes jfembraf- 
fa&labaifa comme nous auions fait. 
Et puis tous les Indiens fuiuirent Vvn 
après l'autre auec tant de ferueur ., & de 
deuotion ;> que cela trous donnoit des 
rcfTentimens fi vifs & nous touchoit 
tellement au cœur, qua peine pou- 
mons noiis retenir les larmes de nos 
yeux. Ce nouscftoitvne ioye, & vn 
coîTtentcmentîndicible,devoirlè,Ies 
Eftandarsde ce grand Roy Cœlefte 
ainfî honorez, refpe&ez , & adorez de 
cesNations Barbares,quiiufques alors 
iVauoienteu aucune connoiflance de 



1 



en l'IJÏe de M^ntgnan. 1 1 8 

I e s v s*C hrist, ny de la Croix. Et 
cependâtqueces Indiés la plantoient 
eux mefmes,nous eftions tous à ge- 
noux chantans, O cmx ânejpes vnica y 
nous refiouiffans infiniment de cette fi 
fainâe aéiion. 
A ïinQ&nt Iapy OmflbuAkQuil eftoit 

r î j t « Regrets de 

feulement marry, de ce que luy &tous 7 * ^yi 
ceux de Ton village, dcuoient fe retirer/^ saunage, 
dulmiparan* & aller habiter dans cinq *"ï™ tt ' r < - 
ou tix Lunes, a vn quart ou demy caufedeia 
lieue delà 5 T parce qu'ils auoient ac« Cr9 j* h™ y 
couftumé de changer de lieu. Se de de- #"* f ** 
meure tous les cinq , ou fîx ans ) re- 
grettant de quitter cette place, àcaufe fj™*'^ï 
delà Croix, qui y eftoit plantée. Tou- f »\ u 
tefois (difoit-iij ie me promets , que c ™*- 
quand nous fortironsé'icy, nous en 
emporterons auflî la Croix, pour la 
tranfplanteroùnous allons, auec in- 
tention de ne plus changer d'habita- 
tion, comme nous auons fai&parle 
paiïé. 

Aquoynousfîfmes refponcc, qu'ils 
ne la deuoient pas defplanter, eftant 
plus expedientde lalaifTer!à,pourre- 
marque perpétuelle; &pournelespri- 
uer de leur confolation ? Ton enferoit 



Hifl. de la MîJJl des PP. Capucins 
vne autre que le Pay, lequel demeura* 
foiraucceuxjbeniroitj&puisiapîan- 
tcroientau milieu deleur viIJage,com- 
me ils auoienc fait celle-cy : ce qu'il 
trouuafortbon. 



DE CE ^TI SE TASSA 

ennoftre'viJtteaQirnaiïpio, Ita- 
faty et* Tymhohu. 

Chap. XIX. 

A Croix donc eftant plan- 
tée,uous nous départîmes 
eemcfmeiour, enuiron les 
dix heures du matin , pour 
L'tjiaUiffi- alleràCrfm^'ojdelaiflant 

mît i-vn <er là lefufdit Sebaftié pour inftruire tous 
0T& ,es *?"« ceux de Iumpâran ( ainfi qu'on 
ptranfwr auoit defia commencé) à ce qu'ils fuf- 
îïfcf'- fc«»«s difpofezpour receuoir leba- 
pteime anoltrc retour, qui deuoit eftre 
(moyennant la grâce de Dieu) le Di- 
manche fuiuant, félon que nous leur 
auions promis. 
D v&ANT noftre âbfence, tous les 







en ïljle de Marajwan\ up 

foirs & matins, les Indiens de Iunipa- Afîtmliu 
r^s'afTembloyent aufond'vne efpe- ¥ l ndten * 
ce de tabeurin 3 appelle en leur langue ranpour m- 
Ouarara, que lcdiét Sebaftien auoit^ mWe - 
ïnuente pour s'en fçruir à faute de flllZ?^ 1 
cloche. 

Es tans tousaffembleZjillesmc- 
noie de compagnie droit au pied de k 
Croix 5 où les faifant mettre tous âge- \ 

noux auec luy, les mains îoinâes &c 
les yeux fiehez fur la Croix 5 il com- 
mençoitToraifon Dominicale en leur 
langue^qu'il leur faifoic dire mot à mot 
après luy. Et pour leur faire retenir tnàufiri* 
plusaifcmcnt.il trouua iauention dc f0 ? rfî "*f am 
eur faire dire en chantant, auec ï^tue prendre u 
Maria , le Credo 3 les Commandements *" ùfïn *> 
de Dieu, de l'Eglife, & les fepe Sa- gffiS 
crçmens. Il faut que ie coofeffe que r « ^« Ph 
c eftoit vn chant fï doux & fïpitoya- d '"* 9 
ble , qu'il eftoit impoflïble deTenten- 
dre fans en reflentir ie ne fçay quoy 
d'efmotion. 

Av fortir de Iuniparan quelques In- 
diens nous accompagnèrent toufiours 
par le chemin , & paflant par vn villa- 
ge nommé Ouatimbooup , nous trouua- 0tf ^jêf 
mes quelcChefdecclieu eftoit paity U ^' 



Carnaupio 
démettre 

agreabie t 



MdYcota Ve* 
rd principal 
de Cœrnaiï- 



jljfeftion 
J» chef de 
Carnaupio 
enuers le 
fîeur de Ra~ 
filly C les 
Pères Captt- 
êta* 



'AffemhUe 
du Cari* et a 
Çéfntâpi** 



■ Hift.de UMifi. des PP. Capucins 
pour aller à laguerre 3 dcs deuantnoftre 
arriuée k Maragnun , ce qui nous o ccafï* 
onna de paffer outre fans y feiourner. 
De là nous allâmes droit kCamaupio^oîi 
nous arriuâmes le mefme iour fur les 
quatre ou cinq heures du foir. 

Ce village eft fortbeau,&vne de- 
meure tres-agreable 3 proche d'vne bel- 
le riuiere dont 1 eau eltfort excellente à 
boire. 

Le principal de celieunomméM^« 
coiaPero.Ciivn homme fort grand èc 
puiflaiuraagé enuiron de centans,mer- 
ueilleufement courageux. Oncle du ■ 
plus petit des fix que nous auions ame- 
né en France, nommé Vmoha. Ledit 
MarcoiaPero, eftant aduerty de noftre 
arriuée,vintaudcuâtde nous, & contre 
leur couftume,à bras ouuerts, accourue 
nous embrafler fort cordialement, 
nous tefmoignât beaucoup d affeâion 
Apres nous auoirreceu auec toutes les 
coartoifies poffibles, nous nous mif- 
mes à difeourir par enfemble, atten- 
dant le Cavbet, lequel eftant aflcipblë 
fur le foir j le Sieur des-Vaux leur fit la 



tn ïljle de Mdrdjwœn. 120 

harangue quedeffus D dont ils forent 
tres-contens. 

Et d'autant que lcshabitans>dc ce 
lieu auoien t ouyparlcr de ce qui s'eftoit 
paffé à lumparan , nous prièrent de fai- 
re le-meftne à dtmmpio , dy planter la 
Croix, & y demeurer quelque temps 
pour les inftruire. Outre la deuotion 
qu'ils auoient 5 nous reconneufmcs 
bien qu'ils font là extrêmement ialoux 
de l'honneur qu'on fai&'aux autres, 
eftimansà mefpris > û on ne leur fai& 
auffile feniblable. Vray eft que cette 
émulation n'eftoit à mefprifer , puis 
qu elle eftoit fi fain&e& fi ioûable.tant 
pour lagloire de Dieu , que pour leur 
felut. 

P au tout où nous paffions,il y auoit 
toufîoursquelquercgretdeceqiieno* 
nedemeurionsautantaueceux, com- 
me nous auions faiâ: à luniparan. Et 
n'euft cfté nos exeufes du petit nombre 
que nous eftions, nous n'euflîons peu 
nous départir d'eux ^ finon auec beau- 
coup demefeontentement. 
Cequilcscôfoloit encore d'auantage 5 
cft que nous leurfatfiôs entédre qu'in- 
çontinêt après noftre yifitc 3 jereuien- 



SamCîe em&* 
laùondeiln* 
diensdeCar* 



Entête â*h&* 
ntttr entre 
UiSanuages, 



Le de pr des 
Indien To- 
pinaha d'a- 
uoir les Pères 
Capucins en 
Unrsv'tUges* 








HiflJe kMifî. des PP. Capucins 
droiscn France auec le Sieur de R&> 
fîlly,pourvenir quérir plus grand nom- 
bre de vay qui dcmeureroient par tous 
leurs villages : cependantil leur en re~ 
fteroit trois, qui ne manqueroient de 
lesvoir lbuuenr,pour commencera les 
înftruirc, attendant noftre retour de 
Francc,qui pourroit eftre en bref; dont 
ils demeuroient fatïsfais & contens. 
Mais de noftre part 3 il nous reftoit vn 
creuecœur nompareil D de voir ce pau- 
ure Peuple 3 demander auec tant d'aflfe- 
aion ,raflîftance & aide pour fe fau- 
uer 5 fans leur pouuoir donner. 

Le lendemain matin ayans pris 
congé du fufdit Marcoia Pero b nous 
nous acheminâmes a luf?ary y ou nous 
LeWmcipai arrivâmes fur le midy. Le Principal de 
$itaf>*ty cc iî cu quieft vn trcfbon Indien, & 
grand amy des François, ne fe*mon- 
lira pas moins courtois en noftre en- 
droit^que les autres precedens. Il nous 
fit tant de careffes auec tous ceux de- 
fan village, qu'il n*cft pas pofïiblc de 
plus. 

E t voyant qu'il y auoit peu de di- 
ftancedclàà Timbobu, qui eft proche 
de la Mer, nous y allâmes* coucher le 

m * mcfme 



r JL muU des 
Capucins 2 
Itafary, 



cis Fran 



Timhhtti 



enlljle de Mdragnm. 121 

mcfme foir, accôpagncz du ùxCdït Prin- 
cipal àltap4ry 3 o\i nous fufraes auffi bien 
reccu s,quc nous allions cfté aux autres 
lieux fuf dits. 

LEraefmeiour quenousfufmeslâar- 

riucz, Ton nous pria de baptiferdeux 

1 cnfans.vn fils & vnc fïlle^aagez enutron 

dedeux à trois ans 3 ce que nous leur 

promifmes de faire le iour fuiuanr. 

D e grand matin donc les Indiens ac- 
commodèrent vn^ioupaue^pouv nous 
feruir de Chapelle, où après auoir fait 
l'eau benifte & beâir le lieuse Principal 
& les habitans de ce village eftans pre- 
fens, nous baptjfambs les deux entans 
fnfdits 1 le fils fut; appelle François > m 
l'honneur de noftre Père S, François, 
poureeque c'eftoit le lendemain delà 
fefte,& la fille fur nommée Louyfe, au 
grand contentemenc de leurs m ères, & 
de tousles ïndiés de ce lieu> qui eftoiéf 
rauis en admiration , yoyans les belles 
cérémonies , que nous faiiions en con- 
férant ce S, Sacrement 

L e Principal, qui eft vn bon vieilbrd 
décent ans ou enuiton, plus eftonnè 
que les autres^ voir pour lors 5 ce qu'il 
aauoitiamaisvcp, nous vinctrouuerà 

■QTr 



Les .Cafit*.- 

uns set prie? 

debaptifer 
àettx enfam * 

A'ttmpam 

bok» pour les 
S a mu âges 
poarjermr 

de chapeUt* 



Comme les 
cérémonies 
au bàptçfmê 
édifient? tes 
Saunages^ 





Htji. delà M{/?. des PP. Capucins ^ 
Difiwrsai- lafîndccctteaâionj & d'vne face ioy* 
cM^«-eufe& contente nous dtt^Ie vois bien 
hoh»,fM qucc'eftvnebellechofe d'eftrebaptifé, 
*»* p/»- & fait enfant de Dieu ,-ie defire extrê- 
mement de l'eftte,& voudrois que eu 
meuffebaptifé.Nousluyfifnjcs tefpo- 
ce que nous le defirions dâuaptage que 
luy,ainfîque!elong chemin que nous 
auions fait, pour les venir cetcher àucc 
tantdefatigucs,endonncittcfmoigna- 
ge : Mais que premièrement il eftoic nc- 
ceffaire d'eftte in tlruù en 1 a connoiffan- 
ceduVray Dieu que nous adorons, & 
de(onFilsVnique Iesvs Christ, 
qui eftoit mort, & reffufeité pour n ous. 
A cela lebon Vieillard nous ditjS'il faut 
croire enDieu&eftreinftr oit en fa con- 
noiflanec auant que d'eftre^ baptifé; 
Dieu ne peut-il pas bien defcêdre tout 
maintenant en mon cceur,& fe donner 
à connoiftre à raoy,à ce que croyant en 
luy,tumebapti{e? 

Discovrs à la vérité non pas d vn 
Sauuage ny d'vn Payen, mais d'vne 
Ame qui ferobloit eftre preuenue àe$ 
gracesduS.Efprit. Ce dHcours nous 
eftonna merueilleufement , n'y ayant 
perfonnedeuantluy,qui nbùseuftvfê 




enîïjlcde MdYAgnMé* it2 

de tels propos. Nous Iuy fifm es tefpon- 
ce que Dieu peut faire tout ce qu'il Juy 
plaift,& tout ce qu'il veut eftrefàitj quç 
neantmoins il y auoit beaucoup de 
chofes, qu'ordinairement il ne faifoi; 
pas par foy-mefroe; ains fe feruoit des 
hommes 5 qui font fes feruitcurs,pour 
l'exécution de fes Sain&es Volontez 3 
ainfî comme il auoit agréable de fe fer- 
uir de nous,nous ayant enuoyez en leur 
paysyà fin de lés baptifer, ce que nous 
ferions tres-volontiers quand ils fe- 
roient bieninftrui&s. Cec hommefut 
fatisfaid denoftrercfponce, & né fut 
pasbaptifépourlors» , 

L'a pr.es midyle Sieur JeRafiily 
s'en allaaoccle Sieur des-Vaux, ( nous 
teftant en leur compagnie) voir vne 
place furie bord de la Mer à demie lieuë 
de là, propre pour faire vne belle & a- 
greable demeure,d'où eftaiis retournez 
à TimbobuyimXc foir arriua vn des efcla- 
ues du fufdift Principal ( long; cheueux . Mor !*™ 

d x , , , l ° . des enfans dm 

c nation) lequel Juy apporta les pre chefieTym* 

tnicresnbuuellesdelamortde fon fils, hoh * 

aagéde quatre ou cinq aiis feulement^ 

qu'il auoit enuoyè à vn Barbier (appel» 

lé en leur langue P^demeurât à cinq 



Uons 



ou fix lieues de là ^affig de le foufflcr 
fainfi qu'il fera dit cy après ) & Je guérir 
de fa maladie. Âuffi toft que fciclaue 
fufditfutarriué^'eftantaflîs furvalid 
de Cottoo 5 les femmes & filles s'aflfem- 
bîerent autour de iuy , &C commencè- 
rent à plorer; crier &fe lamenter félon 
leurcouftumea 

No v s auions bien crainte, que ce- 
la ne continua toute la nuid, toutcsfois 
ils defiftcreor incontinent après. Ce ne 
fat pas pourtant pour long temps : Car 
ceux qui apportoient le petit enfant 
SIX mort,eftàntamuezfur les dix ou vnze 



iienipQwU heures du foir, tous les parens sailem- 
mon d'v» i)i crcnt aut our dudit enfant que (a me- 
re tenoit entre fcs £>ras , & recommen- 
cèrent de nouucau à crier & fe lamenter 
dvnefî eftrange façon, qu'on les en- 
tendoitpar tout le village. Nous efpe- 
rionsquebien toft ils mettroient fin à 
leurs lamentations comme la première 
fois, mais voyant qu'ils continuoient, 
fans pouvoir les appaifer, nous fufmes 
contraints de quitter la place & aller 
tout à haute bout du village,pourache. 
uerlercfte de la muet, pendant qu'ils 
continuer et à faire tel bruit iufqucsaa 



enlljtedeliidrdgndn. 123 

J'en demain matin , qu'il fur enterré, re- 
doublant alors leurs cris & lamenta- 
tions plus quauparauant. 

L a mort de Ce petit enfant nous tou- 
cha bien fort au cœur, d autant qui! 
n'auoitreccu le baptelme. Et cela nous 
donna fujeéi le matin de les reprendre R*m°nfi™n : 
de leur folle croyance .leurfaifant voir utcIZdm 
quelesP^^dont ils font tant d'eftat, aux Sa»ua~ 
ne font que des trompcurs 3 & abufeurs, Z es ^ ela f glle 

» /1 t r m » croyance 

n citant pas vra y, que leur louffleaye le ^n$ ont fa 
pouuoirdelcsguenr.commcilsfevan- h&™»fi» 
tcntyK qu'au Jieû d auoir ofte le mai de f^Zaial] 
cet enfaçr, ils lauoient fait mourir en le t*rkfi»ffle 
foufflant. Que s'ils nous Feuffent en- dele ^^- 
uoyé pour eftre baptifé, ainfî que nous 
auionsfait les deux autres , quele Ba- 
ptefme euttfauué fon Ame, & que peut 
eftre luy eut il renuoyé la fanté de fon 
corps>fî le Grand Taupm feuft iugëne- 
ceffaire. 






QJv 







ï2ijl K delà Mi fi. des PP. Capucins 

DS NOSTRS RETOVR A 

luniparan > e£j de ce qui s y ^ajf^ 
denouueau. 

C h a p.. XXc 

E mefme iour au matin, 
nouspartifmesde Tymbohù 
pour ne manquer à la pro- 
meffe que nous auions fai- 
te ^d'eftre le Dimanche fuiuanti I«#i- 
/wmNous pàiïâmcs à hapary sas nous 
y arrefter beaucoup ,afin de gaigner 
Camaupio pour \.y demeurer lanuiét. Le 
lendemain degrâd matin nouspartif- 
rnes deià 3 & prifmes noftre chemin par 
le village ftommé Ouatimbooup ; fi bien 
que nous arriuâmfes lapres midy aluni- 
parangon Japy Ouaffou &c tous les habi- 
tans de ce lieu nousattendoientaucc 
vne grande deuotidn 3 & nous receu- 
rentauécyne indicible affe&ion. 

NoVs y trouuàmes toutes les cho- 
fes que nous auions demandez à nos 
Percs, pour dire îaMeffe & parer va 






ence 
ien$ 



en lljk de Mardgnan] 124 

Autel. Et ce qui nous donnabeaucoup 
plus deconiolation l ce fut de voir non A 
ieulementla perieuerance & la bonne ^w, 
volonté des habkans de ce îieu> pour de i»»ip*r£ 
receuoir lefaitid Baptefme ; maisauffi ^ÎÙs'my. 
h peine que leslndiens auôicnt appor« flem àtu 
té de leur part, à la diligence de Seba- F ^« 
ftien, que nous leur auionslailïèpour 
les ioftruirc & ks diipoier pendant que 
nous eftiorçsabfens. 

Il y auoit du contentem ent à les en- 
tendre difeourir des principaux myftc- 
res de noftrefoy: vous eufTiezdit qu'ils 
les euflentapris dés leur enfance D tant 
ilsçnparioientperîinëment. Etlerel- 
pe&quc ces pauuresgens portoient à la ^^ j e " 
Croix que nous leur auions plantée, n i ?aran ^ £ 
eftoit fi grand , que fi vne bonne partie cW, 
desj Catholiques de ce temps euflênt 
veu cela, ie ne doute point qu'ils n'euf- 
fent rougis de honte & donné fenten- 
ce contre eux-mefmes , en cequ'ayans 
eftez nôurriz au giron de l'Eglifc, Se 
nettoyez du S âg précieux de l'Agneau 
fans macule Iesv$-C h r 1 s t 5 ils ne dai* 
gnent feulement faire vne reuerenec 
ou ofter leur chapeau quand ils païïent 
deuant la Croix. 

QJiij 



if 




v Ifift. de la Mtji des PP. Capmim 
Ces pauures Indiens ne pàffoienç 
guère auprès de cefte Croix r fans fé 
mettre à genoux Se fe profterneraux 
ïfeffs au pieds ■ d'icelle , "Tefabraflant ' & .bai- 
bon exemple ^ deuotement, ainfi qu'ils nous ^ 
54^«^ ; uoientveu faire aùant noftre départe- 
tôent. En cela voyez- vous comme il 
importe beaucoup de dôner bon exe- 
pic, & particulièrement à ce peuple 
quifcporte du tout à nous imiter. 

Le refte de ce iour fepafta, comme 
auffi le Lundy & le Mardy luiuant, 
a leur faire repeter ce qu'on leur auoit 
appris, & les enfeigner ce qui leur 
reftoitde fçauoirpourreceuoic le Ba- 
ptefme* Cependant on continuoit à 
trauailler à la chappelle 5 laquelle fut 
paracheuéele Mardy à midy 5 où nous 
employâmes tout 1 après midy pour 
fajancec & bien orner. 

le ne vous fçautois exprimer la 
ioyeSr le rauiffement de ces pauures 
tes omemes gen^ vdyans dcuantleursyeuxceque 
tim^* i^mâis ils n'auoïent veu. Ce n'eftok 
ks indiens, qu'exclamationsqui (ortoient deîejurs 
bouches \> admirant cet Autel & cette 
petiteCbapelie,fi deuotem en t accom- 
modée* Aprescela chacun commença 






en Fljlc de Mavdjmari, Ï2J 

àfc di {/ pofer pour le lendemain matin 
à la foiemnité du (aihâ Baptcfme. 

Oestoit à' nous non feulement de 
prendre garde que ceux qui eftqient a- 
dultesfuffentbicninftruits'; mais en- 
core falloit-il eftre bien aduifez que 
toutes les autres conditions neceflai- 
res s'y rencontraient 3 à ce que le de* 
faut d'v ne feule, ne rendit vne aélion 
fi louable & fi faillie; très inique &€ 
blâmable.Carquoyqullseuiïenteftez 
très - bien infirmas, & qu'ils defîraf- 
fent extremementlebaptefmerneant- 
mo.ins ils n'eftoienttous encore capa- 
bles de le receuoir,& ncpouuiôs nous ZAp i mM ^ t £ 
pas le dônerà tous ceuxquinousen Je, femmes 
prioyent, principalement a ceux qui *#**i*i<î»* 

\. eftoient mariez a leur façon > parce dunsnefuf 
que la pluralité des femmes 3 qui Ce te- f entba t^ 
trouuoit entre-eux) comme nous ver- ^ 
rons en f on lieu) leut eftantinterdhte, 
c eftoit a nous à prendre gardPque fe- 
parant les femmes d'aueclemary 5 &le 
mary d'aueclesfemmes (commenous 
eftions obligez de faire, leur donnant 
le baptcfme) nous dônafTiôsaufïï ordre 

| que cela fe fift auec toutes les circon- 
fiances reqyufes , craignant que par 




Ciment les 
mfàns g|/ 

ceuxqmne- 
ft oient ma- 
ne%^ furent 
haptife'z^ les 

fumiers en- 

m Us Sau- 



Chrefthns 
presque tes 
Sanuages 

&rics$é a 



HiflJeU Mifi. des &P. Céfucks, 
quelqueprecipitâtiô,ilnesefuiuitquef 
que chofe préjudiciable à la gloire de 
pieivi rcftabliffcmenr duChriftianii^ 
me, &âu falpt des vns&des autres, qui 
euft eftç s'expofer en vn dangèrpius 
grand que le premier, citant beaucoup 
plus à proposée les Iaiiïer fans baptef» 
me^que Içs baptifans^âquerauxeho- 
fes eflentielles ordonnées de TEelife 
de Dieu. 

, Cela nous fîtrefoudre de donner 
lebaptéinîe.premiereiïiêntauxieunes 
çnfans & à ceux qui nVftoient point 
mariez: retBonftrant aux autres l'o- 
bligation qu ils auroienteftanî bapti- 
fez> & que Dieu voulait que l'homme 
fe contenta d'vne feule femme , s'il 
defirokreceuoirlefaiad baptefme &è 
eftre du nombre de Ces enfans. Que 
c'eftoit à eux d'y auifer , êc lors qu ils fe- 
roiët reipïus de fe f^ire quittç librcmét 
de ceslpfipefch cmens ,000s les bapti- 
ferions fort volontiers. 

H e l a s ! combien y a - il de Cfere- 
ftiens, pour leiourd'huy y qui nonob- 
ftanttantdmfpirationsdiuines, & de 
faindes admonitions oupredications^ 
abandonnentDieu pour fe perdre a- 



en lljle de Mardgntn. i%6 

kc les Femmes parleurs côcupifccn- 
ces infatiables 6c ienfualit ez effrénées ? 
Neiont-lU.pas plus Sauuages &: bru- 
taux que ces Indiens Saunages? Si toft 

qu'ils entendirent nos raifons, n'ayant ? y rd u t Ué 
eu au précèdent aucune co"nnoiffàn.ùc/«w»»«i^ 
des Commandemens de Dieu. Ils *Ç~ n L ™ZiZ 
cordèrent fort volontairement de fo»r ejire 
quitter lamuLcitudedesfemmes,pour «f™ -F 
reeeuoir lebaptefmç &c eftrc Enfans de 
DieiK 

Néanmoins 5 afin d e ne rien pre - 
cipiter, nousnevoulûmesles prendre 
fur le vert, nous conten tans de leur di- 
re que nous commencerions àbapti- ^ c wf* 
fcrlesieunesgensquine feroientma- mmt ^ onn ^ 
riez . pourucu que de bon coeur ils *»* Sa ™*« 
promment de renoncer a leropapSç a % ecefti&n ^ 
toutes fesœuufeSj&d'Qbferuer it*uio- bafttfmé. 
lablemenr iufques à la mort , ce que 
Dieu &i'Egli(d nous commandoir : A 
raifon dequoy nous leur donnions 
temps iufques au iourfuiuant, pour y 
aduifer 5 les prians de s'affembier de 
bonneheure, àeeque nouspcufïïons 
les examiner premièrement. 

Il fe treuua le lendemain matiOjVn 
grand nombre d'enfans 5 & beaucoup 




7 




M ifi. de la MifsJes P P. Capuâm 
Inikmfaf- .-'dçicuhcs hommes &defilles quinze* 
fimbient à ftoient encore mariez : entre lefquels 

k baftefme. fou Principal de rifle 5 à fçauoir fes 
deux fils ^Toucan Ouajjou^ôc louy P auec 
fes deux filles', & le fzût^cawuyMivy^ 
afrerobIe2aDpccsdeIaC^oix,vis avis 
de la Chappeîlc. Nous les interrogeâ- 
mes tous Tvii après l'autre , de leur 
croyance; à qiioy ils nous refpôdoicnt 
^Mmhh fi pertinemment .> que nous eftions 
r#o«c* des eftônnezdeschofes qu'ilsauoient cô- 
~$fm mm- pus eQ fi peîidetciîîps.Et quant a moy 
*%*J*i**r ieeonfclfe ingenuèment^ que cela ne 
«?»£4i*6 p OUUO i £ cftre fans vne fpeciale grâce 
cîe Dieu. Ils confçlïoiçnt tout haut les 
vus après les autres 3 qu ils croyoient en 
Dieu , Vn en Eflence &: Trinç en Per* ' 
fonne,Ic Pere 3 le Fils & le Sainét Eiprk» 
& en ï es vs -C h Ktsr y Fils du P ère Eter- 
Bel, Né de la Vierge Mari e, M art de 
Refisfcité pour nous. & qu'ilsvouloient 
viure & mourir en cette croyance. 

Novs leur demandâmes en fécond 
lieu^sllsn'eftaientpoint marris d*auoir 
ofFen ce Dieu qui eft fi Bon ,, ôC de ne 
Kiuair pas conneu pluftoft ? Ils dirent 
cju'wiy ^ qtviken citaient infînimeBt 




m ! 'Iflc de M&r&gnm* i%y 

marrjs,& qu'ils ncvouloieat plus viure 
commeils auoient faift le paffé* D'a- 
vantage nous leur^ demandâmes s'ils 
ne vouloient pas renoncer à Ieropary 
le Diable , & à toutes leurs fcouftumes 
tres-mefehantes & diaboliques, com- 
me de manger la chair humaine, défai- 
re mourir & tuer leurs ennemis de Tang 
Froid, d'àuoir plusieurs femmes &: au- 
tres abominations quljs auoient ap- 
pris de leurs peress leurs pères les ayans 
appris de Ieropary. 

Ch acvn d'entre eux refpondoit aufïï „ 
toit auec vne très- grade féru enraie re- r ^ eww . 
nonceàl^o^rvquieftvnmerchant,&: »«»/*»* ** 
qui ne vaut rien : cômeauffià routes les f t ^m /^ 
mefehantes coufturnes de nos Pères. m<tmaife$ 
Puis f vn difoit,Pay mangé tant de fois «"ft™*^ 
de la chair humaine:EtmoydifQit l'au- 
tre, Fay tué des cfclaues en tel Hornbre 5 
par vengeance & de fangfroid: Quant 
à moy (difoit vn autre) i'ay fait telles &c 
telles mefchanceteX. 

I l n'y enauoit pas vn feul qui ne 
confeflfa ainfî toutes k$ fautes qu'il a- 
uoitcornmifes , faîfant en cela vne 
Confeffion générale & publique (n y 
cftant obligé ) /ans aucune çraifctç.^ 



Vergongne 
des Catholi- 
ques qui ont 
crainte defe 
œonfejfer au 
Vreflrè, 



Math* îz. 



frefardtion 
des Indiens 
de lunifara 
four jatte 
honneur a» 
$4ftefme de 
leurs enfant. 



JRiftJe U-Mi$. des PP. Capucins 
ny honte^eftans confus en eux mefmefc 
de les auoir perpétrées & commifes.- 
Qj/ELXE conFufiori doit-ce eftrcà 
beaucoup de Câthoiiques 5 qui n'ayant 
honte de commettre tant de péchez 
contre fa Diuiriç Majefté, différent par 
quelque vergongne.de les confefferfc^ 
crèttemcBt aux pieds du Preftre qui 
tiehtla place de Iesvs.Chrîst? : /■ 
Nostke Seigneur difoit aux Scri- 
bes &: Pharifiens , que les Niniuites 
sefleueront au iugement à l'encontre 
d'eux ? d'autant qu'ils; ont fait péniten- 
ce a la prédication de Iôn as. le diray 
àufli hardiment après mon Sauueur, 
que les Cannibales & ^intYQpQphages > pa~ 
roiftrôt contre ccsCatholiques au iour 
du Seigneur,puisqu'àlafimplc parole 
des feruiteurs dfc Dieu ,11$ fe font con- 
ttèrtis & ont fait pénitence de toute 
leur vie pafféè, confeflant fi librement 
leurs pechei. 

Pendant que nous cftions à les In- 
terroger &di(pofer à teceuoirleSaind 
Baptefme^tous les habitahs de luni- 
paran Se ceux des villages circonUoi- 
fins qui eftoiçnt là venus ? fe préparè- 
rent pourafliftèr à cette fMètiinité :) & 




Commence*» 
ment de ver** 



miïjie de Mûragnan. 12$ 

$*âccommodercncle mieux qu'il leur 
cftoit poliïble , pour faire honneur à 
cette îainétc a&ion* Upy OuaJJou cftoit 
reueftu de fa robbeoucafaque audef- 
fesde tes accouftremens qui cftoient 
forrhonneftes. Tous les autres qui de- 
puis noftre arriuee portoient des ha- 
bits auoient aufli reuëftu tous leurs 
plus beaux aeouftremens , éc perfonne 
nevouloitparoiftrenuden cette com- 
pagnie (comme ils font) pour quelque 
reffëntiment inacouftumé, commen- 
çant à reconnoiftre que c'eftoït vne 
chofe indécente & malhonncfte y d'at gongn* e »tr* 
lifter nuds en telle folemnité /& en la l ' sSa ™ a &s, 
compagnie de ceux qu'ils voyent eftre t ] mtn " '" 
habillez. 

Et de fait vne certaine femme ïri- ruifa»teU, 
dienne^ eft&nt venue au milieu de la f^tvm 
troupe pourvoir les cérémonies 
Voyant feula toete nue, elle en eut û 
grande honte , qu elle s'en courut auffî 
•toft àfonlogis; où ayant fouillé de- 
dans fon coffre & trouué les chauffes 
&le pourpoint de fon mary , elle s'en 
reueftkaufïîtoft: puisauec fon enfant 
entre fes bras , elle reuintau Baprefme* 
tant qjilc cftoit defîreufe de voiries 69* 




r femme I*. 
** dienne. 






ftift. deUMifi dàéP. Capucins 
fcmonics qui s'y feraient; Cela a la 
yerite excita vn 'peu. à rire , 8duy ayant 
dçmanaé pourquoy elle auoit fait ce- 
la; elle me refpondic qu'elle efioit là ve- 
nu ë au.ee fo-n enfant pour voir baptifer^ 
où s'eftant trouuée nuëau milieu des 
autres qui efloietit veftus^ elle auoit eu 
Vergongnedefe voir ainfi, redoutant 
inefme qu'on neluypermift d'y afllfter 
en cette manière; à raïsôdequoy ellcs'é 
cftoit retournée au logis pour chercher 
àfèveftir, & que n'ayant trouué autre 
chofe queles chauffes &lc pourpoint 
de fon mary , elle les auoit pris 5 pour s*é 
feruir en cette ôccafion. On nelaiffa 
pour cela de la prier de fc retirer. Et ne 
permift on qu'à lapy Ouajfou & aux au - 
très Principaux qui eftoiét presés, dé- 
trer en la chappelie , où toutes les cho- 
fesconuenables auBaptefme eftoient 
préparées fur vne table au milieu d'icel- 
lci& l'Autel deuotement accômodê: le 
refte du peuple demeurant dehors auec 
ceux qui deuoient eftre Baptifez, 
r jtffetthn ia L e Sieur de Rafiîîy qui n'afFedion- 
fi*»*-****- noit tien tant quelefalutde ces pau- 

fillyenmrs . ^ ' , ; r 

its indiens, ure$ gens &C la conuernon d'iceux 5 
voulut leur feruir de Père Se de Pàrrin, 

auec 



tn 



m fajle de M&ragndn. xi$ 
luecle Sieur del'Aunay fbnFrere & au- 
tres François qui eftoient là venu s tant 
de Iuniparan que des autres lieux cir* 
conuoifins. 

, M , £$TANTreuefi:ud î vneÀube& 
4'vneEfloîle^leReuerendPere Ar~ 
fencdVn furplis, après auoir fait l'eau 
benifte 3 béni la chappelle , inuoqué U 
graceduS. E(prit& l'aydedela Bien* 
Heureufe Vierge M a k i e &c de noftre 
Seraphique Père S.F r a n ç o i snous $*t*<fin* <k 
commençâmes à Baptiter. Et pour fai- T^£ 
rc honneur à lapy OuaJJou y comme au rouuichaue 
plus grand Bouroumchàue de rifle ,nous d€llil€ { e c± 
baptiiames premièrement fes quatre ietmmmks 
Enfaïiirvnapr^siautre^cdmmençans *H«»^*«' 
parraifnequis'appeiloit Toucan Quaf- '£**"' 
fou, Il fut nommé Louys par le 
Sieur de Rafîlly en mémoire de no- 
ftre Roy Tres-Chrefticn Lovis Trei- 
ziefmé. 

No v s faifions les exoreffmes hors 
la chappelle 3 comme il cft porté dans 
le Manuel Romain du Concile de 
Trente, & puis le prenant par la main^ 
nous ritltroduimes dedans l'EgIife, 
difàns^Ludouke^Intra m confpeEîum dontu 
ni fer mànum Jacerrfotis, vt hdbeas, vium 







ta naffince 
iêïEgUfi ^ 
Romaine das 
VlsledeMa. 
rdgnan* 



eroyahle des 
hunes Indies 
fepnfeitans 



Bift. de U Mifî» des PP. Ctpucms 
éétemam. Eteftantentré/eprofternant 
en terre, les deux mains ioinâies y il dit 
tout haut le VMemofter J'^iueMarU, & 
le Credo en leur langue: & puis i'acheuay 
de le baptifcr,obferuantie refte des cé- 
rémonies de point en point. Apres Ton 
baptifa fon frère nommé loajauec les 
m cimes cérémonies , & fut appelle 
Charles parle mefme Sieur de Rafillyj 
qui nomma auffi la Fille aifnèe Anne: 
& la plus ieune fut nommée Marie par 
Monfieur de TAunayFrere dudit Sieur, 
deRafilly. 

I e ne vous fçaurois direlaioye que 
nous receûmes pendant cette fainéte 
action. Auffi en auions nous bien du 
fuie<a,celebrantauectant de triomphe 
la nouuellc Naiflance de l'Eglife Ro- 
maine en ce Monde nouueau> n'ayans 
iamais veu que fa décadence par les 
corruptions en ce Pays icy. 
Et puis^quieft cequin'euftreflenty 
fon cœur trefïaillir deioye voyant la 
ferueur ô^allegrefle^auec laquelle cet- 
te ieunefïc fe prefentoit au îaindt Ba- 
ptefme? La modeftie, la grauité, la pie- 
té 3 & la dcuotion qui reluifoit en leur 
extérieur, faifcit voir fenfiblement à 




en Tljle de M4r4gnan. 130 

îousj'abondance des grâces que la bo- 
te Diuinevcrfoit dedans leurs Cœurs* 
Jefquelies regorgeant de ces Petits 
Vaifleaux , rejaliïfoient au dehors dc{- 
fus les Affiftans par vne fi fcnfîblc corn- 
munication^que nous eftions tous , & 
François & Indiens, du toutfondusô£ 
liquéfiez de cette ioy e ineffable, Voyâs 
laferueurdecesnouueauxChreftiens, 
tant que nous fuîmes contraints delç- 
uer la bonde kaoslaimes & les laiffer 
aller. 

Tl faifoit bon voir ce vénérable uup # 
Vieillard Iapy Omffou,ûffi$ au bas de demttmde 
l'Autel auecfagrauité & -modcftieac- v?jl°tZftït 
couftumée , regarder auffi attendue- '{"fi* ™fâ* 
ment que curieufement , tout ce qui Ce 
patfoitauBaptefmç defes,Enfans. Ce 
pauure bon Homme eftoit fi contrit 8c 
touché en fon coeur, -qu il verfoit de Tes 
yeuxvndèlugede pleurs. Etcommeà 
la fin des exorcifmes, ilvitquefes en- 
fans^lefquèls nous tenions par la main, 
entroient dedans la Chappcllej qu'ils 
fe profternoient par terre les deux 
mainsiointes;qu'ilsdifoient touthaut 
auectantdeferueur le VateYnofierd'^4^ 
ne Maria^lc Credo : qu'ils renonçoïeng 

R \) 






HlflJeh MifîJesPP.Cdpiïém 
publiquement au Diable & à toutes 
(es ceuures -, qu'ils receuoient âuec tant 
de deuotion kshuillcsfain&esJVauë 
benifte,&riefainéfcCrefme : qu'ils de- 
mandaient le baptcfmc àla face de to*; 
Tout faifi en fon cœur 5 gemiflant 8q>lo- 
rant^tiroitbongré, malgré, des yeux 
de$afliftâs,des flots de larmes , deioye 
&decompaffion toutenfemble • &ie 
ne penfe pas qu'il y aye. homme d'vn 
cœur fi diamancin , qui enuifôgeant ce 
vénérable Vieillard en teleftat,euft 
fçeufe contenir de pleurer. 

Ilfaut que ie confeffe qu'il ne fut Ja- 
mais en ma puiffance de m'en empef- 
cher,non plus que les autres, quoy que 
pour le rcfpeét de la£tion en laquelle 
i'efîois, ie me fifle toutes les violences 
/C L,»*, Ipoffibles : admirant fur tout auec les 

Gtânte ton*» r \ c\ \ 

ftafa des affiftans Je courage & la conitance de 
nom ï*T/'' cesnouueaux régénérez, qui nonob- 
ftant la tcndrefïe de cœur de toute la 
côpagnic, demeurèrent inflexibles:&: 
dVn cœur magnanime ne tefmoigne- 
rehriamais en toute cette a&ion, qu'v- 
iieioye&allegre{feincomparab]e 5 ac- 
compagnée d'vne fingulicre pieté &£ 
dyne ttes-grande deuotion. 



%ener*\de 






enl'îjle de MtragnM. I J ï 

Apres les quatre fufdits \ nous ba- 
ptiiâmes encore fix autres, le premier 
defquels eftoit le ççiit -^caiouy Miry, 
fils du grand ^caiouy : l'vn des Fran- 
çois luy donna le nom lean. Le fécond 
hhdcMotJfobouy^ fut appelle Pierre.Le 
troifiefme fils de Ucopem, Charles. Le 
quatriefme fils d'^luaray y fut nommé 
Adrien. Le cinquiefme, Pierre D qui 
eftoit filsd'vne TapouyeiEt lafixiefme, 
fille de Mayrata &r d'^uaray, eut en nom 
Ëftiennette, où chacun auoitlvn def- 
diéis François pour Parrin. Cepen- 
dant ilfuruint quelques accès de foi- 
bleiTeau reuerend Pcre Àrfene noftre 
Compagnon $ &: puis le temps nous 
preflbit , àraifon de l'heure qui fepa£ 
foitpour dire la Méfie, tellement que 
nous fufmes contrains d'abréger &c re- 
mettre les autres àvn autre iour pour 
lesbaptifer. 

C e néanmoins nous célébrâmes le 
Mariage deSebaftien(duquel no 9 nous 
feruions pour truchement) aueclafuf- 
ditc Fille aifnée dclapy OuaJJou^hqucU 
le eftoit des mieux inftruitte* Apres le 
mariage faift, ie commençay la Mcf- 
ft,oùaffifterentces nouucaux Mariez, 

R iij 



Baptefme du 
petitAcaiouy 
Miry 3 £f- de 
quelques au* 
très Indiens* 




Mariage le 
Sebaftienfè 
de la fille aif- 
née de lapy 
Ouaffou. 
La première 
Meffecele* 
hrée dans 
luniçaran. 




Beuotwn re- 



HiflJeUMif?. des PB. Capucins 
&t0u$lesnauueauxB^pti>ez,auecle$ 
François. Ceux qui n'auoient encore 
receu lebapteime, fe retirotenc icloa 
îeurcouitutnie,apre^laMc(Iedes Cate«< 
cumençs. La deuotion des fufditsnou-- 
r^Hé' ùeaux Mariez tut telle ,queitans lvn8£ 
^ i^e»j l'a turc bien difpofez, & n'ignorans rien 
%Ziec*m- de ce qui eft oit de leur faind dcuoïr,ils 
mumon le receorent tous deux !a Sainéte Corn- 
io^r de leurs mmion à noftre MefTe,à l'édification 
de tous les A milans. Pleut îl a Dieu que 
beaucoup deCathdliques prinflent ex- 
emple fur ces nouueadx ChréftienSj 
pour aufïi fainâement encommencer 
leur mariage ? il n'en feroit que de mieux 
àcux &àleur po ftericé,receuans ainfi les 
benedi&tons de Dieu , à faute desquel- 
les, l'on voit le plus foûuent tant defa- 
ûiilies en décadence & en totale ruine, 
& des enfans fi mal naiz. 
; L a MefFe dite, chacun fc retira chez 
foy tout rem ply d'allegrefTe 5 louant & 
beniflTàotle Tout - Puiilant d'vnil heu- 
reux commencement, & pour l'efpc- 
rance qu'il fembîoit nous dôner dVne 
trcs-ample & copieufemoiflbn. Mais 
fur tous, nous auions bien fuieâ: de 
nous efîouyt entre nous autres,voyans 



m l'ifle de Màragnm. ï$x 

que nonôbftant tant d'oppofîtions que 
le Diable auoit faites à toutes nosfain- 
des entreprises, nous eftionsvenusà 
chef de tout 5 auec le glorieux butin de 
ces petites Ames , qui nous donnoienc 
entrée à la conuerlion du refte, ainfî 
que nous efperons,pourueu qu'il plaife 
ànoftre Dieu bénir tous nos trauaux 
& accepter les defirs de nos coeurs. 



* 




DE LA M O RT DV RE* 

uerend P. Amhroife à* Amiens* 

Chapitre XXI. 

Es Anciens difoient que 
lupiter auoit deux Vaif- 
feaux à (es deux coftezj 
Tvn plein de mal, de tri- 
fteffe &c d'affli&ion. L'autre plein de 
bien, de ioye, & de contentement, def- 
quels il yerfoit fur les hommes alterna- 
tiuement,faifant fucceder le bien au 
mal,les ioyes aux triftefïes, les conten- 
temens aux affligions : Et en après fai- 
foit, tout au contraire 3 que le mal fuï- 
uoitlcbien^apreslaioye, furuenoit la 

Riiij 





Dieu ne per- 
met qm fes 

fermtehrs 

fotentencon* 

tinuell" ioye i 
tàutnfiejjeen 
€e monde* 



Triftes nou- 
uelles de la 
mort du R P. 
jimhtQJfé 
appvrteeiautç 
Capucins a '■ 



Hifî. de U Miffl des PP. Capucins 
trifteflc, & ne manquoit d*affli<âion$ 
après le contentement. 

Iê veux que ce (oit voefiâion, ni aïs 
toufiours faut il que nous confeÉïons, 
que Dieu fm le icmblable enuers (es 
Seruiteurs, ne permettant qu'ils de- 
meurent en ce monde continuellemét 
en ioy e , comme il ne veu t qu'ils (biens 
en continuelle trifteflc, rendant leurs 
vies admirables parle moyen de cettç 
diuerfné. 

LAioye que nous auipns receuë 
tout cciour, enlafolemnelle admini- 
ftrarion des fufdits Sacremens , ne du* 
fa pas long temps, fanseftre bien toft 
fuiuiedela trifte nouuelle qu'on nous 
vint apporter de la mort dvn de nos 
R^qerends Pères , que nous auions 
laiïFé auFort de SainéïLouys. Et quoy 
que le Sieur de Rafîlly en fuft a'duetty 
désîe matins fi ne voulut- il nous en 
parler, & fit auffidefFence aux Indiens 
&raux François qui enïçauoicnt quel- 
que chofe de ne nous en diremot,crai- 
gnantdenouscontrifter& nous inter- 
rompre en i'a&ion en laquelle riouse- 
ftiems occupez. Et d'autant qu'il eftoie 
d'efià bien' tard* à raifon que les {uC* 



en Fljle de Mardgnan. 



m 



dites cérémonies auoient eftésfortlo- 
gnes, il différa de nous en parler tant 
que nous euffions prias noftre réfe- 
ction. Apres laquelle , il nous déclara 
queleReuerend Père Ambroife eftoic 
mortleiour précèdent. 

Ce qui nous toucha tant au cœur 
tout à hnftant, que nous fefmes con- 
traints le Reuèrend Père Arfene £& 
rnoy y commeauffi lediâ: Sieur de Ra- 
iiify 5 de recourir viftement aux larmes 
pour noftre allégement. Ce n'eftoic 
pas que nous fufïions tant marris de 
îabfence corporelle de ce bon Père* 
quoy qu'en effed cela nous fuft afîez 
fènfible. Nous croyons bien quefbn 
Ame eftoit auCiel entre les Bien-Heu- 
reux, d'où nous auions (uje£tdccon- 
foîation : Mais voyans les defleins que 
prétendions pour reftabliiïementdii 
Chriftianifme, en partie rompus par 
fa mott 3 nous auions bien dequoy nous 
atmfter&ietter des larmes. - 

Les Indiens qui nous aymoientpaf. tatrifleffk 
fionnement, auoient grande compaf- d " h \ d " ns 

r , ..'-..;,■ i i .. rt n n entendant la 

lion de nous voir en tel deuil :.& fi îoft mwtd»K. 
qu'ils reconneurenc la çaule de no- *-Aittr&^ 






X?âmmr des 

Indiens en- 
tiers le R. P« 
^mbroife 
pour fes ver- 
tfth 



Hifl* de la Mtfi des PP. Capucins 
ftre irifteflTejils commencèrent au met 
me inftant 5 à redoubler leurs pleurs 
& faire des regrets , difans dVne voix 
Jam en table 5 Pay omctno, omano P&yyman^ 
le Vay eft mort, j! eft mort le pauure 
vay. 

C e n eftoit fans raifon qu'ils plo- 
roientcebon Père auec nous, car ou- 
tre les biens fpirituels & la confolacion 
qu'ilspouuoientefpererdeluy, Il leur 
auoit défia donné tant de bon exem- 
ple de toutes vertus &c faintetë 3 qu'ils 
eftoïenttous portés d'affe&ionen fou 
endroit. 

S e s Mérites excédants infiniment 
tout ce quef en pourrais dire 5 ie redou- 
te d'en parler , craignant d'obfcurcir 
fa gloire, ne pouuant affez dignement 
le louer : &r d'autre part ne voulant ca- 
cher foubs le muy,Cctce Belle Lumiè- 
re que Dieu auoit tranfportéefi loing, 
pour efclairer ce Peuple Barbare par 
r.Euangile qu'il leur alloit prefeher, &z 
pour la Splendeur de fa Sain&e Vie,ie 
ne puis que ie ne mette en publ^quel- 
ques particularités dlcelle^pour lagloi- 
redeDieUj & à l'édification du Pro : 
chain* 



çn Fifo de Maragmn* 13 4 

Il n'aiamais cflé qu'en toute la vie Signesemdh 
de ce bon Père, tant aoantquiifutRe. % u ™£? 
ligieux, que durant l'efpace de treize Amhro*fe. 
ans qu'il a porté l'habit de Capucin^ 
Ion naye remarqué des traits plus 
queuidens de la vocation Diuine. 
Vous eufïiez dit feulement à le voir, 
qu'ii portait fur ion front les marques 
d , vneAmeprédeftinée,& les plus grâds 
tefmoignages d'vn vray Seruiteur de 
Dieu. Sa facefaifoit continuellement 
paroifîrelacandeurdefon Efprit^ Ces 
paroles,la pureté de fon cœur^&toutes 
(es adions,xiionftroientappêrtemenc 
rinnocencedefonAme.îleftoitdouX, voueewi* 
courtois &bcninàvn chacun : & de «.PereA»-. 
tant plus qu'il demontroit de dou-{££J 
ceur & de bien-veuillance enuers les fan/tenté 
autres, plus efioit-iîauilereenfoneiv- vêrs fiy me f« 

d L ' me. 

roit. 

Des fa ieuneffe eftant encore au 

Monde 3 il porcoit ordinairement le 

cilicc &lahaire.,ieufnantaufterement, zaeenftancâ 

& priant Dieu tres-deuotement. II %*£"* 

eftoit fi confiant en les deuotions, que f« devions 

toutes les compagnies du monde ne *" an * l*'* 1 

l'en euffent pas faid defmordre <Tvn "*"** 

feul point. G eftoit ainfiquece nou- 



If 



%eiefràu 



H'ifî. delà Mi/sJes PP. Cafucim 
u.cau Soldat de Iesvs-Chscî st 3 fc 
preparoit dés fon ieune aage^ pour 
plus yaleureufement combattre, lors 
qu'il ferôit enrollé foubs ïa.bannicrc 
/ du port'enfeigne de IesysChrist 
SainâFn. a Nçors. 

S'ï l m'eftoitloifîbledeminutterles 
moments de fa vie r & remarquer icy 
les particularitez de fes fain&es aftiôs 
depuis qu'il eftoic Religieux., on pour- 
roît bien voir d'âuantage , combien 
grande eftait la fain&cté de ce grand 
Scruiteur de Dieu. Mais ce n'eft noftre 
cou ft u me >8aBes Supérieurs ne me le 
permettrokitt pas 5 ne defirans faire 
parade des chofesqu'iïplaiftàla Diui- 
ae Bonté opérer en l'intérieur de nos 
Çloiftres. lime fuffit de dire icy 3 que 
çen eftoit que feu. de luy, fon cœur le 
confornmant dVn défît trcs-ardant, 
defouffrir quelque chofe pour l'Amour 
de fon Dieu. 
ï 1 ne recherchoit que mefpris de- 



p '.Ambroifi dansTenclasdu Conuent: ce que ne 

piféfom pouuant trouuer citant au contraire 

ïamowje chery & honoré de tous les Religieux, 

pour m mentes:!! couuoit en so cœur 

vn faiaét. defir d'endurer le Martyre^ 



pourlaconfeffiondelaFoy, fans pour 
tant qu'il fe preienta aucune occafîon, 
iufques à ce que noftre Dfeaaye per- 
mis le reùffiftement de lcntreprinfede 
MaragnAn^oui laquelle la Reyneayât 
efleudes Pères de noftre Ordre; Ce- 
ftuy-cy à corps perdu fe iettaà latrà- 
uerfe 5 soffranta cet effeél: Srcc auec 
vnefîgrande & defmefurée ferueur 5 
qu'ilnefutpas poffible de l'en efeon- 
duire. 

Cette ferueur ne dura pas feule- 
ra entpourlors 5 mais elle luy continua 
iufques au dernier foufpir de fa vie, 
Qii^ft-ce qu'il ne faifoit pas parle che- 
min > durant noftre voyage ? Pen- 
dant cinq ou fix mois > que nous de- 
meurâmes hors de ndsConuents.par- 
ticâfaind Malo, partie k Cancale a- 
uant noftre embarquementjlprenoit 
vn foin particulier de tout, préparant 
ce qui nouseftoitneceffâire. Et quoy 
qu'il fuftPreftre& Prédicateur , il ne 
laiffoit pourtant le pliis fouuent de 
prédretoute Lipeine.de nous accom- 
moder ce qui! falloir pour noftre refe- 
ûion.Ilnous contihuoitmefme cette 
eharkéfurkMcncommeauffi le plus 



Le dejir $M 
Vere Amhr, 
d'endurer le 
martyrepotw 
lefmCbrtft* 



Comme leF» 
Ambro.ftet 
ejlettpotêraU 
1er à Mars» 




Charité âè 
R.Vere Am<* 
bntfi. 



Sa grande 
humilité* 



Ze de fir qu'il 
au oit dufa~ 

lut des Km es. 



Zafsmeur 
enjes Orai' 
fins. 



De fa mala- 
die. 



HiJiJeîaMiJi. des PP. Capucins 
fouuent il nous afïiftoit dedans le pays 
des Indes 5 cftant toufiours le premier 
aux offices les plus humbles & les plus 
vils 3 auec vne admirable ferueur. 

Il eftoit extrêmement defireux du 
faîut des pauures Indiens 5 ii ne iaifloic 
efchapper aucune occafiôn qu'il ne fe 
prefenrapour leur par!er&po ur mefna- 
ger le bien de leurs Ames, -cftant infa- 
tigable au trauail & iabeui : de tout ce 
qui eftoit à la gloire de Dieu* Ordinai- 
rement il auoit de grands fentimens 
dedeuotïon enfespraifons , qui luy 
baignoient fouuent les yeux de lar- 
mes. 

En fin fon Ame fe fondant & liqué- 
fiant intérieurement, dans l'ardeur de 
fesFcux dcPAmourDiuin^ellc ne peut 
durer long temps dâs le frefle vaifïeaii 
de ce corps tant mattè:£ï que les faillies 
ordinaires de cette bénite A m e en (o n 
Souuèrain Bien, le contraignirent eii 
peu de temps, d'en faire vne pour ia- 
mais. 

Avssï toft qu'il tomba malade 
dvne fieure qui le faifîtje vingt fixièf- 
me de Septembre, il dit; c'eft fai& de 
moy, iefuis mortt comme s'il en euft 



en Yljle de Maragnm. i » g 

eftcaflcuré: & la fleure luy continuant 
toufîours déplus en plus , il nefaifoit 
que parler de Dieu & des chofes du 
Ciel, auectantdedeuotion,qu'ii fem- 
bloit défia y eftre en efprir. Il ne fe 
pouuoitfaoulcrdeloùerDieu&de le 
remercier delà grâce qu'il luyauoit 
faiâc de le conduire là , dtfant qu'il 
n'emportoitrien du Monde qu'vn re- 
gret de ce qu'il ne mouroit Martyr, 
cômcilIedefîroit.IlreceutleViatique 
auec vne t res- grande deuotion, que le 
Reuerend Père Yues iuy bailla, aufiî 
bien que l'extrenae vn&ion,&l'aflïfta 
iufquesàlafin. 

1 1 y auoit au haut de fa coucheoù 
il eftoit durant fa maladie , vn moyen 
tableau de faind Pierre I'Apoftre, au- 
quel il auoit vne particulière deuoriô, 
ayant eu nomPierre lors qu'il eftoit au 
Monde: & vn petit auant fa mort ce 
tableau vint à tomber fur luy, dont à 
hnftant il tira vn certain prefage que 
fa mort eftoit proche ( fans y croire 
pourtant tout à fai<3) qu'il ditinconti- 
-nent , allons bon punEl^ allons, fuis que 
vous me venezjjuenr -se fais toutprefl, dlos. 
Ce qu/ayant proféré on le vit auffi toft 



Particttîkre 
dévotion d» 
v. jimbroijk 

do7itil pW" 
toit le nom 
e fiant 4» 
M&ndg, 




La mort d% 
d'Amkm, 




BiJIJekMiJiJesFPXdpucins 
tourner & tendre à la mort , & après 
auoiragonifé quelque temps ? aueevne 
iïeure extraordinaire quilportoit & 
fouffroitgaycmentjil rendit fon Ef- 
prit entre les Mains de Celuy quiluy 
aqoitdonné,Lequelfelonfacouftume, 
falariant chacun conformément au 
mérite des aétîoris vertueufes^auradô- 
né à ce fien Fidellc Seruiteur ( comme 
pieufement il cft à croire ( la glorieufe 
courône du triomphant Martyre qu'il 
auoit tant & tant de(îré 3 & qu'il eftoit 
aile chercher fi loing a 

Cet Apoftre 'dcMfiràgnan, mou- 
rut le neufiefme dO&obre mil fix 
cens douze, iour du Glorieux Martyr 
Sain&DenisPrcmier Apoftre deFran- 
ce, &: eft Enterré en noftre lieu de 
$ain& Fançois , auprès du Fort 
Sain& Louys de la Grande Ifle de Ma* 
Ykgn&n* 



D£ 




cntïjle de Maragnan. ny 

DE NOSTRE VISITE zA 

fjfàûyoue et:* a Coyieyp» 

Chap- XXII, 

Près que la douleur des 
triftcs nouueiles fufdites 
fut vn petit mitigée, nous 

commenceâmes àçonfuk 

ter par enfemble, le Sieur de Rafik 
ly^ieReuerendPereArfene, &rnoy 5 
furcequieftoitdefaire, Confîdcrans intereftsfg/ 
premièrement pe qui s'eftoit païïe fi àl ffi ct * l *'\ , 

hr ». x T \ . provenantes* 

eureufement a Umparan , nous lu- p ar u m*rt 

gions tres-aecefifaire que IV n de nos <*»*•*• A» 

Feres demeura là,comme au lieu prii>- h ™f* SK w 

cipal de toute Mile > pour tenir la maia 

à ce qui s'y eftoit fi fainâement enr 

commencé* D'autre par nous ftauios 

que les Principaux & habitans d'EuJft- 

Qiïaprmm attendoient en bref, pour la 

promelTe qut nous leur auions faide 

de les aller voir, & leur donner vn Vaj 

pour demeurer auec eux audit village, 

comme au lieu le plus apparent d ? apr^ 










Hift. delaMiJ?. des PP. Capucins 
N o v s reconnoifïïons d'ailleurs que 
la crainte faifiiToit la plus part des In- 
diens quenous ne les quitaffiôs, àrai- 
fon de la mort interuenuë du Reueréd 
Perefufdit. En après nous voy os tous 
nos projets & deffeins bien reculez 
& comme bouleuerfez par faduene- 
ment' de la fufdite mort ? dont nous 
nous trouuions empefehez. 

En fin ce bon Dieu qui n abandon- 
ne iamais les fiens 5 &qui ne manque 
aux extremitez , nous infpira de 
pourfuiure noftre vifite , & de laif- 
fer le Reuerend Perç Arfene à Iu- 
niptYM) tant pour acheuer d'inftruire 
& baptifer ceux qui reftoient là dif- 
pofez au baptefme, que pour confir- 
mer en la doftrine Chrefticnne ceux 
qui de nouueau auoient efté bapti- 
fez. 

L e lendemain matin prenant con* 
gë de lapy OuaJJou P comme aufli des 
Principaux & Anciens de lunipuran, 
nous les priâmes inftamment d'affifter 
le Vay que nous leur laiffions» recom- 
mandât â ceux quiiacftoientbaptifez, 
& autres qui deuoient receuoirleBa- 
ptefoe* d'eftre diligcnsàluyobeir fis. 



e n tljle de JUdragnan, i$ § 

garder tout ce qu'il leur commande- A<Lertiff» 
roit; & fur tout qu'ils fuiïent fort foi- w <* ****** 
gneux de conferuer les grâces qu'ils a- IZ^dlfoZ 
uoient receuës &: obferuer fainâemét f ert * ev ^s g m 
les chofes qu'ils auoient promifes au Zb^jh,* 
baptefme; continuant tous les iours, 
foir & matin à faire leurs prières & dc- 
uotions deuant la Croix, félon qu'ils 
auoient accouftumé. 
P vism'adrefTant au Reuercnd Père Èemwe fa 
Arfene, ie lepriay dedemeurer en ce **?*** p * 

I- mi ^ -Arfene dans 

lieu pour y trau^tller comme Père & imiçmn. 
Pafteur , & auoir vn foin particulier de 
ces ouailles nouueîlement acquifesà 
Iesvs Christ & des autres qu'il auoic 
à aquerir^eftant oblige d'en rendre co* 
pte à Dieu. Finalement nous eftans 
eftroittement embrafifez & entrebai- 
fez r nous nous feparames auec non 
moins de larmes aux yeux, que de tri- 
fleffes au coeur, ie laiffant ainfi dedan s 
luniptran. 

Avpartirdelà, nous nous achend- 
nâmes,leSieurdeRa(ilIy &moy,à£*/I 
JïoUap, accopagnez de quelques Fran- 
çois de noftre côpagnie,&: de plufieurs 
Indiens- Nous prifmes noftre chemin lunl P* f ****. 
par Imiparan le petit , qui eft à demy '"' 

S iî 




ff. 












HiftJekMifî, desVP Xapucms 
Receptlo des Keuë du grand : & de là nous allâmes 
àMayoM. aM^o^ounousarnuames le loir du 
mefme iour fufdit. Le Principal dece 
lieu nous recetit auec vne afFediô très- 
grande , difant qu'il nous attendoit il y 
auok long temps j & que tous les iours 
il n'auok manqué .d'aller & enuoyer a 
lachaffcàce qu'il eu (ttoufiours quel- 
que chofe de preft à noftre arriuèe. 
Cet homme eftoit vn bon vieil- 
tàftStions i ar d quiauoit veu toutes les guerres 
Ïm7S. 1 des Portugais , & vn des grands dif- 
coureurs quife peut tr ouuer. Il prend 
plaifirà pafler toutes les nui&s en du 
uers dïfcours, &: s'il y a du contente- 
ment à f entendre. IinousafFeéiionnc 
Affeêiondt* p ar ticulierement & fur tous les autres, 
yoJenmrs ilséploya des naître abord^pour nous 
/âfPemC^baftir vneloge & vne Chap^ellepour 
****** direlaMeffe 3 ytrauaillantenpeffonne 
au ce vne grande aflegreffe 5 & non con- 
tentai encourageck les autres à faire 
Affemhiee lefemblable. 
t°:hï I n co ntin e h Taprcs-noftre arri- 
pp. G*/»™.* uée,ilfitaffembkr le Carbet ou leiieur 
Mayom. d e s- Vaux fe trouua pour faire la mef- 
me harangue qui! auoit faite aîlltuts, 
laquelle concerna e xtiemcment les ha 



mlljleâe Mdfdgndn] 



J 39 
bilans de ce lieu, & particulièrement 
le fufdit Principal, qui Jareccut d au- 
tant plus agréablement qu'il nous ay* 
moit&cheriflbic. 

A v fortir dcMtyque, nous'fufmesà 
Coyieup, rencontrant en ce village non 
moins de eounoifie^ auec autant de 
bonne réception qu'en tous les autres 
licuxprecedens. LeChef& leshabi- 
tans receurent beaucoup de contente- 
ment d'entendre la harangue que le 
ficur des-Vaux fit en UmCarbet^i quoy 
refirent refponce fur le champ, auffi 
g'3tieufe& bonnette qu on pourroic 
fou h ait ter* 

Pi v de tempsaprçs nofîre ariiuée en 
ce lieu, vncfetnme Indienne eftantau 
bout du village, print entre fes bras v- 
n e Oy e fau uage (qu'ils app client) vpte 
envolant Ainfi qu'elle deliberoit en 
foy.mefme , fi elle la deuok laiffer aller 
ou non , il y eut vne autre femme, por- 
tée de deuotion & bien-vueillancc, 
qui luy dit qu'elle (e garda bien delà 
laiffer efchaper, &qulllafalloit don- 
ner au Pdj , lequel venoit d'arriuer auec 
le Bourouuichdue i Eftant bien ioyeufe 
decetaduis elle la pluma &c la fit cuire> 

S il) 



Receffiodes 
PP. Cafte. 
& Vaffemm 
bleeduCar* 
h et à Coy* 



Bien.vueil* 
lance â'vnt 
femme de 
Coyiettpvers 
les VeresGa* 
fiecins. 



Hifl. de h Mi/?, des PP é Capucins 
& aufïi toft elle nous l'apporta > racon- 
tant lafaçon comme elle Tanoit prin- 
fe 5 nous fuppliant de la receuoir. v 

D'VNVÎSILL^RD IN- 

dien quifutbaptiféa Çoyieu^ ££* 
de fa mort. 

Chap. XXIII. 

jgfcS^ft E grand Dieu qui feulcon- 

noift ceux qui font fiens 

(comme dit TApoftre) ne 

i.Tîm.i, ^TJfVIO manquelaraais en temps &: 

enlieu, deleurfournirfes gracc$. Il 

fçaic bien les trouucr en quelque cli- 

mrande U- mat ou en quelque lieu qu'ils foient &: 

té de Dje» lesappcller amoureufement par fon in~ 

itmi finie bonte,leurrourniflant des moyes 

fuffifans pour paruenir à la'gloire qu'il 

leur a préparée. En voulez vous voir 

vn traiét admirable 5 qui fe pafla en 

continuant noftre vifitc. 

Ainsi que nous eftions au fufdit 
village de Coyieup^ le Sieur de Rafilly 
fepourmenantparlcs loges, arriuaau 




enl^JledeMardman. 140 

quartier d'vn bon vieillir j Indien, qui ^OMphn 
sappelloit Sou OmJJonac , l'vn des plus % u^ol 
apparens&ancicnsdeIà,quieftoitpere »*tt™- 
de la femm e de Iapj OuaJJbu, le plus grâd 
BouYQuuicbaue de Maragnan y duquelila 
eftépariècydeffus. 

^ Cet Indien eftoit aagê dehuid 
vingts & tant d'années, ayant la veuë 
bien débile de vicillcflc. Au refted'vn IZlfl 
vénérable afpeâ;, fort grauc ? fort doux, gédehmaà, 
&ayraablc, quimarchoit encorefort ™{ "'"*" 
bien. Sa Fille Femme dufuCditlapy 
Ouajfiu s* eftoit acheminée de Iunïparan 
pourle venir vifîter, &eftoitarriuée k 
Coyieup vn peu deuanc nons i où eftant 
ElleentretenoitIedit^^O»Arfcfon T ' mmeS r ^ 
rerc , de tout ce que nous auions fait a $*ntrèt*n*t 
Iunipardn 5 luy racontant comme nous ^f r 7°? 
auions plante la Croix, baptiie les en- &„„„« „,«. 
fans, marié fafîlle$8de grand contente. »«f'«# ■ 
met qu ils auoient tous reccusde noftre {^ s '* 
venue & de ce que nous auions fait. Et 
comme Elle eftoit aucunement inftrui- 
te en ce qui eft de la connoiflance de 
Dieu & des articles de noftre Foy qu El **»»*s«£ 
auoit apns a Iumparan^ Elle rauoit ct % t a w^ 

entendre à fon Père, ce qu Elle pou- M^f^^ % 

S 111 j r : 







H//?* de la Mif?* des PP 9 Capucks 
ubit fçauoir, &c commeoçoit à le catc- 
thifer. 

S v ii ceç entrefaites Elle vit venir le 

Sieur de RafiHy, & : auflGtoft dit àfon 

pere$ voieylegrand BourouMchaue qui 

j\ vienr.Incontinét ce bon vieillard tout 

btfconrsad' rempl y déioy e/eftant affis dedans Ton 

tft*fc» »ft decocton, jcfalttft difant. Emu ce 

aeatêecU grand BourouMchdue qui es vent* pour 

fiewd$Rd~ nous reftaurer? qui as quitté ton pays^ 

/f ^ pour nous venir deffendre contre nos 

ennemis? qui nous a amené les Pay 

pour nous inftruire & nous rendre en- 

\ fans de Dieu ? Alors ledit ficurluy re£ 

2 pondit qu'ouy, & qu'il cftoit ccîuy-là 

quieftoit venu auec les Pay pour die- 

meurer,viure & mourir auec eux» 

" Ge bon vieillard Juy dit. Les Vay 
que tu as amené,&qui ont tan t de pou. 
uoir, n'ont-ils pas la puiffance de me 
guarir ? Le Sieur de Rafilly luy fit ref- 
poneequefa maladie (quieftoit la vi- 
dlIeiïe)eftoitincurable$&que comme 
iIauoiteftéieune > auffi fafioit-ii qu il 
deuint vieil, &par confequenteadu- 
que & débile, comme il eftoit $ Se 
qu'en fin j il luy cftoit neceflaire de 



en l'ifle de Mdragndn. 



141 



mourir, comme tousfespredeccfTcurs 
au oient fait^d'autant que la mort eftoit 
ineui:abk%pcrfonnedumôde ne pou- 
vant cftre difpcnfé de cette loy$ Iuy 
confeiilant de fauuer fon Ame, après 
qu'elle feroit vne fois feparée de fon 
corps : ce qu'il pourroit faire aifement, 
ç'il vouloit croire en Dieu 3 & eftreba- 
ptifé ; Et qu'à cet effeâ; il auoit amené 
dcsPay^ pour lesinftruire & baptifer^ 
afin de les fauuer. * 

C e bon Vieillard Iuy dit, levou^ 
drois bien donc qu'ils feiffent defeen- CommeSoà 
dr e Dieu en mon coeur* E Iuy fit ref- ZZiarisll 
ponce que cela nefe pouuoit faire que »*ge dtm&. 
parle Baptefme. A quoy-Ié Vieillard deUBaf$ ' 
répliqua: le te prie donc, faismoyba- 
ptifenE t fe kuan t de fon Iiây>rint auflï 
îoft leSieur de Rafilly par la main 5 & le 
conduit à fon poullailîer, difant qu'il 
Iuy donnait toutes fes poulies 3 lcpriâf 
de les prendre , & qu'il le fit feulemenC 
baptifer. 

Ce bon Vieillard faifoit cela, pour *...„,. u,j 
i'aftcction qu'il auoit deltre baptife; Sououaffo* 
n'eftant pas encore inftruit auChri-* ■ Sama g* 
ftianifme. Il ne fçauoit ce que c'eftoit usjt$^% 
des Sacremens, ny comme ils fe de- #?»V fi 

fitftnlmenï 

_ hapùftn 




Hijl.de U Mifî. des PP. Capucins 
noient adminiftrer. Le Sieur deRafilly 
luy dit auffi, qu'il neftoit pas venu pour 
rien prendre d'eux , ny mekneque les 
Vay ne vouioienc receuoir aucune cho- 
fe,pour luy donner le baptefme qu'il de- 
firok, & le rendre Enfant de Dieu- 
Néanmoins ce bon vieillard qui les luy 
offroit plus par amirié & courtoifie 
qu'autrement l'importuna fi fort, qu'il 
fut contraïnét accepter de luy vne belle 
poules craignant qu'il vint à fe p erfua- 
derquecefuftpar mefpris qu'il larefu- 
fa. Cette poulefut perdue vn peu après 
paffàntpar.vn vilage, dont nous en fuf- 
mes fafchez pour la mémoire qu'elle 
nqus donnoit de ce vénérable Vieil- 
lard. 

Ainsi que ces chofes fe pafToient 
& qu'ils faifoient tous ces difeours, 
i'arriué là deffus; &m'approchant d'eux 
lcSieur de Rafiily dit à ce bon vieillard. 

Le contente. Voic y k P^dcCJUÎ OOUS parlions 5 qUl 

meut de so» vient pour te voir. Ce bon Homme 
Zî: g :iu toutrcfîooy,& trcflàfllantdcioyc, ne 
venue â>vn m apperceut pas fi toft 3 à caufe delà de- 
Caprin, bilite.de faveuë, que/a trop grande 
vieilleîTeluy caufoit: fi bien qu'il com- 
mença à dire, oùeft-iI D queielevoye? 



)>tf». 



en tljle de MàYdgnan. ï 4 2 

Et m approchant de luy.auffitoftilme 
tendit les bras, m'embrafTât fort eftroi- 
tement, & nie baifa difant , Ere loupé 
Vity} es-tu venu Vay? Grànà\Hfir 

Et comme défia ce vénérable Vieil- J^f 
lard eftoitpreuenu des grâces de Dieu, i ar d Sama. 
qui commençaient à opérer en luy y & &%£$"* 
difpoferfon Ame pour eftre le Temple & " 
myftique du Sainâ Efprit 5 & la demeu- 
re agréable de la Treffainâc Trinité, Il 
me dit aufïitoftauecvnegrandifïime af- 
fection , qu'il defiroit extrêmement 
d'eftre fait Enfant dé Dieu, &qu'ilme 
prioit inftamment de luy donner le 
Baptefrae. 

Aquoyiefîsrefponce quefeneftois 
fortcontent&queiene defirois autre 
chofe: mais quilfeftoit neceflaire de 
Hnftruirc premièrement comme il y a- 
uoitvnfeul DieuTout Puiffànt , quia 
créé îeCiel,laTerre,la Mer, & tout ce 
quieften iceux.Ieprins auffifuieft de 
luy annoncer I e s v s Christ Crucifié 
pour nous y & luy promis que lors qu'il 
feroie bien inftruid &..quïl troyroit fer- 
mement tout ce qui eft neceflaire , que 
lelebaptiferôis. 

A quoy il répliqua 5 Puis que pour 



Hiji. delà M//?, des PP. Capucine 
Proies «- eftrebaptifé& fait enfant de Dieu, if 

deslToZr cftoit n * ceffairc dc le cannoiftre, &de 
$>»™vM- croire en Iiiy^Diciî-Xccdit- il) quieftfî 
«é^lT' ^ uij( ^ ant cotnme w dis , ne peut-il pas 
"m* Épe Rendre en mon cœur > &medoner 
è^yï. vnc parfaite connoiflancè de Soy: à ce 
que le croyant tu me baptifes mainte- 
nant? Paroles qui prouenoient pîuftoft 
de Dieu, que non pas de fon Efprit.Ce 
difeours nous eftonna extrêmement» 
-'& d'autant plus qu'il proferait ces pa- 
roles auecvnegrauitéadmirabie 5 &vn 
reffentiment de deuodon ,-nompareiI. 
infiana â* A Finftan t ic luy dis 3 que Dieu pou- 
s^OiHjfm uoitbiendcfcendreenfon cœur.ainfî 
gtm& pour .'quila'uoitrait, pour luy donner la vo- 
fn hàftiAomk d'eftre baptifé , & eftre du nom- 



Je 



bre de Tes enfans r'ni-aîs que pour îa co~ 
noiffance qu'il defiroit auoir dlceluy,. 
Il nousauoit enuoyé pour frnftruire* 
le te prie 5 donc, de le f aire(me dit-if) & 
de m'ehfeigner ce qu'il faut que iefea- 
-èkè pour eftre baptifé.lcluy fis rdpon» 
cequei'en eftois content, 

1e crois à la vérité que Dieu qui 
-connoift toutes chofes , infpîroit dVa 
coftécepauure Homme (quieftoiti'ur 
k dernier defes iours) de nous pseffer 



tnïljlt de Mdyagnm. > i>j 
ainfi qu'il failoit , de l'inrtruire, 8/ nous 
d'autre parc de luy accorder ce qu'il 
nous demandoic fi fainâement. 

A v s s ï toft i'elcriuis au Reuercnd 
Père Arfene (que nous auionsdelauTé 
àlunipard») île priant de vouloir s'ache- 
miner au village de Coyieup, & d'ame- 
ner auec luy le fufdit SebafHen, dont, 
il eft parlé cy deiïus , pour mieux faire ' 
entédreà ce bon vieillard cequieftoit 
neceflaire.àfio de le baptifer. Si toft 
mes lettres reccu es, il ne mâqua de ve- 
nir. Ce pendant nous commençâmes r< ! Tf" 
a catcçhifer ce bon vieillard, lequel re- o*^,» « 
ceuoitvn grandiflîme contentement Sa »' ,a & e * i 
lots qu'il entendoit parler de DkuXJûT 
Toute la nuiéHafufditeFemmedeJ*-/ 
pyOuaJfou ( qui cftoit fa propre fille) ^"""1* 
continua de l'inftruire,luy expliquant 5»*«£K 
& faifant entendre ce quelle auoit a- i u ' Meauei * 

pris à /«^»». #»»*£ 

fcN fan ce vénérable vieillard,nonplus ?«*. 
ne moins q'u'vn Cerf(fuiuanti'etymo- 
logtedefonnom ^o» Ouctiïouacam fi- f3 mtlt P* , 
gnifte va Cerf a corne, ouCcrfcornu> UnvMUtl 
ayant efté chaffé plus de hui<a vingts Sm °^lf^ 
ans, parce grand Veneur le Diable**'* o**f* m 
tpuclas&haralTé dauokii longtemps acCQm f^i 

9 - * *wÇ*rfa. 



? 



\ 



Sûli OttAJfi» 

ac vieillard 
de plus de 
hmfl vinzts 
ans a baPtiféa 



Remarque 
digne d'ad- 
miration tôt» 
chant vn 
wieillétrd ln~ 
dten deman- 
dant le Bœ~ 
ptefme. 




2)'iei$ donne 

fes grâces à 
qui bon luy 

fembk. 



Bift. de h MiJ? Jes PP. Capucins 
couru parmy les delertsdeïa Gétilité^ 
&du Paganifme , ne relpiroit que les 
Eau es claires de cette Fontaine Baptis- 
male, Source de toutes grâces 3 pour fe 
rafraîchir. Apres, donc qu'il fut bien 
infkuiét Tefpace de quelquesiours, Il 
futbapufêledix-neuiiefmed'O&obre^ 
auec vn très-grand contentement &c 
vneioyeineftimablc. 

Il a efté remarqué cy-deflus que lors 
quenousefHonsàr^o/wyil y eut vn 
autre vieillard Principal de 1 à, qui nous 
tint (emblables difcours^ & nous v- 
fa de mefmes paroles que celuy-cy, 
nous demandant le Baptefme. Ce 
néanmoins il ne nous fembla nullemét 
àpropos dele baptiler commecedet« 
nier., * 

O n dit bien Vray que Dieu donne 
fes grâces à qui bon luy femble 3 de 
quâdilluy plaift. Car bien qu'il vueille 
que tout le monde fe fauue , 8£ que tous 
viennent àlaconnoiffance delà vérité: 
néanmoins c'eft vne chofe tres-verita- 
bfe quil ne communique point efga- 
kment ny en tout temps les grâces 
Diuinesà tous; mais comme il veut, 
quand il veut;&oùii luy plaiftt Spmtm 



en ïljle de Marajmanl *44 

vbivuk,tyirat,ïdprit(ouffic ou il veut. f(?4 „. } ; 
Auffi Dieudifoit-il a Moyfe, Miferehor £xo l n . 
cui voluero & démens ero in quem rnthiph- 
cuerit. I auray compaffion de celuy que 
ie voudray. &feray douxcnuersquiil 
me plaira. Et aux Romains hcufîefme, 
Miferehor cuius mifereor,&miferkordiamRom.$. 
prœftabo cmmijcrebor. Fauray pitié de ce- 
luy queie voudray auoir pitié, &feray 
mifericorde à celuy à qui ie voudray 
faire mifericorde* Doùl'Apoftre coiv* 
clud , Igitur non <volenti$ neque citrren- 
tis^fei mferentis eJlDei. Ce n'eft point 
donc, nedeccluy qui veut, nede celuy 

qui court: mais de Die uquifait miferi* 
corde. 

I l femble que tous ces deux Vieil- 
lards auoient receu vnc femblablegra- 
ce, puis que tous deux infpirez de Dieu, 
tenoiëtfemblable difeours. Tous deux: 
demandoient le baptefmc$ tous deux 
nous auoient fort touchez de leurs pa- 
roles , que nous admirions. Mais d'où 
vient que nous fufmes infpirez de ba- 
ptifer l'vn&non pas l'autre? 

I l y en a plufieurs qui demandent, 
pourquoy Dieu a tant aymclacob, & Rm •* 
nonpasEfaii: & comment il a fait tant 





Mifl.de U MiJ?. des PP. Capucins 
de grâces à IVn , qu'il n'a pas feît à l'au- 
tre. On pourroit faire vue par cille que- 
ftion de ces deux Vieillards Indiens. 
Rom. tu Mais^Q^w cognoukfenfumDommi?aut quîs 
confdianus emsfmtï Qui eft-ce qu i a co.n * 
neu la penlée du Seigneur? ou quia 
efté fon Confeiller ? Ce font Secrets 
inconncusdes Admirables lugemeris 
. x de ce Grand Dieu. Il eft certain tou- 
fomâi°sgrt tefois 3 quildifpofefibien detout>quïl 
€*sf»flifante$ donne (a gloire à quelques vns 5 quancî 
t™fiJ*r iHuy plaift; & confère tellement tes 
grâces à tous , qu'il n'y a perfonnè 
qu'il n'en aye fuffifamnicnt pour fefaii, 

uçr. 

DiEvdoncfeconïentantde prolon- 
ger lavie au premiervieillard pour eftre 
mieux inftruïd S& pour fon plus grand 
profit y il nous infpira de donner le ba- 
ptcfmefeulememà cedernier, qu'il de- 
firoit retirer hors decempndg&rap* 
jp-eUeràSoy. 

Le Prophète Ifaie remarque (pour 
eftre digne d admiration & plein de 
terreur ) que fEnfant de cent ans de- 
uoit mputirj U que le Pécheur décent 
ans ferait maudit >Puer centum annomm 
(difoÎMl) rnomtm 5 '& ^peccator centum 

annorum 



Ifay 9S . 



eh ïljle de Maragnàn. ïqf 

mnorum mdeiiElus erit. Hc ! n'cft- il pas 
âuflï,bien admirable , de voir vn cnfât d^7aS 
non mourir, mais naiftrc:& naiftre &c mn***,****- 
mourir prefquc tout enfémblemonaa- „*%}* 
gé de cent ans feulement, mais à l'aâ-*w 
ge de huiét à neuf vingts ans? O prodi- 
ge ! il naiffoit en mourant r & s'il mou- 
roît en naiflant 5 poui:retroi^uerlavie. 
C'eftoit vn Enfant qui naiflbu à Faage 
de cent fôixante&: tant d J ann ées,par ia 
Régénération dts Sâinét s FonsdeBâr 
ptefme. Auantle Baptcfmè,n'eftoit-il 
pas Enfant du Diable? O uy } mais après 
leBaptcfme il eftoit Enfant de DieiL 
Auantle Baptefme, bien qu'il fuftfort 
vieil 3 {ï eftoit- il enfant *, n'ayant iamais 
fçeu, & ignorant du tout, tout ce qui 
cft de la Loy: mais après le Baptcfme; 
ileftoit corne i'Enfât noûueau né,g^- u Pe ^ - 
fi modo genitus rationabdisfine doloiÇxxcçc- 
ant le lâk de la grâce de Dieu Si la do- 
mine Chreftienne. 

Si âuant lé Baptefmc, il eftoit en- 
fant de ténèbres & de rhalice,iepuis 
bien dire qu'après le Baptefm e>il èftok 
Enfant delumiere&dlnnocénçé très- 
fain&e: Mais d'autant qpe Dieu dit 
que le pécheur de cent ans fera m'au- 

T 




'■■Hift* delà MiJ?. des PP. Capucins 

pm^iï dit: <l uei cfiroy ccluy.là doit il auoir, 

q»dfii$,'ne<ltoi continue fî longues années, en fa 

dmt de/e/pe- mefchante vie? pourtant ne doit-il de- 

fefper er : au contraire il doit retourner 

à Dieu &efpererMifericôrde > puifque 

Dieu afai&vnetelleMilericfcrdeà ce 

bon Vieillard furlaHndcfesiours, a* 

près aublr mené fflong temps , vne vie 

defefperêe.Il receut tât de grâces, & de 

benedidions deDicu,parle moyen du 

Baptefme, qu'il eftoit tout autre qu'il 

n'auoit efte auparauant: finon que 1 on 

peut bien dire que deuant& après le 

Baptcfmc 5 il eftoit toufîours , puer cen r 

tum &fex&gmu mnorum^ vu E nfan t de 

cent foixante ans &r plus. 

x elle ftù- q N trouuc p ar my les Natoraliftes, 

fnetede p A " t i_ r t • -n rr 

lAigU. <ï ue 1 Aigle chargée de vieillcffe,nc 
pouuant fupporter la groffeur de ion 
bec crochu , qui Tempefche de man- 
ger: & la pefanteur de fes vieilles plu- 
mes 5 qui ne luy peuuent plus permet- 
tre de voler en haut 5 reffentant auffi 
beaucoup d'incommoditez^ caufede 
Ja débilité de (a veuë, qui faidt qu'elle 
ne peutplus fixement regarder le So- 
leil , comme eïlcïouloit : Elle le iette 
dedans vue claire fontaine , qu clic 



entljle de MAragndn. . 146 
cherche pour ce fujet$ elle romp fon 
bec crochu à quelque dure pierre : elle 
defpouillcfesvieilles plumes; &par tels 
moyenSjcllerenouuelle fi bien fa ieu- 
neffè Ôcfes forces, que changeant de 
bec,deplume$, & de veuë, elle com- 
mence à manger, voler aufïï haut, Se 
contempler aufïï fixement les rayons 
du Soleil /qu'elle faifoitcn fapriftine 
ieunefie. 

De mefme cepauure Indien Vieil- 
lard, ne pouuantplusfupporterlavi-. %%*&%* 
eiiielle de ion aage 11 grand , ayant le Urda^c 
becdefcsaiFe&ionstouc crochu 3 &Ics * Aï z u \ 
plumes defes mauuaifes coutumes & 
diaboliques conuerfations^inueterées 
en l'infidélité & énuieîllies au Paga* 
niime, eftant plus aueugle en l'Ame, 
que non pas au corps, après s'efire 
laué dans cette Claire Fontaine du ?f a i m . t0 ^ 
Baptefore, qu'il auoit tant defîré :Ce 
grand Dieu , rcmpliffant en Biens, 
le defîr dïceluy , lyy renouuella telles 
men t fa ïeun effe > qu'a la façon del 5 Ai- 
gle y il commença à manger 3 voler 
en haut 5 & regarder fixemét Ce Beau 
Soleil Diuin. Car il n'euft pas fi toft 
reeçu le fain& Baptefme , que fes âffe- 

T i j 



I 



Mijl. de la Mtjl des PP. Capucins 
àions deuindrent toutes Cœleftcs^ 
s'efîoûiflant continuellement en fon 
intérieur ^aueca&ion dç grâces , pour 
le bénéfice infiniment grand , qu'il 
auoit reeeu de Dieu. 
Monremar- I £ vefeut encore enuiron deuxiours, 
gMbuitSo* auec vn indicible contentement * & 
hinvMUrd ians aurrc maladie que de vieilleffc, 
de Coyititf. cetee Ame bien heureufefevoyât def- 
chargée de fes vieilles plumes, comme 
vne Aigle genereufe ,qui ne faifoit que 
renaiftre, remplie -de force &de cou- 
rage commençaà prendrefon vol, & 
monter û haut , qu'ayant perdu la ter- 
re de veuë 5 ElIe pénétra touslesCieux* 
Et ainfi que l'Aigle fait fon nid é.s lieux 
les plus releueZj&choifît fa demeure 
entre les pierres & furies rochers in- 
acceffibles : de mefme cette fain&e 
Ame alla faire fon nid entre les Hié- 
rarchies Cœleftcs 5 faifantfa retrait 
entre ces belles pierres precieu fes, qui 
font lés Ames Glorifiées , pour delà 
contempler éternellement ce VraySo- 

leil de Iuftice ,& le regarder inceflam- 
nient. 

Et de fai£t comment pourroit-on 

loger autrement de cette Ame, fi la 



^^ 



■■■Hlll 



enVlJledeMmgnml 147 

croyance de l'Eglife de Dieu cft veri- Saî »* a tf et * : 
tableque eeluy quipafle de ceMon, $~ 
de en leftat d'innocence Baptifmale, ™eft*td-i»- 
vadroiten Paradis? Cela eft fîaffeu- "f™* 4 - 

1 . . . " btifinule. 

re , que le vaudrois donner ma vie 
pour le tefmoignage de cette vérité. 
Ce bon vieillard auoit défia la raifon 
toute meuriepar le temps,&efpurée 
pat longues années : il auoit l'efprit 
plus affran chy par fa vieillcffe , d e tou» 
tcsfortesdepaffiôns&dederegîemens: 
Et ayant tout employé aux exercices 
de dcuotionje peu de temps qu'il a- 
uoit vefeu après le Baptefmc : que 
peut- on dire autre chofe, finon qu'à 
finftant quecette Ame bien heureufe 
fut feparée de fon corps , Elle s'en vo- 
la droit au Ciel , pour eftre couron- 
née d'vne Eternelle Gloire , laquelle 
Dieu luy auoit préparée de toute E- 
ternité. 

O Dieu, que Vous eftes admirable! . . 
Qui euft iamaiscreu qu'entra- les Na- Es- 
tions Sauuages des Cannibales ë£~4n~ «>irabU «». 
tropophages fi inhumains.qu'ils mangét " E 7j" 
la chair humaine ,ils'y fut trouué des 
Ames Efleuës & predeftinées dignes 
de ces lièges de gloire ? C'eft ainfi que 

T iij 






, : Mft. de IdMifï.desPP. Capucins 
Ce Grand Dieu va fi amourcuferacnt 
cherchant parmy les Nations étran- 
gères, efparfes fur la face de la terre, 
ceiîxxpifont fîens, pouraccomplirle 
■nombre de fes Efleus 5 ne manquant ia- 
mais de leur fournir en temps & lieu,! es 
moyens luffifans pour les iuftifîer &c 
conduire à la gloire des Cieux. 



DE CEQJTI SE TASSA 

a Eujfaouap pendant nofire 
<vifite, 

Chap. XXIIIL 

^^f/^r% Pues auoir faïd à Coyieupi 
t^;^V^aufortirde là 5 les Indiens 
Êfï ^nousmenerentpar eau dâs 
r^^^^leur Canot iufques à Euffii* 
Rtcepthnâu o«^,où nous arrioâmcslcSamedy fui- 
ïuZÎ'iïa' uantà Mic ty- Le Sieur de Pezieux & 
Lmpïgmeà ^tcfz Compagnie Françoife(quifai- 
ErfAom? foientleur refidence en celieu,^ nous 
f £il^eZ rec eurcnt fort honorablement, cftans 
tW« Fran- extrêmement ioyeux de noftre venue, 
f m * comme aufïî nous eftions sres«aife$ de 

les voir. 



■■HL 



i en lljle de Maragnan. 148 

Si noftre ioyc fut là renouuclée, 
croyez que noftre trifteffe ne manqua 
au0ï d'cftre redoublée par le reffouuc- 
nîr de la mort du feu Reuercnd Père 
Ambroifcj voyant le proffit manifefte 
que nous perdions par fon abfenee, &: 
le bien que fa prefencc euft fait en ce 
lieu 5 iÏEuJfaomp^ autres places voifi- 
nés, fieuftefté, de la volonté de Dieu 
Iuyconfcrucr lavic&lafanté. 
L*s Habitans de ce village efperant P e ™*' s dei 

. . &. , * habit ans 

quelvndeqGUSdemeureroit la au ce ïiuffaouap 
Èux,auoientbafty au milieu delà pla- *ï*ndrottdts 
ce quieft entre leurs Ioges,vncfort bel a P" cwu 
IcChappdle auec vn Autel bien ac- 
commodé : Ils auoient faid encore 
vnegrandeCroix pour planter deuant 
la fufdi&e Chappelie D ainfî que nous 
auions fait à Iuntparan. Et de plus ils 
eftoient bien difpofez à reccuoir le 
fainétBaptefme:8r ce par la diligence 
dufufdit Sieur de Pezicux, qui eftoit 
paflionnementdefîrcuxdufalut de ces 
pauures Indiens. 

A v Carhet quife tint le foir 3 le fîcur cadet fouf 
des-Vaux,leur ayant fait la harangue £^w 
accouftuméc 3 onles afïeuraqu a noftre de Rajïiiy 

retour de France on ne manqueroitde auecJ * cçm * 

T.». « 
m; 




¥<ignie 9 






r^ 







La Croix 
plantée à 



Hifl. de U Mifs. des PP. Capucins 
leur donner vn P47 pour les inftruire^ 
nçlepouuantpasfairepourle prefent s 
parce qu'ils eftoient trop petit nom- 
bre: carl'vn eftant defîamort,& l'autre 
retournant en France 5 il n'en reftoit 
que deux,l'vn defqucls eftoit à ImtpA- 
ran , & l'autre demeuroit au Fort fain dfc 
Louys pouraffifter le$ François : Us 
furent contens&fatisfai&s , àcondi- 
tion que nous bénirions & ferions là 
planter la Croix 5 croyant parce moy é, 
qu'ils nous obligeroient dauantage en 
leur endroit. 

Condescendant donc en cela 
àleur defir: le lendemain matin , qui 
eftoit Dimanche , tous les Habitans 
d'Euffaouap , s'eftans affemblez auec les 
François 5 les prières accouftumées& 
FEau benifte cftanf faiâe, ie beny la 
Chapp.eÏÏe premièrement , & puis la 
Croix : laquelle fut plantée 5 auecles 
mefmes cérémonies 3 & ref&ntimens 
de deuotion qu'à lunipdran , au grand 
contentement des Indiens & de nous 
tous. 

Mais tout ainfi que les rofes , ne fe 
îrouuent iamais qu'au milieu des cfpi- 
àes o iamais auffi nous ne reccumes de, 



en ïïjlt de M<tragn<in\ 149 

contentement, fans beaucoup de diffi- Trauerfy 
cultez. Le Diable fufeitoit vniour, la dttmaiinEf- 
femme de Pilate , pour empefeher la ^CJil™l 
Pafïïon de Noftre Sauueur Iesvs- gmltufa- 
Christ, voyant que pat le moyen £f;^ 
de fa Croix, II deuoit deftruire fon ^amêe et*e 
Royaume: ainfî ce Malin Efprit pre- /«s*i«*g«. 
noyant que la Croix: que nous plan- 
tiôs, le deuoit chafTer de ce Mode hou- mA4thn „i, ■„ 

' -ri 1 r» Rapport* 1/3* 

ueau r pour y eftablirle Règne du Sou- v i«iUrdi»- 
ucrain Monarque du Ciel & delaTerr dimiuf™- 
re , ne manqua de fufcitervn vieil In- 
dien , pour refroidir les Efprits des 
Principaux &c des AncienSo 

Apres que la Croix fut plantée au- Momhon 
dit village éEuffaouap , ils tindrent en, *J*gg 
core vn autre Carbff fur le foir 5 où tef ao » a p aagê 
trouua ledit Indien vieillard, nommé î lmde neu f 
Momborè OuaJJou , aagé plus de neuf"** 5411 
vingts ans , lequel prenant la parole, 
dit au fieur des- Vaux(cn la prefence de 
tous les Principaux de ce villa<*e)ce qui 
s enfuit. 

1 at veu (ceditiDlEftablifTement^j^^- 
des Pero , à Femambourg & à Potysou, lef- ZJo^jJh^ 
quels ont commencé tout ainfi que dijfuadanp 
Vous autres Frâçois, vous faites main- k"*»&f n *k 

A * - 1 r\ l amitié con- 

tenant. Au commencement, les Fera tY(i [\ u anc 

la FrtnpriS; 




Hifî. delà Mifi des PP m Capucins 
nefailoientque trafiquer auecceux de 
ces lieux la, fans fe vouloir autrement 
habituer: Et pour lors , ils couchoient 
librement auecleurs filles $ ce que nos 
Semblables de fcrnambowg&deFo* 
tyiou, tenoient à grand honneur. 

E n après, ils dirent qu'il falloit qu'ils 
siiabituaffent aueceux , &qui leur e- 
ftoit befoin de faire des forterejfes 
pour les garder, &baftirdes villes pour 
demeurer tous enfembleifailant paroi- 
lire qu'ils ne defîroient eftre quvne 
xnefme Nation. 

Dv depuis ils l£urfîrétcntendre,qu'ils 
nepouuoientprëdreleurs filles en cet- 
te forte,queDicu leur defFendoit des c 
feruir finon par Mariage, & a uffi qails 
ne deuoiêtfe marier auec elles , fi elles 
n'eftoientBaptifées, &r que pour ce fai- 
re,îl eftoitneccffaire d'aaoh: des P^. 
Iisfircnt donc venir des P^kfqucls 
plantèrent des Croix ,• commencè- 
rent de les inftxuire & puis les Bapti- 

Davantage ils leur persuadèrent fî 
bien qu'ils ne pouuoient fe paffer d'ef- 
claues (ny les P^auffi) pour faire leut 
mcfnagc&trauaillcr pour eux, qu'on 
fut contraint de leur en donner. Et 



en ïljlt de Maragnan. 150 

non eontens des cfclaucs quieftoient 
prinsà la guerre > ils voulurent encore 
auoir leurs eftfans 5 fi bien qu^cn fia 5 ils 
captiuerent toute la Nation auec tant 
de tyrannie & de cruauté qu'ils exer- 
çoient continuellement fur nos Sern- 
blables.quclaplus part de ceux qui sot 
reftcz,orit efte contraints aufii bien 
que nous^de qoitter le pays. 

P e mefme Vous autres François, 
quand au commencement vousveniez ^IT** 
en ce pays, ce neftoit que pour traffi- o»*ffo»de 
quer Amplement auecnous 5 aufïïnefai ïe t Ml iï*- 
liez vous pas de difficulté., non plus que fraçoisku* 
1 les Vero de coucher auec nos filles, & ra £ nan l " 

n% • ï • v „ comparant 

nous nous eltimtons bien - heureux a „xt&ro. 
quand elles en pouuoient auoir des en- 
fans. 

En ce temps-là,Vous ne parliez pas 
de vous habituer j Vous vous conten- 
tiez de nous venir voir tous lesans vne 
fois,& à chafque fois de demeurer qu a- 
treou cinq Lunes feulemët, auec nous* 
& incontinent vous retourniez en vo- 
ftrePays auec nos marchandifes pour 
nous en apporter d'autres, dont nous 
auionsbefoin. 

MAiKTENANxpoûrVousycfta-; 



Indiens ef* 



&$JetaMiJ?.desPP.Capuciw 
blir,Tuûous as perfuadé de faire des 
forterefifes , difant que c'eftoit pour 
nous deffendrç contre nos ennemie 
Etpourcemcfme fuied^tu nous as a- 
mené v n BouroumchaHc 8c des vay. Il eft 
vray que nous en fommes bien aifes, 
mais cependant les Vero en ont fai& 
ainfn 

Depvis que les P^font venus, 
Vous auçz planté des Croix, ainfî que 
les Pero y Vous commencez à inftruire 
& baptifer , ainti que les Vero : Vqus di- 
tes que vous ne pquuefc vousferuirde 
nos fiIles,finon en mariage & quand el- 
les auront reccu le Baptefme| comme 
difoient les Pero. 

A v commencement Vous ne vou- 
liez pas d'efclaues 5 non plus que les 
Pm>, maintenant vous en demandez 
S^cn voulez aupir comme ils firent en 
la fin. le ne croy pas pourtant que 
Vous ayczlemefmedefTeinquelesP*- 
ro , auffin'en ay-ie pas de crainte; car 
efknt vieil comme ie fuis, déformais ie 
neerains plus rien : maïs en fin ie dis 
ingénument ce que i'ay veu de mes 
yeux. 

L $ difeours de ce vieillard esbranla 



en ïljle de Aldragnari, îji 

la plus part des Efpritsde la Côpasnie ledt f«>™ '& 
& eftonna aucunement le Sieur des- oJjf ÙU fin 
VauXjlequel à l'inftât fit cette refponce t>™»dtc$abu 
audit vieillard en plein Carbtu *££?***' 

ÏEm'eftonne extrêmement que toy 
qui cônois les François défi longréps; *#««*'* 
tu les ofe comparer aux Vero> corne fi tu TaîlaTdif. 
ne fçauois la différence qu'il y a entre tours de m$- 
rhumeur<iesvns&dcsautresJlcefou-^ r l °? f ' 

r foupourl* 

uient bien comme les Pm>fefont efta- deffmee d* 
blis à Fernambourr & à Votytou , & en ^ honneur ^ 
quelle manière ils ont traitez tcsfem- 
blablcSjdés le commencement qu'ils 
entrèrent en ce pays là ; As-tu iamais 
veUquclesFrançoisaycnt fait le mef- 
me?ll y a quarante ou cinquante ans 
que nous trafiquons auee Vous autres, 
quel mefeontentement auez vous ia- 
mais receu de nous? 

Av contraire ne fçay-tu pas com- 
bien tonte ta Nation feroit miferable 
fans les François? car ayant efté con- 
trainte de quitter fon propre païs auec 
toutes les commoditez,pourfc réfugier 
en ce lieu où Vous eftes maintenant, 
queufïîez Vous fait fans raflîftance des 
François qui Vous font venus cercher, 
pour vous apporter des haches, des 



Hifl. de U Mifs* des PP. Capucins 
ferpes,& sucres fortes de marenaudifes 
qui vous font fi neceflaires que fans 
Scelles vous ne 'pourriez accommoder 
vos iardins ny viure aucunement? 
Que fi rous les ans il* ne paiïoienc la 
Mer pour vous Venir voir, &: vous ap- 
porter de nouueîles marchandifes,* les 
voftres venant à défaillir & rrianqûer, 
quefètkz vous?où en auriez vous d'au- 
tres? 

N Efçay-tu pas auffi que ce font les 
François qui Vous ont toûfiours def- 
fendu contre vos ennemis ? Tu as veu 
iepalfé que ta Nation eftoitfi grande 
&que vouseftiez vn Peuple lî redou- 
té , que vous ne craigniez perfonne: 
Du depuis n a- ce pas eftë les guerres^- 
qui ont fait mourir vne fï grande mul- 
titude de tes femblâbies, &qui Vous 
ont réduits en -fi petit nombre que 
Vous eftes maintenant ? Et le peu que 
Vous eftes, combien y a-il qu'il ferait 
exterminé fans le fecours desFrançois? 
Les François qui font grands guerriers 
&ontdefïbraues courages, font telle- 
ment redoutés de toutes ItsMauons du 
Monde, que jperfonne na iamais ofé 
Vous attaquer 5 depuis que vous eftes 



enTlJle de Mardgnan. 152, 

en leur protection. 

N'est-ce pas pourcefujeét que 
tum'auoispriéauec Tous tes Sembla-* 
blés de repaffer cnFrancc pour faire en- 
tendicàNoftrc Grand Roy, le befoiti 
& Je defir que Vous auez dvn grand 
BouYouuichdtie 5 pour vous deffendre 
contre vos ennemis ?'L afFcâion que 
tu connois quei ay toufiours porté à ta 
Nation.m'afait entreprendre ce long& 
périlleux voyage au péril de ma vie, 
pour t'en amener vn 3 comme iayfaid 
auec force braucs foldats , non feule- 
mentpour vous deffendre & protéger, 
mais encore pour repeupler ta Nation 
&Iarcftablir en fon priftinEftatTres- 
florifïant. le t ay aufïi amené des Pay, 
fuiuant la prière que Tous enfemble 
Vous mauiezfai&e^pour Vous inftrui- 
re& Vous rendre Enfans de Dieu. Et 
cependant tu dis maintenant^que nous 
voulo ns nous eftablir comme les Pero. 
Si les François tont faidtant de bien 
& à Tous tes femblables, & s'ils font 
Vos grands Amis & Alliez, comme tu 
bc fçaurois dcfauoùcr : tu as grand tort 
delescomparcrauxPtfro, que»tu dis c- 
fôc vos cnjnemxs 5 qui ont tant fait (Je 



ff 



tes eftrits 
3es Indiens 
dittifés par 
les dtfcours 
de Momhorê 
Owffo» par 
TefiabUjfe- 
énent délia 
foy $/ des 
françoii à 
Maragnan* 



Retour dtt 
Sieur de R** 
filly auecfa 
Compagnie 
au fort S. 
Louys. 



tlifi. de la JMifù des verts Capucins 
mal à Toute ta Nation. 

Le Sieur des-Vaux ayant mis fin à 
fa refponce, toute la Compagnie de- 
meura fans autre rcfolution. Car le pre- 
mier diCcours de ce vieillard auoit telle- 
ment préoccupé leurs Efprits 5 que non- 
obftant toutes les railbns que ledit fieur j 
des-Vaux leur peut alléguer, plufieurs 
nedeiaifTerentpasde croire le vieil In- 
dien. Vray êft que les Principaux e- 
ftoient pour nous & pour le fieur des* 
Vaux 5 eftant fort latisfaids de fa refpon- 
ce & bien marris que ledit vieillard a- 
uoit vie de tels difeours fi preiudicia- 
blés aux François leurs bons Amis, 

Ai n s r que cela fc paffoit^ i'eftoié 
auecle Sieur de Rafiliy , lequel après 
auoir entendu le tout, ne fit iembianc 
de rien, logeant plus à propos de diffi- 
muîcrpourlors:que de répliquer aucu- 
ne chofe. Si bien que chacun fe retira 
chez (oy fans autre latisfaâion. 

Enuironcetempslàle Sieur de Ra- 
filiy fut aduerty de quelques affaires 
importantes 5 pour lefqueiles fa pro- 
fence c&oit neceffaire au Fort Sain& 
Louys : ce qui fat caufe de nous faire 

quitter 



^ 153 

, &: y retourner 



en ïljlt de Mdragnan. 
quitter noftre vifite 
proœptcmenr. Nous prifmes noftre 
chemin par Euayue* par Euaitou, & par „ . , , f 
Euapar , nous arreftans encore quel- SwdeRa- 
quesiours à voir ces villages 3 & autre* J% amc fe 
quife rencontrèrent en noftre. retour, SlJS» 
en chacun defquels l'on nous receut f *&i.d? 
auiïï fort courtoifement & humaine- ^^ 
ment, n'y ayant perfonne qui ne fuft 
trcs-concécde la harangue quclcfîeur 
des - Vaux faifoic par tout -en leur 

Estant arriuez au fort S. Louys, „* . , , 

/ ' Adms donne 

& ayant reconneu que leftat des affai- ^p.^^ 
resrequeroitauflilaprefence du Reuc &'*»&«** 
rend Perc Arfene, que nous auions dcl- /!%&?£ 
Iaifïé .à Iuniparan y & du Sieur de Pezieu, M s - £<»«^ 
qui eftoit aEuJfaoMfrk Sieur de Rafîiiy *£%£ 
enudyaauffi toftv.crs Eux, les prier de ™. 
nous venir trouuer, ce qu'ils firent; in- 
continent. 

Pendant qu'on les alloit quérir 
JeSieurdeRafilly raconta à Mimn (l'vn CommeML 
de nos trucheraens j roue le difcoùrs £*/?£/• 
quele fufdit vieillard auoit fait eftan) !S^,/£ 
au Curbeti EuJJkotntf>: Se craignant que '&?&"**» 
cefcrtfeuft altéré quelques cfprics.&grj^ 
caufè quelque mal, Il luy com manda M ^W ; 




Hifl. de laMifî. des PP. Capucins 
de s'y acheminer auffi toft, pour voir 
fi par raifons 5 il pourroit vaincre ledit 
vieillard èc contenter les autres In- 
diens. 
de Momborè Ledit Migm eftant arriué à Euf* 
Ouajjhmuec Jaouap ^i\Çc trouua fur le foir au Carbet, 
S^aV où eftoic encore' le fufdit Momboré O- 
^jf/o« 3 Ieq'uelnefaillitdefaireJamefme 
harangue & tous les raçfmes difeours 
auditi^/^^qu'ilauoitfaîtauSieurdes- 
Vaux, lors que nous y étions. 

MiGANqui connoiffbit leperfon- 
nage & qui dés fon enfance auoit touf- 
jours demeuré dans ce Pays, luy fît les 
melmesrefpôcesquelefieur des- Vaux, 
& adjoufta de plus, que les François 
qu'ilauoitveulepaffê^nevenoientpas 
pour s'habituer dâs leur Pays, mais feu- 
lement pour trafiquer &: y demeurer 
iTùftonude cin q°a &* Luncs^à fin d'amaffer ks 
Mtganà marchandifes &puis s'en retourner en 
Momhoréo* Francc,n eftans tous que marchands & 
matelots, lefquels nauoient accoutu- 
mé d'eftre feruis ; & pourtant qu'ils ne 
demandoientpasd^fcîaueSjncnayanc 
que faire. 

A s- tu jamais veu (luy dit Migan{ 
des Grands Bomonmchmes > & des JBra- 



en ïljle de Mardgn'Hnl i j^ 

ues Guerriers, comme tu voismainte* 
nant fils ont accouftumé décomman- 
der aux autres , & d'eftre feruis de tous: 
Ilsnefçauent que c'eft de trafiquer ny 
faire marchandées: Ils ont des gran- 
des richeffes en leur Pays, Se ne font 
autre chofe qu'aller à la guerre. Main- 
tenant ayant quitté la France,. & tou- 
tes leurs commodicez pour venir de- 
meurer en ton Pays 3 deifendre ta Na- 
tion contre tous vos ennemis 3 & vi- 
urc auec vous autres comme bons A- 
mis j comment veux -tu qu'ils fe paf- 
fent d'efclaues pour faire leurs iardins, 
& pour accommoder toutes les cho- 
fes qu'il leur font neceffairesPllne faut 
donc pas que tu t'eftonriesfi les Fran- 
çois demandent maintenant des efcla- 
ues, les autres n'en ayant point voulu 
lepaffe. 

Povr le regard de ce que tu te van* 
tedauoir veu l'eftabliffèment des Perd 
àFemdmf>ourg& àPotytou, difentqueles 
François font icy le mcfmé à ..prefent; 
ne te fouuient-il pas en quelle façon 
les Pero fe font comportez enuers tes 
S emblables aux fufdits lieux de Fernam* 
bourg & Potyiou 3 dés le commence- 

Vif ' 




&ift.deUMif$*desPP:Cdpticïn$ 
ment qu'ils y encrèrent? Il y a cinquan- 
te ans que tu connois les François &: 
que tu communiques tous les ioursa- 
uec Eux dans ces Pays$astuiamaîs?eu 
qu'ils ayentfait ainfî qu ont faitlcs Pevo> 
ont-Ils iatoais forcera nation 3 pourluy 
faire faire quelque chofe par contrains 
te? Quand ils prennent tes marchandi- 
fes, ne c'en donnent-ils pas toufîours 
d autres en efchange? fi tu les as nour- 
ris & que tu ayes fait quelque chofe 
pour eux 5 nâ$ tu pas toufîours receu le 
pource? En fin depuis que tulescon- 
nois, as tu iamais veu qu'ils ayentfaic 
aucune chofe que ce foît pour s'eftablir 
icy, en la manière que tu confefle que 
les PeYoonxhitilemambourgic Potyiou? 
Ils ne l'ont pas fait, tu le fçay bien, & 
ne le feront iamais;n'eftànt en leur puif* 
fancede rien faire contre leur bon na- 
turel, qui ne les porte qu'à touteforte 
de biens & dé douceur. 

P e Kfss tu qu'il y aye Nation au 
Monde qui s'approche de la bonté des 
Fran çois ?Non , non. La raifon eft que 
les François font les Premiers Naiz de 
rEgJife,&les Vrais Enfâsque legrand 
TotfMz choifï des premiers pour leur 



en ïîjle de Màragnctn. ijy 

donneriaLoyj aufïi ont ils efté àcs Pre- 
miers àlcnfcjgncr aux autres. Les Pera 
comme les autres Nations, ne font re- 
ceuë que long temps après Eux, telle- 
ment qu'ils font encore Jeunes, & ne 
fontu bieninftrui&s que lesFrançois. 
Les Paymcûnc qui font entre eux, ne 
font encore quaprentis des Vrais Vay, 
&n'obferuent pas fi bien toutes les cho. 
fes que le Grand Toupm enfeigne,com- 
me ils font. 

Et qu'ainfî nefoit, netefouuient il 
pas que les Pay qui font entre les Pero, 
ont des efclaues pour les feruir ? Les 
Pay qui font aueç nous n'en ont point. 
Ceux Ià 3 nefontilspascpltiùerlaterrej 
ne traiâent.ils pas des marchandifes, 
&n'ontilspas des richefTes? Ceux cy 
n'en veulent point? Us ont renoncé à 
tout ce qu'ils pouuoient auoir?&me£» 
prifent toutes les richeffes du Monde. 
Ceux là font bien chauffez & veftus, 
mais ceux qui vont auec nous ,vont 
toufîoursnudspicds,ainfiqucfaifoient 
les Vrais Pay > & grands Prophètes qui 
ont par la permiffion de Dieu, laifTé 
les marques de leurs pieds nudsfurles 

Viij 



I 



M 



MomboriO* 
jwf[o& va'm* 
et* par le s rai 
fonsâeMiga 
& les Inates 
d'Eu>J[aoMp t 
tomfath- , 
faits Ufort 
çontens. 



VifiteàeTd. 
fy Roujfotf 
par le Sieur 
de Rafdly <&» 
UR.P.Ar- 
fene ®» U w 
rtceftigti. 



Hift. de h M/j£ des pp. Capucins 
rochers où ils ont marchéaupreS de Pa- 
tyiou (comme tu as veuauec beaucoup 
de tes S emblables, auffi bien que moy) 
pour rendre tefmoignage de leur Pou- 
voir & Alîïftence qu'ils auoient de Ce 
Grand Touptn. 

A ces paroles , le fufdit vieillard de- 
meura tellement confus & fatisfaiéï, 
qu'il dit que iamais il n'en parleroit 
plus : & que tout ce qu'auok dit Ton 
compère Migdh eftoit fans réplique. 
Tous les autres Indiens auffi,qui eftoiéc 
là prefens, pafïïonncz de l'amour des 
François 3 furent extrêmement con- 
tents devoir que le fufdit Migm auoit 
remporté le deffus 5 &nepeurentsem- 
pefcher de dire, quïls auoiét eu autant 
de peine & de defplaifir d'entendre ce 
que ledit -vieillard Momboré OmJJoh a- 
uoit dkû.ns leur adueu, qu'ils receuoiét 
de contentementd'auoir euy la refpon. 
ce très -fuffifante que Migm auoit fai- 
&e. 

C e p e n d a NT que Migm mefna- 
gcokx EuJJaomp^ ce que deflus, nous 
demeurâmes au Fort de Saind Louys: 
où ayant donné ordre à toutes les af- 



en lljle deMdvagnan. 156 

faites y pour lefquelies nous y eftions 
retournez, le Sieur de Rafilly s'en alla 
auec le Reuerend Père Arfene , à vn 
village nommé TapyRouJJou, où Ilsfu- 
rent très-bien receus du Principal nom, 
méQuatUreOuJJott, & de tous les habi- 
tans, qui furent aufïï fort contensde la 
harangue que le fieur des -Vaux fît en 
UutCarbet > quilstindrentà la manière 
accouftumèe. Et après que ledit Sieur 
de Rafilly eut là demeuré trois ou qua- 
tre iours auec le Reuerend Père Arfene 
& autres, Ils reuindrét audit fort de S* 
Louys, où nous eftions, pour tenir la 
main atout ce qui eftoitneceflaite^ant 
pour la Gloire de Dieu, que pourl'eftà- 
bliffement de la Colonie* 







yiiij 



f 




Htfi. de U Mijl des PP. Capucins 



ÛVN ENFJNT MIRA- 
culeujement guery par le 
Baptejme. 

Ckafitri XXV. 

Egrand Dieu ne defîrant 
non plus efpargner hs 
traits extraordinaires de 
Sim S°n infinie Bontèemiers 
ce Peuple 3 qull a fait à tant d'autres, 
lorsqu'illeurfîtannonceriaConnoi^ 
fanée de fou faindnomjpermitautéps 
que ces choies fufdkes fe paffoient.que 
r va des Pay QÛântàlumpayan.r'cncon- 
tralivn enfant, aagé enuiron de qua- 
tre ans> lequel eftoit aux abois Se extre- 
G r ,, mitez de fa vie 5 ayant du tout perdu la 
en}Z°sZ P ar P^> par vne longue &gricfuc raa- 
uagemaude ladie, tant que fa mère le pleuroic a- 
tt^T r ™ e ^ menc * le <™ok comme mort. 
d* sacremet Ledit P<*jluy demanda fi pour fauucr 
d»Ba?tefme. l^Ame de fon enfant elle defiroit qui! 
fut Baptifé? A quoy elle fit rcfponcc 
qu'ouy, & qu'elle l'en (upplioit très- 
«ffcâiônctnent. Auffi toftle Paj donna 



en lljle de Mdrdgnan. 157 

leS.Baptefmeaudit cnfât,quiàMnftât 
receut la parole auee vne fi parfaiâe 
rancé^quilnefeportaiamaismieux.Ce 
qui cftonna grandement ce Peuple., 
aufli bien que les François qui s'y trou- 
vèrent, Scieur augmentainfînimentle 
defird'eftrebaptilez. 

Ce font les Effets dc$ Sacremens., 
îefquelsont ie.pou.uoir, rendant la vie 
à l'Ame, de donner au(ïi 3 quand il plaift 
à Dieu, la fanté au corps. Ainfilifons 
nous que.Conftantin fut miraculeufe- 
mentguery de fa lèpre corporelle qu'il 
auoitau corps,auffi bien que de laleprc 
Ipirituelle qu'il auoit en l'Ame, par le 
moyen du faind Sacrement dcBaptcf* 
me qu'il receur. 

Ce font des coups extraordinaires 
delaMaioPuifsâtedeCe Grâd Dieu> 
Qui S cul a le pouuoir d e produire fem- 
blâbleseffeds quand illuy plaift: c'efl: 
à Luy Seul auffi qu'il en faut donner 
l'honneur &: la glo ire 



Vertu des 
Sacremens» 



Conflantin 
guery de la 
lèpre corpo* 
relie aujlh 
bien que de 
la fymtuellc 
par le moyen 
du Sacremet 
deBaptefme 



7 







Embafjades 
vers! es Habi 
tans de Ta» 
fQuytaperc* 



Hifl.de U Mifi. des PP. Capucins 

DES S MB ASStADES 

faiflesaTdpouyta]?ereet>œ 
Comma. 

Chap. XXVI. 

Es Sieurs Licutcnans 
Généraux voyans que 
les Habitans de ITfledc 
Maragnan eftoient refo- 
lus de fe foumettre à» la 
Domination & Coduite des François, 
tant pour le Spirituel que pour le Tem- 
porel , Us envoyèrent Mtgan accom- 
pagné de Piraluua Ivn des Principaux 
Indiensauecquelquesautres de Mara- 
gnanyexï ceux deTapouytapere qui eft ea 
terre ferme au dehors de cette Ifle; 
pourfçauoird'Eux s'ils auroient agréa- 
ble, &slls ne voudroient pas approu- 
uerce que lesHabitans de la grande Ifle 
auoientfaia&traiaèaueclesFrâçois. 
A quoy Ils firent vue refponce auflî 
gracieufe que Ton euft fçeu defircr, eftâs 

extrêmement ioy eux dvne telle ouuer- 

ture* 



enïljlc de MarajmM. 158 

I x ne fe peut dire de quelle amitié 
le Principal de ce lieu nommé Serouéué, 
, affc<5tionnoit les François : tant que 
pour les induire dauantage de demeu- 
rer auec eux, Il leur dit qu'il y auoiten 
ces quartiers là, vne belle pefchcriede 
perles, & vne miac d'Or; ce- que plu- 
sieurs de ceiieuconfirmerentaufïïtoft: 
Et prindrent retolution qu'ayant termL 
xiéceque pourlors nous auionsfîheu- 
reufement auancé par la grâce de Dieu; 
& que nous ferions embarquez pour 
noftre retour cnFrance,Ilsmcneroient 
le fieur de Pezïeu auec trente ou qua- 
rante François, pour reconnoiftre l'vn 
& l'autre. 

En ccmefme temps les Indiens de 
la grande Ifle de Maragnan, aduiferent 
lefdits Sieurs Lieutenâs Généraux d'é- 
uoyer auffi toft à Comma qui eft pareille- 
ment en terre ferme près de Tapouytape- 
re. Auffi toft Ton députa] à ceceffedîe 
iîeur des- Vaux auec Ianoutreauaété l'vn 
des Principaux de cette Ifle, & grand 
amy des François, lefquels furent ex- 
trêmement bien receus audit Com- 
ma pat les Habitans de ce lieu 5 & 



AffeSlion de 
Seronéu-è, 
Principal de 
Tapottytœpf. 
re, envers les 
François. 



JEmhajfade 
vers les Ha- 
bitant de 
Comma, 




I, 



; 



I 



Cœromta 
Ëkan & l& 
nouarejtc 
Frères, Prin* 

cifaux de 
Comma, 



r François 
rnsfle^ auec 
ceux de Corn 
ma en vue 
alarme pour 
aller contre 
les Tabaid* 
rcs ennemis 
mortels des 
Topinamha. 



Entrée folem 
nelle de Ca,' 
rouaiapiran 
à Commet re 
tournant vi- 
ctorieux d"v 
gunre Jan+ 
gUnte* 



Hijl. delà Mifî. des PP^ Capucins 
particulièrement par Carouata viran^8£ 
Ianouarefic Ton Frère, qui ont là toute 
authorité pour leurs grandes proiieffes 
& valeur ; lefqucls donnèrent la raefmc 
refponcc que ceux dcTapouytapere 5 àla 
harangue &: aux proportions que ledit 
fieur des*Vaux leur fit. 

E t comme ils eftoient prefts Eux- 
mefmcs, devenirrendreMiômagedâs 
MtYAgnMy il furuint vn bruit que les 
Tabaiares ( leurs ennemis mortels ) e- 
ftoient en campagne du cofté de la ri- 
mcrcdeMiary, pour leur venir faire la 
guerre & donner quelque aflaut ; telle- 
ment quel'alarme eftant en ce quartier, 
les Indiens de ce lieu fe mirent tous en 
armes à leur façon & y coururent de 
toutes parts 3 auec quelques François 
denoftre épuipage, pour aller à la ren- 
contre: Mais ils ne trouuerent qu'vn 
Cayot fur le bord delà riuiere> ceux qui 
eftoient venus dedans s'eftans fauuez 
dans les forefts. 

Ce Carouatapiran ^ ne faîfoit due de 
reuenird'vne guerre fort fang!antc,en 
iaqueîleilauoit efté fîx mois, & d'oà 
ilauoitamcnéonzcefclauesjdc diucr- 



en lljle de Mdragnan. Ï59. 

fcs Nations, à raifon defquels, il auoit 
fait vne entrée folemnelle à la modo de 
leur pays, dedans Comm*. Grandsfi- 

E t pour monftier l'amitié qu'il por- '&* d ' ami ' 

„. : r* • 9 n '■'■■■»'■£ ■ - tiède Caro* 

ton aux François , c eit qu entre ces et- uaufira» 
chues, il en auoit referuè & amené «»» m/ « 
quelques vns delà riuieredes Amazo- Tran * m ^- 
nes, qui habitoient tous les ans auec les 
Femmes Amazones,- &les auoit ame- 
nés exprès, à fin que par ce moyen les 
François peuiïent auoir le traffic libre 
auec ellespc délirant rien plus que d'e- 
ftabJrles François, non feulement en 
fon pays, mais en tous les autres auflî. Ii 
rapporta à fon retour, delanacqucde 
perles 3 affeurant qu'il en auoit veu de 
fort grottes. Il rapporta pareillement 
d'vne teinture cramoifie trcs-bellc& 
excellente, dont plufieurs marchands 
de France, ont faid beaucoup cf eftat, à 
laveuëdvn petit échantillon, que le 
Sieur de Rafilly auoit apporté pour 
monftre. 








Hijl. de U Mifs. des PP. Capucins 

CO MME LS S S STBN- 

dar 's de la France furent planteZ 

en ïïjle de Maragnan. 

Chap. xxvir. 

^fôJWi^ Près que les Indiens eurent 
^^r^,^/M^E ux mefmes arbore la 

r ^J*s <fc (%S^ Cr ° lX ? Cn "S 1 ! de l AIi ian " 

teftahuife* ^^^^^ce qu'ils faifoient pour ja- 
W ^^Ê mais auecnoftre Dieu, & du defir qu'ils 
tefmoignoient parcetrea&ion, porter 
au Chriftianifme, on leur fit entendre 
que ce n'eftoit pas encore affez; mais 
qu'il falîoic (pour obliger les François 
ne les abandonner iaraais) planter par 
mefme moyen les Armes delà France, 
au milieu de leur Terre /auprès de la- 
dite Croix; à ce que laCroix eftant vn 
figne comme nous auions prins pof- 
feffion de leur Terre au Nom de I e- 
svs- C h ki s t 5 de mefme ces Eften- 
darts leur fulTent vne marque & vn 
reflbuuenir de la Souueraineté du 
Roy de France, & comme vntefmoi. 



mes & J 
dar s de la 

France, 



enllJleAeMAragMn. 160 

gnage (par l'acceptation qu'ils en fc- 
roient) de l'obeiflance qu'ils promets 
toicnt pour toufîours & à perpétuité, 
àia Maiefté tres-Chrcftienne^ les ad- 
ucrtifiantqu'auant quecc faire,Ilsy a- 
uifaffentbieneivtr'Eux; & que pour y 
penfer , on leur donnoitvn mois, d au- 
tant que par ce moyen,Iîs fc rendroient 
fuje&s de fa Majefté', & fe foubmet- 
troientàfesLojx. 

C e l a fut publié par tous les villa- 
ges , Se leur fut afligné le iqur auquel 
feferoiteette cérémonie, s'ils le trou- 
uoient bon, qui cftoit le iour de la 
Touffainâs D premier de Nouembre. 
Ce qui fut caufe que la veille de cette 
Fefte D fix des Principaux du Pays fe 
trouuercnt au Fort Sainét Louys , à l'ça- 
uoir Iapy OmffoH qui cft le Principal de 
toute llfle 3 Markqy4 Pero, Matarapoua, 
IdnoMreMaété, Ouanirou & VirAlum^ qui 
font les Premiers du Pays, après Iceluy é 
Us efloient fuiuiz &c affiftez dVnc gran- 
de multitude d'Indiens tant hommes 
que femmes & petits enfans j cftan s 
tous venus pour voir cette nouuelîc ce<» 
reraonie, 

L esd its Indiens eftans arriuez, 



Ajfemliec 
des Indiens 
aufortfamÇt- 
Louys 3 pou? 
planter ÏE- 
flendart de 
France à, 
Maragnan, ] 

Les Vrïhct* 
pattx de Vif* 
le de M*r4- 
gnan. 



Z'wire ie U 
compagnie 
Trançotfe& 
des Indiens 
portans tE" 
ftendart de 
France pour 
le plantera 
Maragnam 



Uifl. de U Mifî. desVP. Capucins 
îindrenc IcuvCarbet , où eftoient tous 
les Principaux & Anciens Indiens en- 
fcmbleauecleSieurdeRafilly & les tru. 
chemens; pour auiler &c refoudre de 
cette affaire. Et: fuiuant la reiolution 
quifutlàprinfed'vn commun confen- 
remet, ielendcmain (iourdela Tous- 
Sainds, ) toute h Compagnie Fran- 
çoiie qui eftoit difperfée par les villa- 
ges, fut afïemblée. ) & eftans Tous en ar- 
me 5 brauGS 5 & au meilleur équipage 
qu'il leur fut poffible, s'En allèrent a- 
ueciestambQurs& trompettes., Suiuis 
de tous les Indiens , iufques aux logis 
des Sieurs Lieutenant Généraux pour 
Sa Majeftè, quérir le (ufdit E ftendart 
de France , que les fîx (ufmentionncz 
Principaux du Pays portèrent , auec 
Tordre qui s enfuit. 

Les Tambours & trompettes fon- 
nantes marchoient deuant 5 auec la 
CompagnieFrançoife en bonne con- 
che, & en fort bel ordre; puis les fîx 
Principaux Indiens fufdits fuiuoient> 
Reueftus de leurs cafqques bleues mar- 
quées de Croix Mâches deuant &:dcr* 
riere 5 portans le fuiditE ftendart de 
France fut leurs efpaules. Les Sieurs de 

Rafilly 



enllJledeMdYâgnctnl \6i 

Rafîlly &c de la Rauardiere Lieute- 
nans Généraux, marchoient après, te- 
nans chacun d'vne main, les boucs &c 
extremitez d'Iceluy^Sc eftat Accompa- 
gnez detous les Gentils-hommes Frâ, 
çois de noftre Equippagc. Il y auoit en 
après vne grande multitude d'Indiens 
qui eftoient accourus de tous les villa- 
ges circonuoifins ; Allans ainfï en ce 
Triomphe depuis le logis des fufdits 
Licutenans, iufqu es auprès de la Croix, 
oùfutpofciefufditEftendart, Etaprcs 
l'exhortation faite par le Reuerend Pè- 
re Iucs ; le Sieur de la Rauardiere adre£ 
fantfà parole aux François, leur fit cet- 
tepctitc harangue. 

M EssiEVRS, vous voyez comma 
les Indiens Eux pie(mcs 5 plantent cet d^/ZTIeZ 
Eftendart de France , meçcans leur R*»*rdiere 
Terre CH la pofTeffion du Roy 5 &pro-^ê 
teftent Tous de viurc & mpurir wee ft**dart. 
Nous, comme vrais fujetsôc fîdelles 
feruiteurs de fa Majefté. Voila Moq- 
ueur de Rafîlly qui s'en va vn de ces 
fours en France, de la fidelleaffiftance 
duquel 3 nous ne pouuons douter: Il 
s 1 en va faire entendre à fa Majefté, &à 
toute la France, ilmpertançe dexctse 

X 



Hijl.de la MifiJesPP. Capucins 
a&iooj &La fuppliertres-humblemëc 
au nom de nous tous, d'auoir agréable 
de nous enuoyer à fon retour , lefe^ 
cours necefîaire, pour TeftablilTement 
parfait de cette nouuelle Colonie. le 
fupplie & exhorte tous les Gés de bien, 
& de courage de cette Compagnie^e 
m'affifter durant le temps defonabfen- 
ce à la maintenir : Pour moy , ie me 
tiendrois heureux de mourir en vnefi 
iufte& honorable deffence. 

A ces mots, Tous &vn chacun pro- 
îeikreot par voix & acclamations de 
faire le femblable j & qu'auffitoft que 
la cérémonie feroit acheuée. Ils iroient 
tousfigner Tcfcrit, que vous verrez cy 
après. Si -coft qu'ils eurent acheué ces 
paroles, le Sieur de Rafilly s'adreflant 
aux IndietîS,Jeur fit cette harangue en 
Fran çois, qiri leur fut interprétée mot à 
H*tvM*ç«* mot en leur langue par le fieur des- 

A» Sieur de y 

Rafilly aux . . . 

indien* ptë* Mes Amis 3 vousauez def-ja tefmoi- 

unstEfteii- ope par la bonne & volontaire rece- 

£e ption que vous nous auez faire, depuis 

que nous fommes arriuez en Voftre 

Pays, & parle plantementde la Croix 

de I es v$« Christ Fils de Dieu > 






en l'îjle de M&r&gnM. 1 6% 

combié Vous eftes Amis des François, 
& defireuxd'eftre faits Enfans de Tott- 
fm par le moyen du fainét Sacrement 
deBaptefmc. 

Il refte maintenant pour Nous obli- 
gera ne Vousabandonncr iamais ,&:à 
Vous maintenir contre tous vos enne* 
mis 5 que Vous &c Nous plantions cet 
Eftendarc de Noftre Roy de France, 
Lequel nous a enuoyezicy vers Vous 
autres 5 pour prendcepofTefïîon devo- 
ftre Terre, &raffujet tir fous fon Empi- 
re 5 ainfi que vous melmes nous auez ap« 
peliez pour ceteffeéi* 

V o v s aucz efté aduertis long temps 
deuant ce iour, de la confequence de 
cette aâion. Regardez encore auann 
que planter cet Enfeigne & ces Ar- 
mes, fi defirez que le Roy de France 
en foit le maiftre , & fi Vous voulez 
obeïr à Ceux qu'il enuoye pour vous 
gouuerner; Car après luy auoir porté 
le prefentquevops luy faites devofhe 
Terre, queie m'en vais prendre en Son 
Nom au ec cette pale, il ne fera plus téps 
à l'aduenir de s'en repentir, ny de ré- 
voquer voftre parole , eftant vne fois 
donaée. Si ceft chofeque f alliez de 

Xij 




Hift. de U Mifî .des PP. Capucins 
bonne volonté ainfî que l'auez tefmol* 
gnéiufquesà prefent, ie vous promets 
de fa part, que ce grand Roy n^ vous 
abandônera iamais. Et pour moy, voy- 
lames Frères &mes Amis queieVoûs 
laiiïepour marque, &tefmoigoagede 
labonne volonté que ie vous porcc 2 qui 
mourront Tous, auec Vous, plufloft 
que de permettre qu'on vous fafle quel- 
que outrage. 

Cep end ant iem'en irayen Frâ- 
ce } pour faire bonrecit de voftreNation 
ôcdç labonne volonté que vous nous 
portez. le vous ameneray nombre de 
Vay & Prophètes , pour maintenir cette 
Croix, & vous inflruire ennoftre Reli- 
gion; auec autant deFrançois, qu'il fera 
necefTairepour plcupler & conferuer 
cette Terre, & faire que Voftre Nation 
& la Noftrenefoitdorenauantqu'vne, 
qui auec la grâce de Dieu, & la bonne 
xiftnceies conduitte que nous vous apporterons 
întumàu pour vous gouuerncr , deuiendra 

wl^ï Grandc & RcdoutécdctoutlcMon- 

fiiijypour de. 

tumerij. j± qU0 y l es Indiens tous tranfpor* 

ftelidart de * * * 

jruncêk tcz d aile •& de contentement, reipon* 
-Màrx^aru: dirent que de tout temps ils auoient 



en lljîe de JUttrdgnan. 1 6$ 

defïréde faire Alliante auec les Fran- 
çois, &■ deleureftre Amis ,• & que ia* 
maislls ne manqueraient à la promef- 
fe qu'ils leur auoient fai&e. Quant à ce 
qui eftoit de leur Terre, Us la mettoient 
cotre fes mains, pour de leur part,la pre. 
fcntcrduRoy,fupplianttfcs-hunabIc- x ^£" 
ment Sa Majefté, auoir pour agréable Matagna» 
l'offre qu'ils luy enfaifoient.auecla prie. ÀQ ™™ U ™ 

.•1 1 r t ' /v» t t * terre a» Roy 

re qu'ils luy taifoient auffi > deleuren- deirance, 
uoyer bon nombre de Pay^ pour les in* 
ftruire & baptifer 5 & qu'il luy pleuft 
les maintenir & dépendre contre leurs 
ennemis: promettant deleurpart,devù 
ure & de mourir foubs lobeiflancede 
SaMajefte Très Chreftienne , pour la 
prote&ion de la Sain&e Croix , & des 
Armes de France; cntefmoignagede- /ft endar * s 

/ t-r • •■ v vt • -° ° de France 

quoy (difoient-iis) Nous plantons pre-^»^a 
fentement cet Eftendart , où font fes &***&>*» 
mefmes Atmes. fMdses 

A nnltant Ils plantèrent Eux mefmes foitmnite^ 
cet Eftendart j & les Armes delà Fran- 
ce : cependant on fonnoit les trompet- 
tes, ton battoit les tambours, &: fi l'on 
tirok force canonades & moufqueta- 
des, en %nede Ioye, & d'Ail egrefTe, 
auec vn grandiffime contentement 

X iij 



1 



leurs Eflen 

dans. 



Hift. de U Mîfi. des PP . Capucins 
Couïïtmu des François^ &: de tous les Indiens. 

es Romains r» ^ c > n t 

députer h t a ce que perfonne ne s eitonne ae 
cette aftionjcdiray enpafiant, que la 
première chofe que les Anciés Romains 
auoient acçouftumé de faire en leurs 
conqueftes ? eftoit s qu'entrans en quel- 
que Terre, ou en quelque ville nouuel- 
lemenc conquife, lis piantoient aulïi 
toft!eur$Eftendart$ 3 au milieu del^ pla- 
ce., & au lieu le plus eminent} pourfaire 
reconnoiftie parla ? qu'ils eftoient, &: 
feroient dorefnauant les Souuerains 
Maiftres, & Pofïefïeurs d'icelle. 

Com bien y a-il d'autres Nations, 
qui oiuobferuéiemefme. ? Etpoureftre 
diftinguciz les vns des autres 3 Ils ont 
toufiours efté Toigneux de peindre 
îeursarmes ou quelque deuife particu- 
lière en leurs Eftendarts, Ainfi voit on 
l'Aigle &c le Minotaure 3 à rEnfeignc 
des Romains t La Colombe de Semi- 
ramis en Celle des Alïîriens; trois Faul- 
cons en celle de Darius, poumnonftrer 
qu'il pretendoit fubjuguerîes trois par- 
ties de rVniuers. 

Qv e lle Nation y a il foubs le Ciel 
qui n aye au0i (es Armes & deuifes par- 
ticulières en Tes Eftendarts y pofez 



en lljie de Mayagnctn, 164 

aux lieux les plus emipents des Royau- 
mes, desProuineesj&des Villes; pour 
fe faire reconnoiftre , & difeerner d'en- 
tre tous les autres? Pour ce mefmefu- 
je& les François auec les Indiens , & les 
Indiens auec les François, plantent les commeh$ 
Eftendarts de la France au milieu de *: mësde J a 
cette Terre nouvellement Conquile^ rempumêen 
nonparannes, mais parlaCroix; non *Mara S na. 
parla force, mais par l'Amour, qui a fi 
douceméc forcé les Indiens de donner, 
&Eux& leur Pays, au Roy de France, 
qu'après auoir Eux mefmes planté la 
Croix,cn figue qu'ils défirent eftre En- 
fans de Dieu, Ils plantent auffi auec hs 
François, les Armes &: Eftendarts de 
la France au milieu de leur Terre; à ce 
qu'on reconnoiffe qu'entre toutes les 
Nations, Noftre Roy tres-Chreftien, 
eneftle Souuerain Maiftre &: paifible 
PoifeiTeur. Tellement qu'Eftât de droit t»/>z* c**- 

O Y D EF R A N C £ £T D EN A V AR K I, trêS . C hrejtâ 

aulïî eft-Il par toutes les loix, le R o y lq^xiil 

DES iNDESOUpluftoftdelaFRANCE 
Eq^INOCTIAII. Rapport' i» 

C'est laReyne Régente qui La cou- ^ZTm 
ronnédVnnouueaudiademe(cômeon Lou,ysxux. t 
lit que ce grand Roy Salomon fut cou.-?"^*^ 

A Ulj 



■■■ 






HifîJe la Mifî. des PP. Capucins 

MerWe^ronné par fa Mère au lourde les Efpou- 
RejneRegc* failles & de îa lieffe de fou cœur: ï ie 
jfr».* m*. veux direaû i premier an de San Règne; 
r^». Aufli eft-ce à Cetre Grande Reyne que 
Mronneur (après Dieu) en eft deu. Car 
c'eft Sa Majefté feule, Qui après la 
mort du Feu Roy Henry le Grand, 
entreprint cette aâioii tant héroïque, 
comme ElIêatcfmoïgne'parrEftédarc 
dont Elle voulut honorer rEquioage 
<ïei'£fledan de tes LieutenansGenerauXjfur Lequel 
donné par u eftoir peint Vn Beau Nauire, Equippé 
fe e poZu ge ' de toutes fes voiles, cordages 5 & autres 
Mifionde chofesnccefTâiresrayantdeffus fa proue 
*«"g*». l'Image de noftre Roy Tres-Chreftica 
Lovys XIII 3 en Sa grandeur naturelle; 
Aflîs & ReueftudeSes Accouftremens 
RoyauXjTenant vne branche d'Oliuier 
en Sa Main droite y qu'il prefen toit à 
La Reine Régente Sa Mère: Laquelle 
eftoit auffi Dépeinte en Sa grandeur 
Àatureîie: Aflife fur la pouppe duditNa, 
uire: Reueftuë pareillement de Son 
Manteau Royal, Tenant de Sa Main 
droittejegouuernaildu Nauire, auec 
cette deuife au deflus, 

TanWDuxTœminafaEîi 
Cet Èftendart eftoit enriehyl & par- 



en ïljlt de Mdra<man. 1 6$ 

fcmc tout au tour, de grandes Fleurs de 
Lysd'or^qui rcmbelïifToicnt merueil- 
leuienienCiS: eft Ceîuymefmc qui fut 
pîantépar les mains des Indiens , auec 
rantdeioye & d'affeftion auprès delà 
Croix^ en l'Ifle dcMaragnan. 




LES LOIX FONDJMSN- 

taies établies en ïljlç de 
Maragnan. 

Chap. XXVIII. 

Lyavnefi eftroite vnion 
entre laReligion & la Loy, 
que ïamais l'vne ne peut 
bien fubfîfter fans l'autre. 
Tant que TApoftre tient que TranfUto 
Sacerdotio 5 necefô ejl vt & Legh tvanfUtio 
fiatih Religion & l'office eftant chan- 
ge, Il eft neceflfaire aufïi, qu'il y aye 
changement dc'Loy. Ce qui ne peut 
procéder d ailleurs que de l'eftroite v* 
nion delà Loy auecla Religion, 

Ce grand Dieu donc, ayante» 
agréable de donner quelque commun- 




> Hift. de la MiJJl des PP. Capucins 
cernent de la Vraye Religion Catholi- 
que Apoftoîique & Romaine , à Ces 
peuples habitansflfle de Uaragnan, &c 
Terres circonuoifînes: oniugcaneccC 
faire d'eftabiir Us Loyx'Fondamenta- 

les, pour cftreinuiolablcmcnt gardées," 
telles qui s'enfuir. 

DE PAR LE ROY. 

BtNwsDanielDelaToufche^ Cheualier, 
S eignexr de la Ranardiere y François de RaftUy 
dujst Cheualiet Seigneur Judit Lieu y & des 
Jumelles ^faifant pour haut & VmJJantMèf- 
fre Nicolas de Harlay, Cheuali<r, Seigneur de 
Sancy y Baron de Motte, <& de Gros-bois, Con- 
jeitterdu Roy en [es Confeilsd'Eftàt, &Priué> 
Lteutenans Généraux pour SaMajefléanxln- 
des Occidentales. 



*Yànt entrepris y par h 
"grâce de Dieu d'eftablir 
vne Colonie Françoife 
^danslelieu deMaragnanSZ 
Terres adjacentes, & amener les Habi- 
fansdefdits Pays à la connoiffancedu 
Chriftianifme, fuïuant l'intention du 
Roy de France NoftreSouuerainSei- 




en tljle de MctYd^ndn. 1 6 6 

gneur, & fumant le pouuoirqucNous 
adonne Sa Majefté, comme il appert 
par Ses Lettres patentes qu'EUe Nous 
en a bùr.oy ées, & auffi foubs FAuthori- 
tè&Bon-plaifirdela Rcyne Régente, 
Noftrc Sôuucrâinc Dame &Maifttcffe$ 
Auonstrouuétres-neccffairc & à pro- 
pos ,auant que iettér aucun fondement 
en Cette Colonie d'yeftablir des Loix 
les plus fai n des, & les plus conu cnables 
pour vn commencement qr'iî Nous a 
cftépoflîble :cenanr .pour maxime cer- 
taine, quefanslaluftice que Dieu aor- 
donnée entreles hommes , comme fou 
Image, nulle Republique nepeutfubfî- 
fter. C'ed poutquoy reconnoifïans la 
Grâce, B onté, & Mifericorde queDieu 
nousafaite, de nous auoirfiheureufé- 
ment conduits & amenez à bon port: 
Nous commencerons parles Ordon- 
nances- -qui regardent principalement 
Son Honneur & Gloire. 

Ordonnons donc très -expref- 
fement à toutes perfonnes de quelque b £ s À 
qualité ou côdition qu'ils (oient , qu'ils ngnan.. 
ayét à craindre, feruir & honorerDieu, 
en obferuant fes fain&s Commande- 
mens, proteftans de n'eftimer iamais 3 



Lotx tfla- 









Hifl. delàMifî. des PP. Capucins 
ny de donner chargeaucune, qu'à ceux 
que nousconnoiftronsauoir cette in- 
tention fain&e, & droitîe. 

Ordonnons que Son Sain& Nom 
ne foit point iuré 3 fur peine d'amende 
pécuniairement les pauures en France, 
qui fera par Nous en Noftre Confeil ar- 
bitrée, (èlon la qualité des perfonnes 
iufquesàla troifîefmefois: voulans 5c 
entendans qu'à la troifierme fois, ils 
foicntpu.nis corporcllement, félon la 
qualité du blafpheme. 

Ordonnons à toutes perfonnes 
de quelque qualité qu'ils foienr, d'ho- 
norer & refpecter les Reuerends Pè- 
res Capucins, que Sa Majefte nous a 
mis entre les mains pour planter en- 
frelesIndiens,IaReligionCatholiquc, 
Apoftolique, &: Romaine ; fur peine 
d'eftre tenus pour infradeurs de nos or- 
donnances , & d'eftre punis félon l'exi- 
gence du. cas, pour le mefpris qu'on 
pourroh auoir faid à leurs Perfon- 
nes. • 

Ordonnons qu'aucun de quel- 
que qualité ou condniô qu'il foi^n'aye 
adonner aucun trouble ny empefehe- 
Hientaufdicls Reuerends Pères Capu- 



en îljle de MdragnM. x 6j 

cins, touchant l'exercice de la Reli- 
gion, ny de leur Million &conuerfion 
des Ames des Indiens, fur peine de la 
vie» 

Apres auoir fondé ce qui regard^ 
principalement la Gloire&Seruicede 
Dieu , par les articles cy deflus men- 
tionnez, Nous eftabliffbns enfeeond 
lieu ce qui regarde l'Hôneur de Noftre 
Roy, Lequel nous ayant honoré de la 
Dignité dcSesLieutenans Généraux., 
Efleus pour reprefenterSa Pcrfonne ea 
ce dit Pays : Ordonnons & deffendons 
qu'aucune perfonne n'aye a attenter à 
NosPerfonnes^yenTEftat de Cette 
Colonie , foit par parricides 5 atten- 
tats, trahifons ? monopoles , difeours 
tendans à defgouter les particuliers 
& toutes autres chofes à ce contraires, 
fur peine d'eftre tenus pour criminels 
de leze Majefté , & d'eftre punis de 
mort , fans elperance d'aucune remif- 
fion. 

Ordonnons & tres-exprefle- 
ment enjoignons à toutes perfonnes 
qui auront cognoiflance de telles per- 
nicieufes entreprises Se mauuais dif- 
eours , qu'ils ayenç incontinent à le 



Hift.de U Mift. des PP. Capucins 
nous reueler, furies peines que dd- 
ius. 

E t d'autant que tous les membres 
d'vn corps ne peuuent fubfiiîer fans 
vn Chef qui les conduife. Nous Or- 
«abnnonsqu'vnchacunfafîeiondenoir 
enuers Nous, & Nous rendre l'obeif- 
fance& fidélité qui nous eft deiiefui- 
uant l'intention de Sa Ma ; efté, portans 
leurs courages & leurs vies 5 pour le 
bien &eftâb!iiTement de Cette Co!o- 
iSe^çn toutes les ocoafions entrepria- 
fes, &l defcouuates necefifaires qui fe 
pourroient prefenter, fur peine d'eftre 
tenus pourlafches, &trai£tezfelonleur 
infidélité & defobeiiïancc. 

A pb.es auoir fondé ce qui regarde 
l'honneur &feruice de Noftre&oy^Re- 
prefenté parNosPenonnes, & lebiea 
& feureté de Cette Colonie .Nous Or- 
donnons pour laconferuationdeceux 
de cette Compagnie & entretenemenc 
de leur focieté, qu'ils ayent à viure en 
paix & amitié les vns auecles autres, 
&feportertouthonneur &rrefpe<5t, fé- 
lon leur condition & qualité: exeufans 
les infîrmitez des vns & des autres,ain{ï 
que Dieu le commande D fur peine de 



en l'ijle de Maragndn. x 68 

Nous defplaire, & d eftrc tenus pour 
perturbateurs durepos public, 

Ordonnons que l'Edit des duels 
par rinuincibie Monarque d'heureufe 
mémoire H enryli Grand Noftre 
Defunft Roy, queDieu abfolue, foit 
eftrokement gardé Ô^obferué entouc 
fon contenu; Proteftans fur noftre parc 
de Paradis, deiamais n'aller au contrai- 
re, pour quelques considérations quefc 
puiffeefhe 5 &:deneiamais pardonnera 
ceux qui y contreuiendront, Deffcn- 
dans tres*expreflement auxPrincipaux 
de cette Compagnie 3 de ne iamais in- 
tercéder enuers Nous, pour ceux qui 
enfreindront ledit Edit: fur peine de 
Nous delplaire & d'eftre refufez auec 
honte. 

Ordonnons que toute perfonne 
quicommettraaâe de meurtre & ho- 
micide (fi ce n'eft en fon corps d effen- 
dant&quelapreuuenousenapparoiffe 
très claire) fera puny de mort exem- 
plaire. 

Or donnons que toutes perfon* 
nés de quelque condition & qualité 
qu'ils foient 5 qui feront attainâs Se 
coquaineus d auoir porté faux tefmoi- 



iHift* delà Mtfî. des PP. Capucins 
gnage contre aucun que ce foit, fera 
punydelapeine que deuroit eftrei'ac- 
cufé félon le deliâ:. 

Ordonnons que quiconque fera 
trouuéen larcin, fera pour la premiè- 
re fois fouetté au pied de la potence à 
fon de trompe-» & férue vn an entier 
d'efcîaue aux heures publiques: per- 
dant pendant ce temps y toutes digni- 
tcz, falaires & proufîts : & pour la fé- 
conde foisjpcndu &c cftranglè: &eftant 
feruiteur domeftique il fera pendu ôc 
eftranglé dés lepremierlïtrcin. 

Aphes auoïrauffi fondé ce qui re- 
garde la conferuation de la Compa- 
gnie, tant pour les mœurs , focieté en- 
tfeua, protection de leurs vies & de 
leur honneur, qu'à lafeureté de leurs 
biens: Nous Ordonnons pour la con- 
feruation des Indiens qui font rangez 
foubs noftre charge, & auffipour les at- 
tirer par, douceur à la connoifïancede 
nosLoix tant diuines quliumaines^que 
nulnayeà les frapper, injurier, outra- 
ger,ny tuer fur peine de receuoir la me£ 
mepeine qu'il aura donné. 

Ordonnons dene commettre 
aucun adultère, foit par amour ou par 

force 



en iljle de M^agnân. tè$ 

force auec les femmes des Indiens fur 
peinede la vie:pour autant que ce ferok 
non feulement la ruine de l' Ame de ce* 
îuy qui commettroit ce peché 5 mais aufît 
la'ruiue de cecte Colonie: DéfFendans 
auffi h force eouersles filles fur la mef- 
me peine de la vie. 

O k d onnons & defFendons à 
toutes perfonnes de quelque qualité 
qu'ils (oient, dé ne commette aucune 
paillardife en quelque manière que ce 
foit auec les filles defdits Indiens, fur 
peine, fçauoît pour la première foiX 
de kruir vn mois entier d'efclaueàla 
Colonie ? pour la deuxiefme fois les 
fers aux pieds, durant deux mois ; <#( 
pour la troifielme,ils feront amenez dé- 
liant Nous pour leur ordonner tel cha- 
ftiment, que verrons éftre à faire par rai* 
fon a 

Dépendons en outre à toutes per- 
fonnes d'eftre fi ofez de commettre au- 
cun larcin cnuerslefdits Indiens/oit eu 
leurs iardins, ou autres chofes qui leurs 
appartiennent: fur les mefmes peines 
quedeffus* 

Et à fin que ce foit chofe ferme & 
fiable à toiifiours ? Se qu aucun titn 

; y • 





tmmam 





nift. de la Mtfî. des PP. Capucins 
prétende caufe d'ignorance, Nous Or- 
donnons icelles eftrcleues& publiées 
en prefénee d'vn chacun, & regiftrées 
comme LoixFondamcntales,& Inuio. 
| labiés au. Greffe General de Cet Eftat, 

& Colonie, pour y auoir recours quand 
befoinfera. Entefmoindcquoy Nous 
auôs fignêCes Prefentes de noftre pro- 
pre main, & I celles fait contrefigner par 
Tvn de Nos Gonfcillers,Secretaires or. 
dfnairesauFort Sainft Louys à Mara- 
gnan,\eiout de Touflain&s premier de 
Nouembre,ran degrace i6\z. 
Signé, Rauardtere y RafiUy, 

E t plus bas., parMeJJetgncurs 

Abraham* 
Et au deffbus eft eferit. 

Les prefentes Loix& Ordonnances 
cy deflus tranferites, ont efté leuës & 
publiées à ce qu aucun n'en prétende 
caufe d'ignorance , cedit iour de Touf- 
fainâs premier de Noucmbrc, mil fix 
censdouze,par moy Confeiller, Se- 
crétaire, & Greffier General de cet E* 
ftac &c Colonie , en prefenec de tous 
les François dicelle, pour ce aflera- 
blez,& ce après l'Eftendartde France 
planté en Cette Ifle, & Terre du Brcfil, 



en ïljle de Maragnan. 170 

pnnfedepofTeflîorç «ficelle, faite pour 
le Roy , parMefïeigneurs de laRauar. 
diere, & de Rafîlly les Lieutenans Gé- 
néraux Efdics Pays 5 & ferment de fidé- 
lité par eux & leslndiés^preftéésmains •■< ^ 
defdics Seigneurs, de viure & mourir 
pour la deffence d'Iceluy Eftendart, 
bien & conferuation de Cette Terre, 
au feruice de Dieu & de fa Majefté. A- 
près laquelle publication, lefdidcs Or- 
donnances ont eftércgiftrées, & mifes 
au Greffe General de Cet Eftat & Co- 
lonie, pour feruir à Taduenir de Loix 
Inuiolablcs & Fondamentales $ & y 
auoir recours quand befoin fera. Fait 
au Fort S, Louys à Maragnan, lc(dits 
Jours & an que deffus. 

Signé, Abraham» 

Collationnéà l'original, ejlant au Greffe 
General decetEflat <& Colonie Irançotjc du 
Brefdfar moyfoubfigné, Confedlcr, Secrétaire 
& Greffier General d'icelle^ au FortSatnB 
Louys a Maragnan , le dernier deNouembre 
mil fix cens douze. 

Abraham. 
Yii 



J 



Hijt. de la Mifs. des PP. Capucins 

R E QV8S TE TffiSE NT 88 

par les François au Sieur de 
RaJMy. 

CuAt. XXIX. 

v s foubs fignez confef- 
fons que tous d'vne voix & 
mutuel confentement a- 
uons prié dés noftre arri- 
uée à riflette Sainâc Anne à Marœ- 
gnm^&c prions encore de rechef Mon* 
fieur de Rafilly Lieutenant General 
pour le Roy en la Terre du Brefil, de 
s'en retourner en France, non comme 
'efhntvn premier voyage pour rendre 
du proufit & conte. à nos affociez des 
fraiz qu'ils ont auancez pour cet équi- 
page, n ayans iamaistous efperéaucun 
proufieny' Lmité le cours du premier 
rapport, qu'au retour de Monfieurdela 
Kauardiere atiffi Lieutenant General 
pour fa Majeiié en ladite Terre du Bre- 
fil i mais bien pour nous aller quérir & 
amenerdu{ecours,tantde gens d 5 EgH* 




m tljle de MdYdgmw. ijt 

ft, hommes de guerre, artifans, mar- 
chandées > qu autres choies necefTaires 
pour maintenir la Colonie Françoife, 
tandis que ledit Sieur de la Rauardie- 
re fera de fon cofté amas de marchan- 
difes,pour rendre les afïociez contens 
à ion retour] donnans audit Sieur de 
Rafïlly tout pouuoir de vendre les mar- 
chandifes qu'il pourra emporter, pour 
payer les Mariniers, Officiers de naui^ 
re,& delà Colonie, marchandifes que 
luyauonspriédeprendre de monfieur 
du Manoir pour la traitte de ce Paysj 
& généralement gérer &negociertout 
ce qui fera neccûaire pour Ion embar- 
quement &f retour; Nousconfians en 
(i Preud'hommie & Fidélité ; eftans 
tous tres-fatisfaits & contens de la bon- 
ne & fage.conduite & goouernement 
tantenuers nous que lesNaturelsdece 
Pays. Outre plus l'auons prié & prions 
par ces prefentes , de faire entendre à 
Sa Majefté 3 la relation de ce voyage, 
& intercéder vers Elle pour noftrecon- 
feruation & manutention en cette Ter- 
re 3 Proteftans' tous defpens , domma- 
ges, & interefts contre tous ceux qui 






Yjij 



Hifl. de U Mi]?, des PP. Capucins 
pourroient efcrire ou dire chofc ca 
France, qui peut refroidir tant foitpeu 
labonne volonté de SaMajefîé, &dc 
fesfuje&senuersnous, & vue fi fain<3e 
& louable entreprife, & retarder fon- 
dit retour fi important à nos vies,biens. 
8z conferuation de cePays au fer uice de 
faMajefté, proteftans tous d'employer 
nos vies & celles de nos amis, pour le 
fouftien de fa négociation & relation, 
contre tous ceux qui voudroient aller à 
î'encontre: Et de luy garder pendant 
fon abfence, foute fidélité & amitié , af- 
fiftance à l'Eghfc qtfilnous a laifféc 
pour reftabliffemcnt de la Foy, bonne 
intelligence & concorde entre nous, 
obeiïïancc &'fidelitc audit Sieur de la 
Rauardiere fon Compagnon, & bon 
traitement enuers les Indiens. Entef- 
moin dequoy Nous auons tous 5 dvn 
commun confentement, purc&fran< 
chc volopté. figné ces prefentes de nos 
fignes manuels, au Fort Sain&Loijys, 
en Tlfle de Maragnan, ce premier iour 
de Nouembre mil fi& cens douze. 

Signé, 
RdUârii&e^ P enjeux, Philbertde Brichan- 
teau, Ifaacde Rafdlj, Claude de Raftllj, le 



€» l'Ifle de Maragnan. 172, 

MavSlte^ Hardwiliers, Heroufierc, de la Bar* 
re y DéfthampS) de la Haye, Granchamp^ Bel- 
lemllc % Debourden , P. ^iuber> du Plefsts y Bil~ 
Uut^ les lardms ^Thomas de Leflre , le Me%e- 
rey^Turf^anlt^Hausbocq, Chapperon, &c. 
Charon 3 zCi°nè le fixiefme de Nouem- 
bf e mil fix cens douze. 



DTNE ESCLJVSDë 

lapy OuaJJoutrouuée en 
adultère. 

Chap. XXX, 

Près que î'Eftendart de 
Francefuc planté en cette 
Ifle de Mdragnari 5 chacun 
fe retira en fon village. Et 
quelques iours après il ar-, 
riua que IapyOuaJJou, Principal de Tlfle 
fut inuité à vn Caouin ou feftin qui fe 
faifoitenvn village voifin du fien, où 
eftant auec vne grande Compagnie, 
fes Enfans luy amenèrent l'vne de fes 
efclaues liée & garrottée P luy racon- 

Y iiij 




r 




Hifl. de la Mifi. des PP, Capucins 
tans comme elle auoitefiéfurprife en a~ 
dulccre.auec vn Indien , lequel auoit 

cGmbmio- Desia lapy OmJJqu s'eftoit là enyuré 
dim* entre dcvind^mou ( quiîors eftoit en fai- 
(on) & neantmoins le reffouuenane 
bien de la faneur qu'il auoit fait à cet- 
te fenime x la rendant libre d eiçîaue 
qu'elle eftoit au précèdent^ fi tort qutl 
WenmeSam entendit l'ingrate defloyautè d'iceiîe^ 
wge : aff4fij : Il fut fi outré que dVn premier mouue- 

née pour jon T| ,, * * 

adultère^ nient,llciit en ces termes E lonca, qu'on 
foncorpsde- la tue.Sur le champ l'vn de Tes Enfans la 

membre au-f- mtm - - \ r ' y r* ?• 

&m, tua > & plufieurs Indiens^ particulière- 
ment plufieurs vieilles femmes demero* 
brerent fon corps; 8c dit-on que l'on 
en porta quelque pièce en cachette au 
village de Cavnaupio* 

Pirx Ium Tvn des plus valeureux de 
cePays,ayant efte aduerty de ce quis'en 
eftoit paffé, fetranfporta viftement en 

Indien To- ,• * a -V k rr « 

pmamha re- ce heu 5 ou il fie ramafier les morceaux 
%Htam ie$ de ce, corps déchiré 3 & les ietta de- 
flîrTal!j ê dans les bois, reprenant aigrem et tous 
temmift. ceux qui s s eftoient fouillez les mains de 
cette cruauté. Et Dieu ne voulant pas 
que telles abominations continuai- 
^ km dauantage «ntr'Eux ? Il permit que 



enilfledeAïarapndn, 174 < 

le tout vint en connomance., Le bruit d eDie „ pQ M 
de ce forfait courut bien toft , principa- abolir u or*. 
Jcmcnt entre les Indiens 5 ieiquels en fimmUv 
eftoient tous extrêmement fafchc? , re- 
doutant que les François n'en receuf- 
ient vn grand melcontentement^com- 
mc m effeÊC cela nous afl5igea.meruci.I-_ 
leuftment tous , & particulièrement jes 
Sieurs Lieutenans Généraux , qui fe 
trouqerent fort Offenfez au rapport 
-qu'on leur en fît incontinent après , au 
Fort de Saind Louys^ 

Q_ve fi le zèle les portoit à en faire iu* 
ftice ? Ils ne manquoient àc grande pru- 
dence qui les recenoitbkn, de ne rien 
aigrirai faire aucune chofe mal à pro- 
pos, au comniencèmex)! dva eftabllf- 
tementfîrtouueau. 

C'est pourquoy Ils envoyèrent que- ragnans ^ 
rir tout incontinent, -JanqUaré. auaété&c ™2 Tx * 
Pira lutta 1 tous deux brades Indiens, & 
grands Amis des François, pour auoir 
leuraduisfurccct-cafFairci.Lcfquelinon 
moin-s refpedïueux enuers les François, 
que les François eftoient enuers Eux, 
prièrent Lefdits Chefs dene s'offencer 
pour la faute cTvn .particulier, contre 
tout le General ddëur Pays y proteftan$ 



GraudefiJi 
litédes Ma- 



çon 



I 




Hijl.dc UMlfi. des PP. Capucins 
que ny eux, ny tous leurs amis, nendu- 
reroientiamais aucune chofe qui peu ft 
defplaire aux François: & encore que 
lajy.ouajfou fuft vn grand Perfonna- 
ge, qui en fon temps auoic fait de figna- 
lez exploits, ce nofiobftant eftant Ce- 
îuy qui ne deuoit iamais manquer de 
parole aux François pour l'amitié qu'ils 
Juy auoient toufîours portée , ayant 
manqué commeilauoitfait, leur aduis 
zehde, Ma cRoif qu'il deuoit mourir pour feruic 
^^d'cxcmple aux autres, & que pour Eux, 
Usapportoient leurs arcs & leurs fîef- 
ches pour le tuer en leur prefence s'ils 
eftoientde cet aduis : ce qui contenta 
grandement les Chefs. 

E t après auoir délibéré par enfem- 
blejc Sicurde Rafilly print les truche- 
mens & trente ou quarante François 
accompagnez dudit lanouare auaété & 
dePira luux Indiens, pour aller à IunipA- 
ran m Le Reuercnd Père Arfene y alla 
auffi feulement pour apporter ce qui fe~ 
roit de fa charge en casde necefïité- Ils 
pafîerent tous à Mayoue chez Iacoupary 
qui fe trouua de mefme aduis que les 
autres, pour faire Iufticc àzUpyOmJfon. 
Ledit Sieur de Rafilly enuoya auffiad* 



Cstffhme 
des Mara- 
nans aua& 



S' 



en Vljlc de MuragnAn. 174 

uertir les Principaux, entre autres Sou- 
Omjfou & I tapoucoufan , qui comparu- 
rent en perfonne chez Piralum pour fe 
porter à ce qui leur feroïc commandé: 
mais Ils arriuerent trop tard. 

Car dés le ma#h k Sieur de Ra- 
fillyauec la troape fufdite, eftant ar- 
riué dans Iuniparan, le fieur des-Vaux %vetdm 
commença à vn codé du village , &£ P»? ir î» tl 
Migdnz, loutre , pour annoncer aux In* * 
diensà haute voix ( félon la couftume 
du pays ) le forfait de Japy Ouajjou, & 
que le Bourouuichaue cftoit venu pour 
en ordonner. Durant ce temps les 
plus Apparents du village 3 vindrenc- 
s'offrir au feruice du Sieur de Rafilly, 
defàuoiïans laâion dudift Iapy-ouaf- 
fou. 

C e nonobftant Iapy Ouaffou ne fe mit 
en autan deuoir pour fc fauuer: mais 
s'eftant retiré dedans la petite loge 
que Ton auoit baftie pour le Pay y près 
laChappelle , il y demeura fans aucu- 
ne efpouuante 5 auecfaFemme&fe$£n* 
fans, où le Sieur de Rafilly ( après les 
harangues faiétes ) s'achemina au pe. 
tit pas , & les trompettes formantes, 
enuironnad'harqucbufiers ladite loge. 



Refolutkn 
de lapy O* 
uajfotilndtt, 



Hifl. de UMifi.des PP. Capucins 
en laquelle il entra brufquemencaucc 
îcs interprètes 3 les Indiens fufnonyme^ 
& les Principaux de la Compagnie, &t 
trouuerent ledit Iapy Omfjou , dedans 
fonîitdeeottonaueçvne granité mer- 
ueilleufe, où ils reJfcnneurent & remar- 
quèrent vne refoludon admirable de ce 
Perfonnage y digne d'vn Magnanime 
Courage,, Car alors Iapy Ouajjou ians 
frémir ny branfler, faiûa à fa modèle- 
dit Sieur de Rafiliy* luy difant en Ton 
langage Ere loupe) Es tu venu? au$i toft 
le Sieur de Rafilîy comme en colère 
Rmo»jit4». luy répliqua: Nenny mefehaut que Tu 
cefimeàu. Es. A lïnftant le Sieur des- Vaux corn- 
de fa ^niençaaluy représenter la faute qu'il 
m m fo auoitfaite daqoir commis vn tel fean- 
dale après auoir receu tant de biens- 
faits & de faueurs des Sieurs . Lieute-* 
nans Généraux, qu'il deuoït leur dé- 
noncer le crime de fan efclaue, à fin 
qu'ils en fîflent faire la punitiop,& non 
pas la faire luy mefme, U que cela nap* 
partenoit qu'aux Chefs, que le Roy de 
France leur auoitenuoyé pour les gou- 
verner. 

 cela Iapy Ouajjou , refpondit en ces 
termes : C e sot les Chefs & toy qui ont 



enlljlceàeM&YÂgn'ctn. ijf 

îùe cette femme, & non pas moy. Car 
preuoyant la furie des vins d\vJcaiou, 
le rn'eftois refolu daller ÀTâboucouru^ 
pour faire vn Canot durant îefiits vins, 
de peur qu'ils ne me fiflent faire quel- 
que choie mal àpropos : mais vousme 
fiftes tous demeurer en cette Iflc, pour 
aller planter l'Eftendart de la France; 
lequel eftant planté, & m'en feuenant 
icy, le fus prié de me troauer en vne 
aflemblée , où i'e n'ây peu m'empefeher 
d'aller. Pluficurs m'amenèrent ià 3 cet* 
te femme, laquelle Fauois rendue libre 
d'efclaue qu'elle eftoit, & l'auoisprin- 
fe pour ma femme y & me faifant en- 
tendre quelle auoit efté uouuéeena- 
dukere auec vn Indien |. contre la loy 
de neftre Pays, ïe dis qu'on la tuaft , le 
dis cela eftant touttranfportéde colè- 
re , & fi i'eftois priué de connoifïancc 
parlevinquei'auoispris. Aurefte iay 
fouoent entendu des François, qu'en 
leur Pays , Il leur eftoitloifîbledc tuer 
leurs femmes, quand ils les furpre- 
noient en adultère (où il faut noter le 
featidaie de cette mauuaiie do â tin e des 
François, entre ces pauures Indiens: 
Dieu ne permettant iamais à vn mary 



Reprtqm re~ 
marqmble 
âelapyOmf 
fou indien 9 

Inàkn ,f <j;--' 
euiterlci oP 
càftQsdfé ftità 



Maumh i 
xemple dis 

François c&y 
bienrprehîdi* 

ckible enî?c: : 



». 






Commt la- 
fy Otxijfo 



HiftJeUMifi.JiesPP. Capucins 
de tuer fa femme d authontë prï- 
uée , fans péché mortel : Et de fait 
lapy Ouajjou reconneut aucunement 
fa faute. Ce neft pas (dit-il) que le 
ne confeffe auoir failly : carie cUuoîs 
en aduertir les' Chefs, & remettre à 
Veconwtjiso Eux la punition : Mais pour cette 
^î" faute U tes Chefs me voudroient- 
do», ils bien dégrader de ma charge de Prin- 

cipal & de la cafaque qu'ils mont don* 
née? Moy qui depuis trente ans 3 nay 
iamaisfait que conferuer les François 
pardeça, & maintenir par mon coura- 
ge & mon éloquence > les Indiens en 
cette Ifle,à fin qu'ils n abandonnaffenc 
point le Pays, comme ils enflent fait 
fans moy ? pour la crainte qu'ils ont des 
Pevo ? Il me femble quecesconfidera- 
tions 5 auec tant de batailles où ie me 
fuis fîgnalé^deuroientraefaire pardon, 
ner. Sinon qtfon m'ofte la vie 5 pluftoft 
que de m'ofterrhonneur.Iamaisien'ay 
receu affront de perfonne , & ayme 
mieux mourir que d'en receuoir. Que 
fîl'onme pardonne, le m'en vay pins 
que iaraais embraffer le feruice des 
François; &repareray la faute que i'ay 



entlJlcdeMarAgnatK ij6 

faite. Et s'il ne faut pas craindre que ma 
faute feruc d'exemple à d autres Indies, 
pourfairele me(me:carieprotefteque 
iyroistuermoymefme^ilm'eftoitloi- 
fîble, celuy qui vôudroit faire lefeni- 
blablcàl'aduenir. 

A c h e y a n t ces paroles, ils regarda 
Pir* lut**) &luy dit/Tu aauois que faire 
d'amener icy tant de gens. L'autre luy 
repliqua:Ic me porteray toufiours pour 
les François, contre qui quefe foit, & 
où ils me voudroient employer. 

S vu cela le fieur des- Vaux &CMîgan 
dirent au Sieur de Rafilly queles rai« 
fons de IapyOuaJfou eftoient fort con- 
fiderables$ & néanmoins qu'il fefoub- 
mettoit fort à tout eequeiô vôudroit. 
Là defïus ledit Sieur fortit de la cham- 
bre auec tous les François, pour en- 
tendre plus particulièrement les rai- 
fons dudit Iapy OmJJou , &: aduifer fur 

1CC " eS * Commala» 

Ay ant donc prins aduis des Princi- fittpardo»* 
paux qui eftoient auec luy, Ijfutarrc- j^}^^ 
fié qu'on pardonneroit audit Japy Ouaf- forfait. 
fouj&c à fon Fils , pour plufieurs im- 
portantes raifons : touresfois qu'il fal- 
loir pour luy faire trouuer bon le par- 



■<■ 






Hifl.de la Mtfi des PPXdpucrhf ' 
don, qu'il intercédait lcP*y, à fin qu'il 
îuy cuft l'obligation du pardon .> corn» 
meauflî pour donner toujours d'auan- 
tage de croyance aux P&y» 

L e dit Upy omjjou^ pria donc in- 
frammeptle P*tj, de vouloir impetrer 
ûorracc enuers le Sieur de RafiHy: ce 
qu'il fit en prefence des François & In- 
diens qui eftoientlà,-&lu'y fut donnée, 
dont ledit iapyOmffo» receutvn indici- 
ble contentement 5 comme auffi toute 
fa Famille D laquelle efioit là en vne 
crainte très-grande. 
Cela fait" le Sieur de P^afilly fe reti- 
^TÎC rà,& enuoya le fleur des Vaux à Carnau* 
« c ^^^ e ^/a; pour aller reprendre èc tancer Mdr* 
ffrijchê^ cqyaperop) de ce que Ton auoit apporté 
hty qixiqn quelque membre du corps de cette té- 
' ^me 5 dedansfa!oge^enpunitiôdequoy 
"* on !uy ofta les Frânçois.qui eftoient les 
fleurs de Saunay- & Chauagnes, qu'il 
auoit pour ces hoftes; ce qui Iuy futvn 
grandaftronr. On les enuoya à Ourapira 
auecies deux Principaux de la, qui fe 
frouuerentchcz' Piraluuœ & quieftorée 
Tenusaa mâdemét du Sieur de Rafîlly, 
cotre HpyOM$Q& Voila ce que l'ay pëfé 

eftrc 



Pu'Hltl 



cette fëmm 



en lljte de MdYAgndn, lyf 

le plus remarquable de ce qui eft de 
Noftre Voyage iufques à prefent- 




DESCR1TT10N DE 

tljle de /Aardgnarf. 

€hap. XXXI. 

Vant que nous parlions 
des mœurs de Ces Peuples 
de Marœgnan & Pais eir- 
conûôïïmS;, fay creù qu'il 
feroit à propos de faire premièrement 
vne description de ladite Ifle, d'autant 
que les Géographes qui deferiuent le 
Brefii n'en font aucune mention. Seu- tiô mm <u 
lement Ils parlent d'vn fleuue, qu'ilsJ^S^I 
appellent Muragnon, lequel ne le trou-^,g r <ffi: — 
ue aucunement en tout ce PaïTJ fi ce 
n'efi: qu'ils prennent l'anfc ou la baye 
de Adawntn pour le fleûue dont ils 
parlent 5 ou qudques-vnes des nuiereS 
qui viennent le defeharger dedans la- 
dite baye. Mais il n'y auroit point de 
raifon : parce que chafque riuie.re a fon 
propre nom, comme nous dirons icy. 
Outre ce que les Indiens ne reconnoif- 

Z 



t. 



rr 



Hift. de la Mifi des PP. Capucine 

fent en leurs Païs aucun fleuue qui sapi 

pelle Maragnon; mais bien vne Ifle qu ils 

Maragnan appellent la grande Ifle de Maragnan,i 

pwrquoy \ a diftin&ion d autres p etites Ifles oui fc 

appelles la ^ * n t % l * 

ponde iji*. trotiucnt la, es enuirons. 

C e t j e Ànfe a plus de vingt-cinq 

BayedeMa. lieues de largeur en (on émbouchcure 

r4^»4» mer- de Cap en Cap 3 & quelque vingt-cinq 

^S^ ttf lieues" de diamètre en dedans terre; fi! 

tuée enuiron le milieu du Cap de la 

Tortue & femboucheute de la grai de 

riuiere des Amazones, diftant iVn de 

l'autre de quelque deux cens & vingt 

lieues du cofte de la JVter* 

Av commencement de J'erobou* 

cheurede cette grande Anfe VersTEft* 

_ pioche du Gap des arbres fecs^il y a vne 

petite Ifle qui a deux ou trois lieues de 

ijtette foin- circuit cy-deuatit appelles des François 

riflette:Et quand nous y fuîmes arri- 

uez après la benedi&ion faite, on luy 

donna en nom Tlfletrc fain&e A n n e? 

comme ilaefté dit cy-deflu$„ 

situation de A douze lieues de cette Iflette de 

ligml Ma ~ & ln ® Q Anne, en dedans TAnfe,i! y a 

vne grande Ifle appeilée la grande Ifle 

de Marajm4n y ayant bien quarante-cinq 

lieues de circuit. Cette Ifle efl à deux 






ènl'JjledeMaraonan. 178 

dcgrcz & demy d'elcuation ,au delà de 
la ligne Equinoctiale, du coftédu Pol 
Antarâique. Tout au fond de ladite Ruhss Cûm , 
Anfe il y a trois belles riuieresquivien-n»>^"\Je 
nent des terres fermes, fe defeharger vis ™Z?P». 
avis de la fufditc grande Ifle , laquelle mronnée de 
eft toute cnukonnée de la Mer, large ^JfJeL 
de cinq ou fix lieues d'vn coflé 5 deux tY0Vi hdu% 
& trois lieues d'autre , & plus ou moins «»w«.- 
en certains endroits. La première def- 
dites riuieres ducofté de FEft s'appelle 
Mounm qui a enuiron demy-quart de niûjéreie 
lieue de large à fon embouchcure,tirant 
fa fource de quarante à cinquante lieues 
delà. La fceonde qui eft au milieu $ ap- 
pelle TdbomouYoUi enuiron large à fon 
emboucheure d vue demie lieuë; Ve- 
nant ptfbr le moins de quatre ou cinq 
cens lieues de loing. Latroifîefmequi 
eft à TOueft au defloubs des autres s'ap- 
pelle M/>j,defixoU fept lieues delar- #„•„„ i e 
ge à fon emboucheure 5 ayant fon ori- an- 
gine vers le tropique de Capricor- 
ne P dont plufîeurs font venus quelque- 
fois toutaulong d'icelle^iufquesàM^- ,f iîtkm t 

o * Macaron r* 

vagnun. ^ nart \ 

Il y a vne autre riuiere nommée 
Mtracou qui fcpert dans Celle de Vmaré 

Z ï) 



Riuiere dé 
Taboïicon- 










tM'teotéf, 



Hïfl de U Mifi des PP. Capucins 

SC celle de Pinaré vient le rendre dans 

Miary à quelque foixame-dix ou quatre 

vingts lieues au deflus de fon er&bou- 

cheurc: &plus hautilyena encor vne 

Riitkrè d'o- autre nommée Oudieoup qui vient des 

boiSjS'cfpandreauffidans Miary. A rai- 

fon dequoy cette rhrîere de Miary etë 

fort grofle & meroetlleufement rapide 

à' fan emboucheuEeyComme eft celle de 

Miary §£/ Taùoucourou^quicû plus eftroite de beau- 

Tahma^ COUD àl^itc embouchetrre qu'elle n'eft 

fin rendes au railîeu>ayant deux rochers a (a iortie 

àu»r em- q U j j a renc j en t beaucoup moins large 

proche Ma- qu elkn'elt en dedans ^tellement quele 

*agn*n. fl u x & reflux de la Mer y va & reuient 

auecfort grande impetuoiïté. 

C'est ce qui fortifie la grande Ifk 

comment de Maragnan f omv chs bancs &«efcueils 

ïijiede^Ma. qui font de tous coftez, & principale- 

frnT* eJÎ - men tà rEmboucbeure de cette Anfe 5 

qui la rendent non feulement inaccefli- 

bîe a ceux qui ne font bons Pilotes 

& n ont fait le voyage plufîcurs fois 

pour auoir l'expérience du Chenal 3 

mais aufîi du tout icnpi enable 5 fi ce n eft 

auec l'intelligence de ceux qui font 

£fZ%Z C* t« JUIc-efUa Clef de tout ce 



enïljle deMaragnan. 



W 



pais s car il y a plus de quatre cens lieu es '•** 

decoftes de Mer, par où l'on ne fçau- 
roir aborder les terres fermes , ny les 
Nations qui font dedans. 

Av delàduCapdçlaTortociufqocs 
au Cap des arbres fecs , ce font tous 
bancs &efcueils, qui entrent quelque- 
fois quatre & cinq lieues & mefme îuf- *"*&<»■ 
ques àfix,fept, huiâ & dix lieues de *£f*Z 
dans la Mer:en forte que perlonne ne trcs .d,ffi c Ue j 
peut approcher la terre ny en batcau,ny «M- 
ànage,ny àpied.Cefontaum tous ta- 
bles, bancs &'. efeneils entre les deux 
Caps de la Baye de cette lfle,& fi l'on 
n'a vne très-grande expérience dedeux 
paflages feulement qui y font, il n'y a 
homme tant expert foit-il , qui sye la « 
hardielîe de s'erfpofer pour y pafier. 
C'eft ce qui relcue tant le courage des 
Mara g nans, q m(c voyans en vn tel Heu **gg 
defeurcté & les plus forts, font la guer- * wiMf - 
reà tous les autres.fans que perfonne 
ofe les attaquer- 

D'A v t k e cofté , depuis le Cap de 
Tapouytapere proche de Muragnan , lai- 
quesàla riuiere des Amazones, il y a 
tant d'Ifles au long des coftes de la 
Mer, au'il eft impoffible d'approcher 
* Z iij 



' 







jîrhres re- 
marquables 
,ê» long des 
co/les de la 
Mer vers 
Maragnan, 
qui rendent 
ïette Jfle 
merueitieufe* 
ment forte. 



^dutr.ës yai- 
fins pour eef- 
qpelles 1*1 fie 



Hift. de UMiJi. des PP. tapuam 
les terres fermes parla-, d'autant qu'ek 
les (ont toutes remplies de certains ar* 
bres qu'ils apellent rfppmturiers , qui de 
leurs branches produifeiit quantité de 
reiettons.îefquds tendans en bas, & 
touchans la terre,prenntnt racines;d ou 
il procède d'autres arbres qui montent 
en haut 5 defquels il prouient encore 
d'autres mettons en bas, qui prennent 
racine en terre comme les autres, Àrai- 
foodequoy cesarbres font fi bien en- 
trelacez,^ toutes letirs racip es telle- 
ment liées & entremeflées les vncs dans 
Jes autres, que l'on diroit que ce n'eft 
quVn feu! arbre & vne feule racine 5 par 
coûtes ces Iflcs. Et quand il n'y aurok 
autre chofe que cela, toutes les cottes 
feroient tellement inatceffîbîes qu'il n'y 
suroît Efprit qui le peut imaginer s'il 
nelevoyoit,-ny perfonne qui peut tra- 
uerfer ces rempars que Dieu & la Nav 
turc ont mis autour de ces Païs, fi cç 
n'eftoit vn pur Eiprkqui peut paflfer Se 
pénétrer toutes choies fans cftre cm- 
pefché d'aucun corps 5 ou bien vn oy- 
Cêau qui puiffe ciîeuer Cen Vol par def- 
fus* Mais Pacccz en eft encore d'autant 
plus difficile j que par jout > dans ce$ 



m ïljle de Maragnap] 180 

petites Ifles, & au defïous dz$*App*ntu- de M*r*gn$ 
£m,cenefootque vaies arables mou- ^--- 
uans, dedans lefquel's on entre îulques^,,. 
à la ceintures: le plus (ouucnt iufqucs au- 
fommet deiatefcc, où eftant vnefois 
enfoncé , il n'y a aucun mey en de s'en 
pouuoirdetraper; aoec ce que la marée 
ou flux de la Mer couure deux ibis tous 
les iours, toutes ces vafes & fables, & 
monte pardelîbs les racines de ces ^/?- 
parimriers efleuez par de (Tu s les terres en 
beaucoup de lkux D comme de hautes 
murailles.' 

S i donc quel qnVn aie defir d'en- 
trer dedans le Pays, & mettre pied fur 
les terres fermes, il faut qu'il face efhc 
<î'aborder premièrement à la grande If- 
Je de Marajrn*n } qui eft la clef & l'encrée 
duPays. Gareftât!à 5 onpcuta!lerauec 
des Canots ou petits bateaux dans les 
emboucheures des riuicres qui font au 
fondderifle; &dc!à, gaïgner les ter- 
res fermes pour aller par tout où Ton 

voudra. Dw*MT* 

Povr aborder la grande lue il n'y gesfevhfour 
a que deux entrées, IVne eft entre le ^ <* 
Cap des arbres fecs,&:l Illette faitvctc rAgmn . 
Annï, laquelle quoy qu'cllefoitbien 

Ziiij 



%, 



Hift.ieU-MiJf.dcs PP; Capucins 

eonnuëdetouslesMatelotsquionceftê 
en ce lieu; tous néanmoins n'ont point 
la hardie/Te d'entreprendre d'y condui- 
re vn nauire. Les Pilotes mcfmes les 
plus expérimentez n'en ont point l'af- 
feurance. l'en ayv eu des plus anciens, 
après en auoir fait neuf & dix fois le 

voyage, trembler quinze jours aupara- 
uantquc d*y entrer. Etpuisyeftans en- 
trez , l'on ne p eut mener les nauires plus 

loingquerifletrefainâeANN^oùl'on 
m contrainâ de les laifTer pourpren- 
dre des petites barques &«'en feruirau 
lieu de nauire, fi on defirepafler en la 
grande Ifle. 

L'avtïu entrée eftd'vn autre cofté 5 
par lequel les nauires de raille & douze 
cens tonneaux peuuent aller iufqucs 
au pied du Fort de la grande Ifle : mais 
ce chemin n'eft reconneu que depuis 

peu de temps, & eft fort difficile à trou- 
ucr. 

àfUrefi » G ' ES , T CÎ0nc niàizerie depenferque 

fruudëief lon P u "T e defloger Jes François de ce 

loger u^rd. lieu, lors quils y feront bien E ftablis : §ç 

ÏmL 1 & Σ le vouloic fa » r e croire, outre que ce& 

troprauallcr leur Courage & faire trop 

peu d'çftime de leur Valeur & Genero- 



en l'IJle de MdrAgnAn. l%% 

fitë'y fi ce n'eftvne pure malice, neft-ce 
pas témérité? & que ton en parle com- 
me les aueugles des couleurs ? Ceux qui 
ont veu la fituation de cette Ifle , & qui 
connoiffent par expérience les difïïsuk 
tez de Tes aduenuës, n'aduoiieront ia- 
mak telle proportion, laquelle ne prô- 
uientque d'vnefpnt timide. 



LES VILLAGSS Q^l 
font dans la grande Ifle de Mara- 
<rnan , auec les Noms de tous les 
baux de/dits lieux. 

Chap. XXXI L 




'A y bien voulu pour le 
contentement du Le&eur, 
après la defeription delà 
grande Ifle de Maragnan % 
mettre icy tous les Villages qui font 
dedans icelle, auec les Noms de tous 
les Principaux defdits lieux, & la figni- 
fîcation d'iceux. 

Mais en premier, il eft à remarquer 
que leurs Villages ne font pas comme 








Comment 
font faits les 
'villages des 
Indiens To* 
p'tnamba. 



Pindo dont 

hsTopinaha 
soumet leurs 
t$g<e$. 



r 

Urge»r dis 
loges desTo~' 
fmtimb*. 



Hijî. de la Mifs. des veres Capus'ms 
les noftres, ny moins comme nos villes^ 
bien bafties, environnées de remparts, 
de murailles & de foiîez, où il fe trouue* 

de beaux logis, de riches baftimens.des 
fuperbes Palais ou des Chafteaux im- 
prenables. Leurs villages qu'ils appel- 
lent Oc, où Tms en leur langage, ne font 
autre chofefinon que quatre loges fai- 
tes de'gros arty es ou pieux deibois,cou. 
uerts depuis le haut iufques au bas, de 
fueilles dePalmes qu'ils appellent«P/Woj 

dontiJyagrandeabondanceparmy]c$ 
bois & forefts, tant qu'elles en font 
prefque toutes pleines: & eftant ainfi 

mifes en œuurc, elles refîflent merucil- 
leufementàlapluye, 

C E.s loges font de vingt-fîx,& tren- 
te pieds de large, &c longues de deux, 
trois, quatre & cinq cens pas, félonie 
nombre de ceux qui y demeurent : 
eftant difpofées en forme de Cloiftre, 
c'eft à dire en carré, comme la Place 
Royale de Paris: 'tellement qu'il y a 
au milieu , vne belle grande place ; La- 
quelle auec les quatre loges ainfi or- 
données, fait vn village 5 dont les vns 
fontplus grands que les autres 5 & font 
en nombre de vingt -fepr, en toute 



m Tljle de MUYâgndn. i8i 

£cttc Ifle de Maragnan. 

I e n'y comprens pas le Fort Sainât 
Loùys , qui eft fitué en vne belle place, 
fus vnepoinâede rocher inaceeffible, 
oùlaMer bat continuellement , dont 
il a afté parlé cy devant au chapitre di- 
xiefmc : feulementicveuxfpecifîer les 
villages que nous auons trouué* arri- 
vant dans cette grahdelfle, 
w Le premier village eft à la prochaine 
pointe, où l'on met pied à terre dans 
la grande ïfle 5 venant de Tlflecte fainte 
Anne: On l'appelle Timbohu^ qui (ï~ 
gnifie la racine d'vn certain arbre 
nommé Uuue , auec laquelle ils eny- 
urent les poiffons. Dans ce village il y a 
deux Chefs ou Principaux •: l'vn s'ap- 
pelle Quarouma-OuaJJou^c eft à dire l'ar- 
bre &les branches, aueç lefquelles ils 
font les cribles À paflerlcur farine,L'au- 
tves' Appdk SouaJJou-u4kan , qui fïgnifïe 
lateftcdç biche. 

Le fécond village fe nomme Ita-pary^ 
c'eftà dire le Parc, ou lapefcherie de 
pierre, à caufe que dans, ce village il y 
a deux ou trois belles pefcheries. Il y a 
aulKdeux Principaux en ce village :1c 
premier a m nom M^^rapom , ceft à 



Situation dt? 
fort àefaintb 
Louyià M4- 
rignan. 



Les noms des 
villages de 
l'ifle de Ma- 
ragnan & 
des frincï- 
faux d'iceux 
auec leur fi. 
tttation. 





wà 



Hift. de U MîJÏ Jes PP. Capucins 
direla pierre blanche fai&e de vignots 
qu'ils mettent à leur leure.C'eft vn fore 
bon Sauuage, grand Amy des Plaçais, 
lefquels l'appellent ordinairement la 
Crabe* Le fecond/fe nomme ^uaty-on, 
qui eft à dire le Mi! noir. ^ 

Le troifîefme village eft CarmUpwp, 
qui fîgnifïc vn arbre nommé ÇarnaU 
auec les fueilles feiches. Il y a deux 
Principaux en ce lieu. Le premier* 
eft Marçoya Perop , c*eft à dire la peau 
dVn frui& nommé Morçoyaue > eftant 
amere* Le fécond eft ^éraroufouay , qui 
fîgnifc la queu ë d Vn ^n > oyfeau rou- 
ge meflé de diuerfes couleurs. 

L E quatriefme village eft Euayue.ccd 
à direla vieille eauë, ou l'eau trouble. 
Il y a auffi deux principaux, Fvn eft 
Ouyra Ouajjou pinim CVftà dirclegrand 
oyfeau de proye 3 bigarre de diuerfes 
couleurs, l'autre s'appelle Ieveuuoufou^ 
nomdVn oyfeau ainfi appelle. 

Le cinquiefme village cftlta-endaue, 
Oeftàdirela placedc pierre:le princi- 
pal te nom mc^Ouaygnon-mondeHue y qui 
fignifïelclieu où Ton prend les Cçabes 
bleues. 
L i fîxiefme village eft *Arafouy-Ieum. 



en tljlede M&Agntn. .183 

c*eftàdirc le bel oyfcau nommé *Ava- 
fouy. Le principal [enommer«»o, 
c'eft à dire la pierre morte. 

LEfeptiefme village eft nommé V'm- 
dotune, c'eft à dire le lieu de P/mfo,qui 
font les fueilles de Palmes , auec lcf- 
queltes ils couurent leurs loges, les ha- 
bitans duquel font maintenant auec 
ceux de Carnaupio : où le principal eft 
Margoya Perop , c'eft à dire la peau ame- 
re d'vn fiui<5t nommé Margcptèe. ^ 

L^ huiaiefme village appelle Om- 
^/^oo«/>fignifiela racine de Timbo. Le 
principal a en nom Ouyrapciiitan, c'eft à 
dite le Brefil. Ce perionnage eftvn 
grand guerrier qui ay me extrêmement 
les Françoise ce village eft proche de 
Iunipttran. 

Le neufiçfrae village lequel eft le 
plus grand &leplus apparentdetous> 
s'appelle Iuntparan^'cù. à dire le Iumpdf 
amer, qui eft vn fruift fort amer lors 
qu'il n'eft pas en maturité. Le princi- Ufy 0(8<î/ „ 
pal de ce lieu s'appelle lipyy-OuafJou , ou fmfrtmitr 
bien lapyoutfou.c'fz dire le petit *£•*£ 
grand oyfeau bigairé , qui elr vn des farÀn & à* 
beaux & plus rares oyieaux des Indes. JjJ'^* 
Ceftuycy eft le premier & Je- pins *""*■ 




• Hifl. de Id MijT. dès PP. Capucins 
grand Bouroumchdue non feulement de 
Ce Village, mais auilî de toute la Gran- 
de Ifle. Outre le fufdit Iapy^OuaJJhu^ii 
y a encore quatre autres Principaux 
dans Iumpcirdn, L e premier cRlacoupem^ 
ceftàdire vn Faifanr, Le fécond Tata- 
OnaffoH, e'éft à dire le grand feu. Le 
troificfme eft TecoudrfrOubomh $ qui fi- 
gnifieleflux'dcfàng. Le quatrielmeeft 
Pacquarabehu ,c'eftàdirele ventre d'vn 
Pac plein d'eau ë; 

Le dixiefme village fe nomme To- 
roiépcef>,cc(ï\à dire fe chauffer : il y a 
deux Principaux dans ce village. Le 
premier fe nomme Pira-IuuA y ccttà di- 
re le bras de Poiflbn. Le fécond *Au&« 
faam 3 fignifiant l'homme qui ne fçait 
paffer. 

L'y n z I E s M E Village cRlanouarem, 
c'eft à dite le chien puant* Il y a deux 
Principaux dans ce village. Le premier 
eft Ouroubou-topan 5 qui veut dire le 
Corbeau enflé. Lefecond eft Taycouiou^ 
qui eft le nom d'vn petit oyfeau. 

Le douziefmc village eft ouarupiran^ 
è'eftà dire le terrier rouge. Le Princi- 
pal s appelle ItapoucoufMtC'c&à dire les 
fers qu'on métaux pieds* 



enFlfledeMaragnan. 184 

Le treiztcfme village le nomme Cqy- 
ieupj c'eft à dire vne courge qui ftrt dé 
VaifTclle. Il y a deux ^Principaux en|cc 
lieu. Le premier cùMoutm^ c'eft à dire 
laraffade blancKe. Le fécond (qui eft 
fon Frère) s'appelle Ouyrœ-eJJa Ouajfoié 3 
qui fignifïe l'oeil du grand oyfeau. 

Lequatorziefme village eft EuJJk- 
cuap) c'eft à dire le lieu où on mange les 
Crabes, qui eft l'vn des plus grands y il- 
iagesdel'lfle; dans lequel il y a quatre 
Principaux. Le premier eft Tatou Ouafi 
foH) c*eft à dire le grand Tatou. Le fé- 
cond éft Cords OuaJJôUi c'eft à dire le 
grand CoU, autrement il s'appelle Mrfo- 
ttdry*Oudffon 7 qui eft le nom d'vn grand 
oyfeau blanc. Le troifiefmc eft TdydJJou, 
ceftàdirelefanglicr. Lequatnefmeeft 
Tdpyyre-emrt , c'eft à dire la felïe de va- 
che. 

Lequinziefme village s'appelle M^- 
racana fifip^ qui (ignifie le grand Oy- 
feau nommé Maracana : il y a trois Prin- 
cipaux. Le premier eft Tcrere , c'eft à 
dire le nom. Le fécond eft lAiourouO- 
#^00, c'eft à dire le grand Perroquet, 
Lecroifîefme eft OHara-tuhouyh 2 qui É- 
gnifie l'oy feau bieud, 



Uiftjë là MiJ?. des PP. Capucins 

Le feiziefme village eft TaperôuJJb^ 
c'eft à dire le grand vieil village. L* 
principal fe nomme Quatùare-OuJJou^ 
la grande lettre» 

LEdix-feptiefmevrllageeft Torooupé 
lebrcuuage. Il y a deux principaux en 
celieu. Le premier fc nomme Ouir<t* 
pappeud, Ceftà dire Parc plat. Le fé- 
cond eft Caraouœtœ ottare 3 le mangeur 
de Caraoudta. 

Le dix-hui<5tiefme eft ^^eteuue 5 la 
place des poiflbns. Le Principal fe 
nomme Tupoy oujfou , c'jeft à dire l'ef- 
charpe en laquelleles femmes portent 
leurs enfans au goL 

LEdixncufîefmc eft Cdrdna-vue , qui 
fignifîe l'arbre de Palme. Le principal 
fc nomme Boyy la petite coleuure* 

LEvingticfme village eft leuiree , que 
les François appellent Ymrtt , c'eft à 
dire les feffcs cfguifees. Le principal fe 
nomme Canoua-OuaJJou, qui ftgnifîe la 
teinture. 

Le vingt & vniefme eft Eum ou, c'eft 
à dire la bonne eauë. Le principal fe 
nome Ianonare-auèïé > qui fignifîe l'On- 
ce fauuagc ou le grand chien.Ccft auffi 
vn très bon Indien/ort grand amy des 
François* Le 



m rijîe de Marajwan j gj 

Le vingc-deuxiefme eft J»/e le 
peti^oùily a deuxPrincipauxXe pre- 
mier fc nomme Canoua-miry^c'eïï à dire 
la petite teinture. Le fécond s'appelle 
EuuMOHmtin^ qui fignifîe vn frui&piç. 
quant* 

Le vingt- troifiefme eft OuYy-omffo^ 
eupé , c'cftkdirele lieu où font les M<*- 
chornns, poifïbns ainfi nommez, Le 
Principalle nomme ^4mkow-Oudjfou> 
c'eft le nom d'vne efpcce de cenille 5 
longue enuiron dvnpicdo 
Le vingç^quatfiefiiie eft Mayoue y nom 
de certaines fueilles d^arbres quifone 
fort longues & larges. Il y a deuxPria- 
çipaux en c« village. Lepretnier eft la- 
çouparm , c'eft à dire le Paifan crochu. 
Le fécond eft laoumtin ? c'eft à.dlre le 
chien blanCo 

Le vingt-cinquiefme cftPàcouvy -ewe ? 
qui fignifielarbre de Pœcoury. Le Prin- 
cipal fe nomme Taiapomn % c i c(i à dire 
vnegroffe racine. 

Le vingt- fixiefme eft Euapœr,ç'cÛà 
dire l'eau ë crochue. Le Principal fg 
homme T(^$y-Ouffoù y qui fignifîe lé 
grand poulailler. 

Le vingt-iepneime?i!Iageîcno&^ 



I 



Hifl. de la Mifs. des PP. Capucins 
mçMeurouty.euue, le bafton,ou bien 
l'arbre d c Palm e. Le Principal fe nom- 
me Conronron- Ouajjou , c'eft à dire le 
grand ronfleur. Voila tous les Prin- 
cipaux Villages de cette Ifle, habitez 
parles Indiens, eftans en nombre de 
deux à trois cens en aucuns villages, 
ftux autres cinq ou fix cens^en d'autres 
quelquefois plus , quelquefois moins, 
tât qu'en toute cette Ifle il y peut auoir 
quelque dix ou douze milles Ames. 

LES TRINCIPJVXVILL^- 
ges deTapouytapere. 

Chap.XXXIIL 



• ^^ 




APOVYTAPERE eft 
vne autre demeure ^In- 
diens Topm£ba y luth terre 
ferme.proche de la grade 
Ifle deMdragnan y àu cofté 
del'Ouefbonladefcouurefacilcmcnt 
dufortdefain&Louys^n'efbntcflon- 
gnéequede trois ou quatre lieues de 
mer qui cft entre deux.Ceneft pasvne 
Islc corne Maragtu», d'autât qu'elle efi 



en liste de Mdragnan. 1 i 8 6 

continente à la Terre ferme , & qu'elle 
n'eft pas toufiours toute enuironnée 
d'eauë. Elle a bien la Mer du cofte de 
iAaragnan, qui bat continuellemét tout 
contre : Et quand la Mer monte haut, 
cllerenuironne tout au tour: mais en- 
flant retirée il n'y a plus d'eau, finon du 
coftê ("ufdit : ce'neft que terre ferme ou 
fable qu'on pafTeàpiedfec. 

Le commencement de cette terre, 
fait le Cap de la Baye de Maragnan, du 
coftè de l'Oucft, que nous appcllonsjc 
Cap dcT apouytapere, & continue fer* 
uant de riuage& de codes iufquesau 
fond de ladite Anfe vers Mïragnan* 
ToutcePaysde Tapouytapcreriefkpas 
fort comme Maragnm : mais il cftplus 
agréable, plus riche & abondant. Il y 
a dans ce lieu quinze ou vingt villages, 
defquels ie remarqueray icy les plus 
célèbres & meilleursauec les noms des 
Principaux ou Chefs, & leurafignifi- 
cations. 

Le plus célèbre, & le premier villa- «Z^TâT 
gedccclieuVappelleT^o^^^e ,qui Tap^tafe- 
cft autfi le nom de toute la Prouince, "*£*£*• 
fignifiant la vieille demeure des Ta- a»x *»ecia 
poms on long cheucux» En ce lieu il y a fip*fi Mi ™\ 

w * * de Uhrs nef* 

Aa î) 



flm ctUlte 










Wtji. de laMîjî dïsPP+Capucms 
deux chefs. Le premier fc nomme ^f« 
umion , c'eft à dire le Mil noir. Le fé- 
cond s'appelle Cay-OuaJJou, qui fîgni- 
fie la grande tttônne j-oti grande gue- 
non> 

Le fécond village eft Sery ieti > c'eft à 
dire la Crabe p latte, qui eft vne efpece 
d'efereuice de Mer- Il y a deux Princi- 
paux en-ce litu: 1 vn s'appelle ^érarucu^ 
ceftàditeîa petite Crabe. Le fécond 
eft Outra- eûhoùcùu^ le long arbre. 

Le troifiefme s'appelle le ncupa~eupé<> 
c eft à divete Itwtpap. Il y a deux Prin- 
cipaux. Le premier fenoriime encore 
X>uiYd-cuhotwotivht fécond Sbuiffou* Caé 9 
c'eft à dire la biche boueannée. 

Le quâîiiefmc eft Meureutieupê, c'eft 
à dire l'arbre de Palme. L e Principalfë 
hommcCaoum'agou€,ccll à dire la moi- 
tié du vin. 

. Le cinquiefme village eft Caagouire 7 
qui ti^ntRc l'ombre dés arbres .Ilya 
cleux Principaux eh ce licu.Le premier 
fenomme Serouéué^ c'eft à dire vn oy- 
f eau qui emporte fon petit en l'Air. Le 
fécond Rappelle ^uâttion. 

Le fixiefme eft Pmdotuué, c'eft à dire 
le pkee des Pxndo. Le Principal fe 



en lljk deMaragmn* 187 

#çptimcRouronbeuHç 9 qui fignific vn ar- 
bre picquant. 

Le fepcictfnre s'appelle ^roueupe^Ccfo 
àdirehpjaee desÇrapaux, Le Prin- 
cipal fe nomme Ouyrayue'Ouffou^m fî* 
gmfie le vieil oyleau. 

Le huiétiefme eft Tapouy-tmngue, 
qui veut dire le long cheveux fec. Le 
Principal s'appelle lu-ongoM , qui fi~ 
gnifîe le mortier de pierre. 

Le neufiefme fe nomme Kugare lé 
qwtaue, cc& à direlelieu D oîion tire les 
Canots. Le Principal fe nomme Ouytm 
ç'eft à dire la farine blanchç. 

Le dixiefme eft Orobouùn eugouaue, 
c eft à dire le lieu ou le Corbeau va 
boire* LePrincipal s'appelle^ro^jf/o^ 

çaé, qui fîgmfîe la biche boucannée. 

Il y a plus d'habica ns à chacun de£ 
dits villages , qif il n y a à ceux de k 
grande lue de Ûaragna», 



• 




Aa iij 




Les plus cé- 
lèbres villa* 
ges de Corn- 
ma& la nos 
des Prtnei- 
fattxd'tceux 
avec Uhy fi- 
gntficaùon, , 




Hifl. de U MiJS. des PP. Capucins 

LESPRINCIT^FXVILL^- 

ges de (omma. 

Chap.XXXIV 

V delà de TApouytapeye;ti- 
rantversl'Oueft,i!fetreu- 
ue vne riuierc appellée la 
_ riuierc de Commet. Es enui- 
ronsdelaquellele Pays eft tres-bcau, 
tres-agreabie, & beaucoup plus fertil 
&abondancquelagrandc Islc dcMa- 
vctgnm. ^uffi eft elle habirèede plu- 
sieurs Indiens de la mcfme nation que 
ceux de la grande Islc & de Tapouyta- 
/w<?jfaifant quelques quinze ou vingt 
villages, dont voicy les noms au moins 
des plus célèbres auec les noms des 
Chefs ou Principaux d'iceux. 

Le premiers: principal village s'ap- 
pelle Commet: qm eft auflî le nom delà 
Riuierc & du Pays, Cgnifiant la place 
pourpefcherlepoiflbn. Le Principal 
s'appelle Itaoc-miry , c'eft à dire la petite 
maifon de pierre. 



en rish deMdrdgmn. 1 8 8 

Le fécond village fe nomme Ianout- 

couare,ccft à dire le trou du chien. Le 

x PrincipalfenommeMrfjcta«^qui eft 

]c nom dVn arbre. 

Le troifiefme s'appelle T<tu<tpiap y c eft 
à dire le village caché. Le Principal fe 
nomme Caoua e > qui fignifie le buucur 
devin. 

Le quatriefme s'appelle Couy-Ieup y 
qui fignifie la courgeaccommodee.Lc 
Principal fe nomme IngArebouy, ectti 
dire le chantre bleu. 

Le cinquicfme s appelle Arouypè y 
c'eftà dircreftang d'eauë.En ce village 
il y a deuxPrincipaux.Le premier s'ap- 
pelle Tamandouy y qui fignifie l'Elephât. 
Le fécond fe nomme loura eute-Ouaf- 
fou, c'eft à dire les grands battons d'vn 
dreffoir. 

Le fixicfme village fe nomracr^«o- 
uxioy ç'cftàdircle trui&noir. Le Prin- 
cipal fc nomme Maracapou , qui fignifie 
le fon d'vnc fonnette. 
Lefcpticfme eft Pacouripanarn^uivcut 
dire les fucilles de Pacoury. Le Principal 
S'appelle Caydeuue^ qui eft lefruift dvn 
arbre ainfi nommé. 

Le huiâiefmc s'appelle ^touayeuue, 
Aa iiij 












Tayt 



Mifl. de la Mifi. des PP. Capucins 
c'eft à dire l'arbre d as l'eau c. Le Princi- 
pal eft Toucoma OuaJJou , nad'vn fruicl, 
Le neufietoe fe nomme Matcan, 
c'eft à dire la tefte de quelque chofe. 
te Principal c'eft Ouyrapar-Ouj]oit , qui 
%nifîelegran;dAtc. 

Le dixieime eft Couremaeta, c'eft à 

dire la riuiere des Cou.emans qui eft 

le nom dei'eotrée delà julditerimeré 

écComma. Le Principal t'a Bobureapar^ 

^ qui fignificlarafade crochue. 

& f im p eu - qui lignifie I arbre de i pyfcau.Le prin. 
£2»*"S- Ci . paIfe nomme OmHromnnn, c'eft à 

Tous ces villages font beaucoup 
plus peuplez que ne font ceux de la 
grande Ifle de Maragnm. Et comme 
, les habitans diceûx font alliez & amis 
des Indiens de ' T<tpï>uytapcrf & de la 
grande Ifle, eftant de meime nation, 
ainfi font ils confederez par enfembie 
pour faire la guerre à toutes les autres 
nations qui leur font ennemies. 

Depuis CoTww^iufques à C4?tff,(qui 
eftpxoche delà grande riuiere dcPara, 
d& l'Queft, diftant de la grande Isle de 
MdmgnMs cnuiron de quatre vingts 
lïfuës ou plus) il ya encores beaucoup 



enl'jsledeMaragndn. 189 

àc villages d'Indiens Tojpinam&b 5 qui 
habitent fur la terre ferme le long des 
nuieres&dela Jvîer. 

Cayeteauiïi eft vnè demeure àçTopi- Grm ^ e ^ 
nambd.où il y a quelquevingc ou vingts due des iù 
quatrevillagesfortpeopkz/Ilsdifent^^- 
qu'au delà de lariuieredes Amazones, 
il s'y trouue encore plufieirïs villages 
remplis deccs Indiens qui font de cet- 
te m efene nation que ceux de la gran- 
de Islc de M*iramxn,dc7*pouyù*pere & 
de Comm*> & pademjrn.eftne langue D vb 
uans tous en meime façon, & auec les- 
quels les François vont & trafiquent 
(curement pour cftre amis & alliez a- 
uec ceux de M^rctgnm , Se autres de 
leurs fcmblables. 

Les autres terres & contrées des en- DherfesN* 
uirôns font meslangees; car les vnes^ 
1 font habitées desT^o^iesautresdes 
fabaiares ,d autres des Tremdmbe^ ou 
errans ça 5? là, les autres en fin de Paca- , 
tares, de ïowdp?upiare$,d*0>HyAn&ns 3 d*~d- 
racouys, fe de plufieurs autres Nations 
diuerfes qui habitent par tout ce Pays: 
lequel extrêmement agréable àraifon 
de la tem perature, de la bonté, & de la 

• beauté d'iccluy, félon queion pourra 

* voir es chapitres fuiuans. 




durs du $o. 
leil régulier 
Çtirregidier. 





Hiji. delà Mtfi.desPP. Capucins 

DELA TSMPEKJTFKE 

du Brejîl, & particulièrement de 
il/le de Maragnan. 

Chap. XXXV. 

Ie Nqucle Soleil face fon 
cours diurnal regulicr- 
mepten ving-quatre heu- 
res 3 parlerap du premier 
Mobile: neantmoins ayant 
continuellement fon mouueracnt en 
fon Ornière du Zodiaque; félon que le 
Zodiaque eft oblique, ainfî a-il fon pro- 
pre cours 3 fon Orient & fdn Occident 
variable& irregulier.tantoft d vn cofté, 
tantoft de l'autre , tanroft bas Sç tantoft 
luut, quelquefois au delà de la Ligne 
vers le Pôle Antartique , quelquefois 
dcffbubs la Ligne, puis après en deçà 
Borriesd^ V crs noftre Pôle Artique , demeurant 

Soleil qui sot it V * 

UsdJxTr- perpétuellement entrefes bornes natu- 

Fî»a. relies des deux Tropiques fans iamais 

les outre-paflfer aucunement. 

E t d'autant que les Phifîcicns & * 



en l'ijlc de Maragna n. 190 

Naturaliftes ont toufiours tenu pour £> *'*/»•*- 

, ; à ment latent* 

confiant que la. température ou intem - ptrat „ €0tà 
perie des Régions prouient, principale wtemfètie 
mcntdesdiuersafpe&sdu Soleil^ 
les Climats font diuers, félon la diuerfî- 
té des parties CœleiUs plus ou moins 
eïloignees des aduenuës d'iccluy : Ils 
ont diftingué la Sphère Elémentaire en 
autantde parties, queles Affronomes 
ont diuife celle des Cieux 5 chafque par- comment 
lie delà SphercElcmëtaire,fy^ 
à la température delà partie Cœlefte à ° n n y mtem^ 
laquelle elle correfpond. Non que les «« 
Cieux ayent aucune température ou 
intemperature , veu que ce font des 
corps Amples, exempts de toutes qua- 
lités Elementaire$:mais parce que (ouz 
Tafpcâ: de, chacune defdites parties 
Cceleftes , la Région eft tempérée ou 
ihtemperec , on leur attribue auffi ces 
mefmesqualitez. 

I l y a donc cinq ditierfes Régions z*lphm 
en cefte Sphère Elementaire,commeil Elémentaire 

• 1 r» i_ 1 r»:i.sw ditùfeeen 

y a cinq parties en la Sphère des Cieux, ^ Zones 
diuifez par les quatre principaux Ccr- correfponda. 
clesparallelles, fçauoireftpac les deux -— »î 
Tropiques & parles deux Cercles Po» suèdes 
laircs: entre lefquels chacune defdites ciet >** 



liages. 



M/fî. de U Mïfî. des PP. Capucms 
parties eftant large en forme d\n ceint 

f^7' tout ai W de h S P^ ■ les Aftrono^ 
armées. m£$ les appellent #»V* $ Zones, ceft à 
dire ceintures, comhie J £ $ Géographes 
appellent les cinq parties de la terre PU. 
gds Piagçs , prena^ineanrmoins ce mot 
de zone, auffi bien pour chacune débi- 
tes parties delà ççrçç, comme pour ceL 
lesdesCicux, 

^ I>£CescinqZones,iîyenadeuxque; 
Ton appelle tempérées^ les trois autres I l 
zones, ttm intemperees. Les deux tempérées ionc 
depuis les deux Cercles Polaires, iuf- 
qu aux deux Tropiques 5 eftant xnefle es 
& du chaud & du froid. 

Temperiem^uc dédit mixtdcnmfngore 
fl*rnwa. 
Les autres font mtemperees 5 ou pour 
le froid exceflif ", comme eft la Zone 
Auftrale& la Septentrionale, 
Nix tenet dit a duas. 
Ou pour l'extrême chaleur du Soleil, 
comme eft la Zone torride. 
.-.-». — „. .-,..^,„.. coruÇco 

Semperfole rubens, & tonida femper ab 
igné ejle 
Car puis que la chaleur procède prin- 
cipalement de la reuerberatioa des 



l. Metnm, 



Zones inte- 
P ère es. 



î. G cor g. 



en Tljle de MiYâgnœn. 19 1 

irayons du Soleil , il s'enfuit que la cha- _ , 
leur elt d autant plus grande , que la re- f r m ^aU 
uerberation eft violente j & que lare- attachaient 

bot 1 • 1 ot * froideur 

eracion ett d'autant plus violcntc,^;^ 

^jqueles rayons du Soleil donnent per- 

pendieuîâ rement j puis queles rayons 

perpenjiGulaicesiontla|)ius grande te- 

uerberation, 

D'ov vient qu'aux deux Zones Po- 

claires, il n'y aqu'vn tres-rigide froid* 

^perpétuelles glaces & neiges 5 temps 
trifte & obteur , fans aucune chaleur: 
parce que les rayons dû Soleil eftant 
feulement parallclles â 1* fuperficie de 
ces deux régions, ilny peutauoiraucu- 
nereuerberation d'iceufc 5 coiïimeily.â 
aux deux Zones tempérées , â raifon 
que les traids Solaires y dardent au 
moins obliquement > & font d'autant 
plus chaudes , qu'elles approchent des 
deux Tropiques, &au droi&afpe&de 
Getœildervniuers. 

O r le -Soleil fe promenant conti- 
nuellement parmy cefte Zone torride, 
depuis vn Tropique iufqu'à l'autre^ 
comme en fa perpétuelle demeure Se ' 
magnifique Palais, il regarde tellement 






ttift.de U MiJ?. desVP. Capucins 
fesfubie&s d'vn œil droicl: à pleine fa- 
ce, que festraids & rayons eftans per- 
pendiculaires,orthogônes,& aplomb, 
la reuerberarion , & par confequent fa 
chaleur y doitefîrefi grande, que plu-- 
ficurs graues Autheurs de tout temps 
ont penfé , comme encore à prefent 

plufieursPcrfonnagcsfîgnalezeftimét 
que, 

Non efthabitubilis */?», 
les chaleurs eftans extrêmes , l'on n'y^l 
peuthabiterquebien difficilement. ' 
■ MAisparia grâce de nofttc Sei- 
làittabh gneur, nous auons veu le contraire en 
«nmetetl'Illc de Maragta» & terres adjacentes 
duBre/il , laquelle eft pfcciiemcnc 
foubs la ZoneTorride à deux degrez 
& demy ou enuiron delà ligne Equi- 
noâiale, du cofté de Capricorne. Où â 
la vetitè (le Soleil paflant deux fois 
pat lcurZenit) fa chaleur feroit infup- 
portable, n'eftoit l'ineffable Prouiden- 

Siïif CC dc CC §rand Dieu c I ui attrcm pe & 
rabu 17r tem P cre cefte ardeur par des moyens 
tjmp,rat» rt dont les vïis particulièrement font 
«Mrtf/. i, ien merueilleux. Et fi tant eft que la 
bonne température d'vnc Rcgion-ou 



ride n eft pas 



en tljle de Maragnan. 19 % 

Climat 3 neconfifte ou ne dépend que Enqmy 
d'vnepureté & modération de Pair, ie ""fifl'ï 
n eitime pas ( ce qui poutroit femblcr retire fan 
vnparadoxeà aucuns^ )qu'ilyayeliei* /Re g*°»- 
plus tempéré & plus délicieux que ce 
pays là. 

Premièrement ilncfcpeutdc- z*p»retide 
firer vn air plus beau *& plus ferain qu'il *££%& 
y a ordinairement Les Eléments font #W^i« 
naturellement purs & nets* S'ils font^ nu 
corrompus , ce n eft pas d'eux meCmes^ 
c'eft par accident, & faut que l'impureté 
& corruption vienne d'ailleurs. Mais 
qu'eft-ce qui peut dauantage czukz L*&ifis 
raltcration,rimpuretè & corruption de ^""{'"^ 
lair, que la contrariété des quatre qua- «m/J»»* 
Iitczpremieres,chaud,froid,fec, 5c hu- 
mide, & le meflange de diuers metheo- 
res,ou mauuaifes exhalations des corps 
infe&ez? 

C e pays là eft exempt de toutes con» 
trarietez extrêmes de ces premières 
qualitez. Le froid n'y cftiamais fimm 
en vne tres-grandc température auec le 
chaud$ &lafeichcreireny manque de 
conucnables arroufements. Vous n y 
voye£ point de frimats, ny tant/de vi- 




Vet* de ton 
nerm de- 
mr$ Mara» 
gnan* 



, ; ^ Mi(l de ta Mifî. des PP. Capucins 
îains brouillards coinmeicy, & n'aueg 
fubieét d y boucher le nez pour quel» 
que infcâion de fçrain. Vous n y en- 
tendes iaîHàis fijfBertant d'efpeces de 
vents,ny les grandes tempèftes & bour» 
talques qui bouleuerfènt icy les El e-? 
.■foents, brotiillenticCiel, k ïembient 
par leurs grondqgnents vouloir aru- 
chéries montagnes & tenuerfer les iro- 
chers : point de neige en ce pays-là 3 
point de greffes , ny à orages :fï quel- 
quefois iîy a des tonnerres ., c'eft affez 
rarement^ font neahunoms plus fré- 
quents pendant le temps des pluycSo 
purâtlesvents,ilya(buuëtdesefclaîr§ 
icfoir & la nuiâ 3 bien que le temps foit 
. ferain 5 & d'autant qu'alors l'air y eft pur 
&tempcré,iines y peutformerde nua- 
ges efpe'z : qui fai<5i que les efclairs (ont 
ordinairement fans foudre ny ton- 
ïierre. 

So -WE NTiFOTs nous voyons icy 
des mtroeilleufes imprefïions en l'aift 
lefquelles nous prefagient des , étran- 
ges tempeftes ., là terre cfhnt toute 
remplie & couuerte.de vapeurs in- 
feétes,&de fumées putrides , qu'elle 
fournit abondamment en l'air, lequel 



. 



enl'ljle de Mdûgnân. ïçj. 

eft tout corrompu & altéré cTiccux: 
ctpnt ordinairement fe forment tant L * cai *fe ds5 

i\ j» / ' j ** J ; ' • r - Météores &. 

& Içant d efpeccs de Météores nuques ^%s 3**, 
à voir pIeuuoir( comme remarquent fifirmmtm 
lç£ Phificiens)des fouris,desgrenoûil- Ufr 
jieSj des vers 5 delalaine ? dtafang , du 
Faiâ:& autres chofes effroyables. D où 
viennent, ie vous iupplie, tant de pro- 
diges en l'Air,fînpn de limpurctè tres- 
grande de la Terre & delAir?Or eft- H 
qu'il ne fe vbid ricû de tout cela au 
païsduBrefïlo , f 

1 1 ne (e peut faire attendu Fardcui: 
du Solcj^qu'il n'y aye de grades attra- 
pions de vapeurs &: d'exhalations; 
aufîi bien que par toute la Zone Tor-, 
nde: Mais cftant foubs le droiâ afped 
du Soleil, cllçs font la plus part bien 
toft confommeespar la chaleur con- 
tinuelle , TAir demeurant ordinaire- 
ment pùr&ferain corne nous voyons 
Icy es plus beaux iours d'Efté* 
:, Et puis quandleSoleilquittela^f^ 
Guyncc qui eft à TEft pour venir au jw*»tj$i.. 
Érefil qiii eft à l'Ôueft ; II trauerfe vue ,^f ^1 

âfg ëmdûûxP&ys>d où il attire dés va» f d * 

BV ' * 










Hifi. deU Mifî. des PP. Captocini 
peurs pures & nettes qui tempèrent: 
l'air merueillculemcnt. A raifon de- 
quoy cepaysduBrefileft d'autatpluS 
la Gujnee »$£ & tempéré quéia Guynee eft mal 
f>o»rq»oy eL faine ^n'e fiant ainfi attrempcc des pu- 
Ueji mai tt ç & ncîtc | va peurs. Au contraire le 
Soleil raifant fon cours d'Orient en 
Occident il pafle vn très- grand pays 
de terres.Ia plus-part feichcs & fablon-' 
neufes. 11 pafle TAfFrique 3 laquelle' 
contient toute l' Arabie heureufe, la 
Barbarie & la Guynee, kplus-paîtde 
tdus ces pais eftans repaires ordinaires 
des beftes farouches & des ferpensforc 
venimeux. 
• ^" f Es enuirons de PiËthiopie la plus 

'/»rt»if^rtfeP^tdcltituec & demers & defieuues, 
W mai où les ardeurs du Soleil font comme 
famé. jofupportables attirant de tresgrandtâ 
& tres-dangereufes vapeurSjlelquelJts 
eftàtit enfermées entre l'ardeur du So* 
leil 5 & la très grande reuerberatibn de 
fes rayons perpendiculaires fur ceflc 
terre (eiche & areneufe D ellçs corrom- 
pent & infe&cnt tellement l'air quele 
pais cft pour cela extrêmement intenv- 
peré & nialfain, fubieft à infinies ma- 



tnVlsle de Mdragntn* I '44 

îadics très peftilentieuics & conta- 
gieufes 3 tant qyc ceux quinauigentfut 
la Mcr^approchant de trop près les co- 
lles de ta Guynee, eniont ordinaire- 
ment atteints & en meurent bien fou-, 
Kent, comme il a cfte dit cy deuanté 

A v s s i n'y a-il pas en ce pays du 
B refil tant de beftes farouches ? ny tant 
de ferpens venimeux ( d'où viennent 
la plus-part des vilaines; vapeurs Sz 
dangereufes efthalations , qpi infe- 
ctent la terre & corrompent Fair* Les 
S erpens, les Crocodiles , lesCouIéu- 
urcs, les Crapaux & plufieurs autres 
n'y portent point de venin* Au con- 
traire ils y feruent de fort bonne nour- 
riture, comme il feratraittécy après. 
•Ce qui nous dcmoMré quily a vne 
très grande pureté & température de 
l'air: premièrement en ce qu'il n'eft 
corrompu ny altéré d'aucune caufe 
extérieure: fecondement en ce que la 
plus-part des beftes veneneufes que 
nous auons mefme icy,ne contraûen^ 
& ne portent aucun venin en ce pays- 

E N fécond lieu, outre que l'air eft 
^erueiikufcmenc pur en cefte région 

B b ij 



tes Croci* 
d*âe$ $ CrÀ* 
fanx & dà* 
très beftes 
feruent de 
bonne mHT~ 
tttmeàMa^ 
ragnan n'y 
portant as** 
cun venin* 



L'air exfri» 
memenfm&* 
dm au Bit* 



ragnan. 



Tiennes ad- 
mirables du 
BreftL 



de l*air de 
Maragnan, 




Hift* de IdMifîodes FP» Capucins 
filWén du Brefîl , auffi eft-il extrêmement 
l'ijiedeMa- moc {e r é. Premièrement par les fraiP 
chesdela Mer qui enuirônent <*e Païs 
lequel eft enrichy d'vne infinité de bel 
lés fontaines 3 riuiere$& fleuues fî ad- 
mirables , qu'il y en a tels qui ont cinq; 
cens 3 huiét cens , miilc lieu es &r plus 
de long 5 & de largeur, fix, dix > vingt, 
trente^ quarante, foixtnte & quatre- 
twAUsdeia vingts lieues en plulicur.s cndroids^ 
modération Jefqu els arroufen t la terre dvile part Se 
d'autre : fafraifchiiïènt les animaux^ 
modèrent l'air par leurs pures vapeurs 
& attrempent eftrangemenc l'ardeur 
du Soleil durantle iour. 

E n après le Soleil fc couchant pres- 
que toufiours à Angles droi&s ou peu 
comme les obliques, comme cftant en Ta Sphère 
nmttifint droitte^ vous n'y voyez prefque point 

aMaragna, . t v > J _ > J ^ * 

&/iescre~ ains coûta couple Soleil venant a dc- 
fMfimhs ot, faillir de deffiisvôftre Horizon. corne 

petits tours ,., i • % • i 

Àenantuso- s « toltiboit en vn grand précipice , il 
Mi ieua»t q» vous foruicntincônrinéc vne tres^pro- 
fy^etïts. £° n dc nuift. Carie Soleil roulant par 
le milieu du fond & par le plus pro- 
fond de la Terre, il eft ainfî comme s'il 
eftoit cjftrcmcmct efloigaé de ce païs, 



lÊnl'îfle de M&ngnm. 195 * 

cftantdutoutàropofice.enticremcnc 
couuert & caché au beau milieu de 
l'ombrage & opacité tres-efpaiffe ôc 
tenebreufe de cefte grande maffe du 
Giobeterreftre.ny ayant aucun de fes 
rayons <jui puiffe approcher de l'he- 
jmifpheredeçepayslà. 

Ce pendant la fraifeheur de la mer, 
desfleuues& desriuieres redoublant 
parmy laïr, les vapeurs que le Soleil 
auoit attiré pendant le iour venant à y 
refter encore après fon coucher^fi toft 
qu elles reffentent la fraifeheur tant de 
ianui&quedelaœer&de ccsfleuucs 
& riuicres , elles fe condenfent d'au- 
jtant pluftoft quelles font fubtiles 3 8c fe 
conuertiffent incontinent m très- 
grandes bi fraifehes rofcçs , qui arrou« 
fcnt& rafraifehiflent auffi toute cefte 
région 5 les nuiâs y demeurant belles, 
feraincs^agreables & delicieufes à fou* 
hait Et puis quand le Soleil vient à fe 
leuer 3 ces fraifehes rofees & toute la 
région de l'air ainfi attrempee , feruenc 
encore beaucoup à attréper& modé- 
rer les rcuerberations & ardeurs du 
Soleil» 
E t de plus? la prouidence diuine qui 












Hijl.de U Mifî. desVV. Capucins 

promise difpofc toute chofe aucc fuauité & 

admirable douceur, tempère les ardeurs du So- 
rt* X>#«#, . ., _ ^ „ . _ ^ w 

moJeranties Ie;l & toute celte région par d'autres 
ardeurs d» moyens bien merueilleux. Le Soleil 
? ri P L venant du Tropique de Capricorne 
pour monter au Tropique de Cancer. 
Lafaifindes II enudyc des pluyes toufîours deuant 
ft?X m r*> ï u y 5 q u i commencent fixfemam es ou 
farùcuhtre- epuiron D cn chafqueheu de ce pays-la, 
mmtàMa- premier qu'ilyfoit furie point verti- 
fag»4». ca j. & continuent enuiron deux mois 
& demy après qu'il a paffe fur le Zenit: 
Tellement que cespluyesdurentcn- 
uîrpn quatre mois, ou quatre mois ô£ 
dcmy.àrroufant abondamment l'air&r 
iaterreparinteruale.Cc qui tempère 
mcrueilleufement l'air & l'ardeur du 
Soleil, Scrend la terre extrêmement 
féconde. Cespluycs commencent en 
riflcdc Maragnan & Ijciux voifins en- 
viron Feurier;& continuent iufqu'^ 
fin de May, ou la my-Iuin, 
ufikt des A v con ««/c quand le S oleîl re- 
vessaupays tourne du Tropique de Cancer pour 
fyBrefii. defeendre au Capricorne^ excite des 
vents qu'on appelle Brifcs,parce qu'ils 
brirentIafuperfîçiçdelamcr,queron 
y oid bouillonner pendant la faifon de 



en rifle de Mtragntn. 1 9 <5 

«es vents , lefqucls fe leuent auec le 
Soleil , ou quand la chaleur commen- 
ce enuironles fepî ou huitt heures du 
matin: Et comme le foleil va montant 
au Méridien , les vents s'accroiffent 
tellement que le Soleil eftant en ton 
Midy, cauiant les plus grandes cha- 
leurs , alots les vents y font les plus 
grands; &encores d'autant plus vio- 
lents que le Soleil s'approche du Ze- 
nit: comme auffi ils diminuent à me- 
''fure que le Soleil fe retire & du Zenit, 
& du Midy > & fkoft qu'il eft couché, 
les vents y cèdent du tout, 

C e font là des paraflbles & euen- PoltTI}uty u 
tails nompareils que ce grand Dieu htjii du s«- 
fournit en ce pays: à la faueur defquels Jg-gfj* 
l'on y eft guarenty de l'intempérie des Mar*gn*n 
Ceux. EtdefaialehafleduSoleilne viM*# 
noircit pas tant comme il fatâ en l'JE- 
thiopie & autres HcuX femblablcs de 
l'Equinoclial , mais ie diray encore 
beaucoup moins qu'en plufîeurs ré- 
gions des Zones tempérées , où l'ar- 
deur du Soleil neft pas attrempee , ny 
modérée par tant & tant de rafraichif- 
fement, oomme elle eft auBrefil.Que 
ijvous voyez ceux de ce pays là ba- 

Bb iiij 




S 



•. 






I 



1cfmamhd y 

tant par far* 
deur dt* Se- 
leil, qnepar 
les artifices 
mntiïsv&t 




Il ny a U* 
vnaisquele 
«vent&Efton 
Qnentdl c[Ht 
fitffieatê 



Zetiïtd'Efi 
leflm teperé 

de tQHU 



Hiji. de U Miff. des PP. Capucins 

fannez ou de couleur oHuaftrc , ne 

croyez pas que cela procède tant de 

l'ardeur du Soleil , que des artifices 

dont ils vfent pour auoir ce teint Se 

cefté couleur qu'ils apperent , félon 

qu'il fera plus particulièrement déclaré 
ey après. ' - ' ' 

Qv? fi les vents (outre ce qu'ils mo- 
erent l'exccfliuc chaleur ) ont cefte 
r roprieté commune d'altérer l'air par 
leurs contrarierez ou de le tempérer 
félon leurs qualitcz; il ne peut autre- 
ment que la Région de U.nUgmn & 
lieux voifîns ne (bit continuellement 
bien tempérée, parce qu'il n'y aiamais 
d-autre vent que le venc d'Eft, ou Q- 

riental, lequel eille plus fain& le plus 
tempéré de tous. Lèvent de Nortou 
Septentrional cft froid & fec exceflï- 
Uement : Tout au contraire le vent de 
Sud ou Méridional eft fort chaud & 
humide,mais le vent d'Eft ou d'Orient 
eft fec & chaud modérément, & eft 
beaucoup plus fain & tempéré que 
îî'eft le vent d'Oeft ou d'Occident, le- 
quel cft froki & humide : Voila les 
quatre vents principaux dont tous les 
autres collatéraux font defpendans. 



enfaJledeMaragnan. J97 

Et d autant qu'ils (ont contraires 
lors qu'ils dominent en quelque Re- 
gion.ils changent,ils alterent,ils cor- 
rompent ou ils tempèrent l'air (fort 
fufccptible de toutes itlpreflions) par ai*»**™ 
ïemoycn de Icursquatttez contraires, d ^ e r J^ 
le rendat froid & incontinent chaud, ventSm 
puis après lec & aufli toft humide, 
quelquefois beau quelquefois nébu- 
leux, quelquefois fec& quelquefois 
pluuieux. Ne l'expérimentez -vous 
pas ieyen vne variété perpétuelle au 
détriment de voftrefanté? 

*A°ére non certo corporA lanjrnor hetbet. 

Au pays du Brcfil i'onnefçaitquc 
c'eft de vent Septentrional exceffif Di»erfe$qm 
en ficcitéfc froidure: l'on n'y leffent Ut ^^ 
pas de vent Méridional putride, ma-^ fc 
ladif & extrêmement corrofif : les 
ventsOccidentaux froids & humidçs 
n'y régnent nullement , ïi que iamais 
Ton n'y void aucune altération ou 
corruption ny temps fafcheux parla 
contrariété des vents, n'y ayant que le 
fcul vent d'Orient lequel modérant 
l'ardeur du iour, non feulement il fert 
pour agirer l'air à ce qu'il ne foit eftouf 
fé & corrompu parvntroplog repos., 




'Hift. de laMifi iesPP.Capuc'm$ 
mais aufïî il le purifie par fesqu alitez 
bien pures & fort tempérées. 

le fçay que plufieurs demandent 
pourquoyle Soleil venant du Capri- 
corne, caufe ofdinairement les pluyes 
fufclitesj & au contraire il excite les 

J'?/K/ Vcnts . d '° ri ^ nt ,ors qu'il retourne du 
r^rL^lT^PJqucdc Cancer? Pour fatisfaire 
c«pri mne au premier pointjil faut notter que la 
^« d *s« Merncnt& enuironne prefquc toute 
fil. la partie Occidentale, d'où le Soleil at- 

trai<a de très grandes vapeurs quand il 
eftlà au Tropique de Capricornc,par 
le moyen de fes rayons qu'il donne 
perpendiculairement fur la Mer, auec 
tant plus de force & d'ardeur, qu il eft 
lors en fon périgée, c'eft à dire en fon. 
lieu le plus proche qu'il aye du centre 
de l'Vniuers. Or d'autant que ces va- à 
peurs font pures & fimplcs,tât pluftoft * 
font elles efpeflîes & condenfées , foit 
par la froideur intrinfeque ou naturel- 
le des vapeurs, foit par les grades fraif- 
cheurs desnuidsou del'air,ou dudroit 
afped de Capricorne lequel eft froid 
& fec , d'où les pluyes pcuuent pro- 
uenir par tout ce Pays là, & continuer 



tnl y lfledeM<tri<m&n. 198 

Jors que le Soleil fait (on retour deCa- 
pricorne ; paiFant par A quarius qui eft 
chaud & humide > &c par Piices qui eft 
humide & froid,tous deux Signes fort 
pluvieux. 

Il y a plus de difficulté au fécond 
pointja caufe d^sven ts ne nous eftanc 

pas bien notaire. Si toutesfois il eft ^ifinpouTr 
ainfi ((eîon les Aftrologues) que quel yuoyii n'y a 
ques planeucs excitent les vents *^2ïoSS 
lieux où elles dominent 3 il eft bien a *srtfa. 
vray femblable que ce foit le Soleil, 
lequel retournant duSigne deCancec 
excite ces vents tempérez vers le Pays 
dq^rcfil. Quelques Aftrologucsat- venuatm 
ttibuent le vent du Nortàlupitcr, à**<\***ti* 
Mars les vcntsdu Sud , ceux d'Oueft à * 
la Lune, félon leurs diucrfesqualitcz; 
& parce quelles vents d'Orient fym- p^*^. 
bolifent aucc le Soleil en ficcué fr^jfêfè 
chaleur bien tempérée, ils l'attribuent (oîaVu$. U 
au Soleil, dont on l'appelle ^/b/rfiffl^ 
lèvent Solaire. 

Ne voyons-nous pas que le Soleil 
attire vers luy quelques fleurs, com- 
merAnncmone, & particulièrement 
l'œuillet de cette fleur nommée lafleur 
du Soleil, laquelle entre toutes les au- 













Hifl. de U Mifs. des PP. Capuoqs 
très fleurs > a cette propriété naturelle 
de fetourner toufîours vers iceluy? 
Ainfi en eft il de ce vent Solaire& du 
Soleil retournant du fîgne ^e Cancer. 
Car alors êftant du codé Hes terres, 
quand il vient à feleuer vers cette Ré- 
gion du Brefil, il échauffe & raréfie la 
terre hume&ée par ces pures & nettes 
rofécs de la nuiâ: dot il attire plufieurs 
exhalations lefqucllcs c liant chaudes, 
feiches & pures, elles ne fe peuuét for- 
mer en autre vent que ccluy d'Orient 
qui eft pareillement chaudjfec&temr 
peré : Voila pourquoy il n'y aiamais 
d'autre vent vers le Brefil. 

Et d'autant qu'au deçà du Tropi- 
que de Cancer, l'air n eft pas tant fub- 
til qu il eft au delà d'iceluy où leSoleil 
prend fa routte, à cette occafion le vet 
Solaire trouuant ce chemin là plus ra- 
réfié &:ouuert par lardeur du Soleiyi 
prend Ton cours par là,& va conti- 
nuant d'Orient en Occident à la pifte 
&fuiuantle cours d'iceluy. 

Vent us enimfit) vbi eft agttmio percitus 
aer. 
s accroiflant de plus en plus que lcS o- 
îeil montant en fonmidy > il attrait 



en ÏJfli de Màugnm; 199 

& aniâffe dauantagc d'exhalations s fi 
que vcà attirant plus fi toft qu'il cft .,. 
couché, ton n'y reffent plus de vent 
en aucune façon.On pôurroit encore 
apporter quelques raifons naturelles, 
mais elles ne font pas fi probables : &c 
pour mon: particulier ïe n'en veux 
point d'autres pour prcuûe de cette 
ifceru cille que la prouidence de ce 
grand Dieu, QmprodHcit <venio$dethé- Ja m * ï34 ° 
Jaumftïis. 

Ileftbiévrayquc ces vents Ô rien- u n ^ aqm 
faux fe forment non feulementv ers le te *'**f*iï 
Brefil, mais aufli par tous les lieux de ÇJZm* 
la Ligne Equino&iale(à laquelle plu- de, m*hn 
ficurs attribuent la caufe & l'origine £?J^£ 
de toutes les qualitez bié tempérées; €ommt a » 
Mais toutefois ils n'y font purs Shetti- *"& 
perefc pour les raifons fufdites coni- 
rpc^s (ont au Btefil. D'autrepart ce 
Païî? eftant proche de FEquino&iaUi 
participe bien alitant q^c les autres 
parties de laZone torride aux influen- 
ces des fingulieresôc admirables qua- 
litez que ce grand Dieu femble auoir 
mis en ce milieu du moitde. Aufli y 
trouuez vous lesnehefles &lcscom- 
moditez que vous trouucX es autres 







VdiTdiiî "ter. 

reftre. 



Htû. delà M{/?, des PP. Capucins 
lieux; mais vous ne trouuez pas psr 
tous les autres Heux les commodicer 
&rafraichifTemësfufdits 3 ny par con- 
séquent la pureté & la temperatureiie 
l'air qui ett telle en cette région duBrc- 
fil, queie neftimepasqu'ily ayefous 
le Cielvn Pays* plus beau, plus fain& 
plus téperé 5 fi" ce n'eft te Paradis Ter- 
reftre,que pluiieurs eftiment cftrc fous 
l'Ëq-uino&ialen Eden> à raifondela 
température d rceluy. 
Z* zonettr- A cette occafion ie diftinguerois vo- 
r ^W«"» Ion tiers la Zone torride en deux par- 

deux parties. • i» •. i r r * i . 

r tics , 1 vne intemperee ipccialement 
pour l'ardeur du S olcil 5 & l'autre ex- 
trêmement temperée 5 puifquecePays 
du Brefil qui fait partie de la Zone xot* 
ride eft le plus fain & le plus tempéré 
^ de tous, Pouucz vous trouuer en tou* 
it°Uu£fl°- tc * les parties, mefmc des deux Zones 
ratttreâuBre que nous appelions tempérées, vne 

iu^ï. P ,us bcll . e # c ê ion <ï uc France? Si 
toutesfoisvousconfiderezbien toute 
là rcuoltition de l'année, vous y trou* 
tieréz quatre faifons toutescontrairès. 
Faites eflcâion de Pvne de ces faifons 
pôtir la plus belle , où feulement ie ne 
diray pas d'vn mois^ mais d'vne fe* 



en l'IJle de Mdrajmdn. itiçf 

tîiiltit dicelle 5 qu'y trouueZ vous le 
plus fouuct qu'vne perpétuelle incon- 
stance de temps? Au Brefil & particu- 
lièrement à Maragnan & lieux voiiins 3 
vous y voyez ordinairement v ne mcf. 
me température & Vnemefme faifon. 
P'éndaifrt l'hyucf vous voyez icyla 
terre toute fterilcpuBrefil elle eft touf* 
jours fecôde& fru&ific en tout temps* 
la terre eft icy affieufcrhytrer^ toutes 
les herbes eftafttmorteS oufleftries &c 
les arbres defpoùillez& comme tous , * . ,, 
fëcs au Brcfil vous y auez continuelle ##* d f u 
verdurc,la terre y eft toufiours diaprée ^'JTïy 
de belles plantes > de diucrfes& rares f^tkdku*, 
fleurs. En finiln'yaiamaisen ce Pays ««***« 
là quvn perpétuel Printemps,accom* Ara & nan ' 
pagné de FAutomne&dVn continuel 
Eftéj & le tout auec vne telle tenipe- 
rature qu'en toutes les faifons, & en 
tous les mois de Tannée les arbres y 
portent fueilles, fleurs & fruids, kf* 
quels rendent fi bon odeur parmy 
l'air, que toutes les campagnes ne font 
autres, que 

Croceis hxUntesfloriîùs horti. 
N'expérimentez vous pas icy toutes 
icsnouuelles faifons^ diuerfes fortes 




tîifl. de U Mifi. des PP. Cdpùçim 
de maladies par ladiuerfité& incon- 
fiance des temps s Mais au Brefil vous 
y eftes ordinairement en vne très- 
Bonaedifpofition-,Car 
Temperie cœti , corpufque^animufque iu« 
uatur* 
Les hommes y viuërauffi longues an- 
nées. La terre mefme K les animaux, 
les eau es & les poiflbns/air & les oy- 
feaux, les plâcesj les fruiâs& les fleurs 
font tous autres qu'icy parla tempéra- 
ture de cette Région. 
"JimtrMe Vous a-eftes paslà cîcbîlc* pefant & 
affina des endormy comme icy durant les gran* 
corps h*- des chaleurs de TEfté. Àù contraire 
fljeZfeZ vous y eftes tout allaigreV gaillard & 
u grande tt <ji/pos , & au lieu qui v ous eftes icy fa- 
p lfl me ** àc & dégoutté par les grandes cha- 
Jcurv 5 vous eftes là en continuel appé- 
tit. Gc n eft pas qu'il y aye faute de vi- 
urcs puis que vous y en auez en très- 
grande abondahcejHUis ils font fi ex» 
celles, & Fait fi tempereVque lés corps 
cftantpareillenYétbiendifpofç^vous 
y faitesvne grande digcftion,qm font 
tous effeâè d'yne très grande tempé- 
rature de ce Pavs là» 




Ï)E 




en lljîe de Mdragndri. 2 ô I 

assenasses» easasasa 

DE LA FERTILITÉ ST 

bonté de l'ifle de Maragnan, 
& autres lieux voijins. 

Chap. XXXVI. 

A fertilité fuit & accom- 
pagne tellement la tcm-*? v ?** s ^ 
perature , qu'vn pays ne «^ 
peut eftre bon ou mau- c< "^ 
uais 5 finon entant qu'il eft 
tempéré ou inremperé. Car bien que 
tous les corps empruntent leur origi- 
ne des femenezs occultes des Elemês* 
û n'y a-il aucun d'iccux qui defoy feui 
puiffe produire quelque chofe. II eft %%£» 
necefifaire que les Etemens foictitquepatU 
tneflangez par enfemble: &parvne WMr ' w *< 
mutuelle mixtion , ils deviennent 
d'autant plus féconds qu'ils font affai- 
fonnés des qualitez premières, aues 
les influences foubsvnafpeft fauora- 
bledesCieux. 

D'ov vient que les parties Septcn* 
îrionales Se Auftrafcs - 9 font moins 
fertiles, quelles font eiloigees de 




HiJîJelaMiJ?. des PP. Capucins 
cetœil du monde, & in tempérées par 
vn froid exccflîf.Ec encore queTEthio» 
pie & l Arabie (oient foubs la région du 
Soleil, ce nonobftant la plus part eft 
deferte, par vneautre extrémité de la 
trop vehemente chaleur. 
i '"*.. >■', L'expérience nous fai<ftaflcz voir 

La dtuerfite L 

desflifitu mefmeencepays 5 (quieftlaplus belle 
canfe'bca^ partie de cefte Zone tempérée ) que 
mmZe^ Pédant l'Hyuer, l'air eft defnuéd'oy- 
féaux & la merde poiiïons, la terre eft 
inféconde & afifreufe , les arbres font 
xiefpoùilleZj & les corps extrêmement 
incommodez en mille & mille fortes 
par le froid immodéré & vn temps 
tres-fafcheux$ où durant TEfté toutes 
chofesy deffeichent par la violence de 
lardeur. 

Combien de nouuelles maladies 
voyons-nous chafque année incon- 
neuës aux plus expérimentez Méde- 
cins ? combien de contagions? com- 
bien de fterilitez de la terre ? combien 
de defautde toutes fortes de biens & 
de famines par l'intempérie dû temps 
&ladiuerfïté des faifons? Combien y 
en a il qui changent d'air & de lieu, 
pour éuiter les maladies ourecouurer 



en Vljle de Maragnan. loi 

la fantè , d'autant que l'air nous cft vtilc 
ounuifible, comme cftnoftre boire Se 
manger, félon qu'il eft ou tempéré ou 
intemperè? 

Quand le Printemps furuient,les £ * ea t , 
Eléments deuiennent fertiles par la um^m^ 
température des qualitez premières re \ 
foubs vn nouueau regard du Soleil^ les 
oyfeauxs , efiouyffent& commencent à 
multiplier de nouueau, auflï bien que 
tous les autres animaux parmy l'air 3 qui 
lors deuient plus doux & gracieux j les 
poiffbns reprennent leur vigueur es ri- 
uieres & en la mer 3 & la terre s'efehauf- 
fant, eiledeuient féconde & produit 
les herbes , les plantes & les fruids ea 
abondance : comme au/fi les corps hu- 
mains j plus gays & alaigres qu aupara- 
uant 5 renouuelcntdefang, de force & 
de (antê par la température de Tain 

N'eft-cc pasaflez pournous faire 
voir déprime face quelle eft la bonté 
& la fertilité de Tlflc de Maragmn SC 
autres lieux voifins du Brcfil : puis 
que ce pays eft d'autant plus tempéré, 
qu'il cft efloigné de toute intempérie, 
félon qu'ileft deduiâau chapitre pre- ^ 

cèdent ? Si la bonté d'vn pays va à 

Ccîj 




Mdrâgndn 
Çî lieux vol 
Jim très- a 
bon<l<xns en 
tyfeaux. 



Biji. deUMifî. desPP Capucins é 
Tertiihê&ïcgd àc h température d'iceluy : k 
bctéàe Ma- p U i s bien affeurer que comme il cft 
JXw/S 1>vn dcs P Ju$ tempérez du monde.auffi 
wifim. eft il des meilleurs & des plus féconds 
qui fe puiiïe guère' trouuer foubs le 
Ciel* 

I l ne fe peut dire combien d efpeces 
d'oy féaux il y a en cefte région là,cha« 
eunc en multitude inombrable, parce 
que Tait y efhnt continuellement 
très doux & très agréable , tous les 
oyfeaux s'y appetenc &r multiplient 
extrêmement, lepays ôdesarbresen 
font prefque tous Gouuerts. 
tes oyfeaux Toutefois il n'y en a pas vn feul 
du Brefd des me f mes efpeces que nous auons* 

tout autres Y r ^ * 

yuehsno' lis font tous différents & tout autres, 
firesmbtaustmt en beauté qu'en bonté. Vous y 

té,<& en * r • i J> r r 

honte. voyez vne innnite d oyfeaux fauua- 
ge$ 5 grands; ôr petits , plufieurs des- 
quels font appriuoifez incontinent 
quevoos lesauez prins. Vousy auez 
force oyfeaux & poulailles dornefti- 
ques, vous y trouuez grand nombre 
d'oy féaux deproyedediuerfes fortes, 
aucuns auffi cfpouuentabîes, comme 
ils font fort puiflans , dangereux &c 
dVn affneux regard. 



enFljle de Maragnan. 203 > 

Et encore que nous ayons par 
deçà beaucoup de fortes d'oyfeaux &C 
de gibier bons & excellens à manger, 
fi eit-ce qu'il nya nulle cornparaifon 
au regard de ce que IcsBrefilicns ont 
en ce pays là , foit pour la multitude &■ 
diuerfes efpcces , loir pour la beauté^ 
foitpouri , excellece&: bonté d'iceux. 
Card'autant quela température y eft U Bnfd 
grande, tous les oyieaux y prennent -"WW'** 
vne nourriture fi bonne&fi delicatte, ^ am ' 
que non feulement ils en font d'autant 
plus fertiles & mieux refaits ; mais 
auflTiilsenfontft excellens, que nous 
n auons rien de fi délicat comme ils 
ont, 

Ces t vn vray pays aux oy féaux, 
comme défait en ces quartiers làiiy a 
vnelfle appeliee Fernandde URongne-, Femanâ de 
(dont il ctt parlé au chapitre huiftief ^Suh 
me) en laquelle fe trouuent tant d oy- m<>:} f m x. 
féaux qu'on les peut gauler ( comme 
l'on dit) ainfi qu'on fai<ft les pommes 
en Normandic.Les oyfeaux mefme Sr 
volailles de France eftant par delà, pu- 

lulent dauantage &: fe portent beau- 
coup mieux qu'ils ne f croient iey, 
ayans de,s petits toutes les faifons de 

Ce ii) 





tespoijjons 
tefitytnt le 
froiiexcepif. 



Tourquey la 
fefche nefl 
fis fi bonne 
l'Hyaér 
qu'au Prin- 
temps. 



Zes taux de 
Maragnan, 
& lieux voi* 
fins très* 
abondantes 
*i*poijfons. 
meilleurs 
fu'icy. 



Hifl. de U Mi/?, des PP. Capucins 
l'année lefquels s'accroiffent fortayfe- 
ment & enbien peu de temps. 

Pour ie regard des poiflbns, cha- 
cun fçait que quand les eaux font fort 
froides, ilsnes'y appetent nullement. 
Us languiflent ou ils meurent par le 
froid exceflîf, quifai&que pendant la 
rigueur trop grade de i'HyuerJes poif- 
fons fe retirant au plus profond de la 
mer pour fe guaranrir de l'intempérie 
quièft lots deflus noftre Hemifphere, 
l'on ne peut prendre tant de poiflbns- 
&ceux que l'on prend, ne font pas fi 
bien refaits comme au Printemps lors 
que le temps cft doux. Car bien que les 
poiflbns tiennent du naturel de l'eau 
tres-froide & humide, neantmoins 
parce qu'ils ont vn corpseompofé des 
quatre EIeraents,ils appetent la tempe- 
rature de l'eau. 

C'cftpourquoy la douceur de I'aîr 
qui cft au Brefil, tempérant extreme- 
mentles eaux,la mer &les fleuues y re- 
gorgent de poiflbns de toutes parts, 
tous difFerens de ceuxque nous auons 
pardeçà. 

Ien'aypasrecogneu qu'il yen aye 



enl'IJledeMitrttgnan. 204 

defemblahles auxnoftres , (inondes i-jjjg- 
poiffonsque nous appelions îcy Mu- utatauB r t . 
Jets : il V en a à f oifon & de tees-excel- /h .ftutte 
lenscncepays la. 

Il y aencore force huiftres qu'ils Lec p ol jf on$ 
nommcnt^tellesquelesnoftces: il *£*£ 
s'entrouucauOî qui font deux fois plus ^ mbj ^ 
gran des & plus groffes que celles que „<,yîm, 
nous auoosicy & bien plus delicieufes. g**** 
L'on ne trouue pas bon en France d en g/ £«««•- 
manger durant les mois aufquels il n'y fi 5 - 
a point d'R.comme May, ïuin, Iuiller, 
& Aouft : Mais en ce pays-là, on en 
mange Scelles font très-bonnes 8c d'a- 
petic. Quclques-vnes viennent aux ro- 
chers & les autres croiffent & s'engen- 
drent aux arbres nommez ^tfantit- cu^ 51. 
tiers quifontau longdela mer, comme £lZ"Z- 
ileft dit cy deflus: ce que i'euflecreu h ra . 
difficilement , n'euft efté que l'vn des 
Indiens que nous auions amené de 
Femtnd de U Rongnt nous en apporta 
vnebranchequi en eftoittoute pleine, 
dés que nous eftions à l'Iflette fain&c 
Aune : comme du depuis nous auons 
veu Se recogneu plus particulièrement 



I' 






au pays. 



Cciiij 



'Xerttmu 



Hijî. de la Mifi. des PP. Capucins, 

' Hy a auffi des moulles qu'ils ap- 
moaUs fort pellent Xerourou , fcmblables aux no- 
dd,MUt ' ft^s & de beaucoup plus groffes, bien 
meilleures &plus délicates à manger, 
c'eft la nourriture ordinaire des In- 
diens auflï bien que les huiftres , parce 
qu'elles (ont faciles à trouuer, y en 
ayant grande abondance dedans les 
Vaz es , fur les riuages de la rn er. Voyia 
ce qu'Us ont de fcmblabics à nous. 
Au refte il feroit autant ayfé de com- 
prendre l'Occean que de particulari- 
fer toutesles efpeccs despoilTons qu'il 
y a en ce pays là, & ésriuiercs&enla 
mer. &pour n'entrer en cefteabyfmc* 
ïe me contenterayprefentement de 
remarquer en gênerai qu'ils ont là des 
poiffons trop plus cxccllens à manger 
& en beaucoup plus grand nombre & 
plus de diuerfes fortes que nous n'a- 
uons v efperant que nous pourrons 
traitfér cy deflbubs de quelques vns 
en particulier. 

! I'àdioutcray auffi qu'il y a en ce 
pays'là plûfieurs maresen diuers lieùà 
f J2^ffîm durant Je .temps de pluye 
f«3< s . cllcs *9Pt pleines d'eaux du cieloùil 
s'engendre vne infinité de petits poif- 



Vtt'm foif- 

fins fart de 
iicatsf 

s' 



en risle de Maragnan. 205 

fons qui viennent longchuiron d\n 
pied & gros à proportion, &: lorsque 
le temps des vents ardue y ces mares 
venant à f e tarir les TopinAmbaion l fort 
foigneux de prendre & ramafler tous 
ces poiflbnsjd'autant qu ils font extrê- 
mement bons & délicats à manger: S: 
encore que durant les vents il nerefte 
ne poiffons ne goutte d'eau dedans 
lefdites mares deuenant toutesfeiches 
&: taries: néanmoins quand les pluyes 
recommencent elles deuïennent aufïi 
pleines d'eau &auffi remplies de ces 
poiflons qu'au precedenr/ansque Fou 
{bit en peine de les repeupler. 

Si vous voulez faire eftat de la bon- 
té des eaux que nous auons'aucc cel- 
les de ce Pays là 5 vous n y trouuerez 
aucone comparaifon; nous en auons 
fait l'expérience qui nous a coudé 
bien cher. Car les eau es que nous a- 
uiônsportëd-icy pour nos prôuifions * 
venant à reflTcntir les premières cha- Admirable 
leurs, elles deuindrept toutes putrides \Zldlu* 
& noires :&: incontinent après chan* ragnana» 
gèrent de couleur deuenant bleues regard in 
& coufiours putrides, non fans gran- 
des incommodités, nepoutiansgue- ' 



Hifl. de h Mifi. des PP. Capucins 
relesconferuer bonnes fur la Mer, ti- 
rant vers la Ligne, que dix ou douze 
iours & enuironiufqucs aux Mes fortu- 
nées &deCanaries. 

Mais les eauës que nous prifmcs en 
lifle de Marugmn, pourlesprouifions 
denoftre retourne s alterctétaucune- 
mcnt,ny pour la Mer, ny pour les cha- 
leurs, ny fous la Ligne, ny fous le Tro- 
piquerellesdemeurcrét tres-bonnes & 
v faines l'cfpace de trois mois & plus que 
nous fufmcs fur la Mer à noftre re- 
tour. 

i Tireurs M G ' eft g r3ï > d C3S qU*™ l'Ifle de Mara- 

is fontaines £»<<»,eftant toute enuironnée de laMcr 

è7i/:"^ ous y trouuercZvne infi n»é debelles 
j^m», fontaines en leurs fources naturelles & 

tZTdeta ^ m canaux : ou Ics e ^ ucs font admira- 
££|* c " biement bonnes & douces; & fi vous 
allez en tous les pays de Holande, ou 
feulement aux cottes de la France, 
comme à fain& Malo, faind Vallery fur 
Somme, Dieppe Se autres lieux , vous 
n'y trouuerez quedes eaux falées ou pu- 
trides,fi elles ne viennent artificielle- 
ment d'ailleurs. 

Pluficurs valétudinaires recher- 
chent icy les Thermes ou les fontaines 






enïlsk deMardgnun. zo6 

médicinales pour recouurct Ieurfanté 
ou fe preferuer de plus grands incon- 
ueniens: que s'ils euflenc efte en ce 
pays des Iodes , ils ne fuiïcnc tombez 
en tant d'ftifi mitez^ù y eftant tombez 
ils ne manqueroient, comme refiime, 
de Thermes &: autres fontaines médi- 
cinales les pluSfouueraines qui fe piaf- 
fent defirer, àraifonde la température 
de ce climat. 

Maintefois en ay-jc veu dansFIfle Les eaux de 
de Maragnan^m eftant haraffésde tra-^-£^ 
uail bcuuoiettt le matin des grands y otret 
traits d'eau de fontaine par plufieurs 
fois, auant que démanger aucune cho- 
fe y dont leur eftomach ne fe reffentoit 
nullement chargerai! contraire en eftât 
plus fortifiez fe letrouuoient dautant 
plus difpofts à trauailler à la Vigae de 
Noftre S eigneur. Les eau es des fontai- 
nes fourdant mcfmes de leurs foutees 
ne font pas fi crues &: fi froides que les 
noftrcs: & d'autant qu'elles font plus 
temperées^ufli ne font elles pas fi peril- 
leufes à boire, ou pour les plcurefies, ou 
autres maladies-, bien que vous les beu : 
uiezàieun & eftant bien efchauffé* 



Jertilitêde 
la terre de 

Maragnm 
& lieux voi- 




Tourquoy ta 
terre vers 
Maragnan 
ne veut eftre 
"athmée. 



Hiiïl. de U Mifî. des PP. Capucins 
Laterreeftant là arrouieede tou«s 
coftez parle moyen des bonnescauës 
& merueilleufement tempérée par la 
douceur de 1 air, elle ne peut qu'elle ne 
foittres-fertiie comme elle eft : elle eft 
touïïours féconde fans auoir efté en 
friche nyrepofée, Scelle porte en tout 
temps fans auoir efte fumée ny amen- 
dée. Il ne vous eft befoin de parquer 
aucuns beftiaux pour l'efchauflFer^eftât 
toufîours aflfcz tempérée & alfaifou- 
née des influences desCieux: & lîvous 
n'eftes en peine de la cultiuer en la ma« 
niere qu'on la euiriue icy : tellement 
qu'il ne vous faut ny cheuaux, ny har- 
noïs 5 nyfocz,nyeharuëpourlaBlon- 
ncr: d autant que cette terre ne veut 
eftre beaucoup labourée. 

Si vous la cultiucz elle ne porte pas; 
&fi vous nelacultiucz pas elleraporte 
abondamment, le ne puis donner au- 
tre^aifokde ce Paradoxe, (mon que 
la terre citant labourée ,1a chaleur en- 
tre dedans & léchauffe& defleiche en 
Celle forte quelle brufle les graines; 
mais n'eftant pas cultiuée , l'humidité 
fecanferiie dedans. 
le trouue cette raifon bien vray-fem« 



"^HB 



mgmgmmm 







cnflsledeMdraonan* 207 

blablc , & de fait la terre^iî tellement 
attrépce parles fraifcheurs dclanuid, 
par les roiées du matin, par les riuicres 
èc fontaines 5 &r par les pluyes qui vien- 
nent en faifon, que pour femer toutes ^^/«m 
fortes de graines, il ne faut autre indu- fines de 
ftrie on inuention, que ietter ou ficher £J amsat * 
amplement vottre fcmence en terre ra&a». 
fans la belchcr auparauant 3 & dedans 
peu de temps j vous en retirez bien 
grande vfure. 

Apres que vous auez ainfï femé 
le bled deMay,quïls appellent^****»' GMnm- 
vous le recueillez au bout de deux »» l» May 
mois & derny ou trois mois:& de cha- Z^nat 
cun grain, il vous reuient quatre, cinq 
& fix tiges; à chacune tige D fix ou fept 
efpis : &c à chacun efpi , il s'y trouue 
quelque fix , fept & huift cens grains: 
Computez combien de grains pour 
vnfeulgrain.Etoù onreconnoiftd'a- 
uantage la bonté &ferdlitc admirable 
de cette terre, c'eft que vous pouuez 
femer & recueillir le May en l'abon- 
dance fufdite, trois ou quatre fois par 
anjd'oùitpeutprouenirvnprofïirin- 
dicible. Umtotàom 

Le Maniot cfuicft la racine dontiîs l ^f u 









H//?, de U Mifî. des PP. Capucins 
font le pain, vient tres-groffe: & eft 
prefteà cueillir tous lestroisou quatre 
mois, & encore pluftoft fi vous vou- 
liez. 
MeUm vie- Les melons font prefts à manger, 
nent en tout fix fcpmaines ou deux mois après qu'ô 

temps à M a* , r ± * * 

ra/nan & les a femez : & on en peut auoir tous 

Mmxvoifms. les mois de nouueaux&de tres-excel- 

lensj.& font auffi bons à Noël comme 

, r . àlafain&ïeanouaumoisd'Aouft. En 

FotsJebues ^ ... t 

& autres iu tout temps aufli vous y recueillez des 
ùiiesviennet febues^des pois verds & autres fem- 

ïïïZ^S. bkblcs ftuidts ou . lentilles, qui mon- 
firent aflez combien la terre eft fécon- 
de. 

Iamais ils n y ont eu l'vfage des 

vignes. Au défaut d'icelles^ilsonta- 

j5 ^^5 bondance de certams fruits exceilens, 

uaragnam dont ils en tirent vne b^iffonforedeh- 

f ¥"* cieufe. Auffi nV a il pas ^c blé, ny au- 

desvtrnes . J *> J 

ymnefe cunes des graines que nousauonsrmais 
trouent e» | a terre y eft fi propre SdepWs fi bon, 

te pays la no i t» t ~ j 

fimqueie que quand ion y plantera des vignes 
Hl & que l'on y femera du blè ou autres 

chofes qui nous font icy communcs^il 
ne faut pas douter qu'elles ny fructi- 
fient abondamment. Ifyivne grande 



en l 9 l fie de Maragnanl 208 

quantité de fruits & légumes de di- 
uerfes efpeces 5 cftans fort bonnes pour 
la nourriture de l'homme, non fans 
beaucoup de commoditez propres, 
tant pour faire les veftemens que pour 
autres nsceiïïtez extérieures. ^ , 

C n ... . . Abondance 

epays efl pareillement tres-nche **mma*xà 
en diuerfes efpcces d animaux tant Mdr p»** 
champcftrçs ou féroces que familiers Zn$lT 
& domeftiques , lefquels ne man- 
quent de bon air, de fort bonspaftu- 
rages & de rafraichïffemens nompa- 
reils. A raifon dequoy ils fontmcrueil- 
leufement fecons & multiplient e- 
ftrangement , la plufpart Vieeux e~ 
ftanc très-bons à manger: & pour le 
regard des autres , vous en pouuez reti- 
rer beaucoup de commoditez &c de 
profit. 

Nous ne voyons rien icy de toutes 
les efpeccs d animaux qu'ils ont là, 
comme aufli ils nom rien de fembla. Au Pays de 
ble auxnoftres 5 au moins qui ne foit ^ ar ^ natt 
de beaucoup différend. Us n'ont ne V^'Zhl 
Cheuaux, ne Bœufs ny Moutonsmon mu * *•? 
par quelque défaut du Pays : caril eftfi u*tZ 
doux & fi gras, qu'il ne fe peut faire que 
toutesforces de beftiaux & de beftesà 






I 



qui fi trot** 
ttmt commit 
nementa 
rnan. 



Ydches ira* 
gués propres 
p%ur porter 
w traîner. 



Dmerfes 
marchaiifis 
5»*o» retire 
dés a, preîet 

AeMarAgna 
$ lieuxvoi* 



tiijt. de la Wfs. des PP. Capucins 
lainenes'y portaient des mieux: il ne 
refteroîtqued'y en mener de chaque 
efpece & le Pays en feroit bien coft 
peuplé. 

t Ils ont là force Cerfs, Biches, San- 
gliers 3 non toutefois tout tels que les 
noftres. Ils ont auflî force 1?ac,^fgouty, 
Tatou D Onces 5 M^rgaU & autres beftes, 
plufieurs ûefquelles ontles peaux tres- 
riches&precieufes* Ils ontdautresa- 
nimauxnomniezr^jyo«//o« :) quenous 
appelions vaches bragues, qui peu- 
vent feruir pour porter ou trainer e- 
ftantappriuoilezillmeferoitmalaifé 
de particularifer icy tât d'efpeces qu'ils 
ont & d animaux& de fruiéts ou légu- 
mes 5 ie me contenteray de traifter cy 
après de quelques vns en particulier, 

Les commodités qu'on retire pre- 
fentemét de ce Pays la, eft le Brelil, les 
bois iaunes, les bois madrez &autres. 
Vous retirez encore le cotton & le 
Roucou, efpece de teinture rouge qui fe 
trouue là en grandifïime quantité, 
vous y trouues aufïi vne autre teinture 
rougcquieftêfpecedelac. On trouue 
lacaflevcrs Ccmma y proche de Mara* 
gnnn : vous y trouuez auffi le vray 

Baume 



en ïlfle de Mdrigmn. 209 

baufme comme en Arabie!! 

L'onyfaiét force bon pecun qui eft 
vne herbe afîez recogneuë kquelle 
vient tres-abondamment, eftant fort 
recherchée & eft de grand prix en Frâ- 
ce, en Flandre & en Angleterre: telle- 
ment qu eftant foigneux à cultiuer ce- 
fie herbe en ce pays-là , Ton en peut re- 
tirer vn très-grand profit, comme font 
les Efpagnols & Portugais quifont a la 
Trinité.où ils n'ont autre marchandife 
que celle là,dont ils chargent plufieurs 
nauires tous les ans. L'on en retire pa- 
reillement le poiure 3 & fi Ion y trouuç 
lebezouart. 

Ceux qui ont recogneu cefte tfërrc %$&" 
de Maragnan afleurent qu'elle eft parti- propre font 
culierement tres-propre pour les can- !«"»»« * 
nesdefuccre, qui eft vn reucnuinelti^ 
niable & le plus grand qu'ayent les Ef- 
pagnolsàFeTwawèowg, Votyiott 5 fainB 
Dominique^ autres lieux qu'il tiennent 
. au Brefil. Ordinairement on trouuc 
l'ambre gtis tout le long des Canniba- 
les fur le riuage de la mer. Il y a vncef- 
pecede lafpeverdenccpays > dont ils 
font les pierres qu'ils porcer#à la leurc: 
Il y a auffi des rochers de Criftalrouge 

Dd 




1 ! i 






Hijl. de U Mtfî. des FP* Capucins 
& blanc plus dur que les pierres ou dîa- 
mans , que nous appelions d'Alençon^ 
aucc pluiîeurs autres fingularitez* 

Et d autant que toutes les plus pre- 
cieufes richefles fetrouuent foubs la* 
Zone Torridc , ce pays du Brefil eftanc 
prcfque au milieu d'icelle & toutpro- 
chedela ligne, ienedoute nullement 
qu'il ne reçoiue pour le moins autant 
d'influence des Aftres que les autres 
pays,& particulièrement les influences 
du Soleil progenitcur de rOr 5 puis qu'il 
pafîe deux fois là parleur Zenit.Ce qui 
me faid croire d'aotant plus à l'afTeu- 
rance queplufieur* François & les In- 
diens ( comme tefmoings oculaires ) 
donnent qu'il y a là plufieurs minières 
d'or, pcfcheries de perles & autres pier- 
reries Ioinft que cepays eftant en fem- 
btable climat, &: en melrac terre conti- 
nuelle du Pérou , il eft bien probable 
qu'il n'y a nulle richeiïe audit Pérou, 
qu'il ne s'en retrouucaufli de pareilles 
au&refil, lequel au regard dudic Pérou 
tiredauantage vers l'Orient en mefmc 
efleuatioiyjue CuflTo & voifindelari- 
uiere des Amazones, qui eft l'vn des 
plus riche fleuue quifoit foubs le Ciel. 



m l'Jjle de Mdrdgnan. no 

Vous n'y pouuez manquer debelles Vontnunt 
commoditez pourybaftir: Caroutrc^^P^ 
iesbeaux bois quiy font, l'on y trouue u*»*m*u* 
auffi force pierres pour mettre en œu -™"*/ QUf 
ure: l'on y peut faire de la brique fort 4fiWt 
bonn e,& s'il n y a pas de difete de bon- 
nes tçœcs , fables & autres matériaux 
fort propres pour faire le mortier & ci- 
ment: il n y a faute que d'ouuriers. 

Mais (îles marchands, artifansSr 
manouuriers fçauoient la bonté & le 
profit de ce pays , ie m'afleurc qu'ils 
n'auroient point de repos qu'ils n'y 
fuflent , & lors ils recognoiftroient 
qu'ils auroient vefeu comme la fouris 
d'Efopc laquelle s'eftimoit bien heu- 
reufe, encore qu'elle fuft fort neceffi- 
teufe, auant qu'elle cuti changé de lieu. 
Combien y en a-il icy qui trauaillenc 
inceffammentnuia&iour, &: tout ce 
qu'ils peuuent faire neft fuflïfant feule- 
ment pour payer leurs charges : ve- 
nant en fin à la lie, iufquesà mendier 
la pauure vie , & deux & de leurs en- 
fans ? que s'ils eftoient en ce pays, ils 
pourroient faire bonne chère en fe -p a€ M t u % 
ioiiant, pour {^facilité quil y adepei- vint* m» 
chcrlespoiffons&prendrelesoyfeaux r ^^ 

Ddij 






Hifl. de h Mifi. des PP. Capufms 
ou autres animaux quiy font en très- 
grande abondance : & auec tantfoit 
peu d'iaduftne & de trauail ils deuien-, 
droient riches en moins de rien, non 
fans regret dauoirvefcufi long-temps 
en leurpaftio eftar* 



DE LA BEAFTE DE 

lljle de Adaragnang? des lieux 

'votfinsd'kelle. 

Chap. XXXVII. 

L fe trouuepluficurs pays 
fort bons & fertiles , Icf- 
quels nefc rencontrétpas 
toujours beaux . la bonté 
& la beauté eftant deux qualités diffé- 
rentes , bien quelvne contribue de 
beaucoup à l'autre, La bonté regarde 
dauantage la température intérieure, 
mais la beauté confifte pluftoften vnc 
fymmettie & belle compofitjon des 
parties extérieures, corne nous voyons 
mefme au corps humain ou en quelque 
P ays,e^oy autrtchofeoù touteft jpienajancé.Dc 
eu* wfijh. mefme en cft-il d yn pays : la beauté 




Beattié& 
àontéii'vn 







en ïlfle de MAragndn. 211 

duquel n'eft autre choie qu'vne belle 
ordonnance & proportion extérieure 
de tout ce quiy cft nccelï'aire & requis. t 

OrcepaysduBiefil n'eft pasieule- ç/ tt ^. to " n 
ment tres-fertile & tres-bon 5 mais en- «*«•«• i«<». 
core auec cela il cft tres-bcau & tres- 
plaifant, n'y ayant rien de bon qui ne 
tace de beaucoup à la beauté d'iccluy, 
comme aufïi tout ce qui s'y trouuede 
beau accoift merueilleufcment fa bon- 
té. Il eft d'vne très grande eftenduë 
proche deialignéde ceeofté Septen- 
trional: aboutiflàntde l'autre part aux 
Vtnugones au delà du Tropique > & de- 
puis Tlfle de M>rf£»<<»& autres coftes 
delaroer,ils'eftend iufqu'au Pérou en § 
pareil climat qu'iceluy & en mefmcpa- 
rallelle quela Caftilled'Or. Iclaiflcà 
part la ferenitc del'air, la température 
très douce & agréable &: toutes les par- 
ticularitez dont nous auons parlé- cy 
deflus , lefqucllcsrendent tout ce pays 
eh gênerai extrêmement beaujdcleda- 
ble & pîaifanr. . , , 

_ * . . •• t uifl- Beauté de 

Et pour traitter en particulier de 1 lue iViIe( / eM(t . 
de MAragmtnjX faut auoùer outre ce que raS na». 
deffus , quelle eft extrêmement plai- 
fante, eftant auoifinee& cnuironnee 

Ddiij 







jthoniance 
defontaines 
& depetites 
riuieres en 
1 1fle de Ma- 



Hift. de la MiJJl des PP. Capucins 
de la mer où i! y a quatre ou cinq grâds 
fleuucs qui viennenc à s'engouffrer S£ 
cfpandre tour autour (ficelle, quifaiét 
quevousauezlàmillc&millccommo- 
direz pour la pcfched'vncinfînitezde 
poiflbns aucc mille & mille varierez, 
non fans vn indicible contentement 
d'autant plus grand que l'Efté y eft tou- 
jours & que les eaux font agréables & 
delicieufes durant l'Efté. 

Ilnefetrouuepas de grandes cam- 
pagnes en cefte Ifle , laquelle n'a guère 
aufïi que quarante cinq lieues de pour- 
pris , comme eft ditcy deflus: mais à 
proportion qu'elle eft grande, il y a de 
fort belles places, en la plus-parr def- 
quellesils font leurs loges &r demeures 
félon qu'il fera dit en ion lieu* 

Unes y trouuc pas auffi de hautes ne 
grandes môtagnes : mais vous y voyez 
force petits çoftaux & vallons , au bas 
defquels vous tronuez quantité de bel- 
les fontaines & de petites riuieres, lef- 
quelles arroufent toute cefte Ifle en di* 
uers endroits & la rendent extrême- 
ment belle & agréable. Car la plus-part 
de ces petites riuieres trauerfent cefte 
Ifle par le milieu des bois verdoyants 



enl'lJledeMartgnttn. aii- 

&forcfts ombrageufes. Il y en a d'au- 
tres plus larges fur iefquelles vous pou- 
ucz vouifesbattre en des Canot ou petits 
'bateaux ,& aller ainfi de village en vil- 
lage & autres lieux es enuirons. 
° U y a force bois taillis & autres de 

haute fuftayë, où vous aucz moyen de 
vous bien recréer & aller à la chaflea- 

pres que vouseftes las de lapefchene. ^- 
Les palmiers y font en tres-grande a- M4rogna „. 
bondanec plus que d'autres arbres. 
C'cft vn vray iardin de palmes.Et d au- 
tant que la palme reprefente la vi^oire, 
iediray & puis bien dire que celte Iile 
pnuatiuemcnt àtousautres lieux eft le 
vray champ deviétoirepuis qu'ilnya 
aucun ennemy qui la punie dompter, 
te qu'elle demeure toufiours viftoneu- 
fc & franche de fes ennemis. ^ l(Mft 

Pour le regard du plain pays, il desltmxar - 
n'eft pas moins admirable en beauté *«»•#«* 
queftl'Mede Uaragnan, vousy voyez *«*« 
force belles campagnes grandes à 
perte de veuc , où il y a diuerfes con- 
trées & beaucoup de villages : la plus- 
part eftant diftinguez par collines & 
petits vallons. En certains cndjoi&S 
r Ddiiij 





. Hifi. de la Mifs. des PP. Capucins 
Vous y voyez de tres-belics monta- 
gnes, admirables en grandeur & hau- 
teur, vousy trouuezauflî de'grandes 
vanetez de terres de différentes cou- 
leurs* 

La fainâe eferiture fai& grand e- 
Gtntfx. ftat . de Ja bea "te du Paradis terrefîre: 
particulièrement à raifon d'vn fleuue 
qui fourdoic d'iceluy arroufant celieu 
de volupté, d'où il f e feparoit en qua- 
rre grands fleuues. Delaiflant ce qui eft 
la demyfterieuxicme contenteray de 
remarquer icy quece Pays du Brefil eft 
SSÎ merue.Jleufement embeily & enrichy 
Srefii. de plufieurs grands fleuues & riuiercs 
dedix, quinze, vingt, quarante, foi- 
xanteoirquatre vingts lieues de large, 
& de cinq cens, huift cens ou mille 
lieues de long, comme nous auons 
dit. 

Et ces riuiercs Ce difperfent telle- 
ment par tout le Pays /qu'elles s'entre- 
tiennent la plu fpart, fi qu'il n'y apref- 
que lieu où vous ne puiffiez aller par 
•batteaux, (bit pour promenades deli- 
cienfes,foit pour la pefcHerie, eftans 
fort abondantes en plufieurs efpcces 



enllJUdeMaragnan. ^ w$ 
de poiflbns inconneus par deçà, (oie 
pour trafiquer, qui cftvnc commodité 
indicible. 

Que fi ees flcuucs Kriuicrcsiont 
très commodes &tres-nçhes, elles ne 
font pas moins plaifantes pour levfm 
gularitez que l'on y f rouuc , & fpeciate- 
ment pour tant & tant d'inertes que 
Ton voie parmy icelles toutes pleines 
deraretez. 

Ces belles riuieres tempèrent telle- 
mcntl'airfc attrempcntfibientouteh 
Terre du Brcfil * qu clic eft continueliç- 
ment & en tout temps toute verde &: 
floriflante. 

Enaucunsendroitsilya de très-gran- 
des & epaiffes forefts de diuerfes fortes 
d'arbres incogheus par deçà: la pluf- 
part defquels paroiflTent fort médici- 
naux, rendant force gommes & huij. 
les des plus odoriférantes. L'ony voie 
des arbres beaux & droits dVn e admi- 
rable hauteur dont on retire les bois 
iaunes, les bois rouges & lesbois ma^ 
drez que Ton met icy en vfage pour fai- 
re les teintures & quelques pièces d'ou- 
urage de prix & de valeur. 

Il y fait bon voir toutes les cam- 



' Multitude 
d'isiettesfort 

jetronnentéi 
rimtres dn 
B refit. 



Pays dttBre* 
fit toufionn 
"jsrd '&$<>• 
rtfiant. 



Diuerfite dé 
beaux bon 

anBrefiu 



■ 






fius 



Jflbfe*.', MfiJ't'tMiJïjes PP. Capucins ' 
«»Br t fii g. pagnes diaprées d'vne infinité de bcl- 
iiMes*»* tes & diuerfes couleurs & d'hcrbes&dc 
lepourpi^ ileurs > vous n y en pouuez trouuer au- 
cunes fcmblablcs aux noftrcs , finon te 

pourpicrquiyviencnaturcllcmentfans 
eftre femé. Il ne fc peut dire combien il 

■àÈp^ beaUX &rarCS fîmpIes P arlcs bois 
UsUL & campagnes : comme es montagnes 

fleursQ/ra- & valées, nos Arboriftes auroientbien 

ulÎ7d!fe. 1 * de( l 00 y P a f« le tcmps^& quant à 
rentesdano. moy ie ne puis croire qu'iln'y en aye 

beaucoup de très-rares & tres-fouue- 

raines? 

Car fi les qualitèz fecondes,vir. 
tuellesoufenfibles, excellent d'autant 
plus que les qualitèz premières dont 
elles prouiennenr, font tempérées auec 
les influences des CieuxJI ne faut nul- 
lement douter ( veu la température fi 
grande de ce Pays, fous vnafpeû fi fa- 
uorable) que les métaux, les minéraux 
& les pierres, les gommes, les huifles 
&autrcs liqueurs, les bois & ; îes raci- 
nes , les plantes , les fleurs ic les fruifts, 
n'ay ent chacun (elon fon cfpece, beau- 
coup de force & de vertu intérieure &: 
qu'ils n'excellent en toutes leurs quali. 
tcz extérieures &fenfibles. C'eftpour 



enïIjledeMarAgntin. 214 

cela que par tout où vous allez vous 
trouuez grand nombre de très bellcsc* 
rares fleurs lefquelles parfument fi bien 
l'air, que vous les fentezdebienloing 
premier que vous les voyez. Et fi elles 
fontbien admirables pourleurs odeurs 
tres-fuaues, elles le {ont encore beau- 
coup plus à raifon de leurs très belles 
& tres-viues couleurs. 

Il n'y a pas d'autre Iardiniercnce 
Pays là, que Dieu & Nature pour en- 
ter , alter ou écufloner les arbres. Quel 
plus grand & plus excellent Iardi- 
nicr demanderiez-vousfKcft-il pas 
eferiten laGenejwnï'il fit que W Ter- 
re produit tout arbre plaifant a voir 
& bon à manger ? En ce Pays du Brefil 
il y a Force arbres fruiaiers qui ne 
viennent que naturellement par la 
ProuidencedeceSouuerain lardmier; ArhwfritU 
Ce bien qu'ils n'ayentiamais eitégrei- aieri mc a. 
fezny cukiucz aucunement, ils nelaif- a^B^a. 
fent de porter àes fruitt en très-gran- 
de abondance auflî fauoureux au 
oouft qu'ils font agréables à l'œil. En- 
tre toutes les meilleures greffes & les 
plus excellens fruiasque nous ayons, 
il ne fe trouue rien de femblable ny 





t 




Hifl. de UMfî. des PP. Capucins 
qui approche de la bonté & delà beau- 
té d e ceux là. Il y a du contentement 
aies voir, & de la volupté à les manger 
tant ils fonrbeaux & délicieux. 

feiefcmh q uc l« arbres nefont iamais defpoûil- 
*»Br,fii ta lez comme font les noftres pendant 
mcmefm °' l'hyucr ■: en tous temps vous voyez fur 
Us arbres , comme dit eft , des fueilles , 
des fleurs &desfruiâs, On peut bien 
dire ea quelque façon que ce Pays eft 
Plantatiodexterxexcclji , vn plant delà 
Dextre, ie veux dire de la feule Proui- 
denec dece grand Dieu, puis qu'il n'y 
vient rien qui ne foit dcfagrace J tres-< 
excellent/ans eftrecultiué. 

Si eftant là vous aucz vn contente- 

n . r ,, ment nompareil regardant en terre, 

MonL w V ° 1 f la dluer " te <*e tant d'animaux au 

«3»,»o»j«» milieir de la verdure qui y eft en tout 

*"fii- temps,vous n'auez pas moins de plaifîr 

leuant les yeux en haut. Vous voyez di- 

uers arbres tous couuers de Monnes& 

de Guenons de diuerfes fortes , fautant 

d'arbres en arbres aucc vne dextérité & 

agilité admirable , faifant mille & mille 

/ingeries comme s'ils vouloient vous 

donner du plaifir. 



en l'Lslcde Mtragmn. 21 % 

Vous en voyez d'autres pleins doy- 
feaux parmy les frui&s & les fleurs , gà- 
icuillar» en tout temps comme font 
icyles noftres en vn beau Printemps, 
tous de diuers plumages fi beaux & fi 
agréables ,quc les 'Princes & les Seu 
gneurs les tiennent bien chers par de- 
çà. Il ya force petits oy filions de cou- 
leurs & de plumages fi rares ; qu'on re- 
fcruelespeaux toutes entières pour les 
plus curieuxrvous y voyez grand nom- 
bre de beaux Perroquets , dont les vns 
fontpetitsd'efpeces : les autres grands: 
les autres moy ens: les vns vèrds; les au- 
tres gris : les autres iaunes : les autres V'^fi"'^ \ 

D r ' i ' •. Perroquets 

rouges, parfemez ou marquetez de di- çf^woy- 
ucries couleurs les plusviues& les plus f«"***»Brc 
belles qui fe puiffedcfîrcr. Enfin vous*^' 
aucz bien là dequoy vous contenter les 
yeux, l'odorat & l'appétit. Oupluftoft 
renonçant à la fenfualité) reconnoiftre 
& magnifier la Prouidence & la BQnté 
de ce grand Dieu. . „ 

e ferojt-ce pas pour cela que cette fii J t „ ni 
paitie de l'Occident porte le nom des fmUnom 
Indes,coromefaitla partie del'Orient? $£$£' 
Que veut dire ee nom Indm, en Hébreu 




* Hijî. de U Mifs* des PP. Cdpucins 
Hodu> va-ut autant à dire que loiidnge 7 
àuVcvbcIadahin hiphil. Dieu n ail pas 
auffireferué ce beau Pays dcïOccident 
pour y cftre loué, fur rÔcci4ent& fur la 
fin du monde ? Davantage il fignifîc 
ConfcfsiomEtDicu n'appelle-il pasmain- 
tenant ce Pays à Soy 5 à ce qu'il recon- 
noifîc & coxifeffe Son Sain et Nom? Ec 
de plus il lignifie décora, ou pulchra, de la 
racine Hod, c'eft à dire beau, bien a jan- 
cé&bienorné. Aufïïvoyczvousque 
ce Pays de Maragnan & duBrefilcft fi 
bon, fi beau & tellement aflbrty , qu'il 
n eft autre chofe que, 

HoYtm odomis cultifsimm herbis 



enFlsledeMaragna» 216 

Des CHOSES Qfl se 

trouuent communément en ïljle de 
Maragnan ^J lieux voifins £§/ 
premier emmt des arbres frui- 
éîiers. 




Chap.XXXVIIL 




L fe trouuc peu de per- 
fonnes qui voyant quel- 
que beau & rare tableau fc 
contentent de le regarder 
feulement en gênerai & fuperfîciellc- 
ment : d autant que le tebleau à cela de 
commun auec tout autre obicâ; plein 
de belles diuerfiiez, que plusileft ar- 
tifte & fpecieux, & plus attrai<5t-il or- 
dinairement Mprit & enflame le defir 
de celuy qui le voir, à contempler dvn 
œuil fixe (non fans admiration) toutes 
& chacunes des fingularitez qu'il con- 
tient. 

Çy deuant i'ay reprefenté le Pays de 
l'Ifle de bAtrAgnctn & àcs lieux voifïns 
en général comme d||isvJÏbcau &râ* 






HiH.âe la Mi/?, des PP. Capucins 
re tableau que.plufieurs admireront, 
peut eftre, pluiioft qu'ils ne croiront: 
Pour fatisfaire donc au defir qui leur 
pourroitrefter de voir quelques parti- 
cularités d'iccjuy -, il me femble eftre k 
propos de traiter icy o&dc menu quel- 
ques vnes des cholesiBe nousauons 
cy deuant touché en gênerai, non tant 
pour fatisfaire à leur curiofité que pour 
leur donner fujeét d'admirer la fapien* 
ce Diuine. 

Et parce qu'elles font toutes , ou 
fïmplcs,ou compofées : ayant traité 
fuffifamment de celles qui font fîmples 
(commedcladirpofitiondes Elemens 
de cetteRcgion) & de ce qu'il peut eftre 
d aucunes compofées) commedes mé- 
taux, minéraux, perles ou pierreries & 
autres chofesfemblables, qui peuuent 
eftre là ) ie me contenteray de remar- 
quer icy en particulier quelques vncs 
des plus fingulieres plantes, pour en 
après faire voir aucuns des plus rares 
animaux d^ ce Pays, & en la fin traiter 
de la compofition& des mœurs des ha. 
biransd'iceluy. 
Pour lepremier ie ne defire pas mar- 
II \ refter 



en l'ÏJte de Mdragùaft* 2ty 

rh'arreftcr à defnombr cr les arbres fte- 
rilcs, commeles Gaiacs 5 IcsSandanx &c 
autres: ny les plantes ou (impies médi- 
cinaux 5 non plus que les fleurs , quife 
trouuent admirables tant pour leur 
beauté que pour leurs fuaues odeurs: £ hns fi*i* 
Il lumra pour maintenant de parler îcy raput* 
des meilleurs arbres fruiâiers que Ton 
y troùue communément. 

Entre autres il y a l^lcaiouyer qui Arbre ac&\ 
eft vn arbre ordinairement plus gros & ioH 3 €T - 
plus grand que les plus grands Pom- 
tniers&Poyricrs que nous ayonSé Ses 
fucilles font allez femblables à celles du 
Noyer. Sesfleurs font petites, rou- 
geaftres & très odoriférantes , exhalant 
vn odeur tres-fuaue parmy l'air , que 
Ion reffent de fort loins. Son fruift »■ . à 
s appellc^/^/^ils en tjouue de quarre qtMt refims. 
fortes. 

Le premier, ^caion été qui reflem- & ai0 »à'- 
bleaffeZàlapoirequantà fa forme, & 
eft tout iaune au dehors > lors qu'il eft 
en fa maturité.Le dedans eft tout blanc 
remply de fuc fort doux Se agréable, 
cftant vn fruift tres-cxcellent à man- 
ger. Il porte vnc noix.à fon œillet en 
dehors 3 laquelle eft de mefme façoa 

£e 











Hift. deU M//?, des PP. Capucins 
quvn roignonde Mouton, ayant vne 
coquille vnie par le deffus comme cel- 
le d'vn Marron , mais beaucoup plus 
dure & porreufe par le dedans & aucu- 
nement huileufe $ qui fai&qu'eftâtalu- 
mee au feu,e!le brufle corne fi elle eftoit 
pleine de feu artificiel. L'huile proue- 
nant de celte coquille eft fort finguliere 
pour lesdartres. Au dedans d'icelle,il fc 
trouue vn noyau fort ftomachal , non 
moins excellent que les Amandes. 
Amoupira. La féconde forte fe nomme ^iuioti 
piran y lefquels font tous femblables aux 
premiers fufdits , excepte que la peau 
eft toute rouge, & lefuc vn petit plus 
aigret. 

La troifiefmcs'appeIle^c4/c?»j 3 à 
caufe qu'ils font plus petits. Il y en a de 
deux fortes, les vns font très-doux Se 
délicats à manger; les autres fort aigres, 
&fom très-bons à faire du vin aigre.^ 
LEsderniersfe nomment ^tcœioù 
OnaJJûHy d'autant qu'ils font beaucoup 
plus gros que tous les autres & tres- 
agreables à manger. Ccux-cy com- 
mencent à meurif en- Mars & Auril & 
durent iufquésila fin de loin. Les au- 
tres fufdits commencent enAouft Se 



Acaiouy. 



Aca'o» 



enTlJlc'deMarfimân. 21 g 

continuent iufqu'àla fin de Décembre 
&delanuier. 

Lors qu'ils font eh faifon , les In- 
diens expriment le fuc d'iceuxsparticu- 
lierement des ^feaioupirançour en faire , _ 
du vin qu'ils appellent ^dcaiou caouin, le- ^{% 9li9 
quel eft blanc & fore délicieux à boire, 
Ton peut aufli faire le vin-aigre d'*AatioH 
de la féconde forte fufdiâc. Ils retirent 
pour le moins autant de fuc d'vnc feule 
pomme dcfdits^cd/o**, que Ton pour- 
roit faire d'vnebonnegrapcde raifins, 
le marc demeurant tres-bon à manger, 
& encore meilleur qu'il n'eftoit auant 
qu'il fuftpreflfé- Ses froids font com- 
muns & fort vulgaires partout ce pays: 
Il y a des lieux remplis de cesarbrcs,qui 
croiffentauffi bien fur les fables & nua- 
ges de U Mecque dansles iardins & au- 
tres places femblables, & s'il n'y a pas 
beaucoup de difficulté pour les faire ve- 
nir : car fichant feulement leurs nois 
dans la Terre, en moins de deux ans les 
arbres deuieonent beaux & portent v 
frui&s, l'en ay veu mefme aucunsau 
bout de dix & vnze mois tout chargez 
de fueilles, de fleurs & de frui&s. 

Le Bfinmmw eft vn arbre qui n'eft znmnnUt^ 
E e ij 



1 





Hifi. de U Mifî. des P P. Capucins 
pas bien haut s rpais d'autre part il a les 
fucilles longues d'vne braffe Ôdarge de 
deux grands pieds. Ilportevn truift 
appelle Btnmne , long de demy picd 5 
non pas fl gros que les Concombres» 
La peau eft toute iaunè & la chair 
blanche comme la pomme. Ce fruift 
eft doux & délicat &c très-excellent à 
manger, foit cuit, £oit cru . 

Ilfetrouueendiucrslieux d'autres 
Manqua, arbres frui&icrs nommez MmgdA , qui 
ontlesfueillescommclcBouys, mais 
plus tendres & delicatcsrfcs fleurs (ont 
de cou! eut iaunc ayans les fruits aflez 
femblables aux Abricots , plus gros 
toutesfois & fans noyaux. Ce iont 
fruifts très-doux & agréables qui fe 
fondent en la bouche. 

Il y a le Iarucatia qui eft vn arbre 
fortlafgeparlehaut 5 ayant les fueill es 
allez femblables au figuier & les fleurs 
iaunaftres : le fruidt eft femblable à la 
poire & a la peau fort iaune , & porte (es 
pépins en dedans: on le mange cru &: 
cuit , eftant fort délicieux & nourrie 
fan t. 

Ouaieroua eft vn arbre fort gros & 
haut, qui a les fueiîlcs femblables à ecl- 



Iaracatia, 



OmieYowt. 



en tljle de M&ugntn. 1 1 9 

IcsdcChefnc, mais yn peu plus gran- 
des. Ses fleurs (ont dvn beau iaunc pai!- 
le, le fruift eft de la longueur dvn pied, 
& gros comme les plus gros melons : il 
cftauffiiaune dedans commeil eftde- 
hors: il porte fa graine au dedans { qui 
font des petits pépins noirs , comme 
ceux des pommes 5 & eftvn fruift fi 
odoriférant, queftant encore aux ar- 
bres, vous les (entez de plus de cent pas 
de loing ; fon odeur eft comme celuy 
des rôles méfiées parmy plufieurs au- 
tres fortes de fleurs & eft tres-exccllcnt 
à manger cru &cuit. 

Le Innipâp eft vn arbre fort grand & imifa/. 
haut qui fe trouuelà ayant fes fueilles 
affèz femblables à celles du Chefiie, 
mais trois &: quatre fois plus grandes 
Il porte fes fleurs blanches > fon fruiét 
eft tout rond & eft gros comme les plus 
grottes pommes, Eftant encore verd, 
il eft fort amer: les Indiens le mâchent 
pour en tirer le fuc , lequel eft clair &c 
beau, & neantmoins fi vous vous frot- 
tez la face 5 les mains ou quelque autre 
partie du corps aueciceluy, en moins 
de quatre ou cinq heures elle deuien- 
dra tout auffi noire que fi vous Tauicz 

Ee iij 









> Hift. de U Mlfî. des PP. Capucins 
noircie denerc s & bien que vdUs 
vous lauiez ou nettoyez , vous ne 
fçauriez ofter cefte couleur, finon au 
bout de huiâ; ou neuf iours qu'ellefc 
defehargede foy mefme, la partie de- 
meurant auflî nette qu'auparauant. 

Les Indiens fc feruent de ce fuc 
ZefaâeT». poqrfe peindre & figurer le corps ainfî 
fiïZfâLre <îf l1 fera dit cn ft>n lieu : il peut auffiïer- 
ftnefiwe. uir de bonne encre pour eferire, félon 
que plusieurs foisic l'ay expérimenté» 
Cefruid eftant meur il deuient tout 
iaune dehors & dedans, ayant (es pé- 
pins au milieu comme lapomme. Il eft 
doux& très- excellent , & quand vous 
le mangez, il fe fond dans la bouche» 
.:. L'ONy trouucaufïivnc autre cfpece 
r fP»ty* r '- d arbre nommé ^goutytrém , qui eft 
grand, ayant les fueillesaiïez fembla- 
bles à celles desOrangers& fort larges. 
Ses fleurs font rougeaftres^fon fruid 
eft gros comme les deux poings :' la 
peau duquel eft verdoyante & maillée 
comme la pommede -pin; Au dedans il 
eft tout remply de grains ainfî que la 
Grenade, il eft doux & très-excellent à 
.manger. 
Utdtiu* Pxvsronytrouue/Wmr/co^quia 



en l'ijle de M&rAgnAn. 220 

les fueiiles aufli allez (emblablcs aux 
Orangers, fes fleurs font iauncs , & Ion 
fruid plus gros que ï^lgouty-treua. 
Quandil eft meur, il a la peau toute 
verte & eft tout remply de grains com- 
mela Grenade. Il eft doux &: non feu- 
lement tres-excelient & tres-agreablc 
à manger, mais il eft encore très- odo- 
riférant. t caouf. 

I l y aie Caoup qui reffemble tort au 
pommier , ayant les fueiiles femblablcs 
finon qu'elles font vn peu plus larges. 
La fleur en eft iaunc mcflee ne rouge: le 
frui<5t eft enuiron comme vnc Orange 
& de mefme gouftauec des pépins, c- 
ftantfort excellent. 

I l y a l'EuuMÎrap , qui eft vn arbre £mta \ ui 
gros & fort haut , ayant fes fueiiles peti- 
tes & les fleurs rougeaftres: il porte vn 
petit fruift v n peu plus gros que les plus 
groffes grofelles & enuiron de la mef- 
me façon. 
L'ONyvoitvneefpcccd'arbrcnom- AmA . vue ; 

mé^mt-vtte , femblable au figuiet en 
fes fueiiles & enfesfruiâs. 

ÏLy a vne autre petite cfpecc d'arbrif- 
feau qui fe lie autour des arbres , que les . &yMt M 
Indiens appellent Goyane ou Morgoyn, Mwro * 
rr Eeîiij 



Le TalmU* 
la merveille 
des arbres, 



HtJl.icUMiJS.des PP. Capucins 
II aies fueilles en forme de cœur enuj, 
ron comme le Volubilis ou Campa- 
nellc : f a fleur elt excellente en beauté 
plus large que la palmedelamain,fai- 
pm forme d'Eftoillc-, ayant phificurs 
tu cilles longues &eftroittesdVn êtres - 
belle couleurpurpurine. Son fruifteft 
gros comme vn œuf , mais plus rond 

tout remply de grains au dedans r & en 
dehors jleftde couleur iaune,meflé de 
vert. Il c ft fort bon à manger principa- 
lement eftantcuit > & eft bien propre à 
confire. 

IL Ce rctrouue en ce pays beaucoup 
d arbres fecs ou arbres à:noyau de di- 
uerfes efpcçcs, fpecialement ceux qui 
s'enfuiuent. ^ 

L* Palmier ( qui eft la merueille des 
arbres) eftaufli admirable que myftc- 

rieuxreprefentantlaCroiXjreprefcntSt 
J'Eglife, reprefentant l'homme de bien 

&autresinfinisefFe<asdeccgcâdDieu. 
Il'eft admirable en hauteur, on retire 
ordinairement du tronc d'iccîuy vnc 
efpecc de vin blanc fort bon à boire & 
proprepour enfaire du vin-aigre & de 
l'eau de vie , Ces fruits eftans bons à 
manger. On hld grand eftat du Cocos 



en Tlsle de Martjwan. 2%l 

de l'Inde Orientale & de celuy qui fe 
trouue au BrefîlversFm?rfw£owg&Po- 
tyiou, mais il n'y a guère de fîngularitë 
cnîceluy quinefoit au Palmier. 

Il fe trouue en ce Pays cinq fortes de c; ~ rm 
Palmiers, le premier s'appelle Ouacoury dePaimkn* 
qui eft le vray Palmier,les branches du- 
quel ( appelées par les Indiens Pmdo) 
feruentpour couunr les loges» Il por- 
te des frui&s qui font des noix Ion- ïmfo, 
gués & grofles ainfî que les plus gros 
oeufs des Oyes 5 qui ont Tefcorce fore 
dure, en laquelle vous trouuez quatre 
&cinq noyaux,enuiron auffi longs que 
le petit doigt,fort bons à manger, dont 
les Indiens font de l'huile fort douce 
&fortbonnc. Dedans le tronc de cet 
arbre l'on y trouue vne moelle très- 
blanche, grofïe comme la cuifle, à pro- 
portion de l'arbre , les Indiens l'appel- 
lent àuacoury rouan $ elle eft tres-honne rotMn . 
à mangçr crue comme les noix & a- 
mandes 5 ou cuite en falade & en pota. 
ge$ & en quelque façon que vous rac- 
commodiez j c'eft vn trcs-cxcellent 
manger* 

Meurutyvue eft vne autre forte de Mettra 
vray Palmier qui porte aufïi le Pindo, VU€ * 




*, 



Hifl % de la MiJ?. des PP. Capucins 
commeleprtccdét: Ton fruideft com- 
me vn gros œuf, qui a la peau rougea- 
ftre marquetée de noir ; la chair cft 
rouge ayant vn noyau au dedans :jl eft 
doux & tres-bon à manger» 

rnaU. I-a troifîefrae forte s'appelle YnaU 

quialesfueitleseomme lesprecedens. 
On tire du tronc de cet arbre le vin fuf- 
dit. Sonfruid eft en oualle comme les 
Oliues, qui a la chair vn peu pafteufe 
fort douce &bonneà manger, au de- 
dans il y a vn noyau fort dur.S es frui&s 
viennent en grappes > à chacune des- 
quelles il y a deux & trois cens des 
frui&s fufdits , tant qu'vne perfonne 
eft affez empefchè déporter vne feule 
grappe dvnc main. 

CtuM-M #* quatriefme forte de Palmier s'ap- 
pelle Carana.vue, duquel on peutauffi 
tirer du vin, les fuei lies font femblables 
aux euentails que portent les Dames 
& plus grandes. Les Indiens Cannibales 
de la môtagne àlhouyapap &c lieux voi- 
fïnSj s'en ferucntpourcouurirlcurslQ* 
ges. Le fruidt de cet arbre reftemble à 
la prune datte, il cft fort doux & bon 
à manger ? il y a vn noyau dedans qui 
eft fort diir &c ne porte pas fes frui&s 



en l'Isle deMàragun. 222 

par grappes comme le précèdent , mais 
feparcz ainfi que le- Prunier. 

Le cinquiefme s'appellero»c<5»-f«e r»»««.v»<: 
quiales fueilles comme les deux pre- 
miers , mais toutes remplies de longues 
pointes&efpinesatm bien que le tronc 
de l'arbre qui en eft tourenuironné: fi 
bien queperfonnen'oferoitsen appro. 
cher ny encore moins toucher. Le 
cœur de cet arbre eft aufli noir & dur 
que TEbéne: les Indiens s'en feruent à 
faire des efpées & des arcs. Il porte des 
frui&s appeliez Toucon qui font aulîî par 
grappesen grande quantité. S es fruits 
font rond & gros comme des petits e- :< 

fteux & tout iaune par dehors , lors 
qu'ïleftenfamaturité.Ilyafortpeudc 
chair , la noix qui eu dansion noyau eft 
fort blanche, bonne & douce à man- 
ger, 

LeP,*<wforthaut & gros,ayant «""•> 

la fueillcdelafaçon d'vn Pommier & 
la fleur blanchaftrc. Son fruift eft gros 
comme les deux poings qui a la peau ef- 
pefie d'vn demi poulce laquelle eft tres- 
boneconfitte &eftmeilleurc à manger 
eftanteuitteainfî que la poire. Lâchait 
de ce ftuid eft blanche, fcmblable à 









Util, de la Mifs. des PP. Capucins 
celle delà pome & fort fuaueaugoufb 
l'on trouue trois ou quatre noyaux de- 
dans icclle fort bons à manger. 
Vua ouajjburan, fort gran d & gros, a la 
vmonéf. fucille comme dVn poirier & h fleur 
Dlancnc , il porte vn fruict auflï gros 
que le Ptcoury qui a Ja peau fortiaulne 
&lachairtrcs-douce,il y a va noyau 
gros commela pefche: l'amande qui cft: 
dedans cft vn peu plus groflTe que les 
noftres Sralemefmegouft. 
Tétmmtet j VmmemhectÙ. groscommelcpom- 
mierda fucille de mefme & lafleur auflï. 
Son frusd reflemblc à la pomme : il cft 
de couleur iaulne &forc excellent, le 
noyau ne Ce mange point d'autant qu'il 
cft trop amer. 
Ounfi»». Copomh OuAJJou , eft grand à peu près 
comme le Poirier, & porte la fucille af- 
fez femblablc à iceluy, la fleur blanche, 
fon fruiir. eft enuiron comme la poire 
mais vn peu plus long&iaulnaftre,auec 
trois petits noyaux dedans , l'on n'en 
peut manger par ce qu'ils font trop 
durs. 
copomh*- Copouih-aioup rf eft pas plus grand que 
"">' le prunier : il a les iueilies affez fembla- 
bles au Chaftinîer: fa fleur eft blanche 



enl'IJtedeMaraonan. H$ 

mcflécdciaune. Sonfrui&cftcommç 
Vne petite pomme tirant fur Ieiaulne:ii 
a vn petit noyau rond au dedans lequel 
cft bon à manger. 

^4caia cft fort grand : il a la fueillc Ac( Cm 
comme le Poirier & la fleur rougeaftre: 
fonfruict eft coniracvne petite pomme 
mais piuslong^laia peau iaulne& eft 
vn peu aigret> leiioyau quieftau de- 
dans eft atfes gros & n'eftpas bon à 
manger. 

TacarandacÙ. femblable auprunier 3 ** e *r4nia. 
excepté que les fueilles font va peu 
plus larges: les fleurs en font blanches 
&£ le fruiâ stuffî^gtos que les deux 
poings 3 il eft bon à manger principale- 
ment quand il eft cuir. Les Indiens fc 
fecuentdecefruiâ pour faire du Mmi- 
poy qui eft vne efpcce de potage fort ex- 
cellent a manger, bien ftomachal &nu- 
tritif : ce ftuiâa vn noyau gros comme 
la pefche. 

Onbouz fcsfu cilles ScCes fleurs fem- onho*. 
blables au Mangaa , le fruiét cft gros 
comme la pcfehe : eftant en fa maturité 
il a la peau & la chair fort iaulne auec 
vn noyau au dedans comme vne pc- 
îitenoifette : il lefautlahïcr tomber de 



f 



fahuu. 



VuA-CMt* 



Thom, 



JïtMiMowh 

AC4tOH t 



HiSl. deU M{/?. desPP. Capucins 
l'arbre qui le veut manger bon & lors il 
eft excellent: & le cueillant auant qu'il 
foie m eur, il eft propre à faire du verjus. 

Pciiourà eftfoithauc& non pas tanc 
gros que l'Abricotier: il porte vne fleur 
tirant furie bleu. Son fruid eft gros cô* 
merAbricor, ayant la peau & la chair 
fort iaulne , l'amande qui eft dans le 
noyau eft fort bonne à manger. 

FM-C^tcjft gros pommelés Pom- 
miers :1a fueille eft femblable aux O- 
rangers & fes fleurs iaulnaftrcs ; {on 
fruid eft long &gros comme vn œuf, 
il eft fort iaulne & excellent à manger, 
le noyau eft fort petit. 

Vitomcft grand comme le Prunier 
& a les fucillesafiTezséblablestfcs fleurs 
font blanchaftres&pctites.Lefrui& eft: 
gros comme les prunes & eft fort iaul- 
ne * au dedans il y a vn petit noyau tout 
rond, cefruid eft plus doux que les 
prunes. 

*Atêcnonbouïh acaioueft haut comme 
lé Pommier ? ayant les fueilles aftez 
femblables &c les fleurs bknchaftres 
m eflëes de rouge. Le fruiâ: eft fembla- 
ble aux prunes , mais beaucoup plus 
doux & eft iaulne lors quûl eft meur 



en Fljle de Maragnanl 



214. 



ayant au dedans vn fort petit noyau 
rond. 

Tachkha eftaffez CcmbhblcaiiVtu- ^ ,., 
nier: il a les fleurs laulnes & le fruiâ: 
comme les groifes prunes &c toutiaul- 
nc, auecvn périt noyau dedans qui eft 
très-doux & bon à manger. 

CayouécnCcmblàblezu Prunier 3 aies caynk». 
fleurs blanches & le fruiâ: comme les 
gros damas violets y ayant vn petit 
noyau dedans & eft fort bon à mâger. 

Maukaié-vHe eft fort haut, ayant les Mat * k «* 
fueilles aflez femblables au Poirier & ** 
les fleurs iaulnes : le fruidl eft rôd com- 
me vne moyenne pomme, la peau eft 
verte & la chair blanche, ayant vn petit 
noyau dedans, ceiruift eft fort doux &C 
bonâ'manger. 

OHtgiroHnz croift ordinairement 
qu'au long des fables fur Je bord delà 
Mer ô^n'eft pas bien haut: il a les fueil 
les affez femblables au Prunier 3 mais 
plus efpeftes: la fleur eft petite &rpu- 
geaftre: le frui&eft comme lesgroftes 
prunes & tout rouge 3 forr bon à man- 
ger, comme eft auffifon noyau. 

îMorecy croift encore dans les fablesWI 
a la fueille aiîez femblable à celle du 



QuagîrQit, 






Amyïo». 






MêtètoHrc* 



YtM*vyhth 



Vm-pTUf, 



Hift* de IdMifî. desPP.Capucm 
Coing: la fleur en eft iaulne; Icfruiâ cÛ 
aflez petit,vn peuaigtet & de fort bon 
goufh 

~ém)iou eft grâd comme le Pommier 
ayant les fueillcs va peu plus longues 
que celle des Poiriers & aÏÏcz fembla- 
bles: fes fleyrs font blanches: fon frui& 
eft comme les plus groffes pommer 
ayantlapeauvcrte 3 marteléecommeles 
Concombres ; elle porte vnç chair & 
vn noyau femblables à la chair & au 
noyau delà pefche&: demefmegouft. 
Mourouré eft fort haut, ayant les Vieil- 
les aucunemmt femblables auPrunjer: 
les fleurs (ont iaulnaftres :- le fruiâ: eft 
toutainfîquclaCerifeauecvnelongue 
queue & petit noyau, mais il eft tout 
iaulne & beaucoup plus doux, 

Vw-vytou eft fort grand & gros ayant 
lafueille longue & les fleurs, toutes 
bleues* fon fcui& eft gros comme vne 
Orange & de la mefmc forte; mais fort 
doux & excellent à manger. 

Vm pirup eft vn arbre fort haut ÔC 
tout piquant: la fueille eft comme cel- 
les du Noyer: la fleur eft de trois cou- 
leurs 5 iaulne 5 bleue & rouge : lefruiâ 
eft gros & rond comme les pommes te 

fors 







en rifle de Mardjwan. 21$ 

fort bon à manger : il ne vient qu'en la 
faifon des pluyes, 

Onmery eftgros & haut comme vn onmery. 
poirier 5 la fleur en eft blanche & le 
fruid comme vne grofle poire , fort 
bon à manger. 

^tfrafa eft femblable au Pommier, at*ï*: 
fruideft comme vnc moyenne pom- 
me y lequel eftanc en maturité eft des 
plus cxcellens qui fe piiifïe defîrer. 

Ouity eft encoraftez femblable au 0uk y : 
Pommier, la fleur eft blanche & [aune* 
lefrui&eft en forme dvn œuf de Poule 
& fort bon à manger. 

Vekey eft fort haut,& fi gros,quc deux VfKfy 
ou crois hommes ne le peuuent embraf- 
fer : il a les fueilles aiïez fcmblables au 
Prunier, & les fleurs toutes iaunes. Le 
frui<5t eft gros comme les deux poings, 
ayant vne coque dure comme la noix, 
& deux foisauflï efpefle; eftantrompuë 
il fe trouuc dedans icelle quelquefois 
trois , quelquefois quatre fruits qui 
font fort iaunes , & font fai&s comme 
va roignon : ils font tres-excellens a 
manger & tres-odoriifefans : mais il n'y 
a qu'enuiron demy doigt de chair qui 
couure va noyau toucenuiromié d'ef* 

Ff 






f 



lotttay, 



Tata vt*t. 



Htfl. de U MiJJl des PP. Capucins 
pinesfort délicates: fi bien que rongât 
la chair de ce fruiét par trop, oneften 
danger de fe piquer. Ces noyaux eftant 
feichez & brufîez , on trouue encore 
dedans iceux vne petite noix fembla* 
ble aux Amandes, & beaucoup meil- 
leures à manger. Si l'on iette trois ou 
quatre de ces fruits dans i'eau bouil- 
lante, elle prend le mcfmegouft com- 
me fi on y auoit faiârcuire vne pièce de 
bœuf,tendant vne greffe for tiaune qui 
paroiftaudeflus. 

ïhutey eftfort haut ^ ayant les fueil- 
jes aflez femblables au poirienles fleurs 
font blanches & portent des cofïès Ion. 
gués comme la main, & large de trois 
doigs ; au dedans defquelles il y a vn 
fruiâ: qui a vn petit noyau tout enui- 
ronné de chair fort bonne à manger 
comme les Pcfches. 

Ymi-yudcfr fort haut>ayant les fuçil- 
Ies plus longues que celles du Poirier &c 
■affez femblables $ fes fleurs font kunes 
& portent encore des coflès longues Se 
larges enuiron comme le précèdent: 
dedans lefquelles il y a deux Se trois 
noix rondes &r vn peu plâtres de la lar- 
geur d'vn grand fols, lefquelles citant 



en l'ijle de M&rAgn<m. ziô 

caflecs Ton trouue dedans vn petit 
noyau tout enuironné de chair affez 
femblabie aux Châtaignes , beaucoup 
plus doux & agréable à manger. 

Inga eft fort grand, ayant la fueilîe *»£"• 
affez femblabie au Pommier; la fleur en 
cft taune , il porte des coffes fort lon- 
gues & eftroittes remplies de pois , au- 
tour defquels eft vne chair fort blanche 
& très douce au gouft, 

Camion OuaJJbu eft grand & gros, c$m#o» 
ayanr la fu cille affez femblabie au Meu- "*» m * 
rier &c la fleur iaunaftre: fon fruiâ: eft 
conievnenoixdelagrofleurdupoing, 
lequel eftât rompu ,1 on y trouue deux, 
trois ou quatre noyaux , corne les grof- 
fes Amandes: ils font fort odoriférants 
& medecinaux: les Indiens s'en ferueat 
pour fe guarantir de la fleure le beuuanc 
en poudre auec de Teau. 

Cowtrou mirycft affez femblabie au cmarm 
Cerificr payant fa fleur comme celle du m»^ 
Pefcher: (on fruiâ eftvne noix comme 
vne groffe Pciche , il le faut rompre 
pour auoir cinq ou fix grains qui ibnt 
dedans fort bons & medecinau^. 

L'OuroucGH eft grand comme le Pru- 0wwWl 
nier \ les fucillcs (ont affez ! emblables à 

Ftij % 












Amonyloti 
Cotonnier* 






Hi(l. de U Mïjl des PP. Capucins 
f Abricotier : fa fleur eft blanche & fore 
belle. Il porte vn fcui&qui eftremply 
de petits grains rouges 5 dont les Indiens 
fe (eruent pour la taimure: auffi font ils 
fort foigneùx de le cueillir : il s'en trou- 
ue grande abondance en toute ceftc ré- 
gion. 

L*~4monyiou eft l'arbre où et oift le 
coton riln'eftpas bien haut , mais fort 
tofFu , d'autant que les Indiens le cou- 
pent par îe pied, tous les cinq ou fix ans 
a ce qu'il rapporte d'auantage: fafueillc 
coton, oh il eft a fiez femblable au Sycomore fauua-* 
c&ift. g t f es fleurs font trcs-bcllcs dVne cou-* 
Jeuriaune& quelquefois blanche, fai- 
des comme les clochettes ou Campa- 
nelles. Son fruiél eft comme les groffes 
Oliues, mais plus pointu par le boutjlc- 
queî venant à s'ouunr en trois,il fort de 
gros flots de coton , au milieu defquels 
■ il y a fix ou fept petits grains noirs : il y 
en a grande quantité à Maragnpty & par 
tout ce pays la. 

Il me feroitimpoffible de partiel 
larifer toutes les diuerfes fortes d'ar- 
bres fruitiers , dont ce pays là eft enri- 
chy. 
I l y a auifi tant d'arbres fteriles de di 



en lljle de Marœgnan. 227 

uerfcs efpeccs, qu'il feroit niai ayfédc 
lesfpecifiertousen particulier. le puis 
bien dire tonccsfois en gênerai qu'il 
n'y en a pas vn dïeeuxqui.ne foie ad- 
mirable ou pour la rareté de fon bois, 
ou pourles proprietez & fuauitezde fa 
gomme &defonfuc 5 ow pour labeauté 
de (on fucillagc & de fes fleurs , ou pour 
quelques autres femblables particulati? 

te-z. 

E t ne defîrant pas maintenant m'ar- 

refter à faire la defeription de tous, ie 
me contenteray de faire mention de 
deux feulement. 

L'vn defquels a cefte propriété -*V««- 
douurirfes fueillesau Soleil leuanr, & 
de les refermer tellement au Soleil cou- 
chant , qu'il feroble que le feu ay c palïê 
parledeflusdicelles. 

L'AVTREeft vn grand arbre fort 
haut qui n'a point de fueilles du tout pa- 
roiflant comme fec,& neanfmoins il cft 
tout chargé de bouquets de fleurs gros 
cnuiron comme la tefte , eftantdvne 
belle couleur îaune - 9 parfemec de fillets 
dediuerfes couleurs cxtreraemétviue$ 
auec tant de variété qu'elles font tres- 
bellcs & trcs-agrcables à l'oeil. Voila 

Ffiij 







ir - 



,/ 



Hîft.deU Mifi.des PP. Capucins 
particulièrement en quoy h Sapiencc 
Diurne fe ioùoit créant ce grand Vni- 
uerspour le contentement de l'Hom- 
me, lequel neantmoïns demeure ftupi- 
de & du tout infeofîble au milieu de 
tant de bien & d'vne fi belle variété, 
fans recognoiftre & en louer Ton Dieu, 
I l ne fe peut dire aufli combien de 
belles plantes & de très-rares (impies fe 
recouurent en ce pays , les vnes def- 
gZu'F qwcllcs portent des fruits, & les autres 

jintpies ait * m * n ' . f 

fays de m^ iont chargées de fleurs tres-agreablcs& 
ragnan. odoriférantes , n'y en ayant pourtant 
pasvnequi (oitfcmbkbleà celles que 
nous auons par deçà. lime fuffirad'cn 
nommer icy quelques-vnes des plus 
communes & des plus remarquables 
pour leurs fruits. 
ananas. L'ananas qui eft la principale de 

toutes les plantes, a les fu cilles fort lon- 
gues & eftroittcs , cannelées des deux 
coftez 5 il fort vne groffe tige du milieu 
comme à l'Artichaut , au bout de la- 
quelle il y a vn fruid tout femblableà 
JapommedePin 5 mais beaucoup plus 
gros & plus long. Il eft tout iaune com- 
me fin or par le dehors & eft fort odori- 
férant : au dedans eft vne chair très-? 



en l'ijle de Maragridn. 228 

blanche & délicate fans aucun noyau 
ny pépin : Ceft vn fruid très - bon & 
très-excellent à manger, ie n'en ay ia- 
roaisveu en France qui approche de fa 
bonté & beauté. 

LvKAromtA eftaflez fcmbUble a x*»*»». 
l^naaas: (es fucillcs ont vne aulne & 
dauantage de long, large de deux poul- 
ces & fort cfpeiTes , efpineufes des deux 
codez- Au milieu de la plante à la hau- 
teur enuiron de deux pieds au deiîus de 
la terre , il y a quatre ou cinq douzaines 
defruifts preffez les vns contre les au- 
tres. Ces fruias font en Pyramide 
triangulaire, longs comme le doigt Se 
tout iaunes dehors & dedans, très déli- 
cat & tres-cxcellent à manger. 

L'Yantmmacarou eft vne plante fort r*r*mm«. 
monftrucufe & bigearre , plus grotte r~ 
beau coup que la cuifïe, haute de dix ou 
douxe pieds , ayant cinq ou fix bran- 
ches qui font prefquc de méfroe grof- 
feut iufqucs au bout. Cette plante eft fi 
tendre que d'vnfeul coup d'efpee l'on 
en couperoit deux ou trois. Elle eft 
toute verte au dehors & blanche de- 
dans : iamais ne porte de fu cilles , mais 
e lie eft toute enuironnec d'cfpineslon- 

Ffiiij 






carQ&» 







Gyromon, 



i 



Kaker. 



tfuàzem; 



l'Hifl. de U Mtfs. des PP. Capucins 
gués comme le doigt : fa fleur eft rouge 
cramoifie meflee de bleu , d'où il en 
prouiét vn ftuïét plus gros que Iepoing, 
tout rouge par dehors , & tres-blanc 

parle dedans, remply de petits Depins 
qui fe mangent auec le fruicT, lequel eft . 
tres-doux & trcs-agreable /ayant le 
mefmc gouft que ks frezes que nous 
auonsicy. 

Le Gyromon eft vne plante quia les 
fueilies & ks fleurs femblables à cellede 
la Citrouille, LefruicT: eftvnpetitplac 
en rond & fort gros • la peau eft ten- 
dre & délicate; la chair en eft fortiaunc 
& très bonne à manger eftanc cuit- 
te. 

L e T<t{er ou Kafyr, eft fcmblable au 
Gyromon; iefruid d'iceluy eft long & 
gros & a la peau beaucoup plus dure, 
ayantla chair auffiiaune quele précè- 
dent, & eft excellent à manger cuid. 

L'rm éen eft vne forte de Melons plus 
gros que la refte, tous ver ds par dehors, 
&tous roaflîfs par dedans : fa chair eft, 
blanche entremefleedegraines noires' 
remplie de me tres-doux & agréable 5 
on Te mange cru commeles pommer 
Quand ce rruicl: eft côuppé en deux j 



Commanda 
OuaJÏQH. 



enïlsU deMaragnan. 229 

(x chair fe fond & refouttouteneauë. 
De forte que Ci vous faites vn trou de- 
dans R grand qu'il vous plaira,cn moins 
derienilefttoucremplyde fuc fi doux 
qu'il femblc eftre fucré 3 cftant tres-bon 
àboire&rafraichir extrêmement. 

Commanda Omffou, ce fonrfebues 
auffi larges & grolîes que le poulce, 
mais fort plâtres , lesquelles fonda fort 
communes & en trouue ton de toutes 
les couleurs. 

Ils ont aufïï abondance depois qu'ils commanda 
appellent Commanda Miry. Il y en a dix- $ry% 
huiét & vingt en chaque code ; ils font 
long & non rond, & meilleurs à man- 
ger quelesnoftres. 

Pour ce qui cft des racines il y en a &**#»« **, 
qu'ils appellent Teteuch & les François *""*' 
Patates, elles font très grofTes. Il s'en 
trouue de iaulnes, de violettes,de blan- 
ches & d'autres coûleursrellesfotottres* 
exccllentcsà manger en quelque façon 
queles vouliezaccommoder.Cettera. 
cine ne porte pas de graine , mais cftant 
couppèc par morceaux , & plantée en 
terra, ellegroffit en peu de temps, & 
multiplie plus qu aucune racine que 
nous ayon? par deçà. 



r 



Cara. 



Taia Ouaf- 



Uaniouy. 



' Hift. de H M ifs. des PP. Capucins 
Le C<m*refïernble à la précédente, 
ils'enretrouue de mefmegroiïcur, les. 
vnesfont pourprines & les autres vio- 
lettes, & fontplus ! fermes eftant cuit- 
tes , &c moins deliçattes que les Pata- 
tes. \ 

TaU Omfîou eft ronde , blanche &: 
groiïe comme les gros naueaux: eftant 
cuitte elle eft fort bonne & fort délicat- 
te à manger. 

Mandouy, eft vne petite racine qui 
fe trouue en la terre, groflfe & longue 
comme le poulce. Elle a vne petite co- 
que comm e les noifettes , dans laquel- 
le on trouue deux ou trois petites noix 
fort bonnes à manger. 

Le Maniocbcù, vne racine prone- 

r^tnH na S t f fr n< : P lantc oupctkarbrcauap- 

fantUmf*- pelle Mameup, qui aies fueilles comme 

tin*. le Figuier: elle eft groffe comme la cuif- 

fe : les Indiens en font la farine qui leur 

fert de pain , félon qu'il fera traité cy a- 

pres. 

Le Macachet eft vne autre forte de 



Mamecb va 



iAeatchet 
racine ânn t 
les Mata- 



_ racine qui vient d'vn arbriflfeau fembla- 
gnansfàtje ble au Maniocb 3 l'on en fait auffi de la 
d/caZ } T^ nc &c *u C*oum 9 comme il fera dit 



en Fljle de Maragnan, 230 

en fon lieu.Cettc racine cftânt cuitte eft 
fort bonne à manger. 

Mamocheté.cd auffivneracinepro- 
uenant d'vne plante femblable aux 
deux autres, & bonne à faite ce que 
■detfus. 

Mtnioch-caue cft vne autre racine en- 
core plus grofle que les autres, bien que 
l'arbriffeau foi ; tout fembîable : Elle eft 
bonne à fairç de la boûiIlie 5 & d'vne for- 
te deboiffon nommée Caracos*. 

Il y a vne autre racine appellècF/«3- 
popouytan, laquelle eft rouge y & eft fort 
propre comme les autres pour faire de 
la farine, dont les Indiens vfent ordinal 
remtntau lieu de pain^ftatu vne nour- 
riture fort ftomachale,legerc & dç faci- 
le digeftiom 



Maniochiti 



Manlach ca\* 

ne racine dot 

lesMara* 

gnansfont 

de la bouillie 

&/deU 

boijjon, 

Vfenpopotty- 
tan propre à 
faire farine* 













i 



Hijl. de U Mifè. des PP Capucins. 

D S S zA N I M A V X QF j 

fi retrouvent en IJJÎe de Mara- 
gnan & lieux voijtns, et>$remie* 
rement des Oy féaux. 

Chap.XXXIX. 

L fait bon confîdererlesA* 
nimaux ou S ignés Goéle- 
ttes qui dominent parmy 
^ le Zodiaque de cetteSphe* 
te de l'Vniuers: & fi quelquVn pouuoit 
fçauoir toutes jcsproprietezd'iceux, il 
en rcceuroit bien du contentement* 
Aufïî eft-ce va grand;plaifirde voir les 
Animaux élémentaires qui font pria- 
cipalcmcnt fous le pourpris des domi- 
ciles Cœleftes de ces Cœleftes Ani- 
maux. Que s'il eftoitpoffibledelesre* 
f prefenter tous en particulier & au naï£ 

Vm are- ;i n • ».'. A r 

flreàesAni ueit certain qu il ne le trouueroit per- 
tfi4i»y«rrf. fonoequi nelesadmira. Quelques A* 

mm* c#* les Signes ou Animaux Cœleftes con« 
i&tu ferent de beaucoup par leurs contï- 




tnl *IJle de Mar4gn<m. 23 r 

nuellcs influences à Mire des animaux 
tcrreftres.Plufîeurseftiment que le So- 
leil, fîtué au milieu du Monde D quafî 
comme lame du Monde 5 tout lumi- u SoUUo: 
ncux &-l'vnique fontaine delumiere 3 Y igmedeU 
chaud & médiocrement fec,eftlorigi- ^ w vi \ 
nc& la caufede la chaleur vitale de tout 
ce qui naift au Monde. Et d'autres df- 
fent que Iupiter 5 lequel eft tempéré 3 eft 
l'autheur du tempérament de toutes les i^h er m- 
créatures qui ont vie fous leCiel.Quoy tbtwti»tU 
quil en foit, ces deux belles planettes 4 
(le Soleil & Iupiter)ne faisant leur 
cours naturel hors les Limites &4â Ré- 
gion du Zodiaque, il ne faut pas douter 
qu'ils ne communiquent leurs vertus 
en cet Enclos oùils fontordinairemenf 
trop plus qu'ils ne font es autres lieux jf^^ 
qui leur font eflognez. Ceft ce qui fait p/ à'cyfc 
qu'en cette Région il fetrouue des ani. a »*' nMam 
maux mombrables & merueilleux^tant 
qu'il femblc à voir que Dieu & Natu- 
re fe foient cftudiez;particulierement à 
prouuoir ce Pays d'animaux admira- 
bles fur toutes les autres Regions,com- 
me la Baflecourt & dçlupiter & des A T 
nimaux Cœleftes, & fpccialejiient du 
Soleil 






Oy féaux qui 
je trouumt 
comunemmt 
au Pays* des 



tlfetrouue 
^eudûyfiaux 
kyiaragnan 
fuïnefoient 
kosàmagtr. 



BifcdéU ÏÊÏfs. des PP. Capudm 
Nous auons cy dcuant remarqué 
quelque? vncs des plantes qui (e rctrou- 
ucntetiïlfledzMarajmtn & lieux voi- 
fî'ns, ayant Tertre végétatif^ fi nous ne 
pouuons deferire tous les animaux qui 
font là ayant l'amefenfitiue feulement, 
pour le moins eftilà propos maintenât 
de particularifcr icy quelques- vns des 
piusiîgnalezdecepays 5 traitant pre- 
mièrement dé ceux qui habitent l'ait 
qui font les oy féaux , en après de ceux 
qui fe nourriffent des eaux qui lont les 
Poiflpns j & finalement des autres ani- 
maux &: beftes qui font en terre & vi- 
uentdeffus la terre. 

Il ne fc peut dire combien de fortes 
d'oyfeauxilya enl'Iflc de Maragmn&c 
lieux voifinstoutâutresquelesnortres, 
foit defpeces , foit de plumages , ion de 
beauté, foit de bonté 5 do o t les vus në- 
tient le plein pays en plein ailles autres 
appetent les eaux, les autres courent fur 
la terre & les autres font ordinairement 
domeftiques U familiers. Entre tous 
lefquck il n'y en a pas vn queie fçaehe, 
qu'il ne foit fort bon à manger>ce qui ne 
fc remarque pas icy 

Pour ie regard de ceux qui tiennent 



en l'Islede Mdrajmw* 



232 



le plein pays en plein air: ilyaplufîeurs °yfi ai * x ^ 

* r r % proye <\m Je 

qui (ont oyieaux de proye , entre au- tnmnt* 

treS, l/Larngnml 

VOHyraOmffoH qui eftdcux fois plus Qu raQm 
gros que n'eft vn Aigle, ayant latefte uhjjhH. 
moyennement greffe y mais les yeux 
fore affreux, & neantmoins toutronds 5 
portant vne crefte de plumes tout en 
rondeur en forme dVn cercle ou d'vn 
Soleil, tout fon plumage eftantgrifelé. 
Il porte vnelonguequeuë,au deffoubs 
de laquelle , comme auffi par tout la 
ventre 5 ileft parfemé de belles plumes 
toutes blanches & déliées non moins 
excellentes que ks Aigrettes. Il a la 
iambe groffe enuiron comme le bras 
& la main en forme de celle de Griffon 
bien large d vne paulme & demie^auec 
des griffes merueUleufementgrandes: ti 

Il eft fi furieux & fi puiffant qu'il peut 
porter &: defehirer vnMouton &terraf- 
fer vn homme, faifant la chiffe ordinai- 
rementaux Cerfs, aux Biches , aux oy- 
f eaux & autres animaux indiffçrémenr* 
Et bien qu'il foie puiffant & goulu, il 
peut toutefois demeurer quinze ou 
vingt jours fans manger, ce qui eft ad- 
mirable. A noftrc retour nous en ap~ 



IJ 



1 



Ouyratœ 
Ouyran. 



• Hifl.de la Mi/s. desVP. Capucins 
portâmes trois aiïez ieunes, dont il en 
rechapa vn que i on prefenta au Roy, 
qui a efté monftré & veu de plufîeursen 
Ja ville de Paris & ailleurs. 

h'Ouyratd Ouyrm 9 c{kvnc autre for- 
te d'Oyfeau de proye, affez femblable 
au précèdent, particulièrement pQur le 
plumage & pour les pieds, & pour le 
moins auffi grand , eflant vne efpece de 
Griffon» 
Qtqra OuyraOuaJJouPouytan 9 cBi encore vne 
ùmpQt*. autre forted'Oy feau de proy e de pareil- 
le grandeur quelcsfqfdits, portant vn 
plumage griuelé, & cft d'autant plus 
beau qu'ileft tout meflé deiaulne. 
: L M II y en ^d'autre efpece que Ton nom- 
ottatfou-on me Ouyra OuAJJoH-on : Us font grands 
comme l'Aigle, ayant le bec iaunaftre 
le plumage tout noir, fauf la queue qur 
eft blanche entremeflee de noir , & les 
ïambes iaulnes & rouges* 

Il s'en trouue dVne autre efpece 
que les Indiens appellent encore puyra 
ouajfou qui font les vrays Aigles ( pour 
Icmoins de ce Pays là ) Ils ont le bec Se 
les iambes rouges & tout le plumage 
griuelè. 

Le 



Ouyra 



enflfo de M'&ràgnan. 2.33 * 

Le r^WeftvnOyfeaude'proye ï 4ôm& < 
grand comme vne poulie: il aie bec 
iaunaftre & tout le plumagefgriueié. 

L e Taouato-y eft Vne autre efpece r^m^J. 
d'Oifeaudeproye tout femblablc au 
TœouaïOy excepté qu il eft beaucoup 
plus petit & n'eft pas plus grau d qu 5 v- 
ne petite Perdrix. 

Le K<trdkara>& vn autre Oifeau de K a ratAr ^ 
proye grand comme vne poulie ayant 
la tefte toute nuë &C fans plumes • ex- 
cepté qu autour du bec il y a vn petit 
plumage bleu: le refte defes plumes 
font blanches &; noires . 

&OuYOHcouréd,OuaJfoit> eft vne autre omoucou* 
forte d'Oifeau de pfoye auffi grand ^°*<#* 
que le Karakara &â la tefte greffe co- 
rne Vn Chathuan bu Hibou auec de 
très-grands & gros yeux tout ronds.ïi 
eft blanc fur la tefteôc griuelé par coût 
le refte du corps. 

Le chouâ n'eft pas plus grand qu'v- cfo**. 
île moyenne Poùlle,Sc eft vne autre 
forte d'Oifeau de proyequia auffi la 
tefte femblablc au Hibôu,fon ventre 
eft rougeaftre & le refte de fon pluma- 
ge griuelé. 

Le Kmmri eft tout femblable au i&mêi 

G or 
il p 




Si 



Dtuerfes 

ejpeces de 
Perroquets 
qùt je trou- 
vent à Ma • 
ragn<n, fa- 
cile s pour' 
apprendre a 
farler. 

Oujra ra* 



Tenàay 

CuJJQPi. 



'Hifi.it la Mifi. dès PP.Çapucws 
Chathuan eftant encore vne autre èÙ 
peced'Oifeau deprôyerfon plumage 
cftgris ôcies pieds en forme des pieds 
de Griffon.Tous ces Oifeaux fufdits 
ne viuent que de burin & pillage/ai- 
faut continuellementlachafTeà tous 
les autres animaux. 

11 fe trouue auflïen ce pais grand 
nombre de Perroquets de plufîeurs 
cfp.eccs & de diuers plumages mer- 
ueilleufcmcnt agreables/aciles à ap- 
priuoifcr& pour apprendre à parler, 
comme t'Outra rajoy \ qui eft grand 
comme vn gros Cliappon , ayant le 
■ plumage vert.il enfle & releue fou- 
uentesfois fes plumes &: en fait vne 
roue autour de fa telle non plus ne 
moins cjue les Paons font de leurs 
queuës,eftanc fort plaifant avoir pour ( 
l'admirable variété de fes couleurs; 
vous y en voyez de rouge,de verte^de 
bleue & de cinq ou fix fortes de cou- 
leurs tranfparan tes & changeantes. 

L'Ttnday èuffou eil vne autre efpece 
de Perroquet enuiron grand comme 
le précèdent dvn fort beau plumage 
diuerfifié de quatre couleurs, la tefte 
rougeole dos tout iaûlnc , le ventre 8c 



en iïjie de Mdtâgfiân. ^34 
ïe deflbus du col blanche dcflîis des 
aiflcs&: de la queue verte, & le dc'f- 
foubs iaulne , merueilleufement ag- 
greable à voir. 

L'Otiyra ïo*pc& vne autre efpece de o^uiouf^ 
Perroquet de lameime groileur que 
les precedens 5 !equeleft iaulne conv 
une fin or,de toutes parts/auf les ex- 
tremitez des aides & delà queue qui 
font d'vn très -beau vert. 

Lé CantâèéH vne autre forte dePer- cw*â& 
roquet tout bleu 6c comme azureftr 
le dos & tout iaulne au deflbûbs du 
ventre 5 ayant les deux coftez delà te- 
lle ésenùirons des yeux à'vnc peau 
toute blanchefans aucunes plumes, 
rayez de noir. 

V Jr& eft encore vne autre efpece At & 
dePerroquet vn petit plus gros que le 
Canide , la plus part rouge méfié par 
les ailles & en diuers autres lieux de 
iaune , de vert, de bleu,& autres cou- 
kursadmirables,portât la queue ainfi 
que les autres fufdits,longue enuirbn 
de deux pieds,Sc de diuerïes couleurs» 
lia les deux coftez delà teftcésenui- 
ros des yeux comme le Canide d'vne 
peau fans plumes, finô qu'elle eft tou~ 
Gg Jj 



'\\uruite. 



Hifî. deU Mifl. des Pp. Capucins 
tt blanche; & bien qu'on l'aye appii- 
uoifé.il n'eft toutesfois Gifeau de ca- 
ge û elle n'eftoit toute de fer, d'autant 
qu'il a vn bec crochu fî dur & telle- 
ment trenchant qu'il ronge tout ce 
qu'il peut attraper. 

Le luruue (autreefpece de Perro- 
quet)eft grand comme le Canide d'vn 
très beau vert entremeflé de noir, 
portant au lieu de crefte vn beau plu- 
mage de couleur toute bleue en for- 
me de Couronne deffus la tefte,ce qui 
eft m erueilleufement agréable à voir. 
Le Margana^ui eft vne autre efpe- 
m*%**4. ce de Perroquet, eftgros comme vn 
Merle ayant la telle fort greffe & les 
collez des yeux d'vnepeau blanche 
fans aucunes plumes comme Yjtrafic 
le plumage tout vertiînon qu'il s en 
trouue quelques vns qui ont le def- 
fbubs du ventre & le haut des ailles 
Orangez. 
,,- . JÎÈùfuuàU elt de mefme gro fleur 
que le iuldit , allièrent neantmoins 
d'efpece,ayantle plumage vertmelîé 
<le noircie ventre bleu , noir, vert &c 
violet. Outre ce qu'il eftd'vn afped 
mêrueilleufement agrcablcjil eft bien 



rs 



en rifle de Maragnânl z$f 

t-oft appriuoifé ^ & très-facile pour 
l'apprendre à parler. 

Le P<tr<tâud eft gros comme vne p "*Wv 
moyenne Poulie de ce païs, ayant, le 
delTus de la. tefte tout iaulne,tout en- 
touré de trcs-beau rougeole pluma, 
ge du corps dNm vert entremeflé de 
iaune par le deffus des ai fies Jl eft mer- 
ueilleufement beau, &. eft eftimé le 
vray Perroquet entre tous les autres 
qui parle mieux & qui apprend plu- 
ftoft 8c plus facilement. 

Le Touin miry n'çft non 1 plus gros Toumniry. 
quvn moineau, &c ne delaiffe pour- 
tant d'eftreefpece de perroquet très- 
aifé à apprendre à parler, &eftant ap* 
pris qui prononce èc parie des mieux. 
Ils font fort gentHs,ayant le plumage 
du corps tout vert, &le deflfusde la 
tefte comme aufli tout le rond des 
yeux pleins de plumes d'vn iaulne 
très-beau. 

Le Touin OuaJJou eft vn petit plus tomnou^ 
gros que le TouïnM ir?,eftant aufli &vJ otK 
ne autre forte de Perroquets,qui por- 
te le plumage d'vn tresrbeau vert 
entremeflc en diuers endroits d'vn 
Orangé merueilleufementvif 5 Sc eu: 
Gg iïj 






CùUtGH Cou. 



Hijl\deh Mi j?. des ? P. Capucins 
Tvii de ceuy qui parle des mieux 
eftant appris. 

Le Couîou couiovj) n'eft pas plus gros 
qu'vn petit Moineau,ila ledeflus d^ 
la tefte marquetée de rougeje pluma- 
ge qu'il- porte deffus 1-c dos eft vert &C 
bleu & tout vert au defloubs de Ton 
ventre. Il apprend aufS facilement à 
parler. 

Il y a encore beaucoup d'autres for- 
tes dOifeaux en ce païs-là^aufquels 
on apprend facilement à parler com- 
me l'on fait aux Perroquets de toutes, 
les efpecesfufdites.Ce qui eft bien ad- 
mirable au regard de ce qui s'en voit 
pardeçà,. Car pous n'auons guère plus 
que'cinqou fîx fortes d'Oifeaux qui 
puiflent apprendre à parler, & pas vn 
quifoitdVn curieux plumage:maîsea 
çefte lûcdeMarag?ta?7,8>camies lieux 
voifîns vous y en trouuez vn grand 
nombre, lefquels outre ce qu'ils font 
merueilleufement propres pour ap- 
prendre à parler des mieux, ils font fi 
beaux de plumages , di'udrfîfiez- de 
pînfieurs belles couleurs fiviues ôcû 
plaifantes qu'ils rauiflent à chaque 
fois ceux qui viennent à les regardée 



en l'ifle de Maragnan. i$6 

%£ confîderer. 

Le Ouyra-tain emn^ n'eft guère plus ouytd- um 
grand qu'vn Moineau, & neantmoins mm * 
il eft merueilieux en beauté :vray eft 
qu'il porte le plumage de la tefte & 
des ailles noir feulement, mais il a le 
bee,les piedsôe toutes les plumes de 
Ion corps d'vn rouge fiefclatant,que 
l'apperceuant de loin il vous femble 
que eeloitvn feu tout ardent, &c ne fe 
peut dire combien il fîffle plaifam- 
ment. 

Il n'y a pasvn feulde tous les Oi- Les °fo tax 
féaux fufdits qui ne foit fort bon à^v/^I 
nianger,fpecialement lesPerroquets, fefcw» 
neantmoms on ne les mange pas ti^ 
communément & ne font tant excel- 
les quVne infinité d'au très qu'il y a là. 

Entre autres il y a le Moyton, qui Maytov. 
eft grand comme le Paon,& eft affez 
femblable excepté la queuë:Il porte 
vnehuppe fur la tefte, ayant fon plu- 
mage moucheté ou marqueté de 
noir &s de blanc par tout le corps:c'eft 
vn tres-bel Oifeâu &c tres-excellentf 
à manger* 

Il y a le Moyton-tin Mirait qui t^cM^ton^tm 
^ae autre efpece grad comme lèpre- Mmn ± 
Gg iiij 




: 






ktcotê» 



lac su Ou 

É?oujh t 



*4raa)U(M a 



O'ifsAUfÙt 

tant <vnç 
çarnu 



Hifi.de la Mijs. des PP a Cdpucîns 
çcdent,mai.s il a le bec beaucoup plus 
gros, &enuiron deux fois auffi lono- 
eftanc large de deux doigts, 11 porte 
vne huppe comme l'autre, & atout le 
plumage rouge .& blanc, eftant fort 
agréable à la yeuë. 

Il y a le lacou qui cil vnyray Faifan 
afTez femblabie aux noftres .& très- ex* 
cellent à manger: ils font fort com- 
muns par tout ce païs~là ^ où il y en a 
très- grande quantité. 

Il y a le lacou Oubôuyh quiefl vne 
autre efpece de Faifan gros commevn^ 
Coq d'Inde tres-agreable à voir ayant 
le plumage de latefte tout bleu, les 
pieds rouges & toutes les plumes tant 
du corps que des ailles j d'vn beau 
noirtres-luifant. 

l\y zl'-^raceuan qui eft aufîî vneau» 
tre forte de Faifan gros comme vne 
Poulie ayant le plumage du col tout 
rouge 3 & tout le refte dVn iaulnepaiL 
lemerueilleufementbeau. 

Il fe troug e au ffi en ce païs vne au- 
tre forte d'Oifeaudont ie ne fçay le 
nom.feulementie diray qu'il eft de là 
grofleur d Vn Coq d'Inde ayant le 
Bec femblabie à iceluy : il porte vn 



m l'j/ïe de Uârâgnun* 237 
bois ou vne corne fur fa tefte longue 
comme le doigt; (on plumage eft gris D ^wh 
brun& eft vnQifcau fort bon "àjmâgcr. ^L^i 

Il y a le Nanbou qui cft vne Perdrix /* trouvent 
deux fois plus greffe que celles de ce *""*■*• 
païs,bien qu'elle foitaffezfemblable. &a»bo$ A 
Il s'en trouue là en grande quantité 
& font tres-excelleîites à manger. 

Il y aie Nanbou Ouaffou qui eft vne 
autre eipece de Perdrix, grofle corn- **"%*< 
me vn gros ÇhappQn,lon plumage eit 
gris & fes œufs font bleuz. 

Il y a finanbou-tw qui eft encore 
vne autre efpcce de Perdrix grofle in*nbm. 
comme la Poulie , fon plumage eft tm * 
tout blanc entremette de noir /fes, 
çeufs font gros comme ceux des Pou- 
les Se font tous bleus y dont les Indiens 
s'en feruent pour peindre & accom- 
moder leurs efpces lorsqu'ils vont à 
la guerre, ou bien quand ils veulent 
oiaflacrer leurs prisonniers pour en 
faire ynfeftin. 

Il y a le MdcQucaouâ qui eft encor M aC euc^ 
vne autre efpece de Perdrix groffe «*•• 
comme la precedëtetfon plumage eft 
de trois couleurs fort belles & naïues, 
içauoir eft de rouge, de blanc, & de 








Ttyean* 



Oaaycho, 



Ï*f6#. 



Etift.de la Mi/?, des PP:Capacws 
bleu/es œufs font pareillement bleus. 

Il y a le Toucan lequel n eft pas plus 
grand qu'vn Ramier ayant vn bec 
bien disproportionné à fagrandeur$ 
car il eft longdehuictà dix poulces^ 
& large de trois doigts .11 porte aa dé- 
liant de foneftomach comme vnpoi* 
trail large enuiron de trois ou quatre 
doigts, qui eft d'vn très-beau iaune 
orangé^out enuironne de rouge cra* 
moifi 5 le reftede fon ventre cffc tout 
bknc;ledeiïusdudosd vn beau rou- 
geoyant les ailles &: la queue noires, 
tant qu'il eft merueilleufement beau 
& des meilleurs a manger. 

Il y a encore vnejaucre efpece de 
Toucan que leslndiens appellent Ouay- 
cho,Q£XY eft de mefme grandeur que le 
précèdent; ayant le bec femblable, 
excepté qu'il eft rouge &c iaurte,fon 
eftomacli eft d'vn très- beau blanc,* 
bordé de rouge > les aifles noires 3 la 
queue iauîne&: tout le refte defoa 
plumage partout le corps, d'vn très, 
beau blanc , non moins délicieux à 
manger qu'il eft agréable à voir. 

Il y a le -fapou grand comme vn Pi- 
geon Jl a le becpluslang que le doigt 



en îijte de Maragnm. 23$ 

le plumage tant de Ton corps que d© 
fes ailles dVn très-beau vert de me* 
entremeflé de noir ; la queue coûte 
iaulne & longue d'vn grand pied, 
très-beau & très-excellent àmanger; 

Il y a le Upy Ouâf/ou qui n'eit pas g> °*«£ 
plusgrandqnVnMoineausilalatefte^* 
'blançhâtrcjle plumage de ion ventre 
eft d'vn très beau rouge cramoifi 5 le 
deflus des ailles eft vert &: la queue 
auffi,non moins beau au regard qu'il 
eft fauoureux augouft. 

Il y a l'Arafary qui eft grand comme Arafiuji. 
le Pigeon , ayant le plumage dd fon 
ventre tout blanc moucheté de rou-* 
ge,& les ailles toutes noi^qui eft vn 
manger fort excellent. 

Il y a tûàrottcpxi eft grand comme okwh.. 
la Perdri^il porte vne crefte fur la te- 
fte comme leCoq/on plumage eft de 
trois belles couleurs , de rouge, de 
noir,& de blanc 3 il va continuellemëk 
becquetant le long des arbres, pour 
fonder s'ils font creux & recognoiftre 
s'ily adu miel afin de le manger. 

Il y a : âuflï vne autre efpece d'Oi^ 0m ^ 
fëàu que les Indiens appellent Owôïï* 
«jui teflembié % la Caille de France* 






&.erac9U- 



$4**4, 




?4U êtâyr* 

Mtrj t 



Hifl\ de IdMifides PP à Capucins 
fixion qu'il eft deux fois plus gros,5ç 
qu'il a le cry difFeren^eHant vn man- 
ger bien délicieux. 

Il y a le S eracôupûuy ta?? ^qui eft gran d 

comme les moyennes Perdrix : fon 

plumage eft gris b!le mefléde rouge^ 

très-beau à voir & très bon à manger. 

Il y a ta SauU qui n eft pas plus grand 

qu'vn Moineau : il a le ventre tout 

iaulne,&: le refte de fon plumage gris. 

Il va ordinairement es Iardins pour 

chercher & manger lcPp.yure,eniellc- 

forte que la fiente qu'il fait , par tout 

où elle tombe furlaterre,elle produit 

du Poyure,que les Indiens ramaiïent 

foigneufement pour enfaire trafique, 

Voyla Tvtilité de çeft Oyfeau lequel 

fait l'Office de Iardiniçrfemant ainfî 

icPoyure par tous les boisi<jui fait que 

les Indiens difent communément 

que le Sauta eft bon Oiïèau,puisque 

fa, fiente leur fert pour auoir desferpes, 

des haches &c autres marchandifes 

dont ils ont befoin. 

lls'y trouue vne autre efpece d'Oi- 
feau grand comme le Pigeon^appelîé 
TatamyYd M try,qui fignifie le petitOi- 
feau de feu, d'autant que le plumage 



en F 1 (le de Mwagnan» xj'^ 
àe tout fon corps eft rouge comme le 
€eu,excepté qu'il a les ailles noires &c 
blanches , ou quelques vnes iaukies 
par les bouts. 

Loi* y en trouue d 5 vne autre elpe- 
ce nommé Tata ouyra Ouaftu, e'eft à r £$$* 
dire,le grand Oifeau de feu : d'autant 
qu'il eft plus gfand que l'autre (bien 
qu'il foitfemblable) &L gros comme 
vne Poulie. 

L'on y trouue l'Aroumara qui eft j rûUma r£ 
grâdcommelePigeôn,ayantlatefte, 
lesaiflesjle dos &; la queue d'vn beau 
plumage noir,&tout le ventre roUge 3 
il eft extrêmement bon à manger. 

L'on y trouue le #>r//V#i,qui n'eft Kjretaml 
pas plus grand qu'vnMoineau:Il a, le 
corps d'vn beau plumage tout de vio- 
let.mcflé d'vn vert de mer^ôc les ailles 
toutes noires $ eftant vn délicieux 
manger. 

Il y a des Ureuty qui font aflez fem- i&wfy 
blablesaux Tourterelles de ce|naïs : il 
-s'en troliue en quantité par toute ce- 
fte région, Se font fort délicats & très- 
bons à manger. 

Si ce grand Dieu eft admirable en 
laCr eation de toutes les efpeces d'Oi^ 








tffjff. 



Ouenon- 



Qyfeaiix 
nocturnes 
POèfpÔjh 
po&pQjh 



feaux fulhommez cant pour la gran- 
deur de quelques vns d'iceux , que 
pour la variété du plumage desautres$ 
II ne l'eit pas moins aux deux fuiuans, 
tant pour ieurpetitefie^ quepour la 
beauté de leurs corps- 
: Les vns s'appellent lafyyqui ne font 
pas plus grosauec toutes leurs plumes 
qu'vn Hanneton: Ils portent deflus 
leurs telles vne Couronne toute ron- 
de , laquelle eft d'vn beau plumage 
bleurtoutes leurs plumes fontvertes, 
diuerfïfiées & entremêlées de bleu 
par tout le corps.la queue feulement 
exceptée qui eft noire. 

Les autres s'appellent Ot&monbûuyh % 
êtfont encore pluspetitsqueles/^y: 
Ils ont vn petit bec long& memr.leur 
plumageeftde diuerfes couleurs fai- 
faut vn bruit en volant ainfi que les 
Hannetons , & lors qu ils font deflus 
les branches des arbres , ils fifflent 
plus haut qu'ils ne font gros. 

Il fe trouue auiïï de certains Oy- 
féaux nocturnes comme font les Pou- 
foyh Vôupoyh , qui font grands com- 
me les Milans & d'vn plumage gris 
meflé-ils crient & font vn bruit tout© 
la nuiâr. 



enti(!eâeMâr4gndn. 240 

L'on y voie auffi des Ouroutagouy^xx Ourour ^ 
font grands comme vne Poulie 5 leur <w« 
plumage eft auffi gris méfié: Ils crient 
coure la nui£tfe plaignant comme les 
petits enfans. 

L'on y voit les loucdurôittou qui font 
grands commeles Oyes^ilsont le plu* ioucoutoti z 
mage tout rouge méfie de noir : ils tQtâ% 
crient auffi la nuid comme les précé- 
dons. 

L'on y trouue les Andheurd qui font Andheur ^ 
Chauuefourisprefque feblables aux 
noftres &c beaucoup plus grâdes,cnat 
auffi bien plus fore & d'vn cris plus ef- 
froyable. Elles^ntrent la nuit dans les 
loges,&: fi elles trouuent quçlqu'vn 
defcouuert en dormant elles ne man- 
quent pas de l'attaquer Je prenant or- 
dinairemétpar le bout du gros orteil 
tac qu elles emportêt la pièce fansque 
l'on s en apperçoiue>&: fuccent infen» 
fiblementlefang en grade quantité 5 y 
laiflant quelque douleur: &: quoy que 
la douleur ne foit pas grande,elle vous 
contraint neantmoins le plus fouuent 
de demeurer dasvoftrelid de cottoa 
enuiron Tefpace de vingt quatre heu- 
res, à caufe du fangquevousne pou- 
liez eitancher finon par le repos. Ces 












Hift .delà Mifi. des PPoCâpucias ' 
animaux participêtawcunemét en ce- 
la de Thumeur des habitans lefquels 
font fî cruels &C inhumains qu'ils ne 
v font aucune difficulté de manger la 
chair Se lefang de leurs ennemib:ceft 
vn Oifeau dont les Indiens ne man- 
gent point. 

Quant eft des Oifeaux qui appet- 

°JlZtLes. tcnt Ies eaux * ^ y en a auffi beaucoup 
de forces , dont les vns fe nournffenE 
de Crabes ou Efcreuiffes &: autres pe- 
tits poiffonsquils trouuent furies fa- 
bles èc greues de la Mer : ôc les autres 
font continuellement la chaffe , nori 
feulement aux Efcreuiffes ou Crabes^ 
mais auffi aux Mulets &aiixpoifïbns 
volans. 

effara. Entre autres l'Ouâra eft vne efpece 

de Courlieu qui a le bec làng poiir le 
moins dé demy pied, fort menu &£ 
pointu par le bouc. Son plumage eft 
d'vn très-beau rouge incarnadin, de 
toutes parts, ïïnon quelques vns qui 
ont les extremitez de leurs aifîes noi- 
res. Lors qu'ik (ot cuits,ils ont la chair 
prefque toute rouge & font très-bons 
à manger. Ce font oy féaux de compa- 
gnies que l'on trouue en grand nôbre 

par 



en fljlt de MàYdgndn* 241 
bar trouppe fur le bord de la Mer. 
Quand la nui£fc vient, ils fe perchent 
fur les ApparïturUrx là chair en eft fore 
bonne. 

Le Tamdtian eft auffi vne efpeee de t4m(tt i^ 
CtfW/^feniblableaux precedens,ex- 
eepté qu'il eft d'vn plumage gris & 
fore bon à manger il s'en trouue aiiffi 
partout en grandfe quantité es enui- 
rons de la Mer. 

&Qukara«on eft encore vne efpeee OM*cara.àn 
de Courlku tout fembîable aux autres, 
mais de diuerfe efpeee, ayant le plu* 
mage tout noir j il eft auffi fort Bon â 
manger* 

Le Maouarip eft vn Héron aflfez Maou*r/? 9 
Femblables auxnoftresjon en trouue 
quantité fur les fables de la Mer. 

Les Ouir*~tm font Oyfeaux que 0/ ^W^ 
nous appelions Aigrettes, elles font 
grandes enuiron comme les Oyes:el- 
les ont les plumes tres-blanches 6c 
tres-richeSjComme Ton fçait, eftant 
fortagre^bles avoir &; tres-excelleri- 
tes à manger. Ily en a grand nombre 
par tout ce païs-là. 

Les Ouâcara font petites Aigrettes o UM m 
grandes comme le Courtier les vues 
b Hk 



1, 



Pnirj, 



Hrfi. âe h Mifî.dés PP. Ctpacms 
font blanches, &< les autres grifes 3 fô 
toutes en grand nombre & bonnes â 
manger. 

tes iW/>j , font Serfeilles qui fê 
trouuent abondamment par tout le 
pais : il y en a de noires , de grifes & 
d'autres couleurs diuerfes, eftant vn 
trefbon manger. 
li^jfjm. Karyçyr* eifc vîie efpece d*Oyfeaa 
que l'on appelle Fourgade^ qui font 
continuellement la guerre aux poif- 
fons'voIans,aiiïjG qu'il a efté dit au cha- 
pitre -hui&iefme* 

L'dtycilgrmd comme les moyen- 
nes Aigrettes ; tout leur plumage eft 
blanc, ayant vue plumeau milieu de 
la queue longue dVn pied ou pied fie 
demy,& fort eftroitte, qui eft riche &C 
.merueilleufemcntbelleiilvaordiïiai-i. 
rement fortauanten laMerfaifantla 
chafle auxpoiffbns. 

LcTciouiouch eft plus grand qu vil 
oc] a mde,ayant le bec d vn pied de 
long & de trois doigts de large, fa te- 
lle eft noire , fon col fort long & tout 
blanc Jes aifles grifes, les ïambes hau- 
tes comme les Cigong v s mais beau- 
coup plus groffesjfibien qu'eftant dé- 
boutai eft haut comme vn homme Se 



#Q. 






tn H fie de Màragndh. 24 i 

fort bon à manger. Il demeure ordi- 
nairement dans lès prairies le long des 
riuieres. 

Le lâuowou eft vne eïpece d'Ôyfeau uuomo^i 
quafî de mefme que Je précèdent, 
ayant lebecjatefte& les extremitez 
des aifles, noires. 

Ily a encore les Oy féaux qui habî- oifa*xtfà 
cent les campagnes &£ fur la terre,Na- ^twwLt 
turc ne leur ayant donné des ailles fuf *n fais des 
fîfantes pour prendre Fair & s'efleuer **&*&***{ 
feulement furies arbres, coftime eft 
ÏXànâoU efpece d'Autruche qui eft rÀ 
fort grand & beaucoup plus grand 
qu'vn homme. A la vérité il ne voje 
point, mais en recompen fe il eft fi lé- 
ger àlacourfe^qu on ne le peut point 
attraper 1 on les voit' ordinairement 
courir par compagnies; 

Le Sali an qui eft plus grand qu'vne s*ft**\ 
groflc Poulie dlnde^afesiâmbes lan- 
gues comme la Gigongne èc ion bec 
ièmblable : fon plumage eft de gris 
cendré^il ne peut voler plus loing que 
doufceou quinze pas -, mais il court ïi 
fortôcfivifte,que les chiens ne le peu* oifemx^ 
uent fuiure. njouuusd* 

Pour le .resard des Oyfeaux do~ ""ft'i»<\- 









. 




AmgHan 



Omra Sa- 






Vféé. 






Petiiyt 



Vicafloti. 
PicaJfoutM l 



■Èijt. deUMifi.desPP. Cdpucins 
meftiques,ils en ont auffi abondam- 
ment. Ils ont les Coqs & Poulies d'In. 
■ des^ppellées sîraignm, qui multi- 
plient extrémementdanscepaïs. 

Ils ont auffi grandiffime quantité 
de Poulies communes, aflez fembla* 
blés auxnoftres, qu'ils appellent Oui- 
ra Snfoukay : ordinairement quand el- 
les ont fait cinq ou fix œufs, elles les 
couuent, & entoutesfaifons que ce 
foit 5 ce qui efteaufe quelles multi- 
plient fi abondamment. 

Ils ont auffi des Oyes qu'ils appel- 
lent Vpec , beaucoup plus belles & 
meilleures à manger que les noftrcsj 
eftens aflez fembiables en grandeur. 
II y a encore grande quantité de 
Cannes & de Canars qu'ils appellent 
■jPs/irftplus grands que les noftres$d'vn 
plumage plus beau,&font beaucoup 
plus excellens à manger. 

Us ont encore des Pigeons ramiers 
qu'ils appellent vicajfou, èc autres Pi* 
geons communs nommez vicajfoutw. 
Il fe trouueplufieurs des Oyfeaux 
fufdits que les Indiens appriuoifent 
fort facilement^ les rendent dôme - 
ftiqueSjtantpourleiirplaiiîr que pour 



en rifle de Màfâgnttn. 243 

en manger &.v(cr félon que bon leur 
femble. Il n'y a perfonne qui ne de- 
meure tout rauy &; qui n'aye bien fujet 
d'admirer la Sapience &. la Prouiden* 
ce de Dieu voyant vne telle variété 
& la beauté fi grande des Oifeaux que 
Dieu a mis en tout ce pais de Mara- 






DÇS rPOISSOTiS QVI SE 

trouvent au pdïs de 
tJMaragnan, 

Chak XJL 

I la Région de Fâireft mer* 
ueilleufement peuplée de 
Oyfeaux en ce païsde Ma* 
ragnan & autres lieux voi- 
Tinsses eaux ne le font pas moins ( à 
proportion)dVneinfinité de poiflbns^ 
dont les vns font ordinairement en la 
Mer, & les autres fe trouuentés fleu- 
ues^iuieres & eaux douces. Et n'e- 
fiant poffible de particularifer toutes 
les diuerfes fortes des Poiffons qui fe 
retrouuent-là^non plus que de nom- 








H i fi Je la Mifi, des PP.Capucws 
brer les Eftoillesdu Ciel, ie me con~ 
tenteray d'en, fpecifïer icy quelques 
vns des principaux,des plus, communs 
&des meilleurs. 

f&Ét Entre ceux delaMeafttrouuele 
çQmmme- Ouaraouâ^ qui eft plus grand & plus 



«w gros que le plus grand bœuf quifoitJL 
( a la telle affez femblable à. celle du 



M&razrMn. 



^ch de Bœuf, excepté qu'il n'a point décor- 
ez', ~ /r i > i , - 

ne 3 come aulii nnapasdepieds; mais 
au lieu cTiceux,il a des a; fierons auec 
lefquels ilnagedladegrosos comme 
le bœuf 3 il a de la greffe corne le bœuf^ 
&a la chairaffez femblable à celle du 
meilleur^ bœuf qui fe puiffe trou'uer, 
iinon qu'elle eft vn petit plus blanche 
&: plus courte, entrelardée & extrê- 
mement fauoureufe, dont le potage 
eft fort bon comme celuy de bœuf} 
qui fait que les François appellent cç 
peiffon la vache de Mer. Il fe nourrit 
d'herbes & de fueilles \â * Jipparituriers^ 
qui font fur le riuage de la Mer : Ie croy 
que c'eft ce qui fait en partie qu'ils 
font lî bons à manger. 

Il y a le vyra-on qui eft long plus de 
fix pieds,& plus gros qu'vn baril: il a 
les efç^illes toutes noires^ grandes 



&&&-$ 



en Ylfle de Ma'agnan. 244 

comme la main,&: eft très bon à- man- 
ger. 

Il y a le p/Vt^w autrement C^mm- PtM . fem \ 
reupouy , qui eft de mefme longueur «i c^« 
que le précèdent & gros à proportion, rw W* 
ayant les efcailles plus larges qu va 
tefton. 

Il y zfOuyry qui eft long de trois ou uo ^ rj . 
quatre pieds & gros comme la cuiffe: 
Il a la tefte fort large : & au deflus du 
dos, il porte des aifleronsenuironde 
demy pied de long & fort pointus, 
dont la piqueure eft treWangereufe, 
combien qu'il foie lVa des meilleurs 
Poiftbns de la Mer. Il son trouue de 
mefme efpece en l'eau douce,qui font 
odoriférants & comme mufquez. 

Ilyaauffi ÏOufy Iouue qui eft tout o^you 
femblable au precedent,excepté qu'il 
eft tou-t-iaune:& eft fort bon à mâger. 

Il y a fOttâcara qui eft aftez fembk- om&ra. \ 
ble aux Alofes , finon qu'il eft beau- 
coup plus grande plus gros,& n'eft ft 
arefteuXjCe qui ierend bien meilleur. 

Il y a Fouàtoucofipa qui eft vn Poif- o$umco»z 
fonà efcaille,de deux grands pieds de f - 
long,iaunaftre fur la tefte,&: eft très- 
bon à manger. 






tte % 




touremdn 



Pœiuty* 






fir* Corn 



Çamhourj 

Qh*J[gu>. 



OttMtram. 



Yauefoty- 



Hifl.de la M if. des P F. Capucins 
Il y aie Coureman Oukffbu qui eft toufc 
fernblable au Mulet : mais long de 
plus de quatre grands pieds & gros à 
proportion. 

II fc trouue là vne infinité d'autres 
Mulets de Mer qu'ils appellent Paratji 
Us font plus petits que les precedens, 
&: tout fcmblables à ceux que nous 
voyons icy, mais beaucoup plus gras 
ô£plusexcellens. 

Il y a le Tira Couâue qui eft aflez 
fernblable an ?*raty'& grand dVn 
pied&demy. 

Il y a le Camboury Ouâjou, qui ref- 
femble beaucoup au Bar. Il q|t grand 
enuiron de quatre pieds>& a fa sefte 
affez fernblable à celle d'vn Pourceau, 
fa queue eft iaunaihre Se eft plein de 
petites efcailles. 

Il y a l'Ouuaram^ qufeft vn poiiïon 
à efcailles & grand de deux pieds. 

Le Ta'ùebouyre eft vn poiflbn plat 
afîez fernblable à la Raye, mais beau- 
coup plus grand: II a plus de deux gra- 
des brafîes de long Se autant de large 
& plus d'vn pied defpez; fa queue eft 
longue d'vne grande brafle& demie-, 
?u milieu de laquelle eft vne pointe 



enl'llje de Mâùgnan, 145 

pn forme dé dard,beaucoup plus lon- 
gue que le doigt,la bleflure de laquel- 
îeeft fidangereule,que bien fouuent 
on eft contraint: de couper la partie 
deceluyquien eftpicqué. 

Il y a le Narinnary quieft vn autre #,,}„„„£ 
Poiflbn plat,aflez femblableauffià la 
Raye,qui a quelque fix pieds de long 
& autant de large-.fa queue eft longue 
cnuiron d'vne brafle, au milieu de la- 
quelle il y a encore vne pointe com- 
me au précèdent, mais longue enui. 
rond'vn grand pied.ôcfortdangereu- 
fe:Ce Poiflbn eft tout rayé de noir,ô£ 
de blanc. 

Il y a l'OuÂra qui eft vn poiflbn plat, om*\ 
ayant deux grands pieds de long,& 
plus d'vn pied de large. Il eft d'vne 
couleur argentine & fes aillerons font 
ïaunaftres. 

Il yzUcara Ouâfou quieft vn poif- ^ 
fonplat ; grand enuiron de trois pieds, 
& large à proportion. Il eft noiraftre 
& tout efcailleux. 

Il y a ÏKcavAveue qui eft vn poiflbn aww ?ej, 
plat, ayant enuiron vn pied & demy m - 
de long&vn pied de large : ar "-fte 
toutfemblable au orecedem 




I * 






séeafa Pou. 



ioti 



Paroft, 



Hift. de h Mif. des P P. Cafucins 
II y âl'Acara voytan qui eft auffi va 
Poiilpn plat,fcroblablc à l'Acarapeue^ 
excepté qu'il eft tout rayé de rouge & 
de blanc. 

Il y a l'Acara vourourou qui efl: auffi 
vn poifTon plat femblable à l'autre, fu 
non qu'il eftnoiraftre Se tout rayé de 
iaulne ; . 

II y a encore ÏAcaraMu q-uieft d'vn 
pied de long, plein d'efcailles, & a la., 
tefte verte ^eftanciaulnepardeffus le 
dos & blanc par le ventre, 

Il yalep<w?# qui eftvn poifTon plan> 
de la grandeur de l'&c4raGouaffèu,te 
afïez femblable : il eft efcailleux Se 
tout noiraftre. 
^imjfé. H y &l'Aramafpt qui eft auffi va poif- 
Ton plat, aflez femblable à la Sole de 
ccpaïs,long plus de deux pieds, large 
à proportion &:efpezdeplusde trois 
doigts,ayant le ventre blanc, & le dos 
&oir,eftant tres-bon à manger. 
( ; II y avne autre efpece de poifTon 
nommé Araôuaoua qui a plus dehuiib 
pieds de long, & la peau fort dure, 
femblable au Reqmen, dont il a efëjé 
parlé cy-deuant. Il porte au bout de 
fotx mufeauvne efpéeen forme défie 



'AfAWAOlM* 



(n rifle de Maragnan» 2,4.6: 

longue de deux ou trois pieds , auec 
laquelle iltuë les Poi.ffbns. 

Le vanaparun eft long enuiron dz p *»*t d *i 
fix pieds,ayant la peau tort dure & ai- 
fez femblable aux precedents.il porte 
auffi vne efpée au bout du mufeau, 
longue enuiron de deux pieds. 

Le vdcamo lequel n'a point defcail- Pac4m \ 
les eft grifaftre & long de deux pieds, 
ayant la tefte fort greffe pour lapro-., 
portion de fon corps beaucoup plus 
menu^il fe trouue ordinairement fous 
les rochers. 

Il y a le caramourou affez femblable caram^ 
à l'Anguille, long d'vne braffe 8c de- .?* 
mie & gros à proportion : il fe trouue 
auffl ordinairement foubs les rochers^ 
il eft fort bon,mais fa morfure eft bien 
dangereufe. 

Le Tinmoceu OuaJ/iu eft aulTi fembla- tmmocm 
ble aux Anguilles , fors qu il eft tout ow/w. 
blanc & long plus de deux braffes, 
gros à proportion , ayant le mufeau 
femblable au Brochet, & long d'vn 
grand pied. 

11 y a encore le vanydnaiôu fembla- ^«j^i 
ble au précèdent , tout blanc & de ' 0f *° 
snefmç É longueur, Il ny a point d$ 








d 'eaux âou* 
ces q&$ fe 
trouvent 

vers Mœfœ- 
gmn. 

Votêrt^ê. 
poijfîn ad- 
mrMe B 



^eurtmatà* 



Bifi.delaMifi. des PP. Capucins 
différence finon que fa mafclioire de 
deflbusjeft beaucoup plus longue quq 
celle de deflus. 

Entre les Foiflonsdes Fieuues& 
autres eaux douces ^ le vourakè eftad» 
mirabk:il eft beaucoup plus gros que 
la cuiiïe, & long enuiron de quatre 
pieds 5 &; crutr§ qu'il eft tres-agreable 
i voir pour la diucriîté de fe&couleurs^ 
eftant bigarré de rouge, de bleu, de 
v ert èc de blanc 5 il a cefte coutume de 
ne fefoucier de quelque coup d'eipée 
que vous donniez fur luy &:ne fe re- 
mue aucunement pour quelque coup 
qu on luy donne : d'autant qu'il a la 
chair fi molafle^qu'eile obéît au coup, 
fans qu'on la puifle percer. Que fi pen- 
dant qu'on le frappe , il vient tant foit 
peu à fe remuerai vous eftonrdit telle- 
ment le bras, Sç vouscaufe vne telle 
douIeur,qu'il vous fait reculer quatre 
ou cinq pas en arrière , vous faifant 
choir d'vn coflé , & voftre efpée de 
l'autre, ain.fi qu'vn Gentil-homme de 
Hoftre Compagnie en a fait; l'expé- 
rience à fes defpens. 

Le Courimœta e&vnc autre forte de 
PoiiToaqui approche bien fort de la 






en rifle de Maragnan* 2,4 7 
Carpe,mais de beaucoup plus long &c , 
plus largejCar il a plu s de quatre pieds, 
&; eft Tvn des excellents Poiflbns 
qu'on puifie manger. 

Le ïourouuy eft gros comme la cuifle sourouu^ 
§£ long de trois quartiers : il a la tefte 
fort grofle,&; eft efcailleux comme la 
Carpe. 

Le Taconda eft long de trois pieds ucêmU. 
«nuironné d'efcaîîles,& tout rayé de 
iaunCjde rouge & de blanc. 

L 9 Acara eft enuiron d'vn pied de long ëA*t*l 
& prefqueauffi large, & tout enuiron- 
né d'ef cailles, eftant rayé de rouge fus 
la tefte en forme de fleur de Lis. 

Le Mendouuel eft long d'vn pied & MendouyeL 
de couleur rougeaftre. 

Le vvrain eft long d'vn pied^ large ^ 
d'vn demypied;il eft fans efcaiiles,&: ■ 
de couleur iaune& rouge,il a les dents 
qui couppent plus que des cifeaux. 
De là vient que les Indiens le aom- 
ment p^r^qui fignifïecifeaux. 

VoçeaneVt enuiron comme le vyrain^ opm\ 
ayant les dents tranchantes comme 
luy,&alapeautoute rayée de rouge. 

LeTarebure reflemble allez au varœ- T*nh#re) 
ty; excepté qu'il eftplusarefteux,Sc a 



ïehjt. 



Tkmoata, 



Tjrœfj- 
nïw. 



PjrâCotiœ 
re. 






Sarapo, 

'Moujfox, 

Ctahes o#f 
'Cancres* 



HiftJe U Mifi. des PP. Capucins 
ks dents au flî fore trenchantes. 

Le leiûftcik comme le Tharehurejà- 
taon que 4a tefteeft bleue &; plus ton- 
dej&s'il n'a pas tant dareftes:ia queue 
eft rouge,eftatn rayé de iaulne & de 
rouge par tout le corps. 

Le Tamoata eft v'n petit poîfïpn long 
de demy pied, & tout armé d'efcail- 
les* comme des braffars ou gantelets 
defer.il a kchair fort iaune &de bon 
gouft 

Le vyra-pymrn eft enuiron de deux 
pieds delong, il eft tout blanc, fauf la 
teftequi eft bigarrée^ la queue tou- 



te rouge» 



«-» _ ,......, . .. 

Le vjrà CàtUrït& aftez femblable 
au Merlan,fauf qu'il eft efcailleux,& 
tout rayé de gris Se de blanc. 

Le vyidue Ouafiou eft aftez femblable 
à rEfpelan^finon qu'il a la queue rou- 
age, & eft plus gros & beaucoup plus 
excellent à manger. 

Le Sarapo refîemble aucunement 
aux Lamproyes, excepté qu'il eft vn 
peu plus large.&ale nez plus long. 

Le MquJJou eftaiïez femblable à l'An 
guille 5 Sc eft long de quatre pieds. 
îl fe trouueauffî diuerfes fortes de 



en Fljle de Maragnan. 24S 
Crabes ou de Cancres 3 comme les 
OuériïomoWtlcfqucls font plus grands 6wpfo\ 
queles deux mains,gros à proportion m0in \ 
èc prefquè troue blcus^ayant leurs mor* 
dans ou leurs deux pieds de deuant 
gros comme le poing 5 ils fe nichent 
dedans des trous qu'ils font en terre 
<&£ aux pieds des arbres 5 d où on Ici tire 
mal- aifément, & font bons à manger, 
il y en a d'autres qu'ils appellent 
Ouffa , grands comme les précédents} Q ^ 
ils ont lesiambes velues &Tont rou- 
ges 3 ils fe trouuent dans les racines 
des .Aff&rimrkrs 3 qui font le long de 
la Mer e 

Les Quia Ouajfou font Cancres plus ouUo&fî 
grands qu'vn pied,quife trouuent fur M 
les rochers parmy les Huiftres . 

Les KTAtou font vn peu moindres que Ammi 
les precedens, tout rayez de iaulne,& 
de bleu^&fe trouuent en la Mer. 

, Les Ssryfe trouuent aufli en la Mer, Str J* 
il y en a de bleus & d'autres blancs. 

Les Kouara Ouffa font Cancres tout jouam 
blancs ,&; plus gros que le poing, qui °^ e 
appetent l'Ambre gris, tant que quad 
il y en a fur le bordée la Mer à def~ 
€ouuert,oumefme caché dedans les 



f 



M. 



Htfr. de la Mifi. des PP. Çâpucîns 
fables, ils s amaffent tous autour, h 
prennent par gros morceaux & le por. 
tent dedans les trous où ils nichent. 
Ceux qui le cognoiffent le vont là 
trouuer. 
*#t*ttof* ï 1 y a Vautres Cancres nommez Ou- 
rdYoup plus gros que le poing, qui ne fe 
trouuent qu'en feau douce,oùles Ouf- 
façeue repaiflent auffi ordinairement. 
Il y a vne autre efpece d'animaux 
' nommez Capyyuarey afTezfemblables 
aux Loups Marins,ayantla queue Fort 
petite, lefquels ne fe trouuent aufïi 
qu'es fleuues &riuieres. 

Il y a des Crocodilles qu'ils appel- 
lent Tacare, gros comme vn homme, 
grands à proportion' & bien dange- 
reux,eftan t tout armez d'eicailles fort 
dures>& ayant les dents fort longues 
& trenchantes. 

Les Senenboy font Lézardes plus 
girofles que laïambe.aiTez femblables 
aux Trf^/, qui ne ^mordent point:ils 
font tout verds &c bons &c manger : ils 
Vont deffus les arbres auffi bien que 
dans les eaux. 
femouaf- LesTeiou OuajJoH font encore e/pe- 
'('"- ce de Lézardes de mefme façon que 

les 



Téctrè, 



Senenhoy, 



en l"l (le de Maragnan. 2.49 
precedens , excepté qu'ils fontraye^ 
de bleu^ôc font bons auffi à manger. 




DES ^NIMAVX TER- 

nftmquife trouumt au pais 

de J^îaragnan. 

Chap. XLÏ, 

L refle maintenant à tral- 
der en troifiefme lieu des 
Animaux terreftres qui fe 
retrouuent tant en Tille de 
Maragnan qu es lieux circonuoifins, 
dont les vus courent parniy le païs 3 &: . 
les autres rampent fiurk Terre ï entre iZ7S 
lesquels il s'en trouue peu qu'ils v\ct m *o#rèà- 
foient fauuages. t* m ï l * 

Il y a les Cerfs & les Biches afiez <•*?»**. 
femblables aux noftres , qu'ils appel- „ „ 
ïenc Souafeu ^cpar. Af £. 

Il s'y trouue grande quantité de - , ' 
Cheiireuls nommez Somffou. S0M ^ U 

Il y a les Tayajjou qui font efpeees 'v*jéfikï 
de Sangliers, differens neantmoinsà 
ceux que nous auons pardeçà, en eé 

lx 






Tœjajjhit 
èie m 



Hift* de U MijïJes PP> Capuuns 
qu'ils font pluspetits,&: puis ils ont va 
trou fur le dos > non plus ne moins 
qu'vn foufpirail, dont ils exhalent vn 
odeur fore fuaue 3 & fe trouuent en 
grande quantité^ courant en tronppe 
parmy le pais. 

U s'en trouue d'autres de mcfme 
efpece que les precedens > nommez 
Tûyajjou été ^2. raifon qu'ils font beau- 
coup plus grands que les Sangliers de 
par deçà. 

U s'y trouue des Porc-Efpi en gran- 
coenâoti* de quantité , qu'ils appellent Ceendou^ 
ils font grads comme nos Sangliers^ 
ont leurs Efpi&aiguilions longs pour . 
le moins d'vn picd^lesvns plus grads, 
hs autres pkis petits , marquetez de 
blanc ôc de noir, eftans gros à propor- 
tion &merueilleufement pointus. 

Il y a vne certaine efpece d'ani- 
maux ï\ommèTamandôtéa 7 grznàcom^ 
me vu chenal 3 ayant la tefte fembîa- 
ble àcelledVnPourceau;les oreilles, 
à celle dVn chie^Ie mufeau fort poin- 
tu & long enni-ron d'vn pied3la langue 
fort longue & efïroi&ejle poil de tout 
le CQrps , affez femblableàxeluy du 
Cheual , finon qu'il eft plus gros * la 



Taman* 
douât 



in l' K lflè âeUarâgnan. 24$ 

^ueuëtoffuëjpareillement corne cel- 
kdu Cheual: les pieds fourchus com- 
met Bœuf. Cet animal al'aftucede 
mettre fa langue dedansles fourmiliè- 
res ou defius la Terre où il y anombre 
defourmis pour les attirer &c les man- 
ger. Et quoy qu'il fok bon, & quel es gj£^ 
plus Anciens d'entre les Indiens enW/^r« : 
mangent, les Ieunes neantmoinefont ? mamlm - 
difficulté d'en vfer , difans que s'ils 
mangeoiét de ceft animal qui le nour- 
rit de fourmis 3 ils deuiendroient foi- 
bles& n'auroient point de force ny de 
courage à la guerre. , 

L'on y voit les Tàfiyre~été Vaches r^rekh 
braues ou Vaches fauuages,lefqueiles 
font aflezfemblables aux Vaches de 
pardeçà,fînon qu'elles ont les oreille^ 
plus longues -, la queue & les ïambes 
plus courtes>& les dents plus aiguës, 
& n'ont aucunes cornes. Ordinaire- 
met l'on trouuedu^&^Wenicelles* Le Ée * 

Ilfetrouuelà plufieurs fortes de Ta- ^ Ha ' 
Hu. Les Tatou Oua/Jou qui font grands 
comme Moutons, mais plus longs èi T*t*ao*4/+ 
plus ronds payant la tefte &c les pieds 
Femblables à ceux du Cocho$les oreiU 
les comme le Lieure* la queue Ion-* 

li ij 



Tatou hé. 



Hifi. de la Mifi. desVl\ Capucins 
gue enuironde deuxpieds.Ilefttout 
acmé de groffes efcailles marquetées 
de blanc & noir,&: affemblées lesvnes 
fur les autres en guife&à la façon que 
font les Cuiiîàrs ou gantelets de fer, 
excepté qu'il a la peau du ventre toute 
vnie& fans aucunes efcailles. 

Les Tdîouy Ouajjou font allez fembla- 
bîes&l de mefme grandeur qu'iceux. 

Les Tatou-été font grands comme 
Renards, n'ayant pas leurs efcailles û 
dures que les autres, mais ils fontplus 
marquetez & les plus excellents à 
manger. 

Les Tatoupep reflemblét au Tatou-été, 
n'eftat toiuesfoisiî délicats à manger. 

Les Tatou, jpar font grands & de 
mefme façon corne les Tatou-ëté,mzis 
differens en ce que les Tatou-apar ont 
leurs efcailles plus dures,& fe courbet 
ou referment en vn rond non plus ne 
moins qu'vn HeriiToneftâtauffi entre 
les autres tres-excellens à marigen 

Les Tatou Qhâtnchim font de leur na- 
turel plus petits que lesprecedens. 
TatouMtrjl Les Tatou Miri (ont les plus petits 
de tous lesautres,n ayant guère qu'vn 
pied de !ong 3 lefquels fe trouuent ordi- 



Tœtottf-ep, 



Tat0f4df4r. 



TitQtt Oua 
tmktin. 



en tljlt de Maragnàn. ij i 

nairement dans les plaines,au lieu que 
les autres fonc communément dedans 
les bois & les buiflons. 

L'on crouue en ce païs vne autre ^ 
elpece d animaux nomme Couaty qui 
font afTez femblables aux Renards 
que nous auons par deçà,mais ilsn'ont 
la queue fî touiFuë,ôc font fort bons à* 
manger. 

L'on y trouue des au très animaux 
nommez vac vn petitplus grands que ?**• 
ne font les precedens & tout ronds, 
ayant la tefte grofle & courte,les oreil- 
les fort petites, la queue pas plus lon- 
gue qu Vn petit doigt. Sa peau eft fort 
belle,portant vn poil fort court, tout 
marqueté de blanc &denoir. 

Il y a d'autres animaux nommez Ap*tf, 
Agouty en forme de petks Cochons^ 
finonque leur tefte retire affezà celle 
dVnRat,& n'ont la queue plus gran- 
de que la moitié dVn doigt ou enui- 
ron , ayant leur poil fort vny ôc d vne 
couleur rougeaftre. 

Il y a des T^ïty affez femblables ■&/%£ 
aux Lieures & Lapins de pardeçà. Il 
s'enretrouueencored'autres qui ref- 
femblent fort aux Tafitj : les vns def« 

ïi iy 









*, 



uta. 
B 
ces 
rœgnan, 

ianouar*. 



Hift. âefo M if. des PP. Capmns 
quels Ton appelle vonnaré qui ont la 
*onn*rS. queue longue enuiron de demy pied, 
& les autres qui n'en ont point du 
\Amoco sa- tout,fc nomment Amoco& Sauia. 
% £s . Pour le regard àcs belles féroces, 

\ ZjZl il s'y en trouue de diuerfes façons.Eo, 
tre ancres, 

Le Unouare qui eft vne efpece d'On- 
ce, grand comme dogues d'Angle- 
terre,ayant la peau fore riche & toute 
marquetée. Ce font des animaux fort 
furieux & extrêmement redoutez des 
Indiens. 

Le SouaffouarM efpece de Léopard 
eft grand comme le precedent,ayant 
auffi la peau toute marqueteuse eft vn 
animai fort furieux. 

Il y a d'autres animaux qui font es- 
pèces de Chats fauuages , que les In- 
diens appellent Margaia , qui ont pa- 
reillement la peau fort belle eftantta- 
uelez de toutes parts. 

Il s'y trouue vn autre animal fore 
monftrueux; il a la telle ronde, tirant 
àcellederhomme 3 fonpoil eft grisôc 
gros 5 il a quatre iambes,& s'il ne s'en 
fert point,*! ce n eft pour grimper; il a 
trois griffes à chaque pieds, longues 



SMdJfotè 



¥mù. 



tn îi(le àe Mâragnan. x j % 

enuiron comme le doigt,ferrées l'vne 
près de l'autre, auec lefquelles il s'a- 
griffe en montant; & lors qu'il attrape 
quelque chofe auec icelles > il eft bien 
difficile de hiy retirer. Eftant par ter- 
re, il fe traine fur le ventre & le rem- 
plit mefmedela terre; &: quand il efl: 
fusvn arbre, il ne s'en retire aucune- 
met iufques à ce qu'il aye mangé tou- 
tes les fueillesilors il defcend &: fe re- 
met à manger de la terre,tant qu'il re- 
monte à vn autre arbre pour y man- 
ger les fueilles comme au précèdent. 
Lors qu'il fe traine en bas ou qu'il ram* 
pe en haut jl va fi lentement qu'à cet- 
te occafîon on l'appelle animal de pa- 
telle. Il y en a de deux fortes, aucuns 
font grands enuiron comme les Lie* 
ures qu'ils appellent Vnaii&Xcs autres 
font deux fois prefque plus grands, 
qu'ils appellent VnatiOua[[oHJ&à*a\\- 
tant plus monftrueux. 

H s'y trouue aufli plufîeurs fortes Dherfis 
de Monnes &: Guenons-.aucunes s'ap- gj^î 
peîlentO^r/^qui font toutes noires M a r*gmn 
& grandes comme les grandscliiens: '?**nut. 
elles crient fi haut qu'on les peut en- 
tendre epuiron d'vne lieue?. Il yen a. 
li iiij 




Hifî'Jéla Mifî. des PP 9 Capucins 
d'autres qui s appellent Caj-Otta/fou, 
queronapporte&queronvoitcom» 
munémet par deçà.Les autres Rappel- 
lent Oy^d'aatâc qu'elles font toutes 
noires:elles portent vne barbe longue 
de plus de quatre doigts, aucunes en- 
viron d yndemypiedde long,& font 
très-belles &;plaifantes à voir.Lesau- 
très s'appellent Cœj-mirj } ou Sapawu y 
eftant d'vn poil iaunaftre^eflé de di- 
uerfes couleurs,qui font belles &c bien 
iolies. Les autres s'appellent Tamary 
fort petites &: mignonnes diuerfîfiées 
auiïi de plujieurs couleurs. Les autres 
le nomment Mankina, dont les vnes 
font gtandes.les autres naturellement 
petites^quiontla tcHccn forme d vu 
çœur^portant vn poil d'vn gris argen- 
tin. Il y en a d'autres que Ton appelle 
loftparatày ées de blanc fus autres di- 
uerfes couleurs. Et d'autres nommées 
, Sago(4y qui ont vn poil gns^rgenti^ce 
fontlespluspetitesôciesplus mignon- 
ckJem do, nés de toutesles autres. 

3fe I] içtrouucUdes chiens .domfcfti- 

gn»n. ques qu'ils appellent lawukre aflez 

m»""- fcmblablcs aux Leuriers de pardeçà, 

înaisplus petits, qui font fi bien fai&s 



» Animam 



en tljlc de Mârâgn&n. %^\ 

à la chafle^principalement des k%puty y 

. que lesfentans en leurs taqnieres, ils 

neceflentdeiappçr tant qu'ils foyept 

prins. 

Entre les animaux qui rampent & ^' 
fe traînent fur la terre, il y a le Boy-rttfJ\Tr7i 
beaucoup plus gros que la iamhe & M*t*jnw, 
long enuiron de deux braffes 3 lequel Bo éti 
n'a pas de pied, ayant la peau vnie & (erfent* 
mouchetée de diuerfes couleurs qui 
lerendent agréable à l'cciL Ce ferpent 
n'a que quatre dents, mais elles font 
fort trenchantes,& s'il a deux dards 
ou aiguillons à la langue , poignants 
comme lancette auec lesquels il pic- 
que merueilleufement, comme il fait 
de faqueuë,ceux qu'il p eut rencon- 
trera picqueure d'icelu-f eftant fort 
dangereufe & mortelle. ' Ceft animal 
porte au bout de la queute vne petite 
fonnette,ou pour mieux d [ire vne peti- 
te veffie, qui fait du bruîir, comme fi 
ceftoit vne veffie pleine de pois* Zc 
femble que Dieu & natu re luy ayent 
donné cela pour feruir ♦d'aduertifïè- 
ment à 1 homme de fe d onner garde 
de ce ferpent tant dang freux. Et de 
faiçfîtoftquelesïndiens entendentie 




*- 



HtJfJe U Mifi. des P P. Capucins 
bruit decesfonnettes ouveffies.ils ne 
manquer de preuenir cet animal pou^ 
le tuer;&n'en vfeiit aucunement. 

ï«faj : Il y a le leuboy en forme de couleur 

urc^mais bien plus gros quelaiambe, 
ayant la pçau noiraftre defïus le dos> 
& rouge meflée de blanc deflbubs le 
ventre, qui eft vn animal fort veni- 
meux dont les Indiens ne mangent 
non plus que du précèdent. 

Tar&gHQ II y 2.lcTara-gouj> boy qui efl vneef- 

fyi pecedeLezarde:i!ijî a que deux pieds* 
& éft gros comme le bras §c long d' v~ 
ne brafle ayant la peau bigarrée de 
rouge, de blanc & denoincet animât 
eft aufK fort dangereux &n'eft bon à 
manger noa plus que les deux autres 
fufdits. 

r*rehufoj. H y aie TarehiUy qui eft vne autre 
efpece de Serpent long d'vne brafte 
8c plus gros que laiambe 3 lapeau du- 
quel eft meflée à plaifir dvn beau 
blanc &dVn vert fort vif: les Indiens 
le redoutét fort encore qu'il foit bon, 
& qu'ils en mangent quelquefois. 

emfwrw. L'on trouue en ce païs-là des Oa- 
paux merueilleufement grands,qu'ils 
appellent Cowmron. U y en a de tek 



en tijle de Mardgndn] %f$ 

qui ont plus d'vn pied ou pied & de- 
niy de diamètre: Quand ils font et- 
cordiez, il ne fe peut dire combien 
leur chair eft blanche 5 eftant fort bons 
à manger. I'ay veudes Gentils hom- 
mes François en manger auec grandi 
appétit- 



DES ^ATSfJMAVX 1 M~ 

parfaits quifetroment au p<iî$ 



dç <J%faragnan* 




Chak XLIL 

Lvs ievrs perfonnes ont 
ouy parler &; fe font efton- 
i ne2 qu'il y a en ce Païs de 
Marâgnan quelques petits 
animaux qui apportent de Tincom- 
modité à Thomme^comme il eft vray. 
Mais ils doiuent fçauoirque nousne 
voyons aucun païs où il y aye dc$x«t?w 
animaux parfaits,qu il ne s yen ttou- J mauxi ^ 
ue des imparfaits , que Ton appelle t*rfm. 
Infetfa,mcumlcsnommcmAnmUfd 
ou iAnmlm > & les autres ( comme 



1/ 



Animaux 

nés qm (e 
trùuuent 
vrdttMtfe- 
mentàMém 



Hifl.de la Mifî. des PP. Capucins 
Ariftote &• Pline ) tm/A, Ce font pe- 
tits animaux ou qui n'ont: point de 
fang,ou qui n'ont point démembres 
diftinguezjfîcen'eft que quelques vns 
ayent la tefte & auffi vn vcntre,ou le 
milieu qui leur fert pour la poitrine Se 
pour le dos 5 aucuns eftanschiquetez, 
quelques autres ayant la peau ridée 
ouparfemée de petits cercles & ron- 
deaux. 

Nous en voyons afTez en France, 
dont les vns ayant des ailles, voltigent 
parmy lair,comme les Papillons , les 
Mouches 5 les Auettes,les Guefpes,les 
Moucherons.les Froilons,& les*Efcai> 
bots: Les autres ayant des pieds cou- 
rent ou rampent fur la terre, comme 
la Langoufte ou Sautereau,les Pulces, 
les Chenilles , les Araignes, les Lai- 
zards, Scorpions , Stellions & Vipè- 
res. Lesautresfbnt moyens entre les 
deux 5 commelesFourmis:&: les autres 
n'ont ny ailles ny pieds , comme les 
vers & les teignes qui eroiflênt , les 
vncs dans le bois Sites autres dedans 
le corps de Phommc^infi que les Ci- 
rons Vautres Vers, 
Le païs 4e Maragnan n'eft pas #u(E 



en l'ife de MaragnâV. z jy 

exempt de telles petites volailles '&£ 
autres vermines. Il s'y trouue des Pa- 
pillons que ies Indiens appellent p^- 
nanpmam^mont les ailles fort gran- p***»?*^ 
des &: larges, toutes couuertes d'vn*^ 
azur auffi vifquifepuiffe voir, lequel 
s'attache aux doigts de ceux qui les 
touchent. 

Il y a des Mouches que les Indiens 
appellent McrououBerou\\\ s'en trouue Mero » *k 
dediuerfesefpeces,mais toutes diffe-*"**' 
rentes des ncftres. 

Les Eyre-Otiue font Abeilles ou ^«-Q**e£ 
Mouches à miel plus petites que les 
noftres, & comme noires j & fi elles 
font dangereufes. Elles font le miel 
dans les creux des arbres,que les Topi- 
nambâ fçauent fort bien ramalTer,d 5 au- 
tant qu'il eft très -bon à manger, Ô£ 
lappellenc en leur langue Byre. 

Le Moutouczïïî vne autre efpece de ***#*>**• 
Mouches fort gro (Tes de belles à voir. 

Uartgouy ou Mmngouin font petits m** **. 
Moucherons gueres plus gros que 
pointes d'efpingles^ui mordent bien 
fbrt,& leur morfure vous démange en 
telle forte que vous auez bien deia pei- 
ne devous empefeher dogratrer la par- 
tie où ils vous ont mordus^ ijs'demeu- 



tétkjpe* 



imm* 



Bift.de la Mifî. des PP. €4pucm 
*ent ordinairement dedans les Apparu 
tuners le long des riuages de la Mer. 

Yetingm tlï encore vne autre efpecc 
de MoucheroxiSjVn peu plus gros que 
les fytangouy. 

lœtiwck vne autre cfpece de Mou- 
che, qui a le nez long , fort femblablé 
à celles de France que nous appelions 
Câté</tns:dlcs font fortir le ïang du lieu 
où elles vous piquent 5 ordinairement 
ellesfont le long des riuieres, &font 
plus communes pendant la fàifon des 
pluyes qu'en autre temps. 

Les Mer eu Oubouyh fpnt Mouches 
toutes vertes aflez femblables aux 
Cantarides que nousauons en Fran- 
ce, ; 

pffktctéicz (ont fourmîs,gf os com- 
me le bout du petit doigt, qui ont des 
ailles & volent par troupesslesïndiens 
les amaflent&en prennent plein des 
courges qu'ils fricaflent pour manger s 
&:diient qu'ils font fort bons, 

Araraa ce font autres fourmis qui 
volent comme les precedens ôc font 
femblables , fînpn qu'ils font iauna* 
flres&bons à manger. 
rjft-wti*. Vjfamue ce font fourmis communs 
qui nichent dans des groiTes motte$ 



Merou Ou 



Vff**hi. 



Idraraà. 



en îtjle de Maragnan. z<j§ 

de terre qu'ils amaflent , où Ton trou- 
ue vue efpece deCochenille qu'on die 
qu'ils font. 

Cangkeuré ce font gros fourmis noirs Cmg i 
longs comme la moitié du petit doigt, 
qui piquent fi fort qu'il n'y a piqueure 
d'aiguille ny autre pointe fichée en la 
chair qui foit fi fenfible & farte tant de 
mal, pour quelque temps feulement. 

Tafuue ce font d'autres fourmis fort T*fi*** 
petits & de couleur rougeaftre % qui 
mordent auffi bienfortjleur piqueure 
vous démange en telle forte qu'on eft 
contraind de fe gratter. 

La plus part de ces fourmis & d'au- 
tres qui fe retrouuent làxn grande 
quantité,mangent fouuent lesgraines 
que l'on feme &les empefehent de 
germer fi vous n'y mettez remède. 

Il y a vne forte de vermine que les 
Indiens appellent Ton qui s'engendre Tm 
& fe nourrit dans la pouffiere fur la 
terre; elle n'eft pas plus greffes que les 
petites puces,& prefque de mefme fa- 
çonnais plus ronde,& faute ainfi que 
la puce lors que la penfez prendre. 
Ces petits animaux perfecutent mer- 
uçilleufement les perfonnes qui font 



ie#r& 





Hijl.de la Mifî.desPP. Capucins 
en ce païs, entrans dedans les pieds & 
dedans les mains,principalementaux 
extremitez des doigts & deffoubs les 
ongles; oùeftantils caufent vne de- 
mangeaifon,ainfî que font les Girons % 
Et fi vous ne les oftez fi toft que les 
fentez, ils fe fichent incontinent de- 
dans la peau&; fe fourrent toujours 
plus auantiufquesà ce qu'ils trouuent 
la chair viuc 5 où eftant,ils sarreftent 
&; fe nourrirent entre la chair & la 
peau,& grofTiffenten moins de trois 
ou quatre iours corne des petits pois^ 
ou pluftofl; ainfi que des moyennes 
perles eftant de mefme couleur qu'i- 
celles.Et lors qu'ils font grofîîsils font 
quantité de petites lentes au lieu où ils 
font entre la peau &: la chair > qui ne 
font pourtant ordinairement point 
d autre mal qu'vne demageaifon:tou- 
tefois i'eftime bien que fi on ne les o« 
ftoit qu'ils pourraient apporter d au- 
tres incommoditez. l'en ayveu quel- 
ques vns û parefïeux quils^ne dai- 
gnoient y prendre garde, voulant ex- 
périmenter (fe difoient.ils)ce que cete 
vermine pouuoit faire.-mais ils furent 
tellement incommodez aux pieds & 

aux 



en tifle de Maragnan. z 57 

aux mains^qu'ils ne pouuoien t cfcremi 
11er ny trauailier. C'eftoità la vérité 
vne très- grande parefle &c nonchalan- 
ce qui meritoitvnplus grand châti- 
ment, puis que le remède eft fi facile 
& aife.Car les Tentant dés le commen- 
cement, vous les pouuez prendre &: 
ofter ne plus ne moins que les pulces, 
que s'ils vous aflaillent en dormant, 
vous ne manquez pas eftant efueiiié 
de relient ir la demâgeaifon, &£ alors il 
eft ailëdelestirer,quandmefmevous 
différeriez encore deux ou. trois iours 
après , fans autre inconuenient^ fînon 
queftant vn peu plus grossis laiiTent 
vn trou plus grand. Tant y a que leur 
ffiqueure n'eft aucunement venimeu- 
fe pour caufer quelque notable détri- 
ment. Et fi l'on ne manque pas là do 
moyens très-faciles pour s'en pouuoir 
garantir 5 qui eft de fe tenir nettement 
& ballier fouuent le lieu où Ton de- 
fneut'e^d'autant qu'ils rf ay men t que la 
poudre. Les Indiens feferuentd'huil- 
le de Palme &: de Roucou ou Ourouco& 
qui eft vne teinture rouge ( ainfi que 
nousauons dit) dont ils s'en frottent 
les orteils Se autres parues où cete yer« 






1 



Hïft. de la MiJÎ. des PP. Capucins 
mine s'addreiTe communément. Les 
chiens mefme que nous auions mené 
decepaïs/urent tellement affaillis de 
cefte vermine qui fe mettoit dedans 
les pafturonsde leurspieds/qu'à pei- 
ne pouuoient ils marcher 3 tant que 
les Indiens aufquels on les donna 
eftoient contrain&s de leur faire des 
petics ltéts eileuez de la terre, pour les 
garantir. 

Il y a d'autres petites beftelettes 
grandes comme les Grillons &: affez 
f èmblables, que les Indiens appellent 
i<o&<àup. KoeuwHp. 1 1 s en tr o^ ue grande qu an- 
tiré par tous les villages. Pendant le 
iour 5 ellesfe retirent dedans lespW^, 
& dedans les couuertures des logcs3& 
la nu^ellesïortet fautant &: courant 
parmy les loges où elles ne manquent 
pasderonger leshabits,les draps ; les 
cuirs des Souliers & tout ce qu'elles 
trouuent. Ces petits animaux man- 
gent les Tons dont nous auons parlé 
cydtfîliSjC'eflpour cela qu'il ne s'en 
trouue guère à Mayd*e,qui eft vn des 
villages dé rifle de Maragnan^ d'au- 
tant qu'il y a Ç\ grande quantité de ces 
Kccuioupopxe le foirgdanui&la terre 



en l'ified'eMàrdgnÀX: ij8 

des loges en éft prefque toute couuer- 
te, dont lesPoulleSjlesCanneSj&aa- 
tres animaux domeftiques s'erigref- 
fent faifantainfi la guerre les vos aux 
autres , parce que les Poulies &: autres 
femblables animaux mangent ces be- 
ftelettes nommées Keuioup, les Kce- 
uioup mangent les Tons^ les Tons ron- 
gent & incommodent les homfaes;&; 
les hommes mandent les Poulies. 

TuiiiYugoirt eft vneeïpece de vélis Wtâr#gêm 
comme les teignes d*icy qui percent rc ' 
tes nauires & vaiffeaux en telle forte, 
que fi Ton n'efi: fcigneux d'y mettre le 
feu &: tes brufler, ils les mangent &c 
rongent de tous coftez: &bicnquè 
cet animal foit fi petit quapeiriè peut- 
on voirle.pcrtuis par où il entre.il fait 
neantmoins défi grands trous &c creu- 
fe tellement par lé dedans des vaif- 
feaux, qu'ri n'y a cheuille allez groile 
pour les boucher. 

Il y a ^ne autre efpece de vers fàit^étèJi 
petits, mais bien fafcheux,Dârce qu'ils wrs.foé 
percent les barriques & futailles de^tS 
tous codez , principalement quand à Mar* z 
elles font remplies de vin, ou d'eau **?V 
devie,ou de quelque autre douce li- 

K k ii 






Hift. de UMifi. des? P. Caçucins 
queur.C'eft grand cas qu'en moins de 
Difficulté trois ou quatre iours que vous auez 
îwSÏÏ« d cfchargc2 vos tonneaux & futailles 
autragnan hors de vos nauires, & que vous les 
dedans ks aue2 ml { cs f ur te rre,vous voyez cou- 
de bots. 1er & diitiller tout ce qui eft dedans 
par nulle & mille petits trous, non 
plusgrands que trous d'efguilles, fans 
y pouuoir aucunement remédier: de 
forte quefil'onveutconferuerdu vin 
& autre femblable liqueur en ce païs, 
Ton eft contraind de faire bonne pro- 
-mifion de bouteilles de verre ou auoir 
de grands vaifleaux de terre pour met- 
tre dedans les liqueurs que Ton defîre 
conferuer. 






en Tl(!e de Maragnan] 25^ 



DES JNDISNS TOPI-* 

namba detljle de ^ktaragnan^ 
lieux voifins > ^r premièrement 
comme ils ont commencé a habiter 
ïits lieux. 




Ch ap. XLIII. 

Vant que l'homme ftic 
formé, Dieu luy prépara le 
ParadisTerreftre,aiïbrty de 
tous les bies qui fè poûuoiet 
defirerpour vn Ci délicieux feiourj à ce 
que recognoiflant tant de biens-fai&s 
de la maintres-liberalede fon Crea- 
teur,il l'ay maft de tour fon cœur,& lay 
offrit fon Ame comme vn aucre beau vmefa& 
Paradis, où Dieu vouloit demeurer Se 
y prendre fes délices. Mais l'homme 
s'oublia tellement qu'eftant au com- 
ble d'honneur ( comme le Prince fou-, 
uerain de tous tes animaux, & du Ciel vfilm^ 
&de la terre ) il fe fift ennemy de fon 
Dieu, & efclaue du diable, il perdit 

Kk iij 










HiftJth MifiJês PP> Capucins 
tout iugcment de laraifon & deuint 
comme hebeté. 

Il me femhleapresauoK parcouru 
le païs de Maragnan & fait vne reueuë 
de tant de biés & de commoditez que 
Dieupariabontéinfinie^yamiscom- 
me en vn autre lieu de Volupté , c e- 
ftoient autant de moyens pour attirer 
les habitans de ce païs à le recognoi- 
fbe^au moins pour admirer 1 excellai* 
ce de leur Ouurier Souuerain:&: tou- 
tefois il ne fetrouue pas queiamaisil 
y ait eu nation plus barbare ,plus cruel. 
Ie& plus aliénée de toute humanité 
que celle-là.C'eftcequonpourravoir 
par la fuicte de ce dif cours ,où nous 
traitteronsde leurs habitudes corpo- 
relleSjen après de leurs mœurs & puis 
de la croyance qu'ils *>nt eu de tout 
temps» 

En premier lieu il conuientfçauoir 
que les Indieas de Maragnan tiennent 
que vers le Tropique de Capricorne il 
tyetïjrer yn ^ païs qjti'ils appellent Cayeté, 
nteure des qui veut dire la grand foreit , parce 
?t'^^vqu'cnceliçuil y a quantité de bois 6e 
deforefts remplies d'arbres d'vne in- 
croyable grofleur & admirablç hau* 






en tifle de Maragndn. 160 

teurrc'eftlà oùilshabitoicnt lepaffé. 
Et à raifon qu'ils eftoienteftimez les 
plus valeureux & les plus grands guer- 
riers de toutes les autres Nations, ils 
portoientlenomde Topinamba qu'ils 
ont toufîours retenu iufques à pçe- 
fent. 

Les Portugais s'eftant rendus mai- 
ftresduditpaisdeC^/^ouloiét J>* v ' c$mme leT 
mefme moyen aflTuiertir tous les habi- mâtem 
tans à leurs loix ; mais les ToPinamba* &?***"*&* 

♦ r \y i-i o • quittent 

qui lont d vne nature libre &: qui ne i et$r ^ ro ^ r6 
veulent eftre force^&ymerent mieux ry* 
quitter & abandonner leur propre 
païs pluftotque de fe donner à eux & 
leur eftre fubiecs. Et défait la plus part, 
d'iceux 1 -abandonnèrent dès lors,fe 
retirans dedans les creux des bois Se 
au plus profond desforefts. 

Mais n'eftant pas encore là en af- 
feurance 3 àcaufe que leurs ennemisles 
perfecutoient de toutes parts &: les 
pourfuiuoient à la mort,its fe refolu- 
rent de trauerfer & paffer les deferts 
& les campagnes : Et cheminèrent 
tant qu'en fin ils arriuerent proche 
delà Ligne Equino&ialc , ou ils ren- 
contreront le graadOcean quiles&m* 
K k nij 



HifîJêlaMifî.desPP. Capucins 
pefcha de pafïer plus outre, les bornât 
du cofté droit,comrne la grande riuie^ 
re des Amazones les barroic à la gau- 
che, tellement quenepouuantpafler 
plusauant, & n'ofaot aufîi reculer en 
arrière ny retourner fut leurs pas pour 
Ja crainte de leurs ennemis, ils pnn- 
drent refolution de demeurer en ce 
pais là, & d'habiter ( comme ils firent) 
les vns le long de la mer , fe nommant 
pour ce fuiehSt Paranan eugouAre^zh à 
dire les habitans de la mer : les autres 
Comme ks f ur J a grade montagne à'ibouydpapyQui 
fuvmt la s i5 PP e l ier ^nt Ibmyapapeugouare, c çit a 
~per[ecuwn dire les habitas à'ibouyapâù. Quelques 
dete*rse»- vns ^emparèrent de la grande ifle de 
*«w 44*. Maragn&n, recognoiliant quec eltoit 
r^^» ç^ vne place tres-forte,&vn lieu d'afleu- 

œutr es lieux i . ^ 

^i ( rancepoureuxjqueçegrad Dieupeut 
eftre leur auoit préparé de toute Eter- 
nité, pour les coferuer de la perfecutiô 
Si de leurs ennemis & du diable, & 
pioy éner par eux lefalut de cette Na- 
tiô vouiat eftre feruy,adoré & glorifié 
parmy ce peuple barbare qui Te deuoit 
çôuertirparla prédication de l'Euan- 
gile auant la fin du monde. Ceux cj 
-furent nômez Wlarœgnan eugouare^t^ 



en Pljle de Mârâgn<m. ±6t 
à dire les habitans de Maragnan. D'au- 
tres demeurèrent le long delà riuiere 
de 7 ahoucûtirôu, , lefquels s'appelîerenç 
Tahoucouru eîkgouare^ les habitans de 
Tabottcouruiles autres habitèrent lelôg 
de la riuiere de Miary, appeliez à cette 
pecafion mUyj ç&g&uare^ les habitans 
de Miary: les autres enfiademeurerêt 
à Cornu, à ?ara de /*£/?, à ?4# de l'OM/f* 
& àc^é^qni cft fur le bord de la Mer, 
fe diiperians aiofi es autres lieux qui 
■font làjd'où ils tirercrauiîî leurs noms 
comme les précédais, retenant tous 
neanemoins le nom de Topm^mL'^ du, 
quel ils le font toufîours qualifiez^ain* 
fi qu'ils font encoremfquesàprefent. 

Plvsievrs d'iceux, eftans enco- ta dblpm 
re viuans, fe reflbuuiennent &difent f/f^Z* 
que quelque temps après leur venue Topi**mta 9 
en ce païs, ils -firent, vn vin oufeftin €au f" f4 ' 
qu ils appellent Ca$uw> ou les Princi- 
paux &: les plus Anciens s'eftâs aftem- 
blez auec la plufpart du peuple, il arri- 
ua qu eftans tous enyurez, vne femme 
vint à frapper lyn de la compagnie, 
d'où il s'efleua vn grâd trouble & mu- 
tinerie, qui caufaauffi toftladiuifion 
& feparation de tout ccp.euplc:-Car 









HifîM la Mifî. des PP. Capucins 

les vns efpoufant le parcy de ceiuy qui 

auoi t efté frappéjes autres celuy de la 

femme , d'autre faifant ainfi bande à 

part, s'entrequerellerent fi bien,que 

de grands amis &c alliez qu'ils eftoient* 

dés lors ils deuindrent fi grands enne- 

mis&fe diuiferent tellement lesvns 

d'auec les autres , que du depuis «ils, f© 

€emmeies f° nt toufioursfait la guerre,s'entr'ap- 

Tofwamb* pellans les vns les autres du nom de 

ennemi Yùhaïkres qui veut dire grands enne- 

pue»* to. mis y QU pour mieux dire félon Petni- 

basarçs. mologic du mot,Tués mon ennemy^ 

&iefuisle tien: & quoy quilsfoienc 

tous de mefme nation , & qu'ils^ fe 

qualifient tous T^»^/^, néant m oins 

le Diable lésa tellement animez les 

vns contre les autres qu'ils en font ve-, 

nus iufques laque de s'entremanger^ 

Gomraç il fera, dit cy après. 



en Tïftc de Mâragnan* 




DE LA STATVKE ET 

de la longueur dévie des Indiens 
Topinamba du pais de %jfi{ara- 
gnan. 

Chap. XLIV. 

Es Indiens Topnamhà font smursâât 
communément cTvne fb- ****** 
ture médiocre enuiron de 
h moyenne hauteur des François5 
bien eft-il vray qu'il s'en trouue de 
fort puifïànts entr eux,pourle moins 
de fix àfept pieds comme fay veu en 
diuers lieux : eftans tous naturelle- 
ment d'vne belle taille & des mieux 
proportionnez , partie pour la tempe- 
rature du païs, partie à raifon qu'ils ne 
font forcez ny violentez ou con- 
traires comme les Mignons de 
pardeçà > par des habits qui les fer- 
rent. 

Pour le regard de ce qu'ils ont ot- ?0Uf( py 
dînairement lencz camart,cela pro- /**.-**<**■: 
Vient dcl^matronç q < uilcur enfonce^^-f* 



J 



Hifl.de U MijsJesPP. Câpuctns 
& le forme ainfî dés qu'ils font non» 
ireaux nais, commeplufîeurs manient 
& allongent icy la tefte aux petits en- 
fans incontinent après leur naiffance, 
& contraignent la nature, prenant ce 
qui eft de folie &: d'indécence pour 
décence & beauté. 

Ie ne parle pas icy de leur couleur 
oliuaftre, ny de ce qu'ils ont la leure 
z>e^»iWP erc ^ cc 'a ne leur citât naturel, com- 
'*»"&>*? meilfera ditau chapitre fuiuant. Vous 
M«r*gnms. n Y cn Vo y cz prefque point de bor- 
gnes entr'eux, ny d'aueugles , ny de 
boffus,ny de boiteux, ou autres con- 
trefaits par quelque deformité;qui fait 
que quand ils voyent quelqu'vn auec 
telle ou feniblabie imperfedion, ils 
l'admirent, & ne peuuençfe contenir 
d'enjire Sa de s'en moquer. 

Covstvmierement ils marchent 
droiéfc auec vn gefte & maintien graue 
& modefte, fans eftre courbé en aucu- 

j^er^ ne .% on - Us font mcnieilleufçjnent 

i&effe des alaigres & difpos, & beaucoup plus 

Afweùm. forts & robuftes (fans côparaifon) que 

font les plus forts de par deçà. le n'e- 

flime pas qui fe puiiTe trouuer ny Kom- 



en ilpde Maragnan. %6$ 

me ny femme qui puifTe porter tant de 
pefant& vn fardeau fi lourd que font: 
ceux de cette nation là. 

Ils ne font pas valétudinaires ny *** m*™: 
mal fains, auffi n'y ont* ils pas gueresj^^ 
befoin de médecines ny de Médecins. m *Udks, 
Il eft bien vray que par tout 

I Mille moâà Ut ht rntjeros mors vnafatï*> 
gat. 
Combien voyons nous de causes 
materielks/principalement par deçà) 
d'où prouiennent tant de maladies 
dont lesvnes font internes, les autres 
externes & toutes contraires à la fub* 
fiance du corps & au principe de no- 
ffcre vie qui eft l'humeur radical ï Ne" 
voyons nous pas plusieurs maladies caufa m** 
arriuer à beaucoup de perfonnes de f f" elies dù 

11 ï *'n m ï • « ï? dtuerjes 

cnoiere,de triitelle,de crainte & d au- ma ud$€s. 
tresaffedions defreglées^Combien y 
en a-il qui tombenten diuerfesinfir- 
mitez par l'air corrompu ou intempe- 
ré , par lamauuaife nourriture èc par 
vnetrop grande repletion^particuiie^ 
rement par la violence du vin prins par 
exccz& immodérément? 
yino forma çeritjvino corrumpiturœtœs* 
D'autres ne fuccedcntsiîs pas aux 









titft. deU MiJS.des PP. Capmins 
infirmitez héréditaires de leurs parent 
corrompus & gaftez de lepre,gouttes* 
• .. pierres ôccatharres, ou ne languiflent* 
^reiiZns ils pas par quelque douleur de ratte, 
jom r^es p ar Vlie intempérie defoye,par vlcere 
1Z£msA& poulmons,ou par quelque autre 
accident? Mais encepaïslailsne font 
pas tantfubiets à telles infirmiez , la 
plus part des canfes fufdites ou autres 
femblables ne s'y rencontrent qu e ra- 
rement ou point du tout. Ils ne font 
ordinairement maleficiez ou acciden* 
tez de quelques vncs de leurs parties 
nobles & intérieures: Au contraire,ils 
font de bonne & forte eomplexion* 
prouenans & eftant engendrez de pa~ 
rçns bien difpôs.Ils font dVn humeur 
& d'vn fang merueilleufement bien 
tempéré, qui eftla meilleure nourri- 
ture de l'humeur radical & de la vie de 
l'homme ; vous n'y voyez gueres de 
goutteux, de catharreux, ny de gra* 
ueleux i hypocondriaques ou pulmo^» 
niquesi qui fait que leur pofteritéSç 
leurs enfans font bien plus Vigoureux 
& s'en portent beaucoup mieux. Ils 
font iouials > ils fopt aflez temperans 
principalement en leur manger.Tou- 



en tifle de Maragnan. ±64, 
tes leurs viandes font bonnes & n'en 
vfent guère que boucannees ou ro* 
fties à leur façon. 

L'air y efl: lilalubre qu'ils ne mm- Aâmralh 
renc guère que de vieilleflc ^ & par le lourde 
defFautde nature pluftot que par quel-™^/~ 
que maladie • viuans pour l'ordinaire, 
cent, fix vingts , ou fept vingts ans. 
Cela nous cft admirable &C comme 
prodigieux. 

Dieu ne dit-il pas que Les tours des cen. 6, 
hommes forent cent yingtans ? Les tours 
de nos 4ns ( dit le Prophète Royal) en p ^ 8j? ; 
iceux font Jef tante ans. Et à ceux dégrade 
ligueur font huilîante ansile/urplus d'i- 
ceux n'ejl que Ubcur & douleur. Et félon 
le Sage,!^ nombre des tours des hommes Euli. î<p, 
four le plus efl cent «.Ne femble-il pas 
donc 5 que la vie de ces Indiçns efl hors 
le cours de la nature? Si eft-ce que i'en 
ay veuà l'aage dehuiâ & neuf vingts 
ans^quiont mefmcveu édifier la ville 
de Fernanbour? s & font encore aflez 
gaillards &di(pos:Ie les ay veu& par- 
lé àeuxmauitefois. 

Il ne faut pas penfer que les lieux 
fus alléguez facentvne loy'abfoluë 
pour vn terme prefix de la vie de tou- 



I »! 



1 



Hift.de la Mi fi. des PP. C4pvci/ts 
tes perfonnes & de toutes nations* 
ainsfculemct(felohtoaslesDo&eursJ 
pour le cours le plus ordinaire de plu- 
fieurs:Car m dfcoe depuis celte ordon- 
Grandasge nance &, prefcription , combien y en 
SjSî, a-il quiontvefcu fix vingts ans,fept 
s.simèon vingts ans, deux cents ar s,trois cents 
fpfr$. ans & beaucoup plus; îoiada Pontife 
r^.24. ' a vefeu cent trente afis^ Mardochée 
cent cinquantejfainc Simeon iio.ans^ 
&au bout de là il fut attachée mou- 
rut glorieufementenla Crok.On lit 
de laSybille Cumane qu'elle a vefeu 
trois cens ans , comme a fait Neftor 
appelle d'Horace Trijedifene^ vieil- 
lard de trois fiecles, & d'vn Iean de 
Stamp ou des temps, quiayant vefeu 
trois cents faisante & vn an .mourut 
enuiron Tan mil cent quarante , du 
temps de Gothefroy premier. 

Aucuns ont eftimé que les corps 
eftant plus maffifs & referrez par le 
froid, font plus vigoureux $ fi que les 
honunes Septentrionaux viaent plus 
long temps que les vïendionaux s mais 
Gagum. re. f e lon Ariftote & comme nous voyons 
r^mGMc.^ expcrience,c*cfttoutlë contraire, 
premièrement pource que la feiche- 

reffe 



Metam. 



Chrotf. Du 
cum Brœ» 
haut- 






I 

en tljle de Mardgnan. 265 

reflenousconferuedauantage,Secon- Le cim*t 
demetàraifon que noftjre humeur ra- chaud f lut 
dical (auquel confifte noftre vie & au ZfZ'dpoll 
deffaut duquel eft noftre mort) eftant H -**« àe 
chaud êchumidCjeft bien mieux pre- 
feruéenvnpaïs chaud qui luyeft plus 
conforme &connacurel, principale - 
ment ou il n'y a nulle contrariété des 
qualitez premières &diuerfesfaifons, 
mais vne grande température en con- 
tinuelle égalité de temps , telle qu'il 
y a en ce pais de Maragnan. 

I'adm 1 ro 1 s encore dauantage 
ces vieillardsjdece qu'en vn fi grand 
aagede feptvingts,hui& vingts ,neuf 
vingts de enuiron de deux cens ans,iis 
n'ont prefqiie pointde poils bîancs 3 &: 
s'ils ne font pas chauues. 11 n'y a que 
le deffaut de l'humidité qui nous face 
tomber les cheueux delà tefte^ com- 
me les fueilles des arbres pendant l'hy- f^f^J 

>, ♦ i> 1 i {les hommes 

Uer; ou au cdntraite laoondance de deviennent 
l'humidité & de la pituite nous cen- &*#&* & 
FetuelepoilpîuslongtempSjmaiselle^ tnw * * 
nous fait d'autant pluftoft grifonner 
& blanchir 3 d'où vient que ceux qui 
ont le cerueau fec ne font pas fi toft 
chenus* mais ils deuiennent bien plu- 

U 






..' 



Hift. de la Mi/, des PP. Capucins 
ftoft chauues : &c ceux qui ont latefté 
fort froide &: humide ne deuiennent 
pas fi tôft chauues, mais ils font bien 
pluftoftchenusjl n'y a que la tempé- 
rature qui conferue le poil à l'homme 
& qui le preferue dauantage de gri- 
fonner & blanchir. Puis donc que ces 
Iridiés ont encore leurs cheueux àvn 
fî grand aage fans eftre peu ou point 
folanchis,il ne faut pas douter qu'ils ne 
f oient merueilleuièment temperez,ô£ 
que la température de cepaïs ( conti- 
nuellement efgale ) ne les conferue 
longues années fans vne notable alté- 
ration de leur bon naturel. 

Et puis ils s'efgayentjils viuent con^ 
tinuellemcnt enâllegreffe, en liefle, 
enplaiilr&foulas/ans foinny foucy, 
fans inquiétudes ny affaires ,fans tri- 
fteffe èc fans oppretfion ou chagrains 
qui defTeichet &c confomment l'hom- 
me en moins derien. 
fecwditê Et cequei'admirois fur tout eftoit 

<t im trahie j »r .- » r \ i> i 

des inéttn de voir aes wmmcs a 1 aage de quatre 
nés. vingts & de cent ans donner la mam- 
melle à des petits enfans 5 effcans par 
confequent capables d engendrer S£ 
au oir encore des enfans enuiron à cefl 
aage là* 



en tifle de Maragnan. z66 
IPour quelque aage qu'elles ayent, 
elles ne defiftent iamais de trauailler 
en ce qu'elles ont aceouftuméde fai* 
re,ny les hommes auffi^ayant autant £c 
plus de courage de trauailler aux reli- 
ures mefme les p\u$ pénibles, laborieux 
fes &: difficiles 5 comme s'ils eftoient eu 
la fleur de leurs ans: ce qui fert de beau* 
coup à leur fanté,d'autant que 

ignâuurn corruwptmt otia corpus 
Et copiant yitium ni momamur aquœ\ 



DFTSINCT DES J N- 
diensjde la façon de porter leurs 
cheueux^ comme ils fe perce nf 
la leure & Itsaureilles. 

Chap. XLV, 




'Est grand cas que nous ne . 

° r i j c L- Ethiopien* 

voyons pas vnieul des htnio- m J^ 
piens qu'il ne foit extrême- crefîm 
ment noir, &: qu'il n'aye le 
poil tout crefpu comme s'il eftoitars 
& bruflé : fi cela ne leur efl: naturel &C 
de race>d'où peut-il prouenir finoâ 
Ll ij 









HiJIJe la Mifî* des PP . Cdpucins 
dVne extrême chaleur & ardeur du 
Soleil ? Il n'en eftpas ainfi des habi* 
tans de Mâragnanic lieux voifins^eur 
pais eftan t tempéré comme il efl^bien 
pêurmèy qu'ils foient foubs laZone Tornde. A 
■ïes Ma™- ] a V erité ils font tous de couleur bru- 
ÎZèfilZ' ne que nous difonsoliuaftre à laquelle 
ils fepiaifenc : maisic croyque cette 
couleur ne procède pas tant par la cha- 
leur de ce climat, corne par les huiles 
& peintures qu ils fe mettent ordinai- 
rement partout lecorps. Gar quand 
ils naiiTent (ainfi que i*ay veu plufieurs 
fois)ilsfont aufîî blancs que les petits 
tes m*™- en fans de France : Mais ils ont cefte 
yunakkur couitume vn lour ou deux après qu ils 
font nais, de les frotter par tout le 
corps d'huile &c de Roucou, qui cfl vne 
peinture rouge(comenousauonsdit) 
ce quereïccrant par plufieurs &diuers 
iours 5 en peu de temps ces petits en- 
fans deuiennent tout bafànnez,fans 
auoireflé beaucoup au Soleil. 

Ne voyons nous pas en France que 
ceux qui fe font appellerEgyptiens ou 
Boëmiens,deuiennent tout bafannez 
& Egyptiens en couleur fans auoir ia- 
înaiseftéen Egypte,ny refTenry autre 



nid*- 



, enTlpde Marag nan. i6j 

chaleur que celle de la France?!! n'y a 
que les huillcs auec lefquelles ils fe 
frottent le corps 3 qui leur donne celle 
couleur. De mefme en efl-il de nos 
Indiens; ie ne doute pas que le Soleil 
n'y contribue quelque chofe,mais i*e- 
flime que la principale caufe qui les 
rend Oliuaflres^prouient de l'on&ion 
& des peintures x dont ils fe peignent 
ordinairement le corps. 

Celle couleurpourtantnediminuë LesMara . t 
rien de leur beauté naturelle. Outre gnons kk» 
ce qu'ils ont le corps bien fait &'tous W WM| - 
les membres bien proportionnez, il y 
en a beaucoup qui pour les trai&s de 
la face, ne cèdent en rien à ceux d'icy . 
Il s'y voit des ieunes hommes aufïi ag- 
greables &des fillesauffi belles qu'en 
quelque autre lieu que ce ibit^excep- 
té toufiours la couleur. 

Ri ont tous cette couftume, hom- Les m™* 
mes ôc fçmmes^eirnesScvieux^ar-^^^;;^" 
racher leur poil par tout le corps,mef- hurptifors 
me leurs fourcils & la barbe , hormis iesche ^ u ^ 
leurs cheueux qu'ils conferuent fort , 
curieufement , les ayant naturelle- 
ment pleins &vnis& non frifez com- 
me les Nègres» 

14 iij 






Ht fi, de la MlfiJes PP. Cap ~ht,\ 
pçm des Quant aux hommes ils les coupenç 
twe™es de médiocrement près fur le deuant 4e 
çheueux, la tefle,&: les toufent en quarré far le 
£ront,eftans fortfoigneuxdeles rele- 
uer : & fut le derrière, ils les laifTent 
croiftre affèz. long 5 comme auffi fur les 
aureillcs &c leurs temples, ne tondans 
que tes extremitez d iceux tout en rô- 
deur ainfi que l'on f^ifoit par cy de- 
uant à la manière antique. 
façon des Pour le regard des femmes,elies les, 
l &fmér\h biffent croiftre longs iufques à la cein- 
éetieux, ture ou cauirojïj&lcs portent ordinal* 
rement pendans, fi ce n'eft quelque- 
fois quelles les retrouvent Se attiffent 
autour de leur tefte auecvn cordon 
ou fîllet de cotton , principalement 
lors qu'elles veulent trauailler. Elles 
font foçt cyrieufes defe peigner^ ne 
manquent guère tous les matins defe 
lauer les cheueux, lesfrattant d'iîùile 
&tâe Roucouifcpouïlçs defgrefler, el- 
les fe feruent d'vne racine appeîlée 
^mfîrn Ouapacari,hquc\lc eftât trempée tant 
les indien- foitpeu&preffée entre les mains, iet- 

""ÛiuîîcH^ vne mou ^ e blanche comme le fa- 
de [mm. uon , dont elles fe nettoient la tefte,, 
leurs cheueux & ce qui leur plaiii 



enl'l(ledeM<iragnan. tC% 

Il va bien peu d'Indiens quin'ayéc Lcs *«*- 

J , r \ 1 J gft4»5 je 

les aureiUespercees,ouils portent des ^^ /rt , 
petits pendans que les François leur *m&k. 
donnent , qu'ils tiennent bien pré- 
cieux, au défaut defqueis,ils mettent 
des petits os blancs fort bien pollis ou 
des petits battons, ou autres chofes à 
leurplaifir. 

Ils ont vne autre couftume eftrange Co ^ umç 
de fe percer la leure d'en bas. Quand des mm- 
leurs enfans viennent à l'aage de qua- j^ r t 
tre , cinq ou fixans^ils préparent vn ieHre , 
yin ou feftin (qu'ils appellent Caouin) 
oùjls conuient tous les parens& amis 
de l'enfant auquel on doit percer la 
leure \ enfemble tous les habitans du 
village &c des lieux circonuoifins, ôc 
après auoirbien Caouwné&c dâcédeux 
ou trois iours félon leur couftume, 
ils font venir le petit enfant après luy 
auoir fait entendre que cell pour luy 
percer la leure à ce qu il foit vn iour 
fort valeureux & grand guerrier, le- 
quel tout encouragé pour telle raifon, 
prefente libremét& hardiment fa lé~ 
urçauec vue allegrcfle &: grand cou- 
tentement;6f lors celuyqui eftdçpi*- 
té la prend ôda perce auec vne petite 
Ll iiij 









• 



•- 



Hift.de h Mifî. des P P. Capucins 
corne ou quelque os bien pointu Se v 
fait vn grand trou. Que s'il aduient 
que le petit enfant cric (ce qui a arriue 
guère ) ou qu'il jette quelque larme 
pour h douleur qu'il rôûenc^ls difent 
qu'il ne vaudra rien,&: qu'il me fera ia- 
niais qu vn couard êchôme fans cou- 
rage. Que fiàu contraire il eft ferme &Ç 
confiant (comme ordinairement ils 
font ) ils en tirent vn bon augure, & 
çroyent qu'en fa vie^ilfera grandira* 
ue &c vaillant guerrier. 
les Ma™* Lors qu'ils font encore ieunes , ils 
fS^Xf" portent dedans ce trou vn morceau 
f terres à U de bois ou bien vn morceau de Vignol 
i t eure. , (qui font groffeslimafles de mer) fort 
polly en rond par le dehors de la leure 
&:vnpeu longouenoualle par le de- 
dans/pour le retenir & feruird'axrefb 
mais quand ils font mariez ou en aage 
de fe marier , ils y portent des petites 
pierres verdes dont fis font grâdeiiat; 
& ceux qui n/en ont poin^en portent 
de blanches comme les ieunes, mais 
plus greffes & quelques vnes plus lon- 
gues qu'ils oftenc & remettent quand 
il leur plaifL l'en ay veu plusieurs en 
porter de plus groilès que lepoulçe &• 






enl % i(lediiïiaragnaft« z6$ 

beaucoup plus longues que le doigt; 
ce qui leur fait pendre la leure & leur 
donne de la peine à parler. 

PtvsiEVKS voulant paroiftre plus 
courageux que les autres 3 fepertenç 
la leure en trois endroits tenant touf- 
iours le trou du milieu plus grand que 
ceqx qui font aux coftez: U y en a d'au- 
( très auffi qui ont le nez percé & ont 
vn ou deux trous à chaque narine y ou 
ils portent quand bon leur femble,de 
longs morceaux de bois fort menus 
ou de petits ofîclets blancs fort déli- 
cats qui paflent fur les iouës comme 
de longues mouftaches, 

Les femmes nont point la leure 
percée,maisenrecompenfe elles ont upnefci* 
les aureilles changement trouecs^^^' 
mettent dedans les çrous,desrouleaux/é ****•/« 
de bois gros comme le poulce & long *»>*'%- 
enuiron comme le doigt: Et bien que 
cela leur allonge merueilleufement 
lesaureilles/i eft-ce qu elles prennent 
jutant de plaifir à porter ces beaux 
pendans& s'eftiment auffi braues auec 
ces rouleaux de bois, que font lés Da- 
mes de pardeçàauec leurs grofles per- 
les §f riches Diamans, 







m 



ffiJfM U Mi/?, des PP. Capucins 



DE LATSiVDITETfES, 

liens Topinamba & des 
atours dont ils ufent 
quelquefois. 

Chap. XLVI. 







couftume 
des Mœra- 
gnans de 

marcher 
mds fans 

gogne de 
leur nudttè t 

Gen, 3. 



L ne fe trouue guère de na- 
tion , tant puifle-elle eftre 
barbare , qu'elle n'aye re- 
cherché de tout temps lvfa- 
ge des veftemens ou de quelque cho- 
ie pour couurir au moins leur nudité: 
çn quoy les Indiens io^inambx fQnfc 
d'autant plus eftrangesnon feulemenç 
de ce qu'ils vont ordinairement tout 
nuds comme s'ils fortoient du vencre 
de leur mere^mais encore de ce qu'ils 
ne font paroiftre aucunement qu'ils 
ayçnt tant foît peu de honte ou vergo- 
gne de leur nudité. 

Si toft que nos Premiers pare n s cu- 
rent mangé du fruid deffendu, leurs 
yeux furent ouuertsf dit rEfcnrure;& 
cognoiflant qu'ils eftoient nuds , ih 



en lifte de MâMgnan. 270 
j prindrent désfueillesdefïguier,&: ca- 
I çherent leurs nudiccz pour la honte & 
j vergogne qu'ils en auoient. 

D'où vient donc que nos fopinamba 
ayant efté faits participants de lacoul- 
pe d'Adam & héritiers délai péché, 
n ont-ils pas auffi hérité la honte &c 
vergogne (qui eftvn effe&du péché) 
ainfi quontfait toutes les autres Na^ 
çions du Monde? 

Onpourroitalleguerpourrefponce &âfeï% 
la tres-ancicnne couftume de ces peu ; ^;^ 
pies, lefquels de tout temps onttfté*,,»** 
nuds comme ils font , &que pour ce ^m 
fuiet ils n'ont point de honte ny de dkL 
vergogne de leur nudité 5 ne s'efton- 
nans non plus de voir leur corps tout 
defcouuert que nous faifonscn voyât 
la main qulafaced'vne perfonne. 

Mais ie diray dauantage, que nos 
PremiersParens ne cachèrent pas leur 
nudité 6c ne reflentirent aucune hon- 
te ou vergogne d'icelle îufqucs a ce 
que leurs yeux furent ouuerts, ceft à 
dire iufquesà ce qu'ils eurent cognoiC 
fance de leur peché,& qu'ils fe virent 
nuds & defpoiïillez de ce beau man- 
teau de la luftice originelle. Car la 



%, 

1 



Rsm.j. 



l 



H\ftMfo M if* des PP. Capucins 
honte ne prouient que par la cognoif^ 
fa*ice de la defFeduoficé du vice ou 
du péché, & la cognoifïance du pé- 
ché ne prouient que paUâ cognoif- 
fance delà loy ypeccatum nm cognoui 
( ditfainéfc Paul) nifi per ' Legem. Puis, 
donc queles Maragm/ss n'ont iamais 
eu la cognoilïàncô de la loy 5 ils ne peu» 
lient auffi auoir la cognoiffance de 
la defectuofité du vice & du peché^ 
ayant toufîours les yeux fermez aux 
plus profondes ténèbres du Paganif- 
me. Et de là vient qu'ils n'ont honte 
ny vergogne d'aller tous nuds fans 
aucune efpece d'habit ou autre cou- 
verture y pour cacher feulement leur 
nudité. 

Plvsiev&s croyentque c'eftvne 
chofe bien monftrueufe de voir ce 
peuple toutnud 5 6c qu'il y a bien du 
danger de fréquenter parmy les fem. 
mes &c les filles Indiennes eftans nues 
comme elles font , parce qu'il ne fe 
peut faire que cefte nudicéne foitvn 
obied bien fort pour attirer ceux qui 
s'y arreftent,& les faire tomber en 
quelque précipice de péché. 

Il eft ainfi que ceftè couflurac de 
marcher nud eft merueilkufçmenç 



en Pî (le de Maragtan. zji 

difforme & deshonnefte , reffcntanc f^Jf 
infiniment fabrutalité.Auffilc danger Z^tiS 
femble-il bien grand en apparence^ t**y«we 
mais en effedie puis dire qu'il y a tfmp^&g 
comparaifqn beaucoup moins de da« mes mon- 
geH voir la nudité deslndiennes^ye da$n€S - ] 
la curiofité des attraits lubriques des 
Dames mondaines delà France. Car 
ces I ndiennes font fi modeftes èc rete- 
nues en leur nudité , que Ton ne voit Nniitidu 

ii V cl^ femmes In ■- 

en elles symouuement , ny geite,ny^ f ,^ 
parole ,fry action,ny chofe quelcon* comptée 
que qui puiffe offenfer les yeux de g^' 
ceux qui les regardent,ains eftant fort 
foigneufes de Thonnefteté en ce qui 
eftmefme de leur mariage 5 ellesnefe- 
roc iamais rien publiquement qui puif- 
fecaufer aucun (candale ou quelque 
admiration. loinct que la difformité 
ordinaire ne donne pas peu d'auer- 
fionja nudité de foy n'eftant peu eftre 
fi dangereufenffi attrayante que font 
les attifefics lubriques aucc les çffire- 
néesmignardifes & nouuelles inuen- 
tions des Dames de pardeçà, qui eau- 
fentplusde péchez mortels& ruinent 
plus d'ames que ne font les femmes 
& filles Indiennes auec leur nudité 
brutale ôcodieufe. 



m 













#/#. dé U Mi (S. des P P. Capucin} 
■coutume £t &<¥& rend ordinairement Ici 
ûes mdœns Indiens , f oit hommes , (oit femmes^ 
Toy>**«t* # a n tpiusdefa zreabîes qu'ils s'eûi^ 
die la face rnent beaux, eit qu ils le peignent le 
© ^ *»?*. vifagc ôl touc le corps de diuerfes cou- 
leurs. Vous leur voyez quelquesfois 
la face toute bigarrée de rouge & dq 
noir, quelquesfois ils n'en peignent 
qu'vn collé & la moitié dufront auec 
la iouë qui efl à Toppofïte , laifîànt le 
refleen fon naturel; Ainfi voyez vous 
leur corps plein de diuerfes figuresde- 
uant ô£ derriere^depuis la telle atfques 
aux genouïls,comme s'ils eftoientve- 
flusd'vn habit de Pantalon, fait d'vn 
fâtin noir 5 figuré& decoupé,ayantle$ 
mains & les iambes toutes noires de 
{ucdeluœipafr* 

Ce nefl pas toutesfois qu'ils foienc 
toufiours peints &: figurez , cela eft 
quand bon leur femble:& s'il y en a de 
plus couftumiers les vns que les autVes 
à s'y plaire:Ce font principalement les 
ieunes filles qui prennent plaifir à fë 
bigarrer Scfigurerainfi tout le corpsen 
diuerfes façonschacû félon fa fantafie. 
Ils ne fe peignent pas toufiours eux: 
mefmes,mais ils s 'entreparent ôi figu- 






en tlflc de M nugnixn. ±72 

ïêtainfi les vns les autresdes filles eftât 
les plus addextrées & celles qui font 
les plus ordinaires à faire ce meftier. Et 
bien qu'elles nayent Jamais apprins à 
peindre,vous feriez neantmoins efton» 
né de voir la diuerfité des belles figu- 
res quelles fontfur les corps, 

Vous verrez quelquefois vri ieune 
homme tout debout les deux mains 
aux coftez 6c auprès vne fille à genoiiil 
ou attife fus vn talon auec vn Ceuy (ef- 
pece de vatffeau fait de la moitiéd'vn 
fruicl) dedans lequel eft fa peinture, 
tenant en fa mainvn petit bout de P»#- 
âo qui luy fert de pinceau, dont elle ti- 
re les traits fur le corps d'iceluy aufïï 
droids que fi elle auoit vne règle, 6£ 
au flî dextrement que pourroit faire vn 
peintre: fi bien que faifant telles figu- 
res qui luy plaift vous n'y verriez pas 
Vn point pafler l'autre. 

Neaktmoîns il s'y trouue quel- 
quefois des femmes,lefquellest|nant 
Vn miroir en la main gauche 6c cfftàu- 
trevn petit pinceau dePiado, fe joi- 
gnent elles mefmes la face auec autant 
de curiofitc que les Dames mondai- 
nes fe fardent par de£à , faifant des 



mm 



<s 



HiflJv la M if. des F P. Capucins 
petits traits de lunipap au lieu des four- 
cils qu'elles ontarraciiez-.G'eit en ce- 
la qu'elles pafTentvnebonnepartie du 
temps , s'effcimans bien braues d'eftrg 
ainfi bigarrées. 

Pour le regard des plus Valeureux 
comme les ^ grands Guerners,ils ont celle cou- 
°guemersâe ftume ( à ce qu'ils foient plus eftimez 
Maragmn en tre ceuxdeleur nation & redoutez 
k g co* r $sT de leurs ennemis) de prendre vn os de 
la iabe de quelques certains Oifeaux, 
qu'ils affilent comme rafoirs,auec le- 
quel ils fe grauent & figurent le corps 
/de diuerfes façons Comme l'on faiticy 
vnc belle cuirafle auec le burin. En 
quoy ils font paroiftre vn grand cou- 
srage:car frottant àuffitoft toutes ces 
incifîons auec quelque couleur noire, 
foit de poudre ou de fuc ou autre cho- 
fe que ce foit, elle fe méfie parmy le 
fang qui leur découle de toutes parts 
/ &s'infinuë dedans les ciçatrices^fi que 
les figures qu'ils ont grauées leurs de- 
tneJwtfur le corps fans que iàmais on 
le^puiflcofter. Entre les fix Indiens 
que nous auons amenez en France,il y 
en auoitTvn de nation Tabaiare t \equcï 
mioitainfi le ccfpsgrauê&; figuré de- 
puis 



, 






en fi fie de Maragnan, 273 

puis les fourcils iufques enuiron les 
genoiiils félon qu'il fera dit cy après. 

Quand tous les hommes de ce païs Attours iei 
veulent paroiftre braues, comme ils M*r*g»ans 
font ordinairement es iours de leur f t0U Z â * 
Caomnnage , ou lorsqu'ils maflacrent b'U&* 
leurs prifonniers ou efcIaues>oii bien 
quahd ils percent la leure à leurs petits 
enfans^ou qu'ils vont à la guerre et au- 
tres telles iolemnitez^ils fe reueftet de 
plumages^u de certains attours & ac- 
coutrements faits déplumes rouges, 
bleues, vertes, iaulnes&: d'autres di- 
uerfes couleurs extrêmement belles, 
qu'ils fçauent merueilleufement biert 
ajancer.Ils lesentremeflet àleurplai- 
fir,tàntque l'œil en foit très- content, 
Vne couleur releuant &c faifanc bien 
paroiftre l'autre^ puis ils les arrangent 
& les compofent ou approprient par 
fcnfemble fort artiftement , les lians 
jpar le plus gros bout auec du fil de 
cotton entrelafféàlafaçon des rets,dè 
forte qu'au dedans ils reffemblent aux 
filets à pefcher ou pluftoft aux lafcys 
ayant les mailles aflez petites : mais ca 
dehors toutes ces belles & rares plu- 
iries font tellement entremêliez Se 

Mm' 








V 



<Ht Acan 
affoyatie, 
efpece de 




tîifîJe la M\f. des P P. Capucin s 
arrangées les vncs fur les autres auec 
tant d'artifice qu'on ne les peut voir 
nyconfiderer fans admiration* 

Ils font en cefte manière des bon- 
nets^qu'ilsappellent^^/^^oubieti 
Acan affôyaue, auec lefquels ifsfe cou- 
bonmts de urent la tefte es iours deleurs folern- 
T>fimmt«. n i tcz fufdites.Dautresau lieu de tels 
bonnets ontcouffcume de fe parer la 
tefte auec les plus petites plumes que 
les^r^c^/de^Perroquets &c autres 
femblables oyfeaux de couleur por- 
tent fous la gorge Se fur l'eftoniachjles 
ajanceants fort proprement à leurs 
cheueux auec vn peu de gomme ou 
decire 3 tellemét qu'ils femblentauoir 
la tefte couuerte d'vn petit bonnet 
rond de diuerfes belles couleurs. Ils 
n'oftet point ces petites plumes qu'ils 
ne couppent leurs cheueux 5 &c alors 
les ramaffent & arrangent autour d'vn 
bafton pour les lauer plusaifément &C 
les degreffer auec le fauon fait de la 
fufdi te racine: &puiseftant feichées, 
les ferrent auffienrieufement que les 
Dames font leurs pierreries &, plus 
précieux ioyaux,pour s'enferuir vne 
autre fois. 



en tlfleâe Uàtagnan. 2^4 

Ils fontdésfronteauxenlamefme 
façon qu'ils appellent j4k*ngéfàffà les **&*&** 
porcent autour de la tefle en forme de ^roph 
diadème* namha. 

Etaulieud'vn collet oud'vnefrai- 
ze,ilsmettefttvn beau collier de plu- 
mes tiffu comme deflus, qu'ils appela 
lent Aiouacâta. . > - 

Tout cela eli admirable , mais ce ailier d& 
n'eft encore rien au regard de leurs r °P mmh ^ 
manteaux , qu'ils appellent 'Jtffêfàut * 
tïllus de diuers plumages les plus manteau»' ^ 
beaux quife puiflent dire.qui leur bat des V ) ^ 

../* \ a* - r namh$* 

îulques a my eûmes ou îulques aux ge- 
noiiils dont ils fe feruent» nontouf- 
iours,mais quelquefois, non pour ver- 
gogne defe voir nuds,mais par plaifir* 
non pour cacher feulement leur nu- 
dité i mais pour fe parer & cftre plus 
brauesà leurs feftins&afiemblées fo* 
ïcmnelleSjOÙ il fait beau les voir fi bra- 
uementreueftus. 

Outre plus ils ont vne façon de iaf.* 
tieres qu'ils appellent Ta^acour a faites 
de fil de Cotcon mcrueilleufement^^J^ - 
bien tifluës& fi bien preflées qu'elles ro^namhK 
femblent eftre toutes d'vne pièce, en 
forme dvn cordon ou petit cercle^lar* 
Mm ij 






' :■; 





Urtiem 

le. 
ïaznantes. 



Hift. de U Mtfi» dés PP. Capucins 
gc entiiron de deux doigts, enrichy 
tout autour de belles plumes de diuer* 
fes couleursjdedans lefquelles ilspaf- 
fent la iambe& les mettent à l'endroit 
delaiartiereiôtaânqu'ellesparoifTent 
dauantage, ils en pafTent deuxl'vne 
fur l'autre Jaiffant comme vnchanfrin 
entre les deux,tellement quelles Fern- 
blcnc non plus ne moins quvn double 
cordon bien enrichy. 

Ordinairement les filles portent a 
^f^^laiambefemblablesiartieres î faufqu , il 

fa filles M*- , . > n r 

r^wntes. P Y a aucunes plumes , n eilanc faites 
que de fil de cotton à la façon desiar- 
tieres iufditcs dont les hommes In- 
diens feferuent pour fe parer. 

Us ont encore vne autre forte de 
trefortede. lartieres qu ils appellent <s£ouay faites 
itères des commQ ct \\ cs q UC deffus , mais plus 

*"*"*'"' hrges y &c au lieu de plumes,il y a force 
fils de cotton retors,longs d'vn<loigt, 
ayant autour de certains fruicis atta- 
chez, gros comme noix,lefquels ont 
fefeorce fort dure lors qu'ils font fecsj 
&eftant tout vuides 3 ils mettent de- 
dans des pentes pierres ou des poix 
fort durs , en forte qu'elles font vn 
bruit lors qu'ils danfent,commefic'e- 
ftoient d^s fonnettes* 



en Fi (le de Maragnan. zj$ 

Ils font auffi des braflelets qu'ils ap* 
pellent Mapouyh Couay chonareZUQÇ du u^uyhi 
fïldecotton^utourdefquelsily a for- ^jgjgj» 
ce longues plumes des queues des Ara hrajfeht) 
qui font fort beaux Oyfeaux defcrits desT j>?*- 
cy-deflus, ayant couftume de porter 
ces braflelets en leur parades vn petit 
audeffusdu conlde,ainfî que les Ieu- 
nesCourtifans portent les bonnes grâ- 
ces ou Liurées de leurs Maiftrefles. 

Ils ont encore de grands panaches rmâ*mm 
en forme de fore grâds bouquets,faits f*nacbesdes 
des plus grandes plumes d'Autruches, Mar ^ m 
& autres grands Oyfeaux, dont ils fe 
parentle derrière, les pendant auec 
quelque ceinture autour de leursreins 
ou par le trauers de leurs efpaules auec 
quelque cordon enguifed'efcharpe* 
Rappellent ces panaches Yandou-aue m 

Ilstrouuentfur leriuage delà Mer . 

de grofTes coquilles de limaçons ou J es j^lm 
Itignols^ ils rompent par petits mor- f>*»rp*tir 
ceaux&les poliffent defTus certaines l ^^fJ r l 
pierres dures fort induftrieufement, des cemsu-. 
les vns en rondeur Jesautres en quarré r fj^-^ 
efgalj&aucus en quarre oblong,cor- 
reïpôtidant les vus aux autres en pa- 
reille proportion.Ils percent ceux qui 
Mm xi} 




£$*?« 






Hift. delà Mift. des PP. Capucins 
font quarrez par les quatre angles, &: 
les attachent par enfemble auec vn fil 
de cocton délié comme foyca la façon 
que nos loyaliers&'Orfeuresfont les 
carcans ou colliers des Dames ; ou 
bien ils les collent fur vne toile auec 
de la gomme & en font des ceintures 
Se des braflelecs fort iolis^qu'iis appel- 
lent Mina. 

Vous feriez eftonné de les voir po- 
lir gg percer ces morceaux decoquil- 
lesfî dextrement comme ils font. Ils 
fçauentfi bien les accommoder &: a~ 
iancer,quiîfemble voir des ceintures 
& bralTelets de nac de perle. 

Ceux qui fontronds, ils les trouent 
par le milieu, & les enfillent auec du 
fil decotton en forme de chaines de 
patenoflres, dont les femmes fe fer- 
aient au lieu de plumages pour mettre 
à leur col & à leurs bras 3/ non plus ne 
moins que les Dames font icy Jesper- 
les. Iî y en a de telles qui en portent û 
grandequantité autour du col,qu 5 el- 
lesenontla poitrine toute couuerte. 
a^Ce fonrlàlesplusprecieuxioyauxap- 
nemevt despcllcz Bohare dont elles fe feruent lors 
%eS* qu'elles fe veulent parer. 



en îi/le de Maragnan. zy6 
Elles fe parent auffiauecdes rafla- 
des ou patenoftres de verre de diuer- 
fes couleurs que les. François leur don- 
nent en tfchange daucres bonnes 
marchandifes, dont elles font grand 
eftat,6c les eftiment autant que ion 
fait les perles en ce païs icy. 

Et pour parer leurs petits enfans,ils 
prennent lesfufdits vignots, qu'ils po- 
liiïentfurla pierre , comme il tk die 
cy-de(Tus,dont ils font de petits cer- a ^ 
clés qu'Us appellent Gnaan non moins ornement 
blanc & poly que l'yuoire ? & en met- ^ff\ m 
tent quelquefois trois ou quatre aux^,, 
bras de leurs enfans en guifedebraf- 
felets, les ornans auffi de colliers en 
forme de carquans faits oude -yignols^ 
ou de rafTade qu'ils leurs mettent au 
col. 

Voila les plus beaux attours 6c ac 
couftremens dont les Indiens Tapi- 
namba fe feruenr/eulement lors qu'ils 
fe veulent parer, tant pour les hom- 
mes que pour les femmes &c petits en- 
fans, ayant accouftumé de cheminer 
ordinairement tous nuds f comme 
nous auons dit. 

Pwievrs neantmoins fe feruent 
Mm iiij 




Bifide l a Mîfî. des PP. Capucins 

rtifaté < 3 uei q uefoi SP our l c pr , efent,(iesvei1:e" 
«»$*™ mens que les François leur donnent 
I/eLfi™^ efchange des marchandifes qu'ils 
vont quenr en ce païs-là v & non fans 
donner fuie£ede rifée:parce que vous 
enverrez quelques vns qui ne porte- 
ront quVn chapeau fur latefteeftant 
tout nuds.-aucus porteront des chauf- 
fes feulement fans pourpoint ny cha- 
peau:d'autres ne porterotquVn pour- 
point ou vnemppe volante iufques à 
la ceinture ayant le refte du corps 
tout nud 4 II y en a beaucoup qui por- 
tent affezfouuent vne chemife &rien 
dauantage , ù ce n cft que la fantafie 
les prenne quelquefois defeveftir du 
tout, mais cela ne leur dure pas long, 
temps y parce que s'ils font vn demy 
iour ou vn iour tout entier en cet eftat, 
c>eftbeaucoup,Ie lendemain ils quit- 
tent tout,& en contre-efcliange, ils 
vont tous nuds. 

Slfe S eft bien vra Y que tous les hom- 

nemem des mes mariez & particulièrement les 

^edUrds vieillards ordinairement couurent ' 

leulementleur nonteauec vnè pièce 

de drap rouge ou bleu, qu'ils lientau- 

Courauec vnfildc cotton,lerefte de h 



en Fifo de Maragnast. 2.6$ 
pièce de drap pendant iufques aux gc- 
noùils ou à my iambes,eftant d'autant 
plusgloneuxqu'elles pendent en bas 
Rappellent cette efpece d'atoûr Carœ- 
ioue dont les enrans &ceux qui ne font 
pas mariez ne s'en feruent aucune- 
ment^ contentans (fpecialement les 
adolefcens )de lier leur prépuce auec 
vn fil de cotton ou quelque petitç 
fueille de vindo. 






PES MOEURS DES JN- 

diens Topmamba, (^première- 
ment de leur demeure & de kur 
mariage. 

Chap. XLVII. 

O s Indiens Topinamha de- 
meurent ordinairement 
dans les bois le plus près de 
la Mer qu'ils peuuentpour 
la pefcherie , ou auprès des riuieres riU&s ** 
pour Peau douce necefiaire a la vie. ^ aragn4nS9 
Ayant trouuévn lieu propre, ils cou- 
pent les bois & font vne grande place 
quatfrée,mettans le feu dedans afin de 








Hifl* deU M if Je s PP. Capucins 
brufier tout le bois & deffricher le 
lieujoù ils batiflène quatre grandes lo- 
ges au milieu de celle place, qu'ils dif- 
pofent en forme de cloiftre.Ces loges 
font faites de bois &couuertes.dep/#. 
dk depuis lehautiufquesenbas(com- 
mc lia efté dit cy.deuant Jauffi longues 
& larges qu'ils îugent eftre neceiTaire 
pour loger le nombre des peuples 
qu'ils font. 

Ayans demeuré là cinq ou fîxans, 
comme c'eft leurcouftumede ne de- 
meurer guère dauantage en vn lieû 5 ils 
deftruifent &: bruflent ce lieu, & en 
conftruifent vn autre à vne demie 
lieue de là où enuiron, retenant n cane- 
moins toufïourslenomde leur villa- 
ge précèdent. 
xaifonsfour Ils ne donnent autre raifon de ce 
^^^changement^fînon qu'ils difent que 
€h*ngentde leurs grands Pères ont fait le fembla- 
demeure. \y\ Q . l om( ^ au {ft q Ue [ c Maniot patates 

& autres racines ( dont ils feferuenc 
pour leur nourriture )fe deledent en 
nouuelle terre &: en profitent beau- 
coup mieux. 

Ces longues loges n'ont aucune 
cloifon ou l èparation qui empefche h 



en Fi (le de Maragnm. 27 S 

veuëd'vnbout à l'autre: neantmoins **£«*£ 
ils demeurent tous ladedans ians con- ies A u™- 
fufion, chafque Père de famille ayant.?»^'// 
fes femmes, lesenfansjes elclaues àc'J^ ^*. 
fes meubles à part en km canton. 

La pluralité des femmes leur eft là HuMlitÈ 
permife ôc en peuuent auoir tant qu'il des femmes 
leur pjaift.ll n'ett pas pourtant permis gj^. 
aux femmes de le leruir du mefme pri- 
uilese: il faut qu'elles fe contentent /*»&«* 
dVn feul maryn en pouuant auoir da- f ^^ 
uantaçemv le quitter pour fe donner àjfcww* <** 
vn autre fans fon contentement! corn- y^ 
me il fera dit cy-apres) & quoy que la 
Pûlîgamîe ibit permife aux hommes ,1a 
plus part neatmoinsfe contentent dV- 
nefeule femme. Il n'y a que ceux qui 
veulent eftreeftimez entre eux,qui en 
prennent plufieurs:& défait ceux-là 
font reputez les plus grands & font or- 
dinairement Principaux des villages. 

Qvelqvefois leur ayant fai&en-^ ***? 
tendre que r*#/>^ ne vouloit pas que^^ f au _ 
l'homme euft plus d'vne femme, SCtrementi* 
que ceux qui en auoient plufieurs ne>^| es 
ftoient & ne pouuoiét eftre fes enfans, 
ains qu'ils eftoient les enfans de lero- 
pary. Nous fçauons bien difoient-iis 




Hift.de la M if, des P P. Capucins 
qu'vne femme feule eft fuffifante à 
Phommcjcen'eftpas pourfatisfaire à 
nos plaifirs que nous en prenons pin- 
ceurs j mais feulement pour eftre 
grands, pour faire le mefnage &pour 
trauailler aux iardins - y comme elles 
fonc auflî y fuiuant ce qui fera die cy 
^pres. Etpuis les hommes s'extermi- 
nanc tous lesiours par le moyen des 
guerres qu'ils font continuellement 
lesvns aux autres,ilnyaque les fem- 
mes feules qui demeurent en fi grand 
nombre qui leur feroit impofïible de 
trouucr chacû vn mary en particulier. 
Feftime quecefte neceffké les con- 
traint de iè donner plufieurs à vn fèuL 
l& fremier Neantmoins les Percs ne peuuent 
de gf édeco : prendre leurs filles .ny les fœurs leurs 
"(eHiobferui f&'&Xp 3 pour les autres degrez de con«. 
entre i es fanguinité, ils n'en ont point qui era- 
peichent leurs mariages, ains pren- 
nent telles femmes &en tel nombre 
qu'il leur plaift. 

Et comme leur mariage eft ayfé à 
faire, ainfi eft-ii bien facile à deffaire 
n'y ayant enTvn& l'autre que le vou- 
loir ic le non vouloir. Car {î l'homme 
defm quelque femme ou fille en mâ^ 



en Pi (le de Maragnan. zj9 

riage,ayantrecogneufavolonté;ilde-£^ 

mande au Père ou au frère d icelle ou gmm , 
à tous deux s'ils l'auroient pour agréa- 
ble, Se s'ils le trouuent bon. Encore , 
eft-ce vn refped qu'ils portent au Pè- 
re ou plus proches parens,à la confu- 
sion ôc condemnation de plufieurs 
Catholiques , qui pouifez, feulement 
de leurs effrénées cupiditez fe ma- 
rient bon gré mal gré leurs parens. 

Ils ne fe ioucient des biens.&neré- 
cherchent ny demandent aucunes ri- 
chcifes 5 maisfi toft qu'ils ont tiré le 
confentement du Père ou du frere> 
leur mariage eft fait fans autre cere- 
monie,fans promené mutuelle,ny ré- 
ciproque, confentement, ou obliga- 
tion d'aucun lien ouconuerfationde 
vie,indiuifible,indifïolluble&:perpe. 
tuel.qui eft entièrement de l'cScnce 
du Mariage. Au contraire quand il 
plaift au mary,& qu'il luy prend vne 
fantafie.ilchaffe &: répudie fa femme 
fi elle vient à l'offencer:la femme auffi Ref uâkiS 
eftantfaoule&Meedefon mary,luy -desfi?** 
diiant ie ne veux plus de toy,i en veux^,,^^ 
chercher vn autre pour mon mary 5 il entre les 
luy dira auifi toft fans s'affliger ny s'en*"*"" 



WÊ 



Comme les 
Maragnans 
promettent 
leurs files 
des leur en- 
frtnee pour 
mariage* 



VorJre qui 
eft en la 
fluralitédes 
femmes dts 

Marazn^ns* 



H if}, de la Mi]?, des PP. Capucins 
rompre latefte dauantage, £104/0, vi 
t en ou tu voudras L a femme alors fe 
peu t donner avn autre fans aucun em- 
pêchement: ayant toufîours eemef- 
me primiegede quitter encore le fé- 
cond quand elle voudra comme elle a 
fait 1 - premier 5 ainfi que le mary la peut 
répudier quand bon luy femble. 

C'eft vne couftume bien ordinaire 
entr'eux(fur tous aux principaux & à 
ceux quifonteneftime ) de promet- 
tre leurs filles eftant encore leunes & 
petites. Ils les nourrirent ce pendant 
iufques à ce qu'elles foient enaage:£c 
lors qu'elles font en eftat de marierais 
les donnent à ceux à qui elles font 
promtfes 5 quiles tiennent pour fem- 
mes aux mefmes conditions quedef- 
fusjçauoireft de s'en trequitter quand 
il leur plaift. 

Et bien qu'il y aitplufîeursfemmes 
auec vn mefme mary^demeurant tou- 
tes enfemble dans vn mefme quartier 
desfufdireslogeSjfieft-ce qu'il y en a 
toufîours vnequieft la mieux aymée r 
laquelle commande aux autres,com- 
me la maiftreflfe à toutes Ces feruantes. 
Et ce qui eft admirahle, eft quelles 



en 1*1 (le àe Udragnan. i%q 

viuent toutes en paix & en grande 
vnion,fans enuie,nottes,ny ialoufie, 
obeïiTanc toutes cnfemble au mary, 
Remployant fidèlement à trauailler Se 
à faire leur mefnage, fans querelle ny 
diuifion quelconque. 

C'eft dequoy ie me fuis eftonné fou- Remarqua- 
uent, comme ie m eltonne encore ^, M ^ 
toutes &:quantesfois queie me refou- #*«»*«» 
uiens de la concorde & vnionfi gran-^™^ 
de quifetrouue dans toutes lesfamiL 
les de ces Nations Sauuages 5 où vous 
voyez en la plus part d'icelies plufieurs \ 
femmes auec vn feul mary, viure auec 
Lrtt d'amitié parmy leur paganifme, 
queiamais vous n'entendez de bruiç 
dans leurs melnages,nyde la part des 
femmesà l'endroit du mary,ny du ma- 
ry entiers fes femmes. Mut* aux 
C'eft vne belle leçon à plufieursfa- ^fg» 
milles des Catholiques, qui ayant re- w '** 
ceu la Lumière delà Foy ,doiuent vi- 
ure fainâement en leur mariage ^ la 
femme/uie&e en toutes chofes à fon 
mary comme à fon Seigneur , le doit ^/> 
craindre & refpeder comme le chef, 
auffi bien que le mary doit aymer fa 
femme ainfi que I es v s-C h a i s t a 












L 



HïftJeUMift.desPF. Capucins 
âyméfonEglife^eftantliuréàlamotÉ 
delà Croix pour elle 5 Se neantmoins 
ne peuuenc viure en paix par eniem- 
ble^nefçauroienteftrevn feul îour 
fans querelles , difeordes & mille di- 
uifions, commençant ainfi leur enfer 
dés cemonde,aulieuque leur maria- 
ge deuroic eftrepîein de paix & com- 
me vn petit Paradis où Dieu ie plailt 
particulièrement. 

Pour le regard âcs enfans des In- 
diens, bientoft après qu'ils font nais, 
les Pères les frottent de ces huiles 8é 
peintures^ainfi que nous auons dit cy 
deuant j &puis ils les couchent dans 
des petits lits decotton fufpendus en 
l'air, fans iamais les emmaillotter ny 
Comme les couunr aucunemët.ï'eftime quec'efë 
f(huent înS en partie pour cela qu'ils ne fontpasfî 
leurs faits fubie&s àçftre courbez & contrefaits 
enfin** a j n {] q UC plufieurs de pardeçà qui font 
dés leurs naififance enferrez dedans 
leurs berceaux & toutes leurs vies das 
des accoutrements fi eftrcits,quela 
nature eftant comme prifoiiniere §6 
violentée , elle ne peut croiftre qu'a- 
uec beaucoup depeine&de difficulté, 
d'où viennent tant de hignars,tant 

de 



tn îiflc dt M arùgnan. %ît 

de boiteux & debofius.il neneftpas 
ainfî des Indiens qui laiflent croiitre 
la nature auec toute libertc^uilî y a- il 
plaifir à voir j particulièrement ces pe- 
tits enfans de quatre , cinq &£ fix ans. 
Car outre qu'ils ont le corps bien fait Modeftîed^ 
& proportionne, îlsn ompas tantae y m(îgnm ^ 
legeretez puériles connue beaucoup 
de petits enfans de l'Europe $ au con- 
traire ils font dotiez dvncpetitegra^ 
uitéfiiolie&d'vne modeftie naturel- 
le fi honnefte.que cela les rend extre- 
moment aggreablcs & âyniabîes , 6c 
font en fi' grande quantité principale- 
ment au deifoubs de fept à huid ans 
que neftoit les guerres,en peu de teps 
le pats feroit extrêmement peuplé. 

Pour le regard des mères , il ne fe Amour é$ 
peut dire comme elles ayment leurs meres Ma ~ 
enfans paiîionnérnec, ne les abandon- lf u T r a e ^ 
nant aucunement * auffi voyez vous **/*«• 
touflours les enfans en la compagnie 
de leur rnerej- laquelle ne demeurant 
ordinairement que deux ou troisiours 
au plus pour fe repofer après fon enfan- 
tement , elle prend auffitoft fon petit 
enfant Sz le porte à fon col dans vn^ 
kharpe de cocton & s'en va travailles 

Nu- 



I 



1 




< 3aijl.de U Mifl. des P P. Câfûcins 
ainfiauiardin ou a quelque autre cho* 
fcdxi inefnage fans garder la couche 
plus longtemps. Quelquefois, outre 
l'enfant qu'elle porte a fon col,elle en 
•ticncvn.au bras&enmeine vn autre 
par la main auec deux ou trois plus 
grandeletsqui trottent après elle : & 
corne elles ayment leurs enfans tedre* 
ment, elles lontauflî fort fojgneufes 
deles tenir nettement en leur nudité. 
Elles les nourriflent de Mantpoy, 
quieftvneefpece de potage, comme 
il fera diccy -apres,auec lamammelle 
quelles leur donnent elles mefmes. 
l? * femme* Elles n'ont garde de faire comme plu- 
lodtemes fieurs mères d'icy, lcfquellcs à peine 
tTÏTr on telles la patience de laiflfer naiftre 
nmrntm leurs enfans pour les donner à des 
d ~ ieursen ' nourrices & lesenuoyer dehors afin 

j w,que -in « t 

de n en auoir la telte rompue. Les 
femmes Saunages ne les voudraient 
imiter en cela pour rien du monde, ne 
voulant que leurs enfans foient nour- 
ris que de leur propre laid. 

Dauantage îe ne fçay fi c'eft pour 
le grand amour que les pères 8c mères 

tes Z> i r l . . .. 

tir portent a leurs enrans,que ïamais ils 



tfouïnture 
ds {tut s 
e.tf*ns in-, 
âêns. 



f ujietfts 
fewî&tes 

C'-'rejhen- 
nts t 



Grande li- 

é À€S 

3 (tes 



liens 



tmtm* 



ne feur difenc mot qui les puifle offen- 



■ 



enfl(leàeM<LYAgnàn> 1%% 

ctr, ains les laiffcnt en liberté de faire 
eeque bon leur femble, & leur per- 
mettent tout ce qui leur plaift/ans les 
reprendre aucunement: Auili eft-ce 
vne chofe admirable & dequoy plu* 
fîeurs fe font eftonnez (non fan? fujet) Gr*nd rtf~ 
quelesenfans ordinairement ne font %%/^T 
rien qui puiflernefeontentet leurs pa- ***** *tè 
rens:au contraire ils s'efforcent de fai- "* rs Uur . 
re tout ce qu'ils fçauent &cognoiifent ***' 
leur eftre agréable; 

lenefçay fi ie dois attribuer tel ref- 
pe£t de ces enfans Sauuages à l'amour 
réciproque qu'ils portent à leurs pa- 
rens : ou fi ie dois dire que la Nature 
neft paslafivitiée,nylaieuneiTe tant 
corropuë entre ces Barbares &Payens 
comme elle eft entre lesChreftiens où 
nous en voyons maintenant la plus 
partfleffrenez en toutes fortes de vi- 
ces &de mefehancetez fuiuant leurs 
appétits defregleZj que bien fouuenc 
dés leur ieunc aage * ils feruent de 
fléaux à leur pereôc mère qui on t prins 
tant de peine pour les nourrir & efle- 
uer fi tendrement 

Quant à ce qui eft de leurs efcla* 
ues } ils demeurent aufli dedans lesloj 
Nn ij 



r 



i 



Hifl> de la M if. des P P.Cdfucins 
Tr«aeme*tS €s auec ceux qui les ont prins,ou qui 
des e/cû*es\cs ont aehepteZjOu bien auec ceux 

^ ô i. auf( l UÊls ils ont t efté donnés, ne plus 
ne moins que s'ils eftoient enfans de 
la mefmefamille.Ils leurs font bonne 
chère & fort bon traitement. Et ce 
qui eft bien eftrage efl qu'ils leur don- 
nent leurs filles ou leurs fϝrs pour 
leur feruîr de Femmes» lefquelles les 
traf&ent auffi comme leurs maris, iuf- 
queà ce que lafantafie leur vienne de 
h$ faire mourir pour les manger. Ce- 
pendant ils font libres d -aller & de ve* 
nir où il leur plaift, ils trauailientaux 
iardins, vontà Jachafle&àla pefche 
quandilsveulent.Eniînonnelescon- 
traîne!: à rien, &fontce que bon leur 
femble^ auffi ne feronuilsque ce qui 
leur plaift pour quelque commande- 
Èx&ràcedes ment que ce fbitXes femmes qui font 
£ZZ"»t7e efclauess'employentau trauail du iar- 
■4h M^ra- din S£ de tout le mefnage, ainfi que 
&**'• toutes les autres femmes ont accou- 
tumé de faire, attendant auffi bien 
que les hommes efclaues qu'on lesaf» 
fotnTrçe & qu'on ks mange pour toute 
récompense de leurs fermées, quand 
loccafîon en efchet. 



en PlfledeMaragnan] zSj 
Pour le fait des meubles dont les ^Hèhiisâts 
Indiens fe feruent tant pour le met inHensTo* 
nage que pour meubler la maifon r ils P mm ^ 
ont leurs nts de coteon, qu'ils appel- 
lent T#i-y aux deux bouts defquels il y . 
a des cordes fai&es de cotton retors 
comme àvndcz,auec lefquellesilles 
lient à des pièces de bois qui font mi- 
fes à ceft effed au trauers des loges; 
Chacun a fon licl pour fe coucher, la Co^fiume 
femme mefme a fon lift feparé, tout des li * diens 

1 1 i t r r « r£ P O0r leur 

proche de celuy de Ion maryjÀufli ne coucher. 
ibnt^s pas capables de voir coucher 
deux hommes pnfemble. 

Ils ont des courges^qu'ils nomment 
Eua> dont ils fe feruent pour aller à Em * 
Feau &; d'autres couppées parle mi- 
lieu^peintes de rouge &j de noir,appel- 
îéés ciuy> qui leur feruent de plats &c CM%> °' 
d'efcuelles & de godets pour boire, 
ainfi que les plus petites courges leur 
feruent auffi de culiers pour manger. 

Ils ont leurs panniers qu'ils appel- 
lent Ourtuou Car4memo faits de tuçïl- ouro» & 
les de Palmes ou de petits rofeaux ti£* ctmnemê, 
fus fortiolimentjdans lefquelsils fer- 
rent leur Ouaroud,ç' cflà. dire mirouers, °»+ott** 
leurs peignes qu'ils appellent^^ ff^i 
Nu iij 



fi: 



W4&M. 



HtfiJtU MifiJes PP. Cap&cws 
XfMi<jfJ cuvs -XV'» ou Kefa coufteauxjeurs Pi- 
ram cifeaux, leurs Bohu raflades &c au- 
tres tellesmarchandifes. Ils font au fH 
defemblablcs panniers dans lefquels 
ilsconferuent leurs ornemens déplu- 
mer, donc ils fe parent &reueftent es 
iours de leurs feftins> Les Principaux 
& quelquVns des plus anciens ont des 
coffres^qu'ils appellent iM/tf^,que les 
François leur donnent en efchange 
d'autres marchandâtes j dans lefquels 
ils refterrent les plus precieufes chpfes 
qu'ils ayent. 

, Ils ont encore quantité de grandes 
vaiflelles de terre dans lefquelles ils 
font leur Munipoy ,.& d'autres plus 
grands vaifTeaux au (Il faits de terre en 
forme de vafe, qui tiennent trente, 
Quarante & cinquante pots , dans les- 
quels ilsfont leur C4ûum,L£$ François 
leurs ont auffi porté force marmites 
qu'ils appellent Gna,epn ou Gnaepho y 



Gnœëpépo, 



pBtetfyite.te des chaudrons Gnaeimne qui font 

leurs plus beaux meubles &c les princL 

pales pièces de leur mefnage. 

Plvsiivrs des Indiens ont vis à 

* < vis de leurs logis de grands pouilaillers 

\ Y mf - ^w'ils appellent Oiyuro Kfy ? où il y a, 



To- 



tn Ti@€ de Marxgnan. 284 
force Poulies communes. Ils ont auffi 
des jardins appeliez Ko , qu'ils font/^; 
dans les bois à demy quart ouvn quart 
de lieuë es enuirons de leurs villages. 

Pour faire lefdits iardins , ils eou- 
pent premièrement les bois •» &: lcijjjj^j* 
ayant laifTé feicher douze ou quinze pi»amba t 
iours,ils mettent le feu dedans & les 
bruflenten lamefmeplace,les laiflànt 
confommer & réduire en cendre le 
plus qu'ils peuuentïpuis la place eftant 
ainfî dejfFrichée 3 ils plantent au milieu 
d'içelle (ovec Maniât pour faire la fari- 
iïe:lls y mettent auffiforce Patates,!!*. 
y fement grande quantité de poix, de 
JFebues & au très herbes & racines qui 
leur feruent à la nourriture. 

Voila le mefnage & 1 ambition des 
Indiens Maragnans pour ce qui eft de 
leurs familles, toutes leurs richeffesne 
eonfiftant qu'en ce que deflus,fauf les 
armes dont ils fe feruent à la guêtre &? 
Ion qu il fera déduit cy-apres a 



N n iiijL 



ftijï Je la M tjf.de s PP CapUcms 

DE D AMITIE J¥F~ 

ttielle des t^iaragnans 5 & de 

U réception ait ils font 

Al J 

û leurs amis. 



i 




jmmmu* corrompu qu'i 

tueile des 

lndïen$To 



^iher^lke 
wtitti.eUé 
des Mœm* 
gnatts, 



Chàp. 3CLVIIL 

'Est vne chofebien admi^ 
rable que les Indiens Topi- 
\pambdy n'eftan^ conduits que 
par leur naturels quelque 
foie , s'entr*ayment 
neantmoins d vn amour û cordial &c 
fraternel^qu'ils fe difent tous alliez & 
s'entr'appellent ordinairement les vns 
les autres du nom de Per e^Frere^Petit 
ffere , Oncle , Nepueu ou Coufîn, 
comme s'ils eltoient tous d'vne mef~ 
mefamille & parenté. 

Et encore qu'ils ayent quelques 
meubles ôç jardinages en particulier 
^ ( comme il aeflé dit au chapitre pré- 
cèdent ) ils n'en font pas neantmoins 
tellement propriétaires que fî quel- 
quvn de leurs femblables en auoit 



en fi(le de Maragnan. 2.8 j 

£ffaire,ilne s'en peut librement feruir 
èc y prêdre tout ce qu'il auroit befoin: 
auflî n'ontils rien de particulier qu'ils 
ne lediftribucntles vns aux autres,*: 
ne mangent rien fans en donner à 
leurs vqifîns. S'ils apportent du poif- 
fon delà pefche& quelque venaifon 
de lachaffe,comme Cerfs,Biches,San* 
gliers, Pacs,& autres chofcsfcmbla- 
bles , ils le diuifcrit autant qu'ils peu., 
uent pour en faire part à tous leurs 
compatriots. 

Ils font les biens venus les vns par- 
mylesautres-.&cn quelque part qu'ils 
aillent entre leurs alliez, ils font fort 
bien receus,trouuantauffitoil:à man- 
ger & tout ce qui leur eft neceflaire 
pour rentretenementdelavieiEtlors 
que Dieu les aura illuminez de la co- 
gnoifTance defon Sainâ Nofn,il eftà 
croire que ce fera vn Peuple bon Sç 
bien charitable , pourueu qu'on les 
puiffe maintenir en leur {implicite &ç 
bon naturel. 

Si quelqu'vn de leurs femblables ou 
de leurs amis eftrangers les va viiker, 
incontinent qu'il eftarriuéchez eux, 
s'eftant mis fus yn Iid dé cotton , à 






Comrfuhn 
mutuelle 
des Indiens 



Recept$otr 
que les lttr 
dtens Tûfi- 
mmba fo#f 
À leurs 
wnÎ4 



Hift* de la M if. des P P. Capucins 
Titiftant les femmes fe viennent foir 
auprès de luy, Se mettant leurs mains 
deuant leurs yeux,ou bien tenant d V» 
ne main la ïambe de celuy quicftallis 
fur le lidcommencentiaçoadnenc à 
pleurer auec des cris & exclamations 
merueilleufes: qui eft vn des plus grâd 
ligne de courtaifîe qu'ils puiflent tef- 
moignerenlarcceptiode leurs amis r 
tlifant mille ebofes à fa louange, qu'U 
foitlebien veau,qu'il eft bon, qu'il a 
prins tant de peine pour les venir voir, 
&çhofesfemblables. Cependant ce- 
luy qui eft aflîs fur le li& mettant aufli 
fes deux mains deuant fa face, s'il nç 
peut pleurer pour le'moms faut-il par 
courcoifîe &c félon la coqftume qu'il 
face fembiant de pleurer. 

Apres cela le Père de famille qui 
n*auoit dit mot tout ce temps là,ayant 
continué l'exercice qu'il faifoit fans 
faire fembiant de le voir, vient en fia 
vers luy &C ditduy tendat la main) Ere 
ioupéîès tu venu ? Ereïcoheçéftç porte-tu 
bien>Et aptes l'auotrfalûéScpourpar- 
lé auec luy, s'il deftre manger, ils luy 
en apportent au ffi toft& luy donnent 
tout ce qu'il a dç befoin^le traieçat auec 



en l'ijle de Maragnan. 2S6 

bonœuil & raccommodant tant & Il 
lonetemps qu'il demeure chez eux. eommeks 
S 1 ce {ont des Indiens qu îlsrcçoi- tr l tttent 
uent en cefte forte, ils ne leur deman- u^fim^ 
dent rien pour récompense * Mais fi ^J as 
ce font François il faut qu'auât partir de n&fijp 
ils leurs donnent quelque chofepour 
-vue autre fois eftre les bien receus-.que 
s'ils ne leur donnent rien,ils les appel- 
lêt Scatéum c'eft à dire chiches 6c aua- 
ricieux s &ne faut pas qu'ils y retour». 
nent.au moins ne feront-ils pa$ fi bien 

• rv Larecom* 

traittez^ ^ penjeque 

Cevx qui les veulent conteter peur us François 
les courtoifies qu'ils ont receues,ils *%*"*£ 
donnent aux hommes quelques cou- df4 y on 
fléaux ou ci(èaux,&aux fëmesquel- trahie**»* 

/r j«« qutlslewr 

ques peignes, mirouers, ouraliades.^ 
Si vous auez receu quelque Paç> ou 
Saglier,ou autre chofe notable d'eux, 
ils efperent auffi dauantage &c deman- 
dent Iç pource & la recompenfe de ce 
qu'ilsvousontdonne. ۤmme te. 

Yay entendu des François qui ont uame ^ 
demeuré dix-huit ou vingt ans auec emmena* 
eux, que le paflé ils eftoyent beaqcoup f e e JfZs 
plusliberaux qu'ils ne font maintenat.* M*ra g nmt 
Tabondance des marchandées ^ c J2^f' J 




1 



HtfiJe U Mifi. de s PP. Capucins 
quelques vos leurs ont données , les 
ayant rendus chichés ôc efchars aux^ 
; François^tellemêt qu'ils ne vous veu- 
lent plus rien faire ny donner fi vous 
neleur donnez beaucoup dâuantage 
qu'on faifbit tepaFc.Ceft neantmoms 
peu de choie que vous donnez pour 
les contenter en contr'efchange de ce 
qu'ils vous donnent, & au regard de 
ce qu'ils font* loind auffi que Ton ne 
perd rie d'eftre libéral en leur endroit» 
4 autant qu'ils ne manquent iamais 
de recognoiftrelepîaifir qu'on Leur a 
fait pour n'eftre vn peuple ingrat , ny 
qui vueille eftre furmonte en courtoi- 
fie& libéralité^. 
ïlfmZ Le grand amour qu'ils feportent les 
. Aur^»M»; A -Vns aux autres efl caufe d'vne fi grande 
intelligence ôid'vnefieflroitte vnion 
entre eu^; que fi Ton ofFence Tvn de 
leurs fembîables, toute la Nation efl 
offencée,& viennent tous au pourcé 
immortel Sq>ourenauoirraifon,ainfi 
qu'il fera dit au chapitre fuiuanc, 






en [ifie de Maragnan. 287 



DS LA FENGEJNCS^ 

0" des guerres des Maragnans^oà 
il eft traitfé de la cruauté qu'ils 
exercent enuers leurs prifonniers. 

Chap. XLIX. 
ygjg** E n cftimc pas qu'il y aye 

P$St P îus cruc ^ e & P* us ^ ar ^ are 
^' que celle de nos Indiens de 

MAYagnan &c autres lieux [voifins. 

Quelle plus grande cruauté le peut il 

trouuer que de tuer de maflàcrer les 

/hommes de fang froid & gayeté de 

'cœur 5 & mefme, (ce qui eft le plus 

horrible; & que toutes les autres Na- 

? tions Barbares ont toufiours abhorré) 

V d'efpandre le fâng humain parmy les 

' conuiues ôtfeftins? Ya-il plus grande 

Barbarie que d'eftre acharné contre 

tes voifins & ne fc pas contenter de crmutiç§ 

, „ ; ti barbarie dei 

•■ leur faire continuellement vneguer- /W ^ r „, 
re très fanglante 5 mais encore pour^wk». 
affouuirdauantagefa rage,manger 5c 



tlifi. delà M s fi. des PP. Çapuôins 
fc faouleriufques au vomir^dç la pro- 
pre chair de (es ennemis ? O cruauté 
plus que barbare 5 Sc barbarie plus que 
cruelle! C'eft làdequoy nos Indiens 
Topinamba font trophée -, s'eftirnans 
d'autant plus glorieux qu'ils ont tuez 
d'hommes en la guerre & mangez de 
leurs ennemis chez eux,ainfi que vous 
allez voir. 

llfaut premièrement fçauoir qu'ils 

ne font point la guerre pour garder ou 

eftendre les limites de leur Pais , ny 

pour s'enrichir des deCpotiilIes 6c du 

foutéip butin de leurs ennemis , mais pour 

l€S Indtens \* K r \ * rt r r 

jopinamb* A sonneur leulemet & pour le vanger. 
font u Toutes & quantesfois qu'ils efliment 
guem, ^ ue j es étions voifînes & autres peu- 
ples efloignez les ont offencez , ou 
qu'ils fe reflbuuiennent que leurs pa- 
rens ôtamis ont efté prins Se mangez 
iepaflepar leurs ennemis,ils s'encou- 
ragent les vns les autres à la guerre 
(afin fe difent-ils) d'auoir le pource 5 & 
mîlt^s vanger la mort de leurs femblables. 
tnàicntTo- £n toutes leurs entreprinfes ,ils fe 
pXl/^g ouuerncrît P ar I e confcïl des Vieil- 
fenfcjtft/- lards qui (e fontja portez val eureufe^ 
YtmfiT'' menc en g^ err e4cs le temps de leur 



——-——H^ ■■■■« 






enfl/tedeMarAg/tan. 288 

icuncflfe. Mais auanc que de délibérer, 
ils préparent ynCdomn où chacun boit 
&petune à plaifir autant que bon luy 
femble* Apres auoir bienbeu^tout ce 
que les Vieillards concluent ou pour 
la paix ou pour la guerre , il eft incon- 
tinent exécuté par les ieunes,fans au* 
cunfubterfuge. 

Ils elifent pour Chef celuy qu'ils 
tiennent le plus vaillant & adroit à 
conduire les autres lequel fe prome* comme uè 
nant autour des loges exhorte chacun ^"Xlt 
à la guerre auec grands cris, les aduer- gm &/ ff 
tiffanc comme ils fe doiuent equipper ^f* r ™* f ^ 
& munir. 11 leur fait auffi entendre 
combien il eft important qu'ils fe 
monftrent vertueux, craignant qu'ils 
ne perdent par leur l^fcheté &coiiar- 
dife,à leur grand deshonneur , l'hon- 
neur & la réputation que leur Nation 
aacquife d'eftrevaleureufe & guerrier 
re par le courage de leurs Predecef- 
feurs qui ont tant maflacrez & man* 
gez de leurs ennemis. 

Ces difeours & remontrances quî 
durent quelquefois trois ou quatre 
heures les encouragent tellement, 
qu'ils nç manquent pas de fe difpofejr 



il 



1, 



Hift. de la Mi fi. des PP. Capucins 

âuffi toft & préparer leurs armesjeurs 

farines Se autres prouifîons neceiïai-. 

res pour la guerre > Te crouuans va 

grand nombre de cous les villages qui 

enontefté aduerti$,au iour&auheu 

affigné. 

us armes Ils n'ont pour leurs armes que les 

des indiens ar n\x\\$ appeiiêt Ouyrap<tr faits d'v s n 

bois rouge ou noir qui eir tresaur auec 

ovyrafar. j es corc f es d c fc\ & c cotton bien recors; 

coûte-. & leurs 'fleiches qu'ils appellent #<?;*#£ 
fort longues, faites de petits rofeaux 
fans nœuds^ufquelles ils ne metteur 
que deux plumes de dmerfes couleurs 
longuesplus d'Vne paime à attachées 
auec du fil feulement^ au lieu de fer 
ils prennent vn morceau de* bois noir 
fort dur,qu ils accommodent & lient 
bien dextrementauec du fil au bout 
defdites flefehes : ce bois qui fert d'vn 
fer eft long d'vn grand pied ou pied 
&c demy, & tres-pointu parle bout. Â 
.quelques vnes,ilsy mettent des os de 
poiflbns- fort pointus enuiron aufli 
gros & long que le petit doigt, qu'ils 
lient fort proprement, laiflant palier 
vne petite pointe renuerfée fur la fief- 
ohe en forme de crochet, tellement 

que 



en iîfie de Maragnan, z$$> ; 

queceluy qui eft frappé au corps de 
rvnedeces longues fteiches, s'il n'eft 
rranfpercé du coupai a meilleur mar- 
ché d'acheuer de la paffer tout outre 
que de la retirer, parce quelaretirantj 
il tire aulîi Tes entrailles qui s'accro- 
chent à cefte petite pointe. A d'autres 
fiefehes, ils mfcttent vn morceau de 
rofeau long enuiron d'vn pied Se large 
de deux doigts fort pointu par le bout: 
ils appellent cefte fortéderiefchesjT^^^^ 
i7?^//,laquelle fait vne grande ouuer- 
tureoù elle frappe. 

Ce font là les principales armes dont 
ils fe feruent ordinairement,mais auec 
tant de dexterité^u'ils ne manquent Grande 
de frapper où ils vifent; &: tirent fi le- <ie *terfo 
gerement qu'ils auront pluftoft def- ZmbTi 
coché fixflefches, que les Archers les"/*** & 
plus adextrez d'icy 5 n'en auront tiré^ 1 
troiSi 

Outre les arcs &lesflefches,ils ont 
encore des efpées de bois rouge, &. 
fort dur, longues de quatre ou cinq 
pieds en forme de mafTuë,excepté que 
îe bout n'eft pas rond^mais large &af- 
filé 3 nonplusne moins queleferd'vxi 
efpieu.Ils portent auffi àçs rondachea 







7 



OmrécœpA 



Comme les 
Tôpmambtà 
*v{ent de 
& nrnfei 
en leurs 
guerres. 



Réceptions 
des Indiens 
retournant 
deiaguern* 




Bifide la Mifi.desPP. Capucins 

: qu'ils appellent Ouaracapa , fai&es dg 

cuir ou de peau tres.dure,pour fe cou- 

urir le corps & parer les coups de flef* 

ches # 

Ils tafcheïït d'vfer de furprinfe en 
-toutes leurs guerres,^ d'afTaillir leurs 
ennemis à hmprouifte. Queli quel, 
qu'vndes leurs eft tué au combat, ils 
font grand dœuilen l'enterrant; non 
fans faire quelque harangue pour ma- 
gniiîeriahardieire&ilavaleurd'iceluy. 

S'ils prennent quelques prifonniers 
en guerre ., ils les lient &Ies amènent 
en leurs villages auec triomphe $ où 
toutes les femmes & principalement 
les vieilles reoeuant les leurs auecvne 
très-grande allegreffe , elles battent 
leur bouche de la mainauec de grands 
cris & exclamations, de ioye qu elles 
ont de voir leurs prifonniers;entrelef- 
quels s'il y en a qui foient vieux elles 
les menaffentde les mander bien tofl 
craignant qu'ils n 'amaigrirent $ &: s'il 
y enade ieunes , elles les deflient &: 
les nourrirent fore grafTement, leur 
donnant leurs filles & leurs feeurs en 
îP-anage 5 ainfî qu'il a cftédit cy-deflus. 

Et bien ^u'eftant défiiez & libre* 



t n tlp de Marfrgfian. 29 o 

fcamme ils (ont, ils puiffent fuir&: ie Re f i utto k 
ïàuuer,ii eft ce qu'ils ne le font iamais^ g™»d e m 
encore qu'ils foient afTeurez d'eftre ^^} 
tuez hL mangez au bout de quelque 
temps. Car ii quclquvn des prifon-* 
niers s'eftoitefehappé pour retourner 
en Ion païs,non feulement il ferait te- 
nu pour vn Cmaueeum >c y c{là dire poi- Cq »*m\ 






tpifn» 



trou & lafche de courage : mais aufE 
ceu^ de fa nation mefroene manque- 
roient de le tuer auec mille reproches 
de ce qu il nauroit pas eu le courage 
d'endurer la mortparniy fes ennemis^ 
comme iî Ces parens 6c tous fes fembla- 
bies n'efloient point afïez puiflants 
pour vangerfa mort. 

Le diable a tellement graué le point te î^ 
d'honneur dedans le cœur de ces pau- àimme»* 
ures Sauuages aulîî biëqu'en pluficurs XS2 
desChreftiens,que pour ne peintre- entre Us 
ceuoir cette honte de leur nation, ils To i»»* m t<n 

1 . , comme t/eœ 

ayment mieux mourir par les mains emre ^i 
deleurs ennemis&eftre mangez par fîe*rsckrt£ 
âprcs,que fuir &: s'efehapper * comme ' ie * s * 
ils peuuent facilement eftant libres &c 
défiiez comme ils font. 

Et bien que les Indiens facent fî 
boa trai&ement à leurs prifonniers $ 
Qo ij 



7 



HÏ(l* de h MiJSJes PP. Capucins 
Ctuwtètn. que leurs filles leur* feruent de fern^ 
figne des m es ^qu elles les trai&ent comme leur 
Marins f . qu'elles ayent foin de Içurmcf* 

envers leurs 5 * , -r i i • i- 

f-//^wr^ nage, de leur mailon ^de leuirs lardms^ 
&£ qu'elles ayent des enfans d'iceux 
qu'elles aymenc tendrement) néant* 
momsils ne laifient quelquefois d'en- 
trer en fantaiie 5 & prendre résolution 
de tuer & inaflacrer 1 vn des plus gras 
à leur Caminow aflemblée ioyeufe. 

Mais enuiron vn ou deux mois de - 

uantlernaiîacrerjilsie tient &enchaû 

nentnonplus ne moins qu'vn bour- 

^^^4reaufait vn mal faideunneontinent 

nmu\u après Farreft de famort>toute$fois ce 

mapcK de prifonnier n'eft pas fi toft l ié qu'il n'aie 

%merT licence tout ce tcmps-Ià, de battre,de 

frapper,de defrober Poulies, Oyes &c 

autres ciiofes, & faire tout le pis qu il 

peut pour venger fa mort) fans que 

perfonne l'empefcbe. 

Cependant Ton donne aduis aux 
autres villages pour fe trouuerau iour 
de cette tragique &c funefte folemnité 
ou pîuftot diabolique inuention. Lors 
qu ils font affcmblez > ils defehainent 
le prifonnier vn iour ou deux deuant 
que lefairemourir^&ile laiifcnt libre 



* enTifleh Maragnan. zyt 

comme il cftoit auparauant: \\ eft vray 
que ce n eft pas pour long temps : car 
auffi toft qu'ils luy ont ofté les fers des 
pieds,ilsluydifcnt£<r0^#> fauue-toy. mtim 
Au mefmeinftantle pauure maHieu* 
reux commence à courir tant qui! 
peut comme s'il vouloit s efchapper: 
&; ceux qui font affemblez auffi toft 
après comme des chiens après le cerf, 
tous au plus fort pour le reprendre^ 
tellement que le pauure miferablene 
va pasloingeftant ainfî pourfliiuy de 
fi près. 

Et comme celuy qui Pauoit pris ztiiirç0fc 
la guerre auoit acquis vn nouueau neur des 
nom pour recompenle de fa g valeur, ^riemaf 
ainfî celuy qui déroute la compagnie f**e de 
court le plus fort, luy porte la main à 
la gorge &l.c reprend, eft eftimé fvn 
àcs plus braues & des plus généreux 
de tous & s acquiert vnnom nouueau 
qu'il retient toute favie en titre d'hon- 
neur, de telles a&ions qu'ils eftiment 
tant héroïques, comme fait auffi ce- 
luy-là,lequel eft député pour Taflom- 
mer, / 

Le prifonnier donc eftant repf is,efl 
lié par le milieu du ventre auec vne 
Oo iij 



leurs enne» 



%, 



Rifi. de la Mif. des PP. Capucins 
îôgue corde que deux autres tiennent 
par les bouts;. & puis Pameinenc dans 
le village où les femmes le peignentSc 
figurent par tout le corps de diuerfes 
couleurs,puis elles Je parent &: ornent 
de diuers plumages; & pour n'eftre 
eftimea trop inhumains 3 ils le font boi- 
re §£ manger ioyeufernent à Ton plai- 
ûï^ ils le promènent parmy les loges$ 
ils le pleurent & puis le font fauter ô£ 
danfer toutfon faoul. 
MeliowiTdn- Cependant les Indiens Caouinnent 
cede/npt- &boiuentpar excez tant qu'ils s'eny- 
*** mi,a / Ia mznt y puis ils fautent, ils danfent.ils 

mort de ' i r . ' . ? . 

leurs enne* chantent , & ront durer ce le-u tragî- 
*?** querefpaccdedeiixou trois iours:en 
jfin defquels,ils conduifent leprifon- 
nier (toufiours lié de iâfufdite corde 
par lexnilieu du ventre» en la place où 
il doit eftre maflacré. E liant là ils met- 
tent proche de luy grande quantité 
de fruids non plus gros que des pom- 
mes , mais fort durs ^ èc s'aflèmblans 
tous à Fentour d'iceluy , ils. luy difent 
pgtycfr. Eiêpôuychy venger ta marc, ou félon la 
vraye fîgnificadondu mot, prends le 
pource.APinffcant le prifbnnier ayant 
les mains libres ram&fîe ces frui&s fiç. 










tn Fifo de Marâgnan. 292, 
Soutce qu'il' peut trouuer , puis il les 
iette de froideur &; de force contre les, 
affiftans,frappant cous ceux qu'il peuc 
rencontrer & qui fc trouuent aude- 
uant,fihien qucfouucntUy en a plu- 
fieurs de blefîez. Ceux qjui tiennent 
les bouts delà corde auec laquelle il 
eft lié, onsdes rondaces pour fecou- 
urir &c parer de coups, 

Etquoy que ce pauure miferable 
foit proche de fa mort,& qu'il voie de* nfange 
uant luy le feuallumé 5c le Bouc** pse- jgjg 
paré pour le roftir , pour après eftre mers 'r^u 
mangéjl nemonftrepas pourtant en-% mk * &; 
auoir aucun reilentiment> au contrai^,,. 
tfi é il demeure allaigre Scioyeux fans 
fe foncier ny appréhender la mort: 
d'autre cofté les Indiens n'en ont au- 
cune compafïion, ains faifant leur 
ioiiet de ce pauure maihcureux y ils luy 
djfeqt mille outrages & iniuresv 

En fin ayant prins leur plaifir à leur 
fduhait & s'eftant refiouïs en cefte for- 
te aux defpens de ce pauure homme, 
Tefpace de deux, ou trois iours conti- 
nuant; nuît&iour fans cefleny inter- 
miflion ; en, vm beau matin enuiron 
vae heure après queleSolçii eft leué* 
Oo iiij 



*, 









-jffifî. de la M if. des P P Capucws 
(car c'eft alors qu'ils fôt ordinairernët 
leurs maflacres ) IVn des Anciens ou 
Vieillards prëdvne de leurs efpées de 
boiSjtoute peinte &; entourée de plu- 
mes de diuerfes couleurs, la poignée 
eilanc enrichie &r ornée d'vne garni- 
r JmML turc qu'ils appellent Aterabéhé faite de 
plufieurs fortes de plumages en treliez 
Ôô accommodez fort; ioliment. Ce 
vieillard donc ou Ancien tenant ton 
çfpée ainfi accommodée en la main fe 
pifiouw prefente deuant ce mifèrable prifbn- 
^ilJ" n^&luy &it vne harangue , difant: 
tiennent Ne fçay* tu pas que toy & tes fèmbk- 
*» twfa\ blesauez tuez & mangez beaucoup de 

ftter prefi a . * *p . * 

efinmiff*- 110 s parens&amis ? Maintenant nous 
èi en prendrons le pource, car pour ven~ 

ger leur mort nous te mailacreroris^ 
nous te .boucanncron£,& puis nous te 
xefbonce. man g ero P s « Iî ne m'en chaut pas (ref- 
ionr*£etife pond le prifonniet ) par ce que ie ne 
des ?ssjon~ mourra y point en vilain ny coûardrie 

&tersTon~- r - r n / i' J il \ i 

nambtpro- ttieliiistouuoursmQnltre vaillant a la 
ckss /#* guerre :&ich'av iamaiseu crainte de 

mal] acre z,, Y __ ■ T , , * J 

la mortxt bien vous me tuerez , mais 
auffi en ai-ie tué plufîeurs d'entrevous: 
Si vous me mangez, vous ne ferez qu& 
ce que i ay fait. Combien de fois me 



«^ HHHH 



m iïjle de Mar4gn4n, z?} 

fuis -ie faculté de la chair de plufîeurs 
de voftre nation?&: puis l'ay des frères 
& coufins qui fçauront bien venger 
nia mort, 

Celuy qui cft député pour mafia- 
cvcï&L meurtrir ce prifonnicr venant 
encre ces difeours àfe prefenter fur la 
pïace,ayânt le corps tout figure de di« 
ueriés peintures & paré de beaux plu- 
mages de diu cries couleurs , le Vieil- 
lard iufdit luy met (on efpée entre les 
mains. Etauiîîtoft ce fanglant meur- 
trier commence à fauter 6l faire des 
brauaches&: plufîeurs moulinets auec B J*^Jl 
çefte efpée de bois tout autour du pau- trier fret** 
ure miferable , lequel bien qu'il foie fi /° r ur 
captir,s'efrorce neantmomsdatraper ^** - 
ladite efpée &: de l'arrachera celuy qui w!°»w* 

, .\j \\ • i *#tre l eS 

la tiet s il pouuommais comme il pen - rofmamU; 
fesauancef pour la prendre, ceux qui 
tiennent le bout delà corde (auec la- 
quelle il cft lié par le milieu du corps) 
le tirent vers eux$& pendant s'efforcer 
'de cecofté pourrâuoir,il eft retirée 
empefchc par ceux qui tiennent l'au- 
tre bout:Enfinil eft tellement arrefté 
qu'il ne peut bouger d'vne place, fans 
neantmoins qu'il s'eftonne ou qu'il 
ayeaucuiieapprehejiiûon de la mort. 



- 






\ 



HiftMU Mi fi. des PP. Capucins 
c^tfeut ; IJ n'y a qu'une feule chôfe qui foir 
plïfCntçrs capable derâffîiger,principalement fi 
prejhdeflre c'eft vil grand guerrier : fçauoir eft il 
Inlle'h^ ceiuyqm îedoîtmaffacrernVpasesu 
t°{tn*mk*. coreefté iiâ guerre, 8c s'il n'eityn Ke- 

Kenmbaue rem ° am & r*/tt/M/W(qUlls appelle Ht).. 

Tettmtoft. c'eft i dite vn homme belliqueux., 
vaillant &grând,guerrier comme luy» 
cela le fait defefperer &; eftinfîniment 
fafchë 3 eftimant que c eft vn grand 
affront qu'on iuy fait & le plus grand 
des^honneur qui luy puilTe arriuer. 
I Mais quand il voit que c'eft vn braue 
guerrier, vn Kercmhauç, & vn Tetana- 
ton, ou Tauaye qui vient pour le meur- 
trir & aflbmnxer v ilnc fe foucie point 
die mourir > & croit que çç luy eftvn, 
grand honneur* 

cmme~ Us q c va m ant efcrimeur donc ayant 

Comment faute 8ç rai t quelques tours de ion ei- 
leursenm- p £ c pour eftonner ion homme.fînale- 
*/*«. ment luy donne vn coup ou deux der*. 
riere l'oreille^ luy cafîe la tefte/aifant 
tomber fa ceruellc par terre, 
tomme les Alors les femmes s'approchent Sç : 
SZt icttent k corps mort dedans le feu qui 
kursfnpn* eft là tout prépare , à ce qu'il n'y reftç 
WCi '<- aucun poil. Puis l'ayant retire elles 1& 



■■■■ HHnr»{ 



en l y i{ït de Mdragnan. 194 
lauent auec Feau chaude. Et eftanc 
tout blanc & fortnet,eiies Juy fendét 
le ventre Se tirent les entrailles de- 
hors. Puis ayant mis le corps par pie- 
ces,elîes le fonç to&iïbcboucanner. 

E t pour ce faire, elles on tvne efpe- 
cède gril de bois, appelle Bmcm, te- B ™% g % 
' quel eft fait de quatre fourches, grok^, tyju 
fes comme la iambe , fichées en terre ?«*"»** f e 
en quarré ou en long , fur lefquelles^X^C 
ils pofenc deuxperches.mettant plu-/^ *w? 
fîeurs ballons par le trauers,affez pro- mts * 
ches lçs vns des autres. Ledit Boucan 
eftefleué de la terre cnuiron de trois 
pieds; &c eft large & long félon lç 
nombre des hommes qu'ils ontà£*0- 
C4iww,lequelefl quelquefois merueil* 
leufement grand & prefquc incroya- 
ble. 

Ils font vn feu foubs celle eipece de n»'y*f*t- 
gril, fur lequel ils mettent toutes les™ "/"£ 
pièces q^ ce pauurecorp^emembre,/^ m*™- 
&la tefte&; le corps & les bras Sçlcsz»** ne 
I cuifTesjfans oublier ny les ïambes, ny m * n &* 
; les mains, ny lespieds>ny meftne les 
entrailles ou bien vue partie d'icelles, 
hiffac quelquefois le refte pour boiiil- 
tir.En fin ils n'en perdent rien qui foit: 



] 



. 



ffiftje U Mijf. des PP.C àfueifts 
car eftat mefrne fore foigneux de ma- 
nier & retourner fouuent tout ce qui 
cft fur ledit .Boucan fa ne manquent de 
recueillir & manger toute la gréfîç qui 
cndiftillejiufquesàleciiercequ! tom« 
beau long des ballons du B0uènn. 

Qjand te ton tell cuit & bien £*»- 
cannefics inhurnains mangent tous de 
celle chair humaine fi auidcmênt que 
r f , , rien plus:què 11 les hommes y font af- 
SJÏLÊ fâmez conime loups rauiflansjes km- 
}nnaf*ie~ mes le font encore dauantage: &fur 
"tekî&m- tout ^^cillcs y font fialpres, quel- 
nfesàman- les ne s'en peuuent quafi faouler aa 
ger u chair moins de volonté. 
€»nejmfé Cen'cftpas qu'ils trouucnt tant de 
délices à manger de celle chair humai- 
ne & que leur appétit fenfuel les por- 
te à tels mets ft Car il me fouuient auoir 
entendu d'eux-mefmes, qu'après l'a- 
uoir mangée ils font quelquefois con- 
traints delà vomir,leiK eftomachn'e- 
vengeance fag^t pas bien capable de la digérer: 

des Mara* J. * ,. f r r , n ° 

'zmtnsjiki. m & l$ ce 9 U ds en font neft que pour 

i ue d *« b< >- venger la mort de leurs predecelïèurs 

i<}uet & pour affbuuir la rage infatiable &c 

plus que diabolique qu'ils ont contre 

tours ennemis. 



HHH 



en fîfle de M aravnM. *9$ 

Etee quiefl bien plus admirable 
■& digne de remarque comme laplus 
grande cruauté &la plusgrande in- 
humanité oui futiamais,ceftque fila 
fille qu'ils ont donné au prifonnier ty*» 
pour femme a eu des entans^ou qu cl- M ^ gnm% 
le foit grpfle d'iceluy, ils les aflbmmët 
ordi.i ■'■:'rement ) & eftanc mille & mille 
lois pï>:$ cruels queJcs Tigres, après 
les auoir boaunnez, y ils les mangeai: 
comme ils ont mangé leur Pere:& qui < 
plus cft ils attendent que celle qui ell , 
■groifeaitenfantéjpour auffitod pren- 
dre renfant& exercer la mefîne ccuau* 
té en fon endroit, tant eft grande leur 
vengeance & le defir qu'ils ont d'ex- 
terminer totalement la race de leurs 
ennemis. 

Voiîa le comble des cruautez , où 
le Diabief cruel bourreau des paumes 
âmes aueuglées) auoït mené ce pau- 
ure peuple Payen au milieu destenc* 
bres de l'infidélité. 

Diçu neantmoinspar fa bonté infi- 

• nie les regardant de fonceil de Miie- 

ricorde.au plus fort de leur i&ge.nous 

fit laGrace de leur faire entendre corn- 

me celle couftume detcftabie&4ia- 



j 



- 



-liifi.de ta Mifî. des PP. Càftecins 
bolique cftoic du tout contraire à là r 
volonté de ce grand Toxpaa qui nous 
commande tres-expreifément d'ay- 
mer nos ennemis. 

LefieurdeRafilIyauffi leur fit en- 
tendre plufîeurs fois le femblable* 
principalement au premier Carbetqui 
fe fit incontinent après noftrearriuée 
en rifle ât Maragnan 3 où eftoit Iapy 
Ouaffiuzxtéc ies autres Vieillards ainfi 
qu'il a efté dit au chapitre vnziefme» 
Et fur les belles & fainétes remon- 
trances !qui leur furent faiûes, ledit 
Iapy Ouajfou Rtcc&c refponce. 

turoies no. Ic fyy bien (cedit-iljque cefte cou- 
tMes an .ftumè eft mefehante & contre la natu- 
pritâpai f e. Auffi ay-ïe plufieurs fois defiré de 

des Aiara- t> i f . X m - ij ^ 

gtmnsfur * abolir.Mais d autat que nous autres 

hsremon- Anciens fommes tousprefque efgaux 

ilT'flJes ^ ( ï ue nous nous croyons auffi grands 

dsfsepius perfonnages les vns que les autres,lors 

7e7rf f '. ^ilarrïue que icn fais quelque pro- 

mit. poficion dans nos Carbet, ou mefme 

qu'il s'y en trouue plufieurs de pareil 

aduisquemoy^il r/en fautquvn d o- 

pinioncotraire pour rompre tous nos 

deiTeins,difant qu il y a lôg temps que 

cefte couftame eft pratiquée parmy 



mmmm 




*ntl(ledeM&T*gnân. 296 

&ous, &: qu'il ne faut pas changer ce 
que auons appris de nosPeres.il fauc 
vn Bourouutchaue comme toy (cedit-ii 
•au fieur deRafilly) quiaye.le pouuoir 
de nous commander pour rompre & 
oftercefte mefehate couftume.NouiS 
nous eftan t foubmis à ta vôlonté,nous 
ferons tout ce que tu voudras. 

Ce que lesautres Anciens trouue-/^^: 
rent fort bon, promettais tous vna-£^*; tf 
nimement d'abolir tout à fait cefte^ ^w 
couftume diabolique U de faire mou- ^^ 
rir dorefnauant celuy qui feroit repris 
d vn tel forfait* contreuenant à cefte 
folemnelle promeflfetant de fois réi- 
térée en leur Carbet. 

Et de fait depuis laccidét qui aduint 
àlefclauedudit/^0^/^)dontile{t 
parlé cy-deuant) a il ne leur eft aucune- * a^.sQl 
nient arriué demaflacrer,de houc*nnet 
ny de manger perfonne. Ains au con- 
traire deteftantles cruautez qu'ils ont 
exercées le paflc,au lieu qu'ils eftoient 
cy -deuant cruels & acharnez, ils font 
maintenant doux & paifibles^au lieu 
qu'ils eftoient comme Tigres &Loups 
rauiflans , ils font à prefent comme 
Brebis & Moutons , 6c aulieu qu'ils 



Hifl. âe la Mi(?> dés PP. Ctpucws 

èftoient tous enfans du Diable, n*iin~ 

tenant plufieurs font eniàns de Dieu, 

&les autres demandent le Bapteinie 

(ùrua»ti ($ nereipirantà pteïènt que de viure en 

h m^Jm toute bénignité & humanité,tanc que 

changée en nouspouuoas bien direque c'cll en ce 

Ii7w7 ï^ Pcuplôdé Maragnan que nous voyons 
laccompliffement de cefte Prophétie 
d'Ezechiel , #<€£ <&r/r Dêminus Dem: 
$^ech. $6. ^ YQ €Q £ 4icuni âe yobis* Deuoratrtx 
homirmm es \dr fujfêcansgentem tuam. 

vropterea homines non corne de j ampli us* 
(jrgentem tudm non necahis ltltrA>ait De- 
mi nm Bèmxhec auâitamfaciàm in îe am- 
plîmconfufiGnem Gentium^& opprôbrium 
populorum ne^uaqmm nonabùi&gentem 
ttum nonamitte* amplm ^ ait Dominm 
Bew. 

Le Seigneur Dieu dit telles paroles • 
Parce qu'ils âifent devons : Tu es cel- 
le qui deuores les hommes, & fuffo- 
ques ta Gent. Pourtant tu ne mange- 
t as plus les hommes , & n'occiras plus 
ta Gent, dit le Seigneur Dieu, Auiiî 
ie neferay plus ouyren toy kconfu r 
fiondes Gentils, & ne porteras plus 
l'opprobre des Peuples, & ne perdras 
plus ta Cent, dit le Seigneur Dieu, 

DES 



en îïflt de MatdgtMn* zyj 




DES COMPOKTEMENS 

dr exercices des zJ&amgnms. 

Chai*. L. 

['Est vne chofebien pU 
! toyable de voir le pau- 
urc eftat de cçux qui 
après tant de trauaux fè 
laiiTent mourir de faim 
auprès de leurs threfors,& comme des 
autres Midas fontmtferablement ri- j^^ m 
ches& richement mifcrabîe,ou corn- 
me de vrays Tantales perillent de foif 
au milieu des ondes qui roulant leur 
efchappent iàns qu'ils puiffcntlc def- 
altérer. Ils reflemblent proprement à 
cesGrifFons ouDragons que Ton tient 
deffendre les montagnes où l'or abotv 
de/ans que toutefois ils s'en puifTent 
nullement fètuit. 

La considération de leur malheur 
mefaitinfinimenteftimerlebonheur 
denos Mar*gnansf\t pouuant fepaf» 
fionner pour des richefles , lcfquefles 



i 



j 






Btfi. de la M* fi. des PP. Capucins 
ne s'aquierët qu'auec vne peine extre- 
tes ^^nie^nefeconferuentquauecvn foiicy 
%Tent e r e *ongeant,&ne fe perdent qu'auec vn 
* é £w regret plein de defefpoir. Auflï nefça- 
r,CCm uent-ilsfepenerny trauailler aucune- 
ment pour courir auçrauers des feux* 
desflots &; des rochers auec mille ha- 
zards , pour s'enrichir des threfors 
étrangers. 

G'eft la caufe de leur bon-heur 5 6£ 
îauarage qu'ils ont fur tous les autres, 
viuans fans foin ny folliciœde quelcô- 
que des biens temporels, ne fe rom- 
comme pantîamais la tefte pour amafTer ny or, 
mZZjé nyargcntjd'autacquïlsn'cn cognoif- 
vefe&ùfk fentpasleprixny la valeur que Ton en 
S*g£^ C P^rdeçà. En quoy fi quelqu'vn 
trouuoita les blafmer, ils font neant- 
nioins -d'autant plus louables qu'ils 
font par là exempts de tant de trom- 
peries & de fraudes, de tant de larcins 
&C de pariuremens qui voguent cane 
entre la plus part des marchans. 

Les Indiens que nous auons amenez 
en Frances'eftonnoient au commen- 
cement de voir que Ton faifoit eftac 
de petites pièces blanches ou iaulnes, 
ils fçauoient bien que les pièces iaunes 



' en Frfleide Hdrâgnm. %$% 

feftoient d'or qu'ils appellent imoup^^ ^- 
& les blanches d'argent qu'ils appel- 
lent Itaieuc ± mais ils ne fe pouuoient luî^c, 
rendre capables de ce qu'on les efti- 
moit tant : Et fur tout qu'on les don- 
noit cnefchange pour auoir dupafii, 
du vin & tout ce qui eftoit necçlFaire 

va la nourriture de l'homme* & que fans 
celâonnepouuoît rienauoir. 

Ce fut le plaiiïr en Angleterre ou £****& 
nous fcjournafmes fixfépmainesàno-^^,^ 
ftre retour y eftant rclafchez pour le 

. mauuais temps : car eftant là lefdirs 
Indiens commencèrent première- 
ment àvoirl'vfage de l'argent $&:re- 
marquans que les marchans ne vou- 
ioient pas quelquefois donner leurs 
marchandifes pour le prix qu'on leur 
en offroit, ils eurent vne telle auer- 
fion de ce peuple,qu ils les appellerent 
aufli coft r^^j/i^difa'nt en leur lan- 
gue Tapemtin ypocbufcatéum atôt*pauê y L€S <à$ » 
ces ennemis blancs ne valent nen>ils r ^ *^ 

^ font extrêmement chiches te &u&-f* riesM *i 

hts, , /*"■'- 

Il arriua vu iour pendant que nous 

I citions à Falmiïé haure d'Angleterrej 

<£u vn petit batteau de pefcheur char* 

p P ij 




I 









Ht fi* de la Mif.desPP. Capucins ^ 
•gè d nuiftres & de poiffons vintà bore 
de noftre nauire ( ainfî qu'ordinaire- 
ment ils faifoient) pour voirfî quel- 
qu'vn de la compagnie en voudroit 
achepter: Nos Indiens voyans que les 
François donnoient de l'argent aux 
pefcheurs pour leurs huiftre$,& qu'ils 
n'enpouuoient auoir autrement, Tvn 
d'iceux de bonne fortune trouua vn 
ietton tout noir dont il fut bieioy eux, 
eftimant qu'il auoit trouué quelque 
bonne pièce de mife.il me demanda 
côbien d'huiftres il en pourroit auoir? 
Luy ayant fait refponce que fa pièce 
n'eftoit demetail iaune ny de metail 
blanc^mais de noir, qu'elle ne valoit 
rien } &: que les Tapouytm fe mocque- 
roictdeîuy s'il^leur prefentoit,ilprint 
auffi toft vn petit de cray e auec laquel- 
le il en blanchit fon ietton noir , qu'il 
donna après à l'vn de ces pefcheurs 
luy demandant des huiftres: ce pef- 
cheur print cefte pièce, la regarda èc 
fe mit à rire auffi bien que nous au- 
tres 5 &r cognoiflant ia (implicite ne 
laiflà pas pourtant de luy en donner 
quelques vnes 5 pluftoft pour le grati- 
fier que non pas pour la valeur de &• 



en Plfle de M dfâgHdff. 299 

piece,dont il fur fort content* néant- 
moins il ne fe peut contenir de dire, 
les Taçduytm font auares ôaie valent 
rien-car ils ne m'ont pas voulu donner 
d'huiftres finon en leur baillant de l'ar- 
got- 

Les Indiens donc nefçauent que commuta 

_ c'eft d'achepter ny de vendre p'our^j^ 
amaffer lor& l'argçnt,dont ils. n'ont /es v$ée 
aucun vfage. Que fi quelquefois ils^^; 
vendent leurs eiciaues &c autres mar-/,*/^ 
chandifes , comme ordinairement iU *v»^V* 
font aux François qui trafiquent par%,£ - 
my eux y ce n'eft qu'en efchange d'au- 
tres choies aufquelles ils prennent 
plaifir,qu ils appellentv^/>p^^,pten- A $et^fi\ 
dre te pource. 

Ceft pour cela qu'ils mènent vne 
vie ioyeufe & contente fans fe fou- 
cier Beaucoup de trauailler. Adue- 
nantqu'ilsnayent point de guerre,ils ff™"^' 
paffent vne partie de leurs temps en g mns% 
oyfiueté,& employent le refte à dan- 
fer, C4^i^^chaffer &: pefcher plu- 
floft pour fe nourrir Se fe recréer, que 
pour defir qu'ils ayent d'amafïer des 
richefTes. 

La danfe eft le premier Se le princi- 
Pp ii| 




f 




■, 




ffijf.de la Mi fi. des PP.Cœpueivs 
pal exercice des Maragnans : lefquels 
font àmonaduis les plus grands dan- 
&»fesfirf mï s qu'on trouuc foubs le ciel : car il 
fréquentes ne fé paiTe ■ îour-qu'ils ne s'aflcmblen.t; 
M*ri *** s m ^ €urs villages pour ce fubiet. Mais 
"les danfes ne (ont fi diflbluës entre ces 
Barbares comme elles font entre les 
Ghreftiens/5 d'autant que k$ filles & 
les femmes ne danfenc iamais auec les 
hommes , fi ce neû quelquefois en 
Caouinnant ou beuuant:encorefe gar- 
dent-ils bien alors de beaucoup de fo 
mnfes ^lies,d , attraiâs&: deshonneftetez par 
Maragmnsxxo^ ordinaires es danfes de pardecàj 

^uZ/esàue car * es ^ cmmcs ne ^nettet que la main 
viles de fur les efpaules de leurs maris quidan- 
farJef*, f ent ^ au $[ ne vo j t , on tant j e f C anda- 

les & de mal-heurs qui arriuent icy 
par les danfes Se balets pleins de lubri- 
citez & de diflolutions. 

Quant à leur manière de danfer, 
elle eft telle qu'ils ne font tantde mi- 
nes& de folies ,iant de fauts 5 tant de 
mignardifes &: deftoursrfeulement ils 
fe mettent tous en rond, fort près les 
vns des autres ; (àns neantmoins fe tou- 
cher ny s'entretenir aucunement, ne 
bougeant ordinairement à'vne place: 



en Fifle de Mâragnan. 300 
de forte qu'ils ne s'efchâuffent gueres 
en danfant, &c encore moins en fau- 
tant , fi ce n'eft au temps de leur cao~ 
uin- y c*x lors ils vont danfant & fautant 
autour des loges de leurs villages. 

Lors qu'ils danfent,ils ont cbuftu- 
mierement les deux bras pendans,&z*^»/Va 
quelquefois la main droide vers U desmm j 
dos,fe contentans de remuer leule-/^ r ^»/^ 
mentlaiambe &: le pieddroid. Il eft 
bien vray,que quelquefois ils s'appro- 
chent les vns àts autres , &c puis ils fe 
' retirent en arrière, tournant aptes en 
rond,toufiours frappant du pied con* 
treterre,mais ayant tournoyé trois ou 
quatre tours, chacun à la cadence fe 
retrouueen fa place d'oùil eftoit par- 
e- 
ils ne fè feruent d'autre inftrument 

pour danfer que du chant Sole la voix, 
qui neft pas moins eflrange que leur 
façon , à ceux qui n'ont accouftumé 
de les voir : &pour obferuer leurs ca- 
dences &c tenir la mefure,ils portent a m^™ ; 
3a main vn certain infiniment ou ho-^f J es 
chet appelle Maracd,fait d'vn fruit vny^^f 
petit long en forme d'vn moyen Me- d*be#£ini 
loh j mais coutvny,qui croiften leur^^ 
Pip * ïiij 



j 



1 




Quelles 
font les 
çhanfons 
des M^ra 



HiJiJela MijT. des PP a Capucws 
païs , dedans lequel ils mettent force 
petits grains noirs fort durs s & paffent 
vn bafton au trauers pour feruir de mâ- 
che & poignée, qu'ils couurenc de fil, 
de cotton & l'enrichi/Tent es iours de 
leurs grands fcftins auec de belles 
plumes de diuerfes couleurs^ayans a 
leurs iartieres des fonnettes de coques 
de fruits. Us fonnent ces Maraca ou 
hochets félon le chant de leurs chau- 
lons en guife de tambour de bifquaye. 
Une leurarriue iamais de chanter 
aucune chanfon vilaine ou fcandaleu- 
. fc, comme l'on fait icy,auec par trop 
de licence,fouuentefois aupreiudicc 
de 1 honneur de Dieu,au détriment de 
rEglife,au deshonneur du prochain, 
& à la corruption des bonnes mœurs, 
eftant pleines de faletez 3 dedetraâ:ios > 
& quelquefois remplies de blafohe- 
mes.Mais leurs çhanfons ne font qu'à 
la louange d'vn Arbre, d'vn Oyfeau, 
d Vn Foiiîbnjd'vn animal & autre cho. 
fc fèmblable > fans aucunes paroles 
fcandalcufes 5 &: fur tout ils prennent 
plaifir à chanter çhanfons de leurs 
combats, de leurs vidoires, de leurs 
£riomphes 3 & autres exploits dç guer- 



en îl(lc de Maragndn. 301 

refont ils fe vantent à mcruetî!e,rap^ 
portant le tout à exalter & magnifier 
la verçu militaire^ donnant des chants 
diuers à toutes leurs chanfons > aueç 
vn refrain qu'ils répètent tousenfem- 
bie àlacadance&à la fin de chafquç 
couplet. 

Ils chantent fort bas au commet 
cernent de leurs danjcsiôcpeçitàpetit 
ils femettent en haleine, cilcuât leurs 
voix en telle iorcs.quVn lafin vous les 
entendez chantei de tort loin auecvn 
accord merueilleux, principalement 
eftant aflcmbkz en grand nombre 
comme ils font ordinairement. 

Que fi ces Indiens font grands dan- 
feurs , ils font encore plus grands bu- E *^" t 
ucurs , bien eft-n que ce n elt ordinal- en leurs 
rement^ains feulemct es iours de leurs *'#«. 
affemblçes ioyeufes,come lors qu'Us 
^flbmment quelques vns deleurs pri* 
fonniers pour les manger 5 quand ils 
délibèrent de la guerre , ou qu'ils s'af- 
femblent foit pour leur plaifir , foie 
pour aduîfer de quelques affaires de 
| confequence^lefquellesneferoientia- 
t mais bien faites,fi auparauant ils n?a- 
jdoientfaït vp vin ouCiiM/rpouc boire 






Jîmhm 





I 



HifîJe la Mtfi. des J?P . Câpmins 
& CaomnnertovitXç, fàouh 

Que fi ceft durant la faifon des 
«4c*iou ( qui durent quatre ou cinq 
mois comme ilaeftédit) ils prennent 
de ces fonds fore fpongieux &c rem- 
plis de ius , qu'ils expriment &c en ti* 
rent en grande quanti té.Us appellent 
ce ius <Acâim Caomn , lequel eft com- 
me le vin blanc &c très bon,fort com- 
me les petits vins blancs de France, 
ayant cela de propre que plus on le 
gardée plus il eft bon. 

Les Indiens qui viuent au iour la 
iournée ne faifant aucune prouiftôn 
pour le lédemain,lors q u ils ont amaf- 
fe grande quantité de ce vin (comme 
ils font ordinairement) ils lemettent 
dans des beaux raiffeaux de terre que 
les femmes font pour ce fuie&^fort 
grands & larges , mais eftroi&s par le 
hautjchacun defquels contient touf- 
iours au moins trente 3 quarante & cin- 
quante potsr&ayantainfi remply plu- 
fieursdecesvai{Ièaax 3 ilsneceffentde 
boire nuit&: iour iufques à cequ'ik 
ayènttoutvuidé. 

Ils fe feruent quelquefois &: prin^ 
cipalementhorsde lafaifoa des^cœ- 



en hjleâe UdYâgnm. 302, 

*W,d'vn autre force de breuuage qu'ils v 
appellent Caouw-eté fait en cefte forte. 
Les femmes prennent les racines det*fiço*** 
Macacbet (dont il eft traifté cy-deuat) c *°» inete » 
&c les font bouillir aueede l'eau dans 
de grands vaiffeaux de terre:!ors qu'el- 
les font molles &c aflez cuittes Celles 
les often t de deflus le fcu,Sdes laiflTent _ 
refroidir vn petit : puis elles s*affem- 
blent plufieurs &: s'accroupiflent au^ 
tour des vaiffeauXjprenantîesfufdites 
racines de Macachet qu'elles mettent 
en la bouche, & les ayant mafehées 
fans les aualer, elles les iettent dans 
d'autres vaiffeaux de terre auec 4e 
l'eau , félon la quantité du breuuage 
qu'elles veulent faire, où elles met- 
tent vn leuain de farine de Mil ou de 
May$& de rechef font bouillir le tout: 
fur le feu, le remuât continuellement 
tant qu'il foit aflez boiiilly. Alors elles , 
leretiret du feu, &verfent tout ce po- 
tage auffi efpez qu'il eft dans les fufdi- 
tes cruches eftroi&es par le haut: &£ 
quand il a cuué & efeumé fuffiiàmmet 
I dans icelles, elles le couurent& 1ère- 
feruent iufques à ce que la compagnie 
. foigaffemblée pour Caouinner. 



- 



Hift. de la Mifî. des PP 9 Capucins 
Kfracm E l l e s font encore vne autre forte 
«ut™ font, de vin doux qu'ils appeliez Kayucôu. 
devmdoux. CcvincftfàitdcracincsdeJ/4»w^. 
|& ue préparées & mafchces cônie celles 

que dcflus $5ceftâr oiiies auec de iafa* 
nne de May & de Tcau en telle quanti- 
té qui leur pîaift, elles font bouillir le 
tout fur le feu dâs leurs grades vailTel- 
les de terre. Ge potage eftat allez cuit 
il dénient efpez ainfi que la bouillie 
de laid,ou enuiron comme le ris , &c 
puis elles font roftir quelques eipisde 
May qu'elles raafchent &iettent de- 
dans ^ ce qui fait clairifier le tout & le 
1 rend plus liquide , demeurant néan- 
moins afïèzefpezàcaufe qu'elles ne le 
coulent nypaflent aucunement. 

I e fçay bien que plufieurs s'eftonnç- 
ront de cette façô de faire le Caomn 7 §c 
fie manqueront pas de dire que ces 
gens iàfontbicn&leS}& que pour eux 
ils aymeroient mieux mourir de foif 
que de boire de ce breuuage à caufe 
des mafeheures & morfîlleres de ces 
femmes Indiennes» le côfefïe que f en 
ay dit quelquefois autantmiais vn iour 
eftant à Jmiparan quelque François de 
xioftre Côpâgnic en apporta au Sieur 



^■nH 



en ïïjlf de Maragnan. 305 

deïUfilly &amoy, nous faifant croi- 
re que ce neftoit pas des fui dits breu- 
uages,ains que c'eÛoit autre chofç 
qu'il auoit fait.Le Sieur deRafiliy en 
beut &œ aiieura qu'il eftoitibrebon, 
nie priant d'en goufter: cequeie fis 
au ffi coft & en beu vnc bonne rois : le 
le trouuay fort boa.& bien agréable 
au gouft,ayant vne petite aigreur fort 
planante , & s'il cftoit coulé & pafié, 
i'eftime qu'il feroit encore meilleur. 
Voiia comme les Indiens font le 
Çaiuw. & quandils tiennent quelque 
aflèmblcc îby eufe,ou qu'ils vouloient 
cy-deuant maifacrer quelque prifon- 
nier (félon qu'il a eftédit au chapit. ûmmè 
précèdent ) les femmes le préparent^/" 
quelques iours auparauant & en font 
quelquefois plus de quinze ou vingt 
des fufdits grands vaifleaux tout 
pleins qu'elles arrengent emmy leurs 
loges. 

Ceux quifedoiuent trouuerau fe- J»*****» 
ftin s'afîwnblent tous m îouraiiigne: g ^ KS fout 
& lefoir de deuant,iLsfe préparent fe $ffi,K 
reueftanslepiusiouuentdc leurs plu- curc * 
mages de diuerfes couleurs & auec 
lexxz Maraia à la main vont tout autouc 



femme** 



'CAMW* 



*s 



Hifi. de la Mi/f. des PP. Capucins 
des lo^es chantans^danfans & fautans 
toute la tiuidians aucun repos. 

Cependant les femmes mettent vn 
peu de feu à Tentour des fufdits Vaif- 
feaux pour chuufFer vn petit le Caouin^ 
qu'ils boiuent eftant prefque tiède; 
guis après defcouurant le premier vaif 
ieau, remuent .& troublent ce Cdêuini 
commençant aufli toftà boire Se Cao- 
uinner auffi bien les femmes que les 
hommesîles vns defquels [comme les 
Vieillards) fontaffis ou couchez dans 
leurs li£tsdecotton,auec lepetunoir 
à la main s'entretenans de difcoursjes 
autres chantent , danfent & fautent 
auec leur Maraca t les femmes cepen- 
dant tenant la main fur Tefpauîe de 
leurs maris,font par enfemble vntin- 
tamare & vn bruit incroyable. 

Iamais ie ne fus tant eflonné qu a- 
Defirhnon lors que i'entray dedans leurs loges où 
d gLm r m ik c «^»^7^appçrccuant déprime 
uurcwmn. &*ce ces grands vaiïîeaux de terre en- 
vironnez de feu ôc remplisde Caoum, 
qui fumoient comme des grandes 
marmites bouillantes:y^ayanc d'autre 
part vn grand nombre de ces barbares 
tant hommes que femmes dont Us 



enTijle de Mafagnan. 304 

vns eftoient tout nuds,les autres tou- 
tes defcheuelées & les autres reueftus 
de diuers plumages bigarrez, les vns 
couchez, comme dit c(ï y exallanc la 
, fumée du fttun parles narines 6c par 
, la bouche , les autres danfans, fàutans, 
chantans & crians, ayant tous la tefte 
\ fi bien coeffee &c la ceruelle tellement 
timbrée de Caouin quïls roiiilloient 
les yeux dans la tefte , tant qu'il me 
fembloic à voir quelque fyrnbole ou 
fîcrure dVn petit Enfer. Et de fait fi le 
Diable fedele&e (à fa plus grande con- 
fufîon) parmy les compagnies de Bac* 
chus,, Se prend [es efbatsau milieu des 
danfes pour perdre les Ames, ienc 
doute pas qu'il ne reçoiue bien du 
contentement ( non fans plus grande 
rage Diabolique) es affemblées de 
ce miferable peuple qui a toufiours 
eflé fien comme barbares, cruels & 
yurongnes > ne prenant plaifir qua 
danfer &■ Caouimer lors que Tocca- £*<**&* 
lion y elehet , quelquefois deux ou en leitr 
\trois iours continuels fans ceffer ny c*o»m. 
repofer ou dormir non plus la nuiâ: 
que le iour,iufques ace que toutes les 
cruches ScvaifTeauxfoient vuides. Et 



j 






Sobriété des 
Maragvans 
e» leur ma- 



Nourriture 
&rdmatre 
des Mara* 
gmtnst 



fÀtmes ai- 

ttèrjesdes 

Maragnans, 




Êïfi. âeh Mi/?, dès PP. Capucins 
ce qui eft de plus eftrange,eft qu'ils ne 
fonc que boire, &petuner à chafqne 
fbxs qu'ils ^oiuent,fans manger aucu* 
nement tout ce temps là. 

Ë t d'autant que ces Indiens font 
exceffife en leur boifïbn lorsqu'ils jfe 
mettent à Çàùtfinner^ plus ionc-ils fo- 
brcà en leur manger . Il eft bien vray 
qu'ils rient pas leur repas beurezo^ 
réglez comme nous auons , ne faifant 
difficulté de irangerauffiroft la nmck 
que le iour & à telle heure que b5 leur 
femble: mais neantmoins ils ne man- 
gent pas qu'ils n'ayent faim, & à lors 
encore mangent ils fort fobrement 
de ce qu'ils ont* 

P o v r leur nourriture ordinaire,au 
lieu de paii^ils vfent de la farine fai&e 
de racines de Mamoch^oxiàQ Macachet^ 
oudeAI^^-^V/Jefquelles ilsraclet 
auec vnt certaine râpe de bois où il y a 
forces poin&es faicies la plufpart dé 
pierres & d'os de poiffbns fort aigus. 
Puis ils prennent touces les raclures 
de ces racines& les expriment, auec 
les mains dedans vue grande vaiifelle 
déterre: du marc defquelles ils font 
degroïTes boules qu'ils mettent fei- 

çhe* 



. en 1 1 '/le de Mdragnan. 305 

cher au Soleil ; lefquelies eftant lei- 
ches,ils les pillent, puis font cuire le- 
dit marc, ou ces boullesainfi pillées 
dansvn vaifleaiule terre fur le feuje 
remuant continuellement iùfques à 
ce qu'il (bit affez. cuit, qu'il deuiennè 
en petits grumeaux , & qu'il femble 
,que ce foie le dedans d'vn pain blanc 
efmié grouierement. C'eft vne farine 
fort bonne, fort ftomachale,fort nu- 
tntiue,& de facile digeftion, que les 
Indiens Tapimmba appellent Oay. 

Ce pendant !e ius cirant repofé de- 
dans ladite vaiffelle de terre, ils en ti- 
rent le plus clair pour en faire du po- 
tage nommé Mampey qui eft tres-bon jHfjJ 
àmanger.Etdelarefidenceilsenfont^J^^ 
vne elpece de tourteaux ou de y*.-Mmgnmù 
fteaux qu'ils appellent Cafaue beau- 
1 coup meilleurs que n'eft pas la farine. c*tf*«é tf-. 
Ils ont entr'eux vne autre maniere^'^ 
de faire la farine: C eft qu'ils prennent 
les fufdites racines toutes entieres,Sc 
les font tremper deux ou trois iours 
dedans l'caujpuislesayantfaitfeicher 
. auSoleil elles deuienrient toutes blan- 
ches ôc fort tendres , 6c les appellent 
bourlors cayma^Cchàit.ih ksfti~ Cayff 
- n n J 






■iriffàï 



Hijl. de la Mi/, des PP. Capucins 
ucrifent dedas leurs mortiers , comme 
ileftdit,& les font cuire en la mefme 
façon que deflus. Et parce quelles ne 
fontexprimees comme les autres,ains 
qu'elles ont encore tout leur fuc,elles 
en font d'autant meilleures & plus ex- 
ce! lentes que les premières. 
tmmeie Que s'ils veulent garder cède farine 
.%££. P our allerà & guerre, ils la font cuire 
par plufîcurs fois • & d'autant plus la 
font-ils cuire qu'ils la veulent garder 
longtemps,coœme l'on faitlebifcuit 
par deçà; eftant fort bonne pour faire 
les prou ifiôs fur JaMer,mefme pour al- 
ler en Joingtainvoyage 5 ainlî que font 
ceuxqui rccournenticy,de ce païs-Ià„ 
L'inflrument où ilspillentlefdites 
racines pour faire celle farine.n eft au- 
tre qucle tronc d'vn arbre creufé en 
a»?*, forme d'vn mortier nommé Of}geua % 
&au lieu depillon ils fcTeruentd'vn 
baftonlong de cinq ou fix pieds,gros 

«nuiron commelaiambe qu'ils appel. 
ongpu» nw-lcnt Ongoua~)t a y are. 
j*rc. Ils fe feruent iournellemcnt des 

x>W f t. fu^dides farines pour méfier auec du 

2^1 5 0tii,, ? n / 0,Cd J e chair >' tde P°^« 
aont ils ront du potage fort bon,ap- 
Htga». pelle Mtgan» 



en Pi (le de Maragnan. 306 
Ils font encore vne autre force d$ 
potage auec leius cTvne racine nom- 
mée Mànioch Cane qu'ils râpent corn- Manticfë 
melesfufdires 5 dontlemarc n'cftbon 6 ^ 
que pour nourriture des beÊ. vaux 5 mais 
le ius meflé auec la farine de Mayhc 
auec la Cafjaue.oa ils méfient quelque- 
fois des fruits nommez Pacoury , fait 
vn fort bon potage qu'ils nomment 
aufli Ùïampoy , dont ils vient prefque mM^ 
tous les matins au def\jeuner 5 &en^^« 
donnent ordinairement aux petits en- rement des 
fans q u 1 font à la mamelle comme Ton t#*t?'*fo* 
tait la boulhe en ces pais de deçà. e »guiftd& 

Les Maragitans n'ont commune- M&. 
ment autres potages que les fûfdits.Et ^ w<? , dei 
pour les viandes ordinaires,!!? ont les Mar^^m 
Arâïgnan^ les Q#f4 Sajfûukaj^csFpec^ 
les Motions, Uçou s Nanbùa^ OuiraMn &C 
aucres fortes dOyfeaux &: de gibier 
en grande abondance>& particulière- 
ment touS ceux quifont fpecifîez ey- 
deflus. , ck **M 

Ils ont pareillement les Souajfiu* 
tyM jes Tayajjfbu^oi çacs y te$ Agûuty,k$ 
Tatou , & vne infinité d'autres qui fe 
trouuent fur la terre extrêmement 
bons iufqucsaux Grapaux'ôe Lézards 



J 



Uift.de la Mi{?> des PP. Capucins 

tihtf. 4i. 9 11 * ne fontnullcmeritvcnimeuxjcom- 
lîieila eftédit. 

Ils ont encordes Counman Ouajjou, 
les varaiy^ les Câmbourj Ouaffot^lts pi- 
ra.M,lcsvir4p€0 y lcs Outryjcs OuYy.Ion- 
M' y &£ autres poiffons innombrables & 
cbaf.j*. très excellens f mentionnez cy-de- 
uant ) qu'ils ont facilement par le 

moyen de la pefche^ dont ils vfent le 
plias fouuent. 

En après ils ont les Commanna Miry^ 
Commanda Ouaffbu , les G -ir ômon^lcs -pa- 
tates & tous les fruits que là terre leur 
€k*f. 38. fournit tres~abondamment 5 comme il 
cft dit e 

Et ordinairement ils ne mangent 
rien qu'il nefoit cuit, &; principale- 
ment boucanné, entremeflant à cha- 
que morceau qu'ils mangent du fel & 
du poiurepuluerifé par cnfemble,qui 
eft la iauîce ordinaire de toutes leurs 
hnquere. viandes, appcllée fmcjuere. 
Boijfon tr- ^ U rc ^ e ^ S n'vfènt communément 
dtn*ire des pour leur boifïbn que des bonnes eaux 
^«*«*.decepaïs-là. 

Exercices L ors que ces Maragnans font h ors 
erdmatres d e leur Caomn , ils n'ont pas de plus 
0vs. * m * g*and exercice que h chafTe:aufTi font 



en ïifie de Maragnan. 30 7 

ilsiîadextrez qu'ils ne manquent de 
prendre incontinent x:e qu'ils defî- 
rexit.lls ne font pas comme noschaf^ M4ra , 
leurs quidifentauant que d'aller à X^gmnsgra^ 
chafle, le vay voir fi ie prendray yrx ch ^ euru 
Liéure^nais eux eftant comme afleu- 
rez, ils difcnt , ie vay quérir vn tac, vn 
^gonty^n Sanglier, ou autres choies 
femblables:& de fait ils ne tardent pas 
qu'ils ne vous apportent ce qu'ils voua 
ont promis. 

ïls fe feruent d'arcs,de flèches &: H4f „ ' $s 4 es 
de Taccuarts, principalement pour xi- Maragnavs 
rer aux Cerfs 5 aux Biches , aux San- *l ur J* 
gliers &c autres belles rauues. Ils ont 
auffi des Chies comme petits Leuriers 
pour prendre les Jigouty \ auec cela ils 
ont Finuention de faire fort bien des 
pièges Se des filets qu'ils tendent em- 
my les bois de ne manquent point dm* 
dullrie ponrchaffer& prendre toute 
forte de gibier & de venaifon. 

Ils ne font pas moins adexttes à \ztafefckem 
pefche^ c'eîl auffi vn de Leur exercice *omw»t 
lournaher 5 omis prennent autant ae Mar4£m ^: 
plaifir commeilsfontàlachaiTe. Le 
poiiTon ne leur manque aucunement, 
par ce qu'ils caprennent autant qu'ils 

Os m 




F 






Mi fi. de h Mifl. des P P. Cdçucins 
veulent^ de fort bons. 

Pour ce faire ils ont des rets qu'ils 

appellent /'w^ayant l'indu ftric de 

les faire eux-mefiiies , & de les lacer à 

leur façon, 

pareils Ils fe feruent d'hameçons nommer 

%^ r vinda P 0ur ks poiffons petits & me, 

îîpefchtrte. dipcres, &£ de harpons pour prendre 

les Vaches marines, & autres grands 

poiflbns. 

Ils ontplufieurspefcheriesde pier- 
res qu'ils batifsët fur le bord de la Mer, 
& d'autres de bois & de bran ches d'ar* 
très quils font à l'entrée des petites 
riuieresau lieudeNaffes,oùles poif- 
fons 4ediuerfes cfpeces entrent auec 
le aux delà Mer^Sc au reflux Us sarre- 
ftent ,& s'y prennent en très-grande 
quantité. 

Us ont encore vne autre inuention 
4$ prendre les pouffons bouillonnant 
& fautelant ordinairement comme ils 
fonç %au defTus de là Mer : ils fe met> 
tent dedans l^au en uironiufques à la 
ceinture, St pouflent auec les mains 
leurs petits batteaux nomnjpz Capat 
deffus les eaux au long cies nuages, 
m faifantpanchér dvnçoftc fi dex- 




en Vtfle de Mdragnan. 308 
trement que les poiflons fautent &: 
entrent dedans en grande quantité. 

Quelquesfois aufli ils lient ôc atcar- 
chent deux de leurs fufdits Canot mr 
fcmble par les deux bouts d'vn cofte 
feulement-, & pendant que les vns ra- 
ment, les autres battent l'eau, fi bien, 
que les poiflons effarouchez fautant 
& fe iettant en l'air retombent en leur 
Canot. 

D'autrefois battant ainfi les eau% 
les poiflons ferendent au deflus j&iprs 
les autres ayant leurs cribles dont ils 
criblent leurs farines^oM bien de gran- 
des courges vuidesjilsles plongent en- 
tre deux eaux fi à propos que les poik 
fons entrent dedans* 

Ils ont encore cette eouftume d'al- 
ler le foir fur le bord de la Mer auec 
des mndo ou fueilles de Palmes allu- 
mées qu ils tiennent à la main, & les 
poiflons fe raffemblantà cette clarté^ 
ils les puifent bien aifement auec les 
courges & leurs cribles fufdits» 

Mais ce qui eft de plus plaifant à 
vok eft qu'ordinairement vous voyez 
les petits enfans en l'eau iufquesi la 
ceiatute le long du bord de la Mes 




v 




H ifi.de la Mtjs. des PP. Capucins 

auec leurs arcs & leurs flefehes à la 

■main, vifer & tirer les poiiïons auec 

tanede dextérité, qu'iîsne manquent 

guère de les flécher & trafpercer,telles-.. 

ment que les poiflbns eftant ainfi enfo 

Iez 5 ils fe débattent afiez,mais ne pou- 

u.ans aller au fond à raifon deiafleefee 

qu'ils ont par .Ictrauers du corps, ces 

petits enfans femettent ànagefencore 

. . qu'ils ayentleursarcsàla main) & les 

à,»dte des^ont quérir; ils en prennent .ainfi en 

e»f*»sM*- grande quantité, &eftlà leptincipal 

Sf" exercice des enfans à quoy ils paffenç 

la plus grande partie de leur temps. 
-^mnexe,: \ Pour te regard des hommes Se des 
«/«^;^.adolefcens outre les fufdits exercices 
rognas. q U 'ij. sonC) ik yonttous les matinsde- 
uant la grande chaleur couper les ar- 
bres & deffi-icher laplace lors qu'il efl: 
tempsde:iardiner (comme ils fontor- 
dinairemêt auan t la fâifon des pluy es) 
pour y- planter le Manioch. 

Ilss'amufènt communémentà faire, 
lears arcs &: accommoder leurs flef- 
ehes , quelquefois aufïï à faire des pe- 
tits efeabeaux fort ioîis qu'ils appel- 
■t4usM nt ^peuyeaue- x Se à tiftre fort indu- 
ftrieulement des panniers de diuerfes 



entîfteâe Maragnm. jji" 

façons auec des fueilies de Palmes ou 
des petits rofeaux fans nœuds qui 
creiflent en ce païs-là. 

Les femmes font communément Exe rckede* 
plus occupées que les hommes; d'au- Mar^mn, 
tant qu'elles feulesxmt tout le foin du te$% 
mefnage. Et puis quand les hommes 
ontdeffrichélaplacepourfairelesiar- 
dinages &c mis le feu dedans les bois % 
les Mardgmntcs ont le loing de faire 
toutlcrefteiellesplantentlesp^^^ 
les poix,lesfebues& toutes lesautres 
fortes de racines,deLegumes,&: d'her- 



bages. 



Dauantage elles fement le May. on 
Jiuatty , ou toutesfois elles n'ont au- 
tre peine,&neleur faut autre induftrie 
qu'il y aà fcmcr& planter des febues 
& des poix, ne faifant que les ficher 
çn terre dedans les trous quelles font 
auec vnbafton. 

Elles plantent aufiï les Manioch des 
quatre fortes fufdites. Ileftbienvray 
que leur trauaihvy eft pas grand auflu 
car les branches de ces plantes eftant 
fort tendres 5 elles n'ont qu'à les rom- 
pre , & autant qu elles en peuuent fi- 
cher dedâs la terte/ans la cultiuer ; au- 



J 



L 



Les Mœra- 




Hift. de la Mi$. des PP. Capucins 
tant ont-elles de groflès racines. M 
eftant greffes comme elles font , au 
boutdcquatre mois&pluftoft,ii faut 
qu'elles ayent lefoin de les cueiller, &c 
s'il n'y a qu'icelles qui en face la farine 
à la manière fufditc. 

Il n'y a quelles auffi qui facent le 
^ïeZ Câ6uin ><^ aiHent quérir l'eau^ qui 
lemejntge. préparent tout ce qui eft necefTaire 
pour la nourriture & pour tout le me£ 
nage 3 fans que les hommes s'en méf- 
ient aucunement. 

Ce font les Maragnantes qui font 
rhuillede noix de Palme, qui cueil- 
lent le RoucoH , qui le lauent &c Tac- 
commodenten maffe. Elles cueillent 
auffi le cotton,elles l'efgrainent &pre« 
parent fort dextrement, puis elles le 
filent encore plus induftneufement: 
eftat filé &c retors ce font elles mefmes. 
qui en font des lits de cotton,les vns 
afle&femblablesaurets, & les autres 
tout tiflus & figurez auffi, artiftemenc 
& curieufement que fçauroient faire 
les meilleurs raaiftres tiffer^ns. Elles 
en font pareillement d^s efcharpes, 
dans lesquelles elles portent leurs ei^ 
fans aa çpl fçlon qu'il eft dit. 



iïtndtâfltse 
des M*rs~ 
gntntes. 



en l % ifle de UâUgnân] 310 

Les femmes font auffi force vaif- 
felles de terre de toutes fortes,de gran« 
des , de petites, de rondes, en oualle^ 
en «quatre : les vnes en forme de vafes, 
les autresenforme deplats,les autres 
en forme de terrines, & autres , fort; 
vnies&polies, principalement par le 
dedans. Elles ie feruent de gommes 
blanches 5c noires pour les plomber 
au dedans , y faifant diuerfes figures à 
plaîfir , Se félon leur fantafie. 

Ce font là les plus ordinaires exer- 
cices de ces Maragnantes^ç^éXts font 
non pour autre fuied que pour Pvfage 
de leur mefnage, & ordinairement ne 
font tant enoifîueté que les hommes, 
iefquels font aflez nonchalans, fi ce 
n'eft à difeourir & fç donner du bon 
çemps., 




- 



Mifî. des PP. Capucin* 



DV IStATFKEL ET DE 

l'écrit des zJïïéaragnans. ■ 



Cha: 



LI. 




E Philofophe cnfeigne & 
l'expérience nous fait afTez 
vient u fs^M^k voir que la bonne tempe- 

~,t W^ rature Profite extrêmement 
les. Miïeîfej non feulement au corps, mais auffi à 
mtms. rintelled & à toute la nature de 
l'homme. Et parce que 1 ait change 
merueilleufernent &c varie du tout la. 
temperatute ; autant qu'il y a de cli- 
mats au monde , autant y voit- on de 
fortes de mœurs & de difparitez d^ef 
prit$,Pair citant diuers en chaque cli- 
mat* 

Ainfi voyons-nous que les habitans 
de la Lybie font autres que ceux de la 
Scythie , & que Tait Septentrionnai 
eftant froid & greffier fait les hom- 
mes ruftîques & tardifs, où lair Méri- 
dional chaud &fubtii,les fubtilife & 
les rend d'vn eiprit releué & gcnt.il. 






ifflfi^ 



en fljle de M tf&gn&n* 3 * i 

\ G'eft pour cela que les Ni*râgn*ns N*t*reld** 
allant en va climat fi tempéreront 
d'vn fi bon naturel; & ont i'efprit û 
gaillard. 

le nentens pas ksrcleter au défais 
des cfpritsculciucz&ciuilifez^ny les 
parangonner aiiec ceux qui ont efte 
^polis es vertus Se nourris es feiences. 
Non,ie nefaiseftaç quedèlpûr natu- 
rel .Amplement, comme de gens qui 
ont elle de coût temps Paycns,Barba- 
res & cruels à leurs ennemis^toufiours 
ennemis de Dieu,toufiours enfans du 
Diable,ferfs de leurs pallions, fans ia- 
mais auoir efté feigneuriez^&ignorans 
en tout ce qui efldesfciences^fansia-» 
mais auoir elle enfeignez ny conduits 
en aucune vertu ny mefme en la co- 
gnoifïànce de Dieu. 

A la vérité -ie penfoistoufiours trou- 
uer des belles féroces , des hommes 
totalement agrelles , rudes &£ fauua- 
ges (comme nous les appelions ) mais 
ie me trouuay bien efloigné de mon vimàtida 
compte. Car pour ce qui eft de la per* ^ST* 
fedion des fens naturels , foit cxte-/«w« 
rieurs (bit interieurs,ie ne rencontray 
îamais perfonne , & n'ay ouy parler 




- 



ÎtitftJeU Mifi. des PP. Capucins 
d'aucune nation qui les cxcellaft. 
D'autant plus qu'ils font temperei 
& qu'Us viuent long-temps , d'autant 
plus font-ils vifs, à proporcion de leur 
tres-grand# difpofîtion corporelle, 
particulièrement en tous leurs fens 
extérieurs. 

rigides Ils f nc odorat fi parfaitement 
fens exte- bon qu'ils recognoiftronr par iceluy 
muts des feulement , non plus ne moins quvn 
chien,(àuf l'humanité,la pifte de leurs 
ennemis^Sc difeernent facilement par 
l'olfad deux perfonnes de diuerfes 
nations. 

Pendant que nous voguions fur la 
Mer pour noftre retournes fix Indiens 
quieftoientauec nous defcouuroient 
beaucoup plus toft que pas vn de la 
compagnie les nauires qui eftoiet lors 
fur laMer, tant ils ont la veuëaiçuc. 

Quand mefme les plus expérimen- 
tez Matelots penfoiencauoir defeou- 
tiert la terre, bien qu'ijs fuilent mon- 
ter à la grande hune,cr ians Terre^Tcr- 
re,Terre:fieft'cequelesfufditsIndié5 
qui neftoient montez que deflus là 
dunette ou fus le Tilîac ou bien en lai 
galleriedu nauirerccogn oilToienç f*~ 









tn fi (le de Maragnan. 31 % 

cilement à 1 œil que ce n'eftoit la Ter- 
re^insfeuîement le deffautdel'Ori* 
zon ou quelques nuées obfcurcs: tant 
que les iufdits Matelots, bien qu'ex- 
périmentez, eftant trompez plulîeurs 
fois, lefdits Indiens fe mocquoyent 
d'eux àifans^CaraybesOfitpOfikay Teigne 
Terre^Terre, Euuaccon ÀJfiu%igni£t§> 
àdire,ces François crient Terre,Ter-> 
re,& cependant ce n'eftpaslaTerre, 
ains feulement le Ciel noir. 

Et de fait ils furent les premiers qui 
defcouurirent la Terre à noftre arri- 
«ce long temps deuant que nous la 
peuflîons voir tant que nous eflions: 
encore qu'il y en euft en la compagnie 
qui auoient très-bonne veuë. Ainfi 
ont-ils les organes des autres fens de 
Touye,du gouft& de l'attouchement 
merueillenfement vifs. 

Quieft celuy tant foit il docte qui 
partant longues années en vneconti- 
nuelle oyfiueté, vagabond &: inutile* 
ou qu'il s'oublie tant que de confom- 
mer fa vie en des defbauches, n'ait en 
fin la pointe de fonefprit toute efmcru* 
eée & rie deuienne rude, tardif,ft lipi- 
de & comme tout hebeté? 



Is 



m 



Bonté de 
ïefynt & 



Éifi. de Id Mifi, des P P. Capucins 

~— Ingemum hnga rnbigine fafum 

T$rpet,& eftmultû qna fuit ante minuit*. 

Et toutefois ces Maragnans encore 

qu'ils foient perpétuellement oyfifsj 

ieveux dire fans iechire 5 fans eftades, 

ZfZlYdes n ayant jamais eulvfage des lecrres 5 & 

Mamgmns* mefme n'ayant iamais elle appris ny 

enfeignez en aucune chofe que ce foir, 

ont neantmoins l'efprit & le iugement 

naturel auffi bon qui fe puifle trouuer. 

Ils font douez dVne diferetiori 

grande entoures chofes du Monde 5 

r Ils font fort fufceptibles de tout ce 

que vous defirez leur faire entendre^ 

fortpromptsà conceuoirtouteequé 

Vous leur voulez enfeigner,eftans fort 

|:/ defireux de fçauoir & d'eftre inftrui ts* 

& après à imiter tout ce qu'ils voyent 

faire. 

Ils font Û attrempez 8c pofez qu'ils 
tes : mra- vous efeouteront fort attentiuement 
f^^auffi long temps que voudrez difeou- 
rir fans vous interrompre au cunemet, 
Jamais il ne leurarriuc dedétourbei^ 
celuy qui eit en quelque difeours, & 
ne s'ingéreront de parier lors quvn 
autre à prins la parole. Ils s'efeoutent 
rvnlautre 3 &: ne paient xiullement en 

confufîoit 



#ours. 



mmmm 



m Fl (le de Maragnafc 313 

confufion ny plufîcurs à la fois. 

Ce foac grands difcoureurs>& pren- Us - M ^ 
nent grand piaifir en leurs di(cours^f^ ri ^ 
qu ils tiennent quelquefois deux ou '■ 
trois heures & plus, fans qu'ils ha?fi- 
tent 3 ny begayentjOit qu'ils fe pertur- 
bent aucunement/cachant fore bien 
inférer les confequerices des raifon*' 
que vous leur donnez. 

ils font fort raisonnables, &C ne (êtes ritar*i 
laiflcnt pas conduire que par la raifon^ jjj^ 
& non lanscognoiflaneedécaufe. Ils £/<.,, 
is'eftudient en ce qu'ils vous difent & 
en toutes leursrenaonftrances,à vous 
contenter de railonsj aufli veulent-ils 
eftre payez de raifons en tout ce que 
vous leur voulez perfuader. 

Aucuns lesèftimentmerueiileufe- 
faentobftineZjles autres difent qu'ils 
font fort mconftans & variables. Ils 
font à la vérité forcinconftans, iic'efl: 
in confiance de fe lailïër aller à la rai-» 
fon ; car ils font fi dociles que par la 
raifon vous les menez ayfementçà 6c 
là: Ils vous obeïiTent aufli toft& leur 
faictes faire tout ce que délirez. Mais 
tant s'en faut que pourcelails foierie 
muables, Au contraire c'eft eftre bien 




i 



- 





HifiJe la Mifi. des PP. Caputins 
raifbnnable,&ce n eft pas obftination 
Que s'ils fe tiennent & font fermes en 
leur opinion 5 c*eftla raifonquiles te* 
tient, & c'eft conftance$ou fi leurrefo- 
iution n'eft raisonnable, c'eft que Ton 
manqueàleur donner des raifons, ou 
à faute de s'entr'entendre^ou pour le 
peu de croyance qu'ils ont à ceux 
qu'ils ne cognoiflent pas. 

Combien en voyons nous entre les 
Chreftiens , quoy qu'on prefche & 
qu'on leur remonftre, qui ne veulent 
pourtant laifler leurs vieilles couftu- 
mes &c anciennes traditions diaboli- 
ques & mefchantesà la damnation de 
leurs âmes? C'eft obftination que ce- 
la. Mais pour monftrerque les Mara^ 
gnansiiç font ny trop crédules nyob- 
ftinez 5 c'eft que nonobftantrancien- 
înecouftume qu'ilsontde fepercerla 
léure,de s'arracher la barbe 5 defe pein* 
dre le corps &âutres,ils femirentàla 
raifonfurcequenous leurs fifmes en- 
tendre. Et toutesfois nous neles prêt 
fions pas de fort près, & fi nous ne les 
importunions fur femblables fuiects. 
Car telles couftumes eftant indifferé- 
tes de foy, &qu'ellç§n'empefchoi€nt 



en Hijle de Màragmn. 314 

de leur donner le Baptefme.nous nous 

coatcntafmesde leur dire feulement 

que nous les laiffions pour cela à leur 

liberté^ que nous ne nous en fou- 

cionspas. 

Au contraire, leur difmesnouSjli 

vous voulez encore vous percer les 
iouës&les narines comme vos îëuresj 
percez les de cous coftez^ous en fem- 
mes contensj&mefme fi délirez vous 
peindre le corps , nous ferons venir 
de belles couleurs de la France que 
vous n auez pas en voftre pais , afiii 
d'eftre plus beaux ôedevous peindre 
encore dauantage. Mais fi vous vou- 
lez croire noftre confeil i vous ferez 
comme nous. 




Carpourquoy vouspercez vous la Rà/ohdiï 
léure > S'U euft efté neceffaire de l'a- *jj- 
uoirpercée^Dieu quivousafaic,nfeles p„ r qutit& 
éuft-ii pas percée aufli bien comme j»gg«| 
il a* perce vos bouches, vos aureilles, 
vos narines & autres parties qui de- 
uoienteftre percées pour le bien & là 
neceflité de la nature? Si Dieu ne vou- 
loic pas que tu portaffe du poil au 
menton , pourquoy permetcroit-il 
que ta barbe creuft comme à nous? 

Rt ij 




- 



ffi/f-Je la Mi]?, des PP.Cafutint 
ÎNPeuft il pas auiïï bien empefché que 
le poil ne fuft venu à ton menton, 
comme il ne veut pas qu'il en vienne 
partout lereftedeton corjfsoù il n'y 
en a point? S'il euft voulu que tu euiîe 
efté bigarré de diuerfes couleurs corn, 
me tu as accouflumé de te bigarrer, ne 
Teuft-il pas bienfaiteS'ilnera pas fait, 
nefi-ce pas fîgne qu'il ne veut point 
que tu fois telrPourquoy donc le fais- 
tu? 

Ceftvhech'ofcadmîrablequeleur 
g*™ *m-P arlant ainn doucement & amiable- 
re^parU mentjeurfaifant voir parle menu que 
t^S C€ q u,]Is ^okm accouftuœé n'eftoit 
à cutter pas bien,celalesfaifoit rentrer en eux- 
tr^f!' mcfmes. Tellement qu'attirez par la 
m fa % douceur 5 &: convaincus parpa raifon, 
ils recogneurent à Kriftânt la vérité, 8c 
tirèrent eux-mcfmcs cefteconclufio, 
nous difant en leur langage, ^jVV*/**, 
Toucan remimognan ikmognan motat 
jfotaream ménoroyco chuénefeJe.Tu dis 
wayl Dieu euft fait cela s'il euft efté 
neceflaire 5 puis donc qu'il ne le veut 
point, nous ne le ferons plus. 

Et de fait plufieurs maintenant lai£ 
fenter^iftre leur barbe, plufieurs ne 



tnïlJlcdeliâYâgn<m* 315 

veulent plus oityr parler de percer les 
leuresàleurs enfans, ny les peindre 
quand ils font nouueaux nais. 

Vn vieillard nommé Acai0uy 7 àont 
nous auons parlé cy-deuant, voyant <%>. i£. 
que fon fils n'auoit encore la léure 
percée,il nous dit qu'il ne permettroit 
iamais qu'on la lu y perçaft, puis que 
nous n'approuuions pas cette façon 
de faire, & qu'il n'y auoit en cela aucu- 
ne apparence deraifon. 

Il y en euft vn autre lequel m e mon- 

ftrant fon enfant qui ne faifoit que de 

naiftre,me dit qu'il defiroit qu'on le 

baptifail:,& qu'on le porterait en no~ 

ftre chappelle de fainct François pour ') 

le faire baptifer folcmnellemcnt v Et 

comme ie regardois ce petit enfant,&£ 

que i'admirois de le voir auffi blanc 

qu'ils font par deçà, cftanc le premier 

quei'auoisveu en ce païs-là.il me dit 

que tous leurs enfans eftoiêt toujours 

auffi blancs, & qu'il n'y auoit que les 

peintures auec les huiles qui leur don- 

noitla couleur que nous leur voyons: 

mais puisquenousnelatrouuionspas 

belle,ildifoit que iamais il ne s'en fer- 

uiroit à pas vn de fes enfans , &c que 

Rr iij 




H ift. de h Mif. du P P. Capucins 
pour le premier il laifleroit celuy-là en 
la couleur naturelle. 

Sicefte natioa eftoit tant legereSç 
muable ils ne perfeuereroient en ce 
qu'on leur a enïcignédebien,&: en ce 
qu'ils ontpromis auec tant de conltâ- 
çe^Ôçs'iln'euftpas fallu tât deraifons, 
ains feulement quelques bagatelles 
pour les faire renoncer à leur anciéne 
tradition. Si d'autre parc ils eftoient 
ôbftineZjils ne fe fuffent retirez tota- 
lement , cornue plusieurs fe font re- 
tirez de ces couftumes &; habitudes 
qui leur eftoient prefque naturelles^ 
^eu mefn^emen t que pour les fafdkes 
eftant adiaphores & indifférentes^ 
non plus ne moins quedefe percer 
l'aurçille,npus les lai/lions en leur plei- 
ne liberté.Et moins euffeijt-ils delaik 
fê iî facilement toutes leurs impietez 
Se mefehancetez diaboliques pourfe 
çonuerçir à Dieu. 

Mais le vçux qu'ils {oient incon- 
ftans èç obftinez 3 en faut-il pourtant 

C rendre & donner y n degouft ? Quel 
ien, quelle vertu peut-il auoir en va 
peuple fi defefperé & fi endiablé que 
ççs Canib^ilesôc Àntroppphages, ou» 



■ 



en tlflt de Maragnan. 316 

la tyrannie du Diable pouuoic auoir 
ra uagé toute apparence de vertus? 
Quant à moy ie ne penfois ïamais y 
rencontrer aucun bien ny aucune ci- 
uilité.Mais puis qu'ils ont chacun vne 
ame àfauuer ^i'eftimois qu'ils eftoienc 
&: qu'ils font d'autant plus dignes de 
commiferation que leurs imperfe- 
ctions font grandes» 

Ceft vn peuple à la vérité qui ne 
veut élire conduit par la rigueur, ains 
feulement par la douceur & par la rai- 

fon. 
Ils font fort ingénieux & induftrieux mr*gn<ins 

pour faire tout ce qu'ils ont de be- <g~ 
foin , foit pour la chaffe,foit pour la >$»&*• ' 
pefche,foit pour la.guerrc.Ils ont mil- 
le inuentions iolies pour aioliuerôc 
embellir leurs arcs,leurs flefches,lcurs 
ornements de plumes , Si pour faire 
tous leurs outils,&HX dont ils fefer- 
uent ordinairement. 

Il y en a fprt peu entr'eux qui ne - u c0gM - t ç. 
eoerneifle la plufpart des Aftres 8t /*»«?*«/« 

Eftoillesdeleurhemifpher e> &quinef;X W£ 
les appelle par leur nom propre que A sireu 
leurs predecefleurs ont inuenté & im. 
pofé à chacune d'icelles.Ils appellent 
* Rt iiij 










Bifi. âela Mi fi dés PP. Capucins 
ifs mms le Ciel Euitac , ie Soleil Koaraffub & Ig 
f *Us m«, L un e ftffèuB. Quant eftdesEftoiUcs 
jj&w» ; jJsl esappellentengeneialr^^-/4M. 
fMà^v? Entre celles qu'ils cognoifTent en 
?&* particulier^ y en a vne qu'ils appellet 
Simbiare rateuboire.ç'cd à dire machoi- 

symhihe * e;aufîî eft ' ce vlie cpnftcllarion difpo- 
weufotre. * ee comme les mâchoires d vn Che- 
uai au d'vne vach e) eftantpluuieufe. 
Il y en a vne autre qu'ils appellent 
'Qurouhu. Ottroubou , laquelle eft faite ( Ce difen t 
iîs)en forme de cœur.&paroift pen- 
dant le temps de la pluie. 
. Il y en a vne qu'ils appellent Seicheu- 
m*-* ««^quieftvneconftellationdeneuf 
Eftoiiles difpofées en formede gril la- 
quelle leur prelàgie les pluyes. 

Nousauonsicy lapoufïïniere qu'ils 
cognoiflent fort bien ■ & l'appellent 
's®chou\ Seycêu. Elle ne commence àparoiftre 
fur leur Hemifpherefinon enuiron la 
my-Ianuier 5 & fi toit qu'elle paroift,iI$ 
s'attendent d'auoir la pluye , comme 
en effet elle commence incontinent 
après. 

IlyavneautreEftoiîle qu'ils appel. 

®Vf«>. lent Tingafou, laquelle eft comme la 

ménagère ouauançouriere de laditte 



^BÉÉIÉHMHIIBHHHHHI^HHHI 



OttegnGn* 



tnl x lfltâe MdYâgnan* py 

Pouffinicre^paroiflant toufiours àc£* 
fus leur Onton çnuiron quinze iours 
auanticelle. 

Il yen a vne autre, laquelle feleue 
& paroift auffi deuant les pluiesqu'iîs 
appellent S'ou*n?dn $ c'eft vne groflç Sotê4nr **> 
Eftoille merueilleufement claire & 
luifante.' 

D'autre part il y a vne conftella- 
tion de plufîeurs Eftoilles qu'ils appel- 
lent Oaégmnmoîn£ç& à dire Efcreuif- 
fe: elle eftauflï en forme d'Efcreuiffe, 
& paroift fur la fin des pldy es. 

Il y a vne autre Eftoille que les Ma- 
YAgn<m$ appellent laûuare, c'eft à dire uo^rtk 
Chien.Elle eft fort rouge &c ordinaire- 
ment elle fuit la Lune de fort pres 5 tek 
îement que la Lune venant à fe cou- 
cherais difent que cefte Eftoille ab- 
baye après elle comme vn chien qui la 
pourfuitpour la deuorer.Quand laLu- certaine/*- 
ne a efté long temps fans fe monftrer }?&'*»» 

i 1 r -r 1 1 -1 • des M& *- 

pendant la iaiion des pluyes , il arnue gmns y atm 
en quelques années qu'elle paroift **»*!* *"z 
toute rouge comme iang a la premiè- 
re fois qu'elle fe monftre fur la fin def- 
dites pluies 5 & lors les Maragnms la 
voyant en telle forte , ils difent qtfe 







■ 1 

H 



I 







Hift : de U Mifi, des Pp. Capucins 
c s eft PEftoille nommés laouare, qui la 
pourfuic pour la deugrer $ & auffi toft 
tous les hommes prennent des baftons. 
à la main, & le tournent tous enfem* 
ble vers la Luae/rappeiit la Terre tant 
qu'ils peuueat , criant continuelle- 
ijaent à haute voix en répétant cespa- 
rôles, Eychôbéchera moin goé >gâé,goé- y 
Eychohé cherawctw goé ', hau , hau 3 hau^ 
mon grand père , partez vous touf- 
iours bien,portez vous toufiours bien* 
mon. grand père hau? Cependant les 
femmes & les enfans pleurent & ge- 
mifTent auec grands cris ôchurlemens 
qu'elles eflancent vers le Ciel,puisfe 
cochant &roulaetfur laTerre,elles 
la frappent tout ce temps-làauec la te- 
lle & les mains. 

Délirant fçauoir la raifon de cette- 
folie &£ fuperftition diabolique, i'apm 
d'eux-mefmes qu'ils croient mourir 
lors qu'ils voyent ainlî la Lune toute 
fanglante la première fois qu'elle pa- 
roift incontinent après les pluycs,& 
que les hommes frappêt la terre com- 
me il eft dit,en fîgnc de ioye &c d'allai- 
gtefïe qu'ils ont de mourir & d'aller 
auec leur père grand, auquel ils défi* 




en tiflt de Mâragnan. 3 lS 
*ent & fouhaittent vne longue &: heu- 
reufe fantépar cqs paroles , Eycobéche* 
ramoin o-ôêgoégôt; Ejcobéchcramoingol,. 
hau,hau,hau ,mon grand Perc portez 
vous toujours biep,portez vous touC 
iours bien mon grand Père hau. Mais 
les femmes au contraire pleurent^elles 
fe lamentent & font les defcfperées 
pour la crainte quelles ont de la mort. 

Ils cognoiflent auffi l'Eftoille du 
iour& l'appellent rafîeuhtaUOuaffou, r*jr**t#i. 
c eftàdire la grande Eftoillc, M 

Ils appellent l'Eftoilie du foir Vira- vita . î<tnen : 
fanenjU difent que c'eft le pilote de la 
Lune^datyant qu'elle rparche deuant 

elle. 

Ils recognoiflent vne autre Eftoil- 
lequi feleue toufiours deuant le So- _ ,. 
leil, & l'appellét Taçû uykan.ccb a dire 
JLftoille aflife en fa place. Qyand les, 
pluyescommencentjils perdent cette 
Eftoilledeveuë. 

Ils recognoiflent bien auffi laCroi- 
fade quieft vne conftellation de qua- 
tre Eftoilles forç luifantes qui paroiflet 
I au Ciel en forme d'vne belle Croix,& 
rappellent Crutfa, ç'cftà dire Croix, Cru ^ 

Lors que le Soleil fe couchç il y a 






ï 



. 



ffiji.de la M if. des PP. Cêpucms 
vne certaine eftoille laquelle paroift 

; toute rouge comme vnoiièau appelle 
* *ï* TarJay.èc pour cela ils appellent cette 
Eftoille Tanday* 

Il y a vneconftellatioh de feptEftoik 
les en forme dvn oyfeau nommé TafL 
npti*. -fatin.'i raifon dequoy ils appellent: 
auffi ceft aftre Taffktin, 

11 y en a vne autre contenant plu- 
sieurs Eftoilles dîfpofëes au Ciel en 
façon d\nc Monneou d Vne Guenon 
c v* qu'ils appellent C^qui fignific Gue- 
non. 

II y en a vne autre qu'ils appellent 
Pmn. p tin % c'eft à dire Can cre,parce quel* 
leeft compoféede plufîeurs Eftoilles 
en forme 4g Crabes ou Cancre dç 
Mer. 
%w. ^ Hy en a vne qu'ils âppéknz % Tuyvaé 
c'eft à dire le vieil homme.parce qu'ek 
lëeft compofée de plufieurs Eftoilles 
difpofécs en marnera d'vn vieil hom- 
me tenanevn baftonàlamain. 

Il y a vne autre eftoille ronde fort 
groffe & tres-luyfante qu'ils nom- 
c*mmj mcnt Cônômy Mmipoère Omré,c y e& à 
omrê. aire le petit garçon qui mange du po- 
tage de Manipoy. 



tnîlJlideMAtagnm. y 9 

ÏI$ ont la v-nc conftellation qu'ils 
appellent Yandoutin y c*Q$i dire l'A v^nnimm, 
cruche blanche, contenant quelques 
Eftoilles fort grandes & très luyfan- 
tes : & parce qu'elle en a plûfieurs en 
forme d'vn bec, les Maragnms fei- 
gnent, &c difent qu'elle veut manger 
deux autres Eftoilles qui font auprès 
nommées Oujra -o^/#,c'eftàdirs ïcsouy*- 
deux œufs. °*/"- 

11 s'y voit vne autre grande Eftoille 
fort brillante qu'ils appellent Byre 
Afoua&zÇk. à dire le miel rond,d autant Bjre * f0 "** 
quelle paroift fort ronde & eft fort a- 
greable à voir. 

Ilsoot Wie autre conftellation faite 
comme vn long pannier, qu'ils appel- 
lent pour cela vannacon^ c'eft à dire vn Pamacw, 
pannier long. 

Ils ont aufïï vne Eftoille extrême- 
ment brillante, qu'ils appellet Y^feuh Ta ^ 
tœtaûuéydc laquelle ils font vne chan-w. 
ton à la louange de fa beauté et de fon 
mouuement. 

Il y a là vne conftellation qu'ils ap- 
pellent T 4/?/>?,c'eft à dire Heure , d'au- tafitj. 
tant qu elle contient plufieurs Eftoil- 
les en forme d'vn Lieure.auctmes def- 




m* 



f 




Témt* 



âmh. 



Grtaé~ 
Caranà* 



Bïfi. de la Mifi. des PPXàpttdns 
quelles font difpofées en maniéré 
longues aureilles au defliisde la tefte; 

li y a vne autre Eftoille qu'ils nom- 
ment Teuconflzmznt qu'elle refTem- 
ble au Toucùn qui eft vn fruict du Ton* 
€an^ne efpece de Palmier. 

Il y a vne autre grande Eftoille fi 
brillante qu'ils VappëlentTataendettt;, 
c'eft àdirelefeuenflambé. 

Il s'y voit encore vne autre confiai- ! 
lation en forme dVne poelle ronde, 
qu'ils appellent Gnae^ou'éon i c'eft à di- 
re la poelle ronde* 

Ils ont auffi vne Eftoille qu'ils ap- 
pellent Carana yue,&t plufieurs autres 
que ie laiffe pour euker la plus grande j 
prolixité^toutes lesquelles ils fçauent j 
raerueilleufement bien diftinguer les 
vnes des autres & remarquer le diuers 
Orient & Occident de celles qui fe le- 
uent & fe couchent en leur Orizon. 

A la vérité ils n'ont pas la cognoif- 
fancede l'Epa&e, ou desaages de la 
Lune 9 neantmoins ils recognoiflent 
bien par longue pratique le Croifîant 
&ledefcroiOant,la pleine Lune & la 
nouuelleLune^ beaucoup de chofes 
qui peuuenteftrede fon cours, 



en ri/le de Maragnan, 3 z'o 

Ils appellent ÎEclypfe de la Lune 
Ya/euh*pouyton y c eft à dire la nuit de la H euh 
Lune .Ils attribuent à la Lune le flux& i ou J m - 
reflux de la Mer : Et fçauent fort bien Qfimohdtt 
remarquer les deux pleines mers qui f* r f m Z 
feront a Iapleine& alanouuelle Lu- reflux -mu 
ne ou peu de iours après. Mer * 

Ils remarquent aufîi très bien le Lft C o £ m^ 
cours du Soleil, la route qu'il fait en- {*»<*q*ei** 
tre ces deux tropiques, comme fes li- f^cZn 
mites & fes bornés qu'il n outrepafle d*soM. 
jamais^ &recognoiflent que quand il 
vient de noftre pôle Ar&ique il leur 
caufe les vents & le? brife ^ & au con- 
traire qu'il amené les pluyeslors qu'il 
retourne de l'autre collé venant en 
£on afeendant ver s nous. 

Ils fçauent fort bien conter leurs comme ks 
années de douze mois , comme nous ^* r ^T n$ 
faifons,parle cours du Soleil allant & UsaLTa. 
retournant d vn Tropique à l'autre, 
îls les recognoiflent aufliparlafaifon 
des pluyes &: parla faifon des brifées&: 
dés vents. 

Ils les recognoifTent encore par là 
cueillette àssAcâiom dont il a eftépar- C bap. 3/. 
lécydeuanc, non plus ne moins que 
l'on feroit icy parles vandanges. Et 




Hijîjela MÏft. des PP . Capucins 
de plus PEftoille Seich&u commençant 
à paroiftrc quelques iours deuant les 
pluies & fe perdant fur la fin d'icelle, 
elle ne fe remonftre defïîis leur Qru 
2iOn qu'au commencement des pluies 
de Tannée fuiuante, d'où les M ara* 
gnans rccognoiflent parfaitement 
bien l'interftice & le temps d'vne an- 
née toute entière. 

En fin ils ont la çognoi/Tancè de plu- 
sieurs fîmpîes , frui&s 3 racincs,gom- 
ExHtknce meSjhuileSjpierres^ minéraux dont ils 
des M*™- fçauent plufleurs belles & rares pro- 

vnans de * . /r» i i r» 

fluors prietez , comme auiti deplufieurs au- 
pmfies. treschofes pour s'en feruir comme ils 
s'en fèruent ordinairement en plu- 
fleurs infirmitez. 

Les plus anciens ferefïbuuiennent 
encore de fix,feptou huid vingts: ans 
&plus$&vous feront de longs difeours 
des entreprinfes , des ftratagemes ôc 
d'autres particularitez dupafTé.foic 
pour animer les leurs en la guerre con^ 
tre leurs ennemis,foit pour entretenir 
leurs amis. Ils ont naturellement la 
mémoire fort heureufe : &: d'autant 
qu'ils ont l'efprit releué,d'autantfbnt 
ils ambitieux ou magnanimes pour pa- 
roiftre, Ils 






Mtrdfjîdns 
weïnômtijs 
de Longues 
an mes* 



CffltCW*f* 



en Pi (le de M aràgnan s 321. 

ïïs font fi courageux principale- ^m^r 
faent pour exterminer ; leurs ennemis,^* J^"*J 
que la cruauté & la rage les a porté vaCtydemsnt 
qués-là^que de les manger comme ï\ entà 
eft dit. Bie eft-il qu'ils ne font pas noi- 
feux ny quereleux auec ceux de leur 
nation ny auec leurs amis, ains ils font 
d'vn naturel debonnaire ? doux&: fort 
accord niais quand on ksoffenfe,iîs 
font fort vindicatifs. Ils ne font pas 
marris quVn autre p.aroifle vaillant, 
braue 6c gallant, mais bien font-ils 
emulateurs de l'imiter ou de le furpaf- 
fer. Ils ne font pas auffi enuieux que 
Ton face dii bien, ou que l'on donne 
quelque chofeàquelqu'vn d'êtreux.» 
mais fi on ne leur fait le femblable, 
ils en font merueilleufemenc jaloux» 
Qnpy qu'il en foit ce font des efprits 
domeftiques de la région du Soleil, 
merueilleuicment bien coinple&ion- 
nez, d'vn bon naturel & d'vn bel ef- 
prit 5 mais d autant plus efloignezdu 
Soleil de luftice noftre Sauueur^qu'ils 
ont toufiours eflé iufques a mainte- 
nant panures , miferables , Barbares, 
Sauuages &Payens,c0iiime Ton pour* 
ra voir plus particulieremeni au cha* 

Sf ' 






Hift. delà Mifi, des PP. Capucins 
pitre fuiuant , où il eft traitté de leur 
croyance & religion. 




DELA C^OYAT^C E 

des Indiens Topinamba. 

Cbap, LIL 

Ncor e que Us Indiens 
Topmamba f oient d'vn iu- 
gemenç naturel allez beau, 
ii eft-ce que iamais il ne 
s'eft troutié natipn fî defraifonnable 
qu'eux au Seruice de Dieu.Quel peu- 
pie Te trouue-il fi fauuage foubs le Ciel, 
& quelle nation y a-ilfî Barbare,queî- 
le ivaye eu,finon la vraye Religion 5 au 
moins quelque vaine fuperftition fous 
l'ombre d'icelle* 

Les Egyptiens bien qu'aueuglezau 
milieu du Paganifme n'ont ils pas eftë 
foigneux d'adorer leurs Idoles? N'a- 
uoient-ilspas leurs Sages &: leurs Pre- 
ftres, gardiens & interprètes de leurs 
lettreshieroglyphiquespLesCaldeens, 
bien que plongez au plus profond de 



en Plfle de Màraghm. 3 i % 
hnfidelitc^'ontils pas cfté Idolâtres 
de leurs folles inuentiôns, &: particu- 
lièrement de leur Feu ? Les Perfes,ks 
Grecs 6c les Romains nauoient-ils pas 
cy-deuant leurs faux Dieux,non plus 
ne moins que les Gaulois & autres? 

le n eftime pas qu'il y ait eu aucune 
nation au monde fans quelque efpe- 
cede religion, finon les Indiens Tapi- mile^â 
namba, lefquels n ont cy-deuant ado- * **# *» 
re aucun Dieu^hieeieite^m terreitre^ i^erà-nt 
ni $ox } ni d argent, ni de pierre,ni de t*»"»**i 
bois,ni autre choie que cefbit.Ilsn'a- 
uoient iufques à prefent aucune reli- 
gion ni facrifice ; &c pat confequent 
point de Preftres, point de miniihres, 
point d'Autel j point de Temples ny 
aucune Eglife. Ils n'ont iamais fçeu 
que c'eft ni de vœux, ni de prières , ni 
d'office*ni d'oraifon/oit publique ou 
particulière. Ils content bien les Lu- 
nes, mais Us ne font diftin&ion ni de 
fepmai{ies>ni de fefte * ou Dimanche* 
Ils eftiment tous les iours efgaux &£ 
aufli folemnels les vns comme les au- 
tres j en fin ils n'ont aucun culce 5 foie 
interieuribiç extérieur. 

U t 







Hift.de la M if. des &P. Capucins 
Ils ne delaiiîent pourtant d'auôir 
quelque cognoifïânce d'vn vray Die% 
: ta cogmf comme Ton peut voir par le difcours 
£Sï a f "^ ^^/apport^cy.deirus au 
wdeD,e*. chapitre vnzieime.ou le ledeur pour- 
ra voir s'il l'uy plaifl plufieurs particu- 
larités de la croyance de ces Indiens, 
n e hs voulant rabattre icy. 

En leur langage ils appellent Dieu, 
Totffa»ja toucan. Et quand il tonne, ils difent 

Ztt ^ e ^ Dieu <] ui £ait tonner: de là 
0tmbuû à vient qu'ils appelîen t le tonnerre Tm- 
&ie*farksp aHrem j mà „ m n ^eft à dire, Dieu faiâ: 

Ils recognoiflent aucunement le 

èro -a ce P auurc c ^ c ^ e " eur v * e miferable , at- 
Jfs*M*r** tribuant la caufe de leur mal-heur à 
fffans- de leur grand Pere,parce qu'il choifit l'ef- 
w^^P^e bois,& reietta celle de fer, fe- 
wfire bon» Jon qu'il eft mentionné au chapitre 
hmr * fufdit. Et tiennent que noftre Père 
grand d'où nous fommes iffus acce- 
ptant Pefpée de fer, il récent aulli le 
bon-lieur$c que de là nous auons efté 
faits héritiers de la vraye cognoiflànce 
de Dieujdes Arts,des Sciences , & de 
toutes les induftries & autres biens 
que nous auon&ayant elle faits les ai£ 



Comme 



WÊÊÊÊKÊÊÊÊKÊIÊÊÊÊÊÊM 

en F 1 (le de Uâtagmn. 3 25 

nez de cadets que nous eftions,com- 
nieils eftiment auoir efté faits les ca* 
det&au lieu qu'ils eftoient les aifnez. 

Ils croyent que leurs âmes /qu'ils 
tiennent immortelles) eitant leparees /;^^ 
du corps , font tranfportées iu ^ c ^'^^Jjf 
des montagnes auec leur grand Père, ^ 
en vu lieu appelle Oumohçm , au cas 
qu'elles ayent bien fait pendant leur 
vie , pour demeurer là à iamais com- 
me en vn lieu de repos, daniïànts,fau- 
tants &. s'efi.ôuyflants continuelle- 
ment. 

Ce n'eft pas qu'ils mettent Se z&u croyance 
mentla bonne vie au. bien ny enlavcr-4*f /rt M *~ 

1 n n n 1 V *> \ i>« ramant -ont 

tu, mais plultoit a la cruauté & a I in- ^ ^ ^ 
humanité. D'autant plus ^qu'ils ont <&*»**• , 
maflacrez &: mangez de leurs enne- 
mis, -d'autant plus s'eftiment-ils heu- 
reux,n eftiman t pas mener vne bonne 
vie finon entant qu'ils font magnani- 
mes &c grands guerriers, acharnez à 
maflacrer &; manger leurs ennemis. 
Gomme au contraire ils tiennent que 
les eiFeminez ou couards qui n'ont pas 
de couçage vont auec lerâpary pour 
çftre tourmentez d'iceluy. 

Ils croyent dauantage qu'ilyades^ 
Sf iij 




Comme les 
Maragnms 
trijentqutl 
j a des ma • 
hngsefyrits. 



lerqfary. 



tés Mdr4- 
gnans ne 
font ord't- 
nférement 

'vifibletnent 

tourmentez^ 
âesDtà'ttle, 



BjlAe la Mifi. des PP. Capucins 
malings efprits que nous appelions 
Diables. lis les appellent ieropary,\e$ : 
craignans & redoutans extrêmement. 
Ils difent ordinairement parlant de 
ces efprits malings que Xpochu leropdîy^ 
g eft à àitcjeropary eft mefchant,il ne 
vaut rien. 

Auparauant noflxe voyage 1 on 
nous difoit que ceftefprit infernal pa- 
roiffoit & fe manifeftoit vifiblement 
a eux,&qu illes tourmentoit &affii- 
geoit cruellement 5 mais iamais nous 
n'auons veu ny entendu que cela fe 
' foit fait pendant que nous y auons 
efté. Ayant mefme interrogé les prin- 
cipaux §clesplus anciensqui onteo- 
gnoifïance de ce qui fe paiïbit cntr% 
eux dés lors qu'ils eftoient encore vers 
le Tropique de Capricorne, s'il eftoic 
ainfi que lerepary les tourmentait & af- 
fligeait 5 & fi quelquefois ils Pauoient 
veu, ou s'ils auoient entendu qu'il fe 
monftraft &paruftà leurs femblables, 
ils nousrefpondircnt que non,& a£* 
durèrent que cela n'eftoit pas,neant-* 
moins qu'ils le craignoient extreme- 
ment;dautant qu'il eftoitmefchant U 
qu'il ne valoit rien. 




en îifledeMdrdgndn. 314 
Si eft-ce qu'après la dcfroute des In- c *m»ipi*l 
diens/aiacpar les^r^plurieurs d'i.^^, 
ceux Furent fortmaWtraictez du LMa- MmU ^ 
ble, lequel s'apparut à eux en forme r^fiàms 
d'vn de leurs grands Pères difcourant g^^ 
de leurs miferes&: des moyens de s'en DM bic 5 »i 
affranchir,* leur faifant entedre qu'il *wg k 
auoit efté comme eux ainfi qu'il eltoit tujl - e „ f, r : 
encore: mais lors que boluyfembloit, *« *«*«t 
il eftoit tout efprit:que s'ils le vouloiet 
croire & le fuiure,iî les feroit tous co- 
rne luy,& les meneroit au Paradis Ter- 
reftre où eftoient les Caraybe ou Pro- 
phètes. Ce peuple felailknt aller aux 
fuafîons du Diable qui leur paroiûoit 
foubs forme humaine , le fuyuirent 
incontinent en trouppe grande , au. 
moins de foixante mille. 

Et comme ils fuiuoient celuy qui ne 
defîroit que leur perte, paflant la pre- 
mière riuiere,ilen fit noyer vnegran- 
de partie,&: les autres furent tuez par 
leurs ennemismereftant que bien peu 
d'iceux qu'il conduit par les deferts, 
les faifant continuellement danfer à 
l'honneur de Uroçâty. Cependant il 
les faifoitfemer force femences, mais 
ils n'çft tecuçilloient aucune chofe. 

Sf iiij 







Hîjkde laMif, des PP. Capucins 
Tant qu'après les àuoir traifhez long- 
temps en celle manière fans qu'ils 
pétillent fçâuoir & recognoiflre où ils 
èftoientjiis fe croquèrent en fin es en- 
v irons de la riuiere de Teury disante 
plusse lïx cents lieues de Femaf>bwr<r 
d'où ils eftoient partis.' 

Dés le premier voyagé que le fieur 
de la Rauardierent.en ce païs-là,il les 
alladefcouurir & ks ramena zMara- 
gj* gnan auec ceux dé leur mefme nation 
qui eflroienc-là, lefquelsà prefént ra- 
content eux-melmes celle hiftoire 
pour tres-vrayecôme vrays telmoins* 

comme ^ ■ C ^ ^ U nom ^ re ^ e ceux qui ont 

sl7™ ^ nf î e ftemaltraictezduDiablei&di- 

■v» bkn lent qu'à la fin la promené que leur 

#my~L jeroparjlcur auoitfaiteeft accomplie, 

ks ayant amené en vn lieu où ils 

voyoientiese'v^f &I es p a y, Dieu 

ayant permis ceîapourleurfalur. 

Il ne faut nullement douter que 

&££ îe Wk <f c beaUcou P de Po^oir, 

svœitrœ^ocquûn exerce cruellement fa tyran- 

fypkUç. niefur ces Barbares fi cruels &fi inhu* 

pains. D'où ils n'ont que trop defu- 

iea de fè complaindre 6c de dire qu'il 

eft mefchant. loincl; .qu'ils fcauent 



" 



en Plfle âeMaragnan. 315 

comme par plufieurs fois il auroit cy- 
deuant mal-traide leurs Barbiers. 

Il faut fçauoir que ces Barbiers font p^ss^) 
certains perfonnages ( appeliez Page) y ^ s J e ^ nsl 
dont le Diable fe fort entre ces ïndiés *****&*»'* 
pour les tenir toufiours en luperftitiô. 
Ils font làmerueiUeufement eftimez 
de tout cepauurepeuple Barbare qui 
a tres-grande croyance en tout ce 
qu^ls difent. 

Ils le méfient premièrement àc Bi ^ de$ 
prédire la fertilité & feichérelFe des^. 
années : ^promettent l'abondance 
des pluyes & de toutes fortes de biensj 
Et de plus ils font accroire au peuple 
qu'en foufflant la partie où ils fentent 
quelque douleur,ils les guariflent tout 
àfaitâ Ceft pour cela que les malades 
entre ces Indiens s'adreifent ordinai- 
rement a eux 3 ôl leur ayans manifeflé 
leur douleur y ces Page commencent 
auffi toftàfouffler deffus $ 6c mettant 
la bouche contre la partie malade, ils 
font femblant de fuccer & attirer tout 
le mal} puis crachant en terre, ils leur 
font accroire qu'ils font guéris. Aucu- 
tiefois ils tiennent iînement quelques 
os en la main s ou bien vne pierre , ou 










HtJiMlâ Mifî. des PP. Capucins 
quelque morceau de bois ou âcfet % Sc 

Pcn foufflant la partie infirme du ma- 
lade,ilsleurmonftrent ce qu'ils tien- 
nent en la main, leur faifant accroire 
que cela eft fort-y du lieu où ils (en- 
toient la douleur, arriuant bien fou- 
uent qu'ils fe trouuent guéris, (bit par 
ioiagination/oiç par leur fupcrftition 
& art diabolique. 
Le ve$eB Ces vagé ne difent& necomman- 
SK^fl de ntiamaisrien qu'il nefoit àl'inihnt 
mmba en- exécuté par tout cepeuple,&mefme 
pTe /Um P ar I es pi usan ciens,ainlîqueplufîeurs 
fois nousauonsveu. 

Comme nous eftions encore à lunl* 

paran^lç petit enfant du Principal de 

Timbohu eftant mort, il y euft vn vagé 

qui commanda par tous les villages 

où 1 on auoit porté ledit enfant mort, 

2f;^ quVn chacun fe lauaft s'ils vouloient 

Barder/des eviiter vne maladie très- grande qui 

M * r *i n ** s *\z$ menaçoit. Àuffitoft qu'il eut fait 

cç commandement il n'y en eut pasvn 

qu'il ne luy obeïft , fe lauant tous de 

bon matin en l'eau fraifehe. iapy'Ouaf» 

foti méfme qui eft le plus (îgnalé de 

toute cefte Ifle^eftatl'vn des premiers 

à fe lauer 3 nous luy demandafities h 



en Tip de MdYâgnan. 3 té 
raifon de cefte cérémonie $ Se nous 
ayant dit le fuiet que deffus,nous com« 
mcnceafmes a rire de leur folle fuper- 
ftition, comme feirent auffi ceux qui 
eftoientia inftruitsauChrifHanifme. . 

Ils ont vue autre fuperftition qui ^ ufre /^ 
eft de planter vn bois fort haut à l'en- ^JJr 
trée de leurs villages au bout duquel £%^ 
ils en mettent vn autre par letrauers, 
où ils pendent force petits efcuflbns 
faits de fueilles des Palmes de la gran- 
deur enuiron dçs deux mains, où ils 
peignent de noir ou de rouge,la figure 
d vn homme nud.Leur demandant à 
quel fuied ilsfaifoient cela, ils nous^ 
dirent pour toute raifon que \z\xtvagc 
leur auoit commande de ce faire pour 
chafTerlemauuais air. 

Lors que le fieur des-Vaux eftoit à jutmahas 
îbôuyœp4? y \\yzxxo\tvnàz ctsvagé qui '"Jjfj 
faifoit parler vn arbre (en apparence) ikouytap 
par vn trou;fi bien qu'vn chacun Ten^ 
tendoit. D'autres fefonttrouuez lef- 
quels faifoient paroiftre qu'ils tiroient 
quantité d'aiguilles des cuifles de cer- 
taines perfonnes non pour autre fuiet 
que pour leur plaifir. : 

Il fe peut faire qu'en va fi grand 










ïfift. âeîa Mt[T, des PP. Capticlm 
u fuhtniti nombre de pW qui font là, il y en aie 
tanerk^w quelques vus vrays Sorciers, comme 
çommum il s'en eft trouué affezle paffé : mais à 
ZT/fftu prefenc ils^nefont pas frequens 5 pour 
jaferftstio* le moins n'auonsnous eu cognoilîàn^ 
wkfomie- ce j^ ucun pendant que nous auons 
Jà cfté. La plufpart & prefque tous 
font les vieillards principaux des viL 
lages, lefquels fe méfient .de fouffler 
ainfî les malades v nonauec impréca- 
tion ou autre fortilege (fi ce n'eft qu'il 
yen ait aucuns qui vfent de quelques 
iuperilitions) ains pluftoftaucc leurs 
fubtilitez & charlatanneries pour fc 
Mïc eftimer entre tous les; autres, Ôc 
$ acquérir le renom deffore bonsp^ 
ou Barbiers gueriflàns toutes fortes 
4e maladies. 
tes pagt Auflile peuple fait-il eftat de ces P4- 
hien^enmgfen quelque lieu qu'ils aillét^ls font 
mettre tes bien venus; on les reçoit fort ho- 
les ro^ norablement auec chanfons, danfes 5 
Caminnage Se toutes autres courtoifïes 
dont l'on fe peut âduifer^ tous ces pau- 
ures Saunages croyans que toutes 
chofesleur doiuetfucceder à fouhait 
quand ces pâleur font an^comnie 
au contraireiîsfelliment malheureux 



en h'fleàe MMAgnân. ^ij 

d'entrer en leur difgrace 5 fi que tom- 
bant en quelque defarroy , & qu'ils 
foient menacez defdits p^e , ils rap- 
portent tout leur malheur à la prédi- 
ction & diuination d'iceux. 

Le meftier de ces vagé ne vaut plus 
guère dechofe.&n'euftplusfi grand* 
vo^uedepuis que nous fufmesarriuez ; ■ 
en ce païs-îà -, d'autant qu'il fe trouua %$%% 
vn certain garçon (|e noûre équipage, muUqueU 
lequel fe mefloit de iouer des gobelets JWggJ 
Ôc de plufieuri autres tours de paiie- Magmas 
paire Xe fieur de Rafiliy leprint auec \ € ^/ e f 
fes feruiteurs pour porter fon bagage sm 4i \ 
pendant la vifite que nous fîfmes par 
coûte Hue de M aragnan, félon qu il a 
eftéditçy-deuant:EtapresquelesAf^ 
ragnam eurent veu quelques fubtilitez 
d'iceluy ^ils commencèrent à l'admi- 
rer, &le qualifièrent du nom de vagê 
OuafouëeÛL à dire grand Barbier : mai$ 
le Sieur de Rafiliy leur fai%it voir par 
après que tout ce qu il faifoitn'eftoit 
queparfubtilité&:fineire,ilpnntfujet 
de là pour leur faite cognoiftre leur 
| fottife -, &: remonftrer leur fimplicité 
defe laifïer tromper Scdeeeuoir ainfî 
qu'ils faifoient par lefdits p^qui n'a- 






ï 



HiftJek Mif. des PP. Câfucirts 
ftoientqu enioleurs & abufeurs, dou 
il arriua beaucoup de bien,pluiieurs fe 
recirans de leur folle croyance i cane 
qtie les petits enfans fe mocq^oient 
desrufes&fînefles de leur iW.Entre 
çfcp. //. autres le petit Iean \Acaiouy , \ dont il 
eft parlé cy-defïus) prenant quelque- 
fois des petits os,ou autres chofes iem- 
blables , il demandoit audit Sieur dé 
Rafilly , BoHYouuicham de akan omano* 
Monfieur auez vous mal à la telle I 
& puisfaifant femblantde lefouffler 
& le frocter, luy monftroit ce qu'il te- 
noit en fa mai^difànt, voila ce qui 
vouscaufoittantdemaljoutrece que 
ceft enfant faifoit rire la compagnïe,iI 
rendoit les vieillards eftonnez,fego£ 
fansainfî despig-t, donnant fuied aux 
autres de s'en mocquer auec luy, & de 
les faire tenir pour trompeurs &abu* 
feurs. 



m Ujle de Maragnati. 318 







DES LO 1 X ET TOLIΠ

des Jndiens Topinamba. 

Chap. lui. 

Î^ïmier. & auant que la GMt* 
Foy vint ( comme dit l'Apo- 
;ftre) nous eftions gardez 
' foubs la loy, enclos pour par- 
ucnir à la Foy, qui deuoit eftre rcuc- 
léc: mais la mifere des pauures Indiens 
Toçwamba a touiîours efté fi grande,^'™; 
que n'ayant ny Foy ny jaucun vmbre ^e/ftte 
de Religion, ils n'ont auïfi eu aucu-£^ 
ne Loy ny police pour le public,finon natltrit 
quelques parcelles de la Loy de na- 
ture. 

luftinian dit que hm ^ucefta/mtffMiuTi. 
hzc s Honeftè yiuere, alterum non Udere, &J£y. 
fuumcuique tnbuere. A la venté ils font i„u,t. e odi 
û obferuateurs de rendre à vn chacun *&*?* 
des leurs ce qu'il luy appartient , que 
fi quelqu'vn d'entr'eux fait tort àvn pAu de 
autre , il faut qu'il le repare félon la **£«« 
loy de Talion. Et pourtant quicôn-^^ 




tïifi. delà Mifï. desPPXàpucras 
que donne vn ibufflet 5 il faut qu'il le 
reprefen te à celuy qu'il a ofFenfè pour 
en receaokautant:sil leftropied vn 
bras ou quelque autre tnë.tïibre,il faut 
qu'il expofe la mefme partie de fou 
corps pour eftremutilc;& s'il luy ard- 
ue de le tuer il faut qu'il face eftat dé 
mourir. C cil vne des bonnesLoix que 
t§J*d ^ on a I ail ^ entr'euxauec quelque mb- 



în& 



t/t- i.§.fed faïuwciiLL >uxaucu quelque mo- 

mmrdm. dification touecsfois} le droit naturel 

eftant immuable, 
Tun'men Si î'vne de leurs femmes eft trou- 
des femmes u ée en adultère , il faut qu'elle fc re- 
ioudea la mort, ou au moins deftre 
vendue pour efclaùe : non qu'ils en fà- 
cent la iuftice auec quelque formalité 
&authorké ■ publi.quc,ains feulement 
par vôye de fait & en leur particulier. 
Ils ont neantmoinsvn Chef ou vn 
qui eft le principal en chacun de leurs 
villages. Er celuy qiii eft le plus vail- 
lant Capitainê.& le plus expérimenté 
Vieillard,quia fait de grands exploits 
en là ■ guerre 5 qui a mafiieré & tué 
chefs entre beaucoup de leurs ennemis , j&qui a 
te* Top. beaucoup de fcmmes,eraiide famille 
ex le plus a eiclaues conquis par leur 
valeur 5 ordinaîrement il cille Chef & 

Icprin* 



Qmfotit 
ment les 



en tlflc de M aragnan ; 3 i £. 

le principal entre les autres, non par 
eledion d'aifeoiblée publique \ ains 
feulement par le crédit qu'il s'eft ac- 
quises: la croyance qu'ils ont en luy. 

Le Chef ne fert & n'a autre autho- 
rite entr'eux fînon que pour donner 
fon aduis , principalement eftant eri 
leur carbet qu'ils tiennent tous les Forme </*.. 
foirsemmyla place entourée de leurs cMetdes 
loges. Apres qu ils ont tait la du bon 
feu,dônt ils fe ferueût au lieu de chan- 
delle & pour petuner, ils y portent 
leurs lias de cotton qu'ils fufpendent 
enl'airà des pieux fichez en terre: & 
eftanstous couchez chacun en fon lit 
àpartauec vn petunoif en la main,ils 
difcourent dé ce qui s eft paffé le iour, 
& aditifent de ce qui eft pour l'adiie- 
ni^oupourla paix.oiipour la guerre $ 
ou pour receuoir leurs amis, où bien 
pour aller contre leurs ennemis , Se 
pour toute autre affaire vrgente telle 
qu'elle foit,dont ils déterminent feloii 
la refolutiori de leur Chef, qu'ils fui- 
uent ordinairement en tout & par 
tout. 

Quand quelqu vn vient à mourir^ 
ils s'aiiemblentôc lepleùrent (comme 







Hift. âeld Mi$: dès PP. Capucins 
il a efté dit) racontant fes louanges^ 
puis ils le parent de tous fes atours &: 
vqon des prnemcns qu'il auoit;& ayant fait vnc 
Marins f ff e touteronde, profonde enuiron 
uciirUur dequatreou cinq pieds,-ils courbent 
mom. le corps en rond les pieds vers la refte 
& le mettent en la forte: en fin redou- 
blant leurs cris lamentables^Is le cou- 
urenc& le laiflentainfi enterré. 



DE T^OSTRg EMBAKr 

quement a tJ&îaragnan , ft) 

de nojlre retour en 

France. 



Cmap. LUIT. 

0^0^ E grand Dieu qui iamais 
\ Ww^Â abandonne ceux qui de- 
^^^Hfj firent le feruir& faire quel- 
que chofe pour fa gloire, 
ayant tant fauorifé nos entrepnnfes: 
& chacun voyant la nioiflon fi grade» 
&rfi peu d'ouuriers que nous citions, 
1 on délibéra tous par enfemble du re- 
tour du fieur de Rafilly en France,fu£ 



lenVlfle deMaragnân. 330 

là requcfte prefentée par lefdits Fran- Del'Mraw 

. * r , , * 1- j > -dt* retour 

çois rapportée cy-deuant hcd autant m $ r4nCSi 
que le temporel n^ftoitqu'acceffoire 
du fpirituel , l'on détermina ( bien à 
mon grand regret) que iel'accompa- 
gnerois, pourtepreferueràfàMaiefté &*?<*&* 
tout ce qui s'eftoi t pa(Té,&: à nos Pères 
tout le bien qui fe prefentoit là pour 
laccroiffement de l'Eglifc, à ce qui 
leur pleuftyaduifer. 

Mais preriiier que nous embarquer^ 
le Sieur de la Rauardiere recognoif- 
fant le détriment que la pluralité de riu^itteS 
Chef pouuoit là apporter, il trapfî-^/^ - 
gea & conuinc auec ledit fi'cur de Râ-jfo». 
ftlly , de Itiy déférer tout le pouuoir 
qu'il y pretendoit : Se à cet effed,il 
ïuy en paiïa Tefcnc authentique ic y 
inféré; 






Tt 'ij 



Hifî< de la Mifl. des PP. Cumins 




fiettr 



Consentement âufieur de la E^auar- 
dière de Je retirer en Franc*; & de 
laijjer auxjndes lefieur de I{ajîl- 
lyjeul poury commander. 

'A y foubs -figné Lieutenant Ge- 
neral pour le Roy en Ces terres du 
^Brelil 3 ayant par pratique & experien- 
„ Vu ce recogneu la bonne & fage condui- 
Rauardiere te de Monfieur de Rafiilymon conv 

de latfjer le ^^^ r i» rr» • 

jhur de pagnon 5 en toutes fortes d affaires tant 
^Rafiïïjfeul enuers les François qui ont efté foubs 
f Z^ nofkc charge, qu enuers les habitans 
de ce pais 3 outre le courage & la con- 
fiance dont ileft doué) pour mainte, 
nircefte Colonie$enfemble la fidélité 
dont il a toujours vfé en mon endroit} 
& d'ailleurs pour TafTeurance qu'ay 
de l'intention des naturels de cepaïs, 
qu'ils ne défirent recognoiftre & élire 
régis que par vn feul Chef.Etfçachan t 
combien la diuerfîté des Chefs a ac- 
coutumé d'apporter de confufîon en 
vn eftatrnon feulement parmy les Fra- 
çois 5 qui de leur naturel font variables 



£5? lieux 






en Vljlede Mdragnan. 331 

Scfuiets à changement , que ceux de 
cepaïs,qui pourraient diuifer leurs af- 
fe&ions voyansdeux ou trois Chefs. 
Ces iuftes & importantes confident 
tions m'auroient cornue &; fait refoiu 
dre,pour ofter tousobftacles, &: que 
çefte Colonie puifle mieux ftorir en 
paix ôc tranquilité , de me retirer en 
France de ma pure ôc franche volon- 
té,au retour du voyage que va faire le- 
dit fieur de Rafîlly mon compagnon} 
pour làreceuoir le reuenu qui m'ap- 
partient en mapart,felon le conrra£fc 
paffë entré nous deuant Pacqué No- 
taire àPariSjle fixiefmeiour d'O&obre 
mil fix cent dix,&; fuiuant Iapromeffe 
folemnelle qu'il m'en a fai&e , &c de 
bouche &d'efcrit de mêle conferuer 
àiamaisà moy & aux miens légitimes,, 
Et d'autat que par l'article porté dans 
ledit contrad il eft dit quequad deux 
fe trouueront d'vn aduis , qu'il faut 
que le tiers s'y accorde , mon aduis effc 
que ledit fieur de Rafiily , pour les rai- 
fons fus mentionnées, demeure feul 
Chef dans les Indes pour gouuerner 
ladite Colonie &: les habitans du pais- 
duquel mien aduis &c volonté, ayant 

Tt iij 



Hifl.dèfo M)js. des P P. Capucin * 
prihs aduis de l'Eglife Se des princi-s 
paux de cefte compagnie, ils auroienc 
tousapprouuéledkaduiSj&prié auec 
nioy ledit fieur deRafiily d'en prendre 
6c accepter la charge. Lequel voyant 
nos confiances & les raifons de co'nfe- 
qtience cy-deflus 3 tant importantes à 
reftablifïemcnc du Chriftianifme,au 
icruice du Roy & bien public, sefl 
ftangé à mon aduis & y a ioind le fien; 
fe liant par ce moyen de parole &C de 
fait auec nous tous de jamais n'aban- 
donner cette ditte colonie, & de m'y 
cçniferuer à moy &aux miens ce qui 
m'y appartient pour mon droit ainfi 
queditell; dont il m'a pafle eferitee 
xnefmeiour^en prefence desfoubs~fi- 
gn-ez &de moy qui pour tefmoign âge 
a^affeurancedece quedeïïusay /îgné 
çeftuy-cyde mon figue manuel. Au 
fortlaind Louysà Maravn*n, ce der- 
nier iourde Nouembremil fix cents 
douze, 

Daniel de la Touche fieur delà Ra- 
ya rdiere. 

LouysdePezieux. 
Çheualier de Rafilly, 
Claude de Rafilly. 



tnïljltâeUdtAgnAn. tfi 

Charon. 
DauidMigan. 

Abraham 
Apres que le fieur deRafilly eue veu 
&c leude point en point le fufdit con- 
fentemenc du fieur de la Rauardiere 
pour l'exercice continuel de fa charge 
en ce païs 3 attendu les importantes 
confiderations par luy alléguées & les 
ardentes prières tant d'iceluy que des gj££ 
principaux de la Compagnie^d'entre-j^^^ 
prendre foubs le bon plaifir du Roy ,1e > **»«*** 

r J r^ 1 ~ « ; /=» Sir A \r nernent de 

gouuernementdeceteColome&cty u Colonîe 
donner fon confentement,fe refolut à e M*ra-* 
de l'accepter & de ne la iamais aban-*" 1 *- 
donnera en faire fon deuoir en hom- 
me de bien,comme vn gentil-homme 
d'honneur doit faire tantenuers l'E- 
glife Catholique , Apoftolique & Ro- 
maine ôcles François qui l'ont affifté 
&qui l'aflîfteront àl'aduenir,qu en- 
uers les habitans du païs ; proteftant 
de n'y efpargner aucun foin , ny fon 
bien ou fa vie quand il en feroit be- 
* ' foin.fuiuant l'accord qu'ils pafferent 
entr'eux au mefme temps,&: en la pre* 
fence desaffiftans fufdits. 
Comme noftre équipage fut prepa- 
Tt iiij 



\ 




m 



^ M0. delà Mij?. des pp. Capucins 
shMam- ^ & que nous eftics ptefts à nous em- 
4**» m. barqûer,lcs Principaux de Mlle deMa 

voyez, en ' ^ -\ * j i»-r ■ i *"****•- 

&£w M *#*** délibérèrent d'enuoyer auec 
^spfe nous quelques vus desleurs,en nom. 
%i$0 c de fix > P our ^ire hommage & of- 
frir leur fermée au Roy de France tres- 
Chreftien au nom de toute leur natiô 
àcequefaMaieftélesreceutenfapro* 
teétion comme fes vrays fubieds de 
cette nouuelle France Equinoftiale. 

Apres auoirprins congé des Fran- 
çois & des Indiens particulièrement 
dçs Principaux de Maragnan^ receu 
la benediclion de nos Peres,nous cm, 
bralïàns tres.eftroictement non fans 
beaucoup de pleurs (à noftre Adieu) 
pournoftrefeparadon. 

Nous nous embarquafnies fur la 
minuit le premier de Décembre^ le 
R. Père Arfene auec le fleur de laRa- 
uardiere s'eitant mis en vne barque, 
nous vindrent conduire iufqu'à Mf! 
Jette fain&eAnne.-où nous arriuafmes 
le quatriefme dudit mois. Et le fîxief 
me Jour de la fefte S, Nicolas, ayans 
H célébré la Meffe, nous nousdifpo- 
faunes pour partir le lendemain^ au- 
quel iour nous eftans mis tous dans 







en Pi fie de Mwâgnm, 333 
noftte vaifleau ( qui eftoit le Régent) 
nous veinimes au Cap des arbres fecs, 
& lànousmouillaftnes l'ancre pour y 
paffer lafefte de ï Immaculée Conce- 
ption de lagiorieufe Vierge,quieftpiç 
le Samedy huidiefme. / 

Le Dimanche matin le R. Père Ar- 
fenc auec le Sieur de la Rauardiere 
pous delaiiTant pour s'en retourner* 
après nous eftre entrebraffez les lar* 
mesauxyeux.nous feimes- voile h puis 
nous tirafmes le canon vers l'Ifle de 
Maragmn pour dire Adieu , & punies 
la route des Mes du Pérou pour trou- 
lier les vents fauorables. 

Dieu nous fauorifa tant que nous 
r apaflames la ligne en peu de iour-s par 
le moyen dVn continuel beau temps 
qui n ous dura ïufques à ce q b e n ous ar- 
riuafmes entre laBermulde& les Au 
fores : où vne tempefté nous printi 
eftant fi grade èc furieufe,qu'elle rom- 
pit noifoe hunier,tant que nousfumes 
contraints de rouller l'efpacede trois 
jours fur çeft Elément furibond^auec 
les mafts& les cordages feulement, à 
la mercydu temps. 
Eafïn Dieu nous preferuant au mi- 



m 







t.Cw.i. 



Hifl* de la Mifi. des Pp. Capucin s 
lieu de cefte tempefte^ilnous féconda 
d'vn vent qui nous conduit iufqucs 
vers l'Angleterre, où rencontrant les 
vents contraires & le temps fort mau- 
uais.il nous fut force de nous retirer 
omettre à labry dedans le Haurede 
Faîmue. 

Que fi lemaling efprit nousauoit 
excité tant de tourmentes fur la Mer, 
il n'en fit pas moins eftant là arriuez 
fur la terre. Car au lieud'vn peudera- 
fraifchi(Tement& de repos que nous 
penfionsauoir,il nous fufeitatant de 
trauerfes par fes rufes & aftuces^que 
nousfufmes contraindsdy feiourner 
tant à Faîmuë qua Dartemuë, enui- 
ronfix fepmaines au milieu dVne in- 
finité dangoiffes & de tribulations- 
tant que ie puis dire après l'Apoftre 
que nous eftions Supra moânm *rauati 
& /upra ltirtuïem>ita <yt t&dejret etiam 
nos Itiuere» 



tn tlfie de Marignan. 534 







DE NOSTRE ARRIVE 
au Maure de Grâce. 

Chap. LV. 



La fortic d'Angleterre le 
vent nous fut aflez fauora- 
ble, mais il ne fecondoit pas 
encores nos defirs tant nous 
çftions auides défaire voir aux Fran- 
çois les fruiéts de nqftre Miffion , ôC 
comme les premières greffes de na- 
ftre nouuelle Colonie que nous con- 
duirions en France pour y mieux re- 
ceuoir la Religion St l'humeur dos 

François. 
Nos canons portèrent à la ville du # 

Haute de Gr?ice les premières nouuel- ]gJJ u 
lesdenoftrearnuéeleSamedyfeizief- **fe d* 
me de Mars s c^r félon la bonne cou- gj£ * 
ftumedes ports de Mer,inftituée pour 
obuier aux furprinfes des eftrangers^ 
nous faluafmes la ville; & pour adion 
de grâce enuersceluy qui nous auoic 
plus feruy que lèvent & p^tr fa faincte 
grâce nous auoic fait fupporter l'incS- 







furkufe 

far laquelle 

le Régent 
fenfit faire 
naufrage à 
fin retour à 
la rade du 
haure< 



flifî. de U Mijf* des PP. Capucins 
fiance de cet Elément, nous chantaf- 
mes le Te Deum lauàamm. Ce ne fut 
pas fans faire eftonner Je peuple de 
cefteviile,car il n'y eut petit ny grand 
qui ne voulut s'informer & reftouyr 
de noftre arriuée. 

Il eftok lors aftez tard:ce neatmoins 
le R. Père Théophile de PeronneGar. 
diende noftre Conuenç de ladite vil- 
le,ne laifla pas d'enuoyer deux de nos 
Religieux : & n'euft eue que nous 
eftions détenus de quelques affaires & 
h petitefle du batteau,nous nous euf- 
lîons rédus auConuent ce foir mcfinc. 
Peut eftreauffi que Dieu nous vouloir 
referaer à vne tepefte, qui donna tout 
loifir au Diable de vomir les derniers 
traictsdefà rage contre nous. 

Ces Religieux n'eurent pas Ci toft 
prins congé que le SudjLt Su SuotteftU 
Su Quejî ouurirent les portes à leurs 
vents qui fouïleuerent tellement les 
ondes de la Mer, qu'il fembloit que 
Dieu eut referué noftre naufrage à la 
veuë de nos propres amis.Nous eftios 
mal equippezpourfouftenir cefteté- 
pefte. Car nos cordages > partie bruf- 
lées, partie yfées ne nous pouuoieni 



en Plfe âeMaragnan> 335 
point donner efperance de pouuoir 
retenirnoftre vaifièauancréàlarade t 
De fait voyant l'vne de nos ancres 
perduëjlc cable rompu & la tourmen- 
te s'augmenter eftrangement , nous 
prenions confeil de nous fauuer a 
Honfleur.ou mefmerelafcher. 

C'eft vn grand cas du confeil des 
hommes defefpcrez fus vn Elément 
qui n'a point deraifon. N'eufï-cepas 
efté fuirvn péril imminent,d'vn cofté, 
pour aller faire naufrage de l'autre? 

L'vnique remède fut de donner vn 
fécond aduis à la ville parvnenouuel- 
Je cannonade , bien différent du pre- 
mier. L'vneftoitfigne derefiouïflan- 
ce,& l'autre de defefpoir. Ce néant- 
moins c'eftoit à nous de périr fans fe- 
Cours & à eux de voir noftre malheur 
fans nous pouuoir fecourir.leureftant 

du toutimpoffiblede venir ànous,&: 
à nous d'aller vers eux , tant la Mer 
eftoit en furie. 

En fin nous voy ans en telle extré- 
mité fans aucune efperance d'aucun 
fecours humain , nos Pilottes fe mi- 
rent en refolution de coupper les mats 
de noftre nauire &. de laiffer efchouer 




Hift. de la Mifi t des PP. Capucins 
noftre vaifTeau pour tafcher au moins 
defauuer Ja compagnie. 

On fît vn peu de iurfeance à l'exé- 
cution dece delFein pourlepeu d'ap- 
parence qu'ily auoitde nouspouuoir 
encore garantir par ce moyen là, du 
naufrage qui nous menaçoit. 

Et fur l'heure nousprofternansen 
xicoms k ce lieu,tousàgenoux,leuant les veux 
t SSS f Cl n el > no " s implorafmesle fecourt 
de celte belle Eftoille de la Mer la &l«w 
neufe Vierge Marie , qui efclairl'au 
milieu des affligions de ce Monde, 
chantans ks Letanies & au très Orail 
ions. 

Le diable penfoitbienfe mocquer 
de nos trauaux,& enfeuelir foubs les 
ondes ks efperanees de nos conque- 
Iles. Car il voyoitque nous n'auions 
piusqu'vn cable,& qu'il cftoiccncore 
fi endommagé que des quatre cordés 
dont il eftoit filé, il y en auoit def-ia 
trois rompus , n'en reliant plus qu'vn 
duquel comme d'vn filet dependoit" 
toute noftre vie. Mais Dieu voulue 
nous faire voir que c'eftoitfamain qui 
nous portoit.. 
Les prières n'eftoient encorcs ache- 



en îljle de Mâragnâti. : 336 
uées, que Fulgura m plmiam fecit , le P f A i mA ^i 
temps s'obfcurcittoutà coup & fur^ 
uint vne gr ofle pluie qui abbatic lesbo- 
rafques des vents & appaifa les furie 
de laMer.Ce qui releua vn peut noftrc 
efperance Scie courage de nos Mate- 
lots à faire vn coup cftrangc & remar- 
quable. Car te doutansbien que le câ- 
ble eftoitrompu, d'autant que noftre 
nauirc auoit chaffé , ils nous tirèrent 
vers J'ancrcaucclecapeften. Ceftoic 
vn miracle de laprouidence de Dieu 
que ce feul cordon refifta à la violent 
ce & aux efforts,que quarante ou cin- 
quante hommes faifoient à virer ledit 
capeflen. le crois que naturellement 
cela ne fe pouuoit faire, & queceluy 
qui tient le globe de la terre fufpendu ifii 40* 
en lairauec (es trois doigts, arreftoit 
noftre vaiffeau &c conferuoit ce filet 
pour endurer les efforts qu'on luy fai- 
foit, & les violences d vne fi furieufe 
tempefte,à laquelle trois cables en- 
tiers n'auoient peu refifter. 

Aetandpeineeufmesnousletemps 
pourracouftrer nos cablesqu aulfi toft 
vne féconde tempefte recommençant 
plus grande qu'au parauant , fe con- 







Hifl.de la Mi/, des PP C Capucins 
tentacl'afrachernoftrepeticgaUiondé 
Tamare.&Ie nous faire perdre de veuë 
au milieu des ondes, Ainfi la rage du 
Diable deipité de a auoir licence de 
nous perdre,ie venge fur ce qu'il peur» 
Ceîtolt vue grande affliction au 
Gouuerneur de la villc,le Seigneur de 
Viliars Marquis deGrauiJle^de nepou* 
uoir tefmoigner à hoftre ordre en cet- 
te nccciïité Ton affection, & à l'Egiife 
fon zele,& à la France fon coura^eje- 
quel n'euft pas fi toit defcouuert la 
tempefte & furie du temps s'appaifer 
vn petit, qu'il commanda aux lama- 
peurs de venir à nous la nuict, Secou- 
rir la moitié de noitre hasard. Ce fu- 
rent eux qui nous menèrent auHaure* 
rantpour remercier leditMarquis que 
pourPaduertir de la venue des Mata- 
gnans en qualité d'ÀmbafTadeurs vers 
la Maiefté du Roy 'tres-Chreftien,& 
difpoferla ville à les receuoir honorâ- 
blement.commeilfit. 
:■ . L'ordre de la réception fut ordon- 

dTIZa- né P ar Monficur le Curé de laditte 
gnansâedâs ville,qui fit difpofef vne tapifTerie au 
cw! rCW ^ euant ^ e * a ma ifon du Gouuerneur 
aueç des carreaux deflus. Où eftans 

eon- 



en tljle de M.&r>ighM* 337 

cdndui&s par la Procelïion générale, 
tant de nos Pères &: autres Ecclefîafti- 
quesque deplufieurs confraifies de la 
ville 5 nous adorafmes la Croix : & de 
là fufmes menez à la grande Eglife* 
Pendant laquelle proccfîîon rien ne 
fut oublié detout ce qui peut releucr 
les Efprits des Chreftiés a la deuotion. 
Les cloches ,lesorgues,les pfalmodies 
& autres cérémonies du Clergé, quiti- 
foientà plufieurs les larmes des ycuXj 
àc à tout le peuple des acclamations 
générales, les coups de canons mefme 
rendoieat cette a&ion la plus fôlem- 
hclle que faire fe pouuoito 

A l'entrée de TEglife on r citera le TV 
Vèurn Uudamm^ooï a&ion de grace.Et 
par ce que le peuple nous fit reïco- 
gnoiftre ledefirquilauoit , defçauok 
le profit qu'auoientfaiét les Indiens en 
l'inftru&ion de la foy ,' nous leur fifmes 
dire tout haut le Vaternofîer&c ï*AueM&" 
vAtn leur langue. Tout # cela futfuiuy, 
dVneftroit embraflementde tous nos 
amistpàrticulieremenc dudk Marquis 
qui nous offrit famaifon,pour nous fai- 
re oublier tous les trauaux de nùftre 
long voyage, 

Vu 






Etijt. de h Mi fi des PP. Capucins 
Îe ncpuispafïerfousfilcncclapicté 
Deaoùo» h & deuotion de Tres-Noble & Très- 
Madame de Vcrtueufc Dame Madame de Vitry,- 
*n*ers les Abbeffe de Montiuilhers , Laquelle 
*«. nous faififtitl'hôneurdc nous enuoyer . 
vifiter , n ous fit auffi cognoiftre le con- 
tentement qu'elle auoit de îa defpoiiil- 
le que nous suions remporté fur le 
Diable. Cela nous donna fuieâ: de vi- 
fiterfonEglife,& faire en forte quela 
fain&e clofture qu'elle garde xftroiâc- 
ment, ne la priuaft de la confotation de 
voir ces Nouuelles Plantes que nous 
menions auec nous pour .les enter par 
leBaptefmcfûrlaPerfonne dclis-vs- 
Christ noftre §auueur 5 afin que per- 
dant leur première nature {auuage,d'0« 
leaftres ils deuinflent bonnes Oliues. 
Noftre réception fut làautantfolénelle 
qu'autre part. Ce qui fut de plus ■ eftok 
la Compagnie dcsReligieufes 5 quipfàI- 
modiant deaôtement 3 eftant par ordre 
fous la Croffe de leur Abbeffe/aif oient 
voir à ces Néophytes vne autre partie 
écs cérémonies de noftre Eglife. 

Qv eLqves iours après nous par- 
îifmcsdu Havre pour venir a Rouen, 
où nous fumes receus de nos Pères ac« 



2Z.Qm.Ii* 




ènîjle deMdïdgnan.- 33S 

Çompagnez de piufieurs NoblefTes &c 
habitans delà ville, auec les mefmes 
courtoifies & tefmoignages de deuo- 
rion qile dcfltfs. 

S 1 ces réceptions hondrables nous 
donnoient du contentement devoir la 
France fi Catholique & fi bié ciui!ifee 5 
elles operoîent encore plus puifîam- 
ment dans l'Ame dd ces Eftrangers, 
lefquels confiderafris âtfentiuement 
tout ce qui fe païïoit , & admirant nos 
cérémonies, nos vifîtes 5t falutation? 
réciproques , recôgrioiflfoient la diffé- 
rence qu'il y auoit entre leurlfle &no- 
ftre Royaume: & voyant bien 'que Tv- 
nique caufe de tout cela eftoit la Reli- 
gion, ils ne defîroientfiefi tant que d'e« 
ftre Chreftiens Se participer par ce 
moyen auec nous en la Foy. 



V ù i] 



HiJl.ddaMtfi. des PP. Capucins 






Arvtwee des 
Maragnans 
dam Faris, 




DE NOSTRE JRKIFEE 

en la ville de Taris. 

Chap. LVI. 

Os tre but eftoit d-eftre 
bien toft à Paris pour ren- 
dre raifon à Sa Majefté & 
à nos Pcrcs de l'heureux 
fuccez de noftre voyage. 
Partant fans faire long feiour à 
Roûcn,noustirafmes vers cette grande 
Ville Capitale delaFrance:& comme 
nous eftions proche dlcelle 3 plufîeurs 
perfonnes de qualitez nous vindrent 
deuâcer pour nous accueillir auecplus 
d'honneur en noftre arriuee. 

Novs entralraes en cette Ville le 
Vendredydouziefmed'Aurih&auant 
que d'y entrer nous rencontrafmes au 
dehors du faux-bourg fainft Honoré, 
nos Pères de noftre Conuent de Paris, 
joints auec ceux de noftre Conuent 
de Meudon , en nombre cnuiron de 
c ent ou fix vingts, conduits par le R e<* 



tnYlJttdeMMAgMn. 339 

oerendPerc Archange de Pembroch 
Comraiffaire pour lors de la Prouincf 
de Paris. Où après que nous eufmes 
adoré & baifèla Croix, ledift Reue- 
rend Père Comraiffaire commença à 
chanter TeVeu Uudamus , que nosPcres 
continuèrent, & chantans tous nous 
conduirent iufques dedans l'Eglifc de 
noftre did Conuent , la Croix marv 
chant deuant en forme deprocefliom 
où fetrouuavn grand nombre de per- 
fonnes de qualité qui rendoient tef- » 
moignage du contentement qu'ils a- 
uoient de noftre faincïe & heureufe 
conquefte, chacun eftantbien aife de 
voir ces pauures Sauuages rcueftusde 
leurs beaux plumages, tenant leur M<u 
r4c* en la main : mais bien plus ioycux 
de les voir en chemin & en volonté de 
fc reueftir du nouucl homme & de la 
robe nuptiale, ie veux dire, dcl'inno- 
cêcedesEnfansdeDieu parlemoyen 
du faind Baptefme , qu'ils venoient 
chercher. 

Estans arriuez à la porte de 1 fc- 
olife , ledict Reuerend Pcre nous don- 
Sa dcl'EauBenifte:& puis ilnous con- 
duit iufques à l'Autel, au trauers de nos 
n Vu iij 







* 



HijlMhMiJÏJesVP.CapHtim 
Pères qui s'eftoient làrengez des deux 
«oftez , comme ils eftoienc renus ea 
proceflion : mais ce ne fut pas fans 
beaucoup de peinepourle nombre des 
Princefles, des Dames & autres pci> 

tonnes de mérite qui s'eftoientlà trou- 
vez* 

Apres pîufieurs oraifons que l'on 
dit deuant le grand Autel en action 
de grâce, ie fis dire tout haut aux In- 
diens qui eftoient là, le Pater nofltr 6c 
l'^ue Umatn leur langue félon qu'on 
leur auok appris. La foule du peuple 
cftoit fî grandc,quc nous fufmcs forcez 
de nous retirer auecles Indiens dedans 
noftrcConuent, & là donner quelque 
loifir à nos Percs , de Us voir caréner Se 
ànftruîre, 

éfsiiondit C e remedefut plus propre pour al» 
£££* f Crer V P° ur dcûkercr le defir que 
mragnaai. J <?p eu pleauoit devoir ces Indiens.Car 
noftre Con.uent eftoit tellement vifîté, 
que pour refifter à la fouler à l'impôt- 
Junité du peuple, il falut que fa Maje^ 
fleenooyaft des gardes aux portes de 
noftrcConuent. 

M aïs qui euft iamais penfé que le 
Peuple de Paris tant accouftumçà voir 



des chofes rares & nouuelles Te fuft 
cfmcu commeilafaift pour la venue 
de ces Indiens ? Combien defoiscaa 
on veu venir des Nations barbares & 
eftrangeresen cette ville, fans toutes- 
fois que petfonne en aye faiâ eftat ? Et 
voicy qu'à la venue de ces pauuresln- 
diens Commotaejïvniuerficiuttas , tout 
Paris eft en efmcutc ,vn chacun refen- 
tanten ton cœur ie nefçay quelle rc- 
fioiiiflance , qui faifoit que nefepou- 
uanr plus tenir en tes bornes & limi- 
tes , il falloir qu'il fortift hors pour a- 
uoir le contentement de regarder de 
fes yeux , ce après quoy fon pauure 
cœurtrefIailloit.Toutesksruèscftoiét 

pleines de peuple qui couroit en af- 
auence pour voir ce qu'il ne pouuoit 

quafî croire. 

Nostre Conuentn'eftoit point no- 
mmais à toutParis,il n'eftoit plus cô- 
me vn Conuent,mais fembloit vnc ha- 
ie où tout le monde affluoit plus de 
vingt lieues àla ronde.Si que quelque- 
fois defîrantfermer les portes du Con* 
uent on les rompoir , ou fi on ne les 
ïompoitjl'on entendoit des murmu- 
res,iufquesànousdiredesiniurçs:non 

Vu iiij 



f 






1 






i 



Hift. de U Mifi. des Pjp . Capucin? 

pour le mal qu'ils nous vouluflent.mais 
ntMçachàntquafiee qu'ils difoiêt pour 
eftrc tran/portez de leurs denrs. 

G e qui nous donnoit plus de peine 
en cecy eftoit,que ne pouuant prendre 
garde à qui on refufoit la porre pour 

eftre par trop accablez,ilarriuoit quel- 
quefois que c'eftoitànos plus grands 
amis & bien -faiseurs : mais ie veux 

croirequ'ilsauoienrafrezdeconfidera. 
pon pour ne le prendre de mauuaife 
part. Que diray-ie dauantage ? Ceux 
qui les voyoient mefmene feconten- 
foient quafi pas , ne fc pouuans faouler 
de les regarder & de les admirer. 

D*o v penferiez vous que procéda 
cette particulière deuotipn de ce peu- 
ple de Baris.lînon de l'amour & delà 
fawéte affedion 5 qu'il porte à I'Eglife 
CathoIique 3 Appftolique & Romaine? 
ne pouuant à qui dire la rcfîoûiflance 
qu'ils auoient voyant l'accroiffemeni: 
d'icelle par l'acquifîtion de ces pampres 
Ames Indiennes. 

Incontinent après noftre ar- 
guée ,1e Reuerend Perè CommilTaire 
fufdit accompagné du Sieur de RaïïIJy 
fc^de moy, conduis les iiifcîi&s In- 



en l'Jjle deMtragnin. 34S 

jdicnsau Louure, où félon les ancien- 
nes cérémonies deFranceils fïrenthô- 
mage à noftrc Roy trcs-Chrcfticn, 
foubroirent leur Terre & leurs Pcrfon- 
nes àfon Sceptre, & comme adiouftant 
yne Nouuellc Perle à fa Couronne, ou 
pluftoft yne. Nouuellc Couronne à fa 
tefte, le recogneurent pour leur Roy 
& Souuerain Monarque de leur Pays, 
l'vn d'entt'eux luy faifant çcjte Haran- 
gue. 




HARANGVE FA1CTE 
au Roy en prefence delà Rey* 
ne Régente fa Mereparlta- 
poucou , du depuis nommé 
Loiiys Marican nom des Ma- 
ragnans. 

vUmViAtéAemmowto ttè n*mff* 

. r t •• r» * facetta» 

mmah e apouyaue Bouroum- J Roy far u $ 
chaue Kerembdue mondoiie Maragnam, 
chéretan apoupé î>ay orè fepiac 
yanondé orémoépotarToupan 
gnèen ary, orépoefurumapouyamemoUafouy. 
préoroycopererecoar ctéramo(: CQufôgnhtn 










I 




Hiji. de laMifî. des PP. Capucins 
oroyco leropary rabeire amo oroiom racaê. 
Chépoutoupaue nerébomroujjou refjé nerf 
piac apouyàue opap catovneremmboeefecore- 
meèubonyb touroujjou vaè neuve fecoremé. 
fAièmommori* oujjbu derouaÇi ouytou ne- 
ripiac pou Toupan rabeire coap peiaueme 
coufeignéumleroparifabeire oroyco. De a». 
gatowan ^ été ermahé apouyàue tnondoiié 
fherétanàpoupéPay Toupan raheire etè oré 
(epiae yanondé : auge catou erimahé ycho 
oréretan apoupé nofqy teigne euâpo, Jecoa- 
paue arho oré ouùichaue oré booure ocarpe- 
rètanà poupé dèrefjé teroura deremmboy «*. 
rytoroycon. Oroierourai ve'de rejjè toiemé- 
hen apouyaue angatouran oréretan por ary 
■ P<Ç| iemoèfaue Toupan reffè tecatou vaé oré 
moéfarahétoyco , Kerembaue aué oré Çoéfu- 
ron tran toyço , opaccatou cbé eubouypore de-, 
remmboy amofecon, apoyaue <Caraybé atoua- 
faue coroyco. 

Grand Monarque,Tu as eu agréa- 
ble de nous enuoyer de grands Per- 
sonnages auecquesdesProphetes pour 
nous enfeigner !a Loy de Dieu, & nous 

maintenir contre nos ennemis. A ia« 
mais nous t'en ferons redeuables: d'au- 
tant que iufques à pmenc nous auons 
mené vne vie miferable , fans loy & 



enl'IJledeM<tntgn<tnl 14* 

fans Foy , nous cntrcmangeans les vns 
les autres. l'admire Ta Grandeur Te 
yoyantle Monarque dvne telle Nati5 
&d'vn fi grand Pays. Et fuis honteux 
demeprefentericydeuantToy,reco- 

noiflàutla différence qu'il y a entre les 
Enfans de Dieu , que vous Eftcs , & les 
enfans de Giropary, tel quenousauons 
toufiours efté. Tu as bien de l'honneur 
denous âuoir cnuoyédetels Prophè- 
tes & de fiBraues Hommes, & Tuas 
fort bienfait car ils n'ont pas efté inuti- 
les.En reepnoiffance dequoy les Prin- 
cipaux deNoftre Pays nous ont îcy en- 
uoyé au nom de toute Noftre Nation 
pour faire hommage à Ta Grâdeur tel- 
le que nous deuons , & Te fupplier de 
nous enuoyer nombre defditsProphc- 

ees pour nous faire Enfans de Dieu , & 
de grands Guerriers pour nous main- 
tenir: proteftans qu'à iamais nous de- 
meurerons Tes S ubjeas& Tes Séna- 
teurs tres-humbles & tres-fideles : & fi- 
dèles amis de tous les François. 

Si toft que leurs Maieftez eurent :en- g*** 
tendu la harangue fufdite, le Roy^^ 
monftrant extérieurement ynconten- chr &*** 
tement intérieur qu'il auoit de l'heu- X"^. 







*&f&» 









Hifi. delà Mifi. des PP. Capucins 
t eufe conqucfte de ces Ind icnsjl com- 
manda de fon propre mouucmeht, de 
leur faireentendre qu'il les conferue- 

roit contre tous,cômmefes propres fu- 
ic&s. Et d'autre part la Rcync beau- 
coup plus defireufe, fans comparaison, 
dufalutde ces pauures âmes Sauua<res 
Se barbares que de toutes les pierres 
precieufesdu Monde, Elle fit bien pa- 
roiftre que leur cfperance n'àuoit cftè 
vaine: car ayant confirmé la bénigne 
ergeoereufe refponcedu Roy,ElIead- 
ioufta qu'Elle leur enuoiroit des Pro- 
phètes félon leur defir pour les enfei- 
gner,& nombre de François généreux, 
pour les maintenir & deffendre. 

Si iamais en aucune nation du 
Mondes'eftaccomply ce que ce grand 
Apoftrc Saina Paul difoit de luy & 
defcsfemblablcj, à fçauoir qu'ils c- 
ftoien t Cbripi bonus odor in ommloco>no\is 
fommesvne odeur tres-fbuëf fleuran- 
te de Iesvs- Christ en toutîieu, ce- 
la me femble merueilleufement àc- 
comply en ccllc-cy. Car l'odeur de 
ieurconuerfîou à la Foy Chrcfticnn^ 
non feulement a remply envn momét 
toute la France auee vn merucilleux 



enl'lJledeMardgrutn. 343 

contentement d'ieelle, mais comme 
emportée par quelque impetueufe 
bouffée de vent a paffe les Alpes 8£ 
parfumé toute l'Italie auec telle vifteflc 
que nos Pères qui(auec leR. P. Hono- 
re de Paris, Prouincial de cette noftrc 
Prouince) cftoient en Italie s'achcmi- 
nansà Rome où fedeuoit célébrer no- 
ftrc Chapitre gênerai le iour delà Pen- 
tecoftede l'an mil Gxcens treize, aa- 
uoient encore receu les aduis que leur 
auionsdonné, quedefiales meilleures 
villes d'Italie en eftoient toutes rem- 
plies : de forte qu'atriuans en icelles, m 
eftoient fouuentimponunezdesGou- 
uerneurs èc Principaux de leur racon- 
rer ces bonnes nouuellcs,qu ils accom» 
paenoient de mille fortes de congratu- 
lations à la France, Se d'exhortations 
pleines de zèle de l'honneur de Dieu fis 
du falut des Ames, pour nous encoura- 
ger à vne fi fain&e Se gloricule entre- 

prinfe. 
Mais fur tous ( comme nous auonsa- 

pris par la relatiÔ denosfufdjts Pères) 
Celuy qui plusendemonftradefehti- 
mëtdeioye&dccon(olation,ccfutce 
Père Commun de tous les Chreftien* 



I 






&is7. deldMifs. des PP. Capuafà 
Noftre SainêtPere le &g?jj 
PavlV. quifûccedanCauDOra&au 
Zèle du Glorieux Apoftre des Gentils 
àJa relation que luy en fît noftre îufdit 
R. P. Provincial en prefencede Mon- 
sieur de Bfeues Embaflàdeurdu Roy, 
toot femply de ioye ainfîqûe ce bon 
Peredel'Eaangile, voyant non feule- 
ment vn n'en enfant prodigue, mais vit 
nombre innombrable dïceux rctouf- 
ner auec telle promptitude en JaMai- 
fon de leur Père Cœlefté, qui eft foti 

» , , W € i ' aA?cffa Sa P afo,e à Monfieur 
>îs.1r rambaffadenf , luy diianï. Vertrnentè 
h Pafe Taul ** Regm& ha gravi otcafwné dï rallèvrarfi 

StSi f en r el T p r M H^ èmo ™ # fi- 

ieshfiddes. "^/«"«JJofiAoccorfodUFrancia. En vé- 
rité la Reyne a vn merucilleux fuiecH 
deferefîoayr qu'vn fï bon heur durant 
SaRegencefoitafriue'à la France. Ec 
puis fe retournant audit R. P. Prouift- 
cial luy demanda, NonfeqmtamedemM- 
daredtnReUgiofiin contejïtpaeftper comi- 
niMrecofifanSltimpYeft ? Ne pourfuiureZ 
vous pas à ertuoyer des Religieux en 
ces Pays pour continuer vne fïfain&é 
entreprife? Le R. P. Prouinciailuy feig 
«efpôcé qu'il en eftoit bien refolu , qu'il 



enllficdèMdragnan. 344, 

en audit fpeciale commiffioti de noftre 
tres-Reuerend Père General, & qu'il e- 
ftoit venu exprès à fa {ain&eté pour Juy 
demander les facuifez requifes à telle 
entreprinfe. Surquoy fa Sainteté luy 
dit auec beaucoup de bien-veilknce. 
Faremcivedere tutte le fitcolta, chefonojlatc 
conceffe agli dm Religtofi y qudijlannofrA 
glimjideli & no 'reflrmgeremo nient eïHous 
ferons voir les facultez qui ont efté cor* 
cédées aux autres Religieux qui fonc 
entre les infîdcles,& n'en reftreindrons 
ny retrancherons aucun e. À I 

Si donc l'amour naturel eft fi auant 
graué par la Nature es cœurs des pères 
& mercs enuers leurs enfans & les for- 
ces d'vne fi puiflarue& fi douce violen- 
ccà leur pourchafTer tout ce qui fait 
pour leur conferuation^que deura eau- 
fer ï Amour Spirituel en tous les cœurs 
Chreftieas & Catholiques des Fran- 
çois enuers ces Indiens Sauuagcs paf 
eux fi doucement apriuoifez & engen* 
drezàlcfus-Chrift? Combien plus les 
deura il rendre affectionnez à procurer 
tout ce qui fait pour leur conferuation 
& augmentation en la vie Spirituelle^ 
Chreftienne? 



I 




Hifl. de la Mifi. des PP. Capucins 
Àuffi eft-ce ce qui a induit fa Ma/6-' 
ftc Regcnt#deliberalement eflargirde 
fcs biens & fournir à l'embarquement 
qui fe prépare pomite falut de ces pau- 
ures Payens d'icelle Nation. 

OefUuffilemefmeZcIequia incité 
plufîeurs Gentils-hommes 3 foldats & 
artifans François, fans entretien, fans 
folde ou payement aucun , à fe ioindre 
à douze Pères des -n affres quenosSu- 
perieurs cnuoient parlefufdit embar* 
quementfous la Protc&ion du Fils de 
Dieu & de fcs douze Apoftres,annon* 
ccr TEuangile parmy ce panure Peuple 
de fi long temps enfeuely dans les ténè- 
bres de Tinfidelitéé 

De forte que fi ces Régions femblcnÉ 
çftrearriuèesà maturité & difpoféesà 
effre moifïonnées , les moiffonneurs 
âuffidiuinemcntinfpirexjfeprefentcnÊ 
ïournellcmcnt de toutes parts en h 
France pour en vn fi fain<ft œ'uure, fer- 
mràfa diuineMajcftCé 



tn Fljlc de Mârdgnan. 245- 





trois IndiensTopinamha qui 
ejloient venus en France. 

C»a*. LVII. 

Es fruidts principaux de là 
Philofophie Chreftienne 
font d'apprendre le mefpris 
delà more, l'eftatbien-heu- 
reuxde l'autre vie; que la fortiede ce 
Monde nous efloigne de kTerre pour 
nous approcher du Giel^nous fait per- 
dre les hommes pour rencontrerDieu 
&les Anges-,enyn mot de fçauoir ce 
que Tertullian difoit aux Empereurs 
Nos genm & patrie m &fl>em & dignité 
îemiftcœltshabere, que nos parens,no- 
ftre terre natale 3 nos fôlides plaifirSj, 
nos Sièges d'honneur font dedans h 
Ciel. 

Auant que ces Indiens euflent 
îoifir d'orner leurs âmes de tant de 
beaux rayons , Dieu leur enuoya la, 
nouuelle de leur dernier iour.G'efloifi 



1 




-, 

Hifi. de làMifî. des PP. Capucins 
tout d'vn coup les ietter dans la Théo- 
logie; & auec vn moment les rendre 
plus do&es que noftre Philofophie 
n'euft fait auec desannées.Çejftoicles 
couronner auant que les faire corn- 
battre foubs fonEftendart^eur don- 
ner l'infamiede fa Sépulture & la gloi- 
re de fa Rcfurredion tout d'vn coup, 
& leur faire baifer fa Croix non morte, 
mais fleurie. 

Ce feroitvnebelle queftion de de- 
mander s'ils iouïffent maintenant du 
Paradis en qualité d'héritage, ou bien 
en qualité de recompenfb.Car de dou* 
terdeleuriouïflance^il ny a moyen: 
attendu les belles circoiaftan ces de 
leur mort. 

Il eft bien certain quVn petit enfant 
qui n'a encore atteint Tvfage de rai- 
fon, mourant incontinent après auoir 
eflé baptifé, va droid: auec les bien- 
heureux.Car biequ'il n aye I Vfage de 
raifbn pour croire en celuy qui iufti- 
fie l'impie: ce neantmoins^ comme dit 
£«?. î7. fain€t Auguûïn y ?aruu/ù Mater Eccle- 
t*lï Mai. f ta alkrum pedes accommodât ">/ ve niant i 
aliorum corjvt credant : diorurn lingùam, 
yt fate4mur$lo&ïç, Mereî'Eglife leur 



MÎiflc ât MàràgMn. 546 

approprie les pieds des autres pour ve- 
nir ; le cœur pour croire > & la langue 
pour conteiîcr. Tellement que les pe- 
tits enfaus eroyent,non a&uellemenc 
d'eux-mefmes,niais comme ditfàinâ: 
Thomas ^tetfidem Eçàefu, par la fpy ip^M 
del'Egliie:en vertu de laquelle la n»* '* K 
cule du péché leur eft effacée par le 
Baptefme, l'innocence leur eft refti- 
tuée,IaIufticeléureftconferéc,la grâ- 
ce leur eft infufe > le chara&ere de 
Chreftieneft imprimé en leur Ame 5 
■& font fait dignes de la vie éternelle.. 

Mais de dire pourtant qu'ils ioiiiC 
fentdu Royaume des Gieux en qua- 
lité de recompenfe * cela ne peut cftre 
ainfi : attendu qu'ils n'auoient aucun 
vfage de raifon pour faire quelque 
œuure qui le peut mériter : Or la re- 
compenfe où le loyer n eft que pour 
ceux qui trauaillent,labague pour ce* 
lu y qui court,& la couronne pour ce-* 
Juy feulement qui aura legitimemenÊ 
bataillé. 

Ccn'cft qu'en qualité d'héritage 
que les petits enfans iouïiTent du Ciel $. 
le mérite de là Paffion dçnoftre Sei- 
gneur leur eftant donné au défaut de 






i 






Ififi.de U Mijf. des P P # Capucins 
leurs propres mérites , pour auoir îâ 
béatitude Eternelle en tant que(com~ 
me dit P Angélique Do&eur ) Fer ba- 
ftifmum Çunt chnfti membra 'fjfe&i 9 par 
le Baptefme ils font faits membres de 
I es v s -Christ. • 

On pourroit dire en quelque ma- 
nière que les trois Indiens fufdits peu- 
uentioûir delà félicité des bien-heu- 
reux en celle qualité , ayans rendu 
leurs Ames à Dieu en leur Innocence 
Baptifmale & tout incontinent après 
auoir efté bap tifez. 

Mais d'autant qu'ils y ont coopéré 
citant- en aage adulte 3 que volontai- 
rement ils ont abandonné leur pro- 
pre pais pour Dieu$ qu'ils s'eftoient 
acheminez en France,non feulement 
pourreceuoirleBaptefme(qu , ilspou- 
noient auoir (ans fortir de leurs païs) 
mais auffi pour procurer les moyens 
du falut de toutes les pauures Ames 
de leur Nation * qu'ils eftoient venus 
pour fuplierlcursMaieftez très- Ghre-. 
tiennes de leur donner nombre de 
Prophètes (qu'ils appellent) pour les 
aller inftruire $ qu'ils fe propofoient 
d'apprendre icy les cérémonies de PE- 



en ïifle de Maragnan. 347 

glife Catholique Apoftolique&r Ro- 

mainCjpour retourner en leur païs &S 

employer eux-mefmcs leur fang & 

leur vie auec lefdits Prophètes pour 

h conuerfîon des Barbares^ mefna- 

ger leurs Anies à Dieu , ne refpirant 

rien plus que celas & que pour cela ils 

fe font expofez en mille &: mille pe- 

rfls,oùils ont enduré tant de trauaux 

qu'ils y ont perdu la vie : Qui oferoit 

nier,fînon bien tcmerairementjqu'ils 

ne iouïffent maintenant du Paradis en 

qualité aulfi de rcconipçnfc.î 



Xx iij 




en lijle de Maragnan. 348 
Delà mort de Caryfjraa^eJlè François. 

LÉ premier qui mourut eft oit de la 
nation des Tabatares, dvn village 
appelle Xayry&agc de foixante ou fe- 
ptante ans. Outre le nom de Carypyra t* w de 
(qui eft le nom d'vn Oyfeau nommé J2C 
Fourcade ) qu'on luy auoit donné pour ^fetiéfrài 
le marquer &C diftinguer des autres^en * **• 
toutes les batailles contreles ennemis 
de fa nation, il auoit acquis des nou- 
ueaux noms & renoms (auffines'eft-ii tesfrtx 
iamais trouué Republique qui n'aye * AftMW ? | v 
sa vn prix d'honneur pour les armes) ^Z\, 
fi que plus glorieux que Scipion l'Afc 
fricain , ny que CefarGermanicus^i 
pouuoit faire gloire de vingt-quatre 
noms > comme d'autant de tiltres 
d'honneur & marques de vingr»qua- 
tre rencontreSjOÙ iis'eftoit trouué S& 
auoit bien fait. 

Ce qui eft plus remarquable,cft que 
fcs noms eftoient accompagnez de 
leurs Eloges & comme Epigrammes 
eferites, non fur le papier, ni fur l'ai- 
rain, nyfurl'efcorce dvn arbre, mais 
fiur fa propre chair- Son vifage f for* 
X.x, iiij 







HiJfJe U M if. des PP.Cdpufws 
ventre &fcs deuxeuides toutes entiè- 
res efloient le Marbre &le Porphire 
fur lefqtiels il auoic fait grauer fa vie 
auec des cara&eres ôc figures fïnou- 
uelles,que vouseuiîîez prins le cuir de 
fa chair pour vne cuirafle damafqui- 
née s ainfi que Ton peut voir en ion 
pourtraiticy tiré au vif:lamefme mar- 
queterie fe voyoiç autour de fon col 
plus honorable pour ce Soldat , en 
qualité de brauefoldat^que toutes les 
pierreries du Monde. 

A la fin ce Carypyra fut fait prifon- 
BierdegucrreparlesM4^^^&:dc- 
îneuraenuirondix-huidansentreux, 
faifant de beaux & fïgnalez exploicls. 
ïlfutdefîgné parle Carhtt General 
de tous Jes Principaux & Vieillards de 
Eujr*OHAp{coxxw\s celuy duquel ils fai- 
foient gran d efiat)pour venir en Fran- 
ce auec les cinq autres, rédre homma? 
ge à fa Maieilé.dequoy il receut grand 
contentement. Ce futvnemerueille 
de voir leplaifîr réciproque qui fut en- 
tre nous 5 denoftre coilé à le receuoir 
pour luy donner vne plus belle mar~ 
i q»c que celle qu'il auoit & le rendre 
fpldat d vne nouuelle milice h &dc& 



en Tlfte de Maragnan. 349 
part fc bailler à nous pour eftre fait . 
Chrcftien. 

Pallas ôt Mincrue font toufiours en- 
femble , les liures fuiuent les armes, 
l'entendement accompagne le coura- 
ge^ Cefar afiis qu'il eft dedans leCa» 
^pitole furie globe du Monde fait au- 
tant de gloire de fes Cômentaires que 
de fon efpée. Ce guerrier n'eftoit pas 
moins braue d'efprit que de courage, 
& fes difeours ordinaires, principale- 
ment depuis noftrearriuée en France 
& fur toutpédantfa maladie, eftoienç 
des interrogations de noftreFoyjfi ar- 
riuantlamort,il feroitdes Enfans de 
Toucan auantqued'eftre baptifé;fi ce 
Baptcfme& Arroufement d'Eau Sa- 
cramentaleque nous prefchios,eftoit 
l'vnique porte del'Eglife;û* la bonté 
du grand Toupan pouuoit laifler fes 
defirs du Baptefme vains , Se autres 
queftions femblables. 

II tomba malade le Lundy vingt Sç 
deuxiefme d'Auril incontinent après 
noftre arriuée à Paris; fa mort eftant 
preuenuë d'vn catarrhe, accompagne 
d^vne groflfe fiebure & inflammation 
de poulmons,fuiuie d'vneretributioa 

éternelle. 



ffiftJeUMifi.desPP. Cdpucins 

Le premier futcaufépar la froideur 
denoftre climat;l'autre par lafoiblef. 
fe de Tes parties nobles , qui altérées 
partant de combats,alFoibliespartât 
de fangefpandujs'eftoient en fin ren- 
dues à lamcrcy de celle fluxion vio- 
lence pour rendre le dernier foufflc de 
leur vie. te dernier fut caufé par la 
confiance extraordinaire de ce Caté- 
chumène & perfeuerance miraeuleu- 
fe à demander le Baptefme,ainfi qu'il 
faifoit continuellement pendant fa 
Urimie. maIadic > rae dlfa nc en fa langue, jm<«^' 
frdeatry. fe ^ f o» Tûupan raheire apréco-, chemetaf- 
pjrtdere-fouchyépé Pay, chemoiaffouch yépé Pay- 
Ceftvnebellechofed'eftre enfantde 
Dieu, baptife moy mon Père, baptife 
moymonPereXedefirquenousauiôs 
de faconualefcence nous faifoit diffe- 
ter de iour en antre celle a&ion.. 

En fin prefTez que nous fufmes & 
du mal te du malade , le Dimanche 
fuiuant , ayant fait affcmbler tous les 
cinq autres en la chambre où il eflois 
couché,en leur prefence ie luy donnay 
à entendre ce panagc de fainft Marc, 
45/ crediderit & baptifdtutfuerit faluus 
«rit , les difpofans àreceupii? lefàinc]: 



eettoir le 
'B/tftefme, 



sèire. \6. 




I 



en 1 % I [le de Maragnan. jjo 
Baptefme.Cepauure homme prenoit 
tant de plaifir à ouïr parler de Dieu 
que rien plus,& ne fe pouuoit conten- 
ter de àx^ChemoiaJjôuch yépcVAy y Che* 
rrmajfouch yéçe ?ay , Mon Père baptife 
xnoy, baptife moy mon Père. 

Le plus vieil des cinq autres qui 
eftoient-là prefens , nommé ltapoucott 
non encore baptife, voyant Carypra 
demander le Baptefmeauec tantd'af- 
fection^'approchade fonli&$& ayant 
ofte f on chappeau luy tint ces propos * 
auec vne grande confiance 5 Chereke- Remonfr** 
hurc,ereierourayyaJ?ôHC4ry y naffendôup ^JJ^ 
caleuy aypayajfouc ary depôiafofe amo fe- t ^mm % 
recoeum, deieraupei*note mean erereco, ^techumt- 

. . f ** i • m a C4r y* 

Namae miry reuhan Toupanraheirtaua- À ai4 p 

temognan. Ecoaç con feigne um refêdepd- cMeùume- 

rapiù agott'ére, Erécoapraeo apouyaueéta ™/ tlfecem 

iouca fagoire-y ereporou étéracae or e an An ubaftejme» 

ary^coufeignéum deangaypaue amo irtjÇQ. 

Nerecoay pécobu teon de refîéfeco ? Ereco* 

cal ou demai aj/euch cohu>aycoap tatou Teu* 

pancohu denrecocatou. 

Mon frère, tu dis que tu veux auoir 

le Baptefme,mais iJ mefemble que tu 

ae le dis que de bouche. Cen'eft pas 

•ffez.ii faut que tu le demande auec 



7 




Hift. de U MiJS. des PP. Capucins 
le cœur. Car ce n'eft pas peu de chofe 
que d'eftrefaic enfant de Dieu.Penfe 
vn peu premièrement à coûte ta met- 
chance vie paflee. Tu fçay bien que 
tu astuécanc d hommes^ tu en as cant 
mangé de noftre nation>tuas fait tant 
de mal en ta vie( & luy raconta ainil 
les a&esles plus tragiques qu'il auoit 
fait. jNe te femble-il pas que tu as mé- 
rité la more? Prens donc ton mal en 
pacience , & recognftis le bien que 
Dieu te fait. 

, Ces difeours me donnèrent fuieéfc 
d'eftimer noftre Frace 'bien cfloignée 
delà perfe&ion que ceit Indien prati- 
BeUe leçon ^ uoic 9 uo Y 9 ue Payen.Pendanc la ma. 
pour la ladie,nous craignons d'exhorter nos 
ebreftiens malades: nous les flattons fur la dou- 
ceur de leur humeur,fur les re grecs de 
leur perte/ur le récit de leurs vertus^ 
& cftimons cruauté de leur reprocher 
la lie de leur mefehante vie. Ceft va 
odeur trop fortpour leurcerueau dé- 
licate eft vn mets que nous referuons 
ordinairement & inutilement après 
leur mort,au lieu que (comme cet In- 
dien qui n'auoit encore receu le Ba- 
ptefme ) nous deuons, monftrer à nos 



ffiiftans 
mentent. 



en ïljle de Maragnaiïl j y i 

amis agoni2ansdcux tableauxj'vn de 
leur malice^autre de la b5té de Dieu$ 
l'vn pour leur donner la contrition, 
l'autre pour leur faire efperer k grâce» 
l'vne de lapenitence^'autredelabfo* 
îution, l'vn pour nous auilir , l'autre 
pour nous releuer en noftre Dicu^l'vn 
figure de laTerrc^'autre figure du So* 
leil à la façon des Scythotaures, £)ui 
A*rotantifimftrâ mo^ftrum^dexterafolem 
ffieniantiopix monftrentà leurs mala- 
des d'vne main vn nionftre,& de l'au- 
tre vn Soleil -.ainfi faifoitee Sauuage 
représentant à fon frère ,1a malice de 
fa vie Scia bonté de Dieu* 

Tant s'en faut que ces reproches 
fiflfent perdre courage à cepatient 3 au 
contraire il print de là fuied de con- 
feffer fes démérites ^ & d'admirer k 
bonté de Dieu qui l'auoit referué à 
vne fi douce &c heureufe mort. 

Lele&eur penfera trouuer icy les 
regrets dvn homme qui meurt hors 
de fa patrie,efloignc de fes parens,fans 
auoir aucun de (es amis pour luy fer- 
mer les yeux,ny aucun enfant pour 
receuoir le dernier foufpirde fà vio^ 
mais ce panure fafmme a enfeuely 



fiift. de la MifS. des PP é Capucins 
ioubs Tonde de la Mer rouge tous les 
Egyptiens: Il n a autre idée fur fon en- 
tendement que celle de Dieu,fc foub- 
mettant totalement à la loy de les Dé- 
crets & volontez inuariables:& ne dit 
rien autre chofe pour refpondre aux 

Idifcours fufdits de fon cornpagnon,(L 
tonïltnct non , Confeïgnéum chéparkfiti agouére 
remarqua # ar chéréfapècobà auê ramehen tapty art* 
ibks fv» CûJefé aymohiêr$n.*4vnzteôn chêréféyary 
trùcke de u a yf> otar * Noypotarpe Toucan cher cm ettm 
wàrt* cher et an ouyehoue miue^ahéménéché éadpo 

Iûuychoue chéanan mongetaue maéporan 
AgoHerefepiacroyrieymônbeouaite apûuya • 
ue ipè taueroupymo. Toupan ypotâreum^ 
nayptar : abé cher ton motartné^ aypotar 
catou 5 ouahure chérécerèmé yajfouch rare 
teyré. 

Helas i'ay Maintenant toute ma 
vie paffee & tout le mal que i'ay fait, 
deuantlesyeux,comme fi maintenant 
ie le venois de faire^c'eft ce qui me faf- 
che infiniment. Iefçay bien que i'ay 
mérité la mort , mais ce grand Dieu 
u auroit ilpas agréable que ie retour- 
flaflel mon païs auant que de mourir* 
pour faire entendre à ceux de ma na- 
tion les beijies chofes que i'ay veu & 



^ 






in tifjt de Mdragnan* 3ja, 

apprins entre les Pay ? Que s'il ne Je 
veut &; ne la pour agréable , ie ne le 
veux pas aufli:& fî fa volonté eft que ie 
meure, l'en fuis content pourueu que 
ic fois du nombre de Tes enfans,&; que 
i'aye receu le Baptefme. Paroles à la 
vérité dignes de remarque pour vn 
Payen.Qu'eufle-on plus attendu d'vn ■ 
Chrefcien qui auroitapprins par cœur 
le liuredclob? 

En fin après auoir entendu de luy 
tant de belles confeffions de noftrec^^cw- 
fov.&admirédesdifcoursàrhonneurW^^p*- 

i ' i i i 1 basara fat 

du grand Toucan , des regards vers lc^ tt y e & 
Ciel > des fanglots qui etnbrafoient^^^^- 
plus foname, quel humeur peccante^^ i4 
ne faifoitfespolmons, iciettay fur fa*»w, 
tefte humiliée foubs la figure d'vn peu 
d'eau le fang très* précieux delESVS- 
CHRiST,le Dimanche fufdit z8.d'A~ 
uril,foubs le nom de Françoise i'obla« 
tion du Sieur François de Rafilly. 

Voila le vingt-cinquiefme nom 
qu'il prifoitle plus^c'eft cenouueau 
tiltre d'honneur quileflimoit fur tout 
autrechofe:Que(îiufquesà lorsils'e- 
floit glorifié pour vingt-quatre nom* 
qu'il auoit acquis comme autant de 









HiftJeU Mifi. dés PP. Céïpucins 
titres dlionneur,pourauoir autant de 
fois triomphé de fes ennemis, n auoit 
il pas fuiecfc de préférer ce beau Nom 
de François à tous autres, de s'efiouïi? 
&de s'eftimer dauantage pour ee nou-» 
ueau tiltre d'honneur qu^il auoit ac- 
quis^remportant la vidoire de tous les 
Diables d'Enfer , ennemis de nos 
Ames , ainfi qu'il venoit de faire en 
receuant le faind Baptefroe. 

Ce fut lors qu'il renouueila fon cou- 
rage, & comme vn notuieau Athlète 
du théâtre Romain 5 Non luteivnftw- 
m^yelpahereâ ^olutatlûne , If ci arjdcifa- 
ginàtioncjedfangulneo Chrifmate delibu* 
f /^frotté dàcc tres-precieux ôcdiuin 
Baulme, il rendit tous les Spectateurs 
de fes derniers combats enuieuxde fa 
fortune. 

Il eut de grandes guerres pendant fà 
mala Jie,qui furent les dernières & les 
plus furieufes , mais auflî furent-elles 
nmerfes^t les plus gîorieufes de toute fa vie, où 
fions H *e il rfeftoit luy toutfeul combattant.ny 
r*blmre a ^ l % d'vn feul ennemy : Car il eut 
mt deuantàcs vifions qui luy donnèrent beau- 
fW* €ou P 4e peine. 

Vn peudeuant fon Bapte&ne, ii 

auoit 



enrifledeMaragnan. 353 

aùoit vcuvnc troupe de grands oy féaux 
noirs, comme Corbeaux , qui becque- 
toientfoneorps,&fcrabloïentsachar- 
ncrfurfaperfonnccommcfusvnecha- 
rongne demy pourrie. Cela luy don- 
noit mille apprchenfîons & inquiétu- 
des dans fon lia, faifant fignes à nos 
Pères qui eftoient continuellement au- 
près de luy D de ïetter de Teau benifte au 
lieuoùilvoyoit ces oyfeaux, ce qui le 
foulageoit extrêmement: outre qu'vne 
bonne merc ( fc difoit-il ) fcmblablc à 
vne Reine , belle à perfection , eftoit là 
venue à fon fecours&r pour le dépen- 
dre de l'importunité de ces animaux 
quelle auoitchafle. 

A v s s 1 toft qu il fut baptifé 3 il fe 
tourna la face vers la muraille, demeu- 
rant en vn grand & affez long repos: 8c 
comme refucillé de fon profond filcn- 
ce, lafcha auec vn foupir ces paroles, 
Mtété tecatouToupan raheireajjérécol ^4y* 
coap cohti Ieropary raheire cher ko rqyrêifoH* 
picatoft feran ouinbaue ouyramemoa booms 
ocAry monde chtmoàr chémomemoamé ooudê 
hure moan cherécorémé. OuyaJJouch royré. 
ouyratinoour chêne Toupan rahetre ayconnè, 
O que c'eft vas belle chofe d'eftre en- 

Y v 





Hift. de U Nlifs. des PP. Capucins 
fantdc Dieu. le vois bienqu-iufqua 
maintenant iauois toufiours efîé en- 
fant du Diable : c'eft pour cela qu'il m*a 
tant tourmenté par ces oy féaux nofrs, 
comme ayant puifïknce fur moy. Mais 
depuis que fay receu la Baptefmc, il eft 
icy venu va tres-beloy(eau blanc qui 
s'eft mis aupre&de ma bouche, & m'a 
affeuréque ie feray du nombre des en- 
fans de Dieu. 

Le lendemain matin il me dit qu'il 
efloit encore venu auprès de fa face va 
oy feau tout bleu , luy faifant tant de ca- 
reflTes aueclebec & les ailles, qu'il fera- 
bloit, ce difoit-il 3 le vouloir emporter 
su Ciel. 

Ce s toit à moy de féconder 
ces paroles & de promefles & de larmes 
& de contentement que ie reffentois 
âc voir cafte pauure Âme retireee de 
rEnfer.Ieluydifoisqullpriot courage 
& quaffeurement Dieu luy feroic la 
grâce d'aller bien toft au Ciel pour le 
voir face à face , & dem eurcr éternelle* 
ment auec luy en la compagnie des 
Bien heureux. 

Incontinent après il luy fur- 
uint vne grofle fueurpartoutle corps 



i 







en ïljlt de Mdrdjmanl $<$± 

auec vnc fi grande frayeur qu il ne pou-, 
uoîc parler. Ce pauure homme fc reti- 
roic en vn coing de fon lift ainfî que s'il 
euft voulu fuir, faHantfîgnedelamain 
qu'on Iuy iettaft de f càu benifte ; ce 
qu'ayant faiâ: , il s'appaifa & me dit que 
plufieurs petits enfans tous noirs e- 
ftoient là venus qui le picotaient pat 
tout le corps auec des couteaux qu'ils 
tenoient à la main 3 mais que cefte 
bonne mcreeftoitcncorevcnuëà fon 
fecours & les auoit chaffé. 

1 1 cft bien à croire que cefte bon* 
ne Mère eftoit la Reine des Anges Se 
Mère de Dieu, laquelle venoit à la def- 
fence de cefte Ame que fon fils bien- s J C0Hr$ t U 

i ' i •* p • Vierge Am- 

aymeauou laueede fon précieux fang rie a» abat 
au Baptefme qu'il venoit de receuoir,^" 18 "' 
& deftinee pour fa gloire. 

Plvsievrs cftimeront ces vifîons 
autant dé fantafies de ce pauure In* 
dien : mais ce malade n'ayant point 
receu aucune préalable inftru&ion de 
ces dernières attaques de noftre enne- 
my > qui fe couuroit foubs la figure 
dvn corbeau , que l'eau Benifte luy 
donnoit la chafle, que la Mcrc de Dieu 
paroiflok' quelquefois en cefte arti- 

Yyij 







La mort de 

François 
Tabatare. 



Hijl % de U M//?, des PP. Capucins 
cle aux malades pour leur donner cou- 
rage & pour les mettre fouzlei aides de 
iaprote&ionjil falloir bien que fes yeux 
fuilent frappez au dehors pour dire 
tout cela. Et parce que -d'ailleurs^ le 
Diable n'euft pas eftèfîfotdc feindre 
tout cela de luy-racïhie ( car c'euft efté 
trauailleràfonprciudicc) iifauticyre- 
cognoiftre & de la vérité & de la proui* 
dencede ecluy qui nous veut appren- 
dre l'importante de ce combat. 

A v k ss toutes les fufdidcs vifions 
iî me pria de luy donner l'Extrême Vn- 
étion/elon finftruâiô qu'on luyauoic 
donneeJUareceut auec autant de de- 
notion que i'auoisde regret de le per- 
dre &: de ioye de le voirfauuer. 

Ayant receu ce dernier Sacrement, 
il demeura en vn grand filcnee auec vn 
repos 8r contentement encore plus 
grand; & ainfi armé /incontinent après 
il pafla à vne meilleure vie, rendant (on 
efprit 0e mefme iour vingt-neufuiefme 
d'A uçil mil fix cens treize, nous laiffant 
fubieàd admirer laprofondeur des iu- 
gemensDiuins. 

En cfFe<ft,bien peu de temps après 
fa mort( félon les aduis que nous auons 
receude nos percs) ceux de fa Nation 



cnîIjleieMur&gntM, 355 

ennemis. iurez des Maragnays 9 font ve- 
nus habiter auee eux pour eftre in- 
ftruits & baptifez parle P<fcrecognoif- 
fantbien que tous leurs predeceffeurs 
ont vefeu iufqtfà prefent mal heureufe- 
ment (oubs la tyrannie du Diable. 
Eftant bien croyable que lcdeffunét. 
qui refpiroit tant leur conuerfîon , fa 
charité neftant diminuée en leur cn- 
droift, ainsplus parfaire que iamais, 
n'a manqué d'implorer au Ciel la grâce 
de Dieu félon leur extrême neeeflïté 
qu'il cognoiffoit. Son corps fut enterré 
dansnoûre Conuent de Paris où ûtc- 
pofcenpaix. t? 



■ il 



y«j 



«nllJleieMaragnan. 25 6 

De U mort de Pat ouït appelle Jacques. , 

ïEmefmeiour tomba malade l'au- j£?£j^ 
^:re qui mourut lefccond, appelle ' ar ^" a ' 
Vatoua, qui fignifievn coffre. Il eflôit 
natif de llfle de Maragnand'xnè géné- 
rale famîlle.fon père s appelloit ~4»at- 
iy Piran , qui eftoit l'vn des Principaux 
de l'Iilc. Son oncleeftk Principal de 
CamaUpio.U eftoit âgé de quinze ou fei- 
zeans.Labeautédefan corps & de fon 
efprit , lagrauité de (on enfance 22 fur 
tout la douceur de fon humeur le ren- 
doitaymable & nous faifoic à tous ref- 
fentirplusfa douleur que luy-mefme. 

S a maladie fut vne fleure continue uoUlult 
quidurahuid iours. Sut le premier ac-JJJ 1-1 * - 
ecz entendant de fa chambre qu'on cx- 
hortoit François Cary pira fon compa- 
gnon àla mort & qu'on luy faifoic pro- 
noncer I es v s, on vit qu'il s'eftoitleuê 
de fon lia & mis à genoux , & ayant les 
mainsioinâes& les yeux lcuezverslc 
Ciel pleurant , il crioit plus haut que 
n ous, ToupanJàToupanlï^SSyi. £ s v s, 
I esvs , voulant contribuer quelque 
chofe defa part au Calut de fon Ame. 

Y y iiij 



t 



: 





Ftifi, deUMifî.des PP. Capucins 
Et comme fon mal empirant 
donnoit beaucoup de peine à fon petit 
corps, il demanda auecinftan ce le Ba- 
ptefme, reircrantfouuent qu'il n'auroit 
point de repos qu'il ne fuft enfant de 
Dieu» 
vifions i» Le Diable vieux guerrier deuoit 

IZLlf auoir ho °t c à* s'attaquer à cefte petite 
maudie. plante de l'Eglife , mais cetefprit dam- 
né qui mcfprifc toutes fortes de confu- 
sions moyennant qu'il profite à fon 
enuie^ s'efforça encore de trauaillcr cet 
Enfant auec des Speâres nouucaux 
qui rantoft le faifoient crier , ores ca- 
cher foubs fa couuerture & dire qu'il 
voyoitplufieurspetitslndicnsqui me- 
naçoient de le frapper s'il demandoit 
plus le Baptefme. Monfieur l'Eucfque 
de Grâces arriuant là deffus heureufe- 
menr <) fut tefmoing & médecin tout 
enfembledefon inquiétude. Car à la 
requeire du malade ayant tiré fa Croix 
d'Or qu'il portoit , & l'ayant mife au 
col de cepauure petit, il luy donna tout 
enfemble la marque de fon faîut, le tro- 
phée de fon ennemy& lerepos de fon 
Âme. 

v C'ESTorr vn Tpcftaclemerucilleux 



en Fljle de M^ugnm. 3 57 

devoir ce paie Héritier de Iësvs- 
Chkist triompher airec cette Croix 
à la main & dire en fon langage : Cruffa 
chèpopéfecoremé^ouyiemo crujjxue tooure le- 
rop&ry oycoue aermé , nafjequeie chouéne i- 
chouy^ Pendant quci'auray cette Croix 
fur moy & qu'auec icelleie me feigne- 
ray 5 que tous lesDiablesviennét quand 
ils voudront , ie ne les craindray point* 
Auflï fes trai&s ne pcuuent ils offenfer 
ceux qui repofent à l'ombre de Cette 
Palme. 

Sa fieurc allait toujours en s'aug- 
înentant merueillcufcment ;inais fon 
defir croiflbit encore bien dauaotage 
dcftrebaptifépour eftre du nombre des 
Enfaits de Dteu.S ur Mperancé que Fa. 
uois de fa cojiualefcenCe ie penfois dif- 
férer à luy donner le Sacrement de Ba* 
ptefme pour vne plus grande' edifica- 
tiommais le voyant en vne deuotion û 
grande & en vn péril apparent de fa 
miort,ic le baptifay le Sam edy quatrict 
me de May fous le nom de Iacques,à la 
requefte de Monficurdu Perron & en 
Iafaueuj:dcMonfeigneurrilluftriffimc 
Cardinal. 



Confiance^ 
deitotiê» de 
Patoua à la 
Croix/it*ant 

se 3 a ptefme* 



Le petit Va* 
totta nommé 
lacqttes en 
so Baptefinê 
qttd récent 
avant ro»** 
rit* 



: I 






Hifl. de U Mifs. des PP. Capucins 
Lelundyfuiuantieluy donmay le 
Sacrement de l'Extrême vnâîons & 
p eu de temps après ieluydemanday s'il 
ne defïroit pas retourner à Miàragnan^Sc 
s'ilnauoit regrec de mourir? Ilmsref- 
T>efirdup e . pondit en ces termes ^fnanPaygoe,chè 
tâucpus oJJopoUrEuuitcpéfepiiXcToupitnToHue^T&H^ 
tki! *" $ m R ^ etre i Touptn Sainà Efprit , N on 
non mon Père, ie ne défîre autre chofe 
qued'allerauÇielpourvoic DieulePe* 
re 3 Dieu le Fils & Dieu le Sain à Efprit. 
Toutes fes paroles eftoient fî pleines de 
deuotion qu'il tiroit les larmes en abô- 
dance des yeux & de nos Pères & de 
tous ceux qui fentendoient, ayant va 
iugemcntfain& entier &toufîours en 
Dieu iufquesà la fin qu'il quitta ce mon- 
de auant que de Tauoir gonflé. Il mou- 
rut ce mefmeiour/îxielmc de May,cn- 
trantprefquedvn meiinc pas dans TE- 
glife Militante & dans la triomphante. 
Nos Pères tant pour honorer kpureté 
de cette petite Âme que pourrecom- 
penferraffeéti on qu'il portoitâ noftrc 
Ordre , au lieu de la cafaqueblanchc 
quondonnoitanciennemétaux nou* 
ueaux baptifez, couurirét fon corps Se 
le reueftirent de l'habit de noftrePere 



en ÎIsU dr- Wauvyim. 3 J 8 

Seraphique Sainét François, 

* le ne doue e point que cette Ame 
ne foit maintenant au milieu des An- 
ges^&nevoulant entrer témérairement 
au Cabinet des lugemens occultes de 
Ce Grand Dieu, ïe me contenteray de 
dire aux curieux auec Sain ftAuguftin. 
S crut Arc fi pot es prof mium % fei cAttepr&ùpi. 
timi. 



j 






H 







m îljleic Mmgnanl 359 

Ve U mort de Mtnen Appelle Antoine» 

Dïev n on content de ces dcuxHo- 
fties immolées à Centrée de TE- 
giife qui! veut conftruire en ces Ifles 
barbares^voulutqu'vntroificfmenoni- 
mé Manen fit compagnie à leur mala- 
die & à leur mort, & rendit le nombre 
des holocauftcs parfait* 

Il cftoit é 1 * Pays des longchcueux 
(iiationvoifinedesAma2ones)quîha- 
bitentlc long dVncbclleriuiere nom- 
mée Para de ÏOfuft, natif de Rmary 5 aa- 
gè de vingt ou viogt deux ans. 

Samaladic&fa vertu fut femblable 
à celle des autres.Ce qu'il auoit de par- 
ticulier cftoit vneconuerfation douce, 
humeur Facile &traitable D naturel pa- 
tienr, qui fie que pendant toutes les ai- 
gres douleurs de fa fiebure ardante on 
n*ouïtfonirdefa bouche aucun mot de 
murmure ou de plainte. 

Souucnronle irouuoir aitflïbicn 
deuant fa maladie comme en iccllc à 
genoux dâs fa chambre les mains loin- 
dès priant Dieu. Il eut le Baptelmc 
foubslcnom d'Antoineàla requefte 



Mdnen in 
fais des logs 



Confiance 
& demùort 
de Manev 
encore C<*~ 
thccHmene* 



Mdtsennom 
mi A Moi*. 
ne À fondit" 
flt/me. 



ïl 



. I 




Hïft. de U Mtfs. des PP. Capucins 
deMonUeur de Beauuais Nangyje Sa- 
medy quatriefmc de May: après lequel 
fon Efprit demeura toufïours vnyauec 
Dieu: & ie croy que le paffàgedc la 
mort n e luy fut rien qu'vn moyen pour 
perfe&ionncrcetttvniomcarfonexer* 
cice ordinaire eftôit l'oraifon. Quand 
la Paralyfîel'eut rcndutropuïffantd'cf- 
leuer les deux mains /ii en leuoit vne 
pour profeffer visiblement l'attention 
& la force d e fon A me. 

II receut com me les autres I'Extre-^ 
me vn<ftion,& ainfi armé s'en voila dâs 
IcCiel le mefmeiour& à la mefme heu- 
re que le précèdent, & furent enterrez 
en mcfme temps, tous deux ayant l'ha- 
bit de noftre Père Sain&François,tout 
proche du premier nommé François: 
aufquelslon fit le feruice & les funé- 
railles fort folcmnelles, non plus ne 
moins qu'à vn de nos Freres.auec Orai- 
fon funèbre faite parle RcuerendPerc 
Séraphin deChafteau-Tïerry.Gcs trois 
Amesviuent maintenant bien-heureu- 
Ces & comme Prémices du Troupeau 
que nous efperôns ranger fous la Hou- 
lette delà fainâe Croix, Dieu fauork 
fantnosdeffcinsXeurnombreeftmy* 



en lljle de Mnugnan. 3 60 

ftique, leur mort miraculcufc, leur fang confiiez 
fatal au Diable, & leurgloire vn Arredc tionfirit 

, ~ r \ \ r% : nombre des 

la Conuerfion de leur Patrie. tmsinàkw 

Le Premier plus ancien que les au- 4ft«fa% 
tres appaifera Dieu le Peré iuftemenc 
irrité contre Ce Peuple Barbare &£ 
Paycn.Le Second fléchira le Fils iufte- 
menc courroucé contre cette Nation 
pourauoirmelprifélavoixdefesApo- 
lires, qui en tefmoignage contr'eux 
ont lamé les vertiges de leurs pas impri- 
mez dans les rochesXeTr oificfmcim- 
petrera la Grâce du Sainft Efpritqui 
ieruira de Vent à nos vaifleaux, deFcu 
à nos paroles, de Baume Sacré aux A* 
mes encore rudes de ce Peuple Sauua- 
ge : & Dieu fera connoiftre aux Efprits 
plus curieux qu'il fe plaift au nombre 
impair pour vmbrager enquelquefa- 
çon les trois pqifîances de noftre Ame 
aueclefquelles il veuteftreferuy, &la 
Foy de fa Trinité au ec laquelle il veut 
eflre adoré. 







Cenfidera- 
tionfmle 
fartage ? des 
fix Indiens 
venus enFra 
etytrois «fias 
decede\ g£/ 
trois demeu- 
rerait mon' 
de. 

Grande di» 
gnité de l'a> 
me d'avoir 
chacune vn 
jingtCufti- 
de* 



Hijl. de la Mifî. des PP. Capucins 

DSS TROIS JNDISNS 

Topnarnha qui nous font refîe% 
, *viuan$ encore kgrefent. 

Chap.LVIIL 

'8$ Ne ohe queDieu fouMai- 
JÈftrcabiolutde noftrcvie& 
$|qu'ileufipeuappeIleràSoy 
^tous les fix Indiens T opina- 
iTqoctious auions amenez' > -fi eft-cc 
qu'il n en a pris que trois, nous ayant 
laiiïe les trois autres. 

Qui voudroit eurieufement médi- 
ter fur ccfulea, diroic que les Anges 
Cuftodes défirent partager auec nous 
la Victoire de Ce Peuple. Car btfca 
qu'abominables ils ayent efté, fi eft- 
ce que le prix de leurs Ames neftant 
moins précieux ny autre que celuy 
des noftres , il n'y a pas vn feul de cette 
Nation, non plus que des autres , qui 
dés fanaifTanccnaye vn Bon Ange 
Cuftode. Dieu. faiâ: bien luire fon So- 
leil defïu£ les bons & deffus les mau- 

uass 



en Flfle deM&ngn&ri. 361 

uais, pourquoy donc ne prouuoiroit-il 
pas d'Anges. Cuftodes auflî bien aux 
mauuais comme il faiâ aux bons? O 
Magna dignitas ^nimarum^àit fain & Hie- Lih - J : 
rotme, vt habeatab ortumùmmis vnaqux- MmbT''" 
que in cufiodiamfui ^éngclum delegatum.Ws 
feruentau moins aux mefehants pour 
les preftruerd'vneplusgrandetyrannie 
du Diable, pour les conferuer qu'ils ne *s*fin 
commettent d'auâtage de péchez mor- M"<? e c ** 
teis pour lesgarderqo'ilsne tombent îtîjZl, 
en plufîeurs précipices , & mefmepour 
s'employer continucllcmét & par priè- 
res & par fain des inibirations,pour leur 
conuerfîon âucc beaucoup plus d'ar- 
deur & de vigilance, que le Diable ne ' 
peut encore auoir pour leur perdition. 
Tellement que les Anges Cuftodes de 
cespauurcs Barbares ayant de fi long- 
temps bataillé contre le Diable pour le 
falutdeces pauures Payens,il fcmbJe 
qu'ils ayént demandé à Dieu la moitié 
de nos Indiens pour les mettre dans 
leur Eglife Triomphante, & nous ont 
Iaiflé l'autre moitié, afin que tous d'vn 
commun accord cuifions iuftefubiecl 
de trauaillervtilement en cefte vigne. 




il ' >'Wk 



m ÎJjle de Mardgnanl 392 



\ 



Vu premier Indien nommé Itapoucou^du 
depuis appelle Louys Marie. 

LE plus Ancien des trois eft aage de 
trente-huiétansou enuiron, natif 
de la grande montagne d'Tbouyapap. ^ , . „,, 
Soii père eitoit le Principal de Cayeu taftucou^/ y 
nommé OuaraOmJJou^ qui eft le nom /«/>«/*#*•** 
dVn poiffon ainfi appellera mcxeOuyra 
Hx*-> c'efl: à dire l'oy ieau qui eft pris. 

A v a nt Ton baptcfme il portok 
ordinairement en nom 3 îupoucou 5 qui 
fignifîe vue barra de fer 5 ou bien Ita~ 
pouyffan, qui fignjfie l'ancre du nauirc> 
bien qu'il en euft encore dix autres, 
comme autant de ïïîemorials& de til- 
très d'honneur , que 4e batailles où il 
s'eftporté vaillamment contre leurs en- 
nemis. Auffia-iila façon de foldat D gra- 
ueen fon marcher & en fes paroles ,fai« 
fant aflez voir i affeurance de fon efprir. 
Il (e plaift grandement aux harangues 
&n'eftiaraais las quand il faut dialogi* 
fer particulièrement des armes & des 
points de hoftreFoy, Ueft prompte 
fericux çn tout cequi touche l'honneur 
de Dieu, comme auffi en tout ce qui 






Hifl . de U Mïfi desVP. Capucins 
peut toucher la valeur d'vn cœur ma- 
gnanime, 

C o m m e il approchoit la chambre 
de leurs Maieftez 5 pour leur faire hom- 
mage, l'vn de nos Truchemens luy dit 
qu'il aduifa bien à ce qu'il auoit à dire» 
Aquoyil repartit auffi ioft qu'il eftoit 
nay de trop bons parens, pour receuoic 
ugcnlwfi* cetaduertiffement là deluy > qu'il de* 

paroles d I- . f , ./ * / l i< r 

tapoucouTo- uoit croire qui! neltoit point la fans 
pinamba. bi en fçauoir ce qu'il àuoit à dire, &: 
qu'il n'auôit befoin d'aucune inftru- 
étion pour ce fubieét 

V H e autrefois ( mefmcauant fon 
baptefœe ( citant auec les autres pro- 
che de noftre Autel à la prédication 
que le Reuerend Père Séraphin de 
Ghafteau Thierry faifoit aux funérail- 
les du premier de leurs compagnons 
qui eftoit decedé 5 comme plufîeurs 
Seigneurs de qualité feplaifoient & s a- 
fnuf oient à les regarderai appellaleur 
Truchement auquel l'entendis qu'il di- 
fait- Dis à ces Seigneurs là que Dieu 
parle à eux parla bouche du Prophète 
qui eften chaire, & pourtant que c'eft 
vers luy qu'ils doiuent tourner lts yeux 
&nonpasversnous» 




enl'lJledeMttrajman. 36$ 

I Left volontiers le cenfeur de fes 
compagnons quand il les voit négliger Remarquti , 
àapprendreecqui eft d'vnvray Chre- w„^- 
■ftien, fon but n'eftant autre que de les «-£'£ 
voir capables de bien profiter en leur Mmba , 
pays.AufnTeftimons-nousvn des meil- 
leurs inftruroens que nous ayons pour 
ayderàlaconuerfïondefesfernblables. 
Soniugcmentferme, fon difeours Re- 
ligieux, fa parole heureufe, fon zelc à la 
pieté , & l'authorité qu'il a acquife dans 
fa prouince , feruiront grandement à 
Dieu moyennant fa grâce. Ce fera vn 
autre Centenier conuerty,qui ioignant N 
fon fçauôir aùec fon courage, & fa pieté 
auecfa parole , edifira dans peu de 
tempSj comme nous efperons, vne bel- 
le Eglifc à Dieu, non aucc des pierres 
matérielles, mais auec dos Ames con» 
uerties. 



Zziij 



tnhpàeMAUgnun. 



364 



Vu ficond Indien nommé Ouârofio >d» de- 
puis Appelle Louys Henry. 

LEfccond s'appelloit Ou'àroy'îo natif 0rigint i e 
du viihge Mocourou. Son père o w «. 
( nommé , Owrto Vinobouih , c'cft à dire 
l'Oyfeau bleu fans plumes fur la telte) 
eftôitle Principal defonvillagcifa mè- 
re Ouayaeuroy c'cft à dire, plumache plu- 
mé, eftanc du m ef me lieu. 11 eft aage 
cnuiron de aï. ans, cNnc humeur fort 
saye , d'vnc couleur moins brune que ■ ^ 
les autres,d'vne face afTez bien fa»£c,& f0 ,ji £o»*~ 
le prendroit on pluftoft àfa façon pour g^ 
François que pour vn eftranger Sauua- 
ge. lia refprit beau qui commence a 
comprendre & noftrc langue & noftre 
efericurc. Ceft vn petit arbre qui a des 
fleurs & des fruits tout enfemble, K 
efpcronsde luy ce que ne voyons pas 
cncoie, v „ .... 

iz Un 



\ 



enllJleàeMAYAgnm. 36$ 

VutratfiefmelniicnnwnmcItqMW 
du depuis Louys defainff Iean. 

X E tïoifîefroc fe nommoit Upou® Q ^ neSè 
i /natif de l'Iflc de MaragnMifik de Ia p 0U a y g/ 
Tmgara, c cft à dire Tefcaiile &hui(ïvc i &C^H^^ 
de Cougnan Ouajfou teigne fa mère , ceft a 
dire la grande femme pour rienjaagé 
enuiron de vingt ans. Il eft plus fombre 
que les autres , ce qui cft recompenfé 
dvnc douceur & par vne dcuotion fîn- 
gulicre qu'il fait paroiftre pardeffusfes 
Compagnons en tous fes exercices. 

DV BJPTESME DBS 

i%pis Indiens Jufdits. 

Chaf, LIX, 

O v r fuiure les ombres 
du vieil Teftament & *•"?••*/* 
faire refpondre la grâce a a J oi t eîH 
la Loy ,Ie s vs-C ^ k, 1 s t mft* 
ainfticuéà l'Entrée de Son 
Eglifc vrçe Purification d;Eau parla* 







iïk m* 








Htft. deU M{/£ des PP. Capucins 
quelle l'homme fort de l'armée duDia- 
ble pour combattre foubs vn nouueau 
È ftendarc : defpoùille la vieille cafaque 
d'Adam pour en fa place reueftir le fils 
de Dieu, ( comme die Sainâ lerofme) 
Xfijt. ai Sardes deponh, & nouum Chrifii afjumn <ve- 
*> jttmentum^ vt rnortuo veten homme , nafea- 

tur noms homo. Plufieurs aceuferoient 
s'ils ofoient, cette police & Inftitmion 
Baptifmale, & diroicirr cpi elle a efté 
empruntée des Payens : car ils en font 
bien de mefme èm autres Sacremens 
de TEglife. Mais cela n'empefehepas 
p£I£ q u, Ê]lciicfoithonorabic,{air,âc&di.- 
fantojier les gne defon Autheur. Ce-nefut p,*s vn 
'W«M*-cûmc à Iacob de choifir des piems 
profanes pour les oindre, confacrer & 
renier en forme d'Autel : non plus qitfà 
Salomon de fe feruir des arbres du Li- 
ban pour bafiir le Temple de Dieu, 
Pourquoy I es vs- Christ Sapien- 
ce de Dieu le Perc n'auroit-il peu rai- 
Commet ^ nn ablement&fainâ:emét employer 
^^•*reau,quclcs Payens profanoient au 
pflïmîe^ Baptcfme'de leurs corps, if urifier & 
fufiems <*• laucr les Ames de fes Enfans? Outre 
£™«V1 q ucie pourrois dire que cetteceremo- 
liift&Dseiè. oie a efté pluftoft retirée quemprun* 



tèe des Payens qui en cftoient les inju- 
ftes poffeffeurs: & que I E 5 v s C H rist 

n'a rien faiêfc que la remettre en fon pre. Premie rv 

mier vfage au leruice de Son Père au- f v *t™. 

quel l'Eau auoit cfté deftinée quand 

Son Efprit en forme de Pilote, corn- j 

me dit Philo*, cfchauffoit fon humi- ?*? 

ditépour laréndrc doublement iecon- 

CetteEaua ferui de fcandaîeaux r>«*;»s«/- 
Payens, non tant pour la cérémonie fi*£~ 
nue pour les eiFeâsque nous prêterions tourqil , yit ^ 
dïcelle. Car ces Efprits Philofophi- £&.«* 
ques , qui n'auoient autre onzon que la 

Nature 5 ne pouùoient fupporter des et- 
feds fi grâdsd'vnefî petite caufe. Quel 
rapport d'vne goutted'eau, à va Eiprit: 
d'vnlaucment, àla Filiation de Dieu: 
d'vn finale Elément, à la Deiformité 
& dïuiriîfacion d'v ne Ame ? Ils vou- 
îoient que nbftre Religion marcha 
auec plus de pompe que la leur, puif- 
que nous prefchionsvn Dieu plus pmf- 
fant que toute la troupe infâme de £ sc- 
ieurs Deitez : & vouloienc touhours flititéfi 
marier l'apparat extérieur ,'U non la p««* 
ftmplicité auec la puifTancc : tellement JfJXîJ 
que Tertuliendjfoit mhlm%t%M»nt 





Hift. de laMij?. des PP. Capucins 
mentes qmm fimplicitas in a£ln & magnifia 
centtainejfeElu. 

L'EglifeSage Mère, interprète du 
Z r Z?r 5 So,il °q ue dc f °n Dieu,pours'accom- 
pm^myin. m °der aucunement a ces Efprits fuper- 
ft'tmts. bes, a infticué de belles cérémonies 
pour accompagner cette Eau & com- 
me parer Royalement fa première En- 
trée qui eftle Baptefme, fçauoir eft,G«- 
flmfdh^taCÎHS namtm,fdim 7 exorcifmm 

Ce n'eft pas icy mon deffein de vous 
faire voir l'origine,Iacaufe, la bié-fean. 
ce de ces cérémonie^ moins les raisôs 
qui ont efmeu l'Eglife à les changer 
félon la minorité ou maioritè de iaFoy: 
fuffit que l'inftruâion, l'ornement, le 
refpecî, les fymboles myftiqucs qu'el- 
les donnentauxÇhreftiens, les rendêc 
aflezrecommandables;Ettoutcelame 
fert feulement pour vous reprefentet 
l'ordre qu'on a gardéà Baptifcrfolem- 
nellcment nos Indiens. 

Làoù en premier lieu flfautqucie 
porfc dans le Ciel Triomphant le Los 
de Marii de Medicis Tre*-di- 
gne Reyne Régente, & de Lôvys 
Treiziesme Son fils Noftre Roy 



en l* Ijle de MAYUgnMt $6y 

Vray Germe de ce grand Sainét Louys 
qui maintenant voit Dieu j car ils ont 
daigné defmordre^silfemble, de Leur < 

Rang & incliner le Ciel de Leur Gran- 
deur j pour affifter à Ce Baptefme, & 
rendre la£tion plus honorable par leur 
Prefencc. Dieu vouloit que ces petits , 
PoiflbnsEnfans de ce grand 7 Bis des 
Anciennes Sybilles ? fortant de la Mer 
du Chriftianifme 5 euffent pour tef- 
moings les deux grands Luminaires 
deNoftre Royaume: tant pour nous 
faire teconnoiftre la Pieté de nos Prin- 
ces 5 que pour donner l'alarme au Dia- 
ble & iuieâ: de vuider Iejpays 3 puifque 
de fï Grands Monarques fc rendent 
Parrins Se comme Seconds de Ceux 
qui s arment pour le chafïer de leur pa- 
trie. 

Le lieu de ce Baptefmc eftoit l'Eglife LeBafU f mt 
denoftreCôuentcJes Percs Capucins dayinâism 
aux fainc-bourss Sainft Honoré lezPa* ^ r W 
ris : hile eftoit parce & toute couuer- ^mimâ* 
te de tapifTeries de foye releuées d'or, Parh - 
far lefquelîes eftoit effigie la vie du 
Glorieux PrecurfeurdelESvs Christ 
fainâlEAN Baptiste, pour refpondre 
au iour de Sa Fefte qui eftoit le iour 



\ 



WÈm 



Zom dit Ba 
ptefme des 3 
Indiens* 



Hlfl. de U Mîfi. desPP Cdpucim 
ilesbaptifaà fçauoir eftle ving 



t- 



\Appdreils$ 
éeremotues 
iuBdpHfme 
des trois \n* 
diens. 



tt Rôy &U 
ReyneRe* 
gete Parrim 

3<r$|. Inâm* 




qu on les Dapn 

quatriefme de luin. Ainfî falloit-il que 
rioftre Egliie changea de conditiô puis 
qu'elle changeoit de nature; &quede 
pauure elle deuint riche: puiique de fo- 
litude, elle cftoit. faite Paroifïe» Le grâd 
Autel eftoit richement paré & tout le 
San&uaire comme paué de foye: pro- 
che d'iceluy du codé de la nef,on auoit 
drefTévn théâtre pourfouftenirlesFons ; 
Baptilmals qmeftoient couuerts d'vn 
grand & beau bafïin d'argent tout ver- 
meil doré, figuré de toutes parts: & là 
deffus on voyoitvn riche taffetas blâc 
ondoyé qui trainoit iufques en terre: 
IchautdefEglife fouftenoitvn dais ri- 
che à merueille. Iiy auoit deux petits 
Autels dreffez au cofté du theaue: &c 
toutes les autres chofesneceiïaires en 
cette cérémonie de mefme eftoffe, cn- 
tretenoient les yeux & le dilcoursde 
ceux qui attendoient la cérémonie. 

Sur les quatre heures du foir, la 
Rcyncfe rendit àrEglifcoùEllcfut in- 
continent fuiuie duRoy: Monfeigneur 
FEucfque de Paris qui de fa grâce auoit 
entreprins le Miniftere de cette A- 
étion, fe trouua reueftu de (es Orne- 



en rislè ieMarsgnan. 3 68 

ment$Pontificaux,& incontinent (ans 
attendteHes trois Indiens qui nous rc- 
ftoient viuans , préparez & Catechifez 
ïeprefenterent côuuerts de belles rob* 
bes de taffetas blanc, ouuerces & enri- 
chies de bouttons de foyc à queue de- 
puis le haut iufqu'en bas pariedeuanr, 
ôc par le derrière depuis le haut iufques 
àlaceinturcfeulemcnt,pour plus com- 
modément leur appliquer les Saintes 
huiles > chacun defquels eftoit con-> 
duiét pat deux de nos Pères, reue- 
ftus auflfi d'aubes blanches, le tout aucc 
plus d'ordre & de deuotion qu on pou* 
uoif. 

Monfcîgneur TEuefquc de Paris 
commenta les interrogations du Ba~ 
ptefme, qu'à chaque fois ie leur faifoïs 
entendre en leur langue » aufquçllcs ils 
refpondoientcux mefraes; puisils di* 
rent le Pater nofler l'élue Maria & le Credo 
auffi en leur langue. Oeftoit vnc mer- 
ueille&rvn contentement tout enfem- 
ble pour les Parifîcns, de voir IcursMa- 
jeftez tant afFe&ionnècs à Ce fainéie- 
xercice. Ils furent à bon cfcUntlesPar- 
rins, Refpondans à toutes le'sderaan- 
des dcTEglifoi 



\ 






I 




Hifl.de la Mifi. des PP. Capucins 

cmmeie Sur rimpofïuon des noms JaRcvnc 

ReyneRtf- ttouua bon qu on leur bailla Henry, 

tenommtrnt Louys & ïean ; maisMonfetgneur FE- 

UsyindHm. uefque deParis ayant demandé à faMa- 

jeftefi Elle auoïtagrcablc de faiic por- 
ter à tous trois ce grand nom de Lovys 
pourrendrele Nom du Roykur Par- 
rin , plus recommandable parmy les 
Barbares 5 Elle donna librement Son 

confentement,&ainfi furent tous trois 
appeliez Louys. Le Roy fit voir fur 

fa face vn fîngulier plaifir de ce rencon- 
tre. 

Sii'auois loifin aurois fubie&dere- 
prefenter le refpeâ: que laReyne rendit 
àCetteAâion &laprofonde médita- 
tion qu'Elle faifoit fur tout es les circon» 
fiances dlcclie. 

Les Princefles de Sa fuitte faifoîent 
paroiftceauflivn très- grand contente- 
ment quelles reccuoient de voir Ces 
Nouuelles Entes du lardin delEsvs 
Christ, 

Que s'il y a de la ïoye au Ciel dé- 
liant tes Anges de Dieu pour vn pé- 
cheur feulement /qui le conuertit & 
fait pénitence; quelle LieïTc 5 & quelle 
douce Harmonie y auoit-ilpour lors 

au 



eh l'Ijle de Marajman. 
au Ciel 5 & quelle Mélodie de tous les 
Bien-heureux de voir ces Belles Pre- ft^«i« 
mices des Antropophages offertes à fjZil* 
t)ieu? O quel fubicôt derefiouiffa^ce/ue/w bi 
ils auoient, voyant la conuerfioh ^oa^^' 
d'vn pécheur feulement , mais d'Vne 
Nation &c d'vne infinité d'A mes > pour 
le moins en confequence^ô pêcheurs 
tels quels., mais Barbares 5 cruels & in- 
humains* Quelle allegreflèdetousles 
Bien-heureux 5 & particulièrement de 
cesÈfptits Ccélefles? 

ï l ne fe peut dire ny penfer ce que 
les Anges Tutelaircs ontfaitfiç ce qu'ils * 
n'ont point fait depuis tant &tât d'an- 
nees,p6ùt la conuerfîon de cespauures 
Payens & Infidèlles 5 prihcipalemét par 
ce que Dieu leur & commandé qu'ils 
ay ment ceux qu'ils ont en gardeaoinâr 
iju'ils hayffent extrcmemSt leurs enne- 
mis qui font les Diables ; Ils défirent 
bien tofi réparer les ruines des Cieux; 
& qui plus cftjilsfçauent combien ce 
qu'ils font en cela , eft agfeableàleur 
Roy &c à noftre Rédempteur I e s V s - 
Christ, Voyant donc maintenant les" 
fruids de tous leurs trauaux , ou pour 
mieux dire de leurs veilles : voyante 






? 



r 






fap.tf. 




. tiiji. de laMifi des PP. Capucins 
Vi&oîre & les trophées de leurs batail- 
les , voyant les defpoùilles & la deftfu- 
étiori del Empire de l'ennemy du Gen- 
re humain, voyant en fin ces panures 
Ames affranchies de famahl cruelle & 
cbnuerties à Dieu, quelle ioyc, quelle 
allegreffe & quelle harmonie enten- 
doit-ôo ail Ciel? 

C é pendant les Chappelles & mu- 
fiques de leurs Maieftcfc ne cefferentia- 
mais de louer Dieu tout le long de ce- 
lle Sain&e A&ion aucc vne mélodie 
nompareille,&de voix & d'inftrKmens 
niuficaux* 

MAï-silyauoit bien encore vn au- 
tre reffouûeiianee 3 noa moins agréable 
à Dieu 5 qui retétttiffoit des cœurs , non 
plus félons ne barbâtes, mais débon- 
naires & doux : non plus de Loups fa~ 
lïiffans & cfAntropophages ou Can- 
nibales, mais bien ces noûueauxcon- 
uertis , Qui tanquam *s4*ni exulubant, 
comme diél le S âge , magnificantes te Do- 
mine qui Uberafti iltos* Ils s'cfîoûiffoient 
comme petits Agncaux^oûant & ma- 
gnifiant le Seigneur delà grâce ineffa- 
ble qui leur a fait, les deliurant du dût 



en ÎJle â!c Mdrâgndn. %y G 

ërdauage dû Diablc^où ils auoient edê 
détenus iufques alors. 
, Qv e l s accords des louanges inté- 
rieures de ces petites Ames tout nou« 
uellemêt régénérées, & lauèes du Sang 
îrcs-precieux dccctAgncaii Iramacu* 
le 5 des Vœux qu'ils faifoîent4orsenIa 
face de FËglifc, de la pureté $e leurs 
cœurs y &c de l'amour ou delachafifé 
que ce grand Dieuyaùoitverféparfoà 
Sain&EfpritauS. Sacrement de Ba~ 
ptefmc?Ceft ce qui reridoit vné douce 
harmonie infiniment plus aîgrable aut 
aureilks de fa dtuin e Maicfté > que tous 
les accords des plus douces voix & des 
meilleurs inftruments mufîeauxquife 
puifTeuttroaucrau Monde. 

C i qui retentifïbit le plus aùCieî, 
&ncâtmoinsfouftetioitlétout 3 c , eftok 
la profonde humilité de ces pauureâ 
Ames, fe voyant en vn fi grand chan- 
gement d'extremitez fi cûritf aires, de DewmM 
Loups i Agneaux:d'inhùmains ^ Chre-^^^ ,, 
fhens 5 & Enfans de Dieu 5 au lieu d'en- ™ te jbL 
fans & inftruments qu'ils crtoient de 
la rage &deîa cruauté du Diable ^dc- 
teftanskuf vie paffee& regrettans '-in- 
Aâa ê) 



trois Indiens 
leur Ba- 



Ml 



7 



Hifl. deUMifî. des Pp. Capucine 
Animent Taueuglement &la perte de 
leurs predeceffeurs. 

D e là venoit que leur modeftic e- 
ftoit iï grande , & leur maintien fi de- 
uot durant toutes les cérémonies de 
leurBaptefme^quefîoa neleseuft co- 
gneus ,1'on euft creu que toute leur vie 
ilseuffent efté inftruits auChriftianif- 
me & cérémonies de l'Eglife, leuant 
fouuent les yeux au Ciel d'où leur ve- 
noit la grâce * non fans eftre continuel- 
lement attentifs à tout ce qui fe faifoit: 
tant que l'odeur de leur bon exemple, 
touchoit les cœurs des affiftans dVn 
fentiment fi doux de pieté & de de- 
notion 3 que pluficurs auoient bien de 
la peine de retenir les larmes de leurs 
yeux* 

Qve île ioyc & quelle confola- 
Éïon leurs Majcftez tres-Chreftiennes 
pouuoîent-elles lors auoir 5 de voir que 
parleurmoyen, enlaSolcmnitédela 
Naiflfance du grand Apoftre de Dieu, 
la renaiflance & génération fpirituclle 
de trois Perfonnes choifies de Dieu, 
Éefioûiffbit la Terre & les Cieux? 

Qte lle oMation leurs Maieftca 



tnîlflideMirAgnm, 371 

pouuoient-elies offrir à Dieu cnccftc 
fàin&e iournee dq glorieux Sain& 
ïeanBaptifte ,• qui luy fut plus agréa- 
ble que ces trois belles Ames purifiées He b.i$: 
par les Eaux Baptifmales ? Tdtbmenim 
hoftijs (comme di&Y Apoihc) promere» 
tur Veus, car Dieu prend plaifir à tels lP , rt 
facriftçcs. Ge font hofties (pirkuelles 
merueilleufèment agréables àDieu par 
I es vs~C h ris •ncefontdesholocau- 
ftestous dédiez àDieu parleBaptefme, 
ce font dcsfacrificesviuans, fàinéts &c 
tres-plaifansàDieu, 

C e font des Agnelets , ce font des confia*™- 
Belles Fleurs ,&: fi ce font des Fruiéh tionf»rie$ 
tics-cxqui$slmfunt *s4gm n° u tUh com - ptifexj, Pa. 
me chante TEglife , qui annunci<iuerunt>ns. 
ce font des petits Agneaux qui nous 
ont apporté des nouuelles d ? vne in« 
croyable fécondité. 

A v s'si (ont-ce Fleurs, Flores nafeentis 
4utrendfcenmEcclefiœ,¥lcuî§ de TEglife 
naifïàntc ou bien rcnaiffante,arroufees 
du Sang de l'Agneau Immaculé qui 
» cômence à boùillôner parmy cette Na 
donîât Barbare,Fkurs pre(ageres,qui 
portent & apportent des nouuelles 
d'vne trcs-bcllç inçifiôn & npus der 
Aaa iij 



Kcchf.^. 




HiJI.de la Mi/?, des? P. Capucin; 
noncent vnc très-grande abondance 
de frui&s gn l'Eglife de Dieu, 

C e fpqtdes fleurs,mais ce font fruits 
tout cnCemble y Etflorçs m ei, dit la Sapiê- 
cejruftm bonoris& bonejîatis^tn es Fi eu rs 
font les Fruits d'honneur & d'honne- 
fteté:ce font Fruits de ia grâce de-Dieu, - 
Fruits dp rinfatigable vigilance des 
Anges : Fruiâts de la Pieté fînguliere & 
ardanfe deuotion de leurs Maieftez 
tres-Ghrefjlierines, conduire par l'In- 
effable Prôuîdence de Dieu à procurer 
la conuerfion de ces Nations Batbares 
Se cruelles, 

Modo venerunt ad fontes. C'eftàeette 

heure & en ce temps preordonne de 

toute Eternité qu'ils font venus aux 

FqnsBaptifmals. Cenefont pas des 

fontaines naturelles où l ? 6n dit que les 

flambeaux efleints font rallumez , que 

lçs Agneaux noirs deuiennent blancs, 

& que certains animaux reçoiuent la 

vieyeftant plongez quand ils fonteô- 

memorts : mais elles font Spirituelles .• 

ce/oin Fontaines Viue$:des Eaux rege- 

nerantes } &; des Ondes purifiantes , cq- 

me chante l'Eglife , Ions vihw aqtv, re- 

génerwsjvndapurificans. 



enf IjU de M&Àgun, 37* 

G'ïSTcnccsEauësBaptifmalcsquc 
ces Animaux Canibales & Antropo- 
phagcs,mortsparlePaganifme,ontre- 
couuert laViedegracc-.c'eftlà où ces 
Agneaux nouuelets tous noirs par le ?fd , 
péché , font deuenus tres-blancs , c'eft 
làquecesflâbeaux efteints parlefouf- 
fle de l'infidélité , ont efté r'alumez: 
^teceditead eum^it le Prophète, <& *//*- 
mmamtm.lh fe font approchez de Iisvs- 
Christ par leur conucrfîon , ils font 
venus àces Eaux régénérantes & pu- 
rifiantes : & ils ont efté illuminez par la 
grâce iuftifiante, 

Et tepletifunt cUritate , ils ont efté 
remplis de clairtc : In confyeëitt ~>igm 
amiiïiftolis alhts ,eftant en la prefence de 
l'Agneau Immaculé le Fils de Dieu,re- 
ueftus intérieurement de ce beau Man- 
teau de l'Innocence Baptifmale quior- 
noit leurs Ames: & extérieurement, 
eftans ornez chacun d'yne belle robbe 
de taffetas blanc,& d'vn Crémcaud'vn 
beaufatin pareillement blanc, enrichy 
de Croix d'argent. ' , . , 

Etpdm* in mmihm eorum , n'eftoit* 
ee pas porter la Palme en la main, la 
Palmede fanaifiçation ,& la palme dç 
Aaa jiij 



3î^ 



f 



Hijl. de la MÏJ?. des PP. Capucins 
yiftoire , puis qu'en effeâ: ils Corroient 
du péché & d'vne vie fî deteftablc, & 
qu'ils triomphoient du Diable? 

A p re s que le tout futàcheué, h 
plus ancien des trois , qui s'appelloit 
/^/>o«c<?»auantfonBaptefrae,remercia 
tres-humblement leurs Maieftez s de 
l'honneur &du bien qu'ils auoientre- 
ceus,ayans efté faits Enfans de Dieu, 
les fuppliatît très- humblement d'vfer 
des mefmes fameurs cnuers ceux de 
leur patrie. Auquel la Reynerefpondit 
qu'ils priaffent Dieu pour le Roy Ton 

Fils & pour ellc&qu'elleauroit vn foin 
particulier d'ieçux , leur promettant 
toute afiïftanec en ce qui Iuy feroit pof- 
fîble. 

A l'in ST#NTÎeursMaic/îefcfè met- 
tantàgcnoux.on commença à chantep 
le TeDeum laudamus en action de grâce 
en la Sn duquel Monfeigneur l'Euefr 
que de paris donna la Bcn^di<ffcion<, 






8S3Sa83SBOT3SS8BBBaaBB 

COMME L.SS TROIS 

Jndiens fufditfs furent rmene\en 
frocejjîon après leur Ba]>tefme:& 
delà Confirmation qtsi leur fut 
donnée. 

Chap, L X* 

A v t 4 N xque ces Ames fî 
belliqueufcs au monde $V 
ftqiët enrôlées enl'Bglife, 
n'eftoit-iipas raisonnable 
que leur courage gène» 
reux , qu'ils auoiët tant era ployé au fer- 
mée du Piablc,futdreflc&: réglé au fer^ 
uice de Dieu,& qu'ils commeçaffent à 
faire profeflion par a#ion extérieure, 
&vne aflfedion & d'vii defir intérieur 
qiiilsauoientdefuiurela Croix? 

A ce fubied incontinent après leur Pr9C ^ faio 
Baptelme^nous allâmes en proceflïon^ foaux filles 
Vvn des noftres portant la CroijÉ 5 apres deUPa^n 
laquelle nous allions tous^çnanfans les fte f m€ d<$ 
tkanies de la Vierge, i»*™** 




< Hiji. delà Mtfi des PP. Capucins 

Ve vn v qv e ^Ethiopien ne fut pas 

fi toftbaptifé par faind Philippe , que 

r j&t. *}** P er vtm r»*»*£*»dens , il s'en alla 

îoyeux par fon chemin : Le vray che- 

mindeces nouucaux regenerezn'eftoic 
il pas de fujure dorefnauant celuy qui 

eftlaVQycla Vérité & la Vie? auffi fbi- 
uoierit ils allègrement •&■ ioyeufemenc 
en cette proceffionChrefticnne, eftant 
rcueftus de leurs robbes de taffetas 
blanc-.le Çrémeau de fàtin blanc def- 
fus leurs teftes , couucrts de beaux cha- 
peaux de diuerfes fleurs : tenant vne 
branche (Je Lys en leurs mains , enui- 
ronneg aufS de belles fleurs de diuerfes 
couleurs: chacun d'iccux eftant con- 
duit par yn de nos Pères reueftu d'vnc 
belle aube blanche comme ils eftoient 
Ioriqn'pnlcsbaptifa, 

Et d'autant que les Dames Rek% 
gieufes de la Paffion de l'Ordre de fain- 
ds Claire, proche dcnoftre Conuent, 
aboient eu vn foin particulier pendant 
' noftre voyage & durant tous nos tra- 
uaux,de continuer Ieursardantes priè- 
res,^ offrir leurs vœux à Dieu àce qu'il 
luypleuftfauorifct vne fi fain de entre- 
prinfc pourlacomierfipndc ces Ha- 







• :..m -, ^ . — , 

'■'mtlJUdcMdrttntn. 344 

rions tant défefperécs, nous trouuaities 
à propos que la proceffion alla en leur 
Eghf e, tant pour la deuotiô du lieu,que 
pour leur faite voir lesfrui&s de leurs 
fain&es & feruentes prières : & fur tout 
pour offrir k Dieu en cette Eglifc de 
fainéte Claire, des prémices de cette 
Nation en a&ion de grâce, de ce qui 
luyagoit pieu leur donner les prémices 
& les premières arres de la Foy par le 
fftby ë du fainâ: facrifice de la Méfie qui 
luy fut offert parmy ces Barbares pour 
la première fois au iour de la fefte de ce- 
fkc glorieufe Vierge. 

A rinftantqjutnouslufmesarri- 
uez en cette Eglife, lefdites Religieu- 
ses commencèrent à chanter le TeVeum 



imus , auec quelques autres oraï- 
fonsà la fin. Puis elles ouurirent la 
grille, près de la quelle ayant faiâ: ap- 
procher les Indiens, ils furent aufïî e- 
ftonnez & contens en leur cœur de la 
deuotion,de la pieté & delamortifica* 
non cTIcelles , qu ? EUes mcfmes receu-? 
rent de contentement de voir ces A- 
mes en î'eftat d'innocence Baptifmal^ 
qui naguère eftoient encore eiclaucs8ç 
tributaires de Sathan;n«fepouuanste* 






Si 




Cûmme les 
trm Indiens 
récent wt le 
fièrement de 
€Jonjirmati$. 



JLesfeurnoms 
qui furent 
éùnne\aux 
trots Indiens 
tenus far les 
fim parleurs 
'lidiefttx. 



Hifl. de U Mtfi. des PP. Capucins 
uant tenir d'admirer la Souueraine 
Bonté de ce GrandDieu d'auoir fi bien 
fecu trouuer les moyens efficaces pour 
les attirer àfoy. 

En fin eftant retournez eh noftre Cô- 
uent m la manière que nous eftions ve- 
nus, chacun de nous remercia Dieu en 
fon coeur de ce qu'il Luy auoit pieu ce 
iourlà,adï0Îndre ces troisBarbares ou 
SauuagesaunombredeSes Enfens. 

Huiél iours après 3 pour faire porter 
à ccsNeophy tes la Foy de IeurMaiftrc, 
Non in occutto, comme les Iuifs,mais fur 
lefront,MonfeigneurrEuefque de Pa- 
ns occupé en d'autres affaires dimpor- 
t3.ee pria Monfeigneur l'Euefquc d'Au- 
xerredelcur adanniftrerle façrement 
de Confirmation : où l'on trouua bon 3 
tant pour les diftinguer Tvn de l'autre 
que pour porterie nom delà Rey ne à 
Maragnan^dclcut briller à tous trois de§ 
nouueaux noms. Ainfi k premier fut 
appelle Louys Marie, le fécond Louy$ 
Henry , & le croifiefmeLouys de fainâ 
Ican en mémoire d'vn fi grand bénéfi- 
ce qu'ils auoient receus au iour de ce 
glorieux Precurfeur, 



HH 



m Fljte de Mdvdgnan. yy% 

DieuleurfafTela grâce d'imiter leurs 
Patrons & de voir auant leur mortla 
Foy de Iefus-Chriftheuteufement pla- 
cée dans leur Patrie , pour déformais ne 
porter plus à la façon des vignes fauua- 
ges des Itapoucou, des Ouarqyïo & autres 
noms barbares: mais des Louys, des 
Marie & autres noms d'Apoftres & 
Martyrs de Iefus-Chrift. 



COMME DIEV VISITA 

Us trois Jnâiens fufdiéîs après 
leur Baptejrne- 

i 
Chàp. LXI.. 

'AFmcTiON&lecfaâtimét 
eftfineceffaire aux Enfans 
de Dieu 5 que fi quelquvn 
eft en continuelle profperi- 
té & exempt de tout chafti- > h .^ 
ment, il eft adultère (ditl'Efcriture) & 
non Enfant d'iceluy. Car noftre Dieti 
fe comporte enucrsles Siens non plus 
ne moins qu vn- bon peré en u ers foi* 








tiitaid 






Hifl, de laMifi. desPP. Capucins 

p «nfant.Quicftl'cnfant(n:dirl'Apoftrcf 

| que leperenechaftiepas? Ainfi Dieu 

chaftic ecluy qu'il ay me,&fbuecte tout 

enfant qu'il reçoit: Quem dUtgitDomtms 

cafljgat: flagellât autem omnemfilium quem 

... . recipit. 

MaUdie dit ■A. , . n 

irohf»0(is iJfeu voulant monftrer qu'il aymok 

faW**T ,CS " OÎS lfuj(yits Ind iens& les traiaoit 
™ f&' comme tes vrais Enfan$,incontinent 
après qu'ils eurent receu la Confirma- 
tion, Il permit qu'ils tombaient tous 
trois en des grief u es maladies. Mais 
comme ïl viuifîe ceux qu'il a tnprtifié, 
& f èleue ceux qu'il a humilié, il fit bien 
toft paroiftre qu'il atioit vn foin particu- 
lier d'iceux. 

GiHrifmmi- Entrc autre ^oùy$ de fâincl ïean c- 

tmSrï* ^ ant 5 malade que tauslés plus célèbres 

tooysd* s. Médecins defelperoient (ïe fa conuale- 

Udp. feences au mefmc temps qu'on penfoit 

qu'ildeut mourir,iI guérit comme mira-* 

culeufement parrintcrccffîon de la glo^ 

rieufe Vierge Marie. 

commtU Les deux autres cftantaufilaure- 

Sï&» £ Ur de T ! eursmaladics P a * 'à gfacc de 
Marier Wéo, Dieu permit que le plus aimé 
/ir*""^' notome Loufs Marie, tomba en vné 
autre probation.Geft qu'yn iour èftans 



/•M* 



ënfisltdcMaragnan %jè 

encore en fa couche, neantmoins bicri 
efueillé^ leDiable s'apparut à luy furies 
fept heures du matin en forme d'vn 
homme de bonne façon 5 qui ouurit la 
porte de fa chambre & entra dedans: &: 
portant en fa main vne phiolc pleine 
d'vne liqueur qui paroifïbit toute noi- 
re luy dit, qu'il cftoit Dieu, eftant 1 à y e- 
riu pour le baptifer > & qu'il fe mift à ge- 
noux. 

Mais Dieu qui ne permet que les 
Sietis (oient tentez par defTus leurs for-* 
ces, donna TEfprit audit Louys Marie 
de rcfpondre à ce tentateur (ne fe dou- 
tant encore que ce futleDiablc) qud 
défia il auoit efte baptifé par les Pay^ lef* 
quels luy auoient enfeignèque 1 on ne 
pouuôitéftre baptifé deux fois : &,que 
reaudo^îtil auoit efté baptifé éftoitbel 
le &: claire, non pasfale & noire com- 
me celle qu'il tenoit en fa phiolc t à ral- 
fon dequoy il ne pouuoir croire qui! 
fut Disu, mais bien vn menteur: &fe 
fignantdu Signe delà Croix le Diable 
difparutauffi-toft. 

Mais il ne fut pas long temps qu'if 
rie reuint &: ouurit derechef la porte* 
paroifïant en fbrrriedVn autre homme; 






tijpm de U MiJSjlcs PP. Capucins 
tenant quelques drogues & médecines 
qu'il difoit luy apporter pour Ta guéri- 
fon. A quoyilrefponditauffi-toftque 
les Pay auoienc ibing de luy & de tout 
ce qui îuy eftoit necefïaire, n'ayant ac- 
coutumé de prendreaucunechofe fi- 
îion par leur commandement, & s'ils 
neiuydonnoknt. 

CeSpe&res'efuarioirifïàntauffi-tbft, 
le malin efprir reuint incontinent après 
&ouuritlaportepourlatroifiefmefois > 
entrant dedans fa chambre auec gran- 
de furie 5 affez/emblable à vn Centau- 
re en forme d'hommeiufques à la cein» 
ture& tout le bas comme vn Chien: & 
tenant vne cfpée nue à la main il luy 
dit 5 qu'il cftoit là venu pour le guérira 
ce qu'il retourna bien - toft en Ton 
Pays. Ce ne fut pas fans donner quel- 
que cfpouuante audit Louys Marie rc- 
connoiflantàlorsquec'eftoitvn Dia- 
ble. Mais la grâce de Dieu qu'il auoit 
receuë par le moyen de la Confirma- 
tion le fortifiant & corroborant, luy 
dit qu'il efloit par trop téméraire d'en- 
trer en la maifon des Pay & qu'il fe re- 
tirait. 

Ce fut à lorsque ce malingefpric 

fis 



en l Ijle de Mdy^ndn. \ n 4 

fît fcmblant de le prendre & le frap- 
per dé ion cfpec. A raifon dcquoyJc*' 
dit Loiîis Marie commençai s'efenery 
& infpiré de Dieu.il fc munir du Signe ./ 
de la Croix , en verru de laquelle lé ^f/l//" 
Diable s'en alla aucc tel bruit , comme Crotx. t 
fî vn carrofTe euftroulieàia chambre, 
où il elïoic couché: tant que (on com- 
pagnon, nommé Louis H tnry, ayant 
entendu les iufdicts difcoiirs , & le 
grand bruit dvne autre chambre ou 
il eftoit , il courut autfi tort en la cham- 
bre dudit Louis Marie , pour voir ce 
que ceftoit , & nous vînt quérir en 
grande diligence pour y allenoù eftans 
arriuez, ledit Louis Marie nous fît en- 
tendre ce que deffus, & la confolation 
qu'il refîêntoit de TafTiftance que Djeu 
luyauok donnée en cette tentation àù 
malin Efprir, 







Bbh 





tfiftJeUMifides PP. Capucins 

D'VN JFTRS 1NDISN 
nomrnéPyrauaua baptïféen noflre 
EgUfe^zp* appelle LoftysFrançois* 

Chap. LXIIv 

A renaifïàncc de TEglifc 

cft bien autre que la naif- 

fance du monde. Carceqx 

qui naiffentau monde font 

autant differét s les vns des 

autres y qu'ils fctrouucnt de diuerfitez 

de fexe ou de parensdediuerfes qua- 

■litez : mais ceux qui renaiffent en l'E- 

taïùiu ton- gliic 3 Quos tut Texas in corpore.aut <tus itF- 

mttes per- cer % lt m t empare ^omnesmvnampant gratta 

fowusdié mater infantiam^ foit homme 3 foit fetri- 

B^icfm^. mc ^ f j t p auure . f ] t jiche t fait libre, 

/ foit captif ( s'il n'y a empefehement de 

leur part) ils font tous affranchis par la 
grâce & faits de mefmequ.alité 5 Enfans 
de Dieu. 

î Lreftoitvn autre Indien à baptifer* 
nommé Vyrauaua^ de la Nation dcsT^- 
/?^j5 3 aagè enuironde douze ans Jequel 
eftoitefclâue enl'Ifle de Maragnanlots 






■■■■■UHi 



I 



ènfijle de Mdrdgnab, j 7 g 

que nous y arriuafmes : Se pourrat n'e~ 
jftoit-ilvenu par deçà en la dualité des v™^™* 
autres. Neantmoins la deuonon de </„ i 0? g/ 
letirs Maiellez fut tellë,quils eutent yn <*« k Qy** 
foing particulier de nous le faire en- H ^- 
uoyeridurnellemëc polir eftfc iriftruit; s^ w ^ 
àcequ'ilreceuftlës mèfmcs grâces que 
les autre^&iMuft fait Enfant deDîèij pal 
le moyen du faind: Baptefmfc* 
; A ce fubie&leurs Alaieftez er£ eùmi 
mirent le foin à Madame de Souurc; 
{cachant bien qu'elle #cn acquitterait 
au ec tout honneur. Et en effet dette 
tres-Noble & tres-Vertueufe Dame 
défit ant fecôder tout ce qu elle fçau oit 
eftre des pieux defïrs de leurs Maie- 
ftez 5 interuint aucc Mônfieur le Mar- 
quis de Gourteriuaiîlt fàn fils, poiir è- 
ftfe Parrin & Martine d'iceluy. Auquel 
iedonnày publiquement le Baptefme 
dans noftrc Egiife le Dimadchô qiiin- 
ziefme dé Septembre 5 où toutes les 
cérémonies précédentes furent ç.ir-* 
deesauec beaucoup de {o!emnîtê^L^ p 3fT^ h 

1 r * t > * •••• — «-** .■ , . nome JLotèyj 

nom !uy tut donné Louis, Dieu qui *m%$: ' 
nèft ucceptateur de perfonne 1 -, tou- 
choittellementle coeurdecepetFt en- 1 

fkttt 3 que par les a&ions extérieures 
Bbb \\ 







HiftJeUMtfi.desPP. Capucins 
chacun admiroit la dcuotion qu'il 
pouuoic audit en fon Ame* IJ ne cefla 
iamais pendantics ceremonies^d'auoir 
toufîours les yeux vers lé Saindt Sacre- 
ment , principalement lors qu'il vîntà 
dire le Pater nofler^k^ue Mam-te le 
Cre.do,tout haut en fa langue. Et quand 
à la fin on câanta k TeDeumUudamus^il 
auoit les yeux tellement fichez vers le 
CieI 5 quenos Pères , quieftoient làaf- 
fiftans y admiroienc tous la finguliere 
deuotion d'iceluy. 

H.vi.ct iours après fon Baptefme, 
Monfeigneur l'Eucfque de Renés luy 
donna le Sacrement de Confirma- 
tion dedans noftre Eglife , où Mada- 
me de Souuré eut agréable de fetrou- 
uer 5 & le furnommer François. Auec la 
grâce qu'il a acquife d'eftre Enfant de 
Dieu , maintenant il eftauffi au feruice 
du Roy. 

Voila de tes 'Fruits, O Eglife de 
Dieu v admirable en Fécondité. Tu es 
feule vraye Merc, &: feuleMere Fecon- 
domaine ejh deà engendrer des F nfans Spirituels a 
féconde. f)jfe$. Faoeur vniueriellemcnt déniée 
à toutes maraftres & à toutes herefies, 
parlefquelks Dieu n a voulu non plus 



• 



Comme la 
feule EgUfe 



en l'ijle de IHaragnan. 379 

èftrc cogncu & prcfché parmy les in- , 
fïdelles, commeil nel a voulu eftrc en ejlre freJchè 
tre ks luifs par l'organe des Diables, ny cogne» 
qui le voulant à haute voix prefeher #;jj ** m 
pur Fils de Dieu , ne le voulut permet- p fapfofts. 
tre en aucune façon. 

Qvi fi tu auois fubieâ: d'afflidion 
de la perte d aucuns de tes Enfans de 
cette Ancienne France , caufee pat 
l'herefie , quel fubieâ: de confolation as 
tu maintenant de Theurcufe noui^ellc 
delà conuerfion de ces nouueauxEn- 
fans qui luy font engendrez en la nou- 
uelle France Equino&ialc ? Exurge **?"+ 
Htemfdem , & fi<* in excelfo : & circum- 
ffïtcê *d orientent) & vide colleBosfilios tuos 
nb Oriente foie vfqm ad Occidmtem r in 
verbe fdn£îigaudente$ Deimemorta. Lcue 
toy Hierufalem 9 tiens toy en haut & 
regarde autour de toy vers Orient. Re* 
garde tes Enfans,qui (ont ramafîezdc» 
puis le Soleil Leuant iufques en Occi- 
dent , pour retourner à toy,& fc ranger 
foubs tes Loix comme tes Enfans tres- 
obeiflans : Tu les verras tous remplis 
& comblez de ioyc* de ce que parla 
fain&e parole de l'Éuangilc que tu leur 
as £ai<& annoncer , ils fe (ont reflouuç- 
Bbb ilj 




fiwfà&i 







m Hiji. de UMifi. des PP. Capucins 
mis de Dieu leur Créateur de fi long 
temps mis en oubJy par Jeurs prede- 
cefTeurs. Anciennement trois fidelles 
Meffagerç du Ciel , prédirent 8c pro- 
mirent à Abraham & Sara leur fécon- 
dité Future, & la multiplication delcuç 
femence pn yn peuple très-grand & 
fopieux ; voicy ô chère Efpoufc de 

I ES Y S - C H RIS T , & VOUS Ô S O V- 

ver Ain £ as j e VR del Eglife,qui 
tenez le rang de $. Pierre, & portez le 
nomdeS. Paul, voicyqac noftrcRc- 
ligion vous offre, M ie vous offre auçc 
poftre Religion trois Enrans delà Na- 
tion des Canibalcs & Antrppophages, 
mais iene diray plus Çanibales nyAn- 
tropophages,a|nspluftoft crois enfans 
du Ciel , comme tro^s meflàgers , ou 
pluftoftdesarres & <i,cs gages comme 
?-ffeurcz,de la multiplication innom- 
brable des fidelles , en ces Régions fé- 
roces & barbares, '.' 

Resiovis toy dbnc,ô chçre Efpoufe 
deDieu: & yousauflï,Soy yerain 
Pontiç E.dc Ton Eglife , d vn fi heu- 
reux fuccez j sz vous ô très» Noble 
France qui aucz ferui d'inftrument de 
p|eu encetefFetjreljQuiirezVQus pouç 



enrjlcdeMmgnan. 380 

les mérites éternels /pour les honneurs 
perpétuels 5 & pour les profits téporels 
qui vous enaduiendrontX'eftàleurs 
Maiefteztres-Chreftiennes 3 aufquelles 
après Dieu , tu en dois l'obligation. 
Mais fur tout ô celcfteHierufalem^Ef- 
prits Celeftes qui triomphez 1k haut a- 
uec le Roy des Roysrqui faites fi gran- 
de fefte , & qui vous rcfîoûifTcz tant 
pour la conuerfion d'vn pauure pé- 
cheur feulement , quelle ioye aucz 
vous de la conuçrfion de tant d'Ames? 
Comme ialoufe de ce que ic ne peu- 
fois à vous en cette part , toute ioyeufe 
que vous eftiez 5 vpus nvauez reprefen- 
té en l'efprit ces trois belles Ames 3 qui 
incontinent après auoir efté laueesau 
Sang de l'Agneau fans tache par le Sa- 
crement de Baptefme , félon qu'il cft 
raconté cy deffûs > partirent heureufe- 
ment de ce monde , pour nous affeurer 
que les promeffes du Prophète fufdiâ: 
cftoient accomplies en voftre endroit, 
difant, ^dduxit tllos Vominmadmepor-y 
tatosinhonorem ficutfihoi regni^ Dieu les 
a amenez à moy 5 portez en honneur 
Sz triomphe comme Enfans de fon 
Royaume. Q triomphante Hierufa-? 
Bbb iiij 



\ 













liifl. delaMiJf. des PB Capucins) 
|em,ie crois ce que v ous dites , ie croi> 
y rayernent , que Duxit eps peus Ifrael m 
iucundime ,w lumlni mttieflah {mecummi~ 
fericordia &mjliti<t(ju£ eil ex ibfo , le Dieu 
d'Ifraél vous les a menez auec ioyc ôc 
lieue en la lumière glorieuie de £ 3 : M à- 
ilcûéiçï) la mifgricorde ftioftitrepary- 
negraçe&faueurfinguiiecede faDîui- 
nc Bonté. 

Et que! cœur glacé ne fer oir il 
efchaùffé d'yne fain&e & ioyeuie é= 
mudation, dVfté poignante Se lalorai; e 
craintejdç voir ces pierres,, ces ccwrs 
félons & barbares durs comm- ro- 
cherSjCCsAmespublicaines^eeheref- 
fesi&plôgees en toutes fortes de cruau- 
tez & dépêchez , conuerwes en En* 
fans d'Abraham , hous precedam erji 
foy , en pieté & en obeiflance à te fain- 
■&* Eg!ife,fious précéder en fin au Roy. 
aurne des Cieux ? Ne vous femble-il 
pas qui cet effet Dieu nous en aye Ja>fi 
îé trois en terre,?iuans en lafby & en- 
tière fubmiffion de cette ! fainéic Egh% 
fe:& aye transporte' les trois autres aux 
Cieux , à ce qu'aïnH l'ancienne pjeté 
de la France ayant engendréipicu la 
§>jeté de cette franco nouueliéj par ym 



mriJUdeMmgM». ^ -$%t 
fain&e Antipelargie, vienne paricelle 
à cft.e rcnouuellee en fon ancienne 
pieté? O nous heureux Ôc nos fatigues 
par trop bien employées, fi ces conce- 
ptions de nos entendemens , quifiar- ? 
damment embrafent & enflamment 
nos affcaions s fe voyent vn iour heu- 
yeu fem en t accomplies en l'vne & l'au- 
tre France, 









faits Deo , Virginiquc Mdtri g§/ 

Sertphico Tatri noftro 

Frsnçifço. 



¥W DE L'HISTOIRE. 



A V LE C TE V R. 

DE p v l s noftre retour de tljle de Ma- 
tttgpan,/* Reuerend Père Honoré de 
Paris 5 Prquincial de noftre Ordre en cette 
Vrouince -, & Commiffaire gênerai de noftre 
Miftion aux Indes Occidentales payant receu 
quelques lettres^ aduis de nos Peres^que nous 
mons laijje^ en ladite Isle P il a trquué à propos 
défaire vn extrait des particularité^ d'tcel- 
les, non touchées cy deuant: Et d'autant qu'el- 
les méritent eftrcveueS} ïay icy adiouftè ledit 
extrdiB fur U fin de noftre ffiftoire >parfon 
commandement , auec les copies d'autres let~ 
tresypourle contentement & l'édification dn 
LeEleur^ 






38* 





E X T R A I CT DES 
lettres du ReuerendPereYues en- 
voyées duReuertndPerePtfuin- 
cial de laTrouince de Taris* 

lEvsïtBND Fere en noftre 
Seigneur, paix & falut. Se 
^tprefentant l'occafîon de deux 
Nauircl de Dieppe qui s eftant raffrai- 
chis en cette Ifle dç M^r^^s'en re- 
tournent en France ; Fay iugé pour en- 
courager les François, &Ypecialement 
îa Reyue pour le temporel: & nos Pè- 
res de par delà , pour le Spirituel, cftrc 
de mon deuoir de yoiis donner aduïs 
de ce qui fe paffe en ces quartiers, com- 
me ie fais en celle que i f efcritsà fa Ma- 
jefte',mai^briefuement5poùrnçratte- 
dîer, remettant le furplus à ce que ie 
vous eferits, Vous fçaurez donc que 
depuis le parlement du Père Claude, 





les chofes vont toujours de bien et* 
mieux. Pour le regard du temporel 
tous les iours on defcouure nouuellcs 
richefles 5C marchandifes ; mais ie laif- 
feàen efcrîreà ceux à qui cela tou- 
che. Le Fort Sain&Louyseft âpre- 
fent inexpugnable & ne craindroitv- 
ne armée Royale s'il y en pouuoit ve- 
nir. Quant auXSauuagcs ils s'affe&ion- 
nent de plus en plus aux François qui 
eftee qui les rend plus forts que tout le 
refte. Et quant aux voifins que Ton 
pourroit craindre icy 5 qui font Portu- 
gais 5 Efpagnols & Ângloîs, ils les haïf- 
fententclleiortequepluftpftilsiroîent 
la tefte bajffée en Enfer que de rece- 
voir le Chriftianifme par eux : quoy 
qu'ils y foient fort affe&ionnez com- 
me ie diray cy-aptes,, Chofe quiobli- 
e fort fa Majcfté & toute la France à 
es fecourir en telle necçfïïté 3 puis qu'a- 
près Dieu leur faiutdefpend d'Eux. Or 
làifFant là les chofes temporelles &Ia 
profperité auec laquelle elles chemi- 
nent icy^ie viens aux fpirjtuelles qui 
vontfi bien > que fi il n'y auoit qo a ba- 
pttfcr ceux qui auec inftance le de- 
mandent, nous aurio ns bapuiê plus de 



■ 



HHHHM 



trente , v*oirè cent mille pet fonnes, & 
ay bien de la peine à les rendre capa- 
bles du refus qu en faifons. le m' ex eu* 
fe fur le peu de gens que fomtn.es iey & 
les remets à l'arriudc de nos Pères; & 
ce pendant ie les catechife en gros & 
fe rendent merueilleutement attentifs 
& admirent les myfteres duChriftia- 
nifmc. Ce pendant nous baptifons 
ceux qui font en danger de mort de- 
mandansleBaptefme: & les petits en- 
fans que les Sauuages mefmcs nous 
présentent: & les faifons tenir fur les 
ions par des François. Les autres que 
nous baptïfonsfont perfonnes de quel* 
que particulière vocation * comme vnt 
pour exemple qei eft des Principaux 
de Tdpouytapere, lequel s'eftant trouué 
vn Dimanche à la Meffe des Cathecu- 
menes^car nous leur permettons cela) 
comme ie donnois TEaue benifte en 
cftant tombé fur luy die luy pénétra 
tellement l'Ame, qu'il fut fi efclairé de 
la neceflîcè du Chriftianifme pour 
eftrefauué : & tellement enflammé du 
defir de lettre, que depuis cette heure 
n'a peu ny nuiét nyiourpcnfëràautre 
«hofej comme il a dit 4 c p uis * Efian t-ee 






neantmoins fana dite mot forty de îlf- 
le poui retourner en fa maifon quiefi 
en terre ferme > il tomba fort malade 
d'vne grande difenterie & par plufkurs 
nuids iuy fèrabloit de veoif les Cieux 
ouuers &les Caraybes^Payou Prophètes 
(ainfi appellent-ils les Religieux) qui y 
eotroient^&entendoit vne voix qui luy 
difo.it: Situ veux eftrefauuè il faut que 
tu fois laué de l'eau de laquelle tu fusaf- 
pergé quand tu eftois à la Meffe. Ce 
qu'ayant entendu il depefeha vn hom- 
me en rifle pour demander de cette 
Eau & enuoya du coton pour le trern^ 
per dedans de peur qu'elle ne s'efpandit 
parle chemin. Cet homme paflTe les 
deux ou trois lieues diemeriufques ea 
llfle & nous raconta de lapartdece- 
luyqûil'cnuoyoitceque deffus. Nou0 
enuoyames le vifiter auec ordre de le 
foaptifer s'il eftoit en péril de mort& luy 
mandayqueieriroistrouuer bien toft 
pour le baprifer II fut faïfi d'Vne R 
grande ioye, qu'à l'heure mefme il fe 
tait mettre tout malade dans vn bar- 
reau j pafïc la mer, vient demander le 
Baptcfmepour ne me donner la peine 
de l'aller trouuer Je luy propofay touu 



5°f 
îàcroyafrce Chreftienhc^iln'ytfouua 
difficulté aucune. Icluy ptopofay s'il 
reuient enfanté qu'il faut lamer la plu- 
ralité des femmes: il s'y refoule & en 
choifk vne, licentiant les autres. En fin 
lciour de la fain&eTrinité le le baptifay 
&futappellèKiartiaFrancois:àpresét 
ileftguery &fait office d'Euangclifte* 
il catechife fa femme & fes enfans pour 
les faire puis après baptifer* 

Il y euft auffi vn criminel* à Hnftan- 
ce des Indiens mefme, condamné àe* 
ftre mis à la gueule dvn canon, lequel 
ayant auparauant demandé le Baptef- 
me aucc grande deuotioii, ayant efte 
catechife fut bap tifé & s'en alla a«jec au- 
tant de iubilation au fuplice, comme 
s'il euft veu le Paradis ouuert: difant 
à haute voix qu'il s'en alloitioyeuxa- 
uecles Enfans de Dieu. Etle Principal 
de Iuniparan qui y tftoit prefent & mit 
le feu au canon, auparauant fit vive bel- 
le harangue de lafœlicitédecepauure 
mifcrable & de rinfelicicé de ceux qui 
neftaot baptifez demeurent enfans du 
Diable. Or ce qui nous donné en- 
core plus grande efperan ce du pro- 
fit de ces Ames 9 ceft quemaintemni 




- 






leurs Barbiers qui entr eux Âht com- 
me les plus fainâs perfonnages entre 
nous 8fde û grade croyancë^u'en leur* 
maudiesilsics viennët fouiller de leur 
haleine, croyant que parce moyen ils 
oucriront comme pîufieurs font, prin- 
cipalement parla grande imagination 
qu'ils leur en font former, ceux-là dif- 
je auec grande ferueur demandent le 
Baptefmei mais en particulier deux des 
plus fameux,Vvn defqueis eft de Tapoujh 
tapeve ^l'autre de Comma qui me font ve- 
nus trouucr plufieurs fois à cet cffeét Se 
les catechife y attendans les r efolutions 
que nous apporterez de France, à quoy 
ic les remets. Car fi fa Ma/ efté ne veut 
continuer la Colonie pour le tempo- 
rel>!a Miffion pour le fpifitnel, ne pour- 
ra cheminer pour beaucoup deraifons 
que le Père Claude vous aura dites. Et 
de les baptifer fans efpcrance affeu- 
rèe qu'on leur donnera moyen des 
exercices Chreftiens 5 ce feroit en 
bref les mettre en péril d'Apofta- 
fer. 

ILcft encore arriué vhe plus grande 
mcrueille ces ïours paffez, Ceft qu vne 

nation 



' 



33> 
Nation enticreappdlee Tdbaiares^qui 
cftoit fort ennemie de ceuxdeMdr*- 
gnm 3 dcfquels il y au oit à Mtragnan 
quelques efclaues ,a cfté fommee par 
Monlieurdela Rauardiere, qui com- 
mâde icy à faire la paix^il leur a enuoyé 
à cet effet de leurs efclaues auec des 
François pour leur tefmoigner ladou-" 
ceur du gouuernement des François 
& leur donner la bonne nouuelle de 
la venue des Prophètes pour les faire 
er Uns de Dieu s'ils veulent renoncer 
s Diable.IIs ont enuoyé des A mbaffa 
ces pour recognoiftre le tout 5 & ayant 
Vtuccquifepafïcit^enfîîentvn tel ré- 
cit^ a«e<~ te! proffic 3 queleurs compa- 
triotes qui le failbient encore guerre 
entr'eux fe pacifièrent , comme aufÏÏ 
auec ceux de Mar<tgnan,& abandon ent 
leur païs , efloigné bien de cent cin- 
quante lieues de Mdragnan pour venir 
demeurer auec les François 3 & eftfe 
Chreftiens.bicnqueleurpays foit des 
plusbeauxdu monde, & au partir ont 
ordonné que ceux qui ne voudroient 
obeyraux Prophètes ne bougeaient 
delà, Et auant mefmequedeparcira* 
uoient planté d*;s Croix deuant leurs 

Çcc 



\ 



portes,commeles Ambaffadcs auoïé- 
veu en l'I flc,entefmoignage qu'ils vou 
loienc eftre cnfans de Dieu. Us on 
donné cognoitfanced'vne autre grade 
Nation qui neft loin d'icy fur la riuic- 
re de Pinarè* que Ton efpere en bref 
aller voir* Ce pendant Monfieur de 
la Rauardiere eft allé auec quelques 
François & Indiens voir les Amazo- 
nes,qui ne sot qu'à quatre vingts lieu es 
d icy , pour les inuiccr à rendre hom- 
mage à leurs Maieftez. le ne voy nulle 
difficulté à la conquefte,& téporelle U 
fpirituelle de ces grâds païs 5 qui ont bié 
d'eftenduë douze cens lieues, defqûcls 
ce peu que tiennent les Portuguais & 
Efpagnols , n'eft rien en comparaison 
de ce qui refte pour les François , & 
qu'autre qu'eux, félon l'apparence hu- 
maine , n a moyen d'amener à la co- 
gnoiiïancede Dieu.Ceft à vous, R.P. 
à vous employer par delà enuers fa Ma- 
îefté,& tous les gens de bien qui peu- 
uent projnouuoir vn fi bel affaire à ce 
qu'ils s'y employent 3 leur remettant 
deuant les yeux vn fî grand nombre 
d'Ames,quifembIent autant de crimi- 
nels condamnez à la mort éternelle , fî 



[0 
parleur moyen ils ivcft font dclîurez. 

Nous attendons auec extrême defir la 
venue de ceux que vous cnuoyerez 
pour nous fecourir : cependant ïç me 
recommande à vos iaio&es prières, 
dcfquellcs auons bien befoing en ces 
quartiers. Car encore que pour y plan- 
ter la foy, il n'y ait apparence d'y voir 
des Martyrs de fang,il s'y retrduùcront 
toutefois des Martyrs de patience* Ce 
pendant ieprieray Dieu qu'il vous rem* 
pliffc de fes grâces pour bien conduire 
cet affaire , âùec les autres quevoftre 
charge vous apporte. Et demeureray^ 

ReuereiidPcre* 



\ 



Vàjîreires-bumbië & tm*àbeiffini 
feruiteur en nojire Seigftciiï^ 
Uues d'Eur eux, Capucin* 

Dcflfle de Mdrd&tidrtjCc ij.Iuilleî 
1615. Recette à Paris le 
y.d'O&obrciéijÊ. 

Ccc î$ 



COPIE DELA LET- 
tre du R. P. Arfenc cnuoycc 
au Reuerend Pcrc Archange 
de Pembroc Prédicateur de 
l'Ordre des Pères Capucins de 
laProuincedeParis. 







InvulneribusChvifttfklushumilis. 

O n Reuerend &c très-cher 
Père , le me fentiroîs par 
tropeoulpable, fi ic laiflois 
paffer aucune commodité, 
fans vous mander des nouuelles de ce 
pays, à vous , dif-j e , qui vous cftes tant 
employé pour faire reuffir ce deffein 
&eetce fainâe entreprinfe , à ce que 
toutainfi que vous vous eftes efforce 
d'esbocher I'œuure, vous continuyez 
à la perfe&ionner. Vousfçaurcz , s'il 
vous plaift, que, Dieu mercy, la Co- 
lonie s'eftablit fort bien. On a trouué 
encore ces iours pafTcz vne fort graux 






3*7 
de Nation,qu'on appelle Tabaiares , qui 

cftoient<n defort grandes guerres les 
vns contre les autres , & encore contre 
ccuxdupaysjefquelsona pacifiez, & 
en telle forte , que de fîx ou itpt vingt 
lieu es qu'ils cftoient efloignez d'icy, ils 
quittent leur pays, quieftextrememët 
beau &bon,pours*en venir demeurer 
vnc bonne partie en cette Ifle auccles 
François, l'autre en vne autre terre qui 
cft tout auprès, & là où onypeutall|r 
& venir de cette Ifle en deux heures, 
quis *z\>\)t\\cTAboHCotirou.Gc peuple de<- 
mandeauec grande inftance d'eftre in- 
firma:^ difent qu'ils fçauent bien, il y 
a long temps , que les Ames de leurs 
Anceftres vont aucc les Diables quand 
ils meur en t,& qu'il eft temps qu'ils ail- 
lent en Paradis. 

TovtIc peuple de cefte Ifle aufli 
perfeueretoufiours en bonne volonté 
defe faire Chreftien , il ne'refte que 
des ouuricrs pour commencer la moif- 
fon. Onafai&de fort bon Petun en 
cette Ifle,mais il nefera pasen bien gra- 
de quantité pour cette année à caufe 
que la faifon des pluyes s'eft pafïec 
fort feichement , &tous les Sauuages 
Çcc iij 






difent auflfï qu'ils tfàuoient point ae- 
çouftumé d'en auoirfî peu : mais il y a 
grande apparence qu'il y en aura vn 
grand nombre Tannée qui vient,&: que 
s'ileftfcr bon en cette Ifle, ilferaen- 
core bien meilleur enterre ferme, qui 
lourdes meilleures & plus belles terres, 
fcantpour le Petun &r Succrc, quepour 
toutes choies qu'on y voudroit culti- 
ver. Bref, ceux qui onteftc chercher 
ces Tabamres font tellement rauis du 
beau pays qu'ils ont veu,qu'il nefe peut 
pas dire dç plus : &c eiperons*nous 
qu'au retour de Monteur de Rafiliy, 
excepté le vin , on fera icy mieux pour 
Us viures qu'en France, Toutefois 
pour le vin,i'efpcre encore que pour- 
ueu qu 7 on permette icy la traî&e du 
Petun,qu'on n'en manquera point, car 
I çme heure que les Efpagnols ont 
rompu la trai&e qui s'en faifoit à la Tri- 
nitéjGettuy-cyeftantauffibonque ce?- 
luydeladitelfledc laTrinité,tousles 
aauires qui y fouloient aller, & y por- 
ter des vins de Canarie , farines de for- 
ment, & toutes autres fortes de mar- 
diandifes viendront en ce lieu faire 




■Ni 

388 \ 

lesmcfmestrai&cs. Entre autre chofe 
nousauons auffi en ce pays grande a- 
bondanec de Vaches de mer ,1a chair 
deiquellcs rclïemble tellement à celle 
du Cerf, qu vn iour penfant manger 
du Cerf, nous mangions de la Vache 
Marine, &vnc autrefois penfant man- 
ger de la Vache Marine , nous man- 
gions de la chair de Cerf. Nous aupns 
auffi des Melons fort excellens & fort 
gros tout le long de Tannée, & en quel- 
que faifon que ce foj|, des Concom- 
bres auffi , des Raues qui viennent 
groffes comme le bras , de fort bon 
pourpier que nousy auons trouu£ , & 
y pourrons encore auoir de toutes 
fortes d'herbages , & de Légumes en 
quelque faifon que ce fois , pourucu 
qu'on nous enuoyede bonnes graines 
de France , & quelles foient bien ac- 
commodées dans des bouteilles de 
verre qui foient bien bouchées. Voila 
mon très-cher Père , ce que ie vous 
puis mander pour le prefent. C'eft 
pourquoy après vous auoir prié tres- 
inftamment de nous enuoyer desPe- 
rç*,&rm'eftrc vh million de fois recom* 

Ccc iiij 







mandé à vos fain&espricres&cîe tous 
les Frères de la Province, le demcu- 
?erayàiamais,dc 

VoflreReucrence, 

Le tres-humble p &,tre$+ 
ajfeSiionné difoplc 
F 9 *s4rfenedeParh 
Capucin. 



i 



De la Nouuellc France Equi- 
no&iale àMaragnance iy d 
deîuin i6i$> 



mm*?±&±*. 



3*9 






ÇQTIE DE LA LUT- 

tre dufitur de Te^ieu , enuoyee au 
KeuerendTere Archange deffini* 
ttur de l'Ordre des Ter es Qtpu- 
cinsen U Trouince de Paris. 




EVERENDFere, 
Si par lefoing, perfeuc- 
rance & folicitation cn- 
^-^f^^^ uers voftre Ordre , vous 
^uez donné par ce faind zèle 5 vn fi 
Ioihhle cheminement à eftablir cet- 
te Colonie 5 vous eftes , plus que ia- 
mais 5 obligé d'en affermir les fonda- 
mens , tant par le crédit q'uaucz en 
voftre Prouince & la facilité d'eftre 
efcoutè des plus grands delà France, 
que pour auoir vne caufe fiiufte entre 
vos mains , qui d'elle mefmc parle & 
conuie non feulement les femiteurs de 
Dieu de l'embrafferauec ardeur, mais 
encore toutes perfonnes d'eftat & du 
monde defireufes de voir àccroiftre la 



r 



i 



gfandcur de leur Roy Je nom de leur 
patrie & de bien & d'honneur le par- 
ticulicp Vous pourrez remarquer par 
le véritable récit que vous en font les 
vénérables Percsdepardeçà,fi appa- 
rence n'eft toute claire du profit qui 
«n peut tirer à l'aduenirfpirituel & 
temporel. le ferois tort à la longue dé- 
duction que Ton iuge eftre à propos 
défaire pour feruir dlnftrudion des 
chofesnecefEûres , fi ie voulois y ad- 
ioufterdumien. Iemecontenteray de 
vousdirequ'ihneperdentnyle temps 
ny les occafions qui le prefentent pour 
tenir toutes chofes en eftat de bien 
employer les Pères à leur arriuee. Le 
Père Yues ne peut quitter le Fort , tant 
pour vacquer aux continuelles exhor- 
tations qu'il nous fait, que pour fatis- 
&ire à la euriofitéde force Sauuages, 
tantdeHfle queterreferme, qui vont 
& viennent ordinairement audift lieu, 
&: lefquels fe rendent non feulement 
defireuxdelevoir, mais de plus, qu'il 
leur parle de Dieu & de noftre Reli- 
gion, requerans la plufparcle Baptef- 
me. Deiorte que s'acquittant fore di- 
gnement 4e ces deux poin&s ilnefçau* « 



mÊÊÊËÊmmmÊÊÊÊmmÊÊÊÊm 

toit s'occuper ailleurs. Le Père Art c- 
ne tient la campagne, qui fait tout ce 
qu'il peut de fon cofté&non fansfruift 
de parc Se d autre. Ils fc louent bien, 
fort, comme pourrez voir, des com^ 
ponemens de Monfieuc delà Rauar- 
diere, tant en ce qui touche noftrc 
«oy ance,qu aufli en ce qui les regarde 
en particulier. l'en fuis fîdel tefmoing, 
àmaconfufîon , craignant qu'ils ne fc 
pleigncnt va iour d'auoir efté plus mal 
aflïftezdc moy à leurs petites neceffi- 
sez pendant fon abfcncequauantfon 
départ. Il cft vray que fi cela arriue, ic 
croy que charitablement ils en attribua 
soient pluftoft la faute à ma pauureté 
qu'à vnemauuaife volonté: &m'afïcu* 
rc que quoy qui! nous arriue nous por« 
terons conftamment lès vns auec les 
autres nos petites incommodirez, & 
cafeheraytant qu'il me ferapoffiblede 
m'acquiter enuers eux & ceux qui re- 
lient en ce lieu fuiuant l'intëtion de ces 
Meffieurs > eftimant que ceux qui vien- 
drôt en ce fécond voyage feront mieux 
receus que n'auons efté. Nous viurons 
dpnc en cette efperance que le fecours 



que vous donnerez delà à Monfïeur de 
Rafilly parvoftreafiiftancele nous fe- 
ra rcuoir beaucoup pluftoft deçà ac- 
compagné de tout cç qui eft propre à 
perfectionner vne fi genereufe entre- 
prise , dequoy nousfommesaffeurex 
fleurs Majeftezlapuyenttantioit peu 
de leur authorité & libéralité. Aufficft 
elle digne de leur grandeur & non 
d autre. L'efleâion qu'en ont fait nos 
Topmamba(qui cttâene receuoiriamaïs 
autre domination que de la Nation 
Françoife& pluftoft mourir roiferables 
en leur premier e brutalitc)Ies y oblige. 
Et quand nous n'aurions fait autre cho- 
fe pour le prefent que de leur leuer cet- 
te abominable façon de vengeance de 
femanger, ce n'eft peu. Dieu me face 
la grâce de pouuoir tenir le tout en 
bon eftat iufques à ce que lefdits fleurs 
yayentplusfuffifamment pourueu^Si 
que ie puiffe en cette a&ion &toute au- 
tre, tefmoigner à tous vos Reuerends 
Pères de quel cœuri'ydefire voir fleu- 
rir voftre Ordre, refolu de r/yefpar- 
gner non plus ma vie que tout ce qui 
iemiamais en mon pouuoir. Vous me 



39* 
ferez s'il vous plaift l'honneur de les en 
affeurer & de mon tres-humble ferui- 
ce, & vous croirez auec vérité que ie 
fuis, 

Reuercnd Père, 



Le plus humble de vosfefukeHf$ P 
Longs de Pe^tcu. 

De Maragnan au Fort S. Louys 
lez.deluilletitfij; 



f 



n 




COTPie DE LA LSTTRê 
dufieur de Te peux emoyee au Re* 
uerend Père Claude d\.^beuille 
Tredicateur de l'Ordre des Ter et 
Qtfucins de la Trouince de Paris. 

On Père, le vous fouhak- 
| te autant de confolarion 

en la pourfuitfe de voftrc 
^ négociation par delà que 
vous en receurez îe m'aflTeure, par l'am- 
ple relation que vous font nosPeres de 
pardeçà, de tout ce qui eft pafie depuis 
voftrc part 5 de Teftat où nous fo mmes à 
prcfent& des apparences deladuenin 
où vous remarquerez le foing que 
prend noftre Seigneur, tant delà con- 
duire de noftre petite trouppe , en fan- 
té, bonne paix & intelligence, que de 
retenir ces peuples au milieu de leur 
plus grande brutalité, en volonté de 
s'eatircrparrinftruâionqu'ilsefpercnt 



leur cftrc donnée lors que Vous ferez 
acercus dVn plus grand nombre dePe- 
tes en ce lieu , quMs leftnoignent défi- 
rer fort y particulièrement les Princi* 
paux Page de Commet U Tdpouytaptre* 
Tout ce que peuuent faîrcIesPcresà 
leurs demandes , c'eft de les nourrit 
en efperance & de lenr faire entendre 
au mieux qu'ils peuuent, la grandeur SC 
Bonté deDieu: & le grand bien que ce 
leaf fera d eftre Chreftiens, &: d'inftruir 
rclcsbaptifez, départir ce Sacrement 
âuxenfans & à ceux qui lé requièrent 
fc mourans tant hommes que femmes, 
& de mcfme aux feruensquiperiffent 
en ce defir , comme ils peuuent vous 
auoir eferit d'aucuns, encore nefçau-» 
roient-ils fuffire à toute cette multitu- 
de , feulement ils font bien cmpefcheZ 
àceuxde cette I(k. CarlePereYues 
ncfçauroit abandonner le Fort, moins 
à prefent qu e iamais , tous les Fran çois 
s'y rctirans fur le départ de Monfieur 
delà Rauardiere. Sa demeure afîiduc 
n y eft point inutile parles bonnes pré- 
dications qu'il y pratique toutes les fs- 
fies & Dimanches depuis qu'il a recoin 
uert fa fanté* Ce nous eft bien de h 



confolatîon parmy nos petites peincsj 
Le Pcre Arfene d'autre part fait tout ce 
qui luy eft poffible tant à Iunipœran 
quauxenuicons, &trauailie tantquil 
peut à apprendre la langue: & fi,com- 
meiecroy, ils vouspcuuent auoir ef- 
crit tous deux qu'il faudra que leiitPe- 
re paife le plus iouuent à TapQayuperé 
pour contenter ces bonnes gens quilc 
défirent 5 & confirmer nosnouueaux 
Chrefticns. Ce font nos chefs amis 
& ceux qui nous ont plus affifté iuf- 
ques à piefent, tant de leurs farines, 
bennes harangues parmy les leur 5 qu'à 
nous fortifier : ils méritent bien cette 
gratification. Parla y vous lugerez fi 
lefciits Pères font occupez. Ils vous 
peuuent auflfi auoir donnéconnoiffan- 
ce de la reiblution que prennent les 
Tabaiares de fe retirer parmy nous & de 
fe faire Chrefticns. Déplus la grande 
Nation qui eft à Virmi^ reconnuëpar 
quelques- vns d'eux, auec laquelle Ton 
tient la traite fort bonne , ie me rap- 
porte à ce qu'ils vous en difent,ie ioin- 
dray feulement mon aduisauleur,qui 
eft qu'il fe trouuc autant qu'en lieu du 
monde à profiter au falut des Ames 

en 



39^ 
en ce lieu icy,&: qu'il femble que tout 

fc difpofe d'enrichir le nom François 
d'vne libelle dépouille , pourucu que 
Ton n'en meprife le bien; &t qu'il plaifç 
à leurs Majeftcz d'appuyer le zèle de 
tout voftre ordre à vn fi fainft cruure 
par leur libéralité , car il eft tout cer- 
tain que Tans cela,il ne fe peut par voy e 
humaine y paruenir. Vous enfçaurez 
affez déduire la manière fans que ie 
m'eftende dauantage à vous en propo- 
ferles moyens» Ce nous cftvn grand 
repos &vne efperance bien forte Ca- 
chant la connoiflTance qu'auez de ce 
qui eft propre en ce lieu 5 tantpourle 
fpiricuelque le temporel, ôd'affe&ion 
particulière qui vous accompagne au 
bien de cette iufte caufe , que foyez 
portéaulieu où illafaut plaider D late- 
nant cotnme gagnée eftât en fï bonne 
main que la voftre &: de Monfieur de 
Rafilly , lequel ie in afleure ne man- 
que dauoir des affaires beaucoup, où 
voftre affiftanec luy rapporte grand 
foulagement. Et croyez que bien fou- 
uent lors que iecontrepcfe & balance 
les peines de vous & de nous 5 ie trou- 
ue que baftir de bois & de terrç 

Ddd 







& le fais de porter lVn & l'autre Conti- 
nuellement ne nous cft fi lourd& péni- 
ble que la charge que Ton donne à vos 
cfprits par delk 5 vousafleurâtque nous 
auonsau moins cet aduantage D denc 
patiçqueducG(ps>fîce n'eft en confia 
derant vos incommodité^^ car dés 
voftre départ il y a eti vne fibo nne cor- 
rcfpondance entre les PereSjMonfîeur 
de la Rauardiere & nous autres , que 
tous auonsvefcu en tranquilite & en 
mefme égalité de volonté au bien 
commun Ceft par là où Ton voit ce 
que peut faire vne petite trouppe bien 
condukte* Et certes nous pouuons 
donner cette louange audit fieurrque fi 
nos fnfdidtsPcres fe font eftudiez autât 
qui(epeutàlerefpe<fter& honorer D il 
n a manqué d'en faire le mefme à leur 
endroit & de les affifter de tout fon 
petit pouuoir. A leur exemple tout no- 
ûvc monde a pris ce chemin .> & ne fe 
font rendus difficiles à tout ce que 
leur dcuoir & robeyflanec les obli- 
geoit 3 nes'eftansiufques à cetteheu- 
re efpargnez: depuis le plus grand 
■iufques au moindre à tout ce qui 
leur a cité commande pour le tra* 






394 
bail qu'ilnous faut faire, ny rie perdans 

courage à continuer ce qui eft com- 
mencé* Ces bottnes volontez meri- 
tentd'eftrevniourrecôpenfées d'hô- 
neur & de bien lors qu'il Ce pourra* 
Aufïîleurpromes-ie hardiment mon 
tefmoigruge, &jfur tout à ceux qui y 
mettent ta main de meilleur cœur. 
Ces occupations terreftres nous fonc 
pafTer les iouts & I e temps fi vifte , que 
nousfommeséftonnez de nous voira 
h fin des mois, nous croyans encor 
au commencement. Meilleurs les A- 
xnazoniersneletrouuentficourtpour 
le delir qu'ils ont départir. Nous fom- 
m es à la veille de leur liberté, & moy à 
celle demaprifon, en laquelle ieme 
tiendray heureux pourueu que ieren- 
de auffi bon compte que le defire de h 
charge auec laqudle m'ont attaché 
ces Meilleurs. Ils peuuent au moins 
s'afleurcr que iy mettray mon foing, 
îiia peine & ma vie.auant que l'on Jeur 
ofte ce qu'ils m'ont mis en main, pour 
leur confcrueri'efpere que Dieu m cri 
feralagrace 5 &derivin(pirer ace que 
i'auray à faire.Beaucoup croyer, non- 
obstant les aiïcurâces que ie leur don- 

Ddd Ij 












ne du contraire , que vous nereuien- 
drez plus en ce lieu. Vos reuerends 
Pères nous doiucnt à Dieu&à nous fur 
leurs confciéces^voftre retour, & vous 
ledeuezàccspauuresgcnsà qui vous 
auczdefiacommencèa conférer vn fi 
grâdtrefor,&àtoutcnoflxe copagnic 
qui vous fouhaitteauec paflion & aux 
promefTes que mauez faites de porter 
Icsvolontezde vos (uperieurs. Tçut 
cela me faift croire que rie que la mort 
nenous peut priuerdeect heur,& que 
viendrez à ce coup à main armée pour 
ruiner tout à fait la puiflance de lero- 
pary, qui ne pourra refifter à vne fi bel- 
le Hiérarchie de l'Eglife, vn bon ef- 
cadrondevosPeres&vneadminiftra* 
tion des bonnes loix. Feftime que 
nous ferons cela. Auiïi voy-jc que tout 
eftdifpofêàreceuoirces bénéfices. le 
touche vn mot à Monfieur de Rafilly 
fur la précipitation qu'il pourroit faire 
de fon embarquement, pour pluftoft 
nous fecourir. Oùieluy djs, qu'il vaut 
mieux retarder quelque mois (s'ileft 
befoing)que de faillir d'amener (faute 
de fe donner ce temps) ce qu'il iugera 
pouuoirieruirpourbien appuyer cette 






395 
Colonie. Monfieurle Chcualier vous 
cfcrit afiez amplement , ie m'affeurcj 
Croyczqinlnes'eftefpargné non plus 
que les autres atout ce où il a falu m et- 
tre la main , ou pour mieux dire, que fi 
tous auoient auffi bien faift , noftre 
fort feroic plus auancé.Nous auons eu 
quelques malades&auons encor,mais 
non que les maladies (oient de durée, 
Siienefçauois que ion n'oublie aucu- 
ne chofe àvous efcrire,ie vous particu- 
lariterois tout ce qui s'eftpaflé depuis 
voftre dep.ut, le n eîcris qu'au Reue- 
rend Père Archange, à vous S: àMon-> 
fîcurdeRafillypourcecoup. le vous 
fupplic me rendre participant de vos 
bonnes prières s'il vous plai(t>& ie con* 
ferueray inuiolablement le nom &C 
1 effea de 

Mon Père, 

Vojlrc plus humble feruitenr, 
Louys dePezieit. 

De Mdrâgnan au fort S, Louys •] 
lc2.dcluillct i6\?. 
Ddd iij 



— 







ES C HO SE S 



LES PLVS REMARQVA* 

blés contenues en cefte 

Hiftoire, 



A 




Age dVn 
vieillard in- 
dien , fan 

* Baptefme&: 

C^-^â^. (amort.140 

Tes difeours 
admirables aueç le ficur 
deRafilly. 140.141 
fon grand defir cjinl a- 
ooit d'efrre cnftn'c de 
Dieu. 142. defîre d'eftre 
inftruic en la Religion 
Catholique. 142 

proies remarquable? d.V 



ccluyjà tne£ Et^rnologiç 
de (on nom. 143 

grand Aage de ïoiada * 
Mardqchéç , fain<5fc £*• 
rneon&aurrcs* ' 264 

Abondance d'animaux à 
ragnan tous difFetens des 
no (1res, 208 

Abondance de fontaines & 
deperitesriuieresàMara- 
gnan. m 

A bon dan cç de plantes en ja- 
diéic ïfle. lia 

Abus des^ Barbiers ou Fagé 
Aa 



uages entcndans 
Dieu eftoit mon. 



que 
110 



Sauuages auant la recc- 



TAÀLE. 

d'Ibouyapap, 3^ 

Abyfmequec'eft. 4 1 

duel Àbyfmc reueftoit la Aduertifîement donne aux 
terre au commencement 
du monde- A 1 

^écaioïiy Myry icune en- 
fant admirable. 99, fon 
amitié enuers les Pères 
Capucins >& fa modeftic 
100 

fon induftrie à enfeigner 
aux autres enfans les ar- 
ticles delafoy. ioî 






ptiondfuBaptcfmc. uj 
ilss'affemblentàlunipa^ 
ran pour le reccuoir. 

Aduertiflement aux nou> 
ucaux régénérez decon- 
feruer les grâces recrues 
au Baptefmc fol. 

138 rr M 

ssicaiou Caonin certain jus Aduertifîement aux M ara* 
des Topinamba. 301 gnans del'eftablifomenç 

zAcangaop ou jican'afoya* des aimes & cftendarrs 
ne, e(pece de bonnets des de la France . *$9 

Topinamba. 173 AduisauxP.Capncinspour 

Accord de quelques Indiens fe rendre à Maragnan 



Aduis auxSauuages de quit- 
ter la pluralité des fem- 
mes, & ne plus proftituer 
leurs filles. 75 

Méfie. 64 Aduis donne au Perç Arfc- 

mefcohtentement qu'ils ne & au fieurde Pezieu, 

de fe tendre au fort la 1x1 et 
Louyspour importantes 
affaires. *5^ 

Adois aux Chreftkns ma- 
riez. i%° 
Adultère combien odieux 
Ddd 7ÔJ 



dlbouyapap aucc les Por- 
tugais. 81 
Admiration & deuotion des 
Sauuages Maragnans à 
voir les cérémonies de la 



eurent , voyans qu'à l'of- 
fertoire on les fegregeoic 
' du fainâ facrifice com- 
me les Catéchumènes- 
64.65 
Admiration, grande dcsSau» 






TA 

entre les Saunages. 172. 

m 

Affe&ion du peuple de Pa- 
ris vers les Maragnans. 

Affeétion que I^s Angîois 
tefmoignerent aux Ca- 
pucins a leur partement 
de Piernuë. 2.5 

Âffe&ion du fieur de RafiL 
ly enuers les Indiens. 
%%9 

AfFe&ion des Indiens en- 
uers les pères Capucins. 
91 

Affc&ion de SerottwéVim- 
cipal de Tapouytapere^n 9 
Uers les François, foi. 

MkangetAr fronteaux des 
Topinamba. 274 

Affe&ion du Chef de Ma- 
youe enuers les percs Ca- 
pucins» 13$ 

Aigie & la belle propriété' 
d'iceiuy* , H5 

TAk extrêmement modère 
au Brefil 8c en Fille de 
Matagnan, /941 

t0.QM.#y vue forte de iar- 
navrs des Maragnans» 
274 



ÈLE. 

t^itmacar^ collier des To- 
pinamfya. 174 

e^fw^««,petites logettes 
que les Indiens failoient 
pourlogerlesPp. Capu- 
cins. 64 

sAionpme dreffeàTimbo- 
hu par les Sauuages 
pourferuirde Chappells 
ni 

Altération de l'air parla va- 
riété des vents. 197 

Ambaffade aux Indiens de 
la grande Ifle. fol. p. 

Arpbadàde vers les habi* 
tans de TapoHytafere, 

15? 
Ambaffade vers les habfc- 
tansdeComma. 1/8 
Abitieux déplorables. 22. 

25)7 
Ame , les Topinœmbœ h 
çroyent immortelle, 

l'Ame prend fon origine 
immédiatement deDicu» 

74 
l'Ame efterée dans le «corps 
ôc ne defeend du Ciel 
daiis içcltîy .> là mef- 
mc* 






WÊÊ/ÊËËÊËÈËÈËÊÊÊÉÊÊÊÊmÊÊÈÊÊÊÊÈm 






TAB 

amitié mutuelle des In- 
diens Topinamba. fol. 

Amour des mères Mara- 
gnantes enuers leurs en- 
fans- *8o 

Amour des Indiens enuers 
le Perc Ambroilc d'A- 
miens pour fes veKus. 

Amour des mores Indien- 
nes enuers leurs enfans, 
&ledefir deleuraduan- 
cemenc fpirituel. fol. 
çz 

les Anciens Pères ou con- 
toient le commence- 
ment de Tannée. $8 

Ange Cuftodc que fert en- 
uers les mefehans. Fol. 

m 

Anglois comment appeliez 
par les Topinamba. 
2^8 

Animaux terreftres s qui 
courent parmy le pays de 
Maragnan. Zj\9 

Animaux fe ttainent fur ter- 
re à Maragnan. 241 

Animaux imparfaits ou 
vermines quifetrouuent 
ordinairement à M^ra- 



LE. 

gnan. 2 H 

Animaux qui fe trouuenE 
communément à Mara- 
gnan. 2o£ 
Anne que fignifie en Hé- 
breu. . 5^ 
Appareils des Maragnans 
pourlapefche. $07 
Appareils & cérémonies du 
Baptcfme de crois In- 
diens. 5^7 
Arabie deferte pays plat 
&bas. 16 
Arbres remarquables au 
long des coftes de la mer 
vêts Maragnan» * qui 
rendent cefte lile met- 
ueillcufement forte. 

l 79 
les Arbres ne fe defpouil- 

lentau Brefii en aucune 

fai(on. 2,14 

Arbres frui&iers cxcellens 

au pays du Brefii. 214 

Arbres remarquables en 

Maragnan & quels. 

227 
Arbres fruitiers de Mar4* 

gnan en quantités & 

quels. x17.218.124 

Arbres remarquables à Fer- 

nand de la Rongne. 53. 







TA 

font hiéroglyphes du 
pechef. J4 

l ? Argentmonnoyé n'eften 
vfàge entre les Topi- 
namba. 297 

Armes de la France comme 
furentplantées à Mara- 
gnan. 164 

Armes des Indiens Topi- 
namba* i$$ 

^rriueedufieur de Rafilly 
auec fa côpagnic à Etta- 
yue^Eucaîou & ëuœpar. 

Arriuécdes PP. Capucins 
au Cap de ia Torruë- 

Arriuée des PP. Capucins a 
rifletce fainde Anne, 

51 ; 

Arriuée du Regcnt à la Ra- 
de du Havre de Grâce. 



H 

Arriuée des Topinamba 
dans Paris. 358 

Ârriiiée des PeresCapucins 
àltpary. no 

Arriuée des Percs Capucins 
foubsla ligne equinoxia- 

. le \ ; mi 

iVrriuee dcsPp.Capucins en 
Wfle de waragnan* éi> 



BLE. 

comment ils (c reueftent 
d'habits plus légers éi< 
la bonne réception que 
leur firent les Topinam- 
ba- 61.61 

Arnuée des Pp. Capucins \ 
Fcrnand de la Rongne. 

Affauc que les Portugais 
donnent à vn village^/- 
houyapap. S 4, 

Affemblee des. Indiens 
pour entendre la parole 
de Dieu à Iuniparan. 
io£ 

Affemblee des Indiens de 
Iuniparan pour enten- 
dre la do&rine Chré- 
tienne. 11^ 

Affemblee du CarbctàPar- 
riuée des PeresCapucins 
à Mayoue. 13^ 

Affemblee des Indiens au 
fore fainâ: Louys pour 
planter Teftendart de 
France à Maragnan* 
16a 

Affemblee àxxCarbet à Iuni- 
paran à Parriuée des Pè- 
res Capucins ôc du fient 
deRafilly. ibr 

Affemblee desindiens pour 
planter la Croix. 86 



TAB 

'j&ffbyaue manteaux deTo- 
pinamba. 274 

Aflociation du fieur deRa- 
iillyauccla Rauardiere, 
pour aller à Maragraan. 

Attours des Maragnans es 
ioursde leurs aflemblécs 

Auarice^ommea comme- 
ce à'fe gliffcr entre les 
Maragnans, parmy les 
richeffes. 286 

Auaricicux déplorables. 

Auidité des Topinamba, 
principalement desvieil- 
les femmes > à manger la 
chair de leurs ennemis. 

194c 

i 3 Axe de la Sphère du mon- 
de. 34 

B 

BAleines&Matfouins. 
30 
Baptefme des quatre en- 
fans du grand Bouronm- 
chdttcquï eft le principal 
de toute rifle de Ma- 



LE. 

ragna, & les cérémonies 
ob fer uees audit Baptef- 
me. 12$ 

Baptefme pourquoy infti- 
tue. 3 6 S 

Baptefme des trois Indiens 
dans l'Eglife des Pcr/es | 
Capucins de paris. 367 

Baptefme du ^zmAcaioiiy- 
miry & de quelques au- 
tres Indiens. 131 

Barbiers des Topinamba 
mal- traitiez du Diable, 

3*4-3*5 

Bafedela terre. 44 

Baye de Maragnan mer- 
ueilleufement grande.iy^ 

Beauté de flfle de Mara- 
gnan. 2iï 

Beaut» du Brcfil £>our les 
belles fleurs & racines 
qui s'y rencontrent. i*$ 

Beauté des lieux circon- 
uoifinsd'iceile. 212 

Beauté & bonté d'vnpays 
en/qnoy confite. 111 

Benellîâion de la croix , 
plantée dans l'Iflette 
fajn£te Anne. 52 poufe 
quoy nommée Miette. 
59. 60 



TAB LE- 



Benedi&ion de lifte de Ma- 
ragnan. 90 

Bcnedi&ion & adoration 
de la Croix en Plfle de 
Maragnan- . 88 

Beftes féroces de Maragnan 
de diuerfes fortes, fol, 

25t 
Bienueillance d'vne femme 

de Coyieup vers les Pères 

Capucins. 739 

BienueillanceduRoy &de 
la Royncenuers les To- 
pinamba. 341 

Bienueillance de leurs Ma- 
jeftez tres-Chreftiennes 
enuers les Maragnans. 
142 

Boifïbn ordinaire des Ma- 
ragnans. 30^ 

Bomondss Maragnans au 
defaux des vignes qui ne 
fe trouuent en ce pays là 
non plus que le bled. 

m 

Bonté de Peiprit & Juge- 
ment naturel des Topi- 
namba. 312 

Bonté admirable des eaux 
àç Maragnan au regard 
des noftres. 205 

Bornes du Soleil font les 



deux Tropiques- î?j> 
i?0flC4tf ^efpecede gril dont 
les Topinamba fe fer- 
uent pour boucan ner 
leurs ennemis» 204 
"Boy-été Serptent beaucoup 
plus gros que la jambe. 

Brauaches du meurtrier 
préparé pour mafïacrer 
quelque prifonnier entre 
les Topinamba. 255 

Brefil combien tempéré, &c 
fur coût Maragnan. 200 

Brefil deicouubrt pat les 
Pp. Capucins y allans. 

5$ 
Btefilvray pays des oy féaux 

20$ 
Brefil pays très beau & très- 
bon. *ii 



CAnnibales comme a- 
bandonnent Cotioùa 
pour la venue des Por- 
tugais & autres* 78 
Caouin prepard par les fem- 
mes. 30^. leur prépara- 
tion pour aflifter à leur 
Caouin» là mef. 




TAB 

2&p£e Bajador. *5 

:ap des Barbes. *6 

Zzp de la Tortue très -a- 

bondanten viures- 55. 

Cap de Palme. *7 

£apbUnc. *& 

Capucins priez de baptifer 
deux enfans à Timbobit. 
m 
Capucins en quel lieu eu- 
rent lcSoleil pour Zenit. 

Capucins admirez des Sau- 
nages pour leur conti- 
nence- ^ 74 

les Capucins defirez parles 
Topinamba en chacun 
de leurs villages. fol. 

9\ 

Carbet d'Euflaouap a l'at- 
riueedu tîeur de Rafilly 
auec fa compagnie- 
148 

Carbet des Maragnans , Se 
fa forme 3 l ? 

Ctrbet ou afïemblée des 
Sauuagespofépar iccux 
près l'Eglifc de Mara- 
gnan. n<? 

CarajoHt cfpece d'orne- 
ment des Yicillards To- 



LE. 

pinamba^ *^4 

C trottât Apirtn é IoHAHAte- 

Jtc frères , Principaux de 

Comma. *j$ 

CarypyraTabaiarc appelle 

François. 34** 

Cafané efpecc de gafteau. 

30$ 

Caufc principale de lâcha- 
leur ou froideur des Ré- 
gions. *?* 

Caufcs matérielles dediuer- 
fes maladies- *6 $ 

Caufcs naturelles & diuer- 
fes du flux & reflux delà 
mer. ,49 

la Caufc des météores &C 
prodiges qui fe forment 
en l'air quelleeft-elle.foL 

Cayété première demeure 
des Topinamba- 259 

Célibat pourquoy com- 
mandé aux Preftrcs-' foi* 



75 

Cercles polaires, l'vn Ar&i- 
que & l'autre Antarcti- 
que- : 3$ 

Cérémonies du Baptefmc 
pourquoy inftituées, 
}66 



TABLE. 

Cérémonies & proceffion de l'homme» 2 ç>) 

folemnel à planter la CogneiiTanccqdèles Ma- 

croixà Maragnan. 86. ragnans ont des Afttes. 

Cérémonies desTopinam- 516 

ba au maffacre de leurs Cognoifîancc qu'ils ont 

prifonniers. 290 du Soleil 320 cognoif* 

Charité admirable dcsSai> fent les années là mef. 

uages, ôc de leurs fera- Cognoiflanceque les To~ 

mes &enfansenuèrs les pinamba ont de Dieu» 

Capucins. \ ^j 322 

Chaleurs exccffiucs de la Commandement de faMa : 

Zone Tonide y caufen^ jefté à la Rauardierc 

tonnerres & efclairs. 29 d'accôpagner dès-Vaux 

Chanté remarquable des à Maragnan» u 

Indiens bien que Saù- Communion de tous ceux: 



uages , vers lesCapucins 

& François. ^ 

Chiens Domcftiques de 

Maragnan. 240 

CheutedeThommî parle 

premier péché. 108 

Chofcsquicaufcntft'mpu- 

reté& corruption, quel- 



de l'équipage deMara- 
gnan auant que partir. 
20 
Commutation des mar- 
chandifesvfitee entre les 
Maragnans fans vfage 
ny d'or ny d'argent mô- 
noyé. i 99 






les font cl les. 15*2 Comparaifon dVn vieil- 

Chrcfticns pires que les lard Indien aticc l'Aigle. 

Sauuagespour lalubri- 146 

• C ' IW J : n 5 Comparaison delà tempe- 

Cieux comment font ny rature du Brcfilaueccci- 

temperçz ny in tempe- le de France. jj 9 

. rcz - 190 Comportements des In- 

Climat chaud plus naturel diens Topinamba pour 

que le froid pour la vie delibererde quelque en- 




■fe* 



TAB 

treprîfe. *$7 

Condition de toutes per- 
fonnesau Bapcefme font 
pareilles. 377 

Confeflcr Dieu & deman- 
der le Baptefmeeftvn ef- 
ft&dufaindEfprit. 117 
Confiance&deuotiô dePa- 
toua Topinâba à laCroix 
auant fon baptefrhe. 357 
defir qu'il au oie d'aller au 
Ciel. ; 358 

Congratulation de TAu- 
thcuràUFrance. 378 
Confidcration fur le nom- 
bre des trois Indiens dé- 
cédez. 3^° 
Confidcration fur le parta- 
ge des fix Indiens venus 
en France* 3. cftans décé- 
dez de 3. demeurez au 
monde 360 
Confideration notable du 
corps Se du fang de no- 
ftre Seigneur en la terre 
des Saunages. 116 
Confédérations diuerfes 
fur le nom des Indes Oc* 
cidentales. zij 
Confidcration remarqua- 
ble fur la conucrfiiondçs 
Topinamba. ÛJ 



le; 

Conftantin Empereur gue* 
ry de la lèpre corporelle 
auffi bien que de la fpiri- 
tuelle par le moyen du 
Sacrement deBaptefmc 

m 

Confiance du Reuercnd 
Pcre Ambroife , cn.fcs 
deuotions auanc qu'il 
fuft Religieux. 134 

Confiance des nouueaux 
régénérez de Maragnan, 
combien grande. 130 

Confiance êc paroles re- 
marquables d'vn Taba- 
ïarc proche de lamorr. 

V 1 

Conuerfation mutuelle 

des Indiens Topinamba* 

18$ 
Confiance & deuotion de 

Manen Topinamba en* 

corc catéchumène. $99 
Codes de Barbarie & d'Àf- 

frique. H 

Contentemêtde SouOnaf 

fome à ouyr parler de 

Dieu H% 

Contentement faSouQuaf* 

fome S&uuagetïh venue 

d'vn Capucin. 141 

Coton oà il ctoift. u£ 






TAB 

Conay 9 Chouan* brafTelets 

i des Topinamba. %7$ 

Counoific du Gouucrncur 

dePlemuëcnuerslesPp. 

Capucins & autres de 

leur équipage. 24.Z5 
Couronne du Roy très- 

Çhrefticn Louysxnr.tri- 

:pft' 1^4 

Courage guerrier des Topi- 
namba. 248 
Cours du SolciL régulier & 

irregulier. 189 

Cours du Soleil, toufiours 

inégal, 40 

Couftume plaifante des In. 

diensà fc veftir. 264 

Couftume des Maragnans 

quand ils veulent punir 

quelquVn. 174 

Couftume des Romains de 

planter leurs Eftcndarts. 

1*5 
Couftume des Indiens de fc 

peindre la face & le corps 

271.272 
Couftume des Maragnans 

de fe percer la leure. fol. 

Couftume des Indicnspour 

leur coucher. 283 

Création d-e l'homme & de 



LE. 
la femme.'. /ol 

Crocodiles,Crapaux & au- 
tres beftes feruent de 
bonne nourriture à Ma- 
ragnan, n'y portans au- 
cun venin. j^ 

Croix plantée à Fernand de 
laRongnepar les Pp.Ca- 
pucins. jj 

la Croix plantée en Occi- 
dent foubs la protedion 
de Marie de Medicist 

la Croix vray arbre de vie, 

54 

Croix fabriquée par les In- 
diens Topinamba. 116 
Defir qu'ils auoiçnt de 
la voir plantée. 117 i 

Croix adorée par les Sauua- 
ges , & plantée à Iunipa- 
ran. 117 

la Croix plantée à Eufla- 
oiiap. j 4 2 

Croyace des Sauuagcs Ma- 
ragnans. 104 

Croyance qu'ont les Sauna- 
ges de DicUjdc la création 
de l'immortalité de ra- 
me, du déluge, &c* 
6 9 

Croyance 




ÎÂB 

Croyance des Maragnans, 
de leur mal- heur & de. 
noftre bon-heur. 32.Z 

croyance qu'ils ont du bien 
& du mal. 3 2 3 

concorde des Maragnans 
en leur mariage remar- 
quable. 2,60 

cruauté infignedcs Mata- 
ghans entiers leurs pn- 
fonnitrs. 29° 

cruauté & Barbarie des 
Maragnans changée en 
douceur & bénignité. 

Ouauté &barbariedes In- 
diens Topinamba. fol, 
287 



DAnfes fort fréquentes 
entre les Maiagrians 
255) 
Dânfci ih Màrâgnans 
moins perilleufes que 
celles de pardèçà. i$9 
Deformité du corps rare 
D entre les Maragnàns. 
z6± 

éfai&e des portugais en 
là montagne dHbouya- 



LE. 

pap. ■ . fy 

Dignité de l'âme d'audit 
chacune vn Ange Cu~ 
ftode, combien grande. 

Délibération des Pères Cà- 
pùcinS auec le ficur de 
RafiUy pour vifiter les 
villages de Maragnân. 

M ; i 

Déluge enuoyç poût U 
malice des hommesi 
108 
Délibération du rétour en 
France; 33° 

Detrieurc du Père Arfenc 
danslùniparan* i}£ 
département des Pérès 
Capucins deFcrnanddfc 
la Rogne. *5 

Defcription dellfledeFer- 
handdekRongnc» 51 
Defcription de PEftendarc 
donné pat la Royhc Ré- 
gente pour la million de 
Maragnàd. /^4 

Defcription des Mara- 
gnans en leur Çaomfl 

Dèfiir du Reuerend père 
Ambroifc d'eftre mef- 
prifé pour l'amour ds 
E ce 




TAB 

Dieu^ '34 

Defir qu'il auoit d'endurer 
le martyre pour Iefus- 
■ Chriftvisj. fa charité 
quelle eftoiî * là rnef- 
mc. 
Defir des Sauuages de rc- 
ceuoirlc Baptefme affin 
de n'eftre plus fegregez 
dclaMeffe^oy priuez des 
traces qui s'y confèrent. 

Defir que le Père Ambroi- 
fc auoit du falut des âmes. 

Defir ardent de Carypyra 
de icceuok IcBaptefrne. 

W •• <r ■< 

Defir de J*pJ Ouapu de 

voir Tes enfans * enfans 
de Dieu. 105 

grand Defir de Souaffonac 
vieillardSauuage 5 d'eftrc 
iiûCt enfant de Dieu. 
14 2 

Deuotion remarquable des 
«Topinambaen l'adora- 
tion de la croix, $8 

Dcaotien remarquable 
des ieunes Indiens d %■ 
flreinftruitsalafoychre 
ftienne v ; 9** 



L E. 

Deuotion remarquable 
des Indiens receuans la 
fain&c communion le 
iour de leurs efpoufaiN 
les, 131 

Deuotion des habitans 
d'Euflaouap à l'endroit 
des Capucins. 14-$ 

Deuotion de TAbbefle de 
Montiuiliersenucrs les * 
Maragnaos. 337 

Deuotion des Indiens de 
Inniparan a. la croix.fol. 
12.4 

Deuotion des Indiens au 
fignedelacroix. 87 

Deuotion remarquable du 
Roy & de la Roynè 
pourlefalutdePyrauaua 
Sauuage. 378 

Dextérité grande des To- 
pinamba à tirer <dc l'arc* 

le Diable apparoifl: àLouys 
Marie Indien par trois 
fois- 375 

Dieu ne veut eftre prcfché 
ny cogneu par leDiable 
& fes fuppofts. 37? 

Dieu donne à tous des grâ- 
ces fuffifàntes-pour fc 
iauuep J45 






f A 

Ôièii ne permet que fes fer- 
uitcurs foient en conti- 
nuelle ioye ou triftefle 
en ce monde. iji 

Dieu comme tire vh bien 
d'vnmaî. 3x4 

î>icu donne fes graefes ù qui 
bcmluyfcmble. 143 

Difficulté de conferuer les 
liqueurs àMaragnan de- 
dans les vâifleaux de 
bois , Se pourquoy. 

Diligence des Indiens de 
Iuniparanpourcftre in- 
ftruits es myftcres de la 

, foy. ii4 

Difcours admirabledu chef 
de Timbohu faiâ: aux 
Capucins, tn.nz. mort 
d'vn de fes enfans > lk 
mefniè. 

Difcours remarquable de 
Iapy Oiiaflbu principal 
dcMaraghan. 6%.&$ 

Difcours admirable de 
Soiiâflbuàc auec le fient 
de Rafîlly- 140 

Difcours quelesTopinam- 
Ba tiennent à leur pri- 
fonnier préft à çftre maf- 
fia é« %$i 



BLÉ. 

Difcretion d'vn Payén In- 
dien pour cuiter les 
occafions du mal. foL 

Diuerlîtë de Monncâ o€ 
Guenons auBrefil. fou 

Diuèmté de Perroquets & 
autres ôy féaux au Brefih 

là Diucrfité des faifons 
c^ufe beaucoup d'in- 
colrhmoditez* zoi 

Diuiiion & fepâration des 
Indiens Topinamba 
caùfee par vne femme; 
là 

Douceur du R. père Am- 
broife enueit lesautres^ 
& l'aufterïté vers foy 
mefme. 134 

Douceur des François efti- 
mée des Sauuages. 70 

Dodrine faufïe d'vn cer- 
tain perfonnage donné 
aux Indiens dlbouya- 
pap. 8i 

Do&rineChreftienne an- 
noncée pour la première 
fois aux Indiens Topi- 
naîhba, xo? 

Eee ij 







TA 

Jjoânne Chfcftiennc ne- 
ceflàirc à falut fol. 



EAux de Maragnan & 
lieux voifins tres-a- 
bondantes en poiflbns 
meilleurs que les noftres 
203 

Eaux deMaragnan fore fai- 
nes à boire. 206 

les Eaux n'ont cfté tou- 
jours efpaifles comme 
elles font. 4* 

quand furent efpaifles, 
enfuyuans. 

l'Eau & la terre ne font 
qu'vn feul globe. 4^ 

Eclypfes & leur caufe. 

37 
£ffcds diuiiis de l'eau Ba- 
ptifmafe, pourquoy ad- 
mirables aux Payçns. 

Effe&sdufîgnedelaCroix 

Effe&s admirables de la 
température du Brefil, 
& particulièrement vers 
Maragnan. aoo 



BLE, 

£ffe£ts admirables de la pa* 
rôle de E>ieu annoncée 
auxSauuages. vi 

Effe&s de la Croix, fol- 

Eleâiondcs Pp. Capucins 
pour planter la foy à 
Maragnan. ij 

Elément de l'eau pourquoy 
appelle Mers au plurier, 
pi luftoft qu'au fingulier. 

Eléments pourquoy ne 
font totalement en leur 
eftat naturel. 41 

Elemens ne produifenc 
que par la mixtion. 
201 

rEuefque de fain<£fc Maîo 
fe transporte à Cancale 
pour bénir les vaifleaux, 
4. Croix ôc les eften- 
darts. 20 

S. Emulation des Indiens 
de Carnaupiot izo 

Enfant premier baptifé fo* 
lemnellcmcnt à Mara- 
gnan. .94 

Entrée du ficurde Rafîlly 
à Maragnan. 60 

Entrée folcmn elle de Caro- 
xatœpiran à Comma, re- 




TABLE. 

tournant vi&orieux dV. Exemple mauuais dcsFra- 
ne guerre fanglantc. f. çois combien prciudi* 
ï5 g ciable entre les Indiens. 

CTtrcprifeduÇapitaincRif- 175 . , . 

faulcpourle voyage du Excmple& fonvtihtepnrr 
Brefil. à cipalemenc cnuers 



Equinoxes de Tannée font 
deux en nombre &quels 

Ethiopiens noirs &creipe- 

lus&pourquoy. 166 

Etimôlogie du nom du 

bon vieillard Sotiajfoa- 

Efpece de Religion entre 



ieunefle, ïoo. 

fon édification. 101 

Exercices des Maragnans. 
2^.306 

Exercice ordinaire des Ma- 
ragnantes Se de leurs pe- 
tits enfans. Î50-JJI 
elles ont foing de tout 
lemefnagc, enfuyuans. 



fes Maragnans. J i2 Exercice des femmes cfcU- 

Efpeces de vers fort faf- ues entre les Maragnans. 
cheuxquife trouucnt à 282. 
Maragnan. 258 Expérience des Maragnans 

Eftabiiflement dVn certain de plusieurs fimples. fol. 
perfonnageà Iuniparan 32.0 
pour Finftruâion des 
Indiens. n8 F 

Eftendarts de France plan-» 
tezparlcs Indiens mc(- 
mes auec folemnite. 
163 

TEftre des animaux tçrre- Façon des Indiens de pot- 

ftres dépend des ani- tçrlesch«ucux s &.fc pei- 

mauxceledes. 13e cet les oreilles ,& porter 

Excez des Maragnans en despierresàlaicure.267 

leurs boiffons. ^01-304 '*$* 

E ee iij 



F 



Agilité deviurc à Ma- 



ragnan. 



2IO 






• 



TABLE. 

Farines diuçtfes des Mara- Ferucur remarquable des 

gnans. 3°4-3©5 SauuagesenucrslcsCa- 

Farinc de garde des Mara- pucins. $%, 

gnans. 505 Ferueur admirable des In- 
fécondité admirable des diens en plantant la 

Indiens- 265 Croix. 8%.%ç 

Femme Saunage vifitant & Ferueurs remarquables des 

entretenant fon Père Sauuages de lupiparan 



tout vieillard.» de bon- 
nes nouuelles& fainâs 
difeours. 140 

commence à catechifer 
fon Perc,là mel 

femrpe Indienne comme 
prie les Pères Capucins 
debaptifer fon fils, fol.' 
27 

Pommes Indiennes pîqs 
humaines en la nourri- 
cure de leqrs enfans 
que piufieurs femmes 
Chrétiennes. i%i 

Femme Sa nuage aflaflînee 
pour fou aduJterc,&fon 
corps démembre aufli- 



pour auoir vne Croix 
plantée , & vn Pcre Ca- 
pucindemcurantenlcur 
village, iof 

F c rueur &c deuotion admi- 
rable des Indien$. fol. 

112 

Ferueur des Indiens renon- 
çansau Diable & à tou- 
tes leurs mauuaifes cou- 
ftumes, 117 

Fidélité des Maragnans 
enuers les François 
combien grande. 174 

le FilsdeDieuapcufinéli- 
fier les chofes profanes» 



tQr ^ 173 Fille ifauqageinftruisat fon 

FernanddeîaRongnetrc?- pçre de ce qu'elle auoit 

abondant en oyfeaux., apprinsdelafoy Catho- 

xo j lique, x>4} 

Fertilités de Maragnan & Fleuues du Brcfil admira* 

autres lieux voifins. blés. in 

101 Fleiuie deMaragnan m fe 




TABLE, 

trouueauBrefil. 177 de la Croix. 1$ 

Fleuucs admirables du B re- Ficrcs Mineurs depuis <^ua- 

.gj 1^4. tre cens ans ont plante la 

Fontaines belles & engrîd foy prefque par touu|« 

nombre d'eau doucesa \6 * 

Maragnan. 205 Fuite de la Vierge en Egy- 

Forces & allegrcfles des M a- • pte. l0 ? 

ragnans- 2.^2. 

Fort (ainft Louys & fa fei- G 

tuation- *8z 

Force &induftrie desMa. f^^aan ornement des 

argnars. ^ ^1 petits enfans Indies. 

Fortercfle des Indiens con- 277 

tre les portugais. 7?. Gnaliome chaudrons des 
89 Topinamba. ^ * 8 S 
François mefle* auec ceux gnaofsin ou Gnaipépam** 
àcComma en v ne alarme mites des Topinamba» 
pour aller contre les T/*- 283 
Irfiirtt ennemis mortels Guen©ns & Moncsdç ai- 
des Topinamba, fpl- uerfes fortes. *5 X 
ijS la Guinée dangereufe pour 



François debatent de l'é- 
quipage de Maragnan* 
1^.20 

François logez chez les 
Sauuagcs à Maragnan. 

François quelle récompen- 
se donnent aux Indiens, 
du bon traitement 
qu'ils leur font. *$6 

S* François port'enfeigne 



les maladies qu'elle czn- 

Guinécpourquoy malfai- 
ne. *5>3 

Guenfon d'vn enfant Sau- 
nage malade par la rece* 
'ption du Sacrement du 
baptcfme. 'j£ 

Vaillans Guerriers de Ma- 
ragnan comment fe gra- 
uent le corps. 272, 

Eee iiij 



TABLE 

HiftoireplaifantcdVneln. 
H dicnne. izg 

, Hiftoire d'vn certain pçr- 

TT gangue du fieur de fonnagequi fe difoit eftre 
«irjiRafiJIy aux Indiens defcenduduCie^. 77 
plantansTEftendandela fa témérité 77-78 

France. 161.161 Hommes pomrquoy chau* 

Harangue du fieur de la ues& chenus. 2^5 

Rauardiere aux François Huiftres croisantes aux ar- 
plantansl'Eftendartdela ^bres. 204 

France dans Maragnan. l'Humeur des Maragnan* 
te l * principalement enuers 

Harangue que le /îeur des- leurs ennemis. 321 

Vaux failbic aux Indiens 
Topinambaeftans affem- 
blezenlçurcarbcr. /02 
Harangue £ai$e au Roy 
parler Maragiian s. 341 
Hafledu Soleil ppurquoy 
lie noircir pas tant k Ma- 
ragnan qu'ailleurs, ij6 
Haure oqport deMaragna 

ç 6 

Henry le Grad porroit vnc 

grade deuotionàrEgli* 

le Romaine. 14 

Herbes en grand nombre 

fetrouyentauBrefil fem- 
blablcs auxnoftresiînon 



I 

I^pyOHÀJfqii Principal 
, de juniparan , homme 

d'vn grand efpriç. $y 
lapy OtiajffittiU ioyc qu'il 

auoitvoyant baptifeç fes 

en fan s. /* 

lapy Ou*]Joh comme re~ 

cognoift (on forfait^ 8c 

en demande pardon. 175. 

obtienrpardô defonfor? 

fai<$. i 7 £ 

I irdinsdes Indiens Topi- 

namba. 2$ 



Je Pourpie. lx) f id ia que figr>ifie en He- 

Hcrmitagçs dçlapfimitiue breu > & poir juoy -ajnfi 

b $ iîiç ? uj appeilov z\$ 




Mflfe 



TABLE 

Jhfoy Indien & fcs perfc* Indiens comme reçomenc 



dions. 3^5 

leropary fignifie le Diable 

en langue Tapiuamboj- 

fc. 8 * 

nos Ioprs croitfent & de* 

exoiftent* 3° 

Immortalité de Tamc rc- 

cogneuë des Maragnâs. 
Indien apçcUcJtapoitcouSc 
fon origtnc&perre&ions, 

Indiens de Iuniparan & 
leur diligence pour e- 
ftre inftruiâs es myfte- 
res de la foy. 114. leur 
dévotion à la Croix .9 
là mefme. défirent les 
Capucins en chacun de 
leurs villages. 91 

1*3 

Indiens cfbranlcz par le 
difeours de çJWomborè 



le fieur de Rafiily & les 

Pères Capucins en leuts 

vifues. 5* 

Indiens de Ianouaran s'ac- 

coftêt du lieur de Rafilly 

&desPeresCapuopour 

difeourir. 97 difeours 

qu'ils eurét aueclcsCapu. 

là mcfme.leur'contente- 

ment qu'ils auoient de la 

venue desPeiesCapucins 

Indiens pourquoy font la 
guerre 2^87. comment s'é- 
couragent &fe préparent 
àicellc. 188 

Indiens commencent d e- 
ftre honteux de leur nudi- 
té. mJJ 

Indiens comment donnée 
leur terre au Roy de Fra- 
ce. *J 



ÛaafûH fort preiudicia- Indiens recherchent des 
ble aux François. 151 François la vraye doctri- 
ne fur les abus dvn cer- 
83 



Indiens admirent les belles 
cérémonies duBaptefmc 

Indiés de Itmifaran fc pré- 
parent pour faire hôneur 
au baptdme de leurs en- 
"fins* U7. u% 



tainperfonnage. 
Indiens font ialoux del hô- 
neur qu on fai& aoxau- 
très 12.0. défirent d'auok 
desPP. Capucins en leurs 
villages là ipclme* 




TA 

Indiens comme défrichent 
le haut dVne petite colli- 
ne pour y planter vn 
Autel. 64 

Indiens exilez dansTlflede 
Fernand. 54 

Indiens baptifez, 54 

Indiens Topinamba com- 
me furent feduids en 
grand nombre, &mal 
trai&ez du Diafblç, qui 
s'apparut vne fois à eux 
en forme humaine. 524 

3* Indiens reçoiuent le Sa- 
crement de Confirma- 
tion. 374 

Indiens plus faciles a ran- 
gerpar douceur quepar 
violence. 70 

Indiens T 'opnamb^, redou- 
tans les François de leur 
cruauté commife, 773 

Indiens Topinamba quit- 
tent leur propre pays & 
pourquoy, 2^0 

Induftrie &prudenceauec 
laquelle Ton fit cognoi- 
ftre aux Maragnarîs les 
abus de leurs T^^ou 
forciers. J 327 

Induftrie remarquable 
pour pl m facilement 



BLE 

empraindre la do&rinç 
Chrefticnne en la mé- 
moire des Indiens* /15 

Induftrie des Indiens pour 
polir les vignots &en 
faire des ceincures&bra^ 
celets. *7£ 

Induftrie des Maragnan- 
res. JS £ 

Inftancc de Souaffbu ac, 
d'eftre inftruid pourç- 
ftre baptiie. 141 

InftrudHon des Indiens en 
la do&rineChreftiennc, 

IXJ. 

Inftancc des Indiens pour 
auoir le Baptefme. 

«4 
Ifle de Maragnan & fafu 

tuation. ijj 

Ifle du Cap Verd. 17 

Ifles des Canaries* 25 

Iflette fainâe Anne. 177 
Iwipap quel arbre, & la 

propriété de fonfuc. 219 
Iupiterautheur du tempe* 

rament* 231 



K 



e ou ks0 couteaux 
des Topinamba. 2SÏ3 






TAB 

Ktrembmt fignifie hom- 
me belliqueux. *9 / 

Kerourm moules fort déli- 
cates. *<H 

KtMP pignes des Topini* 
ba. «3 

JCo noms de certains iar- 

? dinsdcsTopin^mba.1^4 



LAmëtatiô desindiens 
pour la mort d'vn 
petit entant. i£% 

Lettre de laReync au Père 
Léonard Prouîncial de 
l'Ordre des Percs Capu- 
cins. '7* 1 * 

Lettre du R. père General 
au Pcrç Lconardprouin- 
cial, pour authorifer la 
Million desPeresCapu- 
cins es Indes Occidenta- 
les. *$ 

belle Leçon pour lesChrc* 
ftièns affiftans ceux qui 
meurent* 350.35X 

Ligne Eclyptique 36. !c So. 

leil fcul tient fô cours na 

turel fousicelle.37.pour 

quoy ainfi appellee ibid. 

Qfnierc du Soleil? %7 



LE, 

Ligne Equinoâiale ne fc 
pafle que difficilement 
50. bon vent requis Se 
neceflaire pour lapafïk 
50.51 les calmes périlleux 
pour ceux qui font en la 
mer vçrs icellc 5T, céré- 
monies des Mathelots 
paflans icelle^à mefme. 
Libéralité mutuelle entre 
les Indiens, 2 $4 

Liberté des enfans Indiens 
Topinamba combien 
grande. z8i. leur refpcéfc 
cnuers leurs parens fort 
grand. z % z 

Loix eftabiies à Maragnan. 

Longueur admirable de la 
vie dcsMaragnans.2^4 

Lune domine fur la mec 
49.ellc n'eft pas caufe du 
flux &c reflux d'iceileJa 
mefme» 



M 

MAigreté redoutée 
des Topinâba./^o 
Mal de mer fpuuent caufe 
parlestempeftcs. 2$ 

Maladies héréditaires font 





TABLE. 

rares entre lesMaragnâs. du pays. ; ïjrt* 

263 Maragnans bien propor- 

Manieredefemer toutesfor tionnez. 167 

tes de grains an pays de Maragnans attirez par la 

Maragnan. 207 douceur, & les raifons à 

j^ftfifljrdotîtlesTopinanî- quitter leurs couftumes 

bafont leur pain. 207 mauuaifes. î l 4>î l S 

tJMampojy nourriture psr- <% Maragnans enuoyez en 



ticuliere des petits enfans 
Topinaraba en guifede 
bouillie. 306 



France en Ambafïade a- 
uec le fieur de Rafiliy. 

m 



Je Sieur du Manoir quel Maragnans cognoiflent le$ 

boncraidleracncilfitaux années. 32Q 

Capucins. £3 à Maragnan le treuuent 

tJMartgnan & &s riches pluficurs bcaqx matériaux 

-commodirez pourcitre pour baftic" 210 

enuironnée de la mer à Maragnans grands difeou- 

rentreede trois belles ri- reurs. /13 

Uieres. \-jg Maragnans belliqueux* 

Maragnans battent la terre 17^ 



quand la Lune a cfté lôg 
temps fansfe monfteef. 

Marqgnans fortraifonha- 
blés. 21 ? 



aMaragnan ne s'y treuucnt 

ny chcuaux,ny bœufs ny 

moutons. 208 

Maragnans memoratifs de 

longues a unes. 310 

Maragnan combien force. Maragnans ne fçauent que 

178» 180 c'eftd'auarice. 2^7 

Maragnans croyentquM y Maragnan pourquoy ap- 

adescfpritsmalings. $23 pellcc la grande Ifle. 177 

Maragnans 6c les coftes Maragnans fuieds aux 

voifincs de très difficile _ Maladies. . 263 

abord i 7 >, clic cft la clef 



TAB 

Mandat* promettent 
leurs filles des leur enfan- 



leurs 

ce par mariage. 2 ?9 

Maragnans bapdfez admis 

àla^effe. '$ 

Maragnans comme cllc- 

uent leurs petits en fans. 

Maragnans pofez en tous 

difcôuts- . ** 

Maragnans ingénieux { tt 
indultrieux. 3 l6 

Maragnans grands chal- 
kurs.307. leurs harnois 
ponrlachaOllàmelme. 

Maragnans ont quelque 
parcelle delà loy de na- 
ture. 

Maiagnan terre tort pro- 
pre pour ks canes de tu c- 

r 209 

cre. . , ' 

Marchadifesdiuerfesqu on 

retire dès à prcfcnt de 
Maragnan. ioS 

M araca dont les Indiens 
fe feruent au lieu d'in- 
ftrumens pour danfer. 
300. quelles font leurs 
chantons, là meime. 
MtreoUft** Principal de 
Carnaupio^&queiilcft. 
n 9 .fott afFedioa enuers 



LE. 

lcficutdc Rafiily & les 
percs Capucins. 119 

Mariage des Maragnans 

27?. 

le premier degte de con- 
faneuinitc feul obferuc 



iguinitc 

entre iccux- 27S 

Mariage à gui permis , ôC 

l'obligation d'iceluy. 75 
Mariniers cotutooientfo- 

leraenflafapience diuine 

pour n'auoir faid l'eau 

de la mer douce. 28 

Mariniers^ leurinuencion 

pourauoirdereau douce 

fur la mer. 28 

zJMay & fon grand reuenu 

au pays de Maragnan. 

207 
Melons viennent en tout 

temps à Maragnan&licux; 

voifins. 207 

MerMediterranec&Adriao 

tique. m 49 

la Mer combien funculc 
45 fon flux&rcflux comme 

fefaia47C c qucc , eft.4 s 
comme il fefaift deux fois 

en 24- heures.enfuiuanr. 

en quel temps il fe hi& r 

48-4?- 






TABLE. 

du Roy des Rois Mi- nage qui fe difoit eftre 
gan cft enuoyc' a Enff*- defccnduduCicl 8j 
onap pour fatisfaire au di- Mort de Patona, fa maladie 
cours dangereux de M o- & vifions pendant icelle 
bore OuaJJqh. . itf %*. le Baptefmc qu'il re* 

Mine braflelets fort iolis ccut auant que mourir. 

desTopinamba 275 jéj 

Miraclesde noftreSéigneur Mouucmët de la mer pour» 

que les Sauuagesadmi- quoyëft inégal 48 

rerent principalement Multitude despetits énfans 

entre les autres. 110 Indiens à voir les Pères 

Miffion des Apoftrcs & de Capucins,& demander fin- 



leurs fuccefleurs. 

Modeftie des petits enfazns 
Indiens. 1S1 

MomboréOuàlTou vaincu 
parlesraifonsdeMigan 
& les Indiens d'Eufli- 
ouap tous fatisfai&s & 



ftruâibn 3c le Baptefmc; 

99. 
Multitude d'Ifletfes fort 

plaifantes qui fe trouuent 
esriuicresduBrcjGl; uj 
Myftere de llncarnationo 

109 



forteontens. i 55 Myfteredu iour S. Claire 

Montagne djùonyxpap, fa ordonné de D>ieu,pourla 
grâdeur&bcauté. 7 8.7^ première % 

Montagne d'Ibouyapap. 
5^ 

Mort des trois Indiens Tou 
pinamba qui èftoient ve- 
nus en France. 24{ 

Mort remarquable de Sà#- 

oHàffbuacJoon vieillard de 

Coyieup. H <$ 

Mort d'vn ecttain perfon- 



Me(fe chantée 
en riflede Maragnan«^4 

Myftere de la Miflîon & 
defeente du fain&Efpric 
m. 

Myftere de la Paflîon. i@ 



N 



N 



Aiflance fpiricuclle 



TAB 

entre les Sauuages. i $ 
Noms du focc & du Haure 
de Maragnan. 90 

Nos diuers,&diuerfes pro- 
priétés des mers d'oùpro 
uiënent. 45 

Noms des crois vaiflTeaux 
qui allèrent a Maragnan- 

12 

Noms des quatrcCapucins 
qui Furent efleuspourla 
Million de Maragnan. 1% 

partent deParis pour s'aller 
embarquer à Can.calc là 
mefme. 

Noms des villages de Tlfle 
de Maragnan & des prin- 
cipaux d'iceux auec leur 
fituation* 182.183 184 



OCean d'vne admira- 
ble grandeur. 4} 
Opinion de ceux qui tien- 
nent que le Soleil s'arrefte 
cftant Tous la ligncEqui- 
noétiale. 40 

Opinion des Maragnans 
du flux Se reflux de laMer. 

Opinion de Mm foré Qn~ 



LE 

aj[<w fur rcftabliflemcîit 
des Fran ç ois à M aragnan* 
les comparant aux Por« 
tugais^o 
Opinion deceuxquicroier 
que la terre eft flottante 
fur l'eau. 45 

Ordre de la compagnie 
Françoifc ÔC des Indiens 
portant l'eftcndart de 
France pour le plantera 
Maragnan* 160 

l'Ordre qui eft en laplura- 
litc des femmes Xndicncs, 

TOr& 1 argent monnoyc 
n'a point de cours entre 
les Topinamba. 199 

Ornemcns de l'Eglifc ad- 
mirez pat les Iadiens. 

O y féaux terreftres qui le 
trouuencau pays de Ma- 
ragnan. *}***3î 

O y (eaux en* grande multi- 
tude couuans leurs œufs 

-dans les herbes &fur ter- 
re en Tlfle de feu. $t 

Oyfeauxcn nombre infiny 
à Fcrnand de la Rorigac, 

Oyfeaux appelez Foutca- 








TA 

des par quel mo^enils de- 
meurent long temps en 
l'air. 55 

Oy féaux du Brefil tout au- 
très que les noftres. 202 

Oyfeaux domeftiques cô» 
muns à Maragnan. 242 

Oyfcaux faifans la chafle 
auxpoiflbns. 52 

Qyfekux qui fe trôuùçnc 
communément en Ma- 
ragnan. 230 

Ouaracapa certaine ron- 
dachedes Indiens. 28$ 

Quaroyio Indien & fon o- 
rigine. 3^4. façon Fran- 
çoi(c d'iceluy. lâmcfme. 

Ouj/rapùe braue guerrier 

Indien. j z 



BLE, 



P ^/Barbiers des Mara- 
ghans, S iy 

leurfolie,la mcfmc.le rcC 

peu des Tôpinambacn- 
uers iceux. cnfuiuant. leur 

fuperftiuon. 325.326^ 
Pays du Brefil toufiours 

verd&flcunflànt. 213 
le Palmier U meftieillc des 

arbresj&fesefpeecs. 220. 



22! 

Paradis terrtftr^ t$p 

Paroles notables d'vn Sau- 
uage a la recommanda- 
tion de la clémence en vu 
chef. ^ 

paroles notables du Prin- 
cipal des Maragnans fur 
les remonftrances à eux 
faites de ne plus manger 
leurs ennemis. 295 

Paroles remarquables de 
SoHajfomc vieillard défi- 
rant d'eftre baptifé. 142 
partement des Capucins ôc 
autres , de Cancale pour 
aller à Maragnam 12 
laPauuretc très- hau terres 
agréable au fils de Dieu 
ôc à S. François. n£ 

Payens eftoienc inîuftes 
pofîcfleurs de pîufieurs 
cérémonies retirées en l'E- 
glifedeDieu. 365 

peche',caufe de tpus mau* 
109 

le Pécheur pour vieil 

qu'il foit ne doit dcfcfpe- 

rcr. 145 

Perdrix diaerfesqui fe trou- 

ùent àMaragnan. 237 

Perfe&ion du Principal de 

Mayml 



TAS 

ÂAdytâè. 138 

fceine de Talion entre les 
Maragnans. 318 

Perroquets diuers qui fe 
^rouuenta Maragnan fa- 
ciles pom apprendre àpar. 
1er. 23J 

perroquets dmcrs& autres 
oj feaux au Brefîh 115 

Pefchcrjc commune entre 
les Maragnans, 307 

Plantes &fimples du pays 
de Maràgnan.fol. 227 
128 

pluralité de femmes entre 
les Maragnans. ijî ne 
laduoûent autrement, là 
mefme. 

pluralité des femmes retttr* 
dant qucpluficurslndics 
ne fulîent mmifë&iÊJ re- 
noncent à la pluralité d'i- 
les pour cftrc baptifez. 
116 

Pluralité d'homes & defé- 
nicsdefféduc. ^.pluralité 
des femmes entre lesSau- 
uages. làmefrfce. 
Pluralité de Chefs engen- 
dre confufîon. 330 
Pluyes infc&ees vers la 
Guinec,&principalemct 
fous la ligne Equinoâia- 



LE. 

le. ry.reati que YérrpOî- 
te de France, fe corrompt 
la portant vers la ligne 
fur la mer,là me r me. 
pourquoy ainfi âppellce. 
3é.Iesfôui:s&le$nui<5ï , s 
toujours cfgaux par 
tout Tvhiuers quand le 
Soleil eft fous ladite li- 
gne* fë 
Pôis,feue$& autres lentilles 
viennent en tout temps 
àMaragnan. 207 
Poindt d'honneur, inuen- 
tion du Diable entre lds 
Indiens comme ileft cû^ 
tre les Chrefticnso 190 
poiflons appdUez Gron- 
dins. 5^ 
poiiTohs qui fe trouûent 
communément versMa* 
ragnan. 243 144.2.45 
poiflbns d'eau douce qui 
fe trouûent vers Mara- 
gnan. - 246*147.248 
Coiffons volans du tout ad- 
mirables en laZoneTcu 
ride» 30 
ppiiïbns appeliez requfens 
ontj.^.y.g.&^.renercés 



de dents. 



30 






poiffons volans n'ont repos 
ny en l'eau ny en l'air, u 

m 





TABLE, 

Uelle comparaison tircc honneur au baptefme 

furccspoiflbns fymbo- de leurs enfans. 127 

les du pecheur 31. ileft 728 

aufllcomparèàlamedu prières des Percs Capucins 



iufte. 
poiffbns 



nommez 



Caf- 
Tons. z6 

Sardes oupargucspoifTons 
exceller» s. 16 

poiiïons nommer Dora- 
des &Bonites v 30 

pôles .34. diuers noms de 

l'Antarâquc & de l'Ardi- 

q uc - SS 

pourparler de Mombori 



& de leur fuitte au com- 
mencement de leur na- 
vigation. 22. ils font tra- 
uerfës du DiabJe par le 
moyen des tempeftes. 
22.23. 
prière & inuoeation du S. 
Efpriten leleétion des 
percs Capucins qui de- 
uoient eftre cnuoyez à 
Maragnan. 



OHaJpoH t autç Migan en prinfe d vncplace d ; 



„ plein Carber. ijj 

première Chappelle& de- 
, meure des pères Capuc. 
en rifle de Maragnan 
conftrui&e parles Saïi- 
uages,&appcl!ee Con- 
uent de &in& François- 

préparation delaCroix das 



uoyez a 
y lboHj#- 



f*p par les Portugais. 
80 

principaux de rifle de Ma- 
ragnan. Î60 

prix d'honneur des Topi- 
namba, 34g 

prifonniers des Indiens Ôc 
leur grande refolution. 
%9o 



riilctteS.Anoe. 59 procédures des Capucins 

préparation des Maragoas pour amener les Topi- 

nambaâlacognoiflance 
de Dieu. 108 

proceffion fai&c aux fiHes 
de la paflion après le ba- 
tefme desIndies.373-37-# 



pour aflîfter alcur camiin 
305 
préparation des Indiens de 
s Ianiparan pour faire 



«fc*' 



TAB 

promefle des Maragnans 
de ne plus manger la chair 
humaine. 19 6 

promefle des Maragnans 
dereconnoiftre le Roy 
de France pour leur fou- 
uerain. 104 

promefle du fieur de laRa- 
uardierc dclaifler lefieur 
de Rafîlly pour chef à 
Maragnan Ôc lieux voi- 
fins. 33 o.3ir 

proposition merueilieuîe 
du vieillard Sauuage 

\ pourlavcrtu,a l'imita- 
tion des percsCapucins. 

propriété belle de l'Aigle. 

proteftation de la compa- 
gnie faide Se pafTcc à 
Cancale, de faire garder 
& obferuer tout ce qui 
fera de befoing pour le 

bicn&cftabliffementdc 
la Colonie. 21 



CL, 



belle 



QValiré de Iafy 
Ouafett princi- 
pal de luniparan- s>9 



LE. 

Qucftions propofees aux 
pères Capucins par le 
principal de Maragnan 
74.re(ponces à luy fai- 
tes, là metac. 



RAifon de la grande di- 
ucriué d'oyfeaux à 
Maragnan, z$ï 

Raifons pour lefquelles les 
Maragnans changent de 
demeure. ^77 

Raifons déduises auxMa. 
ragnans peut quitter 
leurs façons de faire 
314 

Raifons de la pureté dé l'air 
en llile de Maragnan Se 
autres lieux du Brcfîl. 

m- 

Raifons naturelles de la 
modération de l'air de 
Maragnan. 1^4 

Raifonpour lefquelles on 
differoir de dônerleba- 
ptefme aux Indiens. 114 

Raifons pourquoy leSoIeil 
retournant duÇapricor- 
ne excite les pluyes au 
Brefil. ip 7 

Fff ij : 



\ 




TAB 

IçÇiewdç Rafilly accepte 
le gouucrnement de la 
Colonie dç Maragnan. 
33* 

ieficur de Rafilly cQmme 
fetrouue au Carbet des 
Sauu^gesauec lespçres 
Capucins. (,% 

Rappqrrdu couronnemét 
duRoyLpuysXIil. a- 
qec celuy de Salomon. 

Rapport d'yn viçillaçd In- 
dien à la femme de rila- 

tc : W9* 

RauifTemejrf des Indiens 
en la çonçemplatjô des 
belles cérémonies du ba- 
ptcfme. 

Réception des pçres Capu- 
cins > & Faflemblee du 
Cœrbetà Coyieup, j^ 

Réception des pères Capu- 
cins auGC le (îeux de Ra- 
filly à luniparan^ ^8 

Réception des pères Ca- 
pucins a sJMdyouè* 

13s • v' : ?;■; 

Réception du fieur de Ra- 
il ilyauec fa compagnie 
à éiïjfœomp par le heur 



LE. 

de Fezieux & les Frais* 

çois.i 14 

Réception que les Topi- 

namba font à leurs amis 

ns 

Receptiô des Maragnas 
dedans le HauredeG ra- 
ce, 33*. 337 
Réception des Indicnsre- 
tournans dç la guerre 
28? 
Récit du fieur des-Vaux au 
Roy,dela beauté duBre- 
fû$c delà bonne difpofi-, 
tipn des Indiens. 13 
Recours à la Vierge aux 
affligions- ^35 
Regrets de Iapy Onajfoit 
Sauuage, de quitter Iuni- 
parana cauledela Croix 
qui y eftoit plantée 118. fa 
deuotionàiçelle/là meC 
Regrets des Sauuages de 
nauoir multitude de pè- 
res Capucins. 104 
Religion aucune entre les 
Indiens. 32* 
Remarque digne d'admira- 
/don touchant vn vieil- 
lard Indien demandât }e 
haptefmc, > 145 






TAB 

Refponfc des Jndiensa la 
harangue du fieat de 
Rafillypour planter IV- 
ftendart de la France à 
Maragnan. i6t 

Rcfpotife dufieurdcsVaux 
audifcoursdeMomboré 
Guatlbu pour la deffen- 
ce de l'honneur desFran^ 
çois. 151 

Reproche admirable des 
Indiens eftans interro- 
gez de leur croyance. 

12.6A2J 

Refponfc courageufe des 

prifonniers desTopinamba 

prefts dVftre maifacrez. 

Rcfponce de Mjgan à 
M omhorê Ouajfon. 155 

Refponfedelapy Oii^fïbu 
à la harangue du lîcur 
dcs-Vaux. 103./04 

Requefteprefentée pat les 
François au fieur de Ra« 
filly. ï7 o 

Retour du fieur de Rafilly 
auec fa compagnie au 
fort fainft Louys- fol. 

Retraite des Indiens fur la 
Montagne dlfouy^pap. 
80 



LE, 

la Royne donne des eften- 
dartspour la Million de 
Maragnan. 16 



SAincT: Sacrement& fou 
inftitution* 110 

aux Sacremens lafiraplicî- 
tc fe trouue auccla puif- 
fance. f66 

Saifons des vertus au pays 
duBrefi!. 19$ 

Saifeq dcspluyesau Brefil, 
& particulièrement à 
Mstagnan. %yt 

^alutaffeuré pour ceux qui 
meurent en eftat d'inno^ 
cence baptifmale. foL 

Salutation des Indiens, & 
le bon accueil qu'ils fi* 
rent aux Capucins à lu- 
niparan. 5^ 

Sauuages comme accom- 
modent leurs loges fort 
ar tiftemen t auec des Tin* 
do. 66 

Sauuages fort confolez en- 

tendans les Myfteres de 

h Rcfurrcdion du Fils 

de Dieu» i IO 

Fff iij 




TA 

Secours delà Vierge Ma- 
rie au combat de la more 

354 ; ■ 

Séminaires bien neceflaires 
pour Hnftru&ion dés 
Indiens. 9} 

Signes de la Croix plantée 
entre les Sauuages fuy- 
uantla promefle dcDicu 
co- 
signes celeftes (bntdiuift z 
en^o.degrez. 39 

la Sphère Elémentaire diui- 
iéc en cinqZones corref. 
pondantes aux cinq par- 
ties de h Sphère des 
Cieux. t$o 

Sphère diuiféc en cinq par- 
ties, jj 

Submiflîon grande 4 C$ 
Sauuages Topinamba 
de quitter leurs cruautés 
& Te corriger de leurs 
mauuaifes mœurs. 70 

Sympathie grande de la 
McraucclàLune. 4? 



*Ahacwra, jartiejps des 
Topinarc-fea. %n% 



BLE. 

Taehouart certaine forte de 
flèches des Indicns-*8?. 

Température Scfescffeâs. 

201 
vraye Température dVne 
Région en quoy confi- 

ftc I9Z 

UTerrepourquoy ne peut 
niouuoir. 45.44 

grande merueilledt Dieu 
qu'elle foit fôdée fur vn 
ucn,eufuyu:*nt.fes limi* 
tes & Ces bornes, fol. 4j. 
4* 

la Terre ne parut que le 
3- iour delà création. 41 

la Terre en fon premier c- 
ftat parfaitement ron- 
de^ 41 

Ture d'honneur des Topi- 
namba pour le maflacre 
de leurs ennemis, fol. 

Tonnerre & fa caufe attri- 
buée à Dieu par les Ma* 
ràgnans. 32* 

Tonnerres rares deuersMa- 
ragnan. 191 

Tofinamba ennemis s'-n- 
tr'appelicnc Tabaiares* 
161 



TA 

Tortues de la grandeur de 
deux ou trois pieds , & 
quelquesfois plus gran- 
des. 32 

Toupan fignifie Dieu en 
langue Topinamboife, 
108 

Tourbillons de vents dan- 
gereux. i9. agitent la 
merJàmt-fme. 

TraidedesPorrugais aucc 
les François d'Ibonjapap 
81 



VAches bragues pro- 
pres pour porter & 
traifncr. 208 

Vaillans guerriers de Mara- 
gnan le grauent le corps. 

Vàideaux des Pères Capu- 
cins comment feretreu- 
uentapres s'eftre Iafchcz . 

23.24 
Vengeance des Topinam- 

ba plus qucDiaboliquc. 

294 
le ficur des-Vaux demeure 

au brcfîl ,fe façonnant 

aux mœurs & à la langue 



B L e: 

du pays.S.fa valeur quel- 
le. 75 
Vents attribuez aux Pla- 
ne eues. 1$$ 
Vents particuliers duBrefif» 
leurs qualitez & pro* 
prierez. 1^7 
Vergongne, des Catholi- 
ques qui ont eraint%dc 
fe conrefler au Preftre, 



il' 



Veftiges demeurez en la ro- 
cheptes dQTotyion, des 
pieds de certaines per- 
fennes que les Indiens 
Topinamba tiennent 
auoir cfté ptophetes. 
70 

Vertu occulte de la ligne 
Equinodthle caufe du 
flux & reflux de la mer. 

4M° 

Villages des Indiens Topi- 
namba comme font 
fai&s. 181 

Villages plus célèbres de 
Cô ma*auec leur fignifi- 
cation. 187 

Vifîtes>& le refpe& desSau- 
uages Maragriansàfen- 
droi&desPp. Capucins» 
*5 




table: 

Vifîtc de lapy Ouaflbu par conucrfîon des Infidèles* 

lefieurde Rafilly 5:1e 343.344 

R. p. Arfcne,& leurre- grandZde desSauuagesà 

ception. 155 laconftru£î:ion& orne- 

Viuacité des fens extérieurs nient de la première 

des Maragnans. 311 Chappette à Iùniparan 

Vnion eftroitte des Indiens uy 

Topinamba.^ iM Zodiaque, 12. fignes dû 



rVniucrs diuifé eh deux 
parties principales* J4 



Ciel contenus en iceluy 
3^. 11. parties d'iceluy* 
enfuyuant. 
Y Zodiaque a fix fignes Sep- 

tentrionnaux & fix Me~ 

YAnday & Yaflatin au- ridionnaux. 38 

cuns noms d'Eftoiles Zodiaque contient 360. de- 
dcsTopinamba. $\8 grezen farondeur.36.fa 
TdndoHdUc panaches des largeutjtnfuyuant. 

Topinamba. 275 Zodiaque contient deux 

Yandoutin nom d'eftoi- 
le 31* 

TAJ]cHhtAt4 0H4jp> nom d'v- 
nc eftoille des Topi- 
namba. .31^ 
Xni certain meuble dcsTo- 
pinamba» 

Z 



fcmiccrcles : Ivri pour 
Tafcendant , & 1 autre 
pburladefcente du So- 
leil- 2$ 
la ZoneTôrride abonde eh 
quantité dé poiffons. 30 
xî} Zones, pourquoy ainfiap- 
pcllées. r 190 
la ZoncTardde n'eft pas in« 
Ele de noftre S. Pcre habitable i$i 
IcPapePauJV. à la . 

F I N. 






*tv* 




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